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Framatube : fédération et design de PeerTube

Framablog - il y a 7 heures 49 min

Cela fait quelques semaines déjà que Chocobozzz a rejoint notre équipe pour se consacrer au développement de PeerTube, le logiciel que l’on vous présente sur Framatube.org.

L’occasion de faire un premier point d’étape, avec quelques belles nouvelles à vous annoncer !

Fédérer c’est bien, bien fédérer c’est mieux.

Pour rappel, Framatube ne sera qu’une des portes d’entrée des fédérations PeerTube. Et Framatube n’hébergera pas vos vidéos : nous préférerons vous accompagner pour créer votre propre hébergement PeerTube (ou rejoindre un existant), afin que se multiplient ces portes d’entrées, ces instances de PeerTube.

Car c’est un des gros intérêts de PeerTube, pouvoir faire en sorte que chacune de ces instances, que chacun de ces sites d’hébergement de vidéos puisse se relier aux autres, se fédérer. Le tout est de savoir comment fédérer !

Pour cela, PeerTube vient d’implémenter une première version du protocole ActivityPub [EN]. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, il s’agit d’un protocole de fédération développé par le W3C. C’est-à-dire qu’on standardise la manière dont différentes instances communiquent. Si deux plateformes différentes savent parler la même langue, alors elles peuvent s’échanger des données. Ça n’a l’air de rien comme ça mais ça ouvre des possibilités immenses aux logiciels décentralisés.

Imaginez que demain MediaGoblin implémente le protocole ActivityPub (et ce sera normalement le cas !) et soit compatible avec PeerTube, alors votre ami qui avait installé ce logiciel sur son serveur pourra envoyer l’index de ses vidéos à votre serveur PeerTube et vice versa. Vous pourrez chercher n’importe quelle vidéo stockée sur son serveur (ou encore d’autres serveurs !) en restant tranquillement sur votre interface web PeerTube. Au lieu d’avoir des plateformes concurrentes, nous avons un réseau fédéré encore plus puissant à l’aide de la collaboration. Et c’est une valeur qui nous est chère, dans le libre.

Illustration : CC-By-SA Emma Lidbury

 

Mais ça, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Là où ça devient vraiment très excitant, c’est lorsque deux plateformes n’ayant pas la même fonction communiquent entre elles. Imaginez une instance Mastodon, qui est une alternative décentralisée à Twitter avec plus d’un million de comptes et qui implémente déjà le protocole ActivityPub. Imaginez maintenant une instance PeerTube avec un vidéaste que vous appréciez et qui poste régulièrement des vidéos. Est-ce que ce ne serait pas génial de pouvoir le suivre via votre interface Mastodon, et de voir des statuts dans votre fil d’actualité contenant directement la vidéo à chaque fois qu’il en publie une ? Eh bien ce sera possible.

Mais là ou ça deviendra vraiment très, très excitant, c’est que lorsque vous répondrez au statut de la vidéo sur Mastodon, le message sera envoyé ensuite à l’instance PeerTube. Votre réponse sera donc visible en dessous de la vidéo, dans l’espace commentaire. Bien sûr si une autre personne à l’autre bout du monde répond à votre commentaire via son instance PeerTube ou Mastodon, vous le verrez comme une réponse à votre statut dans Mastodon. Si demain Diaspora (l’alternative à Facebook derrière Framasphere) implémente ActivityPub, ce sera la même chose. Nous aurons une multitude de plateformes capables de fédérer les commentaires.

Il a l’air balourd, mais ce vieux mastodonte pourrait bien écrabouiller Twitter, si nous nous laissions aller à le choisir…

 

On reproche souvent à raison aux alternatives libres de ne pas avoir de valeur ajoutée par rapport aux plateformes centralisées. Avec ActivityPub, voilà notre premier gros avantage. Car avec les plateformes centralisées, vous aurez du mal à avoir sous votre vidéo YouTube les réactions des personnes qui auront commenté sur Facebook, Twitter, DailyMotion, etc. ;)

Bien sûr, nous n’y sommes pas encore.

Il reste un peu de travail dans PeerTube pour améliorer l’implémentation d’ActivityPub, puis tester la communication avec les autres plateformes. Mais les premiers retours sont très encourageants :). En revanche, il nous semble important de dire que les implémentations d’ActivityPub dans PeerTube et Mastodon ne vous permettront pas de vous créer un compte sur une instance PeerTube depuis votre compte Mastodon, ou vice versa.

Le design, c’est un métier !

Au milieu des questions que vous nous avez posées sur le forum FramaColibri, Olivier Massain s’est proposé de nous donner un coup de main pour améliorer le design de PeerTube (et y’en avait besoin !). Les maquettes créées sont magnifiques. Nous avons donc décidé de partager avec vous en avant-première l’intégration de son fantastique travail, avec un petit « avant/après » ! Un énorme merci à lui.

La contribution, c’est la clé

Framatube, illustré par David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Utiliser le protocole ActivityPub revenait très souvent dans les questions les plus techniques que vous nous avez posées sur PeerTube. D’ailleurs, l’ensemble de vos questions nous ont permis d’améliorer la présentation de PeerTube, en proposant de découvrir Framatube en 10 réponses.

C’est, encore une fois, dans ce même espace d’échanges et de discussion qu’Olivier Massain s’est proposé de contribuer au design de PeerTube. Voici donc la preuve, s’il en fallait une de plus, que la contribution est la clé de la réussite des projets Libres. Ce n’est pas pour rien si nous avons placé Framatube dans le paysage du premier monde de Contributopia : c’est parce que nous savons que nous ne pourrons y arriver que si nous le faisons ensemble.

Une autre manière de contribuer est de participer au financement des activités de Framasoft, et, là aussi, nous devons vous dire combien nous sommes émerveillé·e·s du soutien que vous nous accordez. Le 21 novembre dernier, nous avons associé l’annonce de Framatube avec notre appel aux dons, car il nous manquait alors 90 000 € pour boucler le budget 2018 de l’association. Nous avons découpé cette somme en trois paliers :

 

À l’heure où nous écrivons ces lignes, le deuxième palier est presque atteint ! Alors oui, il reste un effort à faire et rien n’est gagné, mais d’ores et déjà, nous tenons à vous remercier de cette confiance que vous nous portez et nous souhaitons tout faire pour nous en montrer dignes. Petit rappel aux personnes qui paient des impôts sur le revenu en France : il vous reste jusqu’au 31 décembre pour faire un don à Framasoft qui puisse être déduit de vos revenus 2017 (sachant qu’un don de 100 € revient, après déduction, à 34 €).

Si vous le voulez et le pouvez, pensez à soutenir Framasoft , et/ou à faire passer cette information autour de vous !

 Pour aller plus loin :

Décryptualité du 25 septembre 2017

APRIL - il y a 10 heures 40 min


Titre : Décryptualité du 25 septembre 2017
Intervenants : Luc - Manu - Nico
Lieu : Studio d'enregistrement April
Date : septembre 2017
Durée : 15 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse de l'April pour la semaine 38 de l'année 2017
Licence de la transcription : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 38. Salut Manu.

Manu : Salut Nico.

Nico : Salut Luc.

Luc : Pas de Mag cette semaine.

Manu : Non, elle est fatiguée.

Luc : Très bien. Notre revue de presse semaine 38, de quoi s’agit-il ?

Manu : Petite revue de presse. On a cinq thèmes principaux à mettre en avant.

Luc : Le Monde.fr, « Lawrence Lessig : Internet est la meilleure et la pire des technologies », un article de Claire Legros.

Manu : Je propose qu’on parle juste après, c’est assez intéressant.

Luc : C’est un sujet intéressant. Liberté Algérie, « Il y a un manque de culture numérique en Algérie », un article de Mohamed-Chérif Lachichi.

Manu : Plutôt pas mal. Ça parle d’un activiste, président de Root66, association de la région parisienne, qui s’appelle ZenZla et qui parle de son association et des rapports qu’il a avec l’Algérie parce qu’il vient de par là-bas.

Luc : Les Echos, « Licences logicielles : la grogne monte », un article de Jean-Paul Argudo.

Manu : Ah ! Je kiffe ce genre d’article quand les grosses entreprises françaises se rendent compte qu’elles se font avoir par une grosse entreprise américaine qui leur vend trop cher du logiciel propriétaire et qu’il existe des alternatives. Eh oui ! Les grosses entreprises voient cela aussi.

Luc : Numerama, « L’EFF claque la porte du W3C pour protester contre l’arrivée des DRM dans les standards du web », un article de Julien Lausson.

Manu : Ils ont claqué la porte, mais pas assez fort ! La maison est encore en place et les DRM s’installent dans le Web.

Luc : Voilà. On rappelle c’est pour, essentiellement, lire la vidéo, donc contrôler la lecture des vidéos. Dans les années qui viennent, vous pouvez vous attendre à avoir des trucs où vous ne pourrez plus regarder ce que vous voulez sur Internet. 20minutes.fr, « Comment Rennes va économiser 500 000 euros en se séparant de Microsoft », un article de la rédaction.

Manu : Il faut qu’ils discutent avec les grosses entreprises françaises. Il y a un truc à faire, des combinaisons. En attendant, ils gagnent de l’argent et de l’indépendance en se débarrassant de Microsoft.

Luc : Et ça fait plaisir parce qu’il y avait un gros sujet qui a duré pendant des années, avec une ville allemande, Stuttgart, je crois ou, je ne sais plus !

Manu : Munich.

Luc : Munich, qui, à la suite d’un changement de majorité, était revenue vers Microsoft, ce qui nous a fait très mal, après avoir développé plein de trucs. Et donc là, contre-exemple, Rennes y va et donc c’est cool. Le sujet dont on voulait parler, il y a pas mal de sujets intéressants cette semaine, c’est une belle semaine, c’est Lawrence Lessig. Donc pour resituer Lawrence Lessig, Nicolas, tu peux dire ?

Nico : Hou là, là ! Il a fait beaucoup de choses. C’était un juriste qui a sorti pas mal de textes philosophiques sur le Net et le Web en général, le fameux Code is Law, c’est lui qui l’a sorti.

Manu : Le code est la loi.

Nico : Le code est la loi, et il s’est aussi présenté aux élections américaines en 2015. Malheureusement il s’est fait éjecter. Il a pas mal de positions intéressantes à droite et à gauche, en particulier là, sur Internet, il a une vision assez pessimiste du monde.

Luc : C’est un type extrêmement brillant. Le Code is Law, donc il a dû dire ça il y a quinze ou vingt ans, au moins.

Manu : Au moins !

Luc : C’est cette idée dans laquelle on est aujourd’hui complètement. On parle régulièrement des algorithmes — par exemple APB pour l’affectation post-bac — et c’est cette idée que dès lors qu’on a des logiciels, de l’informatique qui va régir notre vie, c’est la façon dont le logiciel va tourner qui va décider. Quand on a un logiciel fermé, obscur, dont on ne sait pas comment il fonctionne, qui décide où les gamins vont être affectés, eh bien c’est lui qui décide, donc c’est la loi ! Et c’est extrêmement brillant de sa part de voir ça il y a vingt ans ou plus.

Manu : Il est aussi l’initiateur des communs créatifs, les Creative Commons, qui sont un mouvement assez important pour la diffusion de la connaissance sous des licences intéressantes.

Nico : Malheureusement, là il n’a pas été très visionnaire, c'est sur les fake news. Là il fait le constat qu'Internet a un peu échappé à ses créateurs et qu’aujourd’hui on a pas mal de problèmes dans le réseau, en particulier avec les fake news, donc les fameuses nouvelles, les mensonges, qui circulent un peu trop facilement sur les réseaux. On l’a vu avec l’élection de Trump, avec le Brexit, les faux certificats de naissance d’Obama ou des choses comme ça, ou même les théories des complots, aussi, qui circulent énormément. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, sur le Web, il y a quand même beaucoup de ces choses-là qui circulent.

Luc : Le contexte, les raisons pour lesquelles il y a cet article, c’était qu’il était invité dans un festival organisé par Le Monde et il a été interrogé par une journaliste sur cette question de « peut-on, faut-il réguler Internet ? » Évidemment, son sujet a beaucoup tourné autour de cette question des fake news qui ont joué un rôle très important dans la victoire de Trump aux États-Unis et donc, du coup, il l’a plutôt mauvaise.

Manu : Il met en avant pas mal de mécanismes qu’il essaie d’entrapercevoir là-dedans : le laisser-aller, le capitalisme, et il met ça un petit peu là-dessus, le marché, la loi du marché.

Luc : En quoi la loi du marché ?

Manu : Vraisemblablement, c’est que les entreprises en profitent et profitent de tout cela. Les fake news sont un mécanisme parmi d’autres pour produire.

Luc : En fait oui, tous ces trucs de clics ; quand on clique et qu’on voit des pubs, ça fait de l’argent.

Manu : Ils sont remontés à certains auteurs de fake news, qui habiteraient en Europe Centrale ou Europe de l’Est, et qui écrivaient des faux articles, à destination surtout des électeurs de Trump par exemple, parce que ça rapportait de l’argent. Et quand ils faisaient la même chose pour les électeurs de Hillary Clinton, ça ne marchait pas, ça marchait moins bien. Donc ils se sont orientés par l’intérêt de l’argent.

Luc : Donc là-dedans, tous les réseaux sociaux, finalement c’était une affaire rentable pour eux. Aujourd’hui ils ne sont pas mal mis sur le grill en leur disant « vous avez laissé n’importe quoi circuler ! »

Manu : Ils sont peut-être même un peu embêtés, parce que Trump, ce n’est pas forcément leur premier choix !

Nico : Et puis aujourd’hui ils sont emmerdés parce qu’ils ne savent pas, en fait, comment bloquer ça. C’est la question, d’ailleurs, que pose Lawrence Lessig : comment on fait pour mettre un arbitre là-dedans qui soit lui-même un peu neutre et qui n’ait pas de parti pris ? Et du coup, c’est très compliqué de dire comment est-ce qu’on va, entre guillemets, « censurer » le réseau pour bloquer ça. Est-ce qu’on laisse passer ? Est-ce qu’on ne laisse pas passer ? Ça va dépendre de nos avis, de notre position.

Manu : Ça serait choquant, quand même, que Lawrence propose la censure du Net ! Quoi !

Luc : Ce n’est pas ça qu’il propose. OK, il part de ce constat qu’il y a vraiment, aux États-Unis, en tout cas pour le cas américain, une coupure en deux et qui dépasse Internet. Il parle d’un grand média, par exemple. Il dit : « Voilà, Trump, quand on en parle dans le New-York Times, ce n’est pas la même chose quand on en parle sur Fox News ou ailleurs ». Donc il y a cette question de l’unité. Moi je trouve que cet article est un peu court et que ses réponses ne sont pas hyper engageantes. Parce qu’au final il dit : « La jeune génération comprend qu’on lui ment et, du coup, elle ne va pas se laisser avoir ! »

Manu : Et tu n’es pas convaincu, toi, que la jeune génération elle, elle voit le mensonge ?

Nico : C’est vrai que c’est surprenant de voir, aujourd’hui, les dégâts des fake news et les propensions que ça a à exploser, alors que Lawrence Lessig dit plutôt qu’effectivement les jeunes ont l’impression de connaître, enfin d’avoir les moyens scientifiques ou, en tout cas, de réflexion, pour les détecter et éviter de les propager. Je crois qu’il est un petit peu trop optimiste là-dessus. Moi, je ne suis pas convaincu.

Luc : Pour moi, la foi dans la jeunesse c’est le côté limite de l’âge d’or. C’est-à-dire « avant c’était vachement mieux », je n’y crois pas ; et dire « les jeunes vont tout résoudre », je n’y crois pas non plus. Ce sont des gens, comme tout le monde, et on va avoir des gens géniaux dedans et on va avoir des gros cons. C’est inratable.

Manu : Moi j’ai un optimisme, mais c’est mon optimisme naturel, c’est qu’on sophistique la population et les gens, les jeunes notamment, mais nous aussi, on se rend un peu mieux compte avec le temps qu’on s’est fait avoir et donc il y a une sorte de co-construction du principe. C’est un petit peu, vous connaissez l’idée de la souris et de l’attrape-souris : les deux vont s’améliorer, l’un en suivant l’autre.

Luc : C’est la course aux armements.

Manu : Il y a une course, exactement. Et donc on se sophistique face aux fake news qui doivent devenir de plus en plus fines, de plus en plus réfléchies, utiliser des ressorts de plus en plus intéressants. Donc je pense qu’on n’est pas perdants là-dedans.

Nico : Pourtant, quand on regarde les théories du complot aujourd’hui, la terre plate ou les créationnistes ou autres, ils ont quand même le vent en poupe. Il y a encore eu des parts d’audience dans les divers sondages et autres, et ça n’arrive pas à réguler.

Luc : Pour moi, il y a vraiment deux trucs : c’est qu’il y a des gens qui sont dans un délire total. Il y a de la manipulation avec un vrai projet politique, c’est-à-dire que quand les Russes font des fake news et vont pirater des systèmes, etc., ils sont vraiment dans le projet de déstabiliser les États-Unis, de créer une fracture et que les gens se rentrent dedans. Les gros médias comme Fox News également, ils ont un vrai agenda politique. Ils sont là pour essayer de prendre le pouvoir et instaurer un pouvoir dur, hyper réactionnaire, hyper bourrin, enfin voilà ! Et ça marche ! Et on sait historiquement, il y a plein d’exemples, où on voit qu’au-delà de la question du pognon, il y a un vrai agenda politique ; historiquement on en a plein qui montrent que ça fonctionne et que ça peut nous emmener dans des situations vraiment merdiques.

Manu : Peut-être qu’à un moment donné, effectivement les fake news se rapprochent des rumeurs et que les rumeurs, elles, sont créées parfois par intérêt et elles sont diffusées souvent par intérêt et que cette diffusion c’est peut-être le même mécanisme qu’on est en train de découvrir, que les fake news.

Luc : Effectivement. On a des fois des rumeurs qui échappent à tout contrôle, qui émergent comme ça. Il y a des exemples. On peut peut-être citer le coup des bouteilles d’eau qui est moins connu que la rumeur d’Orléans ; la rumeur d’Orléans est assez connue. J’avais lu ça. Dans un coin, je crois que c’était en France, je ne suis pas sûr : un été il y a eu une canicule assez forte et donc, du coup, les gens ont acheté des bouteilles d’eau et le supermarché s’est trouvé en rupture de stock. Du coup, il refait le plein ; le lendemain il se fait livrer des bouteilles d’eau et les gens disent : « Il n’y a plus d’eau. Il fait trop chaud, il n’y a plus d’eau et donc comme il y en a quelques-unes dans le magasin on va tout acheter ! » Et du coup, le magasin perd ses bouteilles encore plus tôt que la veille. Et donc il remet plein de bouteilles, il en recommande des tonnes et plus il en achète, plus il en met en rayon, plus les gens les achètent vite parce que c’est une occase. Et le mécanisme ne s’est arrêté qu’une fois que la canicule a été passée. Et on voit qu’il peut y avoir des trucs qui démarrent de zéro. Là, on est effectivement, comme tu le dis, sur des trucs avec une volonté derrière.

Manu : C’est ce qu’on peut supposer, parce que c’est difficile à évaluer précisément.

Nico : Chaque fake news ! Tout ce qui s’est passé autour de Trump, la Russie, et même en France d’une certaine manière avec les présidentielles ou autres, il y avait une volonté politique d’orienter les élections, d’essayer de casser un peu les dynamiques ou d’essayer de biaiser le système via ces rumeurs qui circulent.

Luc : Le système en lui-même met en place des rumeurs. C’est-à-dire qu’il n’est pas neutre non plus, il oriente, il va manipuler, il est là pour avoir un certain équilibre, pour que les gens y croient et fonctionnent. Et donc bon, il y tous les gens qui veulent casser le système, qui vont croire aux fake news.

Nico : Aux théories du complot.

Luc : Ou à tout un tas de choses, etc. Mais il y a tous les gens qui n’y croient pas, mais qui ne sont pas convaincus pour autant par le discours ambiant et, au final, moi je me demande si ce n’est pas simplement une question de dire qu’il y a un conflit, donc un conflit de pouvoir entre deux fictions qui s’affrontent, que la fiction traditionnelle a du mal à avoir le même succès qu’elle avait par le passé.

Manu : Tu te limites trop, il n’y en a pas que deux, il y en plein des fictions ; c’est l’intérêt d’Internet : on est décentralisés et il y a plein de fictions. Tout le monde met en compétition ses fictions. Et on cherche l’intérêt des autres, on cherche le temps de cerveau disponible, et toutes ces recherches-là, eh bien ça se combine, ça crée des problèmes, des conflits.

Luc : Après, il faut bien dire qu’il y a des fictions plus ou moins délirantes et plus ou moins dangereuses.

Nico : Et puis avec plus ou moins d’audience derrière ; c’est surtout ça qui fait les fake news, parce que des théories du complot ou des rumeurs il y en des tonnes, mais quand on est dans la fake news, on est vraiment sur des millions de personnes, avec des vrais impacts médiatiques.

Manu : Ça peut aller loin sur pas grand-chose. Regardez le Pizzagate.

Nico : Pizzagate aussi.

Manu : Alors oui. Explique un petit peu ce qu’est le Pizzagate.

Nico : Pizzagate : soi-disant qu’une pizzeria abritait des terroristes et tout ça.

Manu : C’était pire que ça. C’était pendant les élections Trump et Hillary Clinton.

Nico : C’étaient les élections.

Manu : Ce n’était pas que des terroristes. Un réseau pédophile.

Luc : Un réseau de pédophiles, voilà, c’est mieux. Et du coup, il y a un mec qui a débarqué avec son flingue, parce que ce sont les États-Unis donc il était armé, il est arrivé dans la pizzeria parce qu’il y avait une adresse.

Manu : C’est-à-dire qu’il y avait un réseau pédophile dont on savait que le centre était dans une pizzeria, dans la cave d’une pizzeria.

Nico : Et donc quelqu’un armé a débarqué là-bas en disant « libérez les enfants ! ».

Luc : « Libérez les enfants ! »

Nico : « Nous devons libérer les enfants ! » Il a vraiment cru que c’était vrai.

Luc : Et il n’a même pas eu de pizza gratuite.

Nico : Non, je ne crois pas !

Manu : Avec un flingue, tu vas avoir le stock, gratuitement je crois. Et là, c’était un exemple de cette rumeur, qui était une rumeur qui touchait les milieux politiques, qui était supposée éclabousser plein de gens et donc tout le monde, supposément, savait que ça existait depuis longtemps, que c’était prouvé et que c’était caché.

Nico : Et que c’était caché.

Manu : Et on pourrait rapprocher ça, il y avait Douste-Blazy il me semble, qui avait été touché par des rumeurs aussi.

Luc : Ce qu’on sait sur ce genre de rumeurs c’est qu’il y a plein de gens qui les écoutent et qui n’y croient pas, mais qui les lisent, qui se les transmettent, qui les relaient.

Nico : Qui se les relaient surtout !

Manu : Qui les relaient.

Luc : Et en fait, le sentiment, la cohérence suffit. Et moi, ça me fait penser à des trucs que j’ai lus chez Hannah Arendt où elle dit : « Dans les systèmes totalitaires — le nazisme, l’Union soviétique de Staline — l’important c’était que le système soit cohérent, que ce soit l’idéologie nazi ou l’idéologie de la fin de l’histoire, etc. Et qu’au final on s’en fout de savoir si c’est vrai ou pas ; la question c’est est-ce qu’on est dans un système cohérent qui nous mène à quelque chose et qui va correspondre à une sorte de sentiment général ? » Finalement, on est tous dans la même position, c’est-à-dire est-ce qu’on va croire qu’on aura une retraite plus tard ou que, oui, le chômage est en train de baisser ?

Manu : Tu es moche. C’est moche ce que tu dis ! Je cotise pour ma retraite, moi, monsieur !

Luc : On va avoir des super lois sur le travail qui vont relancer l’emploi et tout va très bien se passer !

Manu : C’est une fiction ! Ce sont des combinaisons de plein de fictions tout ça, de croyances et d’espoirs ; ce sont des fictions qui vont entrer en conflit les unes avec les autres. Perso, ce qui m’énerve, c’est que ces fictions qui existent et qui vont exister, c'est naturel, c’est qu’elles soient utilisées et qu’on nous les enfonce dans la gorge et qu’on les manipule et qu’on les organise dans certains buts qui sont des buts parfois néfastes.

Nico : Après, il y a aussi l’instantanéité sur les réseaux sociaux. Par exemple le Pizzagate il y a quelqu’un qui a sûrement relayé ça en disant c’est une blague ou on rigole ou autre.

Manu : Oui. Peut-être.

Nico : Comme le Gorafi. Le Gorafi a fini dans plein de journaux ultra sérieux, parce que c’est relayé et le fait de retwetter par exemple ou de juste liker un post, ça va lui donner un certain volume d’audience et, en fait, on ne sait pas si les gens sont sérieux ou pas.

Luc : Dans le genre, il y a des trucs sur la terre plate. Il y a plein de gens qui relaient ça et qui posent des questions aux fans juste pour rigoler ou pour se foutre de leur gueule.

Nico : Voilà. Il suffit que ça finisse devant quelqu’un qui a un peu un pet au casque, comme dans le cas du Pizzagate, on ne sait pas où est-ce que ça peut finir.

Luc : La question c’est est-ce qu’Internet fait une différence là-dedans ?

Manu : Franchement, on est en plein dedans et là, les fake news, est-ce que c’est vraiment le mécanisme de la rumeur ? Ça ressemble à ça. Mais on est tellement dedans et il y a cette instantanéité. On va en reparler parce que forcément il y a des gens qui sont en train de réfléchir à ce que c’est que les fake news, comment les contrecarrer. On peut espérer que ça va évoluer et que ça va évoluer dans le bon sens. Peut-être même que les réseaux sociaux vont y travailler.

Luc : Internet est un accélérateur.

Nico : Internet est un accélérateur. Aujourd’hui, en un tweet, on peut toucher un milliard de personnes et on n’avait pas ces moyens de communication. C’est aussi assez bidirectionnel. Avant on n’avait que la télé qui nous envoyait des informations. Aujourd’hui, on peut aussi relayer et Internet est un accélérateur.

Manu : On peut faire sa propre rumeur.

Luc : À l’époque de la Saint-Barthélémy, c’est l’exemple que tu aimes Manu, on avait fait passer des rumeurs, circuler, etc. Au Rwanda, on a eu le même mécanisme par la radio où on a diffusé beaucoup de messages de violence verbale et d’appels au meurtre pendant des années pour préparer le terrain. Mais à l’époque de la Saint-Barthélémy ça a été très long. Ça a démarré à Paris et après ça s’est répandu à vitesse de cheval, je suppose, ou même un petit peu en dessous.

Manu : Oui, ça doit être quelque chose comme ça.

Luc : Et donc aujourd’hui, effectivement qu’avec Internet à la fois ça va plus vite et c’est également une caisse de résonance. Par contre, on voit que le média en lui-même ne fait pas de différence.

Manu : Aujourd’hui !

Luc : Aujourd’hui. Oui !

Manu : Les réseaux sociaux ne se sont pas adaptés. Ils sont en train d'y réfléchir parce qu’ils se rendent bien compte qu’il y a une faiblesse qui les dessert. Les Facebook et les Twitter, ça ne les arrange pas forcément que ce soit Trump qui soit à la tête du pays. Donc ils sont en train de réfléchir, de regarder leurs fameux algorithmes, comment ils peuvent essayer de les orienter mieux ou moins mal. Il y a tout un travail en cours.

Luc : Quand on sait qu’il y en quand même de gros doutes sur le fait que Zuckerberg, le patron de Facebook, ait des ambitions politiques.

Manu : Mais il n’y a plus de doutes, honnêtement ! On en reparlera sûrement.

Nico : Il est président en 2018.

Luc : Et j’avais vu un truc qui m’avait beaucoup fait rire.

Manu : Il est en train de travailler à sa carrière.

Luc : Un truc de Google, je crois, un mec qui bossait chez Google et qui, en gros, a claqué la porte en faisant une publication, en disant « oui, c’est scandaleux, ils se servent de leurs moyens pour orienter les opinions et pour imposer leur vision. »

Manu : C’étaient des gens. Lui il se battait.

Luc : Lui était plutôt conservateur, de droite américaine, et en gros il disait : « Ouais, ils imposent leur vision du monde, etc. » Et j’ai trouvé ça ridicule parce que le mec, en gros, il bosse pour la boîte qui surveille le monde entier et puis il dit : « Mais ils s’en servent les cons ! » Mais oui, eh bien oui ! Du coup, on est peut-être à la charnière où les prochains maîtres du monde ce seront eux.

Manu : Si ce n’est pas déjà le cas !

Luc : Très bien. Sur cette petite théorie du complot, on va se quitter. Merci à tous les deux.

Manu : À la semaine prochaine.

Framatube - rcf - François Aubriot

APRIL - il y a 17 heures 49 min


Titre : Framatube, une alternative aux plateformes vidéos
Intervenants : François Aubriot - Jean-Baptiste Cocagne
Lieu : Émission le 18/19 - RCF
Date : novembre 2017
Durée : 4 min
Écouter le podcast
Licence de la transcription : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Transcription

RCF, le 18/19 présenté par Jean-Baptiste Cocagne.

Jean-Baptiste Cocagne : Bonsoir François Aubriot.

François Aubriot : Bonsoir.

Jean-Baptiste Cocagne : L’association PLOSS Rhône-Alpes milite toujours pour le logiciel libre et ce soir vous allez nous parler d’un logiciel libre, une alternative aux autres YouTube, Vimeo ou Dailymotion, ces plateformes de vidéo.

François Aubriot : Tout à fait, c’est assez intéressant. C’est une initiative qui a été lancée il y a quelque temps, qui va proposer une alternative à YouTube et les autres plateformes qu’on connaît, Dailymotion, qui ont aussi beaucoup de mal à exister à côté de cette plateforme. Donc, en fait, en quelques chiffres, c’est à peu près un milliard d’heures de vidéos qui sont postées sur YouTube tous les jours.

Jean-Baptiste Cocagne : D’accord !

François Aubriot : Quatre cents heures de vidéos à la minute, donc c’est assez énorme et tout va dans des datacenters, sur des disques durs et va consommer également beaucoup d’Internet. C’est quasiment plus de la moitié du trafic de l’Internet mondial qui est dédiée aux vidéos.

Jean-Baptiste Cocagne : Voilà pour les chiffres. Mais cette solution alternative elle a quoi de mieux ?

François Aubriot : Ce projet s’appelle Framatube1. Il est proposé pas par une société, mais une association, qui s’appelle Framasoft2, qui est très active dans le domaine de l’éducation populaire et de la promotion des logiciels libres.

Cette solution est basée, en fait, sur l’utilisation d’un logiciel qui s’appelle Peertube3, qui a été développé par un étudiant depuis un peu plus de deux années. Le but est de créer vraiment une plateforme décentralisée. Donc ce n’est pas une entreprise qui héberge, comme le fait aujourd’hui YouTube, mais un grand nombre d’entreprises, d’associations, de citoyens, de particuliers, qui forment un réseau d’ordinateurs et de serveurs qui sera très puissant, sur lequel on ira stocker ses vidéos et on pourra également les consulter. Au lieu de concentrer, c’est vraiment unir toutes ces ressources et délivrer un service pour pouvoir publier, consulter ces vidéos. Donc il faut être également résilient face à des problèmes techniques ou éthiques qu’on peut avoir aussi avec les plateformes.

Jean-Baptiste Cocagne : Ce qui est proposé, si je comprends bien, c’est qu’on a un petit bout de Framatube chacun chez soi, à la maison, au bureau, et que tous les serveurs se parlent entre eux et c’est ainsi que le service marche.

François Aubriot : Oui. Tout à fait. C’est la décentralisation et, en fait, c’est un projet qui est assez fabuleux et finalement assez réaliste de devenir une alternative à YouTube.

L’association Framasoft, d’ailleurs, n’en est pas à son coup d’essai. Ils ont lancé il y a quelque temps Dégooglisons.

Jean-Baptiste Cocagne : Dégooglisons Internet4.

François Aubriot : Voilà.

Jean-Baptiste Cocagne : D’accord. Pour se désintoxiquer de Google. C’est l’idée.

François Aubriot : Voilà. Se passer de tous ces services de plateformes qui se veulent assez indispensables. On peut, par exemple aujourd’hui, sur leur site utiliser un grand nombre de services, mais on peut aussi utiliser des logiciels libres qui vont être des alternatives à Twitter comme Mastodon5 ou encore des alternatives à Facebook. On pourrait faire des choses assez intéressantes avec un logiciel qui s’appelle Diaspora.

Jean-Baptiste Cocagne : Pour Framatube, est-ce qu’on peut raisonnablement penser que ça va remplacer YouTube dans les années prochaines ?

François Aubriot : Ça va être dur parce que la puissance est énorme en face, mais, en fait, il y a vraiment deux raisons qui sont très intéressantes. C’est tout d’abord de montrer donc qu’il y a une alternative à ces GAFAM .

Jean-Baptiste Cocagne : Donc Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft.

François Aubriot : Voilà. Et donc, concernant le logiciel, le code, les infrastructures et les données. Et si vous voulez c’est aussi de se réapproprier des moyens de diffusion, que ce soit pour les citoyens, les entreprises, les radios comme la vôtre, les associations. Éviter des dépendances. Le lancement, normalement, est prévu en mars 2018. On peut aider l’association Framasoft dont le siège est à Lyon dans notre belle région Auvergne-Rhône-Alpes. On peut faire un don et on peut même défiscaliser à hauteur de 66 % et sans passer par les Bahamas.

Jean-Baptiste Cocagne : Sans passer par les paradis fiscaux. Merci François on mettra tous les liens avec le podcast de cette chronique sur notre site Internet pour le coup, rcf.fr. On vous retrouve la semaine prochaine.

François Aubriot : Merci.

Radio Lockdown: Current Status of Your Device Freedom

FSF Europe - lun, 11/12/2017 - 18:00
Radio Lockdown: Current Status of Your Device Freedom

For more than two years the Free Software Foundation Europe has worked on the issue of Radio Lockdown introduced by a European directive which may hinder users to load software on their radio devices like mobile phones, laptops and routers. We have informed the public and talked to decision makers to fix critical points of the directive. There is still much to do to protect freedom and IT security in our radio devices. Read about the latest proceedings and the next steps.

In 2014, the European Parliament passed the Radio Equipment Directive which, among other regulations, make vendors of radio hardware responsible for preventing users from installing software which may alter the devices' radio parameters to break applicable radio regulations. While we share the desire to keep radio frequencies clean, the directive's approach will have negative implications on users' rights and Free Software, fair competition, innovation and the environment – mostly without equal benefits for security.

[R]adio equipment [shall support] certain features in order to ensure that software can only be loaded into the radio equipment where the compliance of the combination of the radio equipment and software has been demonstrated. – Article 3(3)(i) of the Radio Equipment Directive 2014/53/EU

This concern is shared by more than 50 organisations and businesses which signed our Joint Statement against Radio Lockdown, a result of our ongoing exchange and cooperation with the Free Software community in Europe and beyond.

