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Les logiciels libres, un modèle pour le développement durable de notre société - Samuel Chenal

APRIL - mer, 26/04/2017 - 10:58

Titre : Les logiciels libres, un modèle pour le développement durable de notre société.
Intervenant : Samuel Chenal
Lieu : Fêtons Linux - Genève
Date : Mai 2014
Durée : 51 min 56
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Licence de la transcription : Verbatim

Transcription

Ça fait quelques années que je me suis aussi intéressé au développement durable et notamment aux liens qu'il y a entre développement durable et les logiciels Libres. Et on va voir qu'il y a des similitudes, des convergences qui sont très intéressantes.

Avant de pouvoir faire le lien entre ces deux mondes, il faut rapidement faire un petit résumé des logiciels libres. C'est une conférence populaire. Je ne suis pas sûr que tout le monde ici soit un féru de logiciels libres et de Linux. Je vais aller assez rapidement pour aller au vif du sujet.

Est dit libre un logiciel qui respecte les quatre libertés fondamentales des logiciels libres, donc :

  • de pouvoir utiliser le logiciel dans tous les usages et sans restrictions. Quand on parle de restrictions, il peut s'agir de restrictions géographiques, temporelles, de types d'usage ou de types d'utilisateurs.
  • de pouvoir étudier le logiciel, c'est-à-dire avoir accès au code source et donc de pouvoir le comprendre. C'est aussi quelque chose d'important.
  • de pouvoir redistribuer des copies du logiciel, de manière payante ou de manière gratuite. Ça c'est toujours quelque chose d'ouvert.
  • et de pouvoir améliorer le logiciel et de publier ces améliorations et de rendre, si on veut, ces améliorations à la communauté.

Donc de toutes ces libertés, la dernière est celle qui est la plus « virale » entre guillemets. C'est celle qui permet une amélioration continue des logiciels libres dans la société, dans la communauté.

On oppose souvent les logiciels libres aux logiciels propriétaires, qu'on appelle privatifs souvent, parce qu'ils privent de liberté les utilisateurs. Effectivement, ces deux modèles s'opposent beaucoup. Si on prend des logiciels privatifs classiques du type Microsoft Office, même FileMaker Pro, iTunes, Photoshop, par exemple, tous ces logiciels ne respectent pas ces quatre libertés, ou ils n'en respectent peut-être qu'une seule, mais pas les quatre, donc on ne peut pas dire qu'ils sont libres. Et il y a un point très important qu'il faut noter sur ces quatre libertés des logiciels libres. Ce ne sont pas des libertés qui s'attachent au logiciel en tant que tel. Ce sont des libertés qui touchent l'utilisateur, l’être humain qui les utilise. C'est vraiment ça qui est important dans les logiciels libres, c'est la liberté de l’utilisateur qui est en jeu.

Les logiciels libres sont protégés, puisque effectivement comme ils sont ouverts, ils doivent être protégés. Ils sont protégés en général par une licence. Un logiciel libre ne veut pas dire sans licence. Une licence qui est très populaire, c'est la licence GPLv31 qui est une licence qui garantit les quatre libertés dont j'ai parlé tout à l'heure. Il existe de nombreuses autres licences, qui ont des variantes, mais globalement elles ont toutes le même but de défendre ces quatre libertés. Ce sont des outils juridiques. On peut les utiliser dans des procès, dans des actions juridiques, pour défendre les droits des contributeurs ou des organismes ou des entreprises qui éditent des logiciels libres, pour garantir leurs droits.

Là on plonge rapidement sur des exemples de logiciels libres. Celui-là vous le connaissez sans doute, Linux, le noyau des systèmes d'exploitation. Il existe des centaines de distributions Linux différentes adaptées à tous les besoins. C'est vraiment le noyau de ces systèmes libres.

Si on prend un peu de recul on voit qu'il y aussi d'autres logiciels libres de la vie courante, si on veut. Il y en a des milliers, par contre là, des logiciels classiques de type Office, par exemple tableur, traitement de textes, etc. ; donc LibreOffice2 est un très bon exemple. Nous avons également GIMP3 qui est un traitement de photos, extrêmement puissant. En dessous nous avons Inskape4 qui est un logiciel de dessin vectoriel ; c'est d’ailleurs avec ce logiciel que j'ai pu faire cette présentation, de manière assez simple d'ailleurs. Ensuite, un peu au-dessus, nous avons VLC5 qui est logiciel de lecture vidéo. En dessous on a Scribus6, qui est un logiciel de PAO, qui permet de faire des publications, des brochures, des affiches. Après, bien sûr, Firefox7 qui est très connu, très populaire comme navigateur. On a Blender8 qui un logiciel assez énorme, pour moi, c'est très complexe, très riche, pour pouvoir faire de la modélisation 3D, de l'animation 3D. Et Debian9 qui lui est une distribution Linux complète, open source, libre qui utilise bien sûr le pingouin comme moteur. Ça c'est un exemple parmi des milliers, évidemment.

Quand on parle des logiciels libres, on se rend compte qu'on parle aussi des valeurs qu'il y a derrière. Le mouvement des logiciels libres, l'esprit du Libre, ce n'est pas uniquement de l’informatique, c'est beaucoup d’être humain, beaucoup de collaboration et, finalement, une forme de militantisme. Donc ce n'est pas qu'un mouvement technologique.

Là, j'ai pris quelques valeurs qui me touchent particulièrement. On a la création participative, la liberté d'usage, de distribution, d'adaptation, l'indépendance, la liberté de choix, l’accès à l'information de manière transparente, équitable et pérenne. Et là, on commence à voir dans ces valeurs qui sous-tendent le mouvement des logiciels libres les liens qu'il pourrait y avoir avec le développement durable. On parle de pérennité, on parle d'équité, on parle de liberté d'usage et d'indépendance. Donc on commence à voir les liens avec le développement durable qui sont finalement assez forts.

Il y a une chose importante aussi dans le mouvement des logiciels libres c'est, dans les années nonante, l'avènement d'Internet, la création de communautés, de développeurs, de contributeurs et d'utilisateurs de logiciels libres. C'est ce qui a fait un peu exploser le mouvement, qui a fait croître ce mouvement à des dimensions importantes, et c'est grâce à ces communautés que le Libre a pu se développer. Mais ce qui est vraiment important là-dedans, c'est que c'est une espèce de changement de modèle. On a le modèle classique qui est le modèle des éditeurs et des acheteurs de logiciels. Et là, on est dans un modèle beaucoup plus riche, beaucoup plus complexe, avec un réseau d'individus qui sont à la fois des contributeurs, des acheteurs, des développeurs, des utilisateurs, des etc. Donc c'est vraiment multi casquettes, multi rôles.

Donc je repose la question. En quoi les logiciels libres sont-ils un modèle pour le développement durable ? C'est quand même assez ambitieux comme postulat. Pour pouvoir y répondre, je vais faire la même chose que ce que j'ai fait avec les logiciels libres mais avec le développement durable. Là on pourrait en parler des heures, ce n'est pas forcément le lieu pour. Je vais quand même essayer de très rapidement vous donner quelques clefs pour brosser le portrait du développement durable, pour pouvoir, justement, faire ces liens et prendre des exemples cohérents.

Cette phrase est issue, sauf erreur, d'un rapport, le rapport Brundtland, qui était paru à la fin des années 80, qui définissait le développement durable, plus ou moins. « Un développement durable est un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». Dit comme ça, ça paraît assez évident, finalement. On vit dans une monde fermé. C'est une terre ; elle n'est pas extensible. Il y a un capital de ressources qui est peut-être connu, qui est fini ; en tout cas, on ne peut pas l'étendre à l'infini. On n'a pas d'autre planète à choir. On n'a pas d'autre planète de réserve. On doit l'utiliser de manière pérenne, si on ne veut pas que les générations futures n'aient plus de ressources pour leur propre développement. Donc le développement durable s’appuie sur trois piliers de la société. C'est quelque chose que vous avez sans doute déjà vu. C'est peut-être plus médiatisé que le logiciel libre. Ce sont ces fameuses, ce que j'appelle les « patates durables ». Ce sont les trois grands piliers, social, économique, écologique, avec toutes les intersections qu'il y a entre ces trois piliers.

Lorsqu’on a une idée et qu’on souhaite savoir si elle est durable ou pas, eh bien on essaye de la placer dans ces patates durables. Je ne sais pas, il peut y avoir des dizaines d'exemples, il y en a des dizaines d'exemples et qui ne sont du tout liés à l'informatique, en l’occurrence. Par exemple un projet communal de chauffage à distance au biogaz, pour réutiliser les déchets agricoles. Par exemple une association qui lance un projet de nettoyage d'un cours d'eau, d'une rivière, avec les citoyens. Il peut y avoir un projet de transport public ; il peut y avoir les écoquartiers, par exemple. On parle beaucoup des écoquartiers en ce moment. Les écoquartiers s'inscrivent vraiment bien dans ce modèle.

Il y a des organismes internationaux, vous avez sans doute entendu parler du protocole de Kyoto, du sommet de la Terre, le Sommet de Rio, les objectifs du Millénaire, etc., le GIEC [Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, NdT]. Tous ces organismes internationaux donnent des directives, ils donnent des grandes directives et les États les prennent, ou ne les prennent pas, ensuite édictent des lois. Ensuite ça descend au niveau des cantons pour la Suisse, avec des Agendas 21, des Agendas 21 communaux, dans lesquels les citoyens sont impliqués pour les choix de société qui vont être pris.

Là où je veux en venir, c'est qu'il y a dans l'esprit du développement durable, il y a la volonté d'impliquer le citoyen. Ce ne sont pas uniquement des technocrates qui sont à un niveau très élevé dans la hiérarchie humaine, si on veut, au niveau international, qui vont prendre ces choix-là directement. C'est bien dans l'implication des citoyens que cela peut marcher.

Voilà. On a maintenant un peu un état des lieux de ces deux domaines, ces deux mondes. On sait un peu comment ils fonctionnent. On sent bien qu'il y a des liens de valeur qui sont derrière ces deux domaines et maintenant on va prendre des exemples. On va prendre des exemples de convergence entre les logiciels libres et le développement durable et on va plonger dans ces patates durables pour prendre quelques exemples.

Premier volet, volet social. Donc je prendrai l’exemple de la réduction du fossé numérique. Je ne sais pas si vous connaissez le fossé numérique : des gens qui sont dans le dénuement ne peuvent pas accéder à l'information, ne peuvent pas accéder à l’informatique par manque de moyens, souvent. Avec du Libre, avec des logiciels libres, on peut créer un poste de travail à un coût dérisoire. On peut acheter un ordinateur de seconde main, y installer des logiciels libres, donc sans aucun coût additionnel et de manière totalement légale, je précise, pour pouvoir avoir un mail, un traitement de textes, se connecter à Internet, participer à des forums, aller sur les réseaux sociaux, c’est-à-dire être connecté à la société, participer en tant que citoyen à la société, ce qui est très important dans le mouvement.

Partie équitable maintenant. On a un exemple qui n'est pas toujours facile à expliquer. Ce sont les formats de fichiers. Un logiciel, quel qu'il soit, produit des données, dans un format, dans un fichier. Par exemple un traitement de textes ou un tableur, produit des données. Maintenant les logiciels privatifs, eux, fournissent des formats de fichiers qui sont fermés, qui sont cryptés, qui sont opaques. On ne sait pas comment l'information y est sauvegardée. Donc on a un certain nombre de problèmes. Sur le court terme on n'en a pas réellement, on en a seulement quand on reçoit un de ces fichiers, on est obligé de se procurer l'application qui l'a produit et, la plupart du temps, il faut l'acheter. Mais qu'est-ce qui se passe si la société qui l'a produite fait faillite ou décide de son propre chef d’arrêter l'édition de ce logiciel ? Eh bien le client est captif, le client est complètement captif de cette situation. Il ne peut plus lire, après un certain temps il ne pourra plus lire les informations qu'il a lui même créées. C'est absurde. C'est complètement absurde ! Avec les formats ouverts, la structure même du fichier est complètement libre et diffusée sur Internet. Du coup, on peut imaginer recréer une application, relire un fichier dix ans ou quinze ans ou vingt ans après. Donc il y a cette notion de pérennité et de transparence qui est très importante dans les logiciels libres.

Au niveau économique. Alors on pourrait croire que logiciel libre, gratuité, on ne peut pas faire d'économie. Non, c'est faux ! En fait, on peut faire de l'économie ; ce n'est pas uniquement pour des manifestations telles qu'aujourd'hui, philanthropiques ou de ce type. C'est un autre modèle. En fait, finalement, c'est un autre modèle. C'est un modèle orienté sur le service, alors que les logiciels privatifs eux ont un modèle qui est essentiellement basé sur les licences, où on doit acheter un licence, payer de la maintenance tous les ans — dans les entreprises c'est ce qui se passe, ça peut être des fois très cher. Dans le monde du Libre, eh bien c'est plutôt le service qui est valorisé. Par exemple, je trouve un logiciel libre sur Internet pour mon entreprise, je le télécharge, je le teste, je conçois qu'il convient bien à mes besoins, à part, je donne un exemple, que son interface n'est pas en français ; elle est en anglais, en allemand, mais il me faudrait l'interface en français. Qu'est-ce que je fais ? Je m'adresse à une société de service informatique locale et je lui demande : « Est-ce que vous pourriez me traduire cette interface en français ? » Comme le code source est libre, eh bien ils ont les connaissances. Les langages de programmation sont également libres donc ils peuvent, ils ont tous les éléments en main pour pouvoir développer cette interface. Donc ils vont me demander de l'argent, un montant d'argent pour pouvoir faire ce travail. Je vais les payer et je vais pouvoir utiliser ma nouvelle fonctionnalité. Et cette nouvelle fonctionnalité va être réinjectée dans le socle des logiciels libres. C'est-à-dire que n'importe qui téléchargeant cette application dans le futur pourra bénéficier de cette interface en français.

Donc il y a, dans le logiciel libre, cette notion de gratuité, en quelque sorte, ou de liberté de téléchargement, mais il y a aussi cette idée de redistribution. On redistribue les choses qu'on a nous-mêmes contribué à créer. Sans compter que bien sûr, l'économie du Libre est basée essentiellement sur une économie locale, donc c'est toujours plus intéressant de payer une société locale, à deux pas de chez soi, plutôt que d'envoyer des grosses sommes d'argent à une énorme société à l'autre bout du monde.

Il y a souvent trois mots qui reviennent dans l'économie du logiciel libre : l'émulation, la coopétition, la qualité. Je ne sais pas si vous avez suivi la présentation de François Marthaler, il en a également parlé, c'est un modèle qui pousse à la qualité. Le code source est libre, donc tous les acteurs, contributeurs, à un projet libre sont à un niveau d'égalité. Ils savent exactement ce qui a déjà été développé. Ils ont tous les éléments en main pour pouvoir faire le travail. Du coup il y a cette coopétition, cette coopération-compétition entre les développeurs, pour pouvoir réaliser le code le plus propre, le plus bien réalisé et le plus efficace. Donc au final, c'est la qualité qui prime. Et il y a des études qui ont été sorties récemment qui prouvent qu'un logiciel libre, au niveau purement du code, a un niveau de qualité supérieure à un logiciel propriétaire équivalent.

Si on prend maintenant au niveau écologique. Ça reste de l'informatique. On pourrait se dire c'est de toute manière polluant, c'est de toute manière vorace en matière d'énergie, c'est donc forcément mauvais. Mais on peut le voir d'un autre angle. Je vais prendre l'aspect sur la lutte contre l'obsolescence programmée qui a déjà été abordée par François Marthaler10 tout à l'heure. On peut trouver des pistes pour prolonger la durée de vie des ordinateurs. Je vais prendre un exemple. Je vais m'écarter de la caméra. Voilà. Ici on pourra le voir après, si vous voulez descendre après pour le voir. Ici j'ai un ordinateur, vous voyez sa spécification à l'écran. Là c’était la vidéo Bugs Bunny, libre évidemment, qui passait. C'est un ordinateur qui a onze ans et sur lequel j'ai installé la dernière version de Ubuntu, Lubuntu, qui est dédiée aux ordinateurs de faible capacité, aux ordinateurs anciens et il se débrouille extrêmement bien. C'est un ordinateur qui consomme, juste après le démarrage, environ 100 méga de mémoire vive. Et si vous le comparez à un système d'exploitation privatif propriétaire actuel, comme Windows 7 ou Windows 8 ou Mac OS X, eh bien vous vous rendrez compte qu'il consomme moins que dix fois la quantité de mémoire consommée par ses concurrents.

Voilà quelques exemples des logiciels libres dans un contexte de développement durable. Mais, là où la conférence touche un point qui est à mon avis très intéressant, c'est qu'on ne se limite pas aux seuls logiciels et à la seule informatique. Vous l’avez vous vu également sur le salon. Il y a des stands qui ne touchent pas que l'informatique non plus. L'esprit du Libre inspire bien au-delà de l'informatique.

Je vais reprendre un élément qui a été aussi abordé tout à l'heure. C'est l'open hardware, donc c'est la même philosophie que l'open source, c'est-à-dire les logiciels libres, mais appliquée au matériel. Ce n'est pas forcément le hardware, comme on l'entend, l'ordinateur, le PC, ça peut être autre chose, ça peut être une éolienne, par exemple. J'ai trouvé, en cherchant un petit peu, on peut trouver des plans d'une éolienne, libres, sur Internet. Après il faut être bricoleur, c'est aussi pour ça que je l'ai mis dans la partie écologique, mais on peut imaginer bricoler, créer, inventer et redonner à la communauté pour que d'autres puissent les reprendre, les améliorer et les remettre à la communauté et ainsi de suite. C'est donc une forme de cycles positifs, si on veut, qui s'améliorent.

Il y a plusieurs types d'organismes, d'associations qui tournent autour de l'open hardware. Les fab labs c'est plus institutionnel ; ce sont des espaces qui sont mis à disposition soit d'entreprises, soit de particuliers, pour pouvoir tester du matériel, faire des prototypes, etc., et pour pouvoir comprendre comment fonctionnent les objets également. Ce sont des ateliers qui sont équipés de machines. Mais il y a aussi les hackerspaces qui sont, eux, des associations beaucoup plus proches de la société civile, si on veut ; ce sont vraiment des regroupements d'individus qui ont comme passion la recherche de comment fonctionnent les choses, les appareils, les machines. Vous avez un très bon exemple avec le Post Tenebras Lab, juste derrière, dans la manifestation. Ce sont des gens qui cherchent à comprendre les choses, qui essayent de construire eux-mêmes. On est toujours dans le mouvement Do it yourseft, le mouvement des Makers des États-Unis, c'est se réapproprier la fabrication des choses.