The Radio Equipment Directive was put in effect in June 2017, but the classes of devices affected by the controversial Article 3(3)(i), which causes the Radio Lockdown, have not yet been defined. This means the directive doesn't concern any existing hardware yet. The definition of what hardware devices are covered will be decided on by the European Commission through a delegated act and is expected to be finished at the earliest by the end of 2018.

The Commission shall be empowered to adopt delegated acts in accordance with Article 44 specifying which categories or classes of radio equipment are concerned by each of the requirements [...] – Article 3(3), paragraph 2 of 2014/53/EU

However, that list is already being prepared in the Expert Group on Reconfigurable Radio Systems, a body of member state authorities, organisations, and individuals whose task is to assist the European Commission with drafting the delegated acts to activate Article 3(3)(i). The FSFE applied to become a member of this committee but was rejected. The concerns that the members of the Expert Group do not sufficiently represent the civil society and the broad range of software users has also been raised during a recent meeting in the European Parliament.

Nevertheless, we are working together with organisations and companies to protect user freedoms on radio devices and keep in touch with members of the expert group. For example, we have shared our expertise for case studies and impact assessments drafted by the group members. We are also looking forward to a public consultation phase to officially present our arguments and improvement suggestions and allow other entities to share their opinion.

All our activities aim to protect Free Software and user rights on current and future radio devices. This is more important than ever since only a few members of the expert group seem to understand the importance of loading software on radio devices for IT security, for example critical updates on hardware which is not or only sporadically maintained by the original vendor. We will continue our efforts to make decision makers understand that Free Software (a.k.a. Open Source Software) is crucial for network security, science, education, and technical innovation. Therefore, broad exceptions in the class definition are necessary.

Conducting such lengthy policy activities requires a lot of resources for non-profit organisations like the FSFE. Please consider helping us by joining as an individual supporter today or a corporate donor to enable our work.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 49 de l'année 2017

APRIL - lun, 11/12/2017 - 11:22

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 49

[Numerama] Le gouvernement sera-t-il forcé de publier le code source des réforme fiscales à venir?

Par Julien Lausson, le jeudi 7 décembre 2017. Extrait:
> Sénateur et président de la commission des finances, Vincent Éblé propose un amendement pour le projet de loi de finances pour 2018 qui obligerait le gouvernement à publier le code source de toutes les réformes fiscales futures.
Lien vers l'article original: http://www.numerama.com/politique/312941-le-gouvernement-sera-t-il-force-de-publier-le-code-source-des-reforme-fiscales-a-venir.html

Et aussi:
[Developpez.com] Ouverture des codes source: la DINSIC lance un appel à commentaires

[LeMagIT] Rétropédalage de Munich sur LiMux: le début d'une explication

Par Cyrille Chausson, le jeudi 7 décembre 2017. Extrait:
> A l’occasion du Paris Open Source Summit, un membre de l’équipe de développement de la ville de Munich est venu (un peu) expliquer, en son nom propre, la situation qui a conduit la mairie à débrancher LiMux pour revenir à Windows.
Lien vers l'article original: http://www.lemagit.fr/actualites/450431477/Retropedalage-de-Munich-le-debut-de-quelques-explications

Et aussi:
[medi1radio] Après 13 ans, Munich abandonne les logiciels libres

[Global Security Mag] Restitution de l'Etude 2017-2022 sur l'évolution du marché du logiciel libre: La France, championne d'Europe!

Par la rédaction, le mercredi 6 décembre 2017. Extrait:
> La filière du logiciel libre et Open Source française se réunit actuellement à l’occasion du Paris Open Source Summit, qui se tient jusqu’à demain soir, aux Docks de Paris.
Lien vers l'article original: http://www.globalsecuritymag.fr/Restitution-de-l-Etude-2017-2022,20171206,75575.html

[ZDNet France] Le RGPD exige (enfin) un consentement éclairé

Par Xavier Biseul, le mercredi 6 décembre 2017. Extrait:
> Le règlement européen sur la protection des données personnelles place le consentement de l’individu au cœur de son approche. Le responsable de traitement doit répondre à de nouvelles exigences notamment en matière d’informations. Check-list des mesures à prendre.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/le-rgpd-exige-enfin-un-consentement-eclaire-39861032.htm

[Journal du Net] De grands projets open source lancés pour réduire la dépendance à Oracle

Par Antoine Crochet-Damais, le mercredi 6 décembre 2017. Extrait:
> L'Open CIO Summit a été l'occasion cette année de mettre en avant le rôle des logiciels libres pour s'émanciper des éditeurs aux pratiques commerciales considérées excessives.
Lien vers l'article original: http://www.journaldunet.com/solutions/dsi/1205799-open-source-oracle

Et aussi:
[Silicon] Open Source: la France apparaît comme une championne d’Europe
[Les Echos] La France, championne d'Europe de l'open source, Open Source
[infoDSI] L’Open Source, une filière deux fois plus dynamique que l’ensemble du marché numérique français
[LeMagIT] PostgreSQL: les entreprises françaises utilisatrices organisent leur résistance

[Investigate Europe] Investigate Europe investigation prompts calls for Microsoft contracts scrutiny in France

Par la rédaction, le mardi 5 décembre 2017. Extrait:
> Investigate Europe investigation into public IT contracting practices prompts French officials to call for a public inquiry into defence contracts handed to Microsoft.
Lien vers l'article original: http://www.investigate-europe.eu/en/investigate-europe-investigation-prompts-calls-for-microsoft-contracts-scrutiny-in-france

[Le Monde Informatique] Les grands comptes s'unissent dans l'open-source

Par Bertrand Lemaire, le lundi 4 décembre 2017. Extrait:
> En se regroupant au sein de l'association The Open-Source I-Trust (TOSIT), de grandes entreprises dont EDF, Enedis, Société Générale et Carrefour ont pour objectif de coordonner leurs actions dans le domaine de l'open source.
Lien vers l'article original: https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-les-grands-comptes-s-unissent-dans-l-open-source-70170.html

[medi1radio] Après 13 ans, Munich abandonne les logiciels libres

Par Amaury Baradon, le dimanche 3 décembre 2017. Extrait:
> La municipalité de Munich, en 2004, choisissait de délaisser Windows pour un système d'exploitation sur mesure basé sur le noyau Linux...
Lien vers l'article original: http://www.medi1.com/episode/apr%C3%A8s-13-ans--munich-abandonne-les-logiciels-libres-162232

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Qui veut cadenasser le Web ?

Framablog - lun, 11/12/2017 - 01:57

Durant longtemps, des canaris et des pinsons ont travaillé dans les mines de charbon. Ces oiseaux étaient utilisés pour donner l’alarme quand les émanations de monoxyde de carbone se faisaient menaçantes.

Dès qu’ils battaient des ailes ou se hérissaient voire mouraient, les mineurs étaient avertis de la présence du gaz avant qu’eux-mêmes ne la perçoivent. Depuis, les alarmes électroniques ont pris le relais, évitant ainsi le sacrifice de milliers d’oiseaux.

(source)

Pour Cory Doctorow (faut-il encore présenter cet écrivain et militant des libertés numériques ?), le canari mort dans la mine, c’est le W3C qui a capitulé devant les exigences de l’industrie du divertissement et des médias numériques.

Il fait le bilan des pressions qui se sont exercées, explique pourquoi l’EFF a quitté le W3C et suggère comment continuer à combattre les verrous numériques inefficaces et dangereux.

Avant de commencer la lecture, vous pourriez avoir besoin d’identifier les acronymes qu’il mentionne fréquemment :

EFF : une organisation non-gouvernementale (Electronic Frontier Foundation) et internationale  qui milite activement pour les droits numériques, notamment sur le plan juridique et par des campagnes d’information et de mobilisation. En savoir plus sur la page Wikipédia

W3C : un organisme a but non lucratif (World Wide Web Consortium) qui est censé proposer des standards des technologies du Web pour qu’elles soient compatibles. En savoir plus sur la page Wikipédia

DRM : la gestion des droits numériques (Digital Rights Management). Les DRM visent à contrôler l’utilisation des œuvres numériques. En savoir plus sur la page Wikipédia

EME : des modules complémentaires (Encrypted Media Extensions) créés par le WC3 qui permettent aux navigateurs d’accéder aux contenus verrouillés par les DRM. En savoir plus sur la page Wikipédia

Traduction Framalang : FranBAG, simon, jums, Moutmout, Lumibd, Makoto242, redmood, Penguin, goofy

(article original sur le site de l’EFF)

Alerte aux DRM : comment nous venons de perdre le Web, ce que nous en avons appris , et ce que nous devons faire désormais

Par CORY DOCTOROW

Cory Doctorow (CC-BY-SA Jonathan Worth)

L’EFF s’est battue contre les DRM et ses lois depuis une quinzaine d’années, notamment dans les affaires du « broadcast flag » américain, du traité de radiodiffusion des Nations Unies, du standard européen DVB CPCM, du standard EME du W3C, et dans de nombreuses autres escarmouches, batailles et même guerres au fil des années. Forts de cette longue expérience, voici deux choses que nous voulons vous dire à propos des DRM :

1. Tout le monde sait dans les milieux bien informés que la technologie DRM n’est pas pertinente, mais que c’est la loi sur les DRM qui est décisive ;
2. La raison pour laquelle les entreprises veulent des DRM n’a rien à voir avec le droit d’auteur.

Ces deux points viennent d’être démontrés dans un combat désordonné et interminable autour de la standardisation des DRM dans les navigateurs, et comme nous avons consacré beaucoup d’argent et d’énergie à ce combat, nous aimerions retirer des enseignements de ces deux points, et fournir une feuille de route pour les combats à venir contre les DRM.

Les DRM : un échec technologique, une arme létale au plan légal

Voici, à peu près, comment fonctionnent les DRM : une entreprise veut fournir à un client (vous) un contenu dématérialisé (un film, un livre, une musique, un jeu vidéo, une application…) mais elle veut contrôler ce que vous faites avec ce contenu une fois que vous l’avez obtenu.

Alors elles chiffrent le fichier. On adore le chiffrement. Parce que ça fonctionne. Avec relativement peu d’efforts, n’importe qui peut chiffrer un fichier de sorte que personne ne pourra jamais le déchiffrer à moins d’obtenir la clef.

Supposons qu’il s’agisse de Netflix. Ils vous envoient un film qui a été chiffré et ils veulent être sûrs que vous ne pouvez pas l’enregistrer ni le regarder plus tard depuis votre disque dur. Mais ils ont aussi besoin de vous donner un moyen de voir le film. Cela signifie qu’il faut à un moment déchiffrer le film. Et il y a un seul moyen de déchiffrer un fichier qui a été entièrement chiffré : vous avez besoin de la clef.

Donc Netflix vous donne aussi la clef de déchiffrement.

Mais si vous avez la clef, vous pouvez déchiffrer les films de Netflix et les enregistrer sur votre disque dur. Comment Netflix peut-il vous donner la clef tout en contrôlant la façon dont vous l’utilisez ?

Netflix doit cacher la clef, quelque part dans votre ordinateur, dans une extension de navigateur ou une application par exemple. C’est là que la technologie atteint ses limites. Bien cacher quelque chose est difficile. Mais bien cacher quelque chose dans un appareil que vous donnez à votre adversaire pour qu’il puisse l’emporter avec lui et en faire ce qu’il veut, c’est impossible.

Peut-être ne pouvez-vous pas trouver les clefs que Netflix a cachées dans votre navigateur. Mais certains le peuvent : un étudiant en fin d’études qui s’ennuie pendant un week-end, un génie autodidacte qui démonte une puce dans son sous-sol, un concurrent avec un laboratoire entier à sa disposition. Une seule minuscule faille dans la fragile enveloppe qui entoure ces clefs et elles sont libérées !

Et une fois que cette faille est découverte, n’importe qui peut écrire une application ou une extension de navigateur avec un bouton « sauvegarder ». C’est l’échec et mat pour la technologie DRM (les clés fuitent assez souvent, au bout d’un temps comparable à celui qu’il faut aux entreprises de gestion des droits numériques pour révoquer la clé).

Il faut des années à des ingénieurs talentueux, au prix de millions de dollars, pour concevoir des DRM. Qui sont brisés au bout de quelques jours, par des adolescents, avec du matériel amateur. Ce n’est pas que les fabricants de DRM soient stupides, c’est parce qu’ils font quelque chose de stupide.

C’est là qu’intervient la loi sur les DRM, qui donne un contrôle légal plus puissant et plus étendu aux détenteurs de droits que les lois qui encadrent n’importe quel autre type de technologie. En 1998, le Congrès a adopté le Digital Milennium Copyright Act, DCMA dont la section 1201 prévoit une responsabilité pénale pour quiconque contourne un système de DRM dans une but lucratif : 5 ans d’emprisonnement et une amende de 500 000 $ pour une première infraction. Même le contournement à des fins non lucratives des DRM peut engager la responsabilité pénale. Elle rend tout aussi dangereux d’un point de vue légal le simple fait de parler des moyens de contourner un système de DRM.

Ainsi, la loi renforce les systèmes de DRM avec une large gamme de menaces. Si les gens de Netflix conçoivent un lecteur vidéo qui n’enregistrera pas la vidéo à moins que vous ne cassiez des DRM, ils ont maintenant le droit de porter plainte – ou faire appel à la police – contre n’importe quel rival qui met en place un meilleur service de lecture vidéo alternatif, ou un enregistreur de vidéo qui fonctionne avec Netflix. De tels outils ne violent pas la loi sur le droit d’auteur, pas plus qu’un magnétoscope ou un Tivo, mais puisque cet enregistreur aurait besoin de casser le DRM de Netflix, la loi sur les DRM peut être utilisée pour le réduire au silence.

La loi sur les DRM va au-delà de l’interdiction du contournement de DRM. Les entreprises utilisent aussi la section 1201 de la DMCA pour menacer des chercheurs en sécurité qui découvrent des failles dans leurs produits. La loi devient une arme qu’ils peuvent pointer sur quiconque voudrait prévenir leurs consommateurs (c’est toujours vous) que les produits auxquels vous faites confiance sont impropres à l’usage. Y compris pour prévenir les gens de failles dans les DRM qui pourraient les exposer au piratage.

Et il ne s’agit pas seulement des États-Unis, ni du seul DCMA. Le représentant du commerce international des États-Unis a « convaincu » des pays dans le monde entier d’adopter une version de cette règle.

Les DRM n’ont rien à voir avec le droit d’auteur

La loi sur les DRM est susceptible de provoquer des dommages incalculables. Dans la mesure où elle fournit aux entreprises le pouvoir de contrôler leurs produits après les avoir vendus, le pouvoir de décider qui peut entrer en compétition avec elles et sous quelles conditions, et même qui peut prévenir les gens concernant des produits défectueux, la loi sur les DRM constitue une forte tentation.

Certaines choses ne relèvent pas de la violation de droits d’auteur : acheter un DVD pendant que vous êtes en vacances et le passer quand vous arrivez chez vous. Ce n’est de toute évidence pas une violation de droits d’auteur d’aller dans un magasin, disons à New Delhi, d’acheter un DVD et de le rapporter chez soi à Topeka. L’ayant droit a fait son film, l’a vendu au détaillant, et vous avez payé au détaillant le prix demandé. C’est le contraire d’une violation de droits d’auteur. C’est l’achat d’une œuvre selon les conditions fixées par l’ayant droit. Mais puisque le DRM vous empêche de lire des disques hors-zone sur votre lecteur, les studios peuvent invoquer le droit d’auteur pour décider où vous pouvez consommer les œuvres sous droit d’auteur que vous avez achetées en toute honnêteté.

D’autres non-violations : réparer votre voiture (General Motors utilise les DRM pour maîtriser qui peut faire un diagnostic moteur, et obliger les mécaniciens à dépenser des dizaines de milliers de dollars pour un diagnostic qu’ils pourraient sinon obtenir par eux-mêmes ou par l’intermédiaire de tierces parties) ; recharger une cartouche d’encre (HP a publié une fausse mise à jour de sécurité qui a ajouté du DRM à des millions d’imprimantes à jet d’encre afin qu’elles refusent des cartouches reconditionnées ou venant d’un tiers), ou faire griller du pain fait maison (même si ça ne s’est pas encore produit, rien ne pourrait empêcher une entreprise de mettre des DRM dans ses grille-pains afin de contrôler la provenance du pain que vous utilisez).

Ce n’est pas non plus une violation du droit d’auteur de regarder Netflix dans un navigateur non-approuvé par Netflix. Ce n’est pas une violation du droit d’auteur d’enregistrer une vidéo Netflix pour la regarder plus tard. Ce n’est pas une violation du droit d’auteur de donner une vidéo Netflix à un algorithme qui pourra vous prévenir des effets stroboscopiques à venir qui peuvent provoquer des convulsions potentiellement mortelles chez les personnes atteintes d’épilepsie photosensible.

Ce qui nous amène au W3C

Le W3C est le principal organisme de normalisation du Web, un consortium dont les membres (entreprises, universités, agences gouvernementales, associations de la société civile entre autres) s’impliquent dans des batailles sans fin concernant le meilleur moyen pour tout le monde de fournir du contenu en ligne. Ils créent des « recommandations » (la façon pour le W3C de dire « standards »), ce sont un peu comme des étais invisibles qui soutiennent le Web. Ces recommandations, fruits de négociations patientes et de compromis, aboutissent à un consensus des principaux acteurs sur les meilleures (ou les moins pires) façons de résoudre certains problèmes technologiques épineux.

En 2013, Netflix et quelques autres entreprises du secteur des médias ont convaincu le W3C de commencer à travailler sur une système de DRM pour le Web. Ce système de DRM, Encrypted Media Extensions, constitue un virage à 180 degrés par rapport aux habitudes du W3C. Tout d’abord, les EME ne seraient pas un standard à part entière : l’organisation spécifierait une API au travers de laquelle les éditeurs et les vendeurs de navigateurs pourraient faire fonctionner les DRM, mais le « module de déchiffrement du contenu » (content decryption module, CDM) ne serait pas défini par la norme. Ce qui signifie que les EME n’ont de norme que le nom : si vous lanciez une entreprise de navigateurs en suivant toutes les recommandations du W3C, vous seriez toujours incapables de jouer une vidéo Netflix. Pour cela, vous auriez besoin de la permission de Netflix.

Je n’exagère pas en disant que c’est vraiment bizarre. Les standards du Web existent assurer « une interopérabilité sans permission ». Les standards de formatage de texte sont tels que n’importe qui peut créer un outil qui peut afficher les pages du site web du New York Times, les images de Getty ou les diagrammes interactifs sur Bloomberg. Les entreprises peuvent toujours décider de qui peut voir quelles pages de leur site web (en décidant qui possède un mot de passe et quelles parties du site sont accessibles par chaque mot de passe), mais elles ne décident pas de qui peut créer le programme de navigateur web dans lequel vous entrez le mot de passe pour accéder au site.

Un Web où chaque éditeur peut choisir avec quels navigateurs vous pouvez visiter son site est vraiment différent du Web historique. Historiquement, chacun pouvait concevoir un nouveau navigateur en s’assurant qu’il respecte les recommandations du W3C, puis rivaliser avec les navigateurs déjà présents. Et bien que le Web ait toujours été dominé par quelques navigateurs, le navigateur dominant a changé toutes les décennies, de sorte que de nouvelles entreprises ou même des organisations à but non lucratif comme Mozilla (qui a développé Firefox) ont pu renverser l’ordre établi. Les technologies qui se trouvaient en travers de cette interopérabilité sans permission préalable – comme les technologies vidéos brevetés – ont été perçues comme des entraves à l’idée d’un Web ouvert et non comme des opportunités de standardisation.

Quand les gens du W3C ont commencé à créer des technologies qui marchent uniquement quand elles ont reçu la bénédiction d’une poignée d’entreprises de divertissement, ils ont mis leurs doigts – et même leurs mains – dans l’engrenage qui assurera aux géants de la navigation un règne perpétuel.

Mais ce n’est pas le pire. Jusqu’aux EME, les standards du W3C étaient conçus pour donner aux utilisateurs du Web (i.e. vous) plus de contrôle sur ce que votre ordinateur fait quand vous visitez les sites web d’autres personnes. Avec les EME, et pour la toute première fois, le W3C est en train de concevoir une technologie qui va vous enlever ce contrôle. Les EME sont conçus pour autoriser Netflix et d’autres grosses entreprises à décider de ce que fait votre navigateur, même (et surtout) quand vous êtes en désaccord avec ce qui devrait se passer.

Il y a un débat persistant depuis les débuts de l’informatique pour savoir si les ordinateurs existent pour contrôler leurs utilisateurs, ou vice versa (comme le disait l’informaticien visionnaire et spécialiste de l’éducation Seymour Papert « les enfants devraient programmer les ordinateurs plutôt que d’être programmés par eux » – et ça s’applique aussi bien aux adultes). Tous les standards du W3C jusqu’en 2017 on été en faveur du contrôle des ordinateurs par les utilisateurs. Les EME rompent avec cette tradition. C’est un changement subtil mais crucial.

…et pourquoi le W3C devrait faire ça ?

Aïe aïe aïe. C’est la question à trois milliards d’utilisateurs.

La version de cette histoire racontée par la W3C ressemble un peu à ce qui suit. L’apparition massive des applications a affaibli le Web. À l’époque « pré-applis », le Web était le seul joueur dans la partie, donc les sociétés devaient jouer en suivant ses règles : standards libres, Web libre. Mais maintenant que les applications existent et que presque tout le monde les utilise, les grandes sociétés peuvent boycotter le Web, obligeant leurs utilisateurs à s’orienter vers les applications. Ce qui ne fait qu’accélérer la multiplication des applis, et affaiblit d’autant plus le Web. Les applications ont l’habitude d’implémenter les DRM, alors les sociétés utilisant ces DRM se sont tournées vers les applis. Afin d’empêcher les entreprises du divertissement de tuer le Web, celui-ci doit avoir des DRM également.

Toujours selon cette même théorie, même si ces sociétés n’abandonnent pas entièrement le Web, il est toujours préférable de les forcer à faire leurs DRM en suivant le W3C que de les laisser faire avec les moyens ad hoc. Laissées à elles-mêmes, elles pourraient créer des DRM ne prenant pas en compte les besoins des personnes à handicap, et sans l’influence modératrice du W3C, ces sociétés créeraient des DRM ne respectant pas la vie privée numérique des utilisateurs.

On ne peut pas espérer d’une organisation qu’elle dépense des fortunes pour créer des films ou en acquérir des licences puis distribue ces films de telle sorte que n’importe qui puisse les copier et les partager.

Nous pensons que ces arguments sont sans réel fondement. Il est vrai que le Web a perdu une partie de sa force liée à son exclusivité du début, mais la vérité c’est que les entreprises gagnent de l’argent en allant là où se trouvent leurs clients. Or tous les clients potentiels ont un navigateur, tandis que seul les clients déjà existants ont les applications des entreprises. Plus il y aura d’obstacles à franchir entre vous et vos clients, moins vous aurez de clients. Netflix est sur un marché hyper-compétitif avec des tonnes de nouveaux concurrents (p.ex. Disney), et être considéré comme « ce service de streaming inaccessible via le Web » est un sérieux désavantage.

Nous pensons aussi que les médias et les entreprises IT auraient du mal à se mettre d’accord sur un standard pour les DRM hors W3C, même un très mauvais standard. Nous avons passé beaucoup de temps dans les salles remplies de fumée où se déroulait la standardisation des systèmes de DRM ; la dynamique principale était celles des médias demandant le verrouillage complet de chaque image de chaque vidéo, et des entreprises IT répondant que le mieux que quiconque puisse espérer était un ralentissement peu efficace qu’elles espéraient suffisant pour les médias. La plupart du temps, ces négociations s’effondrent sans arriver nulle part.

Il y a aussi la question des brevets : les entreprises qui pensent que les DRM sont une bonne idée adorent les brevets logiciels, et le résultat est un fouillis sans nom de brevets qui empêchent de parvenir à faire quoi que ce soit. Le mécanisme de regroupement de brevets du W3C (qui se démarque par sa complétude dans le monde des standards et constitue un exemple de la meilleure façon d’accomplir ce genre de choses) a joué un rôle indispensable dans le processus de standardisation des DRM. De plus, dans le monde des DRM, il existe des acteurs-clefs – comme Adobe – qui détiennent d’importants portfolios de brevets mais jouent un rôle de plus en plus réduit dans le monde des DRM (l’objectif avoué du système EME est de « tuer Flash »).

Si les entreprises impliquées devaient s’asseoir à la table des négociations pour trouver un nouvel accord sur les brevets sans le framework du W3C, n’importe laquelle de ces entreprises pourrait virer troll et décider que les autres doivent dépenser beaucoup d’argent pour obtenir une licence sur leurs brevets – elle n’aurait rien à perdre à menacer le processus de négociations et tout à gagner même sur des droits par utilisateur, même minuscules, pour quelque chose qui sera installé dans trois milliards de navigateurs.

En somme, il n’y a pas de raison de penser que les EME ont pour objectif de protéger des intérêts commerciaux légitimes. Les services de streaming vidéo comme Netflix reposent sur l’inscription de leurs clients à toute une collection, constamment enrichie avec de nouveaux contenus et un système de recommandations pour aider ses utilisateurs à s’y retrouver.

Les DRM pour les vidéos en streaming sont ni plus ni moins un moyen d’éviter la concurrence, pas de protéger le droit d’auteur. L’objectif des DRM est de munir les entreprises d’un outil légal pour empêcher des activités qui seraient autorisées sinon. Les DRM n’ont pas vocation à « fonctionner » (au sens de prévenir les atteintes au droit d’auteur) tant qu’ils permettent d’invoquer le DMCA.

Pour vous en convaincre, prenez simplement l’exemple de Widevine, la version des EME de Google. Ce mastodonte a racheté la boîte qui développait Widevine en 2010, mais il a fallu attendre 2016, pour qu’un chercheur indépendant se penche réellement sur la façon dont elle empêchait la fuite de ses vidéos. Ce chercheur, David Livshits a remarqué que Widevine était particulièrement facile à contourner, et ce dès sa création, et que les erreurs qui rendaient Widevine aussi inefficace étaient évidentes, même avec un examen superficiel. Si les millions de dollars et le personnel hautement qualifié affectés aux EME avaient pour but de créer une technologie qui lutterait efficacement contre les atteintes au droit d’auteur, alors vous pourriez croire que Netflix ou une des autres entreprises de médias numériques impliquées dans les négociations auraient utilisé une partie de toutes ces ressources à un rapide audit, pour s’assurer que leur produit fonctionne réellement comme annoncé.

(Détail amusant : Livshits est un Israélien qui travaille à l’université Ben Gourion, et il se trouve que l’Israël est un des rares pays qui ne condamnent pas les violations de DRM, ce qui signifie que les Israéliens font partie des seules personnes qui peuvent faire ce type de recherche, sans craintes de représailles juridiques)

Mais la plus belle preuve que les EME étaient tout simplement un moyen d’éliminer les concurrents légitimes, et non une tentative de protection du droit d’auteur, la voici.

Une expérience sous contrôle

Lorsque l’EFF a rejoint le W3C, notre principale condition était « ne faites pas de DRM ».

Nous avons porté l’affaire devant l’organisation, en décrivant la façon dont les DRM interférent avec les exceptions aux droits auteurs essentielles (comme celles qui permettent à chaque individu d’enregistrer et modifier un travail protégé par droits d’auteur, dans le cadre d’une critique, ou d’une adaptation) ainsi que la myriade de problèmes posés par le DMCA et par d’autres lois semblables à travers le monde.

L’équipe de direction de la W3C a tout simplement réfuté tous les arguments à propos des usages raisonnables et des droits d’utilisateurs prévus par le droit d’auteur, comme étant, en quelque sorte, des conséquences malheureuses de la nécessité d’éviter que Netflix n’abandonne le Web, au profit des applications. Quant au DMCA, ils ont répondu qu’ils ne pouvaient faire quoi que ce soit à propos de cette loi irrationnelle, mais qu’ils avaient la certitude que les membres du W3C n’avaient aucunement l’intention de violer le DMCA, ils voulaient seulement éviter que leurs films de grande valeur ne soient partagés sur Internet.

Nous avons donc changé de stratégie, et proposé une sorte d’expérience témoin afin de savoir ce que les fans de DRM du W3C avaient comme projets.

Le W3C est un organisme basé sur le consensus : il crée des standards, en réunissant des gens dans une salle pour faire des compromis, et aboutir à une solution acceptable pour chacun. Comme notre position de principe était « pas de DRM au W3C » et que les DRM sont une si mauvaise idée, il était difficile d’imaginer qu’un quelconque compromis pouvait en sortir.

Mais après avoir entendu les partisans du DRM nier leurs abus du DCMA, nous avons pensé que nous pouvions trouver quelque chose qui permettrait d’avancer par rapport à l’actuel statu quo et pourrait satisfaire le point de vue qu’ils avaient évoqué.

Nous avons proposé un genre de pacte de non-agression par DRM, par lequel les membres du W3C promettraient qu’ils ne poursuivraient jamais quelqu’un en justice en s’appuyant sur des lois telles que la DMCA 1201, sauf si d’autres lois venaient à être enfreintes. Ainsi, si quelqu’un porte atteinte à vos droits d’auteur, ou incite quelqu’un à le faire, ou empiète sur vos contrats avec vos utilisateurs, ou s’approprie vos secrets de fabrication, ou copie votre marque, ou fait quoique ce soit d’autre, portant atteinte à vos droits légaux, vous pouvez les attaquer en justice.

Mais si quelqu’un s’aventure dans vos DRM sans enfreindre aucune autre loi, le pacte de non-agression stipule que vous ne pouvez pas utiliser le standard DRM du W3C comme un moyen de les en empêcher. Cela protégerait les chercheurs en sécurité, cela protégerait les personnes qui analysent les vidéos pour ajouter des sous-titres et d’autres outils d’aide, cela protégerait les archivistes, qui ont légalement le droit de faire des copies, et cela protégerait ceux qui créent de nouveaux navigateurs.

Si tout ce qui vous intéresse c’est de créer une technologie efficace contre les infractions à la loi, ce pacte ne devrait poser aucun problème. Tout d’abord, si vous pensez que les DRM sont une technologie efficace, le fait qu’il soit illégal de les critiquer ne devrait pas avoir d’importance.

Et étant donné que le pacte de non-agression permet de conserver tous les autres droits juridiques, il n’y avait aucun risque que son adoption permette à quelqu’un d’enfreindre la loi en toute impunité. Toute personne qui porterait atteinte à des droits d’auteur (ou à tout autre droit) serait dans la ligne de mire du DMCA, et les entreprises auraient le doigt sur la détente.

Pas surprenant, mais très décevant

Bien entendu, ils ont détesté cette idée.

Les studios, les marchands de DRM et les grosses entreprises membres du W3C ont participé à une « négociation » brève et décousue avant de voter la fin des discussions et de continuer. Le représentant du W3C les a aidés à éviter les discussions, continuant le travail sur la charte de EME sans prévoir de travail en parallèle sur la protection du Web ouvert, même quand l’opposition à l’intérieur du W3C grandissait.

Le temps que la poussière retombe, les EME ont été publiés après le vote le plus controversé que le W3C ait jamais vu, avec le représentant du W3C qui a déclaré unilatéralement que les problèmes concernant la sûreté des recherches, l’accessibilité, l’archivage et l’innovation ont été traités au mieux (malgré le fait que littéralement rien de contraignant n’a été décidé à propos de ces sujets). La recherche de consensus du W3C a été tellement détournée de son cours habituel que la publication de EME a été approuvée par seulement 58 % des membres qui ont participé au vote final, et nombre de ces membres ont regretté d’avoir été acculés à voter pour ce à quoi ils avaient émis des objections.

Quand le représentant du W3C a déclaré que n’importe quelle protection pour un Web ouvert était incompatible avec les souhaits des partisans des DRM, cela ressemblait à une justification ironique. Après tout, c’est comme ça que l’on a commencé avec l’EFF insistant sur le fait que les DRM n’étaient pas compatibles avec les révélations de faille de sécurité, avec l’accessibilité, avec l’archivage ou encore l’innovation. Maintenant, il semble que nous soyons tous d’accord.

De plus, ils se sont tous implicitement mis d’accord pour considérer que les DRM ne concernent pas la protection du droit d’auteur. Mais concerne utilisation du droit d’auteur pour s’emparer d’autres droits, comme celui de décider qui peut critiquer ou non votre produit – ou qui peut le concurrencer.

Le simulacre de cryptographie des DRM implique que ça marche seulement si vous n’êtes pas autorisé à comprendre ses défauts. Cette hypothèse s’est confirmée lorsqu’un membre du W3C a déclaré au consortium qu’il devrait protéger les publications concernant les « environnements de tests de confidentialité » des EME permettant l’espionnage intrusif des utilisateurs, et dans la minute, un représentant de Netflix a dit que cette option n’était même pas envisageable.

D’une certaine façon, Netflix avait raison. Les DRM sont tellement fragiles, tellement incohérents, qu’ils sont simplement incompatibles avec les normes du marché et du monde scientifique, où tout le monde est libre de décrire ses véritables découvertes, même si elles frustrent les aspirations commerciales d’une multinationale.

Le W3C l’a implicitement admis car il a tenté de réunir un groupe de discussion pour élaborer une ligne de conduite à destination des entreprises utilisant l’EME : dans quelle mesure utiliser la puissance légale des DRM pour punir les détracteurs, à quel moment autoriser une critique.

« Divulgation responsable selon nos règles, ou bien c’est la prison »

Ils ont appelé ça la divulgation responsable, mais elle est loin de celle qu’on voit aujourd’hui. En pratique, les entreprises font les yeux doux aux chercheurs en sécurité pour qu’ils communiquent leurs découvertes à des firmes commerciales avant de les rendre publiques. Leurs incitations vont de la récompense financière (bug bounty), à un système de classement qui leur assure la gloire, ou encore l’engagement de donner suite aux divulgations en temps opportun, plutôt que de croiser les doigts, de s’asseoir sur les défauts fraîchement découverts et d’espérer que personne d’autre ne les redécouvrira dans le but de les exploiter.

La tension qui existe entre les chercheurs indépendants en sécurité et les grandes entreprises est aussi vieille que l’informatique. Il est difficile de protéger un ordinateur du fait de sa complexité. La perfection est inatteignable. Garantir la sécurité des utilisateurs d’ordinateurs en réseau nécessite une évaluation constante et la divulgation des conclusions, afin que les fabricants puissent réparer leurs bugs et que les utilisateurs puissent décider de façon éclairée quels systèmes sont suffisamment sûrs pour être utilisés.

Mais les entreprises ne réservent pas toujours le meilleur accueil aux mauvaises nouvelles lorsqu’il s’agit de leurs produits. Comme des chercheurs ont pu en faire l’expérience — à leurs frais — mettre une entreprise face à ses erreurs peut être une question de savoir-vivre, mais c’est un comportement risqué, susceptible de faire de vous la cible de représailles si vous vous avisez de rendre les choses publiques. Nombreux sont les chercheurs ayant rapporté un bogue à une entreprise, pour constater l’intolérable durée de l’inaction de celle-ci, laissant ses utilisateurs exposés au risque. Bien souvent, ces bogues ne font surface qu’après avoir été découverts par ailleurs par des acteurs mal intentionnés ayant vite fait de trouver comment les exploiter, les transformant ainsi en attaques touchant des millions d’utilisateurs. Bien trop nombreux pour que l’existence de bogues puisse plus longtemps être passée sous silence.

Comme le monde de la recherche renâclait de plus en plus à leur parler, les entreprises ont été obligées de s’engager concrètement à ce que les découvertes des chercheurs soient suivies de mesures rapides, dans un délai défini, à ce que les chercheurs faisant part de leurs découvertes ne soient pas menacés et même à offrir des primes en espèces pour gagner la confiance des chercheurs. La situation s’est améliorée au fil des ans, la plupart des grandes entreprises proposant une espèce de programme relatif aux divulgations.

Mais la raison pour laquelle les entreprises donnent des assurances et offrent des primes, c’est qu’elles n’ont pas le choix. Révéler que des produits sont défectueux n’est pas illégal, et donc les chercheurs qui mettent le doigt sur ces problèmes n’ont aucune obligation de se conformer aux règles des entreprises. Ce qui contraint ces dernières à faire preuve de leur bonne volonté par leur bonne conduite, des promesses contraignantes et des récompenses.

Les entreprises veulent absolument être capables de déterminer qui a le droit de dire la vérité sur leurs produits et quand. On le sait parce que, quand elles ont une occasion d’agir en ce sens, elles la saisissent. On le sait parce qu’elles l’ont dit au W3C. On le sait parce qu’elles ont exigé ce droit comme partie intégrante du paquet DRM dans le cadre EME.

De tous les flops du processus DRM au sein du W3C, le plus choquant a été le moment où les avocats historiques du Web ouvert ont tenté de convertir un effort de protection des droits des chercheurs à avertir des milliards de gens des vulnérabilités de leurs navigateurs web en un effort visant à conseiller les entreprises quant au moment où renoncer à exercer ce droit. Un droit qu’elle n’ont que grâce à la mise au point des DRM pour le Web par le W3C.

Les DRM sont le contraire de la sécurité

Depuis le début de la lutte contre les DRM au W3C, on a compris que les fabricants de DRM et les entreprises de médias qu’elles fournissent n’étaient pas là pour protéger le droit d’auteur, mais pour avoir une base légale sur laquelle asseoir des privilèges sans rapport avec le droit d’auteur. On savait aussi que les DRM étaient incompatibles avec la recherche en sûreté : puisque les DRM dépendent de l’obfuscation (NdT : rendre illisible pour un humain un code informatique), quiconque documente comment les DRM marchent les empêche aussi de fonctionner.

C’est particulièrement clair à travers ce qui n’a pas été dit au W3C : quand on a proposé que les utilisateurs puissent  contourner les DRM pour générer des sous-titres ou mener des audits de sécurité, les intervenants se demandaient toujours sur si c’était acceptable, mais jamais si c’était possible.

Il faut se souvenir que EME est supposé être un système qui aide les entreprises à s’assurer que leurs films ne sont pas sauvegardés sur les disques durs de leurs utilisateurs et partagés sur Internet. Pour que ça marche, cela doit être, vous savez, compliqué.

Mais dans chaque discussion pour déterminer quand une personne peut être autorisée à casser EME, il était toujours acquis que quiconque voulait le faire le pouvait. Après tout, si vous cachez des secrets dans le logiciel que vous donnez aux mêmes personnes dont vous voulez cacher les secrets, vous allez probablement être déçu.

Dès le premier jour, nous avons compris que nous arriverions à un point où les défenseurs des DRM au W3C seraient obligés d’admettre que le bon déroulement de leur plan repose sur la capacité à réduire au silence les personnes qui examineront leurs produits.

Cependant, nous avons continué à espérer : une fois que cela sera clair pour tout le monde, ils comprendront que les DRM ne peuvent coexister pacifiquement avec le Web ouvert.

Nous avions tort.

Photo par Elitatt (CC BY 2.0)

Le canari dans la mine de charbon

Le succès des DRM au W3C est une parabole de la concentration des marchés et de la fragilité du Web ouvert. Des centaines de chercheurs en sécurité ont fait du lobbying au W3C pour protéger leur travail, l’UNESCO a condamné publiquement l’extension des DRM au Web, et les nombreuses crypto-monnaies membres du W3C ont prévenu que l’utilisation de navigateurs pour des applications critiques et sûres, par exemple pour déplacer les avoirs financiers des gens, ne peut se faire que si les navigateurs sont soumis aux mêmes normes de sécurité que les autres technologies utilisées dans nos vies (excepté les technologies DRM).

Il ne manque pas de domaines d’activités qui veulent pouvoir contrôler ce que leurs clients et concurrents font avec leurs produits. Quand les membres du droit d’auteur Office des États-Unis ont entendu parler des DRM en 2015, il s’agissait pour eux des DRM dans des implants médicaux et des voitures, de l’équipement agricole et des machines de votes. Des entreprises ont découvert qu’ajouter des DRM à leurs produits est la manière la plus sûre de contrôler le marché, une façon simple et fiable de transformer en droits exclusifs les choix commerciaux pour déterminer qui peut réparer, améliorer et fournir leurs produits .

Les conséquences néfastes sur le marché économique de ce comportement anticoncurrentiel sont faciles à voir. Par exemple, l’utilisation intempestive des DRM pour empêcher des magasins indépendants de réparer du matériel électronique provoque la mise à la poubelle de tonnes de composants électroniques, aux frais des économies locales et de la possibilité des clients d’avoir l’entière propriété de leurs objets. Un téléphone que vous recyclez au lieu de le réparer est un téléphone que vous avez à payer pour le remplacer – et réparer crée beaucoup plus d’emplois que de recycler (recycler une tonne de déchets électroniques crée 15 emplois, la réparer crée 150 emplois). Les emplois de réparateurs sont locaux et incitent à l’entrepreneuriat, car vous n’avez pas besoin de beaucoup de capital pour ouvrir un magasin de réparations, et vos clients voudront amener leurs objets à une entreprise locale (personne ne veut envoyer un téléphone en Chine pour être réparé – encore moins une voiture !).

Mais ces dégâts économiques sont seulement la partie émergée de l’iceberg. Des lois comme le DMCA 1201 incitent à l’utilisation de DRM en promettant de pouvoir contrôler la concurrence, mais les pires dommages des DRM sont dans le domaine de la sécurité. Quand le W3C a publié EME, il a légué au Web une surface d’attaque qu’on ne peut auditer dans des navigateurs utilisés par des milliards de personnes pour leurs applications les plus risquées et importantes. Ces navigateurs sont aussi l’interface de commande utilisée pour l’Internet des objets : ces objets, garnis de capteurs, qui peuvent nous voir, nous entendre, et agir sur le monde réel avec le pouvoir de nous bouillir, geler, électrifier, blesser ou trahir de mille façons différentes.

Ces objets ont eux-mêmes des DRM, conçus pour verrouiller nos biens, ce qui veut dire que tout ce qui va de votre grille-pain à votre voiture devient hors de portée de l’examen de chercheurs indépendants qui peuvent vous fournir des évaluations impartiales et sans fard sur la sécurité et de la fiabilité de ces appareils.

Dans un marché concurrentiel, on pourrait s’attendre à ce que des options sans DRM prolifèrent en réaction à ce mauvais comportement. Après tout, aucun client ne veut des DRM : aucun concessionnaire automobile n’a jamais vendu une nouvelle voiture en vantant le fait que c’était un crime pour votre mécanicien préféré de la réparer.

Mais nous ne vivons pas dans un marché concurrentiel. Les lois telles que DMCA 1201 minent toute concurrence qui pourrait contrebalancer leurs pires effets.

Les entreprises qui se sont battues pour les DRM au W3C – vendeurs de navigateurs, Netflix, géants de la haute technologie, l’industrie de la télévision par câble – trouvent toutes l’origine de leur succès dans des stratégies commerciales qui ont, au moment de leur émergence, choqué et indigné les acteurs du secteur déjà établis. La télévision par câble était à ses débuts une activité qui retransmettait des émissions et facturait ce service sans avoir de licence. L’hégémonie d’Apple a commencé par l’extraction de cédéroms, en ignorant les hurlements de l’industrie musicale (exactement comme Firefox a réussi en bloquant les publicités pénibles et en ignorant les éditeurs du web qui ont perdu des millions en conséquence). Bien sûr, les enveloppes rouges révolutionnaires de Netflix ont été traitées comme une forme de vol.

Ces boîtes ont démarré comme pirates et sont devenus des amiraux, elles traitent leurs origines comme des légendes de courageux entrepreneurs à l’assaut d’une structure préhistorique et fossilisée. Mais elles traitent toute perturbation à leur encontre comme un affront à l’ordre naturel des choses. Pour paraphraser Douglas Adams, toute technologie inventée pendant votre adolescence est incroyable et va changer le monde ; tout ce qui est inventé après vos 30 ans est immoral et doit être détruit.

Leçons tirées du W3C

La majorité des personnes ne comprennent pas le danger des DRM. Le sujet est bizarre, technique, ésotérique et prend trop de temps à expliquer. Les partisans des DRM veulent faire tourner le débat autour du piratage et de la contrefaçon, qui sont des histoires simples à raconter.

Mais les promoteurs des DRM ne se préoccupent pas de ces aspects et on peut le prouver : il suffit de leur demander s’ils seraient partants pour promettre de ne pas avoir recours au DMCA tant que personne ne viole de droit d’auteur. On pourrait alors observer leurs contorsions pour ne pas évoquer la raison pour laquelle faire appliquer le droit d’auteur devrait empêcher des activités connexes qui ne violent pas le droit d’auteur. À noter : ils n’ont jamais demandé si quelqu’un pourrait contourner leurs DRM, bien entendu. Les DRM sont d’une telle incohérence technique qu’ils ne sont efficaces que s’il est interdit par la loi de comprendre leur fonctionnement. Il suffit d’ailleurs de les étudier un peu attentivement pour les mettre en échec.

Demandez-leur de promettre de ne pas invoquer le DMCA contre les gens qui ont découvert des défauts à leurs produits et écoutez-les argumenter que les entreprises devraient obtenir un droit de veto contre la publication de faits avérés sur leurs erreurs et manquements.

Ce tissu de problèmes montre au moins ce pour quoi nous nous battons : il faut laisser tomber les discussions hypocrites relatives au droit d’auteur et nous concentrer sur les vrais enjeux : la concurrence, l’accessibilité et la sécurité.

Ça ne se réglera pas tout seul. Ces idées sont toujours tordues et nébuleuses.

Voici une leçon que nous avons apprise après plus de 15 ans à combattre les DRM : il est plus facile d’inciter les personnes à prêter attention à des problèmes de procédure qu’à des problèmes de fond. Nous avons travaillé vainement à alerter le grand public sur le Broadcasting Treaty, un traité d’une complexité déconcertante et terriblement complexe de l’OMPI (lien ici), une institution spécialisée des Nations Unies. Tout le monde s’en moquait jusqu’à ce que quelqu’un dérobe des piles de nos tracts et les dissimule dans les toilettes pour empêcher tout le monde de les lire. Et c’est cela qui a fait la Une : il est très difficile de se faire une idée précise d’un truc comme le Broadcast Treaty, mais il est très facile de crier au scandale quand quelqu’un essaie de planquer vos documents dans les toilettes pour que les délégués ne puissent pas accéder à un point de vue contradictoire.

C’est ainsi qu’après quatre années de lutte inefficace au sujet des DRM au sein du W3C, nous avons démissionné ; c’est alors tout le monde s’est senti concerné, demandant comment résoudre le problème. La réponse courte est « Trop tard : nous avons démissionné car il n’y a plus rien à faire ».

Mais la réponse longue laisse un peu plus d’espoir. EFF est en train d’attaquer le gouvernement des États-Unis pour casser la Section 1201 du DMCA. Comme on l’a montré au W3C, il n’y a pas de demande pour des DRM à moins qu’il y ait une loi comme le DMCA 1201. Les DRM en soi ne font rien d’autre que de permettre aux compétiteurs de bloquer des offres innovantes qui coûtent moins et font plus.

Le droit d’auteur Office va bientôt entendre des nouveaux échos à propos du DMCA 1201.

Le combat du W3C a montré que nous pouvions ramener le débat aux vrais problèmes. Les conditions qui ont amené le W3C à être envahi par les DRM sont toujours d’actualité et d’autres organisations vont devoir faire face à cette menace dans les années à venir. Nous allons continuer à affiner notre tactique et à nous battre, et nous allons aussi continuer à rendre compte des avancées afin que vous puissiez nous aider. Tout ce que nous demandons est que vous continuiez à être vigilant. Comme on l’a appris au W3C, on ne peut pas le faire sans vous.

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FSF Europe - dim, 10/12/2017 - 18:00
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FSFE Yearly Report 2017

FSF Europe - mer, 06/12/2017 - 18:00
FSFE Yearly Report 2017

The yearly report of the Free Software Foundation Europe gives you a breakdown in one document of important things we have done and achieved during the last 12 months. Read on to find out about our activities, the campaigns we have run, the events we have visited or organised, the groups we have helped, and what resources we counted on to do it.

Table of content

What we have done in 2017 FSFE's 2017 in numbers The people behind FSFE At the end What we have done in 2017Public Money, Public Code

In September, we launched our Public Money, Public Code campaign. The idea is simple: Software created using taxpayers' money should be available under a free licence for everybody.

To drive our campaign, we have set up a campaign siteand published an open letter that everyone can sign to support our demand. To boost virality and help everyone understand the benefits of public bodies publishing their source code under free licences, we made a video (Webpage / Download / Vimeo / YouTube) explaining the situation. So far it is available in English, German and French, with more languages to come.

This campaign is ongoing and still in its early stages. In fact, we intend to continue it well into 2019 at least, so as to raise awareness among candidates for the elections to the European Parliament. At the moment of writing, we have collected over 14,000 signatures of our open letter. Among the signatories are national representatives and European Parliament Members, and we have received endorsements from over 100 organisations and prominent players in the IT field, including security expert Edward Snowden.

Our goal is to get elected officials to commit to policy and legislations that make publicly funded software free software by default. To that effect, we contacted ~1000 candidates for the German Federal Parliament elections and asked the addressees to "implement legislation requiring that publicly financed software developed for public sector [...] be made publicly available under a Free and Open Source Software licence." from the candidates who contacted us that they support our claim, 19 are now members of parliament. Beside that the whole parliamentary group of the German Green party responded to our campaign in a public letter, stating their support for our demand.

We will keep raising awareness for our demand in upcoming elections. To help us, sign the open letter yourself, spread the word about the campaign and increase our funding.

Save Code Share

A new copyright proposal is currently being discussed by the EU co-legislators. Part of this proposal is Article 13, an item that will hamper our ability to collaborate with each other online. Article 13 mandates that all online hosting service providers must install an upload filter that blocks any works from being uploaded that may constitute a copyright violation and must monitor their users as well as actively seek possible copyright infringements. These fundamentally flawed filtering algorithms will ultimately decide what code developers should be allowed to share. Beside all the problems upload filters come with, there are no known filtering technologies that could accurately and reliably identify whether Free Software code is being shared in accordance with its terms and conditions.

To combat this legislation, we launched a website to Save Code Share in collaboration with Open Forum Europe. We aim to raise awareness of the topic and work to change the proposed legislation. We published a white paper to explain Article 13's impact on free software developers and communities, and an Open Letter that has already been signed by more than 6000 individuals, organisations and companies.

While the European Parliament prepares to vote on its main negotiating position regarding the EU copyright directive proposal in the beginning of 2018, several parliamentary committees have already issued their opinions on Article 13. Together with Open Forum Europe, we put pressure on the vote in Civil Liberties Committee that rejected the use of upload filters when it comes to hosting works online. Now, we have to make sure that the main parliamentary effort takes our concerns into consideration, and rejects Article 13 from its negotiating position with the co-legislators in the EU Council.

REUSE Initiative REUSE Initiativebest practices for conveying copyright and licence information

The website hosts a video (Webpage / Download / Vimeo) that explains the three simple steps involved in making a project REUSE compliant. Developers will also find extra resources. To demonstrate the ease of making a project compliant in practice, we host a number of repositories] that are REUSE compliant.

Furthermore, the FSFE is writing and providing a tool that will help developers make their software REUSE compliant. The goal is to package the tool into the repositories of the most popular GNU/Linux distributions, so that the barriers for adoption are as low as possible.

Do you like what we are doing? Then become a supporter and help us to make a difference in 2018!

10th Legal and Licensing Workshop

Free Software licences are just as important as free code. The Free Software movement would not survive without the legal documents that allow and enforce software to be freely shared and modified. The Legal and Licensing Workshop (LLW) is probably the most important Free Software event you have never heard of. It is aimed at the niche made up by legal experts and professionals that work with the legal system supporting Free Software.

In 2017 we held the workshop's 10th edition in Barcelona. For us this is a landmark because we have managed to get the top legal experts from a wide variety of communities, public institutions and industries travel from all over the world to come together in an event like no other in the Free Software sector. This year's LLW compliance track was all about the tools used to enforce licences and how companies can support them.

Free Software in public administrations was another important topic discussed during the event. The aim was to discover ways of how public administrations could be more transparent and more responsible with the funds when financing the development of software. The ideas legal professionals walked away with will deeply affect society as a whole.

Fiduciary Licence Agreement 2.0

The FSFE acknowledges that the licensing of code has been well served by Free Software licences, but managing rights and content within a project over long periods of time is still a complex issue. To fix this, the FSFE has drafted the Fiduciary Licence Agreement (FLA), a well-balanced contributor agreement which gives the trustee, responsible for managing the rights within a Free Software project, power and responsibility to make sure the contributed software always remains free and open. This ensures that the project, together with all the respective contributors, are protected against any misuse of power by a new copyright holder.

This year we have updated the Fiduciary Licence Agreement (FLA) to version 2.0 which now also covers patents, and has been reworded to be compatible with more jurisdictions and to be easier to read.

We have joined forces with ContributorAgreements.org and integrated the FLA-2.0 into its Copyright Licensing Agreement (CLA) chooser/generator. This makes the use of the FLA easier both for projects and for developers

FLA 2.0 makes it easier to ensure that contributed software always remains free.

European Free Software Policy Meeting

Apart from travelling with our booth to the community's favourite event, the day before the opening of FOSDEM, we hosted the second European Free Software Policy Meeting. We met with Sebastian Raible, parliamentary assistant to Julia Reda, MP of the EU for the German Pirate party; Pierre Damas, Head of Sector, Digital Services at the Directorate General of Information Technologies of the European Commission; Jaana Sahk-Labi from the Estonian Permanent Representation to the EU; Laurent Joubert from the French government; and members of other Free Software advocating organisations.

Together we discussed the progress of the Free and Open Source Software Audit (or FOSSA) programme, some of the Commission's plans for updating its Open Source Software Strategy, and national projects to promote Free Software in public administration and businesses.

Ask your candidates

The FSFE's community participated in the political campaigns during the Dutch general elections, the state of North-Rhine Westphalia as well as the German federal elections.

Our team from the Netherlands developed freedomvote.nl to give voters orientation on internet policies and Free Software. A similar tool was developed by the FSFE together with a "Free Knowledge Coalition" for the German federal elections; the "Digital-o-Mat". This tool made it into the news of multiple national media agencies as well as the public television and attracted tens of thousands of visitors to inform themselves about internet policy topics and Free Software.We also asked political parties in the German elections about their position on Free Software in our "Ask your candidates" campaign-framework.

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New git hosting service: git.fsfe.org

Sharing knowledge and collaboration are two of the core principle in the Free Software society. To encourage both, This year, the FSFE opened a Git hosting service for our supporters with Gitea as a web interface.

By visiting git.fsfe.org, you can share and collaborate on a platform that fully respects your freedoms. Using the graphical web interface, you can open issue reports for bugs or feature requests. git.fsfe.org can host individual projects; complex multi-project repositories for organisations, or act as a mirror for another Git repository hosted elsewhere, like on GitHub or GitLab.

FreedomBox Install Fest in the FSFE Village during SHA 2017.

Investigate Europe

We supported a network of journalists to uncover the degree at which Europe's public infrastructure is dependent on proprietary software from one single provider: Microsoft. Published in 13 newspapers, magazines and online media outlets in nine different languages, the report laid bare how one company has a stranglehold on our public institutions and the negative impact this has on our budgets and freedoms. The FSFE provided the investigative journalists with leads, data and testimonials we had accumulated over years and that served as the backbone to the story.

LiMux: A Lighthouse goes Dark

This year Munich's new mayor, Dieter Reiter, a self-confessed "fan of Microsoft", went out of his way to undermine the work carried out by the administration to migrate away from their proprietary IT framework and pushed for a return to proprietary software on all levels. The FSFE president Matthias Kirschner explained the background to this decision in several talks, for example at the openSUSE Conference 2017 in May, with the intent of spreading insight and awareness to other organisations and Free Software advocates.

Along with The Document Foundation, KDE, and OSBA, we campaigned to keep Free Software in the city of Munich. We reached out to all members of the city council prior to the public hearing and we sent a call for action to our German speaking supporters, asking them to get in contact with politicians. The reaction was phenomenal. During the public hearing, politicians quoted some of our questions, and said that they had never received as much input from citizens and the press before. Unfortunately, all this public pressure did not alter their decision to transition away from LiMux, Microsoft Exchange had been phased in during the talks, and the decision to switch back to proprietary software has been taken.

Taking the "Public Money? Public Code!" campaign out onto the streets of Berlin.

Although this is sad to see, we should use this as an opportunity to evaluate the LiMux case, and see what we -- as the Free Software Community can learn from it -- for future migrations in the public administration. In his talks Matthias raised questions to support an evaluation by the Free Software community.

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FSFE's 2017 in numbers

Having precise data will help you visualise what resources we use to carry out our activities. With that in mind, the next section reduces FSFE's 2017 to figures and numbers. (As a sidenote: A lot of the data in this section, for example the number from our budget, refers to 2016 because it only became available when 2016 was over, that is, in 2017.)

Booth, events and PR

The FSFE has attended no less than 75 events in the last twelve months. The events we attended were of all sizes, from meetups organised by local Free Software groups, to big fairs set up by public institutions and industries, to outdoor non-profit camps. Many take our representatives all over Europe and, in the last year, the FSFE has attended events in 11 countries such as Germany, the Netherlands, Switzerland, Italy, France, Spain, Albania, Austria, Sweden, Portugal, Belgium, Greece and the USA. Apart from speaking and listening to others speak, we also set up our booth at 15 venues.

The FSFE village during SHA Camp 2017 in the Netherlands.

At our booth you can also get stickers, flyers and balloons. These promote Free Software, warn about clouds, advise on using free formats, and so on. In fact, you don't have to visit our booth to get your hands on these goodies: you can ask us yourself for a boxful for your own event at no cost. In the last 12 months we have sent out 233 boxes for the recipient. Since we are talking about rather big boxes, this amounts to literally thousands of stickers, flyers and other goodies.

Budget

In 2017 we got the final data for the 2016 budget and can reveal now that, over the last four years, FSFE's income came to between 350,000 and 450,000 euros, but in 2016 the amount went up to nearly 650,000 euros, which was a nice surprise. That is over a 45% increase with regard to 2015. Most of the growth can be attributed to extraordinary donations from our generous sponsors (up by over 83%), including an inheritance from a person who wants to stay anonymous, but the supporters contributions have also increased and have done so every year, not even flagging in the worst of the economic crisis.

That said, at the FSFE we try to be as a frugal as possible and, although costs went up a bit in 2016, the increase didn't reach 9% with regard to 2015. The biggest costs in 2016 were in our efforts to increase public awareness, where we spent 142,965 euros; our basic infrastructure costs that includes among other things our personell and office costs for management and administration where we spent 130,082 euros and our legal work where we spent 117,336 euros.

FSFE's costs in recent years.

FSFE's revenues in recent years.

Proportionally, the biggest growth in costs happened in the Merchandising department, which grew 16%, from 32,142 euros in 2015 to 37,464 euros in 2016. This is in line with the amount of merchandising we gave and sold to our friends and followers, which increased by 13% from 2015. This is good news, since, as our main aim for merchandising is to spread our message as far and wide as possible, this shows that year after year, the number of people that are made aware of our campaigns and activities grows.

Our best selling garment is without a doubt the black "There is no cloud..." T-shirt. So far in 2017 we have sold 450 of this smart and relevant item of clothing. But clothes are far from the only kind of merchandising the FSFE distributes.

The people behind FSFE

Beyond events and numbers, FSFE is about the people that make up our community. In this sections we would like to introduce you to our comunity and some of our members that too often don't get all the credit they deserve.

Attendees of FSFE community meeting 2017.

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Our community

There are 5 full time employees at the FSFE: Ulrike Sliwinski is our Office Manager and the person you are most likely to talk to if your phone our office; Polina Malaja is the coordinator of the legal team and our Policy Analyst; Erik Albers is our communications and community coordinator; Jonas Öberg is the FSFE's executive director; and, finally, there's Matthias Kirschner who is the president. We also employ 1 part-time employee: Max Mehl, who is our program manager and deputy coordinator of translations. This team is joined by interns for three or more months to work on specific projects and help out in general as well as occasional contractors for specific tasks. This year our interns have been: Olga Gkotsopoulou, Fernando Sanjurjo, Erik da Silva, Jonke Suhr, Carmen Bianca Bakker and Kristi Progri.

The Executive Council is the body that actually executes the wishes of the members. Currently, there are 4 members in the Council: Matthias Kirschner (President), Jonas Öberg (Executive Director), Patrick Ohnewein (Financial Officer) and Heiki Lõhmus (Vice President and Translations Coordinator).

The FSFE's formal members are responsible for planning, budgeting, setting the agenda and electing and recalling of the Executive Council and the Financial Officer. During 2017, we counted on 28 members, including the the 2 prior presidents, Georg Greve and Karsten Gerloff, and the 4 members of the Executive Council.

Then we have our European Core Team, consisting of the formal members plus another 15 individuals from all over Europe, and they are the people that carry out the day-to-day tasks of the organisation on a voluntary or paid basis on core issues and coordinate the many volunteers that support Free Software.

Finally we have the all important supporters. Supporters are sympathisers that have decided to officially support the FSFE by joining our supporter program. During 2017 we surpassed the 1,600 mark and now have supporters in more than 40 countries around the world, including most European countries as well as the Unites States and Australia.

Introducing some of our individualsReinhard Müller

Reinhard is from Lustenau, Vorarlberg, in Austria and has been part of the FSFE for over more than 10 years. Reinhard has always carried out anonymous, often ungrateful tasks that don't get much visibility, but, without which, the FSFE would grind to a halt.

He started out maintaining the FSFE's website, coordinating the translation team and taking care of the Fellowship database. Then, from 2007 to 2017, he took over the financial side as FSFE's official Financial Officer. In that role, Reinhard has done everything related to managing the Foundation's money, from okaying invoices, to filing out our taxes.

However, that hasn't made Reinhard an antisocial hermit, always poring over dusty books with ink-stained fingers. Quite the contrary: if there is something Reinhard enjoys more than columns and columns of figures it is direct contact with people at events. Reinhard loves participating in fairs and tradeshows at the FSFE booth. Next time you are at Linuxtage or FOSDEM, be sure to come by and say hello. You may get lucky and witness Reinhard's legendary T-shirt folding capabilities in action and live. Something worth beholding.

Ulrike Sliwinski

But, talking of booth service and merchandise, if there is one person you can always rely on to get you sweaters and stickers, that is Ulrike. Ulrike joined the FSFE as an office assistant in 2014 on part-time contract. When we realised how much she brought to the job, we quickly asked her to become our full time office manager.

Ulrike, as Reinhard, carries out tasks that are largely invisible to the outside world, but without which the FSFE simply wouldn't be able to run. If you phone the FSFE up for any reason, it will probably be Ulrike who solves your problem. If you ask for one of our boxes of stickers and flyers for you event, it is Ulrike who packs it and sends it off.

Ulrike has been described by some of her colleagues as the "personification of German efficiency" and as someone who will not leave a task alone until it is completed to her entire satisfaction. But Ulrike is also kind, helpful and friendly, making her the perfect host for our office and booth.

André Ockers

One of the FSFE's main missions is to raise awareness among the general public, in companies, in the public sector, and among politicians. Stating the obvious, the first step towards effectively raising awareness, is putting out your messages in the language of your target audience.

That is where people like André come in. André translates most, if not all, FSFE's output into Dutch, and he does so unprompted. André translated more than 80% of FSFE's site into Dutch, and you can expect him to have a translation of every news item or press release we put out within eight hours.

André represents all of those selfless heroes that year in and year out help us reach people of all countries in their native languages.

At the end

We like to send a big big thank you out to our community, all the countless volunteers, supporters and donors who who made the work of FSFE possible in 2017. Your contributions are priceless and we do our best to keep the good work going in 2018.

If you like what we are doing, join the FSFE as a supporter and help us working for Free Software!

Your Free Software Foundation Europe

FSFE in action! (Picture CC-BY-SA 2.0 by Julie Missbutterflies)

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Décryptualité du 27 novembre 2017

APRIL - mer, 06/12/2017 - 08:11


Titre : Décryptualité du 27 novembre 2017
Intervenants : Luc - Manu - Nico - Mag
Lieu : studio d'enregistrement April
Date : novembre 2017
Durée : 15 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse de l'April pour la semaine 47 de l'année 2017
Licence de la transcription : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

Décryptualité parle cette semaine du bitcoin.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 47, année combien ? 2017. Salut Manu.

Manu : Salut Nico.

Nico : Salut Mag.

Mag : Salut Luc.

Luc : On est tous les quatre réunis. Ça faisait un petit moment déjà qu’on ne s’était pas tous retrouvés autour de la table. Sommaire Manu.

Manu : On a huit jolis articles, qui parlent de logiciel libre et de sujets afférents, notamment open data et neutralité du Net, donc il y a un petit peu de tout.

Mag : Developpez.com, « Munich a décidé d’abandonner LiMux pour Windows 10 à partir de 2020 », par Stéphane Le Calme.

Manu : Eh oui, ville de Munich…

Luc : C’est une vieille histoire. On parlait déjà du retour il y a deux ans.

Nico : C’est enfin acté.

Mag : La Tribune, « Des logiciels libres pour renforcer la sécurité des TPE-PME », par Pauline Compan.

Manu : Ça parle de Montpel’libre1, dans le sud de la France.

Mag : Ce sont des copains !

Manu : Des gens hyperactifs et ils présentent des logiciels libres, ils ont toute une liste pour les entreprises notamment.

Luc : Bravo !

Mag : J’en profite pour faire un bisou à Pascale et à Myriam. Le Monde Informatique, « 5 applications Linux pour travailler plus efficacement », de Mark Gibbs.

Manu : Là c’est une petite liste d’applications sympas que vous pouvez aller regarder, d’après ce qui existe.

Mag : ZDNet France, « RGPD – La Cnil propose un logiciel libre PIA pour soigner sa conformité », par Christophe Auffray.

Manu : Ce qui est intéressant là-dedans c’est que la CNIL se penche sur les lois européennes, sur la vie privée, et donc propose des outils pour essayer d’aider les entreprises parce que ce n’est pas simple de passer à la RGPD.

Luc : RGPD c’est quoi ?

Manu : Règlement général sur la protection des données.

Luc : Bravo Manu !

Mag : Libération, « Les États-Unis vers l’Internet à deux vitesses », par Amaelle Guiton.

Manu : Eh bien la neutralité du Net est attaquée aux États-Unis, comme Donald Trump, notamment, l’avait annoncé quand il a été élu.

Luc : Beaucoup de bruit sur Reddit2 ,que je fréquente, où ils sont en train de beaucoup se bouger là-dessus.

Manu : Il y a des gros qui se déplacent et qui se bougent, notamment ?

Nico : Pornob et YouPorn qui ont décidé de faire chier Trump là-dessus.

Mag : Mais le porno a toujours permis le développement d’Internet, donc pourquoi s’arrêterait-il maintenant ! Journal du Net, « L’Île-de-France lance une plateforme d’open data et de données privées », par Jamal El Hassani.

Manu : C’est un outil sur Internet pour que les institutions, les administrations, partagent des données avec les citoyens. C’est intéressant. C’est l’Île-de-France qui se lance. Il faudrait voir s’il n’y a pas un peu doublon avec l’État français qui fait aussi des choses ; donc il y a besoin de creuser.

Mag : la Croix, « Les alternatives aux Gafa se multiplient », par Xavier Renard.

Manu : Ça c’est intéressant parce que c’est la Croix et donc c’est une communauté qu’on n’a pas forcément l’habitude de toucher et qui s’intéresse à Internet, à la vie privée, et qui regarde un petit peu ce qui se passe, les GAFA et puis les alternatives. Ils parlent de Qwant notamment, DuckDuckGo et puis Framasoft, nos amis de Frama qu’on aime beaucoup.

Mag : Le Journal du Geek, « Le BIOS pourrait disparaître des PC d’ici 2020 », par Mathieu.

Manu : C’est un truc technique, mais il y a des évolutions. Les entreprises, Intel est en train de changer le système de démarrage des ordinateurs. C’est un vieux système et les évolutions sont un peu inquiétantes parce qu’on a besoin de ce système de démarrage, aujourd’hui, pour faire tourner du logiciel libre dans beaucoup de cas.

Luc : Et quand on contrôle le système de démarrage, on contrôle tout ce qui pourra tourner derrière. Donc qu’est-ce qu’on aura le droit de faire tourner sur nos machines ?

Manu : Exactement !

Mag : Du coup, Luc, c’est quoi le sujet du jour ?

Luc : C’est un sujet qu’on voulait aborder depuis un petit moment, c’est celui des crypto-monnaies, le bitcoin notamment, parce qu’on en parle très souvent, ça fait les gros titres, mais en fait c’est assez compliqué, on ne sait pas exactement comment ça marche, et on a un expert. Nicolas, toi tu t’es penché là-dessus depuis un bon moment, maintenant.

Nico : Expert ! Expert ! Oui, je pratique un peu.

Luc : En tout cas tu maîtrises vachement mieux que nous trois. Tu es bombardé expert. Donc le bitcoin c’est une monnaie, crypto-monnaie, pourquoi ? Un truc dans les caves ?

Nico : Oui ! C'est peut-être dans les caves ! [Rires]. Ça se mine beaucoup dans les caves, on y reviendra après. C’est crypto-monnaie parce que c’est complètement virtuel en fait ; il n’y a pas d’équivalent dans la monnaie réelle telle qu’on la connaît, donc il n’y a pas de Carte bleue, il n’y a pas de pièces, il n’y a rien ; c'est juste des lignes.

Luc : C’est une monnaie purement informatique.

Nico : C’est purement informatique, c’est juste sur des PC, il n’y a pas d’existence légale, sauf dans certains pays, qui commence à arriver ; c’est complètement décentralisé.

Luc : Il faut qu’on explique comment ça marche. Donc le principe c’est décentralisé, c’est-à-dire qu’il n’y a pas une banque ou un système qui dit : « Je contrôle le serveur, je contrôle le système central qui fait tourner la monnaie. »

Nico : Les règles sont définies à la création de la monnaie ; c’est dans le code informatique, directement, que c’est posé. Le logiciel, après, va diffuser dans la communauté et, du coup, chacun est contraint par le système qui a été choisi à la base.