J'ai un exemple aussi intéressant avec le Fairphone. Est-ce que certains connaissent le Fairphone dans l'assemblée ? Ah ! Je crois qu'il y en a un qui en a un. Ce serait intéressant d'aller voir. Le Fairphone11 est une initiative à mon avis très intéressante, qui est partie d'un financement participatif. C'est une société néerlandaise qui a eu l'idée de créer un téléphone qui est orienté écologie et social dans sa production. C’est-à-dire qu'il y a, sauf erreur, deux matériaux, le tantale et l'étain, qui sont, on va dire, extraits d'une mine sans conflits en Afrique. Ils sont allés en Afrique vérifier que la mine fonctionnait de manière correcte, que les enfants ne travaillent pas, etc., que les déchets sont correctement recyclés. Et ils ont fait pareil en Chine sur une usine — il ne s'agit pas de Foxconn évidemment — où ils ont mis des exigences très fortes pour la Chine, on est bien d'accord, afin d'avoir une force de travail en Chine qui soit beaucoup plus protégée. Mais à mon avis, ce qui est aussi très important dans le Fairphone c'est qu'il a été conçu pour la durabilité. Il a été conçu pour durer. La batterie n'est pas soudée. Il y a deux emplacements pour les cartes SIM. Les plans sont quasiment open hardware ; alors je n'ai pas trouvé toutes les informations là-dessus, mais c'est en tout cas l'optique qu'ils ont, c'est d'avoir le plus possible de composants ouverts, et la couche logicielle qui est par-dessus, Android, elle, est complètement open source.

Il y a un autre exemple qui m'intéresse aussi beaucoup, c'est la iFixit12. C'est un réseau participatif sur Internet qui regroupe des manuels de réparation que les gens ont bien voulu créer pour ce site. Il y a un logiciel pour pouvoir créer les manuels de réparation qui est très bien fait. Et pour la petite histoire, Fairphone a livré les plans de réparation de son téléphone à iFixit directement.

Je vais passer assez vite là-dessus [il s'agit de Wikipédia, NdT] parce que c'est quelque chose que tout le monde connaît. Il ne s'agit pas d'informatique ici. Il s'agit de connaissance libre et participative. C'est, à mon avis, un des exemples majeurs, le fer de lance de l'esprit du Libre, dans l'informatique et en dehors de l’informatique. C'est quelque chose qu'il faut soutenir à tout prix. C’est une énorme chance d'avoir ce type de ressources sur la toile.

Je vais parler aussi un petit peu des licences, des licences, mais qui ne sont liées aux logiciels cette fois-ci, des licences qui sont liées au droit sur la propriété intellectuelle. Donc nous, tout le monde, peut créer quelque chose d'intellectuel, un œuvre d'art, une photo, un morceau de musique ou que sais-je, une poésie, par exemple, et automatiquement, si on ne dit rien, on a un copyright. Copyright veut dire tous les droits réservés. C'est le fameux C, qui habituellement est dans l'autre sens.

Maintenant, vous ne pouvez pas, avec le copyright, dire « j'aimerais garder des droits, mais j'aimerais aussi libérer des droits aux usagers qui vont pouvoir récupérer mon œuvre ». C'est le principe du copyleft et des Creative Commons. C’est de pouvoir avoir une forme de flexibilité dans les droits qu'on octroie aux personnes qui vont pouvoir bénéficier de nos œuvres. Et ça permet, je ne vais pas entrer dans le détail parce que ça nous amènerait trop loin, mais ça permet de reprendre le modèle des logiciels libres et des quatre libertés, adapté à des œuvres de l'esprit comme une photo, un morceau de musique, etc. Jamendo est un réseau de musique Creative Commons. Wikipédia, toutes les images dans Wikipédia, sont en Creative Commons.

Je me suis beaucoup intéressé, j'ai lu un livre qui s'appelle Utopie du Logiciel Libre – Du bricolage informatique à la réinvention sociale13, de Sébastien Broca, aux Éditions Le passager clandestin, qui est excellent et qui, lui aussi, reprend la philosophie du Libre et qui découvre effectivement dans ce livre et qui explique les mouvements qui sont en train de naître dans la société, en dehors de l'esprit du Libre, informatique, pur, mais dans l'open hardware et dans d'autres domaines.

Pour être cohérent, voyez, il y a le © copyright ici avec le Ɔ de copyleft en-dessus. Je me suis intéressé à savoir quelle était la licence de ce livre. Donc si on regarde à la page 3, et sauf erreur pour vous aussi, donc le livre en lui-même est en copyright. C'est un objet matériel. On n'est pas encore au point de libérer les objets matériels à ce point. En revanche, c'est marqué : « Cet ouvrage est placé dans sa version numérique sous licence Creative Commons et sera consultable librement sur le site internet de l'éditeur ». Donc ils ont une forme de cohérence qui est excellente. Cela ne voulant pas dire qu'on peut aller pomper effectivement tout le texte pour ne rien payer. Encore une fois il y a toute la logique de distribution, on se rappelle, dans la logique du Libre : on prend mais on rend aussi. Si c'est un livre qui nous intéresse, eh bien on l’achète. Si c’est simplement pour aller chercher une référence, on peut y aller librement sans l’acheter. Si on n'a pas d'argent, on peut quand même le lire. Voilà ! C'est ça un peu la philosophie qui est derrière.

Sur la partie durable, c'est-à-dire l'intersection des trois piliers, social, économie, environnement, il y a l'Open Source Ecology, dont on a déjà parlé cet après-midi sauf erreur, mais pour ne pas avoir de redite, je vais vous passer une petite vidéo14 qui explique ce mouvement, qui est en anglais, mais qui est sous-titrée français.

Marcin Jakubowski (sous-titres) : Salut. Je m'appelle Marcin, fermier, ingénieur. Je suis né en Pologne, je vis désormais aux États-Unis. J'ai lancé un groupe intitulé « Open Source Ecology » (« Écologie en Accès Libre »). Nous avons identifié les 50 machines les plus importantes qui, selon nous, permettent à la vie moderne d'exister depuis les tracteurs et les fours à pain aux graveuses de circuits imprimés. Nous avons essayé de créer une version accessible, FLVM, une version «faites-le vous-même » que n'importe qui pourrait construire et entretenir en ne supportant qu'une partie du coût. Nous appelons cela le Kit de construction du village global. Laissez-moi vous raconter une histoire.

J'ai fini à trente ans avec un doctorat en fusion énergique, et j'ai découvert que j'étais inutile. Je n'avais aucune compétence pratique. Le monde m'a offert de options et je les ai prises. On pourrait appeler cela un style de vie consumériste. J'ai créé une ferme dans le Missouri et appris les choses en rapport avec l'économie de la ferme. J'ai acheté un tracteur, qui cessa de fonctionner. J'ai payé pour qu'on me le répare. Et puis il cessa à nouveau de fonctionner. Alors, peu de temps après, j'étais moi aussi financièrement incapable de fonctionner.

J'ai réalisé que les outils bon marché, vraiment appropriés, dont j'avais besoin pour établir une ferme durable, n'existaient tout simplement pas encore. J'avais besoin d'outils robustes, modulaires, hautement efficaces et optimisés, peu chers, fabriqués à partir de matériaux locaux et recyclés qui dureraient toute une vie, non conçus pour l'obsolescence. Je me suis rendu compte que j'allais devoir les construire moi-même. Et c'est ce que j'ai fait. Je les ais ensuite testés. Et je me suis rendu compte que la productivité industrielle peut être atteinte sur de petites échelles.

Alors j'ai publié les plans en 3D, les schémas, les vidéos d'explication et les budgets sur un wiki. Des participants du monde entier sont apparus, réalisant des prototypes de nouvelles machines à l’occasion de visites de projets dédiées. Jusque-là, nous avons prototypé 8 des 50 machines. Le projet commence à grandir de façon autonome.

Nous savons que l'accès libre a réussi avec les outils de gestion de la connaissance et de la créativité. le même phénomène est en train de se produire avec e matériel. Nous nous concentrons sur le matériel parce que c'est lui qui peut changer la vie de gens de manière réellement tangible. Si on peut baisser les barrières autour de l'agriculture, de la construction, de la production, mous libérerons une quantité énorme de potentiel humain.

Cela ne vise pas seulement les pays en développement. Nos outils sont conçus pour le fermier, l’ouvrier, l’entrepreneur ou le producteur des États-Unis. Nous avons beaucoup d’intérêt chez ces gens-là qui peuvent maintenant lancer une société de construction, de fabrication de pièces détachées, d'agriculture bio, ou simplement revendre de l'électricité. Notre but est de devenir un répertoire en ligne de plans si clairs, si complets, qu'un simple DVD peut servir de kit de démarrage.

J'ai planté une centaine d'arbres en une journée. J'ai compacté 5000 briques en une journée en utilisant la terre sous mes pieds et j'ai construit un tracteur en six jours. De ce que j'ai vu, ce n'est que le commencement.

Si cette idée est vraiment solides, alors les implications sont considérables. Une meilleure distribution des moyens de production, une chaîne logistique respectueuse de l'environnement et une nouvelle culture su « faites-le vous-même » pourrait espérer venir à bout d'une rareté artificielle. Nous explorons les limites de ce que nous pourrions faire pour rendre le monde meilleur avec des technologies physiques en accès libre. Merci.

Applaudissements.

Samuel Chenal : Vous voyez, Creative Commons, la présentation est libre avec des droits particuliers qui lui sont octroyés.

Nous avons fait le tour de ces exemples d'inspiration des logiciels libres, de l'esprit du Libre, sur d'autres domaines et ce qu'on a observé ? Beaucoup de choses, on a observé beaucoup de similitudes, mais ce qu'on a surtout observé c'est que ces deux modèles prônent la réappropriation des composants de notre société par les citoyens devenus contributeurs actifs.

J'ai également un autre exemple à vous montrer. Je ne sais pas si vous connaissez LaRevueDurable. C'est une revue excellente qui parle de durabilité. Ce n'est pas une revue qui parle de logiciel, effectivement, c'est une revue qui est orientée sur la durabilité. Je relèverai deux numéros de cette revue qui sont à mon avis intéressants, c'est le 4915, sur les technologies de l'information et de la communication et l'impératif de sobriété pour ces TIC. Et il y a le 5116 qui est le dernier qui est sorti sur l'énergie citoyenne. Et ce qui est très intéressant dans ce numéro, c'est que l'énergie citoyenne c'est quoi ? C'est la réappropriation de la production d'énergie renouvelable par le citoyen, dans le cadre de coopératives, de mise en commun des efforts et des moyens, pour pouvoir réussir la transition énergétique. Rien de moins que cela. Ça ressemble à s'y méprendre à tout le reste qu'on a vu aujourd'hui. Si vous êtes intéressés par LaRevueDurable, excellente revue donc, j'ai quelques exemplaires ici, du 49 et du 51, qui sont vendus à dix francs pièce, donc à presque la moitié du prix de base, si cela vous intéresse.

Que faire, quand on va sortir de cette pièce et qu'on aimerait mettre en pratique ceci ? Ça paraît quand même peut-être très, très vaste. On ne sait pas par où s'y prendre. Moi, ce que je peux vous conseiller de faire, c'est d'essayer les logiciels libres, si vous ne les essayez pas déjà. Cela vous permettra de prendre conscience de la richesse qu'il y a derrière ces logiciels et surtout d'une forme de mascarade qu'il y a derrière le modèle traditionnel des logiciels privatifs.

De soutenir les communs. Les communs c'est précieux ! C'est précieux dans notre monde. Il faut les soutenir et il faut y contribuer. Et l’avantage avec Wikipédia, c'est qu'on peut y contribuer sans connaître une once d'informatique. La plupart du temps ce sont des boîtes à remplir et à cocher, il n'y a pas besoin d’être un développeur pour pouvoir contribuer.

Et le dernier, c'est de faire connaître l'esprit du Libre, comme on l'a vu aujourd'hui.

Voici quelques crédits et sources puisque qui dit logiciel libre ou esprit du Libre ne dit pas « on fait ce qu'on veut avec la connaissance ». On doit citer ses sources, très important, elles doivent toujours être citées. Ici ce sont quelques éléments sur lesquels je me suis appuyé pour faire cette conférence. Et bien sûr, cette conférence en elle-même est en Creative Commons ; donc si vous souhaitez la réutiliser pour l’améliorer, libre à vous. Les seules deux contraintes que vous avez, c'est de citer son auteur original, quand même, et de garder la même licence pour votre propre travail. C'est aussi simple que cela, c'est la philosophie du Libre qui est derrière. Et en plus, c'est un format ouvert, c'est un format SVG qui est tout à fait améliorable et éditable par n'importe quel logiciel libre de ce type.

Un petit zoom sur les deux symboles de la présentation que j'ai choisis : Wikimédia Commons qui est, à mon avis, un très bon porte étendard du Libre dans la connaissance et les trois patates durables que j'ai utilisées.

Voilà, j'ai terminé ma présentation, on peut passer, je pense, aux questions.

Animateur : On attend les questions. Donc qui veut passer en premier ? Pas de questions ?

Public : Tout d'abord merci pour cette présentation très intéressante. J'aurais néanmoins une réserve par rapport au concept, pas par rapport au logiciel libre, mais plus particulièrement de participation citoyenne qui est sous-jacent. Il y a un principe, je ne sais plus comment ça s'appelle exactement, ça s'appelle la loi des 20 %, qui dit que sur environ 100 consultations d'un site internet, par exemple Wikipédia, on a 20 % de personnes qui vont contribuer. Alors il y a 20 % qui contribuent, on a une amélioration globale, mais ça montre quand même que cet effet participatif citoyen qu'on souhaite est, dans la réalité tout du moins, assez limité. Donc la question qui se pose c'est : si on attend du citoyen qu'il participe, qu'il bénéficie des logiciels libres, qu'il puisse se servir gratuitement, mais d'autre part qu'on attend d'une façon plus ou moins explicite qu'il contribue dedans dans ses propres moyens, comment ça se fait qu'au final ça marche et que, quand on parle du système, au final la personnalité économique prédomine où chacun pompe mais au final personne ou presque ne contribue ?

Samuel Chenal : Alors, effectivement la question est de savoir, comme dans l’encyclopédie Wikipédia par exemple, les contributions sont relativement faibles comparées à la consultation. Comment est-ce qu'on pourrait, on va dire, augmenter ce taux ? Comment est-ce qu'on pourrait faire en sorte et pourquoi ce taux est si faible ? C’était ça la question ? Pourquoi le taux est si faible et comment faire pour l'augmenter ? C'est une très bonne question. Déjà, je pense que ce taux a augmenté. Déjà ! Il était encore plus faible avant et il reste marginal. C'est comme la proportion de Linux sur les postes de travail comparée à Windows et à Mac OS X, je ne sais plus si on est à 5 %, ou, je ne sais plus bien, mais ça reste marginal. Mais c'est toujours deux fois plus qu'il y a dix ans, etc. Donc il y a une tendance, une tendance qui est pour l'instant très, très faible à voir, je pense, mais en nombre absolu elle est peut-être plus importante. Je pense que ça va venir. Je n'ai pas la boule de cristal, mais je pense que ça va venir, et ce que j'ai lu dans ce livre qui était à mon avis très intéressant, c’était l'explication de pourquoi ce mouvement était arrivé et pourquoi il était en train de prendre de l'ampleur. Pourquoi ? Parce qu'il y a eu dans l'économie traditionnelle des initiatives de resserrement et de fermeture. Dans l'informatique, dans les années septante, eh bien il y a eu des fermetures par IBM, puis par Microsoft, etc. Tout a été refermé. Et il y a eu une réaction, finalement, face à ce mouvement de fermeture, qui a été la création du mouvement des logiciels libres.

Dans le monde du droit sur la propriété intellectuelle, c'est le même phénomène qui s'est passé. Il y a eu l'augmentation de cinquante à septante ans des droits sur la propriété intellectuelle, qui ne va pas du tout favoriser la créativité, on est bien d'accord ! Ces augmentations de temps, c'est cinquante ans à septante ans après la mort de l'auteur, ce n'est pas tellement favorable à la créativité. C'est plutôt favorable au porte-monnaie des ayants droit ! Ça oui ! Donc on se rend compte que l'économie essaye, dans une forme de retranchement, de se resserrer et de resserrer légalement ses possibilités de continuer à garder ce modèle actif. Donc les citoyens réagissent. Les citoyens ont créé Wikipédia. Les citoyens ont créé les licences libres au niveau des Creative Commons. Donc les choses bougent. Et plus le temps avance, plus j'ai l'impression que l'économie traditionnelle se retranche et plus les citoyens réagissent. On verra, peut-être que ça ne va pas aller assez vite, mais à mon avis on est sur une bonne tendance.

Animateur : Voilà. Y a t-il encore d'autres questions ?

Public : C'est juste une question. C'est quoi les limites d'une licence libre ?

Samuel Chenal : La question c'est quelles sont les limites d'une licence libre ? C'est ça ? Si on prend la licence GPL, à partir du moment où le logiciel respecte les quatre libertés, il respecte cette licence,our ma propre compréhension. Alors moi je ne suis pas un grand spécialiste juridique de ces questions, une des limites que je vois c'est que du code peut être incorporé, du code libre peut être incorporé dans du code propriétaire, sans que personne ne le sache et, finalement, serve à une entreprise classique pour pouvoir produire des bénéfices. Ce que j'avais remarqué c'est que la Free Software Foundation avait beaucoup de juristes et beaucoup d’avocats pour pouvoir, justement, lutter contre cette faiblesse-là, qui n'est peut-être pas forcément une faiblesse réelle, mais qui est une difficulté de tous les jours, de pouvoir garder un œil sur tout ce qui pourrait être, de manière illégale, réincorporé dans du code propriétaire. Moi, c'est une des limites que je vois. Je n'ai pas une vision de développeur, je ne suis pas développeur moi-même, tout en étant informaticien je ne suis pas développeur, mais j'ai une vision de ce type-là. Peut-être que quelqu’un d'autre a une vision qu'il pourrait peut-être partager avec nous sur cette très bonne question d’ailleurs.

Animateur : Personne ?

Samuel Chenal : Les limites des licences libres.

Public : Pour définir les limites, il faudrait peut-être savoir dans quelle direction vous cherchez des limites? Au niveau juridique ? Au niveau technique ?

Samuel Chenal : Par exemple, oui.

Public : C'était général. Les applications, le matériel et tout ça.