Luc : Comment on fait pour s’assurer que ça ne part pas dans tous les sens ? Puisqu’il n’y a pas de centre, qu’il n’y a personne qui contrôle que tout se passe comme j’ai prévu que ça le soit, comme une banque qui regarderait les comptes et la carte bancaire qui dirait « j’ai tant d’argent qui est parti dans tel sens, tant d’argent l’argent dans l’autre sens », comment on fait dans un système non centralisé pour garantir des choses comme ça ?

Manu : Qu’il n’y ait pas de la triche !

Luc : Voilà, qu’il n’y ait pas de la triche ?

Nico : Ça va beaucoup dépendre des monnaies, en fait, puisque chaque monnaie a ses spécificités.

Luc : Oui, mais on va parler du bitcoin.

Nico : Sur le bitcoin, en fait, et puis de manière générale, il y a quand même quelques points communs. Le but c’est de qu’on appelle la preuve de travail. À partir du moment où on veut émettre une transaction ou faire passer une transaction dans le réseau, il faut prouver que la transaction est valide, donc il faut fournir une certaine dose de travail qui est faite par des calculs scientifiques, différents traitements sur les ordinateurs. Et après, cette preuve de travail est publiée, donc ce qu’on appelle la blockchain qui est l’ensemble du registre de toutes les transactions depuis le début de la création de la monnaie.

Manu : C’est la chaîne des blocs.

Nico : C’est la chaîne des blocs. Cette chaîne est complètement publique donc n’importe qui peut faire la vérification que tout s’est bien passé, qu’il n’y a pas eu de double dépense ou que celui qui a dépensé l’argent le possédait bien au moment où il l’a dépensé, tout ça, et donc approuver ou non chacune des transactions qui est passée.

Luc : Donc tout ce qui se passe dans le bitcoin est enregistré dans un registre public, non altérable.

Nico : C’est ça. On ne peut pas l’altérer. Après on peut l’altérer, mais on rentre dans des détails, justement, de puissance de calcul ou autres, mais normalement il est inaltérable et c’est comme ça qu’on a la preuve que l’argent nous appartient bien quand on reçoit, si on est vendeur par exemple. Au moins, on a la preuve que l’argent nous appartient bien et n’est pas passé dans les poches de quelqu’un d’autre.

Mag : Tu disais que c’était décentralisé, mais ce registre il est à quel endroit ?

Nico : Eh bien partout. Chaque utilisateur du réseau bitcoin peut le télécharger.

Mag : Il s’autoduplique constamment ?

Nico : Il s’autoduplique. À chaque fois que quelqu’un rejoint le réseau bitcoin, il peut télécharger la chaîne de l’intégralité des transactions et revalider l’ensemble de la chaîne.

Manu : Ça doit être conséquent, non ! Il y a quelques octets dans cette chaîne !

Nico : Oui. C’est un peu le problème de bitcoin justement, c’est qu’aujourd’hui la chaîne doit faire pas loin de 400 ou 500 gigaoctets.

Manu : D’accord, on peut le faire, mais voilà !

Nico : On peut le faire mais c’est compliqué ; il a fallu trouver des systèmes alternatifs. Du coup c’est un peu moins décentralisé parce qu’il y a des gros opérateurs qui vont héberger la chaîne pour vous et vous vous pouvez juste la requêter en demandant « vérifiez-moi bien que cette transaction-là est valide ou pas ». Du coup, il y a des tiers de confiance qui ont été réintroduits dans le réseau

Mag : Ça ne va pas à l’encontre de l’idée principale, s’il y a passage par des tiers de confiance ?

Nico : C’est un peu le problème de bitcoin en ce moment, c’est que le système principal tel qu’il a été imaginé a été un peu dévoyé. Il y a quelques problématiques techniques. Bitcoin a, en gros, essuyé les plâtres de la crypto-monnaie. Celles qui sont apparues derrière, les autres crypto-monnaies, ont essayé de corriger ces problèmes-là. Mais bitcoin a quelques petits problèmes comme ça, à droite, à gauche, qui sont parfois assez pénalisants.

Manu : la raison principale qui fait que c’est que c’est le sujet d’actualité, c’est la valeur du bitcoin. C’est parti d’un truc qui était un truc de geeks, codé sur des disques durs dont on se fichait, qu’on pouvait balancer à un moment donné parce que bof ! Qu’est-ce que c’est que ce bordel !

Nico : C’est ça ! Et j’en pleure encore !

Manu : Oui, parce tu as un disque dur avec des bitcoins dessus ! Dans une décharge ?

Nico : Que j’ai effacé !

Manu : Non ! Effacé.

Nico : Je l’avais effacé. Au tout départ, effectivement, j’étais un des premiers utilisateurs du bitcoin et j’en minais, puisqu’on peut miner, du coup, sa propre monnaie.

Luc : Il faudra qu’on explique.

Nico : On en reparlera après. Mais du coup j’avais 100/150 bitcoins comme ça, sur un disque. J’ai dit non, ça ne prendra jamais. Je les ai effacés.

Manu : Sachant qu’à l’heure où on enregistre la valeur du bitcoin vient de dépasser les 9 000 dollars ! Le bitcoin ! Un euro égale ?

Nico : Oui, 9 000 dollars. Donc en gros, j’étais assis sur presque un million d’euros, en fait, qui sont partis en fumée sur un disque dur !

Manu : Eh bien oui, ce ne sont que des octets, ce n’est que de l’information, c’est facile à effacer. Mais ça a une valeur de malade et là, en ce moment, il y a une explosion et donc ça fait partie des raisons pour lesquelles il faut qu’on en parle, je pense.

Nico : En trois semaines on est passé de 3 000 euros le bitcoin à 9 000 euros le bitcoin.

Luc : Il faut qu’on explique le minage. C’est effectivement une monnaie où ça fait des années que les gens qu’elle est déflationniste, il faudra qu’on explique, et également que c’est un gros machin de spéculation ; principales critiques qu’on a autour. Miner le bitcoin, c’est un truc dont on entend parler. En quoi ça consiste ?

Nico : Miner le bitcoin, en gros, c’est pour, justement, valider toutes les transactions qui ont lieu dans le réseau. On a besoin d’avoir des personnes qui vont mettre à disposition de la puissance de calcul pour faire des vérifications et, pour les dédommager, en fait, du calcul qui est fait, on leur donne, on crée des bitcoins à chaque fois qu’ils font des validations. À chaque fois que vous arrivez à prouver un certain nombre de transitions on vous donne x bitcoins. Ça c’est une formule mathématique. À la base on vous en donnait 100, maintenant on vous en donne 12,5.

Manu : Ça fait partie de l’algorithme.

Nico : Ça fait partie de l’algorithme et c’est dégressif au fur et à mesure du temps. On sait que le système est conçu pour donner des bitcoins jusqu’à arriver à 28 millions de bitcoins qui vont arriver d’ici 2021/23, quelque chose comme ça.

Luc : 2023. On aura l’évaluation de tous ces bitcoins qui auront été émis ; on s’arrête.

Nico : Il n’y aura plus de création de monnaie, donc le minage n’aura plus vraiment d’intérêt.

Luc : Sur cette question, on a de la puissance de calcul, c’est-à-dire qu’on a des machines qui tournent, qui font une opération mathématique qui va être compliquée, plus ou moins compliquée, en fonction du nombre de gens qui sont en train de calculer en même temps.

Nico : Voilà, c’est ça. Parce que ça c’est pareil, les règles du réseau c’est qu’on est censé pouvoir valider, en gros, un bloc de transactions toutes les dix minutes. Et donc plus on va avoir une puissance de calcul importante, plus l’algorithme va se durcir pour interdire de la création n’importe comment.

Luc : Rendre les choses plus compliquées.

Nico : Voilà, rendre les choses plus compliquées pour garantir que, en moyenne, on a un bloc à tomber toutes les dix minutes.

Luc : Le principe du calcul c’est, qu’en gros, on va avoir une information. C’est un algorithme qui n’est pas réversible donc on ne sait pas comment il fonctionne. Et on va essayer des nombres aléatoirement et, si on a de la chance, comme au loto, on va trouver celui qui valide le truc et, dans ce cas-là, on est censé gagner tous les bitcoins.

Nico : C’est ça.

Luc : La personne qui trouve la solution…

Nico : Remporte l’intégralité du pactole.

Luc : Comme c’est un gros système aléatoire, comme le loto, les gens se mettent ensemble.

Nico : C’est ça. Il y a des fermes de minage, en fait, comme on appelle ça, qui sont apparues où quelqu’un fonde un service. Les gens s’inscrivent dessus et mettent leur puissance de calcul à disposition. Du coup, qui dit plus de puissance de calcul, eh bien plus de chance d’obtenir le bitcoin, et après on répartit en fonction de la puissance de calcul de chacun.

Luc : On se partage le magot. D’accord.

Mag : Mais alors du coup, pourquoi tu disais que c’était une monnaie déflationniste ?

Luc : Une monnaie déflationniste, ce sont des trucs qui ont déjà été observés dans l’histoire économique. C’est qu’à partir du moment où la masse monétaire, c’est-à-dire la quantité d’argent disponible est fixe.

Manu : Ou de l’or, parce que c’est souvent basé sur l’or.

Luc : Ou de l’or, ce genre de choses, dès lors qu’on a besoin de plus en plus de monnaie parce qu’on échange de plus en plus de biens et de services, il y a un moment, si la quantité de monnaie ne croît pas avec le besoin, alors ça veut dire que notre monnaie a de plus en plus de valeur puisqu’on va échanger de plus en plus pour une monnaie qui ne va pas bouger. Donc les gens qui en ont n’ont aucun intérêt à la dépenser parce qu’ils disent : « Plus j’attends, plus mon argent prend de la valeur. » Et donc moins on va dépenser cet argent, plus la masse monétaire en circulation va se réduire, puisqu’il y a plein de gens qui thésaurisent, qui gardent sous le coude, et donc ça monte encore plus vite.

Manu : Il y a un cercle vicieux qui se met en place.

Luc : Et donc, du coup, il y a un moment où ça arrive tellement haut que tout se bloque ; les gens cessent d’échanger et la monnaie cesse de fonctionner.

Manu : Il y a un petit mécanisme qui a été prévu dans le bitcoin, c’est qu’on peut avoir une division des bitcoins jusqu’à 8 chiffres après la décimale, donc c’est quasiment du milliardième de bitcoin.

Luc : Oui. C’est du milliardième.

Manu : Et donc ils ont déjà prévu, en fait, ce cas-là et ensuite ils ont simplement prévu que un bitcoin, la valeur, pourrait monter à des millions d’euros, on ne sait pas, on n’a pas d’informations là-dessus, c’est l’avenir, mais on fera transiter, potentiellement, des milliardièmes.

Luc : N’empêche que pour l’instant, la valeur ne fait que monter à une vitesse complètement hallucinante.

Manu : Elle descend régulièrement.

Nico : Il y a eu quelques gros cracks aussi, parce que, justement, s’il y a beaucoup de spéculations et autres, donc il y a une bulle qui s’est formée autour de tout ça ; de temps en temps elle explose et on se prend moins 50 %, moins 100 %.

Mag : C’est dommage de pouvoir spéculer sur cette monnaie-là parce que, du coup, quelle est la différence avec la monnaie normale si tu spécules ?

Luc : C’est pire que la monnaie normale.

Nico : C’est même pire. Bitcoin, aujourd’hui, clairement, c’est plus que spéculatif, c’est pour ça il y a d’autres monnaies qui sont apparues pour essayer de compenser les problèmes de bitcoin.

Manu : Il y a plein d’autres monnaies qui sont apparues.

Nico : Plein d’autres monnaies qui existent. Le Monero par exemple, ou l'Ethereum ou le Duniter.

Manu : Le Peercoin ou le Litecoin.

Nico : Et qui sont là justement pour essayer de bloquer les problèmes que le bitcoin rencontre aujourd’hui.

Manu : Notamment, ça dépense beaucoup d’énergie.

Nico : Voilà, beaucoup d’énergie parce que ça demande une puissance de calcul phénoménale, parce que les gens veulent aussi spéculer.

Manu : Donc ce n’est pas du tout écolo ! On considère que c’est l’équivalent d’une centrale nucléaire aujourd’hui.

Nico : Ah non, c’est beaucoup plus que ça ! La consommation électrique du réseau bitcoin c’est un pays comme l’Irlande.

Manu : Donc c’est vraiment fou !

Nico : C’est complètement démentiel et c’est pour ça que les autres monnaies ont essayé de faire un peu le retour d’expérience de bitcoin et de corriger.

Manu : Mais bitcoin c’est le premier. C’est celui qui est le plus visible. C’est celui qui a été créé à l’origine, le créateur a lancé bitcoin ; donc le créateur de la blockchain3, c'est le concept de cet algorithme.

Luc : C’est un type avec un pseudo [Satoshi Nakamoto, NdT], japonais, mais on ne sait pas qui c’est. Certaines personnes disent qu’elles l’ont trouvé, etc., mais ça fait partie du mythe.

Manu : Et le mec est riche parce qu’il a les premiers bitcoins qui ont été émis. Il en a une bonne quantité.

Luc : Potentiellement riche. Parce que tu disais, Nicolas, qu’aujourd’hui c’est compliqué de vendre ses bitcoins pour obtenir des vrais euros.

Nico : Aujourd’hui c’est compliqué, parce que déjà, si vous voulez vendre des grosses quantités de bitcoins, il faut trouver des gens pour les acheter en face.

Manu : Ça risque de faire écrouler le marché !

Nico : Ça peut faire écrouler le marché et puis il y a aussi au niveau fiscal, en tout cas en France, si vous faites de la spéculation sur les bitcoins, il faut payer des impôts dessus.

Mag : Ah ! Je savais que l’État pourrait mettre la main dessus. Évidemment ils ont tout fait pour !

Nico : Vous pouvez payer jusqu’à 50 % sur les plus-values.

Luc : Tu disais également que, techniquement, c’était compliqué aujourd’hui.

Nico : Techniquement, aujourd’hui, c’est compliqué, surtout pour les petits échanges. Sur les gros échanges ça va passer plus facilement, mais aujourd’hui le réseau est engorgé. Les petites dépenses, en fait, mettent beaucoup de temps à passer, justement, à être validées.

Luc : Parce qu’il faut les intégrer dans le calcul du bloc.

Nico : Parce qu’il faut les intégrer et du coup les mineurs préfèrent s’intéresser aux grosses transactions qui rapportent beaucoup d’argent qu’aux petites qui ne rapportent rien. Du coup les petits montants, aujourd’hui, ils mettent dix heures.

Luc : Parce qu’il faut beaucoup d’énergie pour calculer un bloc, parce qu’il y a beaucoup de monde qui est dessus en même temps.

Luc : Il y a beaucoup de monde dessus et puis il y a des contraintes techniques aussi, aujourd’hui, en particulier sur les choix de l’algorithme, justement, qui sont assez mauvais.

Manu : Qui sont mauvais ! Qui ne correspondent plus aux besoins d’aujourd’hui !

Nico : Qui ne correspondent plus aux besoins d’aujourd’hui et qui, du coup bloquent.

Luc : Comme le système n’est pas réformable !

Nico : Enfin il est difficilement réformable, parce qu’il faut que tout le monde soit d’accord ou au moins 50 % de ceux qui font la blockchain, qui contribuent à la blockchain, donc c’est compliqué.

Manu : On n’a pas le temps d’en parler, je pense, mais le truc c’est qu’il y a plein d’avantages à ce bitcoin, c’est utilisé notamment dans des pays qui ont de problèmes avec leur propre monnaie, donc c’est un moyen de contourner ça.

Luc : C’est utilisé par la mafia aussi.

Manu : Carrément ! C’est utilisé pour faire des crimes. C’est utilisé, il semblerait, par des gros acteurs, par exemple même des banques.

Nico : Les banques, en fait, qui s’en servent pour faire transiter d’énormes volumes financiers. Typiquement, vous voulez échanger un milliard de dollars comme ça.

Manu : Oui, on le fait souvent !

Nico : si vous le faites par parcours classique, vous allez avoir plein de problèmes parce qu’il va falloir prouver tous les trucs, ça va prendre du temps.

Manu : C’est vrai qu’on vérifie.

Nico : Alors qu’avec bitcoin, en dix minutes, vous allez avoir le truc qui va circuler d’une main à l’autre, facilement, sans prise de tête. Donc les banques utilisent ça pour faire de la transaction.

Manu : Ce qui doit expliquer, en partie, la montée de la valeur. Et le truc, c’est qu’on ne sait pas ce que ça va donner le bitcoin. Là c’est 9 000 dollars, ça pourrait passer à 90 000 dollars, on ne peut pas savoir ! Ça pourrait redescendre à 90 dollars ou même, ça pourrait être interdit du jour au lendemain par les institutions bancaires. On ne peut pas savoir aujourd’hui.

Luc : Le truc c’est que ça va être difficile d’interdire puisque ça fonctionne tout seul. En tout cas, aujourd’hui, c’est devenu quelque chose d’absolument considérable avec du matériel spécifique, avec des infrastructures énormes de serveurs qui tournent qui calculent, qui calculent, qui calculent !

Manu : Beaucoup de fermiers chinois.

Luc : Oui. De mineurs chinois. Donc il y a le risque que le système se grippe, il y a le risque que ça explose ; plein de choses qui se passent autour. Nicolas, on n’a fait qu’effleurer tous les trucs dont tu nous as parlé avec des magouilles, des trucs où ça va dans tous les sens, etc.

Manu : Des systèmes pyramidaux, des arnaques complètes, des vols !

Luc : The Pirate Bay qui est un site de piratage de films et autres qui, en gros, a fait un truc sur son navigateur où, quand on va sur leur site, ça ouvre une petite application de minage sur son ordinateur ; ils se rétribuent comme ça.

Nico : Il y en a plein qui ont fait ça derrière. Toutes vos machines…

Manu : Ça a fait un petit scandale quand c’est sorti !

Luc : En tout cas aujourd’hui, c’est en train d’arriver, manifestement, à un risque d’explosion et ça nous semblait important d’en parler, même s’il y a beaucoup de choses à dire.

Manu : Le sujet reviendra forcément. Donc on en reparlera sûrement à une autre occasion. À la semaine prochaine.

Luc : Salut !

Nico : Bonne semaine à tous.

Mag : Salut.

Dutch government publishes large project as Free Software

FSF Europe - mar, 05/12/2017 - 18:00
Dutch government publishes large project as Free Software

The Dutch Ministry of the Interior and Kingdom Relations released the source code and documentation of Basisregistratie Personen (BRP), a 100M€ IT system that registers information about inhabitants within the Netherlands. This comes as a great success for Public Code, and the FSFE applauds the Dutch government's shift to Free Software.

Operation BRP is an IT project by the Dutch government that has been in the works since 2004. It has cost Dutch taxpayers upwards of 100 million Euros and has endured three failed attempts at revival, without anything to show for it. From the outside, it was unclear what exactly was costing taxpayers so much money with very little information to go on. After the plug had been pulled from the project earlier this year in July, the former interior minister agreed to publish the source code under pressure of Parliament, to offer transparency about the failed project. Secretary of state Knops has now gone beyond that promise and released the source code as Free Software (a.k.a. Open Source Software) to the public.

In 2013, when the first smoke signals showed, the former interior minister initially wanted to address concerns about the project by providing limited parts of the source code to a limited amount of people under certain restrictive conditions. The ministry has since made a complete about-face, releasing a snapshot of the (allegedly) full source code and documentation under the terms of the GNU Affero General Public License, with the development history soon to follow.

In a letter to Dutch municipalities earlier in November, secretary of state Knops said that he is convinced of the need of an even playing field for all parties, and that he intends to "let the publication happen under open source terms". He went on to say: "What has been realised in operation BRP has namely been financed with public funds. Software that is built on top of this source code should in turn be available to the public again."

These statements are an echo of the Free Software Foundation Europe's Public Money, Public Code campaign, in which we implore public administrations to release software funded by the public as Free Software available to the citizenry that paid for it.

The echoes of 'Public Money, Public Code' do not stop there. In a letter to the Dutch parliament Wednesday 29 November, the secretary of state writes about the AGPL: "The license terms assure that changes to the source code are also made publicly available. In this way, reuse is further supported. The AGPL offers the best guarantee for this, and besides the GPL (General Public License), sees a lot of use and support in the open source community.

"Publication will happen free of charge so that, in the public interest, an even playing field is created for everyone who wants to reuse this code."

This is big news from the Netherlands and an unprecedented move of transparency by the Dutch government. Following a report to the Ministry of the Interior about publishing government software as Free Software (Open Source Software), it seems that this will happen more often. In it, Free Software is described as making the government more transparent, lowering costs, increasing innovation, forming the foundation for a digital participation society, and increasing the quality of code.

"We applaud the Dutch government for releasing the source code for BRP. We have been asking for this method of working since 2001, and it is good to see that the government is finally taking steps towards Free Software. In the future, we hope that the source code will be released during an earlier stage of development, which we believe in this case would have brought issues to light sooner", says Maurice Verheesen, coordinator FSFE Netherlands.

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Dutch government publishes large project as Free Software

FSF Europe - mar, 05/12/2017 - 18:00
Dutch government publishes large project as Free Software

The Dutch Ministry of the Interior and Kingdom Relations released the source code and documentation of Basisregistratie Personen (BRP), a 100M€ IT system that registers information about inhabitants within the Netherlands. This comes as a great success for Public Code, and the FSFE applauds the Dutch government's shift to Free Software.

Operation BRP is an IT project by the Dutch government that has been in the works since 2004. It has cost Dutch taxpayers upwards of 100 million Euros and has endured three failed attempts at revival, without anything to show for it. From the outside, it was unclear what exactly was costing taxpayers so much money with very little information to go on. After the plug had been pulled from the project earlier this year in July, the former interior minister agreed to publish the source code under pressure of Parliament, to offer transparency about the failed project. Secretary of state Knops has now gone beyond that promise and released the source code as Free Software (a.k.a. Open Source Software) to the public.

In 2013, when the first smoke signals showed, the former interior minister initially wanted to address concerns about the project by providing limited parts of the source code to a limited amount of people under certain restrictive conditions. The ministry has since made a complete about-face, releasing a snapshot of the (allegedly) full source code and documentation under the terms of the GNU Affero General Public License, with the development history soon to follow.

In a letter to Dutch municipalities earlier in November, secretary of state Knops said that he is convinced of the need of an even playing field for all parties, and that he intends to "let the publication happen under open source terms". He went on to say: "What has been realised in operation BRP has namely been financed with public funds. Software that is built on top of this source code should in turn be available to the public again."

These statements are an echo of the Free Software Foundation Europe's Public Money, Public Code campaign, in which we implore public administrations to release software funded by the public as Free Software available to the citizenry that paid for it.

The echoes of 'Public Money, Public Code' do not stop there. In a letter to the Dutch parliament Wednesday 29 November, the secretary of state writes about the AGPL: "The license terms assure that changes to the source code are also made publicly available. In this way, reuse is further supported. The AGPL offers the best guarantee for this, and besides the GPL (General Public License), sees a lot of use and support in the open source community.

"Publication will happen free of charge so that, in the public interest, an even playing field is created for everyone who wants to reuse this code."

This is big news from the Netherlands and an unprecedented move of transparency by the Dutch government. Following a report to the Ministry of the Interior about publishing government software as Free Software (Open Source Software), it seems that this will happen more often. In it, Free Software is described as making the government more transparent, lowering costs, increasing innovation, forming the foundation for a digital participation society, and increasing the quality of code.

"We applaud the Dutch government for releasing the source code for BRP. We have been asking for this method of working since 2001, and it is good to see that the government is finally taking steps towards Free Software. In the future, we hope that the source code will be released during an earlier stage of development, which we believe in this case would have brought issues to light sooner", says Maurice Verheesen, coordinator FSFE Netherlands.

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Logiciel libre et Opendata au service des collectivités avec OpenStreetMap - JC Becquet

APRIL - mar, 05/12/2017 - 09:05


Titre : Logiciel libre et Opendata au service des collectivités avec OpenStreetMap
Intervenant : Jean-Christophe Becquet, APITUX
Lieu : Libday - Marseille
Date : jeudi 9 novembre 2017
Durée : 25 min
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

Tourisme, transports, santé… OpenData et Systèmes d’Information Géographique (SIG libres) offrent des ressources indispensables, en appui aux métiers de la collectivité.

Après une introduction sur l’importance d’animer la communauté locale afin d’encourager la contribution et de partager ses données sous licence libre (opendata), je présenterai les outils à la disposition des collectivités autour d’OpenStreetMap.

Je montrerai plusieurs réalisations concrètes en région PACA dans lesquelles APITUX est intervenu en expertise, conseil ou formation :

– Dessine ta ville : Transports Urbains Dignois, les bons plans des bus ; carte prospective pour l’amélioration des déplacements à vélo ; le bonplan touristique de Digne-les-Bains ; cartopartie des services de santé.

– Cartosaixy, une méthode innovante de production de cartes pour les petites communes.

– Geopcropping, un logiciel libre pour cultiver nos données locales.

Transcription

Merci Sébastien. Bonjour à tous. Je m’appelle Jean-Christophe Becquet. Je fais du conseil et de la formation généraliste en logiciel libre depuis quinze ans, sur un territoire rural autour de Digne-les-Bains, donc en gros les deux départements Alpes-de-Haute-Provence, Hautes-Alpes.

Je travaille avec des collectivités de taille beaucoup plus petite que la ville de Marseille et j’ai prévu une conférence pas du tout technique, mais, par contre, si vous avez des questions techniques, n’hésitez pas et j’essaierai de vous répondre.

L’histoire que je veux vous raconter part d’un constat qui est que les collectivités, quelle que soit leur taille, quelle que soit leur nature, ont des besoins de données géographiques pour l’ensemble de leurs métiers. Par exemple, elles ont besoin de données géographiques pour l’urbanisme, pour le tourisme, pour les transports, mais la liste n’est pas du tout limitative. En fait, aujourd’hui, il y a peu de métiers de la collectivité qui échappent aux besoins de données géographiques.

Comme je fais du Libre depuis toujours, j’avais l’intention de convaincre les collectivités avec lesquelles je travaille d’utiliser plutôt OpenStreetMap — je vais vous dire dans les deux transparents suivants précisément en quoi consiste OpenStreetMap. Et quand je suis allé voir les collectivités pour leur proposer d’utiliser OpenStreetMap, comme dans toutes les histoires, j’ai dû me confronter à un certain nombre d’obstacles. Les mairies, les départements auxquels je m’adressais me disaient : « Nous on aimerait bien utiliser OpenStreetMap, mais ça ne va pas être possible parce que la carte n’est pas complète ; elle comporte des erreurs et puis, en plus, on ne comprend pas trop comment ça fonctionne et on n’a pas de contrôle sur les données et nous, les collectivités, on a besoin d’avoir des données fiables sur lesquelles on a un contrôle. Donc on ne va pas pouvoir utiliser OpenStreetMap. »

Donc je me suis mis en demeure d’essayer de changer cette idée, cet état de fait.

En préambule, qu’est-ce qu’OpenStreetMap ? OpenStreetMap, on le définit souvent comme le Wikipédia de la cartographie. OpenStreetMap est une base de données géographiques, qui est construite de manière collaborative, par des volontaires, à travers des outils partagés sur Internet. Et l’intégralité de cette base de données est partagée sous une licence libre, une licence libre inspirée des licences qu’on utilise pour les codes sources de nos logiciels dans le monde du logiciel libre, mais adaptée à des contenus autres que du code source. Là, en l’occurrence, c’est une licence qui est spécifique aux bases de données. Et donc l’intégralité de ces données géographiques peut être réutilisée par tout un chacun, sans restriction aucune, pour quelque usage que ce soit, avec deux exigences : une exigence qui est de citer l’origine de ces données, en l’occurrence la communauté des contributeurs OpenStreetMap, et une autre exigence, parce que la licence qui a été choisie pour OpenStreetMap est une licence copyleft, c’est-à-dire avec une hérédité de la liberté : si vous faites une version modifiée de la base de données OpenStreetMap et que vous publiez la version modifiée vous devez, à votre tour, la publier sous licence libre.

OpenStreetMap est un projet qui a vu le jour en 2004, donc qui commence à avoir une certaine maturité. C’est une base de données mondiale. La carte OpenStreetMap couvre l’intégralité du globe terrestre et, pour donner quelques chiffres, aujourd’hui on trouve dans la base de données OpenStreetMap quatre milliards de nœuds, c’est-à-dire de points qui correspondent à des objets géographiques. La base de données OpenStreetMap est abondée par un peu plus de quatre millions de contributeurs sur toute la planète, dans toutes les langues, et elle fait l’objet, aujourd’hui, de trois millions d’éditions par jour, ce qui est quand même assez significatif.

Partant de ça, moi j’avais envie de convaincre les collectivités d’utiliser OpenStreetMap et la première difficulté à laquelle je me heurtais c’était, en fait, une méconnaissance complète de ce qu’était réellement OpenStreetMap, du potentiel que ça offrait. Et donc, en fait, tout a commencé par une conférence ouverte au public, conférence que j’ai appelée Dessinons ensemble le territoire, parce que c’est un peu pour moi ça le sens d’OpenStreetMap. En fait, OpenStreetMap c’est chacun dessine sa rue, chacun dessine son quartier ; les quartiers s’assemblent pour faire des villes, les villes pour faire des régions qui font des pays et à la fin, quand on a tous les pays, on a une carte du monde.

Et donc, un des points forts d’OpenStreetMap, c’est que comme c’est une carte qui est dessinée par les gens qui vivent sur le territoire, personne mieux que les gens qui vivent sur le territoire connaît le territoire dans sa finesse, dans sa précision, dans sa spécificité. Et donc, on peut avoir des cartes extrêmement précises, extrêmement détaillées, extrêmement complètes. Et c’est ce que j’ai expliqué dans cette conférence, sur laquelle j’ai mis vraiment l’enjeu sur ce qui est, pour moi, la motivation d’utiliser, d’encourager mes clients collectivités à utiliser du Libre : le fait que ces données, eh bien sont librement réutilisables par tout un chacun, sans restriction aucune. Que l’effort de chacun est partagé au service de tous. Et puis, il y a ce mécanisme, aussi, que j’aime beaucoup, de pollinisation. Alors c’est quoi le mécanisme de pollinisation ? Le mécanisme de pollinisation c’est quand je contribue à OpenStreetMap sur un sujet qui m’intéresse — je vous donnerai des exemples tout à l’heure — si, par exemple, je contribue à OpenStreetMap en cartographiant les réseaux de transport en commun et que je place les arrêts de bus, eh bien le jour où quelqu’un va vouloir contribuer à OpenStreetMap ensuite en cartographiant, par exemple, les équipements sportifs, le fait d’avoir l’emplacement de l’arrêt de bus ça l’aidera à localiser l’emplacement du terrain de tennis ou l’emplacement du stade, etc.

Donc les contributions de chacun, en fonction de ses centres d’intérêt, en fonction de ses objectifs, vont venir nourrir et abonder les contributions des autres. Et à la fin, on a un projet dont la somme est supérieure à la somme des contributions individuelles, si on n’avait pas travaillé sur ce mode-là.

Cette conférence a eu lieu en décembre 2011. Ça a rencontré un certain succès, on a réuni 80 personnes dans une salle à Digne, qui est une petite ville préfecture ; c’était significatif. Et ça a été le démarrage d’une grande histoire, en fait. Une grande histoire qui a commencé avec les ateliers Dessine ta ville.

Je me suis rapproché de la ville de Digne qui a accepté de jouer le jeu comme territoire pilote, et on a organisé des ateliers de sensibilisation à OpenStreetMap. D’un point de vue pratique c’était très simple : on réservait une salle avec un vidéo projecteur, une connexion internet, des ordinateurs. On invitait les gens ; quand je dis les gens, c’est vraiment les gens au sens très large, c’est-à-dire les citoyens, les professionnels travaillant dans les collectivités, les élus, les enseignants, les associations, et on leur montrait comment on peut contribuer à OpenStreetMap ; on leur réexpliquait à chacun ce qu’est OpenStreetMap, comment ça fonctionne. Et on les encourageait, chacun sur leurs centres d’intérêt et sur leurs besoins, à améliorer la carte, avec en arrière-plan l’idée de créer une communauté. Une communauté c’est un réseau de contributeurs qui travaillent ensemble autour d’un objectif commun et qui se coordonnent avec des outils qui sont aussi simples que, par exemple, les ateliers Dessine ta ville où on se retrouve autour d’un café et on peut discuter : « Tiens moi j’ai contribué à un itinéraire de randonnées ou un circuit de VTT ; moi je cartographie les arrêts de bus ; moi je suis enseignant et avec ma classe on va cartographier le quartier autour de l’école ». L’objectif étant que chacun puisse monter en compétences, que les gens puissent s’entraider, que les contributions à nouveau des uns puissent venir enrichir et faciliter les contributions des autres.

Voilà donc, début de la naissance d’une communauté sur Digne.

On a organisé aussi des événements thématiques, dans le cadre d’un événement dont le thème était le développement durable et les économies d’énergie. Dans le monde OpenStreetMap on appelle cartopartie un événement dans lequel on invite les gens à se regrouper tous, à un moment, pour contribuer à la carte avec un objectif donné, une thématique donnée, un territoire donné. Donc on a organisé sur la ville de Digne une cartopartie à vélo. Le principe de la cartopartie à vélo c’était de dire aux gens : « Venez, on va cartographier sur Digne les pistes cyclables, les éléments utiles pour le vélo, les magasins de réparations de vélos, les garages à vélos, les points d’eau potable pour remplir sa gourde quand on fait une ballade en vélo, etc. »

À nouveau on a eu des surprises, parce que bon, voilà, Digne, on est une petite ville, c’est très beau, mais, par contre, on est loin de tout et il y a des gens qui sont venus d’Aix-en-Provence en vélo pour participer à la cartopartie à Digne. Donc là on s’est dit on tient quelque chose parce que ce qu’on fait ça intéresse les gens ; il y a des gens qui sont prêts à faire cet effort-là pour venir se former à la contribution sur OpenStreetMap, pour rencontrer d’autres contributeurs OpenStreetMap et pour travailler ensemble à l’amélioration de cette carte sur la thématique du vélo.

On a aussi expérimenté une petite fonction nouvelle : c’est qu’en plus de contribuer à la carte pour décrire l’existant, le territoire tel qu’il est, on a créé une carte, donc avec un outil qui fait partie de l’écosystème OpenStreetMap, mais qui n’est pas exactement la base de données mère, un projet qui s’appelle uMap. On a construit une carte prospective dont l’objectif était de dire aux cyclistes, aux gens qui sont usagers du vélo sur la ville de Digne : « Dites à la collectivité, dites aux élus ce qui manque dans la ville pour que la ville soit idéale en vélo. » « Il y une erreur de signalétique, il y a une erreur de balisage ; il y a une barrière qui est dangereuse quand on arrive en vélo avec des enfants ; il y a un tronçon de piste cyclable qui est dégradé ou qu’il faudrait aménager. » Et donc, les gens qui sont les usagers du vélo dans la ville, qui sont des experts de cette thématique, ont eu entre les mains un outil qui leur permettait d’exprimer de manière graphique leurs besoins en termes d’aménagement. Et on a pu montrer, dans cette expérience, que les outils de la constellation OpenStreetMap sont des bons outils pour faire une consultation citoyenne sur une thématique : demander l’avis des gens, demander aux gens de placer des punaises là où il y a des problèmes et de mettre des petites bulles avec des propositions d’amélioration.