Samuel Chenal : Alors ce qu'il faut aussi voir c'est que beaucoup d'entreprises privées ont récupéré le modèle libre pour elles. Si on prend Google, Facebook, Twitter, etc., Yahoo, toutes ces entreprises ont fondé leur système sur des logiciels libres. Et, sauf erreur, un des plus gros contributeurs du noyau Linux c'est IBM. Donc ce qu'il faut se dire c'est que les grandes entreprises ne sont pas naïves. Elles savent bien qu'il y a un modèle, il y a des choses très importantes à faire. Google, ils font le Google Summer of Code en été. Chaque année, ils invitent des développeurs du monde entier pour développer des logiciels libres. Et c'est du vrai Libre, c'est-à-dire que le produit est remis à la communauté. Mais, pour ces entreprises, ça leur coûte moins cher, ça leur coûte moins cher parce que la communauté participe. Donc les grands acteurs, on va dire récents, je ne suis pas en train de parler de Microsoft par exemple, mais les grands acteurs récents du logiciel, on va dire les grands acteurs de l’informatique, Internet principalement, ils ont un pied dans le logiciel libre et ils en sont contents. Ça c'est clair !

Moi je vous invite à aller voir une conférence qui a été faite au Fêtons Linux de l'année passée, qui était faite par un professeur de philosophie je crois, que j'ai revue dernièrement qui est passionnante et qui dit que le Libre va vaincre parce que justement le propriétaire ou le privatif n'a pas d'armes suffisantes pour pouvoir vaincre cette guerre. Et, en quelque sorte, il prédit l'ouverture du code de Windows. Après on peut avoir un avis x ou y vis-à-vis de cette déclaration, mais c'est quelqu'un qui est encore plus enthousiaste que moi sur ces aspects de liberté des logiciels, en disant que c'est un modèle qui est solide et qui est beaucoup plus solide que ce qu'on croit. Ce n'est pas uniquement un logiciel qui est développé sur un coin de table par un barbu avec des chaussettes en laine. Non ! C'est vraiment un élément qui est clairement intégré dans la structure économique actuelle.

Animateur : Mais je crois que la question de monsieur c’était plutôt quel est l’intérêt, finalement, à faire du Libre pour un individu ? Qu'est-ce qu'il a à en tirer ? C'est plutôt ça votre question ? Qu'est-ce qui va le pousser à le faire ?

Public : Non. C'est dans l'ensemble quoi ! En tant que particulier, en tant qu'entreprise. On l'appelle, par rapport au temps qui est passé, il faudra facturer.

Public : Oui. Si c'est par rapport à l'argent, tout ça. Ce n'est pas juste quelque chose qui soit matériel, genre un tracteur, ou immatériel, une musique ou un logiciel. Il n'y a pas que la vente directe. Il y a tous les services. Vous faites un logiciel, moi je travaille dans une boîte qui fait du logiciel libre, on a un logiciel qui a été fait par d’autres et nous on propose de l'installation, de la maintenance, des réponses sur mesure, et tout ça c'est pas mal de services qu'on peut proposer et gagner de l'argent dessus. Si vous faites un logiciel libre, vous dites : « Ah ! Eh bien maintenant, je vais librement le répandre sur Internet. Il va pouvoir se répandre plus facilement qu'un logiciel propriétaire. Il va y avoir plus de gens qui vont se dire "Ah ben tiens je vais le tenter. Je n'ai à rien payer, je n'ai rien à perdre, je le teste" ». Et du coup vous avez un peu plus de chance d'avoir de la clientèle pour fournir à des services derrière. Quand vous faites un tracteur, après il y a la fabrication, il y a le logiciel qui tourne dessus.

En fait, si vous vouliez parler seulement d'argent, dans le logiciel libre il y a tellement de façons de gagner de l'argent avec quelque chose de matériel ou d'immatériel qu'au final mettre l'origine, le code source ou les plans sous licence libre et gratuitement sur internet, vous n'y perdez pas grand chose. Si vous vous débrouillez bien, vous pouvez même gagner plus que ce que vous y perdriez et du coup c'est tout bénef. Après, le code libre ce n'est pas une solution magique. Il ne suffit pas de dire : « Je mets mon code comme ceci, et puis voilà, je deviens riche ! » C'est juste que bien voilà dans Le libre comme dans le propriétaire, il y a des obstacles, il faut être intelligent, il faut réussir à acheter, il faut prendre les bonnes décisions au bon moment et ce n'est pas parce que vous allez choisir du Libre que vous allez forcément vous planter ou forcément réussir.

Samuel Chenal : Je dirais juste en ajout, je prends un exemple qui est assez intéressant. Pythagore n'a jamais mis une licence sur son théorème et son théorème a été utilisé par tous les mathématiciens suivants et ça a fait progresser les mathématiques d'une manière fulgurante. Ce modèle, le modèle du Libre, il est aussi là pour accélérer la connaissance, accélérer le progrès, si on veut, dans une certaine forme, puisque justement on n'a pas de barrière liée au coût d'entrée et que, comme il l'a dit, tout est basé sur le service. Le service à valeur ajoutée, c'est-à-dire qu'on a quelque chose qui est mesurable pour un bien qui est immatériel. Et ça, c'est très important. C'est très compliqué à justifier le prix d'un logiciel immatériel, à l'unité, puisque son coût marginal est proche de zéro. En revanche, c'est très facile à mesurer ou à monétiser un service, par exemple, comme je le disais tout à l'heure, la traduction d'une application en français. Voilà, ça va prendre vingt heures de développement. Eh bien on calcule, vingt heures de développement à tel prix et voilà, ça nous fait la facture et ça c'est très facile à faire. Et c'est beaucoup plus concret et les gens se sentent moins floués que de payer 700 francs pour un produit qu'on a simplement téléchargé. Pourquoi ? Et puis pourquoi on a payé 700 francs ? Est-ce que ça a coûté 700 francs ? Ou ça a coûté 200 francs à l'entreprise qui l'a produit ? Non ! Beaucoup moins. Ça questionne, également. La grosse difficulté qu'on a actuellement avec l'immatériel, que ce soit dans la musique, dans le logiciel ou dans l'art.

Public : Effectivement, c'est l'idée d’arriver dans un mécanisme de rente, en fait finalement.

Samuel Chenal : De rente, exactement.

Public : Quand on vend un logiciel, on vend une copie. Mais en soi, la copie, s'il n'y a pas de support, aujourd'hui avec Internet, elle ne vaut rien la copie. C'est une copie. Ça en passe dix, quinze, vingt mille, ça coûte le même prix. Au final, ce qui a coûté c'est le travail qui est derrière. Et là, on peut très bien s'imaginer un organisme de service sur le travail, en disant si on paie tant pour ajouter une fonctionnalité, c'est un nouveau service par exemple, et là on est payé au travail et pas dans un mécanisme de rente.

Samuel Chenal : Il y avait une question au milieu, sauf erreur.

Public : Ce code qu'on peut modifier, quels moyens de contrôle il y a ? Est-ce qu'on fait valider ces modifications par quelqu'un qui est un informaticien quel qu'il soit. Si on rajoute des bugs, on se retrouve avec des…

Samuel Chenal : Je ne fais partie d'une communauté de développement d'applications particulières. J'ai lu quelques articles à ce sujet. C'est passionnant. C'est une organisation en réseau. Il y a un écrivain qui a sorti un livre qui s’appelle La Cathédrale et le Bazar17, qui est très intéressant à ce sujet ; et le logiciel libre est souvent comme étant un bazar en termes de développement. Mais si on prend, par exemple, le noyau Linux, il y a des personnes qui vérifient ce qui a été fait. Ce sont des gens qui sont à cette position-là par méritocratie, c'est-à-dire qu'ils sont arrivés là par leur mérite dans leur domaine. Pas parce qu'ils ont fait de grandes études ou parce qu'ils ont été poussés par le voisin ou etc. Il y a toute une architecture dans le développement d'applications open source et libres qui est assez fascinante. Ce sont des nouvelles architectures d'organisation économique ou d'organisation de groupes de travail. Je ne sais pas, tu vas peut-être amener une expérience particulière sur le sujet ?

Public : Ouais, en fait tout dépend du projet.

Samuel Chenal : C'est ad hoc.

Public : Il y a presque autant de façons de s'organiser que de types de projets différents. Il y en a un basé sur la méritocratie, c'est celui qui fait inaudible. Il y en a un basé sur un dictateur bienveillant, un type qui a lancé le projet qui décide de tout. Il y a d'autres mécanismes qui sont démocratiques où chaque année on se réunit autour de celui qui va diriger, alors ça c'est plutôt pour les projets plus grands. Voilà. Après tout le processus de vérification du code ça dépend beaucoup du projet. Il y en a où c'est un type du projet qui va tout vérifier ; d'autres où il y a des contributeurs de confiance, ils sont là depuis des années donc on commencent à leur donner un peu plus d'accès. De toutes façons, tout le code est disponible. Pour faire un logiciel libre, surtout quand on décide de distribuer sous Linux, il n'est pas simplement diffusé sous format binaire. En général, sous Linux, vous ne connaissez souvent que le code source et ensuite vous allez avoir une dizaine, une vingtaine de distributions qui vont compiler votre programme, le distribuer et, à chaque fois, on fait des dizaines d'éditions. Donc à chaque fois il y a quelqu'un qui va regarder un petit bout du code, donc à chaque fois il y a — enfin presque à chaque fois, tout dépend du projet — mais il y a les moyens de vérifier et de s'assurer qu'il n'y ait pas de problèmes, pas trop de problèmes de types qui insèrent du code.

Il y a quelques années, dans le kernel de Linux, il y a eu une tentative, un type qui s'est amusé à vouloir mettre une porte dérobée dedans. Je crois que ça a pris 24 heures entre le moment où il a déposé la demande de vérification et le moment où ça a été traité. Ça n'a même pas été inclus dans les sources d'origine. En 24 heures quelqu’un a juste vérifié, après c'est juste, c'est dans le projet en fait de vérifier là c'est toute une structure, toute une procédure pour s'assurer qu'il n'y ait pas trop de problème. Voilà.

Samuel Chenal : Voilà. Je pense que c'est fini. Si vous êtes intéressés par LaRevueDurable que j'ai proposée tout à l'heure, n'hésitez pas à passer me voir. Et je souhaite une bonne fin de journée à tous. Merci.

Animateur : Merci beaucoup.

Applaudissements

[RE]connectez - La journée pour penser nos usages numériques à Marseille

APRIL - mer, 26/04/2017 - 03:45
Début: 28 Avril 2017 - 09:00Fin: 28 Avril 2017 - 17:00

Jean-Christophe Becquet, président de l'April interviendra comme expert dans le cadre de [RE]connectez - La journée pour penser nos usages numériques organisée par les étudiants du Master 2 Ressources Humaines Économie Sociale et Solidaire de l'Université d'Aix Marseille. Rendez-vous vendredi 28 avril 2017 de 9h à 17h à la Cité des Métiers, 4 rue des Consuls à Marseille.

« LIBRE, ÉTHIQUE, HUMAIN, ces notions représentaient l'ambition des pionniers du net dans les années 60. Presque 60 ans plus tard, que peut-on espérer d'un outil devenu incontournable dans nos vies privées et professionnelles ? L'objet numérique accapare de plus en plus notre temps, nos relations, notre mode de communication, nos façons de travailler, nos libertés individuelles, associatives et entrepreneuriales. L’Économie Sociale et Solidaire, espace économique porteur de sens, peut-il et se doit-il [RE]penser nos usages numériques. ? »

Logiciel libre et innovation ouverte - Thierry Carrez

APRIL - mar, 25/04/2017 - 11:54

Titre : Logiciel libre et innovation ouverte : un modèle de développement néguentropique
Intervenant : Thierry Carrez - OpenStack
Lieu : Académie d'été de philosophie - Épineuil-le-Fleuriel
Date : Août 2015
Durée : 1 h 01 min 25
Visualiser la conférence
Licence de la transcription : Verbatim

Transcription

Bonjour à tous. Bienvenue. J'ai la lourde tâche de faire la dernière présentation. Ça va être un peu moins technique que celle de Christian. On va parler de collaboration, on va parler de logiciel libre, une assez longue digression sur le cloud computing. Ça devrait bien se passer, je pense.

En exergue de cette discussion, j'ai ce proverbe africain qui résume pour moi la valeur de la collaboration, de la coopération, proverbe qui dit : « Si vous voulez aller vite, vous cheminez seul. Si vous voulez aller loin, vous cheminez ensemble ». Je pense qu'il y a aussi une intéressante réflexion sur la vitesse, puisque, en gros, pour une vision à long terme, il faut cheminer ensemble et non pas seul. Contrairement aux précédents intervenants, y compris mon illustre prédécesseur, je ne cite pas de philosophes, parce que je ne suis pas un philosophe ; je suis un ingénieur et je ne suis même pas un philosophe-ingénieur. C'est très décevant. J'habite Épineuil, donc Bernard m'a un petit peu invité en voisin pour parler de ce sur quoi je travaille. Dans les quatre jours qui ont précédé, on m'a demandé souvent : « Qu'est-ce que tu fais ? » et j’explique : « Il va falloir une heure pour expliquer ». Là voilà, l'heure pour expliquer.

Pour moi c'est une expérience sociologique d'organisation, qui a maintenant cinq ans, sur laquelle un retour d’expérience est maintenant possible. On manque beaucoup de solutions pratiques, néguentropiques, on manque de scénarios alternatifs, on manque d’organologie pratique, comme le disait Bernard, ou de traductions en économie des principes sur lesquels on a eu cette réflexion toute cette semaine, et, à mon avis, ce projet est un bon exemple pratique, existant, fonctionnant dans le monde actuel, pas forcément comme un des plans sur la comète sur la blockchain 2.0. Donc on va un petit peu parler de détails.

Qu'est-ce que je fais actuellement ? C'est assez difficile à expliquer parce que cela mobilise un certain nombre de concepts qui sont étrangers à la plupart des gens, et c'est pour ça qu'il faut une heure pour expliquer. Je coordonne le développement mondial, en logiciels libres et en innovation ouverte, d'un ensemble de logiciels, permettant de fournir une infrastructure de type cloud computing. Donc ça fait beaucoup de concepts.

Public : Vous pouvez le redire ?

Thierry Carrez : Ouais. Donc je coordonne le développement mondial, en logiciels libres et en innovation ouverte, d'un ensemble de logiciels, permettant de fournir une infrastructure de type cloud computing. Je dois le lire sinon je n'y arrive pas. Donc beaucoup de concepts étranges, et pour expliquer vraiment le détail du projet, je vais d'abord expliquer ce que j'entends par infrastructure de cloud computing, et ce que j'entends par logiciel libre et innovation ouverte. Comme ça vous aurez le thème et la manière de faire, et ensuite on parlera du projet.

Tout d'abord qu'est-ce que j'entends par cloud computing ? Pour le grand public, le cloud computing ça va être le stockage en ligne, on va dire. Pour cet auditoire c'est plutôt le big data, l'arme du capitalisme computationnel. Mais pour moi, stockage en ligne tout comme big data, sont deux conséquences, deux conséquences parmi d'autres du cloud computing qui est une technologie. Et pour expliquer ça, je vais d'abord un petit peu replacer cette idée dans un contexte technologique, un contexte de marché, ce qui se passe actuellement dans le domaine de l’informatique, mais aussi, en général, sur l'évolution des technologies.

Une nouvelle fois, je ne suis pas un philosophe, je cite des ingénieurs. Marc Andreessen est un ingénieur informatique, créateur de Netscape dans les années 90, qui est devenu depuis venture capitalist à succès de la Silicon Valley, très influent, qui a fondé Andreessen Horowitz, qui est une grosse firme de venture capital de la Silicon Valley. Il a déclaré en 2011 que le logiciel mangeait le monde. Quand vous entendez « le logiciel mange le monde », vous pensez sans doute à Google, qui est une société purement informatique, machine à générer des protentions automatiques, dont l'impact sur nos vies quotidiennes a été le plus significatif. Tout le monde recherche sur Google et donc, par extension, le contrôle et le pouvoir qui en dérive, est le plus inquiétant. Mais quand Andreessen parle de dévorer le monde, il ne pense pas vraiment à Google. Il pense plutôt à Amazon. Donc Amazon, qui est une société principalement logicielle, qui a révolutionné une industrie en place, celle de la distribution de biens et de services, sans posséder un seul magasin. Qui n'a pas acheté quelque chose sur Amazon ? Levez la main. Ah ce n'est pas mal. Vous êtes bien !

Public : Inaudible.

Thierry Carrez : C'est assez pratique, hein ! Moi-même, je consomme beaucoup d'Amazon. Mais ce n'est pas le seul exemple d'industrie de logiciels qui a mangé le monde. Donc Uber et Lyft, qui sont les deux plus grosses applications de partage de transport dans le monde, ont fait chuter de 65 % le nombre de voyages en taxi dans la ville de San Francisco depuis le moment où ils se sont installés. Donc ils ont, effectivement, complètement annihilé une industrie en place, qui est en place depuis très longtemps.

Airbnb, qui est donc une société de listing de bed and breakfast ou de chambres que vous pouvez partager chez vous, va loger chaque nuit de cet été 800 000 personnes. Pour se donner une idée, Accor, le groupe Accor qui est le gros fournisseur de chambres d’hôtel, c'est 450 000 chambres d’hôtel. Même en supposant qu'ils les remplissent toutes, toutes les nuits, ils n'arriveront pas au niveau de Airbnb, qui donc arrive à ces niveaux-là sans posséder un seul hôtel, juste avec du logiciel.

Netflix, c'est 50 % des 15 ans 35 ans aux États-Unis qui sont abonnés. Il y a toute une génération exposée à Netflix plus qu'à toute autre solution. Et derrière tous ces concepts, derrière toutes ces entreprises, il y a l'idée que le logiciel n'est plus une spécialité. Ce n'est plus, on va dire, quelque chose que certaines personnes dans l'entreprise font, c'est vraiment une fonction organique de l'entreprise. De la même manière qu'au début du 20e les entreprises, les usines, avaient un service électrique pour fabriquer de l'électricité. Eh bien nous, dans le 20e siècle, on a eu des services informatiques pour fabriquer de l'informatique, en quelque sorte.