La ville de Digne a également accueilli une Opération libre. L’Opération libre est un événement un petit peu festif ; ça se déroule sur un week-end. C’est en général une collectivité qui est à l’initiative d’une Opération libre, plutôt une collectivité de petite taille : ici c’était le petit village d’Aiglun qui touche Digne.

Ça consiste à dire aux gens : « Voilà, sur un week-end on vous invite, on vous loge, on vous nourrit, et vous allez contribuer sur le territoire, sur OpenStreetMap mais pas seulement : ça concerne aussi Wikipédia et les outils périphériques à Wikipédia, donc améliorer l’article qui décrit l’histoire et la géographie de la commune sur Wikipédia ; publier des photos sous licence libre sur la description de la commune ; et puis améliorer la cartographie de la commune sur OpenStreetMap.

Comme vous pouvez le voir sur la photo, des gens se sont déplacés, des gens sont venus de toute la France pour, pendant un week-end, contribuer à OpenStreetMap et ça a permis d’améliorer encore la cartographie de Digne et des environs sur OpenStreetMap et de faire connaître également, de donner à voir la dynamique et les actions qu’on avait impulsées sur Digne autour d’OpenStreetMap. Là, sur la photo, il y a des contributeurs connus de la communauté OpenStreetMap marseillaise et, plus largement, en région PACA et puis des gens qui sont venus de Paris, de Nantes, de Bretagne pour participer à cet événement festif.

Encore un exemple. La région PACA a initié des ateliers à destination des étudiants qui sont en formation dans les universités de la région, dans des domaines comme la géographie, la géomatique et l’informatique, pour les initier à OpenStreetMap. Donc la ville de Digne a saisi l’opportunité et a accueilli des ateliers de pratique sur le terrain, en 2016 sur le thème de la cartographie des gares ; en 2017 sur le thème de la cartographie des lieux touristiques. Donc ça ce sont encore des contributions qui vont venir s’additionner, qui vont venir abonder la richesse de la carte.

Je ne vous fais pas un rendu exhaustif, mais il y a eu vraiment comme ça tout un tas d’opportunités, d’encouragements aux gens à contribuer.

Alors une fois qu’on a fait ça, on a fait un petit peu d’animation sur le terrain, on a fait un peu de médiation numérique, c’est sympa, on a passé des bons moments, mais à quoi ça sert ?

À quoi ça sert ? Ça peut, par exemple, servir à faire une carte interactive sur le site de la ville. Ça c’est un parcours Sentier de l’eau un parcours touristique dans le cœur de ville de Digne. Eh bien sur le site web de la ville, on trouve une carte qui décrit le parcours et cette carte a été dessinée sur un fond OpenStreetMap, en l’occurrence avec l’outil uMap dont je vous parlais tout à l’heure pour la cartopartie à vélo, sur la partie carto prospective.

Mais ça va plus loin. Le réseau de transports en commun de la ville de Digne est d’une taille assez modeste, il y a six lignes, mais le réseau de la ville de Digne est entièrement cartographié sur OpenStreetMap. Aujourd’hui, quand vous prenez le bus à Digne, quand vous attendez le bus, derrière vous, vous avez un plan qui a été dessiné à partir d’OpenStreetMap. Si vous vous connectez sur OpenStreetMap vous avez le tracé des lignes de bus. Un des avantages pour la ville de Digne — parce que ce plan, après tout, il aurait pu être réalisé sans OpenStreetMap — un des avantages pour la ville de Digne, c’est que l’agent au service communication qui s’occupe de ça, aujourd’hui, quand il y a un arrêt de bus qui est déplacé parce qu’il y a des travaux, il prend le point sur OpenStreetMap, il déplace le point et il a son plan qui est mis à jour instantanément pour la partie Web et il a toutes les données en main pour mettre à jour son plan pour l’export papier. Donc là, on voit qu’il y a une montée en compétences de la ville et une montée en maîtrise de la ville sur ses données géographiques, qui est assez intéressante.

Et puis le dernier en date. Eh bien aujourd’hui, si vous allez en vacances à Digne, vous allez à l’Office de tourisme, vous demandez un plan de la ville. Le plan qui vous est donné c’est un plan qui a été construit à partir d’une extraction OpenStreetMap.

Donc voilà ! La ville de Digne aujourd’hui, dès qu’elle a besoin d’une carte, quelle que soit la thématique, quel que soit le besoin, eh bien elle a le réflexe OpenStreetMap, que ce soit pour le Web, que ce soit pour le papier. Ce n’est pas facile, ce n’est pas trivial, ce n’est pas immédiat, mais ça marche et ça produit des supports relativement qualitatifs. Et il y a une belle dynamique qui est enclenchée et cette dynamique continue. La semaine prochaine, jeudi, on organise une cartopartie thématique sur le thème de la santé.

Donc toujours la même chose, on s’installe pendant une journée. Il se trouve que jeudi prochain, à Digne, il y a un salon organisé par un lycée professionnel sur le thème de la domotique santé. On s’installe sur le salon ; on squatte un stand, on installe les ordinateurs connectés à Internet. On est des animateurs-formateurs compétents sur OpenStreetMap. On fait le pari que sur ce salon il y aura des professionnels de santé, des citoyens habitant la ville et on va les inviter à venir contribuer sur OpenStreetMap, leur médecin de famille, leur kyné, leur dentiste, l’administration dont ils ont besoin pour leurs besoins de santé, le défibrillateur, etc., donc avoir une carte la plus exhaustive possible et la plus détaillée possible sur les services de santé. Ça c’est l’état de la carte hier et le pari c’est que la semaine prochaine, à la fin de la cartopartie, il y aura des petits points roses partout sur la carte, parce qu’on aura cartographié de manière sinon exhaustive, en tout cas de manière beaucoup plus complète, les services de santé sur Digne. Là c’est statique donc ça n’apparaît pas, mais si vous cliquez sur chaque picto ça vous donne les informations qui sont derrière, c’est-à-dire le nom du médecin. L’objectif c’est que la semaine prochaine ça vous donne le nom du médecin, mais aussi son numéro de téléphone, ses spécialités, les horaires d’ouverture du secrétariat, etc.

Donc vous voyez que ça c’est déclinable à l’infini. Mais encore une fois, ce que j’entendais par pollinisation tout à l’heure : la semaine prochaine, quand on voudra positionner un cabinet médical ou une administration, si on peut le faire ce sera parce qu’il y a eu tout ce travail en amont de cartographie précise des rues, de dessin des bâtiments, de nommage des lieux et donc aujourd’hui, sur la ville de Digne — et ça c’est parce qu’on travaille dessus depuis plusieurs années et qu’il y a eu de nombreuses cartoparties et de nombreuses contributions — sur la ville de Digne, quand vous tapez une adresse dans OpenStreetMap, dans le moteur de recherche, vous la trouvez. On estime qu’on est à 97 % des rues et des places correctement cartographiées sur la commune, ce qui est vraiment remarquable pour une ville de cette taille-là.

Je vais vous parler maintenant d’un autre projet qui se déroule sur un territoire pas très loin de Digne, dans les Hautes-Alpes, dans une zone encore plus rurale et un village, une commune de taille encore plus petite que Digne. C’est la commune du Saix. Alors c’est sympa parce que ça nous permet d’appeler le projet Cartosaixy.

Le village du Saix est une petite commune rurale de cent habitants, qui est surtout connue pour son attrait touristique ; c’est un départ de randonnées et, quand on a commencé à travailler avec eux, la mairie n’avait pas de plan du village. Donc je me suis appuyé sur une association et on a lancé un projet qui avait trois facettes. Une facette qui était, parce que c’est le métier de l’association Centre de ressources de faire de la médiation numérique, c’est-à-dire former les citoyens à l’utilisation des outils numériques. II y avait une facette qui était de répondre à un besoin : offrir à une petite commune qui n’a pas de plan, un plan de la commune ; et il y avait une partie qu’on pourrait qualifier de plus ludique qui était d’utiliser le fablab local pour faire des bidouilles techniques un petit peu amusantes.

Donc notre démarche c’était d’utiliser exclusivement des logiciels libres dans toute la démarche, dans tout le projet. Le principal outil qui a été utilisé c’est QGIS qui est le logiciel libre de SIG, Système d’information géographique, logiciel de cartographie informatisée. On a utilisé aussi des logiciels libres classiques de graphisme, en vectoriel et en bitmap. Et l’objectif était de partager sous licence libre le fruit de nos travaux. Donc le fruit de nos travaux c’est quoi ?

Le fruit de nos travaux c’est une carte du village qui a été donc réalisée à partir des contributions des utilisateurs sur OpenStreetMap. Ce projet a démarré comme Dessine ta ville par l’organisation d’une cartorpartie pour cartographier le village, le parking, le point d’eau, la mairie, l’école, etc. On a extrait les données d’OpenStreetMap. On leur a donné un rendu visuel qui est perfectible, mais on a commencé à travailler sur ce rendu visuel et puis on est allé au fablab et avec la découpeuse laser on a gravé ce plan sur une planche de bois. Donc là c’est la remise officielle du plan du village au maire. Et le village du Saix, qui n’avait pas de plan de village, aujourd’hui a un plan de village, à la fois un plan de village numérique sur le Web — si vous allez sur OpenStreetMap vous pouvez visiter la commune du Saix — et à la fois un plan qui pourrait être affiché sur la place du village à destination des touristes et des randonneurs qui viennent visiter le village. Voilà !

Ce qu’on a fait là c’est un prototype et on est en train de travailler avec le Centre de ressources pour faire une version finalisée, d’une part, et pour documenter toute la procédure qui permet d’arriver à ce résultat d’autre part, pour pouvoir le répliquer dans tous les petits villages des Hautes-Alpes, des Alpes-de-Haute-Provence et après conquérir le monde :-)

Un dernier point que je passe très rapidement parce qu’on pense, à Digne, que ces projets aboutiront, ces projets plutôt progresseront si on réunit toutes les composantes de l’écosystème. On a aussi un travail à destination d’un public plus technique. Donc on a organisé, par deux fois déjà, en 2015 et en 2017, une Université d’été de développement de logiciels libres. Dans cette université d'été de développement de logiciels libres, il y avait systématiquement une session de développement autour d’OpenStreetMap. Donc là l’objectif et le public sont complètement différents : on s’adresse à des développeurs et on leur apprend à utiliser les API d’OpenStreetMap, à extraire des données, à interagir avec OpenStreetMap mais au niveau logiciel. On n’est plus du tout dans de la médiation numérique avec des citoyens : on s’adresse à des techniciens, des étudiants en informatique, des développeurs, des chercheurs. Toujours avec un objectif qui est la mise en réseau et la montée en compétences des acteurs.

Une dernière initiative. Avec une entreprise amie on a soumissionné en 2015 au concours Open PACA qui était un appel du Conseil régional pour des applications innovantes en matière d’open data. Et l’application qu’on a développée, qui s’appelle Geopcropping, c’est une application de validation des données OpenStreetMap sur le terrain. Donc le principe de Geopcropping c’est : vous êtes en train d’attendre votre bus, vous lancez Geopcropping sur votre téléphone. Ça va interroger la base OpenStreetMap, ça va aller regarder quels sont les objets référencés dans la base OpenStreetMap autour de vous et ça va vous poser la question de répondre simplement par oui ou par non si ces informations sont toujours d’actualité. Vous êtes en train d’attendre le bus ; en face de vous il y a une pizzeria, à côté il y a un coiffeur, à côté il y a une école et, à chaque fois, vous validez la donnée. Ce que ça va permettre de faire, c’est d’avoir un outil pour facilement avoir des alertes sur les données qui sont devenues obsolètes dans OpenStreetMap, parce qu’un des intérêts d’OpenStreetMap, c’est vraiment la réactivité de sa communauté. J’ai plusieurs exemples sur Digne et sur d’autres lieux où, suite à des travaux, un rond-point, une rue, un bâtiment qui était créé était mis à jour sur OpenStreetMap le lendemain des travaux et avec un délai beaucoup plus important sur les cartographies propriétaires.

Donc une démarche un petit peu globale autour d’OpenStreetMap, qui vise à toucher un public vraiment très large depuis le citoyen en passant par l’agent ou l’élu de collectivité jusqu’au développeur, avec, comme objectif à la fin, d’avoir des réponses concrètes aux besoins de la collectivité en matière de données géographiques, de plans, etc.

Voilà. La présentation sera disponible sous licence libre et sur chaque slide vous avez les adresses des différents projets que j’ai cités si vous voulez en savoir plus. Je vous remercie et si vous avez des questions ou des demandes de précision, je suis encore là un petit moment.

[Applaudissements]

Références

La rencontre « dessinons ensemble le territoire »
* https://linuxfr.org/news/rencontre-%C2%A0dessinons-ensemble-le-territoir...

Dessine ta ville à Digne-les-Bains - jeudi 23 février 2012
* https://linuxfr.org/news/dessine-ta-ville-a-digne-les-bains-jeudi-23-fev...

Cartopartie à vélo : contribution et prospective le 24 octobre 2015 à Digne-les-Bains
* https://linuxfr.org/news/cartopartie-a-velo-contribution-et-prospective-...

Opération libre à Aiglun en août 2016
* http://www.operation-libre.org/2016-aiglun/

Geocamp PACA
* http://www.dignelesbains.fr/2016/01/des-etudiants-dignois-cartographie-l...
* https://www.dignelesbains.fr/2017/02/geocamp-paca-2017-des-etudiants-car...

Digne-les-Bains - Parcours de l’eau
* https://www.dignelesbains.fr/culture-patrimoine-2/parcours-de-leau/

Transports Urbains Dignois, les bons plans des bus
* http://www.openstreetmap.fr/blogs/webmestredigne/transports-urbains-dign...

OpenStreetMap : le bon plan touristique de Digne-les-Bains
* https://www.dignelesbains.fr/2017/03/openstreetmap-le-bon-plan-touristiq...

Cartopartie : Libre information sur les services de santé, tous acteurs, tous concernés ! jeudi 16 novembre 2017 à Digne
* http://ferme.animacoop.net/wikis/afnicarto/wakka.php?wiki=CartoSante

Cartosaixy
* http://www.apitux.net/cartosaixy

{UDOS} Université d'été du développement de logiciel libre
* http://udos.fr

Geocropping
* https://framagit.org/renaudzigmann/Geocropping/blob/master/Geocropping_D...

Étienne Gonnu sur Medi 1 Radio - Après 13 ans, Munich abandonne les logiciels libres

APRIL - lun, 04/12/2017 - 10:30



Titre : Après 13 ans, Munich abandonne les logiciels libres
Intervenants : Étienne Gonnu, April - Amaury Baradon, journaliste
Lieu : Medi 1 Radio - Émission La Page Web
Date : décembre 2017
Durée : 5 min
Écouter l'enregistrement
Licence de la transcription : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

La municipalité de Munich, en 2004, choisissait de délaisser Windows pour un système d'exploitation sur mesure basé sur le noyau Linux… Elle faisait ainsi le choix des logiciels libres et ouverts, par rapport aux logiciels propriétaires fermés. 13 ans plus tard, la ville, aux mains d'une nouvelle majorité, a néanmoins décidé de revenir sur ce choix. Bien que ce revirement s'avère coûteux, Windows équipera donc à nouveau tous les postes de la municipalité d'ici 2023. Il s'agit là d'un revers symbolique pour la notoriété des logiciels libres, qui répondent pourtant à un certain nombre de libertés que ne permettent pas les logiciels propriétaires, comme la possibilité d'accéder au code source et de modifier le logiciel, et de pouvoir partager cela avec tout le monde.

Transcription

Amaury Baradon : Il y a 13 ans Munich choisissait de délaisser Windows pour un système d’exploitation sur mesure basé sur le noyau Linux. Face aux logiciels propriétaires, elle faisait le choix de davantage de logiciel libre.

Les logiciels libres ce sont des logiciels dont les licences respectent plusieurs libertés : pouvoir les utiliser comme bon nous semble ; pouvoir accéder à leur code source c’est-à-dire aux lignes de code écrites par les programmeurs ; pouvoir les modifier et pouvoir partager cela avec tout le monde. Différentes communautés de développeurs, bénévoles ou commerciaux, peuvent donc faire évoluer ces logiciels pour satisfaire les besoins de chacun. L’idée c’est que l’utilisateur ait le contrôle sur ce qu’il utilise et ne soit pas dépendant de l’éditeur du logiciel qui pourrait y intégrer des mauvaises surprises sans qu’il ne le sache, ou des limitations insurmontables.

Les solutions libres, généralement moins coûteuses que les solutions propriétaires, en 2014 le maire de Munich déclarait que ce choix avait permis à la ville de réaliser 11 millions d’euros d’économies.

Mais voilà, la majorité a changé et la nouvelle a acté un retour complet sur Windows d’ici 2023. Coût estimé : plus de 49 millions d’euros !

On en parle cette semaine avec Étienne Gonnu, chargé de missions affaires publiques pour l’April1, l’association qui promeut et défend les logiciels libres depuis 21 ans. Après les années 70 qui ont vu apparaître des licences de plus en plus fermées, c’est au début des années 80 qu’un chercheur du MIT, Richard Stallman, lance son mouvement du logiciel libre.

Étienne Gonnu : Richard Stallman c’est le premier à avoir vraiment posé les bases intellectuelles du logiciel libre. Dans le cadre de ses études, il s’est retrouvé confronté à une machine imprimante. Quand la machine buggait, il ne s’en rendait qu’en allant dans la salle où il y avait l’imprimante. Donc lui voulait rajouter un ligne de code, améliorer l’imprimante pour qu’elle lui dise à distance qu’il y a un souci, sauf qu’il n’avait pas accès au code source de la machine. Il a contacté l’entreprise  fournisseur de l'imprimante qui lui a refusé l’accès au code source. Il a trouvé ça complètement injuste puisque, finalement, il voulait pouvoir utiliser sa machine comme bon lui semblait ; on lui refusait ça alors qu’il avait les compétences pour le faire. Et c’est de là que tout est parti.

Amaury Baradon : Richard Stallman lance alors son projet GNU. L’informaticien Linus Torvalds créera lui, au début des années 90, le noyau Linux pour donner une véritable existence à des systèmes d’exploitation libres. Mais les logiciels libres n’auraient pas pu se développer sans des communautés diverses qui s’investissent dans les différents projets.

Étienne Gonnu : Le logiciel libre c’est un projet informatique, mais c’est vraiment un projet de société. On défend une informatique de collaboration et partagée, qui serait au service des utilisateurs. Un exemple que j’aime bien utiliser c’est celui de l’obsolescence programmée où, dans le cas d’un logiciel privateur, on ne pourra pas voir le code source. Dans une informatique basée sur des logiciels libres, les personnes qui auraient les compétences pourront aller voir dans le logiciel. Je n’ai pas tant besoin, moi-même, d’être capable d’aller lire le code source ; c’est sur un fonctionnement horizontal que ma confiance va venir se construire.

Amaury Baradon : Le secteur du logiciel libre est en pleine croissance ; ils équipent des entreprises privées comme des institutions publiques, par exemple la gendarmerie française ou des villes telles qu’Amsterdam ou Turin. Mais si Munich fait le chemin inverse c’est parce qu’elle avait, dit-elle, trop d’applications spécifiques fonctionnant sous Windows ; elle évoque des soucis de compatibilité et autres problèmes liés à la coexistence des deux systèmes.

Étienne Gonnu : Malheureusement c’est bien plus une décision politique. On n’est pas dans les bureaux, mais on sent bien la puissance d’influence de Microsoft. Il y a eu un rapport indépendant et il pointait du doigt des difficultés et l’interopérabilité ; ça c’est un atout du Libre, puisque ça se base sur ce qu’on appelle des formats ouverts. Le problème vient, finalement, de l’utilisation de formats fermés. À partir de là ils ont, finalement, biaisé les propos du rapport pour dire que le problème c’était l’informatique libre.

Amaury Baradon : Est-ce que le grand public n’a pas aussi encore peur, souvent à tort, des complications qui peuvent arriver en quittant les solutions propriétaires pour des logiciels libres ?

Étienne Gonnu : Je ne sais pas si c’est le Libre qui fait peur ou si c’est un problème aussi d’habitude. Je pense qu’on ne s’en rend pas compte dans nos utilisations quotidiennes, on se sert déjà beaucoup de logiciels libres. Un exemple connu c’est celui de VLC2 qui est un des logiciels les plus utilisés au monde puisque c’est celui, en fait, qui lit le plus grand nombre de vidéos ; Internet ce sont des protocoles ouverts ; sur les serveurs on utilise principalement du logiciel libre ; Wikipédia c’est du logiciel libre ; LibreOffice3 suit son bonhomme de chemin. C’est vrai que les systèmes d’exploitation, là il y a un pas à franchir. On le voit, il est très difficile d’acheter un ordinateur sans un système d’exploitation Windows, ou Mac dans le cas des Mac, mais eux ils vendent, finalement, tout un lot. Puisque l’informatique est de plus en plus mobile, il y a enjeu aussi, une difficulté supplémentaire. Pour que ça progresse très rapidement, il faut suivre aussi derrière. Mais c’est une question de temps.

Amaury Baradon : Étienne Gonnu de l’association April qui promeut et défend le logiciel libre.

Autre exemple de logiciel libre célèbre, le navigateur web Mozilla Firefox dont une version plus rapide et largement refondue vient de sortir, Chromium4 qui a servi de base à Google Chrome et qui lui ne vous piste pas, ou encore l’éditeur de son Audacity5.

Notez aussi que l’association Framasoft6, que nous avions reçue l’an dernier, planche elle, en ce moment, sur un FramaTube7, une alternative libre et décentralisé à YouTube et lance pour cela un appel aux dons. Allez, vous pouvez à présent vous déconnecter. À la semaine prochaine.

Revue de presse de l'April pour la semaine 48 de l'année 2017

APRIL - lun, 04/12/2017 - 08:07

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 48

[ina global] Lutte fratricide dans les coulisses du web

Par Guillaume Sire, le jeudi 30 novembre 2017. Extrait:
> Qui connaît le W3C? Cet organe, qui décide ce qui peut être fait ou non sur le web, comment, et dans quelle mesure, traverse une crise sans précédent. La raison? L’implémentation des DRM au sein des standards du web, bien loin de l’esprit des pionniers d’Internet.
Lien vers l'article original: http://www.inaglobal.fr/numerique/article/lutte-fratricide-dans-les-coulisses-du-web-10024

[ZDNet France] Open source: Facebook, Google, IBM et Red Hat étendent le délai de rectification des licences GPL

Par Thierry Noisette, le mercredi 29 novembre 2017. Extrait:
> Droit à l'erreur et présomption de bonne foi: les 4 entreprises étendent à leur code source sous licence GPLv2 le délai de rectification de 60 jours qui existe déjà pour la GPLv3.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/blogs/l-esprit-libre/open-source-facebook-google-ibm-et-red-hat-etendent-le-delai-de-rectification-des-licences-gpl-39860830.htm

[Libération] Logiciels de l'Etat: du mieux, mais des héritages encombrants

Par Pierre Alonso et Amaelle Guiton, le mercredi 29 novembre 2017. Extrait:
> Les dernières données publiques concernant les grands projets informatiques de l'Etat ont été mises en ligne ce mercredi.
Lien vers l'article original: http://www.liberation.fr/france/2017/11/29/logiciels-de-l-etat-du-mieux-mais-des-heritages-encombrants_1613369

[smartcity] Territoire Numérique Libre: le label du logiciel libre

Par Nelly Moussu, le mardi 28 octobre 2017. Extrait:
> Le 5 décembre prochain, le label Territoire Numérique Libre récompensera des collectivités qui développent ou utilisent des logiciels libres. Des pratiques que l’association Adullact (Association des développeurs et utilisateurs de logiciels libres pour les administrations et les collectivités territoriales), à l’origine de l’initiative, souhaite encourager. Explications avec Pascal Kuczynski, son délégué général.
Lien vers l'article original: http://www.smartcitymag.fr/article/236/territoire-numerique-libre-le-label-du-logiciel-libre

[francetv info] Promotion du logiciel libre: la communauté s'est réunie à Sophia-Antipolis

Par Coralie Becq, le lundi 27 novembre 2017. Extrait:
> Tous les deux ans, l'association Linux Azur organise la journée méditerranéenne du logiciel libre. Ces programmes gratuits et entièrement modifiables qui fédèrent toute une communauté. Un évènement pour sensibiliser et faire la promotion de ces logiciels.
Lien vers l'article original: https://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/promotion-du-logiciel-libre-communaute-s-est-reunie-sophia-antipolis-1373609.html

[La Tribune] Incendie de la Casemate de Grenoble: qui en veut aux fablabs?

Par Alexis Poulin, le lundi 27 novembre 2017. Extrait:
> L'incendie qui a détruit le fablab historique de la Casemate à Grenoble relève d'un "acte de combat" par des "activistes de bac à sable", "bien désarmés dans le combat idéologique présent", assure Alexis Poulin. Pour l'ancien directeur d'EurActiv France et co-fondateur du média Le Monde Moderne, si "la critique d'une technologie coercitive de contrôle est plus que jamais nécessaire", en revanche, "l'action terroriste, ne peut que desservir la cause".
Lien vers l'article original: https://acteursdeleconomie.latribune.fr/debats/opinion/2017-11-27/incendie-de-la-casemate-de-grenoble-qui-en-veut-aux-fablabs-759393.html

[francetv info] Nouveau monde. Un YouTube "libre" à la française

Par Jérôme Colombain, le lundi 27 novembre 2017. Extrait:
> Un concurrent de YouTube à base de logiciels libres et de peer-to-peer est mis au point par des Français ambitieux: en France, si les géants du web manquent, les idées, elles, fleurissent. C'est sans compter la méfiance naturelle des Français pour l'influence des grandes plateformes américaines. C’est le cas de l’association Framasoft qui a déjà fait parler d’elle il y a quelques temps avec une campagne pour "dégoogliser Internet". Framasoft propose des logiciels libres alternatifs pour remplacer Gmail, Chrome ou Google Doc.
Lien vers l'article original: https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/nouveau-monde/nouveau-monde-un-youtube-libre-a-la-francaise_2464908.html

Et aussi:
[ITRnews.com] Framasoft cherche des fonds pour finaliser le développement de PeerTube

Voir aussi:
Dégooglisons YouTube

[Clubic.com] La ville de Münich abandonne Linux pour Windows

Par Alexandre Paulson, le lundi 27 novembre 2017. Extrait:
> Après 14 ans d'expérience du logiciel libre, la Ville de Münich a décidé de revenir en territoire payant en planifiant la bascule vers Windows à l'horizon 2020. L'équipe dirigeante dénonce le manque de fiabilité de Linux, mais les opposants à cette décision y voient un choix guidé par d'autres intérêts...
Lien vers l'article original: http://www.clubic.com/linux-os/actualite-839482-ville-munich-abandonne-linux-windows.html

Et aussi:
[L'Informaticien] A Munich, le rêve open source prend fin, au profit de Windows 10

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Décryptualité du 20 novembre 2017

APRIL - lun, 04/12/2017 - 06:44


Titre : Décryptualité du 20 novembre 2017
Intervenants : Luc - Manu - Nico
Lieu : studio d'enregistrement April
Date : novembre 2017
Durée : 15 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse de l'April pour la semaine 46 de l'année 2017
Licence de la transcription : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

Cette semaine, on creuse un peu le sujet des boîtes noires.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 46, année 2017. Salut Manu.

Manu : Salut Nico.

Nico : Salut Luc.

Luc : Pas de podcast la semaine dernière. Qu’est-ce qui s’est passé ? Moi je n’étais pas là.

Manu : Plein de maladies. Plein !

Nico : Des malades, des absents.

Manu : C’est terrible. C’était terrible !

Luc : On est revenus d’entre les morts, pour une nouvelle revue de presse. Qu’as-tu dans les tuyaux Manu ?

Manu : Ça a bien marché cette semaine, il y a eu pas mal d’articles, mine de rien.

Luc : Factor Today, « Richard Stallman and the Vanishing State of Privacy », un article de la rédaction. Donc une interview en quelque sorte, en anglais.

Manu : Oui, qui parle de Stallman et de la surveillance, très intéressant. Allez jeter un œil, l’article n’est pas mal fait.

Luc : C’est traduit, c’est ça ?

Manu : C’est moi qui ai fait le petit bout de traduction au début dans notre revue de presse, mais vraiment ça parle de bonnes choses et Stallman est toujours intéressant.

Luc : Rue89Lyon, « Eau, logiciels libres et monnaies locales : 5 choses à savoir sur les communs », un article de Philippine Orefice.

Manu : Là aussi des choses intéressantes qui nous bottent. Ça aborde notamment le logiciel libre comme un des exemples de ce que sont les communs et les communs ça touche tout le monde, donc allez jeter un œil là aussi, ce n'est pas mal.

Luc : Un article en cinq machins qui vont vous étonner mais voilà, quand même intéressant. estrepublicain.fr, « Ville numérique : quelles économies ? », un article de Ghislain Utard.

Manu : Donc là c’est la ville de Nancy qui se met au logiciel libre, notamment pour des raisons économiques, mais pas que. Donc il parle d’innovation, de plein de trucs intéressants pour les citoyens, nous on adore.

Luc : ZDNet France, « Linux domine totalement les supercalculateurs », un article de la rédaction.

Manu : J’ai été étonné. On en discutait même avec Nicolas un peu avant.

Luc : Ça a toujours été le cas ? Non ?

Manu : Alors oui. Mais là c’est une domination totale, monsieur. C’est-à-dire que les 500 supers ordinateurs les plus puissants au monde tournent tous sur un noyau Linux. Et il y avait encore deux ordinateurs qui tournaient sur autre chose, on ne sait pas trop.

Nico : Du AIX1 ou HP2, mais les Windows étaient giclés depuis deux/trois ans déjà et puis, maintenant, il n’y a même plus de Windows.

Luc : J’ai vu des articles où il y a plus de temps que ça où on disait qu’il n’y avait plus rien en Windows.

Nico : Il n’y avait plus de Windows, mais il restait quelques HP, AIX et d’autres technos, en fait.

Manu : Propriétaires en général.

Nico : Propriétaires, plutôt BSD3 ou des choses comme ça et puis maintenant il n’y a que du GNU.

Manu : Et une des raisons pour lesquelles les supers calculateurs utilisent des logiciels libres c’est parce qu’ils peuvent les adapter à leur envie, à leurs besoins, et c’est quand même utile quand tu fais ça. Donc on peut dire aujourd’hui que le noyau Linux est utilisé par les plus gros ordinateurs du monde mais aussi par les plus petits, par exemple nos téléphones portables dans nos poches.

Luc : Libération, « Surveillance : la première boîte noire est née », un article de Pierre Alonso et Amaelle Guiton.

Manu : Là c’est le gros sujet de la semaine on pourrait dire.

Luc : Et c’est là-dessus qu’on va s’étendre.

Manu : Donc on reprend après.

Luc : La gazette.fr, « Mounir Mahjoubi : « Le numérique doit libérer les agents de tâches inutiles », un article de Delphine Gerbeau et Romain Mazon.

Manu : Là aussi ce n’est pas mal. Quelque part, ça continue cette discussion sur Nancy, mais là c’est au niveau de l’administration française en général et ça parle d’innovation, notamment. Il y a un bon point de vue sur les logiciels libres. Ils disent : « l’État, oui, peut se mettre au logiciel libre, mais il faut que ce soient des logiciels libres maîtrisés, il faut que l’État s’implique dedans » et normalement, la France a les moyens de faire ça.

Luc : Developpez.com, « Qu’advient-il du code open source après le décès du développeur ? », un article d’Olivier Famien.

Manu : Et effectivement, c’est une vraie problématique qu’on rencontre de plus en plus, parce que les développeurs vieillissent et, de temps en temps, il y en a qui meurent. Si. Si, si ça arrive !

Luc : C’est du droit d’auteur, non ? C’est ça ?

Manu : C’est du droit d’auteur et justement, il est question de comment est-ce qu’on peut essayer de récupérer les choses quand les gens meurent. Ce sont des problématiques qui commencent à être réfléchies.

Nico : Et puis il n’y a pas que des problèmes de droit d’auteur, mais aussi de logistique puisque, quand une personne décède, malheureusement, eh bien on n’a pas ses identifiants par exemple pour pouvoir reprendre la suite derrière. Il y a eu le cas d’une bibliothèque, en fait, qui a été bloquée comme ça parce on ne pouvait plus publier de nouvelle version parce que le développeur n’était plus là.

Luc : Donc, le sujet dont on veut parler cette semaine ce sont les boîtes noires. Les boîtes noires, pour revenir là-dessus, c’est un dispositif de surveillance qui a été décidé dans la loi qu’on a appelée loi de surveillance, qui avait un nom un peu plus vendeur, je crois, en 2015.

Nico : Il y avait la loi de programmation militaire et après la loi de renseignement qui était arrivée, suite aux différents attentats en France.

Manu : Qui a dû être votée il n’y a qu’un an.

Luc : Oui. Peut-être 2015/2016.

Nico : Ça avait traîné à être voté ; il y avait eu pas de remous et puis le temps qu’ils se mettent d’accord.

Luc : Donc les boîtes noires c’est un des dispositifs qui est prévu dans cette loi et donc ce sont des dispositifs techniques, noirs parce qu’on ne sait pas trop comment ça fonctionne.

Manu : On ne connaît pas la couleur !

Luc : Voilà. Et qui permettent de surveiller ce qui passe sur Internet et qui sont installés chez les fournisseurs d’accès ou chez les hébergeurs, pour en gros ?

Nico : On ne sait pas trop, en fait, parce que c’est un peu le problème de ces boîtes noires.

Luc : La loi dit, en fait, que chez quand même chez ces deux types d'acteurs.

Nico : Mais tout le reste est classé secret Défense, donc on ne sait absolument pas comment ça marche, où c’est posé, comment ça fonctionne, qu’est-ce que ça récolte ou pas. Et donc ça pose plein de problèmes puisque c’est quelque chose qui est assez attentatoire aux libertés individuelles puisqu'on parle d’écouter la population, ni plus ni moins, et d’aller trouver, d’aller essayer d’identifier qui est un terroriste ou qui ne l’est pas pour déclencher, après, les actions judiciaires ou vous interdire les accès ou, etc.

Luc : Dans le principe, en théorie, ces boîtes noires devraient pouvoir surveiller, une fois qu’elles seront répandues partout, 100 % du trafic internet en France.

Nico : En théorie, c’est ce qu’ils veulent faire. En pratique, ils vont avoir du mal, je pense.

Manu : C’est compliqué parce que tout le monde utilise Internet de manière massive, mais ce n’est pas forcément compliqué quand tu as les moyens d’un État et que tu peux imposer ça aux entreprises.

Luc : Et l’idée c’est qu’elles sont chez les fournisseurs d’accès, donc c’est quand même très centralisé.

Manu : Au niveau des serveurs DSLAM, notamment, c’est le point de connexion au réseau. Là tu peux mettre et tu peux forcer les entreprises à installer des boîtes d’une autre couleur que noir parce que ça m’énerve que ce soit noir, des boîtes rouges. Et ils vont installer ça un peu partout et ils vont installer ça chez OVH, chez Gandi, chez les gros hébergeurs. Pareil, là aussi, ils vont en installer quelques-unes à l’entrée des data centers j’imagine.

Nico : On sait que potentiellement c’est faisable, effectivement, mais après il y a tellement de trafic à passer, il y a tellement de paquets à traiter, il y a tellement de routeurs dans tous les coins, qu’en fait, stocker tout c’est physiquement impossible. On n’a pas les machines pour ça, on n’a pas les bandes passantes pour ça.

Manu : Il n’est pas question, justement, on en a parlé, il n’est pas question de stocker !

Luc : Le fond du problème c’est qu’on ne sait pas comment ça marche puisque c’est totalement obscur.

Manu : Ce sont des boîtes noires !

Luc : Donc on ne peut faire qu'essayer de deviner, en fonction des informations qu’on a, qui sont peut-être fausses ou pas respectées.

Nico : Et de ce qu’ils veulent atteindre surtout.

Luc : Et de ce qu’on veut atteindre. Il y a une notion qui est souvent utilisée qu’on va voir dans la presse et qui n’est pas nécessairement expliquée, ce sont les signaux faibles. C’est-à-dire que c’est la surveillance pour détecter des signaux faibles. C’est quoi ?

Manu : Oh là, là !

Nico : Eh bien on ne sait pas. C’est assez peu défini, c’est assez flou, mais pour résumer un peu…

Manu : Pour détecter des terroristes, toujours, on est d’accord !

Nico : Voilà, on a dans la détection du terrorisme pour prévenir des attentats. Et, en gros, l’idée derrière les signaux faibles c’est de dire on va essayer de détecter les gens avant que quelque chose se passe. Si la personne est en train de poster un message en disant « je vais faire un attentat là », ce n’est pas un signal faible, on est dans les signaux forts. Les signaux faibles, c’est la personne qui va commencer à se radicaliser, qui va commencer à aller voir des sites internet qui sont catalogués comme dangereux par l’État. Il n’y a rien d’illégal en soi, il n’y a rien d’interdit, mais ça va être des bouts de pistes, des petits voyants qui vont s’allumer à droite, à gauche.

Manu : Un faisceau de présomptions.

Nico : Voilà !

Manu : C’est de ça dont il s’agit.

Luc : Par rapport aux boîtes noires ils disent : « Dans nos boîtes, il y a des supers algorithmes, supers intelligents, tout ça, qui prennent plein de critères ensemble et paf ! Ils trouvent des terroristes potentiels. Alors on a quelques points de comparaison avec ce qui s’est fait aux États-Unis puisqu’il y a un système de surveillance PRISM4, dont on parle régulièrement depuis plusieurs années maintenant.

Manu : Révélé par Snowden.

Luc : Quand il y avait eu des attentats au marathon de Boston, je crois, la bombe qui avait été placée était avec une cocotte-minute ou une bonbonne de gaz, je ne sais plus, dans un sac à dos. Et il y a un couple qui a eu le malheur d’acheter, dans le même week-end, un sac à dos et une cocotte-minute ou une bouteille de gaz et qui a eu le FBI qui a débarqué en masse chez eux.

Manu : Ben oui, hein ! Normal !

Luc : Parce qu’ils étaient dans les clous. Nicolas tu avais une autre histoire toi.

Nico : C’était un scénariste de Cold Case, en fait.

Luc : Cold Case c’est une série.

Nico : C’est une série policière, forcément il y a beaucoup de meurtres, d’attentats, de trucs comme ça. Et le scénariste, forcément, il a besoin de chercher des idées et il est allé chercher sur Internet « comment on tue sa femme ».

Manu : Le fou ! Le fou !

Luc : « Comment faire disparaître le corps ».

Nico : « Comment faire disparaître le corps », des trucs comme ça et forcément, eh bien ça a attiré aussi l’attention et tout le monde commençait à paniquer à voir des requêtes comme ça.

Manu : Et donc là, toc, toc à la porte, c’est le FBI. Monsieur pouvez-vous nous montrer votre femme ? Mais je n’ai pas de femme ! Ah, non ! Il s’en est déjà débarrassé !

Nico : C’est ça. C’est le problème, en fait, de ces outils-là et ce sont malheureusement des lois mathématiques qu’il y a derrière avec des probabilités ou autres qui montrent que même avec un fort taux de succès.

Manu : C’est-à-dire avec un algorithme qui soit très bon.

Nico : Avec un algorithme qui soit très bon, même 99,99 %, on va avoir des centaines de milliers de faux positifs, de personnes qui vont être détectées alors qu’elles ne sont pas concernées normalement.

Luc : Les faux positifs c’est, en gros, il y a une alerte qui se lève en disant « attention, il y a tel problème » alors qu’en fait ce n’est pas le cas. On a la même notion en médecine. On va faire un examen médical et tous les tests pour détecter les maladies, ils ont ce problème-là, c’est qu’il faut qu’ils soient performants pour détecter la maladie, mais il faut également qu’ils soient performants pour ne pas dire il y a une maladie quand il n’y en a pas. C’est le même principe dans ce cas-là.

Nico : Et surtout que c’est un paradoxe, c’est assez difficilement compréhensible pour un être humain normal. Si on vous pose la question, les probabilités vous allez avoir l’impression que c’est très fiable. Et en fait, eh bien non, ça donne des chiffres qui sont complètement bidons.

Luc : Parce que les terroristes sont extrêmement minoritaires ; c’est peut-être une personne sur 500 000 ou un truc comme ça.

Manu : Ils avaient l’air de dire qu’en gros la cible c’était quelque chose comme 3 000 personnes qui étaient 3 000 personnes dangereuses ; ils savent qu’il y a une sorte de nœud de 3 000.

Luc : Sauf qu’il s’agit bien d’une boîte noire qui surveille tout.

Manu : Qui surveille, ah mais bien sûr !

Luc : Ce qu’ils surveillent, ce qui est dit dans les articles qui sont passés, c’est que notamment ils veulent accéder à ce que les fournisseurs d’accès archivent et qu’ils gardent pendant un an en accord avec la loi. Donc c’est quoi au niveau des fournisseurs d’accès ?

Nico : Au niveau des fournisseurs d’accès, en gros, c’est tout ce qui va concerner votre connexion internet vis-à-vis de votre fournisseur. Donc c’est votre numéro d’abonné, c’est l’adresse IP qui vous est assignée, donc le numéro de votre ordinateur qui est assigné par votre fournisseur d’accès, et de telle heure à telle heure. Donc ça stocke, théoriquement, pas plus que ça.

Manu : Et c’est tout ?

Nico : Et c’est tout.

Manu : Mais ça paraît peu !

Nico : Ça paraît peu. Aujourd’hui c’était utile parce qu’on peut s’en servir, en fait, si jamais on arrive à faire tomber, par exemple, un site illégal chez un hébergeur, du coup comme on a les logs de connexion de l’hébergeur.

Manu : Si c’est un hébergeur français.

Nico : Un hébergeur français, bien sûr, après il peut y avoir de la coopération.

Luc : Ou on l’a piraté à l’étranger aussi.

Nico : Ou piraté. Mais du coup on est capable, à partir de cet identifiant qui a été connecté sur la machine en face, on est capable d’aller voir l’opérateur et de lui dire : « Qui était derrière cette adresse IP ? » Et il ressort son contrat.

Luc : Dans ce cas-là la boîte noire ne sert à rien puisqu’on montre que ça peut se faire.

Nico : Et voilà, et c’est déjà opérationnel aujourd’hui.

Luc : Des boîtes noires, il peut en avoir aussi chez les hébergeurs ?

Nico : Les hébergeurs. Du coup ce sont les logs de connexion : quels sites, quelles pages vous avez visités avec quelle adresse IP et l’heure et la date associées.

Manu : Ça paraît quand même très faible comme données récoltées et utilisées pour faire ces analyses. Ces supers algorithmes qui vont être mis à jour régulièrement, il y a toute une commission qui va être derrière, ça paraît faible de juste stocker l’IP, c’est-à-dire l’ordinateur qui s’est connecté et à quel moment il s’est connecté. Ça ne me paraît pas grand-chose, pas suffisant, en tout cas, pour détecter une cocotte-minute, par exemple, que tu aurais achetée.

Nico : C’est même pire que ça puisqu’en fait, aujourd’hui avec le cloud, la concentration sur Internet où il y a quelques gros opérateurs, Google pour les plus connus, mais il y a aussi plein d’opérateurs techniques, ce qu’on appelle les CDN, les opérateurs de contenu, ça va être Cloudflare, ça va être Cedexis.

Manu : Des sortes d’intermédiaires qui permettent de distribuer plus facilement le contenu.

Nico : Du coup, si on s’en tient à l’adresse IP uniquement, on voit juste quelqu’un accéder à un contenu chez Google, mais lequel ? On ne sait pas. Est-ce qu’il a été relever un mail ? Est-ce qu’il a été voir une vidéo YouTube ? Est-ce qu’il a fait une recherche Internet ? On ne sait absolument pas ; on sait juste qu’il a été voir quelque chose chez Google, mais on n’a pas l’info.

Manu : D’après ce qu’on sait de ce que doivent conserver les fournisseurs d’accès en tout cas.

Luc : Mais sur ce que stockent les hébergeurs, on peut avoir plus de données ?

Nico : Oui. On a plus de données si les hébergeurs stockent ça. Après, la problématique, on a effectivement des données à la fois chez l’hébergeur et chez l’opérateur, par contre, pour aller recroiser tout ça.

Manu : Tu as tes fameuses boîtes noires ! Les boîtes, tu les mets des deux côtés. Les boîtes sont intelligentes quoi !

Nico : Par exemple les boîtes noires on en a une chez Orange, mais par contre est-ce qu’on va aller en poser une chez Google ?

Manu : Mais oui monsieur, il faut !

Nico : Ça risque d’être compliqué parce que tout le trafic américain, de toutes façons !

Manu : Le plus compliqué c’est si ton site terroriste il n’est pas hébergé en France.

Nico : Aux pays-Bas ou voilà, des choses comme ça.

Manu : Là effectivement, la boîte noire française, tu vas avoir du mal à aller l’installer, il faudrait la mettre à la frontière.

Nico : C'est ça. Et de toutes façons, même en termes techniques aujourd’hui, on n’est pas capables de faire l’association entre les deux de manière suffisamment rapide et fiable, parce qu’on a quand même du délai entre les deux, et pour recroiser l’info, ce n’est quand même pas évident.

Luc : Donc du coup, tu penses que ce qui a été publié n’est pas suffisant et, qu’à priori, ce sera plus ?

Manu : C’est ce que pensent aussi certains experts, j’anticipe, mais il semblerait qu’il y a plus. Oui.

Nico : Aujourd’hui, c’est un peu le consensus là-dessus, c’est qu’on sait que s’ils veulent avoir un système qui est fiable, il va falloir qu’ils descendent beaucoup plus bas, donc qu’ils commencent à analyser qu’est-ce que vous êtes en train de faire réellement.

Manu : Quels sites on consulte, quoi !

Nico : Quels sites on consulte, ce qui s’appelle faire du DPI, du deep packet inspection, donc une inspection profonde de paquets, pour essayer d’avoir plus d’informations comme quel est le site que vous avez visité, quelle page que vous avez visitée, quel mail vous consultez, et avec ça, du coup effectivement, on peut commencer à faire des choses intéressantes puisqu’on sait que vous avez visité telle page de Wikipédia ou tel site internet ou consulté telle vidéo. Mais c’est super attentatoire aux libertés individuelles puisque, du coup, on est capable d’avoir accès à toute votre vie ; il n’y a plus aucun secret pour l’État.

Manu : Mais là tu es en train de dire que l’État a menti puisque eux ils insistent, depuis le début, ils disent bien : « Nous n’utiliserons pas le DPI, le deep packet inspection» ; ils l’ont dit plusieurs fois, plein de fois.

Luc : Ils sont censés être contrôlés par une commission qui s’appelle la CNCTR.

Manu : Si tu arrives à prononcer tout ? Non !

Luc : C’est une commission nationale de contrôle de quelque chose [Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, NdT], du renseignement, avec un t au milieu, mais bref ! Donc là-dedans on retrouve deux députés, deux sénateurs, deux personnes qui Conseil d’État, qui étaient au Conseil d’État. On retrouve également quelqu’un qui est envoyé par l’ARCEP [Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, NdT] comme expert technique, deux magistrats également.

Nico : Toutes ces personnes-là sont à peu près aux mains du gouvernement ; elles peuvent décider ce dont elles ont envie et il n’y a pas de mandat ou d’enquête.

Luc : Normalement les députés, ne sont pas, en théorie, aux mains du gouvernement.

Manu : Voyons, voyons !

Luc : La question ça dépend comment elles sont désignées ?

Nico : En tout cas il n’y a pas de juges, enfin des vrais juges, tels qu’on les connaît, qui vont pouvoir dire « OK, on y va ». Ça va être vraiment des décisions administratives.

Luc : Cette commission est censée, notamment, lever l’anonymat. C’est-à-dire que quand ils vont regarder ce qui se passe chez le fournisseur d’accès, ils n’ont pas, en théorie, le nom des gens et ils doivent dire à la commission « est-ce qu’on peut avoir le nom de cette personne ? », sauf s’il y a urgence absolue, auquel cas ils peuvent se passer de l’avis de la commission. Mais au final c’est un système totalement obscur, donc on ne sait pas trop…

Manu : C’est le principe des boîtes noires. Donc ils n’ont pas menti !

Luc : En tout cas, une première boîte a été mise en œuvre. Il y avait, dans la loi, prévu le fait qu’en 2018 on allait faire, en gros, un examen pour voir si ce système était valable et s’il fallait le faire et, en septembre dernier, ça a été reporté à 2020. Donc déjà on a reporté cette échéance-là.

Manu : Je rajouterais, si je peux me permettre, vraisemblablement dans le passé tous les actes terroristes qui se sont déroulés n’auraient pas été empêchés, de ce qu’on sait, par ce genre de boîtes noires et, dans la plupart des cas, ce sont des gens qui communiquaient de manière qui était hors Internet, par exemple.

Luc : Hors système.

Manu : Hors système et donc ces systèmes-là ont été inventés et imaginés après coup, bien sûr, mais pas pour répondre aux cas.

Luc : Aux États-Unis, ils n’ont chopé personne.

Nico : Onze ans d’espionnage par la NSA ils n’ont juste arrêté aucun terroriste et aucun attentat.

Luc : La surveillance ciblée fonctionne, mais le truc où on lance les grands filets n’a pas marché avec la NSA qui a des moyens infiniment supérieurs à ceux de la surveillance française. Donc !

Manu : Je pense qu’on pourra en reparler, reparler des effets que ça a sur les individus. Savoir qu’on est tous observés en permanence, surveillés en permanence, parce qu’en fait ça n’a pas l’air d’avoir d’effets sur le terrorisme à notre connaissance, mais à quoi ça sert d’autre ? C’est bizarre !

Luc : Voilà. On va s’arrêter sur cette petite note paranoïaque et on se retrouve la semaine prochaine.

Manu : À la semaine prochaine.

Nico : Bonne semaine à tous.

Luc : Salut.

56Kast se renseigne sur la loi renseignement

APRIL - dim, 03/12/2017 - 11:12


Titre : Le 56Kast #53 se renseigne sur la loi renseignement
Intervenants : Tristan Nitot - Christopher Talib - Camille Gévaudan
Date : mai 2015
Durée : 34 min 28
Média : ici ou ici
Licence de la transcription : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

Que sont les «boîtes noires» qui détecteront sur Internet les «comportements suspects» des citoyens ? Qui sera surveillé ? Pourquoi le projet de loi est-il critiqué ?

Transcription

Tristan : Bienvenue dans le 56Kast numéro 53 spécial renseignement. Ça fait un bout de temps qu’on n’était pas là quand même !

Camille : Ouais ! Tu le fais super bien ! En fait, on était là pendant tellement pas longtemps, attends, on n’était pas là pendant tellement longtemps, c’est ça ?

Tristan : On n’était pas là. Oui.

Camille : Que Tristan a décidé de prendre les rennes pour qu’on recommence sur de meilleures bases.

Tristan : J’ai viré Erwan, direct ! Et pourquoi on n’était pas là ?

Camille : Pour dire la vérité, on ne savait pas qu’on ne serait pas là si longtemps, sinon on vous aurait prévenus. C’est qu’à Libé, en fait, Erwan et moi on a changé de service. Avant, on appartenait à un service qui s’appelait « écran ». Maintenant on appartient au service « culture », ce qui a fait du changement dans nos emplois du temps, dans notre organisation au quotidien. Et on s’est retrouvés avec vachement moins de temps pour préparer les podcasts et on ne l’a pas vu venir. Et du coup on a dit : « Attendez, on annule juste demain, demain on n’aura pas le temps, mais on recommence la semaine prochaine. » Et à force d’annuler de semaine en semaine, on a fait une pause d’un mois et demi et on n’avait pas prévu du tout et on est désolés. Je n’ai pas pris ma capuche avec le loup, mais franchement, je le pense très fort.

Tristan : Ou le bonnet d’âne !

Camille : Non c’est le loup qui sert d’excuse ici.

Tristan : Bon d’accord. Moi je suis un peu nouveau ici.

Camille : En tout cas, pour se rattraper, on va faire une spéciale renseignement parce que, du coup, on a tout loupé sur le projet de loi.

Tristan : Ouais ! Enfin toi, tu as tout loupé, mais on était légèrement au front !

Camille : OK. L’émission et moi, on a tout loupé. Ah oui, et puis Erwan est en vacances, il s’excuse, mais il reviendra dès que possible.

Tristan : De quoi on ne parle pas aujourd’hui ?

Camille : On a tout loupé avec le renseignement, mais vous allez tout nous expliquer et on va faire un super debriefing avec vous, Christopher Talib de La Quadrature du Net1.

Christophe : Salut !

Camille : Que je suis très heureuse d’accueillir pour la première fois. Et Tristan Nitot de Cozy Cloud2 et auteur d’un super livre sur la surveillance du Net [Surveillance:// ] qui est bientôt à paraître.

Tristan : Il y a marqué que je suis auteur visionnaire. Tu n’as pas osé le dire du coup, c’est bien !

Camille : Je croyais que tu trouvais que ça faisait trop. Donc Tristan Nitot, auteur visionnaire d’un futur livre sur la surveillance de masse.

Tristan : Mais c’est trop. Voilà !

Camille : Comme je l’avais marqué.

Tristan : Voilà ! Exactement !

Camille : En attendant de quoi on ne va pas parler, Tristan ?

Tristan : Eh bien l’application de France Musique a été dé-publiée par Apple pour cause de contenu adulte. C’était peut-être la faute à l’émission Dans l’air du soir du 2 mars dédiée à l’érotisme et illustrée par un tableau d’Édouard Manet représentant, oh mon dieu ! Non ! Une femme nue. La radio ce n’est plus ce que c’était !

[Rires]

Camille : Oui. Enfin c’est potentiellement à cause d’une image, sur l’application, alors que c’est de la radio ! Ils sont fous ces gens ! Après neuf ans d’existence et de gros ennuis avec la justice Grooveshark3 — non ne pleurez pas — vient de signer un accord à l’amiable avec les majors du disque et de fermer ses portes définitivement.

Tristan : C’est chinois, c’est moche et ça cartonne sur l’App Store, c’est Myidol, une application pour iPhone, permettant de se créer un avatar en 3D à partir d’une photographie. Une fois son visage modélisé en relief, on peut se choisir un accoutrement, genre costume de Superman, et générer une petite vidéo où l’avatar se déhanche suivant des mouvements préenregistrés. Ça donnerait presque envie d’avoir un iPhone !

Camille : Oui ! Presque ! Je ne sais pas pourquoi j’ai mis ça, je ne sais pas si c’était le truc le plus important qui s’est passé pendant qu’on n’était pas là, mais il paraît que ça a vraiment cartonné, donc il fallait le dire. Surtout que le truc était en chinois et que les gens le téléchargeaient quand même. Il y avait une sorte de tutoriel traduit en anglais. Enfin bon, bref ! Color, une société française spécialisée dans la réalité virtuelle et la prise de vue à 360 degrés, a été rachetée par GoPro.

Tristan : Une montre connectée a été commercialisée.

Camille : Ah ouais ?

Tristan : Je ne sais pas, c’est tout ce qu’il y a marqué, moi je m’arrête là. Je pense que c’est pomontre, ça s’appelle.

Camille : Ah pomontre !

Tristan : Ça remplace un truc très important.

Camille : Fin avril, Google a commencé à tester ses propres forfaits pour téléphone mobile aux États-Unis. Alors ça ressemble à quoi un forfait Google ? Ça ressemble à « on peut passer des appels en Wi-fi, sans coupure quand on passe d’un réseau Wi-fi à l’autre. » Je n’ai pas trop compris techniquement, mais bon, si c’est bien, c’est bien ! Par contre, niveau tarif, c’est 20 dollars par mois pour les appels et les SMS illimités et c’est tout ! Ah, ah ! Il n’y a pas d’Internet pour les 20 euros par mois, enfin les 20 dollars.

[Rires]

Tristan : Heureusement qu’il y a le Wi-fi !

Camille : Oui. Voilà ! En échange, tu passes tes appels en Wi-fi, donc tu es super content.

Tristan : Bon ! Alors à partir du 27 mai les projets français pourront être financés sur Kickstarter, chers acteurs du financement participatif made in France, Ulule, on dit lule ou lulé ?

Camille : Ulule.

Tristan : Bon d’accord ! KissKissBankBank, MymajorCompany, bon courage ! Soyez forts ! Résistez à l’envahisseur !

Camille : Et la traditionnelle non news dont on n’a lu que le titré et on n’a rien compris : « Imsi-cacthers, des valises aux grandes oreilles ». Alors ça, j’avoue, c’était pour introduire la suite.

Tristan : On va t’expliquer !

Camille : C’est le titre d’un article de Libe4 sur la loi renseignement. Donc c’est bien la preuve que je n’ai rien suivi parce que je n’ai même pas compris les titres de mon propre journal. Vous allez tout m’expliquer, heureusement, parce que vous êtes des spécialistes. Alors l’actu.

ACTU

Camille : Qu’est-ce qui s’est passé ?

Tristan : Ce n’est pas moi madame ! Je vous jure !

Camille : La dernière fois qu’on a parlé renseignement, en fait, dans le 56Kast, on disait qu’après les attentats de Charlie Hebdo il y avait une sorte de velléité gouvernementale de sortir un truc antiterrorisme qui se passerait sur Internet, parce que si on détectait mieux les terroristes sur Internet, eh bien peut-être que ça ne se serait pas passé. Alors que, franchement, ce n’était peut-être pas la faute à Internet parce qu’on a déjà des moyens, non ? Mais ils ont quand même fait une loi donnant plus de moyens de surveillance des gens sur Internet, pour choper les terroristes.

Tristan : C’est très compliqué. Après c’est de la communication politique. C'est-à-dire qu'en fait ils avaient un projet de loi dans les cartons, sur lequel ils bossaient et puis là, si tu veux, Charlie Hebdo est arrivé, ça a été une opportunité extraordinaire pour dire « vous voyez on a vraiment besoin de moderniser la loi sur le renseignement, et donc il faut y aller. » En fait ils ont, du coup, présenté ça, parce que l’actualité faisant, ils ont proposé de vendre ça comme une loi antiterrorisme, mais de fait, c’est une loi pour encadrer les services de renseignement. Et alors, quitte à donner dans la faute de goût, il y a des choses qui sont peut-être pas mal. Je vais expliquer pourquoi.

Camille : Qui sont pas mal ! Dans la loi ?

Tristan : Disons que la démarche, on peut probablement dire que c’était une démarche nécessaire, parce que la précédente loi datait de 91 et elle permettait de faire des écoutes de renseignement sur des lignes fixes. Ça c’était 91, c’était un autre millénaire, tu vois ? Maintenant, avec Internet et les téléphones mobiles, si tu peux juste surveiller les lignes fixes, et tu es sûr de ne rien choper du tout, quoi ! Donc il fallait moderniser la loi pour inclure les réseaux mobiles et Internet. Et c’est à peu près ça qui est bien et après, c’est parti en couilles !

Christopher : Une mini parenthèse. En fait, la loi renseignement a été annoncée en juillet passé et simplement, c’est un peu arrivé en même temps que Charlie Hebdo, mais peut-être que le fait qu’il y ait eu Charlie Hebdo c’est peut-être pour ça qu’ils l’ont passée en procédure accélérée. C’est-à-dire qu’il y a une lecture à l’Assemblée nationale puis une lecture au Sénat et quand il y a un temps, ça se fait assez vite. De manière générale le processus législatif est plutôt poussé, rapidement, alors qu’il faudrait peut-être avoir un débat un peu plus profond, un vrai débat de société entre les différentes manières de moderniser, justement, le renseignement, comme Tristan disait.

Tristan : En termes de communication politique c’est génial, parce que si tu passes en procédure accélérée tu votes tout de suite à l’Assemblée nationale et après tu passes tout de suite au Sénat et le débat n’a pas le temps de prendre, en fait.

Camille : Ça commençait à devenir intéressant. Il y avait des mouvements d’entreprises de technologie françaises rassemblées sous la bannière, « Ni pigeons ni espions »5. Là il y avait pas mal des signataires, des grands noms, quand même, des entreprises françaises.

Tristan : 935 la dernière fois que j’ai regardé.

Camille : Qui disaient que c’était non seulement inefficace d’un point de vue technique parce que ça se contourne très facilement — quand on n’a pas envie d’être surveillé, c’est extrêmement facile pour un internaute — et, qu’en plus, c’était mauvais pour la croissance parce qu’on ne ferait plus confiance aux entreprises françaises. C’était très mauvais. Effectivement, comme tu dis, ça n’a pas eu le temps de se développer que c’est déjà voté.

Tristan : Exactement. On a quand même eu 900 et quelques signataires. Donc ça prouve bien qu’il y avait vraiment un attrait, alors que 15 jours avant c’était silence radio. Quand j’ai vu les premiers articles du Figaro sortir, j’en ai parlé autour de moi, les gens ont fait : « Hein ? Quoi ? Bon ! Tu crois ! »

Christopher : Du tech, ce n’est pas important !

Camille : Alors il y a quoi dans cette loi ? Genre « les IMSI-catchers, des valises aux grandes oreilles », c’est quoi ?

Tristan : Un IMSI-catcher, c’est du matériel électronique et informatique ; c’est un PC, en gros, avec du matériel et une antenne. Et c’est une fausse antenne GSM. Donc tu la mets dans un coin, éventuellement il y a des modèles qui peuvent se porter en gilet, sous un pardessus mastic avec un chapeau, forcément et, du coup, tu peux te balader. [Rires]. C’est vrai que je dis des conneries, mais c’est sérieux ; vous pourriez faire un effort quand même !

Christopher : Un PC, porté, ce n’est pas mal.

Tristan : Et en fait, ça émet un signal façon antenne de téléphonie mobile et, du coup, les téléphones voient une antenne toute proche et s’y connectent. Et à ce moment-là on arrive à avoir des tas de données sur eux dont le numéro IMSI et le numéro IMEI, bon, ce sont des numéros de carte SIM et de téléphone et plus d’autres données éventuellement ; sur certains modèles on peut écouter des conversations.

Camille : C’est un aspirateur à données qui prend tout ce qu’il y a autour de lui.

Tristan : Voilà ! Parce que c’est une fausse antenne GSM et les téléphones mobiles qui sont à proximité s’y connectent et donc, ça permet d’identifier qui est dans le coin. C’est ça un IMSI-catcher.

Camille : D’accord. Donc là, le problème c’est que ça ne cible pas. Enfin, ce n’est pas du tout une histoire de cibler une personne qui est suspectée d’actes potentiellement terroristes. C’est que tu prends les informations sur tous les gens qui sont là.

Christopher : Tout à fait.

Tristan : Voilà. Et ça peut être énormément de données. Tu mets un IMSI-catcher à la gare du Nord qui a je ne sais pas combien de millions de visiteurs par jour et tu arrives à savoir si les gens reviennent tous les jours, quand est-ce qu’ils passent, etc., à recouper ; est-ce qu’ils se rencontrent.

Camille : Est-ce que, par exemple, ils chopent le contenu des communications des téléphones qui passent ou est-ce qu’ils n’ont que des métadonnées, justement, qui est passé par là, à quelle heure, et que ça leur suffit ?

Tristan : Je te répondrais bien, mais c’est secret Défense !

Camille : Ah merde !

Christopher : Il se peut qu’apparemment, par exemple si ton téléphone, quand il est connecté à un IMSI-catcher et que tu passes un coup de fil pendant qu’il est connecté, vu que les données passent via cette antenne, il est possible de récupérer les données.

Camille : Mais on ne le sait pas !

Christopher : Théoriquement. Mais ça dépend du modèle de téléphone, peut-être du modèle de l’IMSI, etc.

Camille : D’accord. La CNIL est d’accord pour qu’on chope comme ça toutes les données et qu’on voie après ce qu’on en fait.

Tristan : Tout le monde, à qui tu demandes, je veux dire, sauf si tu es vraiment très proche du gouvernement, tu es contre. C’est-à-dire que la CNIL, le Conseil national du numérique, l’AFDEL, le Syntec numérique, la commission à l’Assemblée nationale sur le numérique, enfin tout ce qui est lié aux droits de l’homme, etc., mais tout le monde est contre ; absolument tout le monde ! Si tu veux, il n’y a que messieurs Valls et Cazeneuve qui disent que c’est quand même vachement bien ; et Jean-Jacques Urvoas qui est le rapporteur de la loi. En gros, ils sont trois avec leurs sbires à dire que c’est bien et tout le monde, autour, dit : « Écoutez c’est n’importe quoi ! » Parce que les IMSI-catchers c’est juste un tout petit morceau du truc. À mon avis, le vrai grumeau dans la loi, le truc qui ne passe pas, c’est ce qu’ils ont appelé les boîtes noires très malencontreusement dans la conférence de presse, c’est-à-dire un système qui sert à surveiller des pans entiers de l’Internet français.

Camille : C’est-à-dire ?

Tristan : C’est 1984, si tu veux, mais version 2015.

Christopher : En gros, ils vont placer des dispositifs qui vont pouvoir filtrer tout ce qui passe sur Internet et en retirer des modèles de menace terroriste. Alors ils nous ont parlé beaucoup d’algorithmes et le but c’était justement de faire ça via un algorithme. C’est-à-dire c’est une machine, c’est un programme à qui un humain a dit de faire quelque chose, qui va regarder sur quels sites tu t’es connecté, à quelle heure, via quel protocole, qu’est-ce que tu es allé voir ici et là et, après, on va voir si toi tu es un terroriste ou pas, en fonction d’un certain type de facteurs et de raisons qui seraient considérées comme étant terroristes. Par exemple, te connecter à iDjihad qui pourrait être un site à caractère terroriste et tu pourrais, du coup, si tu te connectes à iDjihad et ensuite sur Facebook pour partager les super articles de iDjihad…

Camille : C’est l’algorithme qui voit que l’enchaînement des deux ce n’est pas très bon et, par exemple, il te met sur une liste de surveillance. C’est ça ?

Christopher : Voilà !

Camille : OK. Et ça se met à quel niveau ? Ce sont les fournisseurs d’accès qui collaborent à ça ?

Tristan : Tous les niveaux.

Camille : Ou c’est plus haut ?

Tristan : Ça peut être chez les hébergeurs, ça peut être chez les fournisseurs d’accès, et ça peut-être sur les grands sites genres Doctissimo, Dailymotion, etc.

Camille : Ils sont d’accord ?

Tristan : Ils n’ont plus le droit. Ils ont le droit de se taire. Maintenant c’est dans la loi.

Camille : OK. Ils sont obligés.

Christopher : Techniquement parlant, ça n’a pas été dit où ça se posait. On ne sait si ça va se poser dans le nœud du réseau, si ça va se poser aux sorties, aux entrées ; on ne sait pas.

Camille : Ça a l’air très flou tout ça.

Christopher : Très flou !

Tristan : À chaque fois que tu poses la question c’est : « Je ne peux pas vous dire, c’est secret Défense. »

Camille : Eh bien oui, bien sûr !

Tristan : Donc je leur ai demandé qu’est-ce que c’était un comportement suspect ? Ah ! Secret Défense. Moi j’ai été convoqué à Matignon pour qu’on me dise que je n’ai pas bien compris — pas en tant que membre du Conseil national du numérique où on avait fait, quand même, un communiqué de presse assassin — et deux heures et demie où on m’a expliqué « monsieur Nitot vous ne comprenez pas bien ! » J’ai dit : « Vous savez il ne faut pas faire de la surveillance de masse parce que c’est un état policier qu’on est en train de faire. » « Ah, mais pas du tout, mais vous êtes contre la France ; vous êtes pour le chiffrement ; vous êtes pour le terrorisme. »

Camille : Ça me parait un peu manichéen.

Tristan : « Terrorisme, non. Pour le chiffrement oui, là vous avez raison. Et non, je suis français, je donne de mon temps au Conseil national du numérique ce n’est pas parce que j’ai envie de faire un djihad dans le 15e arrondissement. » C’était juste atterrant comme conversation. Tu avais une vidéo ?

Camille : Oui. J’ai une vidéo à propos des comportements suspects. C’est la blogueuse Klaire fait Grr, vous devez la connaître.

Tristan : Excellent !

Camille : Voilà, qui a fait une petite vidéo parce qu’elle, elle est innocente, bien sûr elle n’a rien à se reprocher

Christopher : Comme tout le monde !

Camille : Oui, voilà. Sauf que…

Klaire : J’ai eu envie de chercher « que faire à manger ce soir », mais je me suis dit si je cherchais « que faire à manger ce soir » je risquais de tomber sur « qu’est-ce qu’on mange ce soir », un site qui me proposerait une recette selon ce que j’aurais dans mon frigo et que j’allais mettre « bière » ; qu’il me proposerait « gaufres à la bière de ma grand-mère » ; que ça me ferait penser à ma grand-mère que je n’aimais pas ; que je risquais de chercher « peut-on détester des membres de sa famille ? » Que j’allais tomber sur :

Voix off : Après avoir tué son père, il démembra celui-ci et répartit les membres dans plusieurs boîtes, dont une qu’il utilisa comme meuble télé.

Klaire : Que j’aurais envie de chercher « membre humain meuble télé » ; que je tomberais sur une vidéo des attentats de Boston.

Voix off : Il y avait du sang partout.

Klaire : Que je regarderais le page Wikipédia de l’attentat ; que je lirais « les bombes étaient placées dans des cocottes-minute d’environ six litres, dont l’une aurait été déclenchée par un minuteur de cuisine » ; que ça m’aurait rappelé d’acheter une cocotte-minute et un minuteur et que je risquais d’être repérée par le gouvernement pour comportement suspect. Alors je n’ai pas osé lancer ma recherche.

Camille : Ça paraît con dit comme ça, mais si c'est effectivement !

Tristan : On a d’autres exemples qui sont hypers révélateurs.

Camille : Oui ; il faut la regarder en entier. Ça s’appelle « Dans ton flux. Ma grand-mère, la crème fraîche et les RG », de Klaire donc.