Et dans ces entreprises, il n'y a pas de service informatique. Ce sont des entreprises qui respirent l'informatique dans l'ensemble des fonctions de l'entreprise. Et ce qui rend possible cela, c'est l'évolution de la technologie informatique. Donc toute technologie suit cette courbe de maturité qui a été formulée par Simon Wardley, qui est un analyste de l'innovation. En gros, elle devient de plus en plus définie, de plus en plus certaine, et, dans l'autre sens, de plus en plus diffusée. Toute technologie va évoluée dans cette courbe, toujours vers plus de définition et plus de diffusion, mais plus ou moins rapidement. Elle peut rester bloquée pendant des dizaines d'années à un certain stade, etc., mais ça va toujours dans le même sens.

Elle commence comme innovation, comme quelque chose qui va être des prototypes, de la recherche, des versions fabriquées de bric et de broc et, à partir du moment où elle a atteint un certain niveau de certitude, on va passer dans une phase de productisation, qui est une phase de différenciation, et une phase de diffusion. Donc typiquement, on va avoir beaucoup de versions différentes de cette technologie-là qui seront accessibles, pour essayer d'atteindre le plus grand nombre.

Et puis, à un moment, on arrive à une commodité, on arrive à un niveau de définition de la technologie qui est tel que les gens n'arrivent plus à se différencier sur le produit, et le produit devient standard, il devient universel, il devient consommé à la demande, il devient payé à l'usage. Et c'est la fin de cette technologie-là. Et une fois qu'elle est devenue une commodité, elle va nourrir une nouvelle vague d’innovations, elle va être tellement utilisée en tant que commodité qu'elle va nourrir de nouvelles vagues d'innovations et de nouvelles technologies.

Si on prend des exemples, l’électricité est tout au bout de cette chaîne. Quand vous branchez quelque chose sur une prise électrique, vous savez que vous allez obtenir du 220 volts, qui ne va pas être vraiment différent s'il est produit par EDF, par GDF, ou je ne sais qui. C'est une fonction qui est universelle, à la demande, payée à la demande, et présente partout, sur laquelle on peut compter, comme l'eau du robinet, dans nos pays.

La voiture, elle, est plutôt au milieu de cette courbe. Elle a du mal à avancer vers une commodité puisqu’elle joue sur des réflexes humains qui sont le plaisir de conduire, ma voiture est plus belle que la tienne, etc. Pour l'instant elle a du mal, elle cale dans cette phase de productisation, on continue à faire des voitures différentes. Pourquoi ? On ne sait pas très bien. Il y a un moment où ça va devenir une commodité, un moment où les voitures automatisées vont se balader dans les villes, et puis vous rentrerez dedans, vous lui direz : « Je veux aller là », elle ira là-bas. Et Google a déjà, si vous passez souvent en Silicon Valley comme je le fais, vous allez croiser des voitures qui n'ont pas de conducteur et qui sont des espèces de petites bulles dans lesquelles vous pouvez rentrer et lui dire où vous voulez aller. C'est assez flippant !

Le voyage spatial est en train de sortir de l'innovation. On a des sociétés comme SpaceX qui sont en train d'industrialiser, un petit peu, le lancement de satellites, le voyage spatial, avec des fusées réutilisables, avec des fusées qui se reposent sur leur socle. Transformer quelque chose qui était purement de la science-fiction, de la recherche, en quelque chose d'industriel et de réalisable. Donc on est au tout début de la phase de produits pour le voyage spatial.

L'informatique, elle est là. Elle en est à la fin de la phase des produits. Elle est dans l'entrée de la phase de la commoditisation. Quand je dis l'informatique, ce sont des serveurs, des serveurs virtuels, des unités de traitement, de l'espace de stockage. Et on est en train de rentrer dans cette phase où elle devient une commodité. C’est-à-dire que les gens la consomment, de manière un petit peu indifférenciée, universellement accessible, consommée à la demande, payée à l'usage. Et c'est ça le cloud computing. Le cloud computing c'est cette transition entre cette phase de produit, cette industrie de produit, vers une industrie de services et de commodités, pour l'informatique. Donc c'est l'évolution naturelle de la technologie informatique, en quelque sorte. Ce n'est pas bon ou ce n'est pas mauvais en soi. Le problème avec le cloud computing aujourd'hui, ce n'est pas la technologie vraiment. En tout cas, c’est ce que je postule ici. C'est que c'est assez difficile à mettre en œuvre, c'est assez compliqué, ça demande de gros investissements. Généralement, il va falloir que vous construisiez des datacenters. Au lieu d'avoir chacun votre petite salle serveurs dans votre petite entreprise, et que le truc n'est pas très bien réfrigéré, et puis l'informaticien local qui rame un peu pour que ça tourne tous les jours, eh bien vous allez louer de la ressource informatique, à la demande, au moment où vous en aurez besoin, à quelqu'un. Ou alors vous allez avoir un service dans l’entreprise, mais qui sera purement dédié pour fournir ça pour le reste de l’entreprise, fournir de la ressource brute pour le reste de l’entreprise.

Donc, comme ça demande de gros investissements, là on voit ici une image d'un datacenter de Facebook, ce pouvoir est aujourd’hui, le pouvoir du cloud computing, cette nouvelle évolution de l’industrie informatique, est centralisé entre les mains de quelques puissants. Donc on a de très gros clouds privés qui servent les intérêts de Google et de Facebook. Christian parlait de containers tout à l'heure. Chaque semaine Google lance deux milliards de containers sur ses datacenters, c'est-à-dire va relancer des espèces d'unités de traitement, en continu, sur une informatique qui est un petit peu dématérialisée. Ils sont très en avance dans ces domaines-là. Et donc, finalement, tout l'aspect négatif du cloud computing pour cet auditoire, c'est le fait que cette technologie-là est utilisée exclusivement, aujourd’hui, pour produire des rétentions tertiaires, pour produire ces profils marketing qui vont servir uniquement les intérêts de Google et de Facebook au lieu de, potentiellement, pouvoir être utilisée, utiliser cette même technologie pour faire des choses plus intéressantes.

Alors il y a des clouds privés. Comme je vous le disais, Google, Facebook ont leurs propres datacenters. Il y a aussi ce qu'on appelle des clouds publics, qui sont construits pour permettre de louer de la ressource, permettre à d’autres de louer de la ressource. Les startups en Silicon Valley, en général aujourd'hui, n'achètent plus de serveurs, plus jamais. Elles louent de la ressource à un cloud public qui leur fournit, qui a installé le datacenter pour elles, si vous voulez. Elles consomment à la demande. Si ça marche bien elles en consomment plus, si ça marche moins bien elles consomment moins, etc. Mais ces clouds publics, qui sont donc une manière de donner l'accès à cette technologie au plus grand nombre, il y a aujourd'hui un quasi monopole dans le domaine, dans lequel on retrouve nos amis d'Amazon. Vous ne connaissez peut-être pas Amazon Web Services, mais c'est 8 % du chiffre d'affaires d'Amazon, c'est la seule division profitable d'Amazon. Il faut savoir qu'Amazon ne fait pas de profits. Une raison pour laquelle ce n'est pas cher, ils captent, ils captent. C’est une boîte qui ne fait pas de profits. La seule division qui fait des profits c'est celle-là. Ils ont un ensemble qui est dix fois plus gros que leur quatorze concurrents suivants. Christian disait Microsoft, IBM, Google, etc. Amazon est dix fois plus gros que tous les autres combinés en termes de nombre de serveurs installés. Donc aujourd'hui, en fait, si vous demandez à une start-up de Silicon Valley qu'est-ce qu'ils utilisent pour leur informatique, ils vont répondre Amazon Web Services, dans 99 % des cas.

Aujourd’hui on se retrouve avec cette évolution technologique qui est asservie par les puissants dans quelques plates-formes fermées, ou par un monopole de la fourniture, de la ressource pour les autres. Mais pour moi le cloud computing est vraiment un pharmacon, c'est-à-dire qu'il peut être aussi utilisé pour guérir le problème. On voit le mal, aujourd'hui, cette technologie qui est utilisée uniquement par les puissants, mais, en fait, on peut utiliser cette même technologie pour résoudre le problème.

La solution c'est de démocratiser cette technologie, en la rendant accessible au plus grand nombre, d'avoir plein de tout petits clouds locaux, interopérables, de territorialiser le cloud computing. Et c'est le but du projet sur lequel je travaille, et le moyen d'y arriver, c'est le logiciel libre et l'innovation ouverte. Donc, on va donc maintenant passer à la deuxième partie, le logiciel libre.

Je suppose que dans cette assemblée il y a pas mal de gens qui savent déjà ce que c'est, mais je vais retracer ça un petit peu de manière pratique.

Le logiciel c'est un ensemble de code, d’instructions. À partir des années 70 est apparu le concept de logiciel propriétaire. Il faut savoir que ça n’existait pas avant. Avant, on échangeait le code qui était exécuté par les machines. À partir des années 70, on a diffusé une forme compilée, prête à être exécutée, où on ne diffuse plus les instructions elles-mêmes, mais le programme sous une forme qui est prête à être exécutée. On garde le code source comme un secret de fabrication, en quelque sorte, comme une étape intermédiaire. Et on restreint énormément comment ce logiciel a le droit d’être utilisé. C'est-à-dire on va dire : « Eh bien, il faut payer pour l'utiliser, il faut payer une licence ». Ou bien, il faut accepter cette longue liste de conditions, que vous cliquez sans même les lire parce que c’est trop long. Il faut les lire, c'est assez édifiant !

En réaction à ce mouvement du logiciel propriétaire est apparu le logiciel libre, ou open source, je reviendrai sur la distinction dans quelques minutes. Le logiciel libre c'est un ensemble de licences très standardisées, ça reste des licences, ce n'est pas un espace de non-droit. Au contraire, à la limite, c’est un espace qui est beaucoup plus précis, légalement, que ne l'est le logiciel propriétaire. Donc un ensemble de licences standardisées, mais qui ont un certain nombre d’éléments en commun. Donc publication du code source, autorisation de la modification, la redistribution, et, en général, absence de restrictions sur la manière de l'utiliser. Vous ne pouvez pas dire : « Vous n'avez pas le droit de l'utiliser si vous êtes, je ne sais pas, Daesh ou je ne sais quoi ». C'est quelque chose qu'on ne peut pas retrouver dans une licence de logiciel libre.

Cette approche qui consiste donc à donner l'accès au code source, à redonner l'accès au code source, a un certain nombre d'avantages pour les utilisateurs. Il y a des limitations de coûts : c'est souvent gratuit, pas toujours, mais c'est souvent gratuit du fait que le code source étant diffusé, eh bien les capacités de vendre le code source sont assez limitées. Quand je parle de coût, c'est aussi un coût légal. Il faut savoir que pour les grandes entreprises, c'est coûteux d'acheter du logiciel propriétaire, parce qu'ils doivent évaluer la licence du logiciel propriétaire, ces grandes choses que nous on clique sans même les lire. Ils ont des services légaux qui passent leur temps à essayer de décortiquer si c'est quelque chose que leur entreprise peut accepter ou pas. Généralement il y a marqué « quoi qu'il vous arrive en utilisant le logiciel, ce n'est pas ma faute, etc. » Et, pour une entreprise, c'est très coûteux la consommation de logiciels propriétaires.

Il y a une capacité à auto diagnostiquer et à corriger soi-même. Ça, je pense que c'est le gros point qui font que les entreprises, aujourd'hui, adoptent massivement le logiciel libre. C'est cette capacité à « on a des équipes techniques chez nous, eh bien elles peuvent commencer à regarder à l'intérieur du problème, et, potentiellement, proposer un correctif », ce qui est totalement impossible avec le logiciel propriétaire, où la seule alternative est d’essayer d'appeler Microsoft pour dire que votre logiciel ne fonctionne plus. Ça c'est pareil, c'est un truc à essayer : essayez d'avoir Microsoft au téléphone !

La qualité et la sécurité. La qualité parce que, le code source étant publié, eh bien on va avoir tendance à écrire un code source beaucoup plus clair, on va avoir tendance à avoir beaucoup plus de gens qui regardent le code aussi donc, en termes de sécurité, on va avoir beaucoup plus d'analyses de sécurité qui sont faites sur le logiciel libre que sur le logiciel propriétaire, et donc, paradoxalement, ça va conduire à plus de sécurité sur le long terme.

Et enfin, l’absence de lock-in, qui est la possibilité, finalement, si vous n’aimez plus le fournisseur de votre logiciel libre, eh bien vous pouvez toujours prendre le code, continuer à le maintenir vous-même. Vous n'avez pas cette option avec le logiciel propriétaire.

Donc ça, ce sont les avantages pour les utilisateurs, les gens qui vont, comme moi ici, installer Linux sur leur portable.

Pour les développeurs, pour les sociétés qui font du code aujourd'hui, pourquoi faire du logiciel libre ? Pourquoi ne pas garder le code source pour soi, essayer d'avoir une stratégie de monétisation qui va être de le revendre ? Il y a quatre raisons.

Il y a la raison un petit peu officielle, c'est pour être un bon citoyen : j'utilise du logiciel libre, il faut bien que je redonne au mouvement. Voilà. Pratique ! Ça a convaincu une certaine frange de l'industrie, mais, pour aller au-delà, il faut d'autres raisons.

Deuxième raison, c'est l'injection de l’innovation. Ce sont généralement les entreprises qui sont en avance dans la courbe de l'innovation qui vont pousser du logiciel libre parce que, pour elles, plus ça va vite, mieux c'est, parce qu'elles sont en avance sur les autres, si vous voulez. Donc, pour ces entreprises-là, donner, en quelque sorte, ce qu'elles développent, développer ce qu'elles fabriquent, en logiciel libre, est une manière d'accélérer l'innovation dans ce domaine-là, sur lequel elles sont en avance sur les autres.

Il y a l'augmentation de la qualité. Si quelqu'un est en train de coder dans une entreprise en sachant que le code qu'il écrit va, peut-être, être vu par plusieurs millions de personnes le mois prochain, on a tendance à documenter son code, on a tendance à écrire plus proprement. Et un code écrit plus proprement, ou avec des tests, ça a beaucoup plus de qualité.

Et enfin, le recrutement. Il y a une très grosse tension sur le marché du développeur, un petit peu partout dans le monde, et donc, finalement, c'est aussi une vitrine technologique, en quelque sorte : « Regardez tous ces problèmes intéressants sur lesquels on travaille, regardez le code qu'on produit. Vous qui aimez bien le logiciel libre, venez donc chez nous, regardez, on en fait. » Et ça devient, à la limite, le plus important des quatre, aujourd'hui.

Ces quatre raisons, je ne les ai pas sorties de ma tête, c'est, en fait, Facebook qui les a données dans une conférence à laquelle j'ai assistée le mois dernier à Portland. Facebook dit : « Nous, on développe en open source, et voila pourquoi ». Et le recrutement n'est clairement pas le dernier, puisque pour Facebook, recruter ! Ce n'est quand même pas génial Facebook ! Facebook, comme ça, travailler pour de la pub, chez les affreux ! Par contre « ah ! Ils travaillent sur un problème très intéressant. Ce code-là qu'ils ont publié me semble très intéressant ! » Travailler chez Facebook !

Donc un petit historique de l'évolution du logiciel libre. Il est né dans les années 70 sous l'impulsion de Richard Stallman, en réaction à l'apparition, dans ces années-là, du logiciel propriétaire, comme je l'ai déjà dit. Il avait défini quatre libertés fondamentales : liberté d'exécuter le programme, liberté d'en étudier le fonctionnement, liberté de redistribuer des copies, liberté de distribuer des versions modifiées. Donc ça, ça a très bien marché dans les années 70. Mais cette définition qui est purement orientée sur les libertés, en quelque sorte, du consommateur du produit, n'était pas un langage qui parlait vraiment, on va dire, à l’entreprise informatique standard. Et donc, il y a une autre formulation qui est arrivée, qui est la formulation de l'open source, vers la fin des années 90, qui insiste plus sur la publication du code, sur la licence, que sur la liberté fondamentale, en quelque sorte. Et c'est une lecture qui est, en gros, de la même chose, c'est une autre manière de présenter les choses, mais ça a été beaucoup plus facilement accepté par l'entreprise que cette chose où on dit : « Voila tout ce que vous allez avoir le droit de faire ». Cette approche-là décrit techniquement ce que ça veut dire, mais ne rentre pas dans le détail des libertés. Ce sont les mêmes licences qui sont utilisées dans les deux cas, en gros.

En résultat de cette démocratisation, et aussi de ce moment dans l'innovation technique, ça a été massivement adopté par l’industrie : le logiciel libre a été massivement adopté par l'industrie au cours des dix dernières années, en particulier sous la forme de la licence Apache 2.0, qui apparaît à gauche sur cette petite scénette, qui permet de redistribuer des versions modifiées, sans en publier le code source. L’entreprise peut prendre un logiciel libre, s'appuyer sur un logiciel libre, le customiser, et vendre cette version-là en code propriétaire. Donc c'est une licence très permissive.

Si on regarde un petit peu comment ces choses-là sont produites : le logiciel propriétaire c'est comme ça, c'est fermé. Les gens qui le produisent sont tous des employés de la société qui produit le logiciel propriétaire, et c'est comme ça.

L'open source, on arrive plus à un schéma comme ça : c'est perméable, donc on peut contribuer. Et on va avoir des contributions à la marge, plus ou moins de contributions sur ses côtés, en fonction du degré d’ouverture du projet, en fonction de plusieurs aspects. On se retrouve avec plein d'entreprises comme ça, créées autour d'un projet open source. On les voit, à chaque fois, au cœur. Vous voyez il y a le cœur violet, il y a le cœur bleu, il y a le cœur vert, on voit qu'il y a quand même une espèce d'entreprise, derrière, qui s'est construite pour piloter le projet open source et qui agrège, un petit peu, ces contributions extérieures.

Donc il y a des aspects positifs à ce modèle-là. On est sur un modèle contributif ; on est toujours sur du code qu'on peut regarder ; on est toujours sur une extension du savoir-faire, d'avoir que l'utilisateur du logiciel puisse aussi être le producteur du logiciel. On n'est pas sur des systèmes bloqués. On produit de la connaissance ; on ne produit pas un système bloqué, un produit fini. Mais ce modèle-là a des aspects négatifs.

Déjà, il y a duplication d'effort, puisqu'il y a plusieurs entreprises qui, chaque fois, pilotent un logiciel libre en particulier, eh bien il peut y avoir de la concurrence. La duplication d'effort c'est typiquement entropique. Le logiciel propriétaire a énormément de duplication d'effort. Le logiciel libre a un petit moins de duplication d'effort, mais il y a toujours de la duplication d'effort. Ici, s'il y a bien quelque chose qui est bête dans un monde où, je dirais, toutes les ressources devraient être consommées pour produire une innovation distinctive, eh bien on continue à avoir des entreprises qui, les unes à côté des autres, essayent d'inventer la même chose. Ce qui est assez bête !