Tristan : Qui fait Grr. La vidéo est vraiment superbe, effectivement il faut la regarder en entier. Et tu vois, imagine, tu entends parler de djihad à la radio et tu vas chercher « djihad » dans Wikipédia. Et après tu dis : « Tiens et si j’allais faire un week-end à Istanbul » et tu prends des billets pour la Turquie.

Camille : Et là tu es fiché.

Tristan : Comportement suspect ? Oui ! Oui ! Tu vois ! Voilà. C’est quoi un comportement ? Alors après tu te dis peut-être qu’il ne faut pas que je regarde djihad sur Wikipédia.

Camille : Oui, c’est ça.

Christopher : Et en fait, tu commences à t’autocensurer. C’est le danger. Et de manière générale, si on peut définir un comportement suspect, c’est qu’on peut définir une norme. Qu’est-ce qu’une norme ? Qu’est-ce qui va dire que ton historique internet est plus clair, enfin plus clean que les autres ? Qu’est-ce qui fait que, soudainement, toi, tes recherches ne sont pas cool ?

Camille : Oui. Ça instaure un climat, quoi !

Tristan : C’est exactement ce qui se passe en Chine. Si tu veux, en Chine, les gens s’autocensurent parce qu’ils savent qu’il y a des sujets qu’il ne faut pas aborder, parce que sinon tu vas avoir des emmerdes. On ne va peut-être pas être comme une grande démocratie chinoise en France ou alors, il faut qu’on en discute. Mais aujourd’hui, c’est la direction qu’on prend, sans avoir ce débat démocratique.

Camille : Un des aspects de la loi c’est qu’ils cherchent de plus en plus, aussi, des trucs qui se passent en temps réel sur les réseaux. C’est ça ?

Tristan : Oui. C’est exactement ça en fait. Ces algorithmes, concrètement, ce sont des ordinateurs qui sont posés quelque part sur Internet, qui vont surveiller toutes les visites sur un pan de l’Internet, mais on ne sait pas lequel, et qui vont détecter ces comportements suspects. Et je leur ai demandé, à Matignon, « c’est quoi les comportements suspects ? » « Ah je ne peux pas vous dire ! »

Camille : D’accord. Est-ce qu’il y a un genre de contrôle à priori ? Est-ce qu’ils demandent une autorisation avant de faire ça ?

Tristan : Je leur ai dit : « Mais là vous ne pouvez pas faire ça ! C’est antidémocratique. » « Mais attendez, nous avons une commission : la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement. »

Camille : La CN…

Tristan : CTR. CNCTR6 et, en fait, elle est vachement bien, avec des tas de gens compétents.

Camille : C’est nouveau ça ?

Tristan : Oui c’est nouveau.

Christopher : Ça remplacera la CNCIS.

Tristan : Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité.

Camille : D’accord.

Tristan : Ça servait à la même chose, mais du temps des lignes fixes. Maintenant elle est remplacée par la CNCTR. Et donc elle est hyper équipée : il y a un ingénieur qui va contrôler l’algorithme. Mais le type ça doit être !

Camille : Sérieusement, il y a un ingénieur ?

Tristan : Il y a un ingénieur. Le mec doit être hyper bon en infrastructures télécoms, hyper bon en terrorisme, hyper bon en logiciels et en algorithmes. Voilà !

Christopher : En algorithmes. Ce qui est beaucoup.

Camille : En psychologie des internautes.

Tristan : Et il parait qu’ils l’ont déjà trouvé.

Christopher : Ah ouais ?

Tristan : Ouais. Ils m'ont dit ça à Matignon.

Camille : Super métier.

Christopher : Ouais.

Tristan : Monsieur, si vous écoutez, j’espère que vous êtes très bien payé parce que vous le méritez. [Rires].

Camille : Tu m'étonnes ! [Rires]. Et donc on la consulte comment ? Elle va vraiment servir à quelque chose la CNCTR ?

Tristan : Tu sais, Montesquieu expliquait que comme le pouvoir a tendance à corrompre, il faut un contre-pouvoir pour t’assurer que le mec au pouvoir ne fait pas des conneries.

Camille : Oui. Il faut toujours une police des polices.

Tristan : Donc il faut un contre-pouvoir. Et la CNCTR nous est présentée comme le contre-pouvoir et un contre-pouvoir, normalement, ça a des moyens d’action. Et là, concrètement, non ! C’est-à-dire qu’en cas d’urgence, quelqu’un désigné par le Premier ministre peut faire des choses sans avoir à demander à la CNCTR. Mais il faut qu’il demande après ! Et si la CNCTR ne répond pas c’est comme s’ils disaient oui. Voilà ! De toutes façons s’ils disent non c’est comme s’ils disaient oui ! Parce qu’on s’en fout !

Christopher : Parce que l’avis est consultatif, c’est-à-dire ce n’est pas un vrai pouvoir. Théoriquement parlant, peut-être dans les faits ils vont quand même faire attention, mais théoriquement parlant, à partir du moment où ton avis est consultatif eh bien tu t’en fiches. De la même manière quand ta mère te dit : « Tu ne sors pas ce soir », mais tu as 25 ans, donc tu t’en tapes, donc tu sors quand même ce soir.

Tristan : Ah oui. Maman, je comprends. À demain !

Camille : D’accord !

Christopher : Je rentre ce soir. Je ne fais pas de bruit en rentrant.

Camille : Tu peux leur présenter un projet de surveillance dans un cadre particulier. Ils te répondent : « C’est complètement scandaleux, ça ne va pas du tout, vous ne pouvez pas faire ça ! » Et tu réponds : « J’en prends bonne note, merci, au revoir ! » Et tu le fais quand même. Ou alors tu le fais quand même et après tu leur demandes : « Au fait, est-ce que j’avais le droit de faire ça ? » Ils te disent : « Ce n’était pas très bien. » Tu fais : « Bon, eh bien tant pis ! » C’est ça ?

Tristan : Désolé !

Christopher : Dans le cas de litiges, la CNCTR peut aussi saisir le Conseil d’État, mais, de manière générale, la personne qui décide si oui ou non au final, à la fin, c’est le Premier ministre. Ça fait beaucoup de pouvoirs pour une personne. Le Premier ministre a quand même beaucoup de pouvoirs, mais là ça fait vachement beaucoup de pouvoirs. C’est la personne qui va décider si oui ou non il prend en compte l’avis de la CNCTR ou pas.

Camille : Donc les renseignements demandent l’avis du Premier ministre.

Christopher : Qui demande l’avis à la CNCTR. Ensuite la CNCTR rendra un avis qui est consultatif et le Premier ministre prend note et en fonction de ça…

Tristan : Je vous remercie de votre commentaire, je vais faire comme j’ai envie !

Camille : D’accord. Et ça c’est la procédure normale ? Ce n’est pas une procédure d’urgence.

Christopher : La procédure d’urgence, en cas d’urgence absolue — il faut voir un peu comment on définit, mais apparemment il y a des raisons — le Premier ministre ou une personne déléguée décide directement et ensuite elle dit à la CNCTR : « Oui, mais on a eu une petite urgence, j’ai fait ça. »

Camille : OK ! Super. Bon ! Je propose qu’on fasse une pause à base de bande-annonce. On va regarder la bande-annonce d’Avengers.

Tristan : Un truc d'un peu plus léger alors.

Camille : Ouais. On va regarder la bande-annonce d’Avengers, avec des super héros qui vont sauver le monde et qui font le bien dans l’humanité. Ça va nous soulager un petit peu.

Christopher : C’est dans Avengers qu’il y a le centre d’Internet ?

Camille : Ah je ne sais pas. C’est quoi le centre d’Internet ?

Christopher : Il y a apparemment, je ne sais plus dans lequel, dans Avengers, je ne sais pas, il y a le centre d’Internet en Suède. C’est le centre d’Internet, ils attaquent le centre d’Internet.

Tristan : Il faut absolument que j’aille voir.

Camille : Ouais, parce qu’il y a beaucoup de serveurs, donc c’est central, c’est ça ? Du coup, tu me donnes vachement envie. Je n’ai pas du tout envie de voir ce film, mais là il y a quelque chose d’intéressant. Non, on va regarder une fausse bande-annonce d’Avengers. En fait, c’est un projet de deux super internautes Gaylor Gauvrit, je ne sais pas exactement si c’est Gauvrit ou Gauvrit[en prononçant le t final, NdT] et Claudine Devey, graphiste, qui ont habillé les affiches de films avec des citations d’articles de presse. Sauf qu’au lieu de garder ceux qui disent c’est lumineux, c’est jubilatoire.

Christopher : C’est solaire.

Camille : Voilà. C’est ça, solaire, on n’a jamais été autant émus, eh bien ils gardent les articles négatifs. Donc ça donne sur Cinquante nuances de grey — c’est vachement bien fait avec la bonne police, la même que le titre du film — « Pas de quoi fouetter un chat », ça rend vachement bien. Du coup tu as super envie de le voir. Ou alors Die Hard, il y avait marqué en dessous : « D’une laideur hallucinante ». Du coup leur blog est super drôle, c’est « On s’tape l’affiche », donc o, s, t, l, a point tumblr.com et ils ont aussi décidé de faire pareil avec la bande-annonce vidéo d’Avengers qui, du coup, devient Avengers l’Ère de l’Étron au lieu de L’Ère d’Ultron.

Voix off : Ça s’appelle le programme Ultron.
— J’en ai assez de voir des innocents payer pour nos erreurs.
— Ce n’est pour ça qu’on se bat ? Pour mettre fin à la guerre et rentrer chez nous ?
— Eh bien, c’est une méga défaite.

Camille : Voilà. C’était la vérité sur les films. [Rires]. Du coup, cette loi sur le renseignement, elle a été votée.

Christopher : Oui, le 5 mai.

Tristan : À l’Assemblée nationale.

Camille : À l’Assemblée nationale.

Tristan : Le soir où les boîtes noires ont été discutées, si tu veux, il y avait trente gus dans l’hémicycle ; les boîtes noires, donc le truc qui pose un problème, le truc qui fait de la surveillance en face.

Camille : C’est un peu technique. Et puis à la maison, ils avaient dit qu’ils mangeraient une pizza ce soir-là.

Tristan : 25 pour, 5 contre. Je propose qu’on fasse une statue aux 5 qui étaient contre parce qu’ils n’ont pas démérité. Ils en ont pris, mais plein la gueule !

Camille : Ce sont nos suspects habituels qui sont toujours là sur les lois sur le numérique ?

Tristan : À peu près.

Christopher : Il y en a auxquels on n'était pas habitués.

Tristan : Et réciproquement. Il y en a qu’on attendait…

Christopher : Et qu’on n’a pas vus.

Camille : Et qui n’étaient pas là !

Tristan : Monsieur Christian Paul, là vous avez merdé !

Camille : Au final, la loi à l’Assemblée nationale a été votée à 438 votes pour et 86 contre.

Tristan : Ouais.

Camille : Ce qui est quand même assez unanime par rapport au débat.

Tristan : Ouais, mais c’est mieux.

Christopher : C’est mieux qu’au départ. Au départ on avait, à peu près sûr, on avait une personne contre, avec nous, enfin les défenseurs des libertés, etc., contre la surveillance de masse. Après on s’était dit ça va être un peu dur avec un vote contre. Ça rappelle un peu la loi terrorisme. Du coup, on a travaillé avec La Quadrature du Net et plein d’autres assos pour faire monter le débat, pour faire monter la mayonnaise, et qu’on arrive à 86, ce n’est pas si mal ; de là où on partait, ce n’est pas mal.

Tristan : Juste pour te dire, en fait, il y a eu une saisine du Conseil constitutionnel pour essayer de faire amender la loi et, pour faire une saisine, il faut 60 députés qui signent. Eh bien ce n’était pas gagné de réunir 60 gus, 60 députés, qui vont signer pour saisir le Conseil constitutionnel et là, on les a eus.

Camille : Il n’y a pas eu une histoire que François Hollande a dit qu’il saisirait lui-même le Conseil constitutionnel ?

Tristan : Oui. Donc il y a deux saisines : il y en a une de François Hollande qui fait « dites-moi que j’ai bon », et l’autre qui est « attendez il y a des problèmes sur tel et tel point » et donc le Conseil constitutionnel va devoir répondre point à point sur la saisine déposée.

Camille : D’accord. Donc il y en a une qui est très détaillée.

Christopher : En fait, le Conseil constitutionnel a refusé la saisine blanche de François Hollande. Il a dit qu’il devrait la motiver, parce que le boulot du Conseil constitutionnel n’est pas de vérifier si les députés font bien leur travail. C’est de vérifier la constitutionnalité des lois.

Camille : OK. Donc il va peut-être y avoir une étape suivante et il y a peut-être encore de l’espoir de ce côté-là ?

Tristan : Oui. Et puis il y a le Sénat. Il y a le Conseil constitutionnel.

Camille : Est-ce que le Sénat risque de voter autrement que l’Assemblée nationale ?

Tristan : Ce n’est pas gagné.

Tristan : Parce que là, on a quand même énormément de députés socialistes qui critiquaient. Quand on leur demande leur avis sur la loi, ils disent que franchement ce n’est pas terrible, il y a des trucs qui vont trop loin, ça ce n’était pas la peine, et puis, finalement, ils la votent quand même. J’ai une deuxième petite vidéo à ce moment-là. C’est la chanson de La Parisienne Libérée qui s’appelle Les socialistes résignés.

Journaliste d’iTélé : Un attentat a été déjoué de manière fortuite dimanche avec un homme qui projetait de s’attaquer à une église. Est-ce que le gouvernement a bien géré cette affaire ? Et est-ce qu’il n’y a pas, comme le disent certains responsables de droite, une volonté de dramatisation de la menace terroriste pour faire voter le projet de loi sur le renseignement ?

Benoît Hamon : Non. Le projet de loi sur le renseignement sera voté indépendamment de cela. Je ne voterai pas contre.

Journaliste d’iTélé : Donc vous vous abstiendrez.

Benoît Hamon : Non, non ! Je n’ai pas pris ma décision, mais je ne voterai pas contre.

Journaliste d’iTélé : Si vous ne votez pas contre ! Si vous ne votez pas pour !

Benoît Hamon : L’abstention ce n’est pas le plus important. Il y a un point qui m’avait gêné depuis le début, c’est le champ d’application de ce projet de loi, parce qu’il concerne un champ très large et pas, justement, seulement la lutte contre le terrorisme, y compris ce qui peut relever de violences publiques, ce qui peut relever de la protection d’intérêts économiques stratégiques ou scientifiques. Qui décide qu’un intérêt économique est stratégique ? Cette question-là qui avait été soulevée par le juge antiterroriste Marc Trévidic notamment, est un point qui suscite toujours chez moi de la réserve. Mais je ne m’opposerai pas à ce texte.

Journaliste d’iTélé : Néanmoins vous ne voterez pas contre, d’accord !

La Parisienne Libérée chante : Socialiste résigné. Oui, je sais, la surveillance, les écoutes et les boîtes noires, ce n’est pas génial quand j’y pense, mais j’ai besoin de m’asseoir. Oui je sais, je sais bien sûr, c’est un texte totalitaire, digne des pires dictatures. Qu’est-ce que je peux bien y faire ? Inutile de crier comme ça. Inutile de vous fatiguer. Inutile de voter pour moi. Je suis socialiste résigné. Socialiste résigné.

Camille : Cette chanson me met dans un état de tristesse indescriptible.

Christopher : Il faut voir aussi le bon côté des choses ; c’est comme ça qu’on survit ou qu’on est activiste. C’est qu’on a cassé la logique des partis. En général, il y a souvent des votes avec des votes de groupe et donc tout le groupe socialiste, tout le groupe UMP, vote comme un homme, comme le même homme. Sauf que là, non. Il y a eu vraiment, à part le groupe des radicaux de gauche qui a voté unanimement pour, à peu près tous les groupes ont voté pour et contre avec des valeurs différentes. Ce qui est assez fort en termes de cuisine interne à l’Assemblée ; c’est assez rare qu’il y ait autant de dissensions entre les gens du même groupe.

Camille : Juste un truc sur ce qu’il a dit.

Tristan : Entre ça et se pendre ! À la limite je préfère ton explication.

Camille : À un moment il dit que ce qui le gêne, mais il ne va quand même pas voter contre et il ne va pas s’abstenir non plus, mais ça le gêne quand même, c’est le fait que ça puisse cibler des gens qui présentent un danger pour les intérêts économiques de la France ou les intérêts scientifiques de la France.

Christopher : Ou la forme républicaine des institutions, aussi.

Camille : D’accord. Concrètement, quelqu’un qui représente une menace pour la forme républicaine des institutions ? Qu’est-ce que ça veut dire ?

Tristan : En gros, si tu étais sur le barrage de Sivens ou Notre-Dame-des-Landes, ça y est. Tu es mûre quoi ! C’est clair !

Camille : OK ! Donc c’est un truc extrêmement large et qui, en plus, englobe dedans l’entourage des gens qui peuvent être surveillés pour comportement suspect ou pour menace aux intérêts.

Christopher : Les intermédiaires, volontaires ou involontaires.

Camille : C’est quoi ?

Christopher : C’est-à-dire que, par exemple, tu as un pote du quartier qui a des tendances un peu radicales, eh bien il se peut que comme tu es vachement pote avec lui, tu vas manger souvent chez lui, il se peut qu’on te mette sous surveillance puisque lui semble présenter une forme de menace.

Tristan : Comportement suspect.

Christopher : Voilà, un comportement suspect. Donc les conjoints, les voisins, ton copain, ta copine, etc.

Camille : OK. Donc vu le nombre de gens qui peuvent être surveillés pour comportement suspect lié soit au terrorisme, aux intérêts économiques, aux intérêts scientifiques, aux intérêts politiques, les institutions.

Tristan : Il y a sept motifs, c’est juste hallucinant. C’est hyper large.

Camille : Plus l’entourage de tous ces gens, en fait, ça fait les trois quarts de la France quoi !

Christopher : Ouais. À peu près.

Camille : OK !

Tristan : Plus les boîtes noires qui, de toutes façons, surveillent l’Internet quoi ! C'est 1984, nous y voilà !

Christopher : Il y a un côté tout à fait, en plus, hypocrite à dire « mais on protège les magistrats, avocats et journalistes ». Sur Internet on ne sait pas : dans les paquets qui passent sur Internet, et Nitot pourra le dire, il n’est pas écrit que ça vient de chez un avocat, ça vient de chez un journaliste. Ça veut dire qu’il faudra identifier. Donc ça veut dire que tout le monde va être surveillé et c’est seulement après vous avoir identifié, les mecs vont dire : « Ah merde, on a fait une boulette ! C’était un journaliste ! »

Camille : On efface les données !

Christopher : Ouais, on les garde dans un coin au cas où !

Tristan : Et ça, c’est venu après, avec des amendements, ça n’y était pas au départ. C’est un des gains.

Camille : Ça n’y était pas au départ ?

Christopher : Ça n’y était pas au départ. C’est un petit amendement rustine qu’ils ont voulu faire. Il faut savoir, pendant les débats à l’Assemblée, jusqu’à la dernière heure, il y a des nouveaux amendements du gouvernement qui tombaient — normalement, les amendements sont présentés avant les débats — et donc les députés n’avaient pas le temps de travailler sur les amendements qui étaient présentés en session. C’était hallucinant.

Camille : OK. On fait quoi maintenant ?

Tristan : Eh bien le générique de fin ! [Rires].

Camille : Non !

Christopher : On appelle les sénateurs.

Camille : Trouvez-moi quelque chose de positif.

Tristan : On appelle les sénateurs. On se bouge pour que, au moment du passage du Sénat… On les informe.

Camille : Monsieur le Premier ministre Manuel Valls va dire qu’on fait des pressions sur le gouvernement si on appelle les sénateurs.

Christopher : Je lui dis de revoir la définition de démocratie. Mais ça n’a pas l’air de le dérager quand c’est le CAC 40 qui le fait. Donc !

Camille : D’accord. OK.

Tristan : Mauvaise langue !

Christopher : Je ne suis pas mauvaise langue.

Tristan : Donc prochaine étape, on se bouge. On appelle les sénateurs, on leur explique qu’on ne veut pas que cette loi soit votée ; on ne veut pas des boîtes noires en France. Pour moi, c’est vraiment le plus gros problème et c’est un problème qu’on peut encore ôter, si tu veux, un peu comme dans une chirurgie, c’est le truc qui est vraiment dangereux. La loi a des gros problèmes avec la CNCTR qui n’est pas un vrai contre-pouvoir, mais si déjà on arrivait à faire sauter les boîtes noires, ça serait super. Et donc il faut que chacun de nous se bouge pour informer son sénateur.

Camille : Il y a un super mode d’emploi sur La Quadrature du Net pour savoir comment faire, appeler les sénateurs et leur foutre la pression.

Christopher : Évidemment ! On va réactiver le PIPhone7 prochainement.

Camille : Ouais. OK. Est-ce qu’il y a quelque chose dont j’ai oublié de parler et qui est super important ?

Tristan : Si vous travaillez dans une société du numérique, il faut faire signer à votre patron « Ni pigeons ni espions ». Voilà, qu’on dépasse les mille, ce serait bien.

Camille : Oui, que le débat s’élargisse le plus possible.

Tristan : Et il y a une pétition aussi qui a déjà plus de 120 000 signatures.

Camille : Il y a une pétition ! Je n’étais pas au courant.

Tristan : Oui, sur change.org.

Christopher : Elle a déjà été présentée, je crois.

Tristan : Oui, mais elle continue de monter et les organisateurs continuent de la pousser. Allons-y quoi ! Signez cette pétition.

Camille : OK. Pétition aussi.

Tristan : Et tenez-vous au courant, parlez-en autour de vous.

Christopher : Il y a le site sous-surveillance.fr8.

Tristan : Ah ouais ! Indispensable.

Camille : Qui sert à ?

Christopher : Qui nous servait à avoir les arguments de base contre le projet de loi et les explications. Il envoie avec des liens vers tout le travail qu’on a pu faire en amont et durant la campagne sur le classement des députés : qui a voté pour ; qui a voté contre ; qui a répondu quoi ; qui a envoyé les mails, la lettre type de Jean-Jacques Urvoas à ses citoyens. Et maintenant on va faire la même chose avec les sénateurs.

Tristan : Sous-surveillance.fr.

Camille : OK. Eh bien on va faire ça. Je croise les doigts et j’espère ne pas avoir à vous réinviter pour une émission où vous allez nous expliquer comment crypter nos communications.

Christopher : On peut le faire aussi.

Tristan : Je pense qu’on n’y échappera pas. De toutes façons, vu la tendance que ça prend, il vaut mieux être prêts pour la prochaine fois.

Camille : Vous ne le sentez pas ?

Tristan : Non. Le problème c’est que ce sont des vagues. Souviens-toi, HADOPI, et puis la LPM (loi de programmation militaire) et ensuite ça.

Christopher : C’est la technique du cliquet. C’est à chaque fois on monte plus haut, on monte plus haut. Et vu qu’on est habitués à la version précédente !

Camille : Pour montrer qu’on agit quoi !

Tristan : Il faut quand même bien savoir que les boîtes noires ça ne marche pas, parce que quiconque a quelque chose à se reprocher ou quelque chose à cacher va passer par le chiffrement et donc il se rend invisible aux yeux des boîtes noires. Donc, en fait, toute cette surveillance, c’est pour des prunes ! Zéro efficacité contre le terrorisme. Il faut être extrêmement clair : zéro efficacité contre le terrorisme, à cause ou grâce au chiffrement qui est quelque chose qui n’est pas si compliqué que ça à faire. Il paraît qu’il y a même déjà des tutoriels sur les sites djihadistes pour faire du chiffrement.

Camille : Et puis ça n’a pas l’air difficile quand même.

Tristan : Non. TorTor, tu le télécharges, tu l’installes, tu t’en sers. Point barre. Bing !

Camille : OK. Ils ne vont choper que des gens qui n’ont rien à se reprocher.

Tristan : Exactement, voilà.

Camille : Super. Eh bien on est tous de bonne humeur. C’est super. On va regarder des lapins qui sont dans des avions.

À POILS

Camille : C’est un épisode de Fuzzy Bunny is a fighter pilot. Comme j’ai vu l’épisode 1, j’espère bien qu’il y aurait un épisode 2 ; je l’attends impatiemment. Je suis abonnée à la chaîne YouTube et je regarde tous les jours. C’est un chef-d’œuvre du cinéma animalier. Un film de guerre, en fait.

Christopher : Quelle horreur ! Avec des lapins en plus !

Camille : Oui. Avec des hamsters dans le rôle des méchants ; avec des lapins dans le rôle des gentils. Ils ont du vent dans les poils et ils s’envoient des carottes missiles. Et comme on va se quitter là-dessus, je tiens à vous remercier Christopher Talib de La Quadrature du Net et Tristan Nitot de Cozy Cloud pour nous avoir super bien expliqué la loi renseignement. Et puis, à la prochaine fois.

Tristan : Voilà. Après le renseignement et les terroristes, maintenant la guerre.

Christopher : Et les tirs nourris contre les ennemis.

Camille : OK. On va essayer d’imaginer une histoire autour de ça.

Tristan : Ils ont l’air relativement innocents, quand même.

Camille : Non, pas les hamsters.

Tristan : En plus, ce sont les méchants.

Camille : Tu les trouves innocents toi les hamsters ? Regarde, il tire des flèches. Il arrive par-derrière. Il tire une carotte.

Tristan : Ça y est !

Camille : Pour savoir si les lapins vont s’en sortir, regardez Fuzzy Bunny is a fighter pilot. Salut !

Tristan : C’est super bien.

Avancer ensemble vers la contribution…

Framablog - sam, 02/12/2017 - 10:59

Contribuer, oui, mais comment ? Comment susciter des contributions, les accueillir, les dynamiser, lever les obstacles et les blocages de tous  ordres ?

Tel a été le questionnement à l’origine du Fabulous Contribution Camp qui s’est déroulé à Lyon, du 24 au 26 novembre dernier, à l’initiative de La Quadrature et de Framasoft. Toutes les personnes qui ont participé ont eu à cœur d’identifier les difficultés honnêtement mais aussi de proposer des pistes et des pratiques pour les surmonter…

Pour en témoigner, nous donnons la parole aujourd’hui à Maiwann qui est UX designer et que nous avions invitée. L’article ci-dessous est la simple republication de son compte-rendu sur son blog. Ses observations, ses réactions et ses chouettes sketchnotes font véritablement plaisir (bientôt peut-être d’autres billets des participants ?) et nous indiquent des voies qui sont déjà celles de Contributopia.. C’est un début prometteur, parions que beaucoup d’associations pourront en tirer profit et continuer l’exploration de la contribution positive.

Fabulous Contribution Camp

Pour finir ce mois de novembre en beauté, j’ai été invitée par Framasoft à participer au Fabulous Contribution Camp qu’ils co-organisaient avec La Quadrature du Net. Je suis donc partie à Lyon pour rencontrer des contributeur·ice·s de tous horizons (et pas seulement de la technique !) pour parler des outils et de comment aider celleux qui le souhaitent à contribuer plus simplement.

Un petit état des lieux

Pyg le disait lors du Capitole du Libre (dans la conférence Contributopia que vous pouvez retrouver ici), la majorité des projets de logiciel libre sont soutenus par très peu (voire pas) de contributeur·ice·s. L’exemple le plus marquant est celui des pads (une alternative à GoogleDocs permettant d’écrire collaborativement en ligne) : Sur l’année dernière, il n’y a pas une seule personne ayant réalisé plus de 50 contributions, alors que le logiciel est très populaire !

C’est assez inquiétant, et en même temps pour avoir déjà échoué personnellement, parfois On a l’envie de contribuer et on y arrive pas. Ce qui est quand même assez comique lorsqu’on voit à quel point le logiciel libre a besoin encore et toujours de personnes volontaires !

J’avais donc hâte de me joindre à des groupes de réflexion sur le sujet afin d’identifier les problématiques et envisager des pistes de solution tout au long du FCC. Autant vous dire que tout le monde s’est transformé·e·s en designer pour concevoir une meilleure expérience contributeur·ice (Peut-on envisager de dire des CX Designer qui au lieu de signifier Customer eXperience sera notre Contributor eXperience Designer ? ^.^ )

FCC c’est parti !

Le FCC avait lieu à Grrrnd Zero, un lieu au caractère très affirmé, où les murs sont recouverts d’illustrations, près d’un immense chantier participatif destiné à devenir à la fois salle de concert, d’enregistrement et atelier de bricolage/dessin… Nous nous sommes fait accueillir avec un petit déjeuner fabuleux, cette première journée démarrait vraiment bien !

Après un icebreaker rigolo nous demandant de nous regrouper d’abord par provenance géographique (mais comment font les nomades ?), ensuite par coiffure, ensuite par système d’exploitation préféré (oui on était un peu chez les geeks quand même) et enfin par notre engagement associatif principal, nous nous sommes lancés sur des ateliers collaboratifs, animés par les enthousiastes Meli et lunar !

Failosophy : Identifier les problèmes

Pour démarrer, nous nous sommes regroupés par 4 et avons raconté chacun une expérience marquante où notre envie de contribuer s’est soldée par un fail. Nous notions les différentes problématiques rencontrées sur des post-its avant de toutes les regrouper sur un grand mur pour avoir une vue d’ensemble des cas les plus fréquents. Ensuite, nous avons collaborativement trié les post-it ce qui prend “étrangement toujours 8 minutes peu importe le nombre de post-its ou de personne” d’après Lunar… Il faut dire qu’il avait raison ;)

De grandes catégories regroupent les post-its et font apparaître des motifs récurrents. Ceux que je retiens (car ils me font écho) :

  • La difficulté d’identifier un interlocuteur référent pour s’intégrer au projet
  • La peur de demander « Comment faire »
  • La peur de ne pas être assez doué·e / de dire des « choses bêtes »
  • Ne pas savoir par où commencer
  • La peur de ne pas s’intégrer à la communauté
  • Le manque de temps
  • La difficulté de déléguer à d’autres un projet qu’on a toujours porté
  • Le fait de ne pas avoir réussi à créer une communauté autour d’un projet
  • Ne pas connaître la ligne de route d’un projet
  • Ne pas savoir comment exprimer les besoins de contribution pour que les intéressé·e·s les comprennent

J’ai la sensation qu’un grand nombre de ces problèmes peuvent être résolus en :

  • Listant clairement les besoins de contributions, avec les compétences nécessaires, via une interface plus facile d’accès qu’un github (qui est réellement anxiogène pour les non-développeur·euse·s)
  • Désignant une personne accueillante comme point d’entrée pour les nouveaux·lles arrivant·e·s, à laquelle il sera facile de s’adresser, et qui saura aiguiller chacun·e vers des tâches simples pour découvrir le projet.

Cela se recoupe avec les discussions du Capitole du Libre, ce qui donne la sensation que nous sommes sur la bonne voie et que les hypothèses que j’ai entendues la semaine dernière sont des solutions à des problèmes récurrents pour les contributeur·ice·s !

Étude de cas : 6 projets appelant à la contribution

Dans la phase suivante, pour s’imprégner un peu de ce qui se fait parmi les projets nécessitant contribution, nous avons eu le droit à la présentation de :

  • Exodus, une plateforme qui analyse les applications Android et liste les logiciels traquant notre activité qu’elle y trouve.
  • La Revue de Presse de la Quadrature du Net, permettant de soumettre des articles à la revue de presse de façon collaborative.
  • Diaspora, un réseau social décentralisé assez proche de la configuration initiale de facebook.
  • FAI Maison, un fournisseur d’accès associatif et nantais, qui propose le prix libre (ou contribution consciente)
  • Le PiPhone, une plateforme de La Quadrature du Net permettant d’avoir accès à des numéros de députés afin de les appeler pour les encourager à soutenir (ou non) une loi, en proposant un set d’arguments et un retour d’expérience après l’appel.
  • FramaForm, une des alternatives de Dégooglisons Internet lancée par Framasoft, que Pyg a développée seul ( !) en 15 jours ( ! ! !). Avec le souci notamment que le logiciel permet plein de choses différentes mais que les options sont difficiles à trouver.

Le tour d’horizon permet de voir que si chaque projet recherche à fédérer une communauté de contribution, ils sont tous très différents et n’intéressent sans doute pas du tout les même personnes. Les présentations étaient elles aussi très variées selon la personne, de celui qui démarre par l’aspect technique à celui qui met tout de suite en avant les problématiques d’ergonomie. Bien sur, la présentation varie énormément selon les affinités et les problématiques rencontrées par chacun·e. Peut-être qu’avoir une description homogène (qui ne parte dans l’aspect technique que face à des personnes orientées technique) puis des pistes selon les compétences / envies de la personne en face serait à envisager ? (c’est un point que je laisse en suspens, mais il faut avouer qu’à force je suis rebutée par ceux qui m’expliquent immédiatement en quelle technologie est leur application alors que je suis très interessée par celleux qui ont des problématiques de conception ;) )

Icebreaker rigolo

Petite recette : Prenez une feuille et écrivez en gros au marqueur ce dont vous avez envie de parler / un truc à apprendre à quelqu’un, montrez la feuille à tout le monde et formez un binôme avec une personne qui est intéressé·e par votre thème et a un thème qui vous intéresse (ou pas) !

Grodébat I

Après déjeuner (des lasagnes végétariennes à tomber <3) nous avons repris certaines catégories de problématiques listées le matin et nous sommes séparés en petits groupes pour déterminer :

  • C’est quoi le problème ?
  • Dans l’idéal, avec une baguette magique, qu’est-ce qu’on fait ?
  • Quelles solutions concrètes pour y arriver ?

Nous sommes arrivés à tout un tas de solutions pour nous mettre le pied à l’étrier :

Vision :

Créer un manifeste et créer des rencontres mêlant communauté de contributeur·ice·s et utilisateur·ice·s

Accès au savoir & Appropriation :

Formuler des avantages concurrentiels pour les marchés publics et rendre transparents les logiciels utilisés dans le service public

Sortir de l’entre-soi :

Trouver des métaphores pour expliquer sans être technique, lister les communautés avec des objectifs similaires mais des besoins différents.

Répartition des tâches :

Lister l’ensemble des tâches à faire et leur avancement.

Expression des besoins :

Lister & Publier les besoins de contribution en petites tâches, Créer un bouton “J’ai un problème” qui s’adresse à un humain (facilitateur ou UX designer)

Rapports de pouvoir :

Mettre et afficher un système de résolution des conflits.

Gestion du temps (et de l’argent) :

Mesurer le temps mis pour une tâche pour le prioriser dans le futur et compléter le financement par le don.

Accueil :

Avoir un·e référent·e du projet, co-rédiger une charte d’accueil “Comment accueillir les personnes”.

Toutes ces solutions qui sont autant de petits pas à mettre en œuvre m’ont beaucoup enthousiasmée : j’ai l’impression que le chemin est tout tracé pour réaliser de belles choses ensemble ! Nous avons d’ailleurs enchaîné avec de petits groupes de travail concrets permettant de débuter la rédaction d’une charte, designer un bouton “J’ai un problème” ou encore réfléchir à une plateforme listant les besoins de contribution.

Tout ça en une seule journée autant vous dire que nous étions lessivé·e·s à la fin, mais après un bon repas (préparé par les cuistots de Grrrnd Zero) il était temps de se coucher pour être fraî·che·s le lendemain !