C'est aussi difficile de construire une communauté avec ce modèle-là puisqu'il y a toujours, on le voit bien, un cœur dans lequel on ne peut pas vraiment rentrer. Il y a toujours une entreprise qui bénéficie plus de votre travail que vous, ce que vous retirez de la contribution que vous y mettez. Donc il y a une difficulté pour obtenir des contributions stratégiques. Vous n'allez pas avoir des contributeurs qui vont vraiment participer complètement, dans votre projet. Et puis, on voit que c'est un modèle qui est très centré sur l’entreprise. Donc il y a la tentation de se servir de la version open source comme d'un produit d'appel pour vendre une version étendue, un petit peu plus évoluée. Et puis, à partir du moment où c'est à la mode, c'est à la mode aujourd'hui, il y a aussi le besoin de dire qu'on est open source, même si on ne l'est pas. On va essayer de mettre des frontières autour de notre projet pour éviter que les gens contribuent vraiment au projet, mais au capital risque on va leur dire : « Oui, nous on est open source, bien sûr ». C'est une espèce de label, maintenant, on appelle ça le open-washing. On lave plus blanc !

La réponse à tous ces problèmes de l'open source , c'est ce qu'on appelle l'innovation ouverte, l'open innovation. Comment ça fonctionne ? On a un projet open source, on le place sous le contrôle d'une fondation à but non lucratif, qui crée une espèce de terrain de jeu neutre pour toutes les entreprises qui vont contribuer au projet. Ça ne favorise personne ; il n'y a pas une entreprise, au centre, qui va tirer les marrons du feu. On est vraiment sur essayer de faire en sorte que personne n'ait un avantage. On n'interagit avec le projet que via sa contribution. Ça sépare le développement, la partie technique, de la stratégie de monétisation de chacun des acteurs. Parce que dans le modèle précédent, il y a clairement un des acteurs qui est favorisé, qui a une stratégie de monétisation directement. Et ce modèle-là permet de séparer complètement le développement, la partie technique, les développeurs, de la stratégie de monétisation que chaque entreprise peut avoir à participer à ce jeu en commun.

Sur ce terrain de jeu, on laisse les développeurs collaborer. On n'a pas de manager. On va avoir des développeurs, des ingénieurs, qui vont participer au projet. À ce moment-là les frontières, leurs chapeaux, on appelle ça les chapeaux, le chapeau qu'ils portent, qui représente leur entreprise, très vite, disparaît. Et au final, on obtient une plus grande participation, évidemment, puisqu'il n'y a plus la personne qui bénéficie du projet et puis les dindons de la farce. On a une absence de la duplication d'effort, puisque tout le monde peut participer au même projet. Et généralement, le résultat c'est qu'on s’aperçoit que les gens s'agglutinent sur les mêmes projets, plutôt que sur des projets en parallèle.

On voit une image d'une de nos rencontres, ici. Donc ce sont des développeurs qui sont au centre du jeu, et ça c'est un des aspects, j'y reviendrai un petit peu plus tard dans la présentation. En gros, c'est à travers eux que l'entreprise peut pousser ses priorités dans le projet. L'entreprise ne peut pas dire : « Je veux qu'il y ait ça qui arrive ». Elle va être obligée de pousser des développeurs dans le projet qui vont, dans ce terrain de jeu ouvert, pousser ces objectifs-là. Le développeur se retrouve vraiment au centre du jeu, là où, avant, il était un petit peu dilué sous des strates de management. Ça les responsabilise, ça les rend plus autonomes, ça les rend, aussi, beaucoup plus productifs.

Et enfin, le dernier avantage de cette approche, c'est la promesse de la standardisation, puisqu'on est déjà sur une collaboration entre les acteurs qui sont dans ce domaine-là, et donc, finalement, quand on doit se mettre d'accord sur le standard à utiliser, eh bien c'est beaucoup plus simple si on est déjà à 90 % en train de collaborer sur la même chose.

Donc on a vu, un peu, un fleurissement de ce modèle-là : c'est l'ère des fondations, actuellement. On a beaucoup de ces fondations à but non lucratif, qui se créent autour d'un projet open source, justement parce que ça résout les problèmes qui étaient là avant, au point, d’ailleurs que maintenant il y a un peu du foundation washing, puisqu'il y a certaines fondations qui prétendent être ouvertes, mais qui ne le sont pas vraiment. Ce qu'il faut voir c'est que c'est l'option des challengers. Typiquement, il va y avoir une entreprise qui va être très en avance sur le marché, et toutes les autres entreprises de ce secteur-là, plutôt que d'essayer de faire la compétition, la course derrière et de ne jamais rattraper, vont avoir tendance à se mettre ensemble pour essayer de rattraper le ou les gros.

Le dernier aspect que je voulais dire sur l’innovation ouverte, c'est que, aujourd’hui, on n'en est plus à savoir s'il faut y participer ou pas y participer. Il n'y a plus un avantage à y participer contre tous ceux qui n'y participent pas. Aujourd'hui, c'est ceux qui jouent le jeu le mieux, qui collaborent le mieux, qui participent le mieux à cette forme d'économie, qui en tirent le plus. Donc le nouveau challenge, pour ces entreprises-là, ça devient comment bien collaborer dans ces projets-là. Ce n'est plus « est-ce qu'on doit y aller ou est-ce qu'on ne doit pas y aller », c'est « comment faire pour bien interagir avec cette forme-là ? » Donc il y a un petit peu un domaine d'expertise qui se développe. On recrute beaucoup, tous les gens qui ont un petit baigné là-dedans depuis quelques années pour, en quelque sorte, traduire pour l'entreprise « mais comment je joue à ce jeu-là ? » Ça a l'air assez compliqué.

C'étaient les deux premières digressions : le cloud computing, qui est donc le sujet du logiciel sur lequel on travaille, et le mode de production qui est donc l'innovation ouverte.

Le projet sur lequel je travaille s'appelle OpenStack1. C'est donc une fondation à but non lucratif. Le projet a été établi en 2010, la fondation un petit plus tard, et donc on est sur ce modèle d'innovation ouverte. Le but, je répète ce que j'ai un petit peu déjà dit, c'est de créer un ensemble de logiciels, que n'importe qui pourra mettre en œuvre, pour présenter sa propre ressource informatique comme une commodité, et donc bénéficier de l'évolution de l'informatique qu'on appelle le cloud computing. En gros ça vous permet d'acheter des serveurs, et d'installer ce logiciel-là au-dessus, et de présenter votre ressource informatique au reste des gens qui vont la consommer, au reste des services de l’entreprise, au reste du monde, comme des ressources directement adressables, avec les technologies du cloud computing.

Le projet a été créé avec un certain nombre de principes qu'on appelle les quatre open.

Donc open source, c'est évident, mais ça veut aussi dire qu'on ne fera jamais d'open core, qu'il n'y aura pas de version avancée qui sera payante ou quoi que ce soit, tout est en open source.

Open design, qui est le principe sur lequel j'ai le plus insisté, moi, à la création du projet : c'est le fait que le design du projet, la fabrication, la manière dont on fait l’architecture du projet, n'est pas décidé par un groupe de personnes qu'on ne voit jamais, dans une tour d'ivoire. On a, tous les six mois, une réunion où on a ces discussions sur toutes les choses qu'on a envie d'attaquer sur les six prochains mois. Et on a des discussions comme sur cette image ici un petit peu décalée, où c'est à bâtons rompus, c'est un peu comme ici, mais sans le micro, où on va se mettre d'accord. Et là, les gens sont tous d'entreprises d'horizons différents, d'organismes différents. Ça peut être des utilisateurs de logiciels, ça peut être des boîtes qui vont vendre du service sur le logiciel, ça peut être des gens curieux. Et tous ceux qui sont intéressés par le sujet discuté vont se rejoindre dans ces salles, et on va essayer de faire avancer le schmilblick.

Il y a ce qu'on appelle l'open development. C'est le fait que toutes les étapes du développement sont visibles sur Internet, sont publiées. Donc vous voyez différentes choses, là c'est bien trop petit pour que vous puissiez voir quoi que ce soit, mais il y a la liste des fonctionnalités sur lesquelles on est en train de travailler, sur la gauche. Sur la droite, le système de revue de code, qui, lui, est aussi totalement public. N'importe qui peut venir, regarder un changement qui est proposé et dire : « Ça ce n'est pas bon, tu devrais faire comme ça, etc. » Et tout en bas à gauche, c'est notre système d'intégration continue qui, lui aussi, est complètement public, donc on peut voir les patchs qui sont en train de rentrer dans le code.

Cette transparence, ça conduit à faire en sorte que les gens puissent très facilement rentrer dans le projet. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de frontière. À un moment, ils peuvent déjà regarder comment ça fonctionne à l'intérieur et se familiariser avec tout le procédé sans avoir besoin de signer quoi que ce soit.

Le dernier aspect, c'est communauté ouverte. C'est le fait que l'ensemble de nos discussions, l'ensemble de nos réunions, l'ensemble de nos interactions, sont publiées sur Internet, ouvertes. Alors ça fait flipper un certain nombre de gens, surtout dans certaines cultures, mais une fois qu'on est habitué, c'est assez gratifiant. L'avantage c'est que l'ensemble des discussions est documenté. On essaie de faire en sorte qu'il n'y ait pas d'appels téléphoniques où les gens se mettent d'accord dans un coin, parce que ça exclut forcément tous ceux qui n'ont pas pu appeler au bon moment. La terre étant ronde, malheureusement il y en a qui dorment pendant que d'autres sont debout, et donc c'est extrêmement important qu'on ait ces discussions sur des canaux publics, sur lesquels on génère des logs : les gens qui ont loupé le meeting de la semaine dernière parce qu'ils étaient en vacances, peuvent regarder ce qui s'est dit.

Voilà donc les quatre principes.

En termes d'organisation dans le développement, eh bien on a un certain nombre de développeurs qui écrivent les changements proposés au code. On a des gens qui se spécialisent un petit peu dans la revue de code, qu'on appelle les reviewers. La revue de code, ce sont les gens qui regardent si ce qui a été écrit a l'air d’être bien écrit, qui disent : « Ouais, c'est bon ou ce n'est pas bon ». Et quand ces gens-là sont d'accord, quand on a, en gros, deux des reviewers qui disent : « C'est bon, ça a l'air d’être correct », on va pousser le changement proposé sur une batterie de tests automatisés ; et si ça passe ces tests automatisés, ça rentre dans le système. On fait ça sur un certain nombre de projets en parallèle.

En termes de leadership, c’est là que ça devient intéressant : n'importe quel contributeur au projet, il suffit d'écrire un changement pour le projet, va participer à l'élection du leader technique du projet qui s'appelle le PTL [Project Team Leader, NdT]. C'est un modèle où on va élire nos propres leaders techniques avec, comme droit de vote, en quelque sorte, la contribution.

Cette personne est à même de prendre une décision, quand une décision doit être prise. Il peut arriver qu'il y ait un conflit de deux factions qui s'affrontent sur une décision. Il faut avoir, en tout cas c'est mon opinion, avoir quelqu'un qui puisse, en dernier recours, faire en sorte qu'une décision soit prise. Ce dont on s’aperçoit, ça c'est assez intéressant, c'est que quasiment jamais ces leaders techniques ont besoin de prendre ces décisions-là. Juste le fait qu'ils existent, le fait que quelqu'un va prendre la décision si les gens ne se mettent pas d’accord entre eux, les gens se mettent d'accord, en fait. On a, en quelque sorte, une évolution assez intéressante où le leader technique n'est plus vraiment un leader technique, c'est plus une espèce de soupape de sécurité, et il se spécialise plus dans un rôle d'ambassadeur, maintenant, le leader ; d'ailleurs on ne dit plus leader technique, on dit leader d'équipe. Il va faire en sorte que le projet communique bien avec les autres projets, plutôt que de prendre les décisions pour tout le monde. Donc on n'est pas dans un système de dictature, on est plutôt un système de valve de sécurité.

Et enfin tous les contributeurs, quels qu'ils soient, élisent un groupe, dont je fais partie, qui est le comité technique, qui est en charge, je dirais, de l'identité du projet, en quelque sorte. Vérifier d'accepter de nouveau projets, de faire en sorte qu'on garde cette culture avec ses quatre open, etc.

Donc voilà un petit peu comment c'est construit. Ça marche plutôt bien. Là on voit une liste des sponsors de notre sommet qu'on a fait à Hong-Kong en 2013. Si vous regardez un petit peu les noms, ça a attiré la plupart des challengers, des gens qui étaient un petit peu en retard sur le cloud computing. Vous remarquerez qu'Amazon n'y est pas, pour une bonne raison, c'est qu'en gros, cette communauté va se battre contre Amazon. Amazon c'est l'objectif : casser le monopole d'Amazon dans le cloud public. Donc voilà on a IBM, on a HP, on a Intel, on a même Google maintenant, on ne sait pas très bien pourquoi.

En termes de nombre de développeurs, on a développé une communauté virtuelle et globale de développeurs. Sur la dernière release qu'on a faite, qui sont les six mois avant avril 2015, on a eu à peu près 2000 développeurs qui ont contribué. Pour donner une idée, c'est assez massif, il y a peu d'entreprises dans le monde qui ont 2000 développeurs qui travaillent sur un projet, et c'est dans le monde entier, et c'est uniquement connecté virtuellement par e-mails, par IRC et autres outils.

En termes de nombre d'entreprises, nombre d'organisations qui contribuent, on voit qu'on est aussi en constante augmentation, et c'est 160. On est arrivé, sur le dernier cycle de release, à avoir 160 organismes différents qui contribuent aussi au système. Quand on parle de collaboration ouverte, ce n'est pas juste pour dire « oui, on peut collaborer ». C'est que, en fait, cette collaboration arrive, c'est-à-dire qu'on a vraiment 160 organismes qui contribuent à la même technologie, plutôt que de contribuer à leur propre version de cette technologie-là.

En termes d'activité, alors là ça devient plus technique, on va avoir la courbe bleue qui est le nombre de changements créés, le nombre de changements proposés, et la courbe verte qui est le nombre de changements, en quelque sorte, acceptés. Il y a beaucoup plus de changements proposés, parce qu'on va faire plusieurs versions d'un changement avant qu'il soit accepté, et ça, c'est le nombre de changements qu'on accepte par semaine. Donc si vous regardez, on est, en gros, à 6000 changements proposés par semaine, et à 1000, 1500 changements, inclus dans le logiciel, par semaine. Ce qui en fait le projet de développement open source le plus actif, y compris devant le kernel Linux qui est le plus connu, je dirais, des projets open source. Donc c'est un système d'organisation qui fonctionne bien.

En termes d'adoption, on voit ici les adopteurs en cloud privé, c'est-à-dire ceux qui ont déployé, pour leurs propres besoins, un cloud, déployé, en gros, OpenStack sur des ressources, des serveurs de base, des disques durs qu'ils avaient, pour faire consommer les autres. On s'aperçoit qu'il y a plusieurs grands noms là-dedans, chose assez inquiétante, comme Yahoo qui est un marketeur patenté ; Disney, qui cherche à nous vider le cerveau ; la NSA, aussi, qui est un utilisateur, ils ne nous ont pas trop dit pourquoi, mais on suppose que ce n'est pas pour faire les gentils. Mais à côté de ça on a aussi, et c'est là que c'est un pharmakon, on a aussi Wikipédia. On va aussi utiliser cette même technologie pour aider Wikipédia à servir toutes ces requêtes qu'ils reçoivent du monde entier, pour leurs définitions qui sont de meilleures en meilleures, je dirais, personnellement. En termes de production d’informations, on est sur une information qui est de meilleure en meilleure. Le CERN, qui recherche les secrets de l'univers, est un de nos plus gros utilisateurs.

Donc on est un peu sur un standard de fait. En gros, si vous n’êtes pas Google, Facebook, Microsoft, voilà, eh bien à peu près tous les autres qui ont voulu avoir accès à cette technologie-là, s'appuient sur notre logiciel.

Sur le cloud public, qui est, je dirais, le vrai enjeu pour moi, le problème c'est qu'Amazon a beaucoup d'avance. Amazon est une entreprise qui va très vite, qui fait une très grosse guerre des prix. Ils sont habitués à casser les prix et de ne pas avoir de profits, donc, forcément, pour tous les autres c'est un petit peu difficile de se lancer, mais on quelques petites choses, on va en avoir de plus en plus, on espère. Il y a quelques belles histoires dans cette liste. Kili c'est une entreprise au Kenya. En fait, au Kenya, ils ont une scène de startups très actives, et donc ils ont besoin, pour alimenter les besoins de ces startups, de ces ressources informatiques, sans avoir besoin d'investir dans des serveurs. Problème c'est qu'Amazon c'est assez loin pour eux. Le Kenya, ils n'ont pas des super tuyaux qui sortent du Kenya, et donc, pour consommer Amazon Web Sevices, ça ne marche pas bien. Et donc il y a une petite entreprise qui a dit : « Eh bien ce n'est pas grave, on va faire Amazon Web Services pour le Kenya », et qui a commencé à déployer OpenStack sur des ressources qu'ils avaient achetées. Et ça marche très bien, on est très contents. Pour moi, c'est la success story. Je pourrais m'arrêter là. Si Kili existe, c'est pour ça que je me suis lancé là-dedans !

Cloud&Heat, c'est une autre histoire assez amusante. C'est allemand, ce sont des gens qui déploient des serveurs. Ils ont fait une sorte de datacenter distribué, mais dans les chaudières d'écoquartiers en Allemagne. Et donc ils se servent de la chaleur des serveurs, de l’entropie des serveurs, pour chauffer le bâtiment. Et donc, en fait, ils fournissent en quelque sorte de la ressource, mais ils réutilisent aussi la chaleur.