C’est reparti pour un tour !

C’est avec une fraîcheur toute relative que nous avons entamé la seconde journée du FCC. La fatigue est là, mais la bonne humeur et l’enthousiasme général donnent vraiment envie de finir le week-end en beauté. Nous entamons un tour de météo avec pas mal de personnes dans le brouillard du matin, mais très vite nous faisons chauffer les méninges collectivement.

Contributeur·ice·s, où êtes-vous ?

Nous démarrons par une séance de « boule de neige » où nous sommes invité·e·s à lister les endroits où, demain, nous pourrions aller pour parler du logiciel libre et trouver de nouvelles personnes pour contribuer ! Sur un autre tas, nous écrivons plutôt ce qui nous empêche de le faire actuellement.

Je liste personnellement mes précédentes écoles de design qui sont, à mon avis, des nids à designers motivé·e·s mais pour qui le monde du libre est inexistant (on a tendance à nous parler principalement de droit d’auteur et nous n’entendons jamais parler de licences libres). Pour y aller cependant, il me faut plus de connaissances sur les licences et une liste de projet dont ils pourraient s’emparer afin de commencer à contribuer rapidement.

À la fin nous collons tout nos post-it sur les murs et, comme a dit lunar : “Si chacun ramène 3 personnes, la prochaine fois on est 300.”. Il n’y a plus qu’à !

Gros Débat II : Le retour

Nous enchaînons sur des groupes de travail thématiques. Je rejoins celui qui aborde le sujet du financement, et y apprends sans surprise que les subventions demandent un investissement énorme (environ 1/3 du temps total de travail passé pour les demander) et que, si le fonctionnement grâce aux dons permet beaucoup plus de liberté, il est soumis à des règles strictes, notamment au fait qu’on ne peut pas donner de contrepartie en échange d’un don, qui doit être fait uniquement pour soutenir le travail passé et à venir de l’association (dans les grandes lignes).
Le monde des financements a l’air très nébuleux, ce qui nous fait envisager de rechercher des contributeur·ice·s s’y connaissant en financement comme l’on en rechercherait en design ou en admin sys !

Les autres groupes ont pour leur part envisagé :

Accueil :

Montrer de l’intérêt aux personnes qui arrivent, lister les besoins afin qu’iels puissent s’en emparer.

Discutons ensemble :

Diversifier les compétences en listant les besoins (les solutions se regroupent, chouette !), ne pas imposer des outils libres aux futurs utilisateur·ice·s mais partir de leurs problèmes plutôt (on dirait bien une démarche de conception centrée utilisateur·ice \o/ )

Rencontrer les utilisateur·ice·s :

Avoir des relais au sein de l’association ou se greffer à une rencontre existante afin de faciliter les échanges, demander à des UX Designers de se joindre aux rencontres et motiver certains devs à venir voir les tests utilisateurs.

Comment on garde le lien post-FCC :

Avoir une plateforme ou l’on puisse mettre des photos, un article de blog (collaboratif ?) récapitulant le week-end, et au-delà, une plateforme listant les besoins de contribution (oui, encore, chouette !)

La machine infernale !

Après le repas composé de pizzas maison (c’est vraiment sympa Grrrnd Zero), nous nous lançons dans la machine infernale : une première personne se place et commence à enchaîner un son et un geste, de façon répétitive. Une seconde personne la rejoint et va elle aussi réaliser son geste, et chacun va à son tour rejoindre la machine infernale, en répétant indéfiniment son geste et son son jusqu’à ce que… la machine s’emballe ! C’était un petit jeu très chouette et revigorant après la phase digestive !

Gros Débat III

Pour ce troisième groupe de réflexion, je rejoins pyg qui a envie de réunir des associations afin de les informer sur le logiciel libre, qui leur plaît pour des raisons évidentes de prix, mais aussi de valeurs ! Cependant le numérique est un domaine assez vaste et pour des assos qui ne s’y connaissent pas, il y a besoin de faire de l’éducation aux usages et à ce que cela engendre d’utiliser tel ou telle logiciel ou application.

Le groupe fourmille d’idées, je retiens pêle-mêle :

  • Il y a un besoin de sensibilisation, de démonstration des possibilités des logiciels libres, et d’accompagnement à la transition,
  • Les associations ont besoin d’indépendance, de communiquer et de collaborer
  • Les mettre en relation vis à vis de leurs besoins peut permettre une mise en commun de financement pour développer des logiciels ouverts et adaptés
  • Il faut aller voir les assos pour savoir ce dont elles ont besoin et ce qu’elles recherchent
  • Selon les retours, décider du format, plutôt conférence organisée ou Summer Camp très ouvert ?

Moi qui recherche à participer à des choses qui ont du sens, me voilà pile au bon endroit et j’en suis très heureuse ^.^

Ça sent la fin !

Enfin, pour finaliser le FCC, nous avons 4 catégories de post-it, à remplir puis à afficher au mur :

  • ❤️ Ce que nous avons fait ce week-end et qui nous a plu !

PeerTube : les réponses à vos questions techniques !

Framablog - ven, 01/12/2017 - 02:08

Attention, ici ça parle technique ! Voici un florilège des questions les plus pointues que vous avez posées lors dans notre foire aux questions concernant PeerTube, le logiciel qui propulsera Framatube.

Si vous cherchez des réponses à des questions moins techniques et plus pratiques, nous avons un autre article sur les questions qui ne parlent pas de code, protocoles et autres serveurs ^^. Sachez que, sauf mention contraire, toutes les réponses sont de Chocobozzz, le développeur que nous avons accueilli dans notre équipe salariée afin qu’il puisse finaliser le code de PeerTube. De même, la plupart des questions ont été raccourcies ou reformulées pour plus de lisibilité, mais l’intégralité des échanges se trouve sur notre forum !

Illustration : CC-By-SA Emma Lidbury

Sous le capot, la techno

Skippythekangoo

— J’ai actuellement un petit serveur de 10 Go, mais qui grossira l’année prochaine, qui tourne sous Archlinux. Quelle méthode utiliser pour partager une partie de mes ressources pour le projet peertube ?

Pour l’instant le projet n’est pas encore en bêta donc attendre quelques mois. ;)

— Qu’utilisez-vous, python, ruby, asm… :) ? ? ?

Le projet tourne via NodeJS/PostgreSQL, un peu de Shell et aura besoin de ffmpeg pour générer les miniatures et faire le transcoding (qui est en option).

Guyou

— Est-ce que le pari c’est que tout le monde regarde la même vidéo en même temps ? Mon usage de Youtube consiste à regarder, de temps à autre, des vidéos de 15-30 minutes. Mais ces vidéos ne font pas forcément l’objet du buzz du moment. Parfois, j’imagine même que Youtube doit commencer à fouiller son disque pour la retrouver.

Sinon, on va vite se retrouver avec de petits serveurs qui reçoivent plein de demandes pour différentes vidéos et qui se retrouvent vite dans l’impossibilité de servir tout le monde à cause de leur propre bande passante limitée.

Tu as tout à fait raison. Pour l’instant l’aspect P2P limite le facteur bande passante mais c’est pas une recette miracle : si 1000 personnes regardent 1000 vidéos différentes le serveur tombera.

— Est-il envisagé/envisageable de faire évoluer le modèle pour que chaque serveur du réseau puisse à son tour se joindre au réseau P2P d’une vidéo demandée par l’un de ses utilisateurs ?

À court terme il n’est pas prévu d’améliorer cet aspect. En revanche si la campagne de dons est un grand succès, on peut espérer que Framasoft continue de financer le projet pour ajouter de la redondance dans PeerTube → un autre serveur télécharge la vidéo puis la seed pour aider le serveur d’origine.

Du coup tout dépendra des donateurs. :)

ropoussiere

— On parle de fédération mais grosso-modo, j’imagine qu’il y aura une seule fédération non ? (comme Diaspora ou Mastodon)

Ce sera une fédération comme Mastodon, oui, à l’exception que ce seront les administrateurs de serveurs qui choisiront quel(s) serveur(s) suivre. Ça leur donne le contrôle sur les vidéos indexées (et donc affichées) sur leur serveur. Il sera possible de copier les « follows » d’autres serveurs bien sûr, sinon ça risquerait vite d’être pénible.

— Je suis jeune hébergeur, comment je trouve des amis qui veulent bien héberger les vidéos de mon instance pour la soulager / comment je suis tenu au courant des vidéos qui viennent d’être ajoutées sur les instances de mes amis, ça peut se faire automatiquement ?

Il n’y a pas pour l’instant de système de redondance donc pas moyen de choisir quelles vidéos tu veux redonder. À l’heure actuelle les vidéos « uploadées » sur ton serveur restent sur ton serveur, et seul ce dernier possède les fichiers physiques.

— Je viens de regarder une vidéo. À partir de quel moment je cesse de la partager ? (quand je quitte le site ? quand je ferme mon navigateur ? quand je redémarre mon pc ?)

Au moment où tu quittes la page de la vidéo (là où y’a le lecteur).

— On peut supposer que Framatube sera une instance PeerTube très majoritairement utilisée et qu’une très grande partie des utilisateurs ajouteront leurs vidéos via Framatube sans trop se poser de questions. Est-ce qu’un mécanisme est prévu pour téléverser la vidéo directement sur une autre instance pour ne pas remplir le disque dur de Framatube de vidéos de chats en quelques jours ?

À voir si Framatube ouvre et s’ils ouvrent à tout le monde pour n’importe quelles vidéos (je ne peux pas personnellement répondre), mais non il n’y a pas de mécanisme pour téléverser des vidéos sur d’autres instances. Par contre on peut fermer les inscriptions lorsqu’on atteint un certain nombre d’utilisateurs, et mettre un quota en octets par utilisateur. Si tu fais bien ton calcul tu peux donc gérer ton serveur sans remplir totalement le disque. Après à toi de voir si tu veux ouvrir d’autres instances pour accueillir de nouveaux utilisateurs.

— Suggestion : une interface pour ajouter des sous-titres ?

Ça tombe bien y’a une issue :)

— Autre suggestion : flux RSS sur des catégories ou un auteur ?

Ça tombe bien y’a aussi une issue :)

Chilperik

— Bonjour, l’installation sur un raspberry3 est-elle possible ? Viable ?

J’ai jamais testé mais « normalement » ça devrait être possible. Les seuls points bloquants pourraient être la compilation de certains modules Node (mais y’en a pas tant que ça).

— Est il possible d’utiliser un autre répertoire pour les médias ? Où sont ils stockés ?

Il stocke les vidéos dans le dossier spécifié dans la configuration.

JonathanMM

— Pourquoi ne pas se reposer sur le protocole torrent, qui propose déjà un catalogue et un réseau déjà pas mal ? Le lecteur vidéo ne serait alors qu’un client comme un autre, et le serveur servirait à la fois de serveur de trackers (et même aussi d’un client comme un autre, histoire d’augmenter les peers).

Ce serait bien mais malheureusement :

  • la plupart des vidéos sont dans un format incompatible avec le Web (.avi, .mkv etc.) ;
  • le navigateur ne peut se connecter aux autres pairs que via WebRTC, pas directement en TCP/UDP. Donc ton navigateur ne peut pas se connecter à un client Transmission/uTorrent par exemple ;
  • ça reste le protocole BitTorrent mais sur WebRTC, donc si les principales librairies de torrent ajoutent le support de WebRTC il sera possible de « seeder » une vidéo via un client torrent classique pour ton navigateur. Une issue est en cours pour suivre les évolutions d’implémentation de WebRTC dans les principales librairies torrent ;
  • encore une fois l’aspect P2P dans PeerTube c’est du BitTorrent, donc chaque serveur a effectivement un tracker (ton navigateur s’y connecte via websocket).

JonathanMM

— Ok, je comprends mieux […] Après, un truc qui je pense pourrait-être sympa serait d’avoir pour l’admin un système d’ajout rapide d’une vidéo sur le serveur, où on balance un lien ou un fichier torrent, et le système regarde si la vidéo est OK ou pas avant de la mettre sur son réseau. Ça permettrait d’avoir déjà une base de sources pour le jour où les libs utiliseront le WebRTC. Voir ça permettrait aux serveurs de s’échanger entre eux des vidéos ?

Yep, un import via torrent ou via URL serait utile. Un import via YouTube serait aussi le top.

Aitua

— Faut-il avoir son ordinateur connecté 24h/24 pour que la vidéo que l’on héberge soit disponible à tout moment ? Ou le serveur fait le relais ?

Le serveur fait relais, c’est lui qui s’occupe de constamment « seeder » la vidéo pour qu’elle soit toujours disponible. Pour info, il seed la vidéo via HTTP (ce qui ne demande aucun effort constant) via l’extension WebSeed du protocole BitTorrent

CamilleKaze57

— Est-ce que Peertube utilisera le protocole ActivityPub pour se fédérer avec Mastodon et GnuSocial ? Une vidéo pourrait apparaître sous la forme d’une publication et les commentaires comme des réponses. Je rappelle qu’Activitypub est soutenu par le W3C et a vocation à devenir un standard. En plus pouvoir se connecter avec son compte Mastodon ce serait génial !

Oui, PeerTube utilisera ActivityPub.

Donc, oui, en théorie on pourra se fédérer avec Mastodon et consorts (ça demandera quand même des adaptations au niveau code), et c’est tout ce qu’on espère. :)

Olivier Massain a profité de notre foire aux questions pour proposer son aide sur le design de PeerTube : ça va péter la classe !

« Ça ressemblerait pas un peu à… »

sossa

— Connaissez-vous BitChute qui fonctionne sur exactement le même principe ? Y-a-t-il un problème inhérent à BitChute qui vous pousserait à créer un autre outil ?

BitChute n’est pas libre, pas installable sur son serveur et pas fédéré.

Le seul point commun avec PeerTube est qu’il utilise WebTorrent, afin de soulager la bande passante pour ses propres besoins.

sossa

— OK, c’est très clair, merci ! Il est vrai que je l’avais regardé à son lancement, où ils parlaient d’ouverture et « d’installabilité », et deux ans après, rien n’a bougé, ce qui est au minimum suspicieux.

hyamanieu

— Je me demandais si vous aviez remarqué qu’il y a un projet similaire, dont le premier commit date d’août 2015 (quelques mois avant vous), et qui a beaucoup plus d’élan ? Ils sont toujours en bêta (vous alpha), mais ils ont déjà ramené beaucoup de YouTubers anglophones et bientôt des francophones : lbry

Je ne connaissais pas lbry, que je viens de découvrir.

Si j’ai bien compris il s’agit plus d’un protocole, s’utilisant via un démon que tu lances et qui écoute sur un port particulier ? Et ils veulent utiliser un plugin pour pouvoir être disponible via le web. Le projet veut faire de la décentralisation avec un système de financement pour les créateurs.

PeerTube quant à elle est une application web donc difficilement comparable à lbry. De plus notre idée est de pouvoir faire communiquer différentes plateformes web (MediaGoblin, Mastodon etc) via ActivityPub, pas de s’enfermer dans un protocole particulier (que je ne remets pas en question, hein :)).

hyamanieu

— En effet, il s’agit d’un protocole. Quelles que soient les solutions techniques envisagées, ce qui compte est l’utilisation finale. Mais je ne pense pas que ça cause de grands problèmes la compétition, peut-être même l’inverse. Sur des projets open source c’est un peu dommage, c’est tout.

Je suis bien d’accord, c’est pour ça qu’on migre le protocole de fédération vers ActivityPub pour avoir une coopération entre plateformes différentes plutôt que de la compétition.

www

— Que pensez-vous de DTube ? (basé sur STEEM et IPFS)

Je n’en pense pas grand-chose, je ne connais pas assez les deux technos.

J’ai juste l’impression qu’IPFS n’est pas tout à fait prêt (d’où leur ajout de WebTorrent en secours si j’ai bien compris) et assez complexe (faut mettre en place des passerelles etc.).

Il ne me semble pas que DTube soit libre non plus.

Mais je suis le projet, c’est assez innovant comme manière de fonctionner.

 Pour aller plus loin :

Framatube : nos réponses à vos questions pratiques !

Framablog - ven, 01/12/2017 - 02:08

Voici un florilège des questions variées que vous avez posées lors dans notre foire aux questions concernant PeerTube, le logiciel qui propulsera Framatube.

Avant de vous partager ces échanges, voici un petit résumé de la situation ;)

Expliquer Framatube en 3mn

Si vous n’avez pas encore entendu parler de Framatube et de PeerTube (ou si vous voulez en parler autour de vous), on a une astuce ! Hélène Chevallier, journaliste à France Inter, nous a interviewé et a résumé les enjeux et notre démarche dans sa chronique « C’est déjà demain » du 28 novembre dernier, que voici :

Pour rappel, n’hésitez pas à nous soutenir dans le financement de PeerTube et dans l’ensemble de nos actions, en faisant un don.

Mais revenons-en au propos de cet article : vos questions ! Nous avons regroupé les réponses à des questions plus techniques dans un autre article sur ce blog ^^. Sauf mention contraire, toutes les réponses sont de Chocobozzz, le développeur que nous avons accueilli dans notre équipe salariée afin qu’il puisse finaliser le code de PeerTube. De même, la plupart des questions ont été raccourcies ou reformulées pour plus de lisibilité, mais l’intégralité des échanges se trouve sur notre forum !

Olivier Massain a profité de notre foire aux questions pour proposer son aide sur le design de PeerTube : ça va péter la classe !

Quels contenus, quelles vidéos… ?

TeemoT

— Je voudrais en savoir plus sur le type de contenus qui y seraient hébergés, n’importe quelle vidéo pourrait y être ? Ou y a-t-il des règles à respecter ?

Pouhiou souhaite répondre ici :

À vrai dire, cela dépendra de chaque hébergement PeerTube.

Car, et c’est important de le souligner : a priori, Framasoft n’hébergera pas vos vidéos sur Framatube.

En effet, notre but est que se monte une fédération d’instances PeerTube à la fois indépendantes et dans une entraide commune. Or, si nous ouvrons notre instance de PeerTube (qui sera donc Framatube) aux vidéos de tout le monde, la facilité fera que les vidéos seront postées chez nous et de ne pas chercher à créer sa propre instance ou a se regrouper par communauté d’intérêts.

Du coup, nous serons là pour aider et accompagner les personnes, associations, collectifs de vidéastes, lieux de formation, médias, etc. qui veulent monter leur instance et se fédérer. Mais ce sera à chacune de ces instances de choisir quelle porte d’entrée vers PeerTube elle veut être, donc par exemple de déterminer leurs conditions générales d’utilisation.

Du coup, le type de contenus vidéos dépendra forcément des personnes qui se regrouperont pour héberger des vidéos sur leurs instances et des vidéos qu’elles y accepteront ;).

arthurrambo

— Qu’en est-il des vidéos prônant l’homophobie, l’antisémitisme et le racisme ? Seront-elles supprimées comme sur YouTube ? Quelles conséquences pourra-t-il y avoir sur le créateur ?

Une vidéo peut-être signalée par un utilisateur. Le signalement va à l’administrateur/modérateurs du serveur sur lequel est enregistré l’utilisateur, plus à l’administrateur/modérateurs du serveur qui possède la vidéo.

C’est donc à eux d’évaluer s’ils veulent ou non supprimer la vidéo (puis potentiellement l’utilisateur) :

  • Si le serveur détient la vidéo elle est supprimée en local puis sur l’ensemble du réseau (par fédération) ;
  • Si le serveur ne détient pas la vidéo elle est simplement supprimée en local.

Pyg se permet d’ajouter :

À la réponse de Chocobozzz concernant l’outil, j’ajoute celle de la loi.

En effet, trop peu de contenus contenant des discours de haine sont signalés. Certes, les procédures sont longues, mais trop peu de gens les utilisent, ce qui a pour conséquence de laisser croire que la plateforme (Twitter, Facebook, ou ici une instance PeerTube) est « le » interlocuteur pour signaler les contenus.

Sur Mastodon, on a bien vu que beaucoup s’étaient crus, au départ, dans un nouveau Far West (« c’est mon instance, je fais ce que je veux »). Il faut rappeler la loi, encore et encore, et la faire vivre, car c’est elle qui est l’un des principaux supports du « vivre ensemble ».

Il va de soi, mais ça va mieux en le disant, que sur notre future instance PeerTube, aucun propos contraire à ces lois ne saura être toléré.

JonathanMM

— Est ce qu’à l’ouverture du service, il est prévu des vidéos de gens connus (style gros youtubeurs), histoire qu’il y ait déjà un peu de contenu grand public et que ça ne part pas de presque rien ?

Pouhiou a un début de réponse :

Pour l’instant, peu de choses sont prévues : on vient tout juste d’annoncer le projet !

L’idée est justement de commencer à entrer en contact avec divers collectifs pour voir s’ils ont envie d’avoir une instance PeerTube, de s’approprier leurs moyens de diffusion. Nous discutons actuellement avec des associations, des fédérations, et avec quelques vidéastes pour voir si et comment nous pourrions les accompagner. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs : il faut d’abord avoir un code fonctionnel, une interface accueillante, bref un outil qui soit facile à installer et utiliser.

Du coup, ce travail d’accompagnement se fera entre janvier et février, et nous enjoignons tout groupe souhaitant devenir son propre hébergeur de vidéos (même si c’est en parallèle d’une chaîne YouTube, au moins au début) à nous contacter pour qu’on puisse les aider ;).

Mais soyons francs : en mars 2018, ce sera le début d’un nouveau réseau d’hébergement de vidéos, et non un bouquet final !

acryline

— J’aimerais savoir si un jour Peertube pourra permettre le live streaming ?

Ça risque d’être compliqué, car le torrent fonctionne sur des fichiers finis immuables.

Certains ont essayé en générant en boucle un fichier torrent toutes les x secondes, puis en l’envoyant aux autres clients. Je n’ai pas testé mais c’est plutôt ingénieux. Après est-ce que ça marche bien et efficacement, je ne sais pas parce que c’est un peu de la bidouille.

Au lieu d’utiliser BitTorrent on pourrait imaginer utiliser que la fédération de serveurs, on partagerait la bande passante entre les serveurs. Après ça ne reste qu’une idée. Mais c’est loin d’être pour tout de suite. :)

Illustration : CC-By-SA Emma Lidbury

Envoyer et partager les vidéos

ChristianW

— Y a-t-il un code d’incrustation html ?

Oui, il y a possibilité d’incruster la vidéo dans n’importe quelle page web.

 

— Comment se comporte PeerTube quand il y a des accès simultanés depuis un même réseau intranet ?

Que ce soit via intranet ou internet il y utilisation de WebRTC, qui regardera s’il y a un moyen pour ces différents utilisateurs de s’échanger de la donnée. S’il y a possibilité (pare-feu/routeur sympa) ça sera fait automatiquement. Sinon ça passera simplement par HTTP sans notion de pair-à-pair.

buyaman

— Comment procéder pour une transition en douceur entre les plateformes actuelles et la vôtre ? Ex : je suis un vidéaste au contenu prolifique (1000 vidéos) en combien de temps je fais le transfert ?

Tout dépend de votre plate-forme actuelle, mais on aimerait ajouter une interface d’import (depuis YouTube notamment).

 

— Et serait-ce une transition abrupte ou en douceur (les deux plateformes utilisées le temps de la transition) ?

C’est à vous de décider ;)

Aitua ;

— J’imagine que si le filtrage automatique est inscrit dans la loi européenne, les serveurs dans l’UE seraient obligés d’imposer un tel filtrage ?

Pouhiou a été invité à répondre :

Question très très intéressante, car elle montre que ce projet de loi n’est pensé que pour des plateformes centralisatrices de gros hébergeurs (qui ont les moyens de mettre en place de tels filtres) et pénalise de fait l’auto-hébergement ou l’hébergement mutualisé, tout en déconsidérant d’emblée les systèmes décentralisés ou distribués.

Déjà, il faut se dire qu’entre le fait que cela entre dans une loi/directive européenne, le fait d’avoir des décrets d’application, le fait que cela ne soit pas démonté par le conseil constitutionnel (j’avais lu quelque part que cette proposition avait toutes les chances d’être écartée à ce niveau)… Bref : on a le temps de voir venir !

Et la question finale : qu’est-ce qu’un filtre automatique ? S’il suffit d’analyser le texte donné en titre à la vidéo ou d’ajouter une case à cocher lors de l’upload « promis je respecte le copyright« , ça peut facilement être implémenté…

Aitua

— J’ai envie de croire comme toi que cette loi ne passera pas, car les exemples que j’ai trouvés ne sont vraiment pas positifs pour les vidéastes.

Bref, c’est une des raisons pour laquelle moi aussi je veux passer à PeerTube et ne plus avoir à subir ces filtrages !

Nous n’avons clairement pas les mêmes moyens que Google !
Illustration : CC-By-SA Emma Lidbury

Parlons sous…

choosebzh

— Je vais peut-être poser la question qui fâche, mais qu’en est-il des annonceurs ? Certains vidéastes prolifiques pourront-ils en retirer une source de revenus ? Même faible, bien sûr. Car être libriste, oui, mais faut vivre aussi. :)

Techniquement il n’est pas prévu d’ajouter de la pub.

Rien n’empêche pour le vidéaste d’incorporer une annonce dans sa vidéo (ça commence à se faire sur les autres plate-formes) même si ça a ses limites.

Il est probable qu’on ajoute la possibilité d’afficher des boutons Liberapay, Tipeee, Patreon, etc., en dessous de la vidéo. Mais ce n’est pas notre priorité pour l’instant.

Pouhiou se permet d’ajouter :

Sur la question des annonceurs, et en tant qu’ancien « youtubeur » qui connaît encore beaucoup de monde dans le milieu, j’ajoute une précision.

L’annonce publicitaire est un modèle de rémunération qui paye très très mal les vidéastes. Avec l’explosion des créations vidéos, les annonces sont payées de moins en moins, et on est bien loin du « 1€ pour 1000 vues » de 2013… C’est un modèle qui marche encore pour les très très très gros succès (des millions de vues sur plusieurs vidéos), ce qui représente une infime partie des vidéastes.

Actuellement, si un·e vidéaste veut se faire de l’argent avec de la pub, le meilleur moyen reste les partenariats et placements de produits.

Le modèle économique le plus efficace pour les « petit·e·s vidéastes » semble encore être le modèle du don (Tipee, Patreon, Liberapay) qui, s’il n’est pas intégré à PeerTube dès sa bêta, sera relativement facile à implémenter (parce que PeerTube est un logiciel libre).

Framasoft

Et tant que nous parlons sous, faisons un petit point sur le financement…

(oui, nous avons rajouté cette question nous-mêmes, c’est triché… mais cela nous permet de faire le point avec vous, en toute transparence)

Et Framasoft de s’auto-répondre :

Comme nous l’affichons sur le site présentant le projet Framatube, nous finançons le développement de PeerTube sur le budget de l’association, dont 90 % des revenus proviennent de vos dons.

En effet, sur les 90 000 € qu’il nous manque pour boucler notre budget 2018 :

instantané des dons 9 jours après le lancement de la campagne PeerTube.

À la rédaction de cet article, nous avons déjà récolté pas loin de 20 000 € en une semaine, ce qui est formidable, parce que vous êtes des personnes formidables (n’en doutez jamais) ! Néanmoins, rien n’est gagné et si nous ne voulons pas revoir nos ambitions à la baisse, il faudrait que nous atteignions cette barre des 90 000 € d’ici le 31 décembre.

Pour rappel, notre association étant reconnue d’intérêt général, tout don de contribuables français·es peut être déduit de leurs impôts sur les revenus. Ainsi, un don de 100 € vous reviendra, après déduction fiscale, à 34 €.

Sachez que, si nous dépassons cet objectif des 90 000 €, notre priorité sera de permettre à Chocobozzz de poursuivre le développement de PeerTube, et donc d’ajouter à cette solution des fonctionnalités très attendues (ce ne sont pas les idées qui manquent, juste les moyens ^^).

Si vous le voulez et le pouvez, pensez à soutenir Framasoft !

 Pour aller plus loin :

Lettre d'information publique de l'April du 1er décembre 2017

APRIL - ven, 01/12/2017 - 01:45

Bonjour,

Une version audio française de la campagne « Public Money ? Public Code ! », lancée par la FSFE (Free Software Foundation Europe), a été enregistrée par nos soins. Cette vidéo est désormais en ligne sur le site de la campagne.

L'April a participé à la réunion du jury pour décerner aux collectivités candidates le label Territoire Numérique Libre. Les labels seront remis mardi 5 décembre lors de la soirée d’inauguration du Paris Open Source Summit 2017.

Nous avons rencontré une délégation de personnes membres du Comité de Veille Technologique, une institution interministérielle du Cameroun, pour échanger autour du logiciel libre.

Bien entendu, notre travail de sensibilisation des parlementaires se poursuit, notamment dans le cadre de la résolution visant à la création d'une commission d'enquête.

Notre équipe d'admin sys a œuvré le week-end dernier principalement pour mettre à jour en Debian Stretch la quasi totalité des serveurs physiques et des machines virtuelles. Des photos sont disponibles.

Le groupe Transcriptions vous offre sept nouvelles transcriptions.

Novembre a été riche en événements à Saint-Denis, Marseille, Nantes, Montpellier, Toulouse, Compiègne, Paris. En décembre se tiendra le Paris Open Source Summit — événement pour lequel nous sollicitons de l'aide pour animer notre stand — ainsi que deux apéros, un à Montpellier et un à Paris.

N'oubliez pas d'écouter les dernières éditions du Décryptualité ; chacune dure une quinzaine de minutes.

Début novembre 2017, nous avons eu le plaisir d'accueillir Elsa Pottier qui occupe à temps partiel le poste d'assistante administrative. Elle ne manquera, prochainement, de se présenter plus amplement.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une vingtaine d'articles.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

Version audio française de la vidéo « Argent public ? Code public ! »

L'April a enregistré la version audio française de la vidéo de la campagne « Argent Public ? Code Public ! », qui est désormais en ligne sur le site de la campagne.

Édition 2017 du label Territoire Numérique Libre

L'April a hébergé et a participé à la réunion du jury pour le label Territoire Numérique Libre. 23 candidatures avaient été reçues ; après examen de leurs dossiers, les labels ont été décernés et seront remis mardi 5 décembre 2017 lors de la soirée d’inauguration du Paris Open Source Summit.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Version audio française de la vidéo « Argent public ? Code public ! »
  2. Édition 2017 du label Territoire Numérique Libre
  3. Dossiers, campagnes et projets
    1. Rencontre avec une délégation du Comité de Veille Technologique, institution interministérielle du Cameroun
    2. Sept nouvelles transcriptions
    3. Décryptualité
    4. Revue de presse
  4. Conférences, événements
    1. Événements à venir
    2. Événements passés
  5. Vie associative
    1. Arrivée d'une assistante administrative
    2. Mise à jour des serveurs (machines physiques et machines virtuelles)
    3. Revue hebdomadaire
    4. Adhésions
  6. Soutenir l'association
  7. Rejoindre l'association à titre individuel
  8. Rejoindre l'association en tant que personne morale
  9. Archives
Dossiers, campagnes et projets Rencontre avec une délégation du Comité de Veille Technologique, institution interministérielle du Cameroun

Nous avons rencontré une délégation de quatre membres du Comité de Veille Technologique et de Contrôle de la Conformité des Parcs Logiciels de l’État, des Collectivités Territoriales Décentralisées et de leurs démembrements, une institution interministérielle du Cameroun. Cette délégation souhaitait échanger sur les logiciels libres dans l'administration.

Sept nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre de la lecture avec sept nouvelles transcriptions :

Décryptualité

Depuis le 20 février 2017, date du premier Décryptactualité, un petit groupe de membres de l’April se réunit chaque semaine : « On a eu envie de faire quelque chose d’un petit peu différent de la revue de presse de l’April, qui soit un petit peu plus large ». Dans un format d’une quinzaine de minutes, les sujets concernant l’actualité informatique sont commentés de façon simple et accessible au plus grand nombre.

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte ici) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers des articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais également diffusée chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Un Petit guide de la revue de presse est disponible pour ceux qui souhaitent contribuer.

Voir la page revue de presse sur le site pour le détail des articles.

Conférences, événements Événements à venir
  • L'April tiendra un stand au Paris Open Source Summit 2017 (6 et 7 décembre au DOCK PULLMANN à La Plaine St-Denis). Nous avons besoin d'aide pour animer le stand ! Si vous êtes disponible, ne serait-ce que quelques heures, n'hésitez pas à vous inscrire sur la page wiki dédiée
  • Apéro April le 21 décembre 2017 à Montpellier.
  • Apéro April le 22 décembre 2017, à partir de 19h00 dans les locaux de l'April (Paris)
Événements passés Vie associative Arrivée d'une assistante administrative

Début novembre 2017, nous avons eu le plaisir d'accueillir Elsa Pottier qui occupera la poste d'assistante administrative à temps-partiel. Elle ne manquera, prochainement, de se présenter plus amplement.

Mise à jour des serveurs (machines physiques et machines virtuelles)

Notre merveilleuse équipe d'admin sys a œuvré le week-end des 25 et 26 novembre 2017 en particulier pour mettre à jour en Debian Stretch la quasi totalité des serveurs physiques et des machines virtuelles et pour mener à bien d'autres tâches (changement de disques, discussion Drupal…).

Des photos sont disponibles.

Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, les permanents et les adhérents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problèmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 3 novembre 2017, la synthèse de la revue du 10 novembre 2017, la synthèse de la revue du 17 novembre 2017, la synthèse de la revue du 24 novembre 2017.

Adhésions

Au 1er décembre 2017, l'association compte 4 123 adhérents (3 713 personnes physiques, 410 personnes morales).

Soutenir l'association

L'April a besoin de votre aide. Vous pouvez faire un don à l'association et participer ainsi au financement de nos actions.

Pour faire un don à l'association, rendez-vous à l'adresse suivante https://www.april.org/association/dons.html (il est possible de faire un don par chèque, virement, carte bancaire ou encore prélèvement automatique).

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association à titre individuel

Dans une association, l'adhésion est un acte volontaire. C'est aussi un acte politique car c'est manifester son soutien à l'objet de l'association ainsi qu'aux valeurs qui le sous-tendent. Une adhésion fait la différence en contribuant à atteindre les objectifs de l'association.

Adhérer à l'April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de soutenir financièrement les actions de l'association.

Il est possible d'aider l'association en lui donnant de son temps ou de son argent. Toutes les contributions sont les bienvenues.

Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

Pour adhérer à l'April, vous pouvez remplir le formulaire en ligne.

Pour tout renseignement, n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association en tant que personne morale

Que vous soyez une entreprise, une collectivité ou une association, adhérez pour participer activement aux décisions stratégiques qui vous concernent !

Votre structure a besoin de tirer le meilleur parti du logiciel libre et pour défendre ses intérêts, elle doit :

  • exercer une veille permanente pour se tenir informée des opportunités et des menaces ;
  • constituer et entretenir des réseaux relationnels institutionnels ;
  • être éclairée sur les contextes juridiques et stratégiques ;
  • contribuer à la défense de l'informatique libre face aux acteurs qui lui sont hostiles ;
  • mieux faire connaître et valoriser son action.

April est au cœur des grandes évolutions du logiciel libre. Adhérer à April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de financer ou cofinancer des actions stratégiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : adhérant dès maintenant à l'April.

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

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