Finalement, c'est ça un petit peu l'objectif. C’est de dire « non Amazon n'a pas fini de définir le cloud computing. Il y a plein de choses qu'on peut faire, on peut l'installer dans les endroits où Amazon n'ira pas. On peut inventer de nouvelles utilisations qui sont plus intelligentes pour fournir ça. Et tout en donnant l'opportunité à plus que les très gros, Google ou Facebook, d’utiliser ces technologies-là. »

En termes de conséquences inattendues, il y a plusieurs choses que, personnellement, moi je n'avais pas prévues quand on s'est lancé là-dedans, les propriétés émergentes du système. Tout d’abord, il y a l'avènement du développeur-roi. Le fait qu'on ait placé le développeur au centre du système, que le développeur soit, je dirais, la passerelle entre les besoins de l’industrie et le code qui est produit — et puis le succès du projet, parce qu’il ne faut pas se cacher, tous les projets n'ont pas autant de succès — ça a créé une très grosse tension sur le marché du « développeur OpenStack ». Et résultat, les gens ont commencé à pouvoir, un petit peu, dicter leurs conditions à leurs employeurs, puisqu'il y a une telle tension sur le marché que, s'ils ne sont pas contents des conditions d'emploi que leur fournit leur employeur, il est extrêmement facile de continuer à travailler sur exactement le même projet, avec exactement les mêmes collègues, depuis un autre nid, en quelque sorte. Et donc on a énormément de gens — alors il faut voir que ce n'est pas exclusivement salarial, ce sont des gens qui étaient déjà correctement payés où ils étaient, mais ça va être plus sur les conditions de travail — donc énormément de gens qui vont travailler depuis chez eux, y compris moi-même. On va pouvoir, si on a envie de travailler depuis chez soi ou habiter dans une certaine partie du monde, dire : « Moi, si vous voulez m'avoir, ce sera là, et ce ne sera pas autrement ». Et il y en aura toujours un qui prendra. Donc cette tension sur le marché a créé, en quelque sorte, une capacité pour les gens qui interviennent sur ce projet, de sauter d'entreprise en entreprise, en continuant à travailler sur le même projet. Il y en a qui ont déjà changé cinq fois, je crois, en cinq ans. Moi je n'ai pas vraiment changé, parce que j'étais dans la fondation, qui est au cœur du système, qui pilote un petit peu le système. Mais tous ceux qui sont chez un employeur en particulier, eh bien ils sont passés de Rakspace à HP, là ils viennent de passer à IBM. Ça va dans tous les sens. Mais, comme ils disent : « Ça y est, j'ai changé de boulot ; je te revoie la semaine prochaine. » C'est assez amusant !

L'autre conséquence, très inattendue pour moi, c'est la contagion au-delà du code. C'est un système qui est très technique, qui est très orienté développeur, qui est très fait pour générer du code. Et en fait, sans doute comme un effet de bord du fait que le développeur, qu'on ait créé cette espèce de tension sur le marché du développeur, que le développeur soit au cœur du système, ça a poussé d'autres fonctions, qui sont typiquement non contributives dans les entreprises, à se comporter de la même manière. C'est-à-dire qu'on va avoir les gens qui font du marketing qui, typiquement, est une fonction qui est dans chaque entreprise, qui ont dit : « Ah, ça a l’air sympa la manière dont vous faites votre truc-là. Ce qu'on aimerait bien c'est que tous les départements de marketing de toutes les boîtes qui travaillent autour d'Openstack, qu'on se rencontre, qu'on commence à produire en commun, parce que sinon, c'est bête, on fait tous la même chose, autant qu'on partage ce qu'on peut partager. » On voit ça dans le marketing, on voit ça dans le product management. On voit plein de gens qui existent, qui sont très importants dans leurs entreprises, qui sont complètement perdus dans ce nouveau système. Ils voient les développeurs qui sont les nouveaux rois, et eux c'étaient les middle managers. Toute cette ancienne structure dans les entreprises a besoin de s'adapter. Et donc on a beaucoup de demandes, des gens qui font de l'UX [User eXperience, NdT], des études d’utilisabilité des logiciels, par exemple ; c'est une fonction, tous les outils ne sont pas partagés, ils doivent tout inventer. Mais c'est une autre conséquence sur laquelle je suis assez content, c'est qu'en fait on a rendu le modèle suffisamment attractif pour que d'autres fonctions, qui n'ont jamais envisagé de faire ça comme ça, se disent : «Ah ! Ça serait quand même bien qu'on essaye. » C'est peut-être la deuxième conséquence inattendue.

Alors ça ne s'est pas passé, forcément, comme une lettre à la poste, toute cette histoire, il y a un certain nombre de challenges sur lesquels je vais brièvement passer.

Challenge passé, c’était surtout autour de la collaboration, comment on fait pour faire collaborer tous ces gens. Notamment l'absence de direction, l'absence, je dirais de grand maître penseur, de Steve Jobs, qui va dire : « C'est comme ça et ce n'est pas autrement ». On n'a pas vraiment ça, autant dire. Les personnes qui arrivent à avoir le plus d'influence, ce sont les gens qui ont le plus contribué, qui ont prouvé leur valeur aux autres. Les autres ont développé un certain respect pour eux, et on va pouvoir utiliser ce respect comme une manière de les convaincre de faire des choses. C'est comme une monnaie. Moi, j'ai accumulé pas mal de ce crédit de respect au départ. J'en ai pas mal consommé pour essayer de corriger des choses que je trouvais qui n’allaient pas dans le bon sens. Maintenant il faut que je reconstruise mon capital, puisque les nouveaux qui sont là ne me connaissent pas forcément. Donc c'est vraiment basé sur le respect et sur le fait que si cette personne-là, que je respecte, dit telle chose, je pense qu'elle doit avoir raison. On est sur un système où on n'est pas basé sur une nomination, quelqu'un qui est nommé pour avoir la science infuse, mais plus sur un système de contribution qui donne au respect.

Donc, sur cette absence de direction, il faut accepter que ça fait partie intégrante du système. Il faut accepter qu'on va avoir les contributeurs les plus importants qui vont construire cet ensemble d'influence sur les autres et qui vont pouvoir, ensuite, s'en servir pour influencer dans la bonne direction. Mais ça va beaucoup moins vite, pour reprendre le proverbe africain, ça va beaucoup moins vite que si vous alliez tout seul. Et donc, souvent, on a cette tension entre « je sais comment je dois le faire, etc., mais le faire passer par votre usine à saucisses, là, je vais en avoir pour des années. Je préfère le faire dans mon coin. » C'est un des challenges qu'on a rencontrés, surtout au début. Je dirais que maintenant, le long terme a fini par gagner sur le court terme, notamment quand on a commencé à se débarrasser des startups. Il y avait une grosse scène de startups, au départ, sur le projet, comme tout truc un peu chaud, le cloud. Il y avait beaucoup d'argent qui circulait, il y a eu beaucoup de boîtes qui ont été créées, et ces boites-là avaient besoin de monétiser, de vendre quelque chose à leurs investisseurs au bout d'un moment. Et, une fois que cette sale engeance a été nettoyée du système, ils ont tous fait faillite, ils ont tous été rachetés par les gens qu'on a vu sur la liste des sponsors, les IBM et autres. Résultat, maintenant on est plus sur des boîtes qui pensent sur le long terme, plutôt que sur l'ultra court terme.

Le deuxième challenge passé sur la collaboration, ce sont les tâches ingrates. Il y a des tâches ingrates à faire, et comment on les fait dans un système où chacun choisit ce sur quoi il travaille ? On a investi beaucoup sur l'automatisation de ces tâches ingrates. Donc la plupart des tâches ingrates ce sont des tâches bêtes et on a, un petit peu, investi agressivement dans l'automatisation des tâches bêtes, pour éviter d'avoir des gens qui doivent les faire. Tout ce qui est tests, par exemple, c'est automatisé, parce que les tests c'est ennuyeux. C'est comme ça qu'on a résolu ce problème-là.

Le dernier problème c'est la tragédie des communs, le fait que les entreprises peuvent ne pas vouloir contribuer aux choses que tout le monde veut, car elles attendent que quelqu’un d'autre le fasse. C'est un grand classique de ce type d'organisation et, en fait, on a résolu ce problème-là essentiellement en développant, justement via ce cœur de développeurs qui est basé sur le projet, et non pas dans une entreprise en particulier. On a créé, en quelque sorte, presque une conscience du système où ces développeurs qui sont au cœur du projet, qui bénéficient de cette espèce de marché dans lequel ils peuvent, en tout cas, inverser le rapport de force avec leur employeur. Ces personnes-là ont intérêt à ce que le projet survive et donc vont convaincre leur employeur d'investir dans ces fonctions critiques, qui sont centrales, et qui bénéficient à tous plutôt que de ne bénéficier que à la personne.

Donc ça, je dirais ce sont des challenges qu'on a rencontrés sur les cinq premières années et qu'on a, je dirais aujourd'hui, assez sous contrôle.

Les challenges actuels sont différents. Les challenges actuels sont liés à la croissance du projet, sur le nombre de personnes. Ça prend des proportions très importantes, et il y a un certain nombre des principes, sur lesquels on a basé le projet, qui commencent à être perdus. C'est-à-dire que, aujourd'hui, il y a énormément de gens qui sont rentrés dans le projet, qui n'ont pas la culture commune qu’avaient les gens qui étaient sur le projet au départ. On s'aperçoit qu'on a trop supposé que les gens allaient intégrer cette culture naturellement. Les premières années ça c'est très bien passé, les gens intégraient facilement la culture, etc. Mais, à partir d'un certain nombre, en fait, on commence à toucher à des cultures, certaines zones du monde, certaines entreprises, ou certains développeurs dans certaines entreprises, qui n'ont pas cette culture-là, et on n'avait pas documenté la culture. On n'avait pas décrit ce que c’était que de se comporter comme quelqu'un de bien dans OpenStack. Donc un gros travail à faire, que j'ai commencé depuis quelques mois, sur la documentation de cette culture commune, parce qu'on ne peut pas supposer qu'elle va se diffuser naturellement aux nouveaux entrants.

L'autre challenge, c'est de grossir les relations de confiance. En fait on s'aperçoit que, au final, dans le système, ce sont des humains, et on a un certain nombre de choses qui s’appuient sur la confiance, dans ce système, notamment le système des revues de code. Je vous le disais, il faut qu'ils soient deux à être d’accord. Il y a un groupe, et il faut qu'ils soient deux à être d'accord, au moins deux à être d'accord, pour que le code rentre. Enfin, en gros, il faut qu'ils soient deux à être d'accord et qu'il n'y ait personne d'autre qui dise : « Non, jamais de la vie ! » Et en fait, ces gens-là font partie d'un groupe. Un groupe qui va avoir quinze personnes, à peu près, et ces quinze personnes, ça fonctionne jusqu'à quinze parce qu'elles arrivent à se faire confiance l'une l'autre. Elles se connaissent suffisamment, elles partagent suffisamment en commun, elles savent qu'elles peuvent faire confiance à Machin parce que Machin va appliquer les mêmes règles qu'il aurait appliquées. Or, comme le code devient plus gros, on a besoin d'aller au-delà de ces groupes de quinze personnes, et on n'y arrive pas. On n'y arrive pas parce que les gens ne se font plus confiance. Donc finalement, il y a un nombre, sans doute un nombre de Dunbar2, quelque part ici, qui est la limite du groupe qu'on peut avoir pour faire ces revues de code. On s'aperçoit que c'est autour de quinze personnes. Donc, en gros, il faut qu'on arrive à couper en petits morceaux notre code pour que les groupes de gens qui doivent se faire confiance soient toujours moins de quinze. Et ce n'est pas forcément très facile pour les gens qui aujourd'hui contrôlent ces grands ensembles de code de leur dire : « Non, mais maintenant vous allez devoir contrôler une plus petite partie du code ». Il y a une espèce de caste qui s'est un petit peu installée.

Voilà, c'est ce type de challenges qu'on a aujourd'hui, qui sont, je dirais, des bons challenges à avoir. Il vaut mieux avoir des problèmes parce qu'on grossit trop vite que des problèmes parce qu'on ne grossit pas, mais ça demande une adaptation.

En conclusion, pour moi ça a toujours été une expérience sociologique. Quand on a construit ce projet, moi je voulais voir si ça pouvait marcher. Donc on a dit : « Ah, si on faisait quelque chose où, en gros, les développeurs, c'est la contribution qui détermine la valeur. On n'a pas de managers, on n'a pas de gens qui n'apportent pas leur pierre à l'édifice dans le système », et voir si ça pouvait marcher.

Je pense qu'on arrive à un bon exemple de production contributive à grande échelle, sur un secteur qui est très concurrentiel, très innovateur, parce qu'on arrive à une organisation non hiérarchique. Comme je l'ai expliqué, le leader technique du projet, aujourd'hui, est plus un ambassadeur, un porte-parole, qu’un décideur. On est sur un système où la contribution est l'unique monnaie, puisque, en fait, la valeur qu'on a dans le projet est uniquement mesurée par sa contribution. On est sur un modèle où on abolit les frontières corporatives, complètement. Pour moi, c'est toujours surprenant quand on fait ces réunions dans le Design Summit, ces réunions où on met tous ces développeurs dans cette salle et où, soudainement, ils ne représentent plus leur entreprise. Ils sont là pour travailler sur le projet. Il y a quelque chose qui se passe à ce moment-là. Ils arrivent à se détacher complètement et à se dire « non, en fait, je suis plus avec toi que je ne suis avec mon patron ».

Et il y a toujours cette unification entre le producteur et le consommateur qui revient, qui est le fait que les utilisateurs du système on les voit, maintenant, contribuer, venir, faire du retour d'expérience, nous dire comment ils utilisent le logiciel. Parfois, même quand ils ne sont pas développeurs, ils vont venir pour nous expliquer les problèmes qu'ils ont. Donc on a intégré tous les opérateurs du système dans le design, pour pouvoir, vraiment, avoir cette boucle complète où personne n'est le producteur, personne n'est le consommateur, on participe tous au même système.

Est-ce pour autant un exemple pratique de néguentropie ? Là, j'ouvre un petit peu la question. Je pense qu'il y a dans les objectifs du projet, dans le concept de combat du monopole, du même, dans cette production de différences, dans cette espèce de possibilité qu'on a d’essayer de multiplier ces clouds, de créer des options différentes, je pense qu'on combat l'avènement de cette espèce de futur unique. Mais ça, je dirais, c'est plus sur le thème du projet, les objectifs du projet. Dans la mécanique du projet, la mécanique de l'innovation ouverte, il y a fondamentalement, à la base, la réduction de la duplication d'effort. La duplication d'effort est génératrice de déchets, de ressources perdues, et donc d'entropie. Et je pense qu'on est sur un mécanisme qui, fondamentalement, réduit l'entropie dans un domaine qui est l'innovation, qui est un domaine où, je dirais habituellement on a ces parallèles, ces x duplications, x entreprises qui travaillent exactement sur le même sujet. Il y en a neuf qui vont perdre, il y a une qui va gagner, et elles auraient pu toutes contribuer, produire la même chose avec beaucoup moins de ressources.

Mais je pense qu'il y a surtout la création d'un espace de collaboration, de coopération ouverte, au-delà des frontières artificielles, je dirais, de l'industrie. Élaboration d'un contenant, comme le disait quelqu'un lundi soir, d'un établissement thérapeutique, comme tu disais Bernard, où on reconstruit du collectif, on reconstruit une collaboration là où, je dirais, les habitudes de l'industrie étaient d’être chacun dans son coin. On favorise des échanges. Comme je le disais, quand on met ces développeurs ensemble, tout d'un coup il y a quelque chose qui se passe, qui ne se passerait jamais ailleurs. Et donc on favorise les bifurcations néguentropiques dont parlait Paul-Émile. Voilà, ça conclut mon propos. Je vous remercie de votre attention.

Applaudissements

And the winner of the election for FSFE's Fellowship GA seat is ...

FSF Europe - lun, 24/04/2017 - 19:00
And the winner of the election for FSFE's Fellowship GA seat is… Election results

… Daniel Pocock! The election period for this year's Fellowship GA seat has ended on April 24, 2017. FSFE is proud to have such an interested and active community to have had seven outstanding candidates who were running for office this time. Now, Daniel Pocock is happy to take over the GA's Fellowship seat from former representative Nicolas Dietrich.

Thanks to all candidates and Fellows who participated in the process and interesting discussions. You made this a valuable experience for the FSFE and our community. We had a voter participation of 17,23% this time.

Please see FSFE's wiki for more background about 2017's candidates, including our public hustings. You can alse see the detailed Fellowship elections results.

Result details 1234567 1. Daniel Pocock -110 123 121 139 166 125 2. Carsten Agger 99 -119 123 134 163 130 3. Florian Snow 88 92 -121 127 153 124 4. Maurice Verheesen 79 85 82 -105 138 112 5. Patrick Moelands 53 58 63 67 -126 101 6. Joe Awni 39 39 44 52 50 -79 7. Thomas Kandler 14 13 13 20 19 38 -

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Présidentielle 2017 : la « Connaissance Libre », un débat ignoré par la majorité des candidats

APRIL - jeu, 20/04/2017 - 04:33
Regroupant dix assocations oeuvrant à la promotion des communs informationnels et à la libre diffusion du savoir, le collectif « Pour La Connaissance Libre » a adressé à chacun des candidats à l'élection présidentielle, début mars 2017, une série de douze questions. Les réponses devaient permettre d'offrir une grille de lecture aux électeurs sur la position des candidats sur le sujet de la libre diffusion de la connaissance. Seules deux équipes de campagne ont pris le temps de répondre.

Les associations membres, de par leur objet social et l'importance de leur communauté, sont notoirement reconnues comme expertes de ces thématiques. Ainsi Wikimédia France, OpenStreetMap France, Creative Commons France, Framasoft, Mozilla, la Paillasse, Paléo-Energétique, Vecam et SavoirsCom1, avec l'April depuis le 22 mars, font partie de ce collectif. La légitimité de ce collectif est ainsi incontestable et ce questionnaire est à considérer comme une référence sur les problématiques actuelles des communs informationnels.

À ce jour, seules deux équipes de campagne ont pris le temps d'expliciter leur conception d'une « connaissance libre » dans une société informatisée ; celle de M. Benoit Hamon et celle de M. Jean-Luc Mélenchon. Nous notons particulièrement les réponses à la question concernant la priorité au logiciel libre dans les administrations publiques (reproduites ci-dessous). Cette absence de réponses par la grande majorité des candidats, et donc de prise en compte des enjeux soulevés par le collectif, est malheureusement assez révélatrice de l'absence d'un réel débat politique sur ces thématiques, et particulièrement au cours de cette campagne électorale.

En 2007, puis en 2012, l'April avaient réalisé un long questionnaire - 75 questions accompagnées d'argumentaires détaillés - via la plateforme Candidats.fr, à destination des candidats à la fonction présidentielle. Plutôt que de réitérer cette démarche très consommatrice d'énergie, et en l'absence de débat de fond, l'association a donc choisi de soutenir et de participer au collectif « Pour la Connaissance Libre ».

Certaines équipes de campagne ont toutefois pris le temps de répondre à notre invitation, nous faisant comprendre qu'il était difficile pour elles de traiter la masse de sollicitations qu'elles reçoivent, nous assurant que le questionnaire « Pour la Connaissance Libre » avait été « transmis en interne ». Si nous regrettons que les enjeux ne se voient pas accorder l'importance qu'ils méritent, cette limitation de moyens peut, bien entendu, se concevoir de la part de certains candidats.

Le constat est en revanche plus amer en ce qui concerne les candidats disposant de moyens importants, avec des équipes dédiées à une thématique « numérique », notamment M. Fillon et M. Macron si prompts à parler de « transition » ou de « révolution numérique ». Transition vers quoi ? Révolution pour qui ? Il est révélateur et inquiétant de constater à quel point les technologies de l'information ne restent perçues que comme facteur de nouvelles formes d'opportunité économique, d'observer comment l' « innovation » technologique n'est envisagée que dans ce qu'elle apporte en termes de compétitivité. Quand ces technologies ne sont pas caricaturées, devenant l'arme privilégiée des terroristes, pour justifier les atteintes toujours plus graves aux libertés fondamentales.

Le « numérique », terme "fourre-tout" auquel s'attache toutes formes de représentations, doit être compris comme un fait social qui bouleverse en profondeur des pans entiers de la société. L'informatique ne pourra devenir le socle d'une société plus juste et plus solidaire, où le partage, la collaboration et l'émancipation individuelle sont les lignes de mire de politiques publiques soucieuses de l'intérêt général, si elle n'est pas structurellement libre et loyale, transparente et décentralisée. Les enjeux de la « société de l'information » doivent être pensés globalement, hors du seul prisme marchand. Faute de quoi la seule « révolution numérique » sera d'amplifier encore davantage les inégalités et de nous déposséder toujours plus de la faculté de penser collectivement nos usages. « Logiciel libre pour une société libre ».

Les candidats et candidates disposent encore de quelques heures avant la fin de la campagne officielle pour le premier tour de l'élection présidentielle pour répondre à ce questionnaire.

Pour vous faire une meilleure idée des programmes des différents candidats sur ces thématiques, nous vous recommandons l'excellent dossier réalisé par Next Inpact, cet article de Mashable ou celui-ci de Mediapart (réservé abonné). Vous trouverez également des liens vers les sites et programmes des candidats, et d'autres informations liées, sur ces deux "pad" (un pad.april et un framapad).

Réponses des candidats à la question de la priorité aux logiciels libres dans les administrations publiques :

3. Ouverture et transparence :

Comptez-vous accorder une priorité aux logiciels libres pour les équipements informatiques de l’État, des établissements publics et des prestataires assurant un service public ou d'accompagnement de la décision publique ?

Réponse de M. Jean-Luc Mélenchon :

« Pour en finir avec la mainmise du secteur privé sur les logiciels, il s’agit de soutenir l'émancipation vis-à-vis des logiciels propriétaires.Nous instaurerons une priorité au logiciel libre pour l'ensemble des administrations et des établissements publics. Nous mettrons fin aux partenariats publics avec Microsoft, notamment avec l’Éducation nationale et la Défense. Le soutien aux initiatives libres se fera également en dirigeant la commande publique vers ces solutions.Enfin, nous ferons respecter l'interdiction de la vente liée qui consiste à obligatoirement vendre un logiciel pré-installé pour tout achat de matériel. Le consommateur aura le choix de disposer d'un matériel sans système d'exploitation installé. Une alternative libre et ouverte doit être proposée, notamment via un service public du numérique. »

Réponse de M. Benoît Hamon :

« La loi pour une République Numérique a posé des jalons déterminants pour le logiciel libre. J’entends soutenir le logiciel libre dans l’institution publique et au-delà : parce qu’il permet notre souveraineté numérique, parce qu’il constitue un investissement durable et soutenable, parce qu’il promeut des valeurs de coopération, parce qu’il favorise les démarches éducatives, et peut faciliter l’inclusion sociale et numérique. Sur la question spécifique de la souveraineté numérique : la mise en œuvre d’une politique publique ou d’une disposition législative ne peut être tributaire de choix techniques ou dedécisions commerciales d’acteurs privés. De même les choix technologiques d’hier ou d’aujourd’hui ne doivent pas compromettre la capacité d’agir demain. Le modèle du logiciel libre répond à ce souci. La question de la portabilité des données également. »

Digital-o-Mat: Campaigning for freedom in the state elections of North Rhine-Westphalia

FSF Europe - mar, 18/04/2017 - 19:00
North Rhine-Westphalia is Germany's most populated state which is having its next general elections on May 14, 2017. For this election, a "coalition of Free knowledge" developed for the first time a "Digital-o-Mat". The "Digital-o-Mat" is a tool to help those voters who are concerned about digital rights and freedoms, to decide about which party to vote for. Therefor, eight questions guide any user to choose his own preferences on important topics about the digital society - like questions about the use of Free Software, Open Data or Open Educational Resources. After filling them out, a user will see which party matches best with his own preferences and he can additionally browse detailed explanations on the party's positions. The "coalition of Free knowledge" is an alliance of different NGOs who care about freedom in the digital age, including the Free Software Foundation Europe. The tool is Free Software, the version for the elections in North Rhine-Westphalia in German. More detailed background-information in German in Erik Albers' blog.

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Framalibre : une ressource vous manque ? À vous de l’ajouter !

Framablog - mar, 18/04/2017 - 11:24

Nous vous avons récemment présenté la refonte de notre projet historique, l’annuaire de Framasoft. Comme tous nos outils, celui-ci n’aura de sens que si vous vous en emparez.

Voici le troisième et dernier tutoriel de cette série vous aider à découvrir, utiliser et participer à ce grand projet collaboratif. Cette semaine, on vous incite à participer à cet annuaire du Libre. En effet, comme une belle auberge espagnole (ou comme le 6e site web le plus visité au monde) : vous n’y trouverez que ce que vous y apporterez.

Créer une notice

Voici un exemple de notice, une fois remplie.

Nous avons fait en sorte que ce soit le plus simple possible :

  1. Faites une recherche pour bien vérifier que la notice que vous voulez ajouter n’existe pas déjà ;)
  2. Créez-vous un compte (cf. tuto précédent)
  3. Connectez-vous à votre compte
  4. Cliquez sur « ajouter une notice » toujours présent dans une colonne latérale.
7 types de notices différentes

Le bouton « ajouter une notice » vous propose un choix déroulant qui vous mènera vers 7 formulaires différents. Il convient de choisir celui le mieux adapté au type de ressource que vous voulez présenter :

  • Logiciel : ajouter un logiciel libre
  • matériel : ajouter une référence pour du matériel, outils, dispositifs, etc.
  • Un article : ajouter un article issu d’une revue, d’un journal, d’un blog, d’un site… (utile pour la catégorie « S’informer », par exemple)
  • Chronique : ajouter une chronique critique à propos d’une ressource de l’annuaire (attention, il s’agit là d’un complément à une notice, et non pas d’une notice en soi !)
  • Livre : pour signaler une monographie ou un ouvrage collectif
  • Média : ajouter une ressource multimédia (vidéo, musique, diaporama…)
  • Ressource générique : Ajouter une autre ressource (contenu non spécifique)

Notez que les types de ressources ne sont pas des catégories : vous pouvez très bien créer une ressource de type Média et la ranger dans la catégorie « électronique » car il s’agit par exemple d’un tutoriel sur un montage électronique. À vous de voir ce qui est le mieux approprié.

À remplir obligatoirement

Il y a quelques champs à remplir obligatoirement, car sans eux votre notice ne serait pas vraiment utile…

  • La catégorie (et sous-catégorie) : à choisir parmi celles existantes.
  • Le titre de la ressource (le nom, l’intitulé, le titre, etc.)
  • Le lien officiel : le but de cet annuaire est de fournir les liens des sites officiels des ressources.
  • Les tags (mots clés) : choisir de préférence parmi les tags existants (en tapant les premières lettres), ils permettent de relier la ressource à celles qui lui correspondent. C’est une fonctionnalité importante de l’annuaire car grâce à elle des découvertes sont possibles.
  • La description.
Les champs complémentaires :

Bien entendu, si les autres champs sont présents, c’est que nous les jugeons importants. Fournir un ou plusieurs visuels de votre ressource (capture d’écran, logo, photo, pochette, etc.) ou un résumé court est essentiel si vous voulez que sa notice donne envie d’en savoir plus.

N’hésitez donc pas à rechercher plus en profondeur (le site officiel ou la page wikipédia de la ressource, par exemple) afin de bien remplir l’ensemble des champs demandés… une fois le ou les visuels fournis, remplir une fiche peut prendre 5 minutes montre en main…

Des questions ? La foire aux questions

Nous maintenons à jour une foire aux questions sur Framalibre afin de vous permettre de maîtriser le site en toute autonomie… Vous y trouverez des astuces pour créer votre notice, comme :

L’équipe de modération

L’équipe de modération recevra automatiquement les courriels envoyés grâce au formulaire accessible depuis le bouton « signaler un contenu ».

Bien sûr les possibilités de signalement sont limitées : c’est parce qu’elles ne concernent que les situations où le simple utilisateur n’est pas en mesure d’agir (doublons, malveillances, etc.).

S’il s’agit de modifier une notice, par exemple, vous pouvez le faire directement et même contacter le créateur de la notice.

Si vous désirez suggérer une amélioration technique de l’annuaire, vous pouvez contribuer en écrivant une issue sur le dépôt GIT du projet.

Pour rejoindre l’équipe de modération, il faut les retrouver sur le forum des bénévoles de Framasoft.

Modifier une notice (et le suivi de versions)

Si vous voyez une erreur, un manque, ou une information obsolète dans une notice, nous vous encourageons fortement à proposer une modification, c’est cela qui fait vivre l’annuaire et permet qu’il soit à jour !

Là aussi, vous devrez être connecté·e à votre compte Framalibre afin de pouvoir proposer des modifications.

Pour soumettre une mise à jour d’une notice, il suffit de cliquer !

 

Comment modifier une notice ?
  1. Allez sur la fiche de la notice
  2. cliquez sur l’onglet modifier au-dessus de la notice (à côté de l’onglet « Voir ») OU sur « Soumettre une mise à jour »
  3. Effectuez les modifications dans le formulaire.
  4. (optionnel) Relisez à l’aide de l’Aperçu, ou vérifiez les changements avec le bouton « Voir les modifications »
  5. Enregistrez votre mise à jour.

À chaque fois qu’une notice est modifiée, son créateur est prévenu par courriel. Il se génère aussi une archive de la notice dans sa version préexistante. Les différentes versions (l’historique des modifications et les noms des contributeurs) peuvent alors être visualisées et comparées (à la manière d’un wiki).

Ainsi à chaque fois que vous modifiez une notice, vous pouvez commenter votre révision, cela aidera le créateur à comprendre votre intention. Les révisions des notices (lorsqu’il y en a) sont accessibles en ajoutant le mot « revisions » (sans accent) à l’adresse de la notice, ainsi : framalibre.org/content/nom-de-la-notice/revisions

Une fois ma modification proposée…

Elle est automatiquement validée et le créateur originel est prévenu par courriel.

Dès lors, la personne ayant créé la notice pourra voir vos apports et interagir le cas échéant.

En cas de litige ou d’absence, notre équipe de modération fera de son mieux pour vous aider.

Pour aller plus loin :

Revue de presse de l'April pour la semaine 15 de l'année 2017

APRIL - lun, 17/04/2017 - 15:51

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 15

[NRJ.fr] Pourquoi les créatifs doivent-ils apprendre à coder?

Par la rédaction, le jeudi 13 avril 2017. Extrait:
> Graphiste, designer, illustrateur… avec l’avènement du numérique, l’univers de la création est en pleine mutation et doit se réinventer. Voici 10 bonnes raisons d’apprendre le langage de programmation: bienvenue dans l’ère du coding.
Lien vers l'article original: http://www.nrj.fr/active/reussir-formation/pourquoi-les-creatifs-doivent-ils-apprendre-a-coder-31267642

[Numerama] Présidentielle: les algorithmes de YouTube préfèrent François Asselineau à Benoît Hamon

Par Corentin Durand, le jeudi 13 avril 2017. Extrait:
> AlgoTransparency est une initiative open source qui vise à mesurer la surreprésentation de certains candidats à la présidentielle sur YouTube. À l'heure où de nombreux votants préfèrent les chaînes des candidats aux messes télévisées, cette question a toute son importance.
Lien vers l'article original: http://www.numerama.com/politique/249358-presidentielle-les-algorithmes-de-youtube-preferent-francois-asselineau-a-benoit-hamon.html

Et aussi:
[Les Inrocks] Mélenchon, Le Pen et Asselineau, favorisés par l'algorithme de YouTube?

[Developpez.com] Quels pourraient être les archétypes du hacker?

Par Stéphane le calme, le mercredi 12 avril 2017. Extrait:
> S’inspirant du livre sur les arts martiaux intitulé On the Warrior’s path (Sur la voie du guerrier), dans lequel l’auteur essaie de comprendre les différentes psychologies des artistes martiaux en étudiant une demi-douzaine d'archétypes (ronin, guerrier tribal, etc.), Eric Steven Raymond (connu également sous les initiales ESR), un célèbre hacker américain à qui l'on doit notamment la popularisation du terme open source, s’est proposé d’en faire un parallèle en informatique.
Lien vers l'article original: https://www.developpez.com/actu/129646/Quels-pourraient-etre-les-archetypes-du-hacker-Eric-Raymond-un-gourou-de-l-open-source-suggere-une-liste-pour-motiver-les-debutants

[Developpez.com] «De nombreux militants du logiciel libre sont juste des antisociaux qui aiment détester tout ce qui est populaire»

Par Michael Guilloux, le mardi 11 avril 2017. Extrait:
> Comme nous l’avons rapporté la semaine dernière, Canonical, la société qui assure le développement d’Ubuntu a décidé d’abandonner Unity pour GNOME comme environnement de bureau pour la distribution Linux. Cela marque donc, après plusieurs années, la fin du projet de convergence avec les smartphones. Le fondateur de Canonical, Mark Shuttleworth, a justifié cela par le fait que «les efforts de développement du projet de convergence n’ont pas été perçus par la communauté comme une innovation, mais plutôt comme une fragmentation».
Lien vers l'article original: https://www.developpez.com/actu/129521/-De-nombreux-militants-du-logiciel-libre-sont-juste-des-antisociaux-qui-aiment-detester-tout-ce-qui-est-populaire-estime-le-patron-de-Canonical

[ZDNet France] Mastodon: le buzz décrypté par Jean-Christophe Gatuingt (Visibrain)

Par Benoit Darcy, le mardi 11 avril 2017. Extrait:
> Retour analytique sur l'émergence de Mastodon et son incroyable percée médiatique.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/blogs/marketing-reseaux-sociaux/mastodon-le-buzz-decrypte-par-jean-christophe-gatuingt-visibrain-39851044.htm

Et aussi:
[BFMtv] Qui est Eugen Rochko, cet Allemand de 24 ans qui a créé Mastodon?
[L'OBS] 6 choses à savoir sur Mastodon, le Twitter alternatif

[Sciences et avenir] L'inventeur du web reçoit le prix Alan Turing

Par Joël Ignasse, le jeudi 6 avril 2017. Extrait:
> 28 ans après la naissance du premier site web, son créateur Tim Berners-Lee est enfin récompensé.
Lien vers l'article original: https://www.sciencesetavenir.fr/fondamental/inventeur-du-web-tim-berners-lee-recoit-le-prix-turing-sorte-de-prix-nobel-de-l-informatique_112022

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Le Libre expliqué aux jardiniers

Framablog - ven, 14/04/2017 - 02:08

Parler du Libre est plus compliqué qu’il n’y parait : nous n’avons souvent que quelques minutes pour expliquer à la fois en quoi consiste la conception d’un logiciel libre…

… et pourquoi celle-ci diffère de l’industrie « conventionnelle », mais aussi quelle est l’approche éthique du mouvement, quel est l’intérêt des licences non-propriétaires, etc.
Max Barry est australien et propose une analogie avec l’agriculture. Bref et clair, un apologue comme on les aime sur le Framablog : après le loup et le chien (version aKa) et le pommier magique (de Ploum), voici

La parabole de la tomate

par Max Barry.
Texte original sur son blog : Tomato parable
Traduction framalang : Félicien, mo, Bromind, roptat, simon, goofy, Penguin, jaaf, Opsylac + 1 anonyme

J’ai écrit quelques lignes de code pour intégrer mes tweets sur mon site web. Voilà une déclaration qui n’aurait eu aucun sens en 1990. En fait, elle en a à peine davantage aujourd’hui. Mais je l’ai fait. Je suis fier de mon site. Je l’ai fait moi-même. De temps à autre, je reçois un courriel me demandant : « Quels logiciels as-tu utilisés pour faire ton site, où puis-je les trouver ? ». Je pense que la réponse est : faites-vous offrir un Commodore 64 pour votre dixième anniversaire sans aucun jeu sympa.

Mais ce n’est pas pour ça que j’écris cette chronique. J’écris car j’ai décidé de cultiver mes propres légumes. Quelques personnes de ma connaissance faisaient pousser leurs légumes elles-mêmes et n’arrêtaient pas de répéter à quel point c’est fantastique de ne plus dépendre des légumes industriels des grandes surfaces, qui sont mauvais pour plein de raisons… donc je me suis dit : pourquoi pas !

Photo par Tomwsulcer, via Wikimedia Commons (CC-0)

Au début, j’étais intimidé à l’idée de faire pousser des légumes. Quand je prends un légume, généralement c’est seulement parce que j’ai envie de le manger. Je n’ai pas envie d’être intimement impliqué dans sa création. J’avais peur de finir par passer plus de temps à me préoccuper de la santé de fragiles et complexes petits pois qu’à les manger.

Et puis un jour j’ai vu une publicité pour des graines génétiquement modifiées. Elle promettait de supprimer tous les inconvénients de la culture de légumes ; ça avait l’air intéressant. Les tomates seraient grosses et bien rouges, et je n’aurais rien à faire. J’en ai donc acheté.

Ça a énervé mes amis écolos. Surtout quand j’ai commencé à avoir des problèmes. La culture de mes franken-fruits était censée être simple, mais après quelques semaines tout le jardin a arrêté de pousser. Mes choux étaient flétris. Mes carottes anémiques. Mes épinards ne se reproduisaient pas. Ils n’étaient pas censés le faire, d’ailleurs. L’entreprise de produits génétiques les avait conçus stériles, pour que je sois obligé d’acheter de nouvelles graines à chaque saison. Mais je pensais pouvoir trouver une solution.

J’ai demandé de l’aide à mes amis écolos. Eh ben ! On aurait cru que je leur demandais un rein… Ils n’arrêtaient pas de remettre sur le tapis le fait que j’utilisais des graines OGM. Et au final, ils se sont tous rassemblés pour me dire : « Max… on ne peut plus t’aider. On aimerait bien. Mais tu t’es toi-même attiré ces problèmes. Le truc c’est que, quand tu nous demandes de l’aide, ce que tu nous demandes en fait, c’est d’utiliser nos compétences et nos connaissances pour favoriser un produit privatisé qui est non seulement inférieur dans la pratique à son alternative libre que tu as choisi d’ignorer, mais qui en plus est concrètement mauvais pour la planète. On ne peut tout simplement pas faire ça. »

Et voilà comment je leur ai appris à ne plus me demander de les aider avec Windows.

Plus de CHATONS, plus de confiance en Mastodon

Framablog - mer, 12/04/2017 - 07:37

Les CHATONS vous proposent de nouvelles portes d’entrée de confiance vers Mastodon, le clone de Twitter libre et fédéré. Mais avant de vous les annoncer : penchons-nous sur une question simple : ça veut dire quoi, « libre et fédéré » ?

Faire du Twitter aussi libre que l’email

Première grosse différence entre Twitter et Mastodon : Mastodon est un logiciel libre. Ce qui veut dire qu’il respecte nos libertés individuelles (contrairement à Twitter). Que l’on peut en lire le code source, la « recette de cuisine » (celle de Twitter, elle, est cachée dans un coffre-fort légal). Donc que l’on peut savoir s’il y a une porte dérobée dans le service, ou que l’on peut repérer et réparer une faille (impossible de savoir ou de faire ça avec Twitter).

Capture écran de framapiaf.org – Notez le thème dédié concocté avec amour ^^

Deuxième grosse différence : c’est une fédération. Ce qui veut dire qu’il n’y a pas un seul endroit où s’inscrire, mais plein. « Ouh là là mais c’est compliqué, c’est quoi un système de fédération ? » allez-vous nous demander…

En fait, vous utilisez déjà un système informatique fédéré : l’email.

Vous pouvez vous créer une adresse mail où vous voulez, et communiquer avec tous les autres emails. Vous pouvez changer de fournisseur d’email, déménager. Vous pouvez vous créer une autre adresse mail, une au nom d’une célébrité ou d’un personnage de fiction (alors que non, vous n’êtes pas le vrai Gaston Lagaffe, on le sait). Vous pouvez même vous créer votre propre serveur email, pour votre entreprise, votre organisme d’enseignement, votre association…

Vous le savez : les options et conditions générales d’utilisation de Gmail ne sont pas les mêmes que celles de Microsoft Hotmail qui peuvent à leur tour différer des règles imposées pour l’email de votre boite. Parce que dans une fédération, chaque administration de serveur, chaque instance décide de ses propres règles du jeu.

Ben tout cela, c’est pareil pour Mastodon :

  • Vous choisissez la ou les instances où vous vous créez un compte ;
  • Vous choisissez votre identité sur chaque instance ;
  • Chaque instance a ses propres règles du jeu (renseignez-vous !) ;
  • Vous pouvez créer votre propre instance (Numérama explique pourquoi ils l’ont fait).

Framasphère, c’est un Facebook serein, libre et sans pub.

Oh, et si Twitter n’est pas votre tasse de thé, sachez qu’il existe un réseau libre et fédéré alternatif à Facebook : Diaspora*. Cela fait plus de deux ans que nous avons ouvert notre instance (on dit un « pod »), Framasphère, et vous y êtes les bienvenu·e·s ;)

L’enfer, c’est les autres (ou pas)

C’est étrange, mais dès qu’on parle de collaboration, de fédération, de réseaux… la réponse quasi-instinctive que l’on voit poindre dans les yeux de notre interlocuteur, c’est la peur. La méfiance. Comme si on croyait, au fond de nous, que « les autres » nous veulent forcément du mal (de base et par principe). Mais si je ne suis pas « malveillant par réflexe », et que je fais partie de « les autres » pour mon entourage… Peut-être que ce n’est pas toujours le cas ?

Bisounours n’est pas une insulte, mais un titre de gloire.
image © Sergent TOBOGO

Philosophie mise à part, le meilleur moyen de ne pas tomber dans le piège de la niaiserie, c’est de ne pas rester dans l’ignorance : une utilisation avertie en vaut 42. Voici donc quelques astuces qui valent pour toute fédération.

On peut se faire passer pour moi sur Mastodon ?

Oui, comme pour les emails : je peux me créer un email votrenom@jojolarnaque.com. Il va donc falloir que vous indiquiez à votre entourage sous quels pseudonyme et instance vous allez sur Mastodon (beaucoup l’inscrivent dans leur bio Twitter). Sachez que si les comptes parodiques clairement identifiés semblent légaux, l’usurpation d’identité numérique (même sous pseudonyme) peut être punie par la loi Française.

Et si je veux être Moi-officiel-certifié-promis-juré ?

C’est vrai que ça peut être pratique, mais surtout lorsqu’on est un organe de presse et que l’on veut certifier ses journalistes, par exemple… Dans ce cas, le meilleur moyen c’est de faire comme Numérama, et d’héberger sa propre instance Mastodon. Vous réservez l’inscription sur votre instance à votre personnel, et le tour est joué. Lorsque l’on reçoit un email de machin@numerama.com, on se doute que ça vient de leurs services. C’est pareil pour leur instance Mastodon ! En plus, pour une fois, les médias (et entreprises, organismes, personnalités, personnes…) ont la possibilité de choisir les règles du jeu de leur réseau social, plutôt que de se les laisser imposer par Twitter et consorts…

Et si Jojo l’arnaque ouvre un guichet, je fais comment pour savoir qu’il faut pas lui faire confiance avec mes missives sur les bras ?

C’est un vrai danger. Car lorsque vous vous inscrivez sur une instance Mastodon, c’est comme s’inscrire chez un fournisseur email : vous lui confiez des informations intimes (vos contacts, vos messages – même les plus privés, votre utilisation, etc.). Il faut donc savoir à qui vous pouvez faire confiance, une confiance qui doit pouvoir durer. Sachant qu’en plus votre niveau de confiance n’est pas forcément le même que le mien, personne ne peut répondre à votre place. Il faut donc se renseigner sur votre hébergeur. Voici un jeu de questions pratiques :

  • Qu’est-ce qu’il utilise comme (autres) logiciels, et sont-ils libres ? (exemple : Y’a du Google Analytics sur ses serveurs ?)
  • Quel est son modèle économique ? (Va-t-il vendre mes données à des publicitaires ? à des partis politiques ? Est-il payé par ailleurs et comment ? Est-ce moi qui le paye ?)
  • Où sont ces conditions générales d’utilisation ? (sont-elles faciles à lire ou volontairement complexes ? peut-il les modifier à tout moment ?)
  • Quelle est sa réputation dans le petit monde d’internet ? (pratique-t-il la transparence ? Où affiche-t-il ses ennuis techniques ? Puis-je le contacter aisément ?)
Pour Mastodon, faites confiance aux CHATONS

 

Panier de bébés blaireaux, par David Revoy (CC by) – Allégorie chatonesco-ironique :)

 

Le collectif des hébergeurs alternatifs dont nous avons fêté la naissance en octobre dernier a un but : s’engager sur du web éthique et respectueux de vos données en faisant respecter les engagements de notre charte et les valeurs décrites dans notre manifeste.

Voici donc une nouvelle liste d’instances Mastodon proposées dans le cadre de ce collectif, en complément de celle de la semaine dernière (ici en grisé).

 

G3L

Cliquez sur l’image pour accéder à leur Mastodon

  • Site Officiel
  • Mastodon : https://m.g3l.org/
  • Inscriptions ouvertes, modération stricte
  • Modèle éco : invitation à don à l’association (soutien financier donc)
Framasoft

Cliquez sur l’image pour accéder à leur Mastodon

SVNET.fr

Cliquez sur l’image pour accéder à leur Mastodon

DryCat

Cliquez sur l’image pour accéder à leur Mastodon

  • Site Officiel (en cours, chaton en devenir)
  • Mastodon : https://miaou.drycat.fr/about
  • Inscriptions ouvertes, modération stricte
  • Modèle éco : dons acceptés
Unixcorn

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Zaclys

Cliquez sur l’image pour accéder à leur Mastodon

  • Site Officiel
  • Mastodon : https://mastodon.zaclys.com
  • Inscriptions ouvertes, modération stricte
  • Particularités : signature dkim sur le domaine de messagerie
  • Modèle éco : gratuit ou don libre (en cours de discussion, dépend des ressources utilisées, sinon réservé adhérents)
ROFLCOPTER.fr

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Outils Conviviaux

Cliquez sur l’image pour accéder à leur Mastodon

IndieHosters

  • Site Officiel
  • Mastodon : https://mastodon.indie.host
  • Inscriptions payantes, modération stricte
  • Modèle éco (vente de services) :
    • 10 % du chiffre d’affaire reversé à Mastodon
    • 125€/an pour une instance privée (<10 utilisateurs)
    • instance privée >10 utilisateurs – nous contacter : contact@indie.host
    • 24€/an pour un compte sur notre instance partagée

 

Notez que l’instance Framasoft, nommée https://framapiaf.org (après moult débats internes !) bénéficie d’un thème personnalisé aux petits oignons. Framasoft aura de plus fait sa part, en traduisant en français la documentation, et en traduisant un grand nombre de chaînes manquantes au logiciel Mastodon. Toutes ces contributions sont ou seront, évidemment, proposées à l’intégration au code source originel.

Cela porte donc à 9 le nombre de chatons (ou candidats-chatons) proposant des instances Mastodon. Ce qui représente tout de même plusieurs (dizaines de) milliers de places :-)

Et, si ça ne vous suffit pas, les CHATONS ne sont pas évidemment pas les seuls hébergeurs de confiance qui proposent une instance Mastodon. Tiens, rien que parmi les potes qu’on connaît bien, nous on pourrait aller les yeux fermés chez :

Nous vous souhaitons de joyeux Pouets, et pour bien apprendre à utiliser ce réseau, n’oubliez pas :

Vous pouvez d’ores et déjà nous suivre notre compte @framasoft@framapiaf.org sur https://framapiaf.org/@framasoft !

Le logiciel Libre : des enjeux pour tous, des atouts pour les professionnels - T. Stoehr et J.C. Becquet

APRIL - mar, 11/04/2017 - 14:16


Titre : Le logiciel Libre : des enjeux pour tous, des atouts pour les professionnels
Intervenants : Thierry Stoehr (Aful) - Jean-Christophe Becquet (April)
Lieu : Libday - Marseille
Date : Octobre 2014
Durée : 47 min 03
Visualiser la conférence
Licence de la transcription : Verbatim

Transcription

Jean-Christophe Becquet : Jean-Christophe Becquet, je suis le vice-président d'April. L'April1 est une association de 3500 membres qui a pour objectif la promotion et la défense du logiciel libre, en France et dans le monde francophone. L'introduction qui a été faite est parfaite pour le propos que j'avais prévu de tenir ce matin puisque, effectivement, moi je suis venu pour vous parler d'éthique. Dans cette journée vous allez parler beaucoup d'open source ; moi je suis venu pour vous parler de logiciel libre. L'open source, c'est une vision technique, pragmatique, organisationnelle du logiciel libre. C'est un peu de dire, finalement, les méthodes de développement du logiciel libre, comme ce sont des méthodes efficaces, comme ça marche bien et que ça fabrique des bons logiciels, utilisons-les.

Le logiciel libre c'est juste le projet de changer le monde. Le logiciel libre c'est une vision plus globale que juste fabriquer des logiciels, et Richard Stallman, qui posé les préceptes du logiciel libre en 1983 — donc ce n'est pas un concept ultra récent le logiciel libre, c'est quelque chose qui a infusé, qui a maturé — disait que si la liberté informatique est si importante c'est parce qu'aujourd'hui, comme il y a de l'informatique partout, en fait toutes les libertés dépendent de la liberté informatique. Aujourd'hui, dans tous les actes de notre vie quotidienne, que ce soit nos actes citoyens, nos actes de père de famille, nos actes professionnels, on utilise de l’informatique. Quand on démarre notre voiture, le matin, on utilise de l’informatique ; on se faisait la plaisanterie en montant à l'étage : quand on monte dans l'ascenseur, on utilise de l’informatique. Et donc cette informatique a une incidence sur tous les actes de notre vie quotidienne, et c'est ce qui faisait dire à Richard Stallman qu'en fait la liberté informatique n'est pas plus importante que les autres libertés, c'est juste que toutes les autres libertés en dépendent. Toutes nos communications, aujourd’hui, dépendent de l'informatique. Et donc, c'est ce dont je suis venu vous parler ce matin avec Thierry.

Thierry Stoehr : Bonsoir à toutes et à tous. Je m’appelle Thierry Stoehr. Désolé, la photo ne correspond plus vraiment, voilà. Il y a des problèmes de mise à jour, mais ça ce n'est pas grave du tout. Et désolé aussi si vous attendiez — et en s'étant mis d'accord, mais sans s’être pour autant consulté, ça paraît surprenant mais c'est le cas — vous n'aurez pas de diaporama qui sera projeté, avec de jolies animations sur chacun des transparents pour vous montrer différentes choses. On pense, et je pense que vous partagerez, que le fait d’être là, et la voix et la présence, fait que, à priori, ça devrait réussir, même si c'est 45 minutes, ce qui peut paraître long, à capter votre attention, à susciter votre intérêt et pas forcément, seulement avec des choses qui défilent derrière. Je suis vice-président de l'association AFUL2, l'Association Francophone des Utilisateurs de Linux et de Logiciel Libre, un petit peu un vieux du logiciel libre, si tant est qu'on puisse dire vieux en remontant en 1996/98. Il n'y avait pas grand-chose par rapport à ce que vous connaissez aujourd'hui et on ne se serait pas forcément dit qu'on se retrouverait à Marseille pour une conférence orientée entreprise professionnelle pour parler de logiciel libre ; ça c'est certain !

J'ai une approche qui est tout à fait dans l'autre sens de celle qui a été indiquée en premier, et je suis, tout autant que Jean-Christophe, ravi d'avoir entendu ce que j'ai entendu. Et avec quelques points qu'on va échanger, en parlant, entre autres, de formats parce que c'est un sujet que j'aime bien, que j'essaye de développer, y compris lorsque je suis avec des étudiants qui travaillent sur une université parisienne, l’université Paris Diderot, mais ce matin je suis avec la casquette plutôt associative, puisqu'en congé, pour bien séparer les discours. Pour dire les choses avec une formule, un format un peu condensé, il y a récemment dans l'actualité une petite phrase qui a fait un petit peu for us, comme on dit, et qui s'adapte, si on la reprend, au logiciel libre, qui serait de dire, les logiciels libres, alors The Free Software are pro business. Et je pense que c'est tout à fait le cas. Dit autrement, les enjeux, l'approche qu'on peut avoir avec les logiciels libres — qui peuvent être éthiques, qui peuvent être juridiques, qui peuvent être techniques, qui le sont tout ensemble — ne sont absolument pas contradictoires — et vous en êtes la preuve vivante, sinon vous ne seriez pas là — avec l'activité économique, avec générer du chiffre d'affaires, avec créer de l’emploi. Et ce n'est pas une vision de doux rêveur, vous savez comme les clichés qui peuvent courir, soixante-huitard, barbu, chevelu, idéaliste et pas les pieds sur terre, et j’arrête là la liste positive qu'on attribue généralement ; je parle bien des clichés.

On voit dans l'actualité récente que vous avez régulièrement des annonces qui sont, comme ça, presque logiques, normales, à propos de logiciels libres qui sont utilisés, qui sont importants, et au cas où ce ne serait pas encore apparu sur vos radars, comme on dit, il n'y a pas plus tard que deux jours, vous avez une grosse entreprise du secteur de l'informatique qui a fait sa conférence sur son cloud et donc Microsoft a annoncé : « On aime Linux, on utilise du Linux sur nos serveurs ! » Donc vous voyez, rien n'est perdu ! Et au contraire, ça veut dire que, indépendamment du côté peut-être un peu anecdotique — est-il réel ? Jusqu'où ? On peut en discuter — mais il est clair que le logiciel libre a des approches qui peuvent être complètement à l'opposé, apparemment, quand on y regarde comme ça rapidement, du secteur des professionnels, de l'industrie, de la HT, comme on dit ou High-tech. Mais ce n'est absolument pas, je pense, le cas et on peut tout à fait avoir une activité économique, des affaires, du développement, de l'adaptation, avec les caractéristiques du logiciel libre. Et je dis bien logiciel libre, sans lancer de troll vis-à-vis de l'open source ; on en reparlera. Je pense qu'il y a deux étages qui sont assez proches, tout en ayant des différences, et ces caractéristiques des logiciels libres font que oui, les affaires, les entreprises, les clients que vous avez, ont intérêt et ont trouvé des bénéfices à utiliser du Libre.

Jean-Christophe Becquet : Comment le Libre peut réussir ce pari, en fait, de faire converger à la fois le fait d’être un atout pour les professionnels et le fait de concerner tout le monde et de pouvoir changer le monde en apportant de la liberté ? Si vous êtes professionnel, si vous êtes développeur, si vous êtes une entreprise éditrice de logiciels, peut-être que ce qui vous intéresse dans le logiciel libre c'est que vous avez à votre disposition une gigantesque quantité de lignes de code, pour à peu près tous les besoins aujourd'hui, et vous pouvez puiser dans cette ressource, vous pouvez vous servir ce dette ressource, pour faire fonctionner des logiciels, pour développer des nouveaux logiciels.

L'échelon supérieur, si vous vous mettez à votre tour à partager vos développements en logiciel libre, vous pouvez mutualiser des développements. Plutôt que de refaire plusieurs fois le même travail et de repayer plusieurs fois la même ressource, on va décider que lorsqu'un travail est fait, et qu'il a été payé, on peut le réutiliser autant de fois que nécessaire. Donc bibliothèques de ressources de codes disponibles, mutualisation de développements. Et puis quand on développe sous la lumière, quand on publie son code au grand jour, on a aussi un effet accélérateur d'innovation, parce que tout se voit et donc les idées des uns vont nourrir les idées des autres, et il y a une émulation qui se crée. Et puis, peut-être aussi, si vous avez une approche vraiment très technique, en tout cas dans les personnes qui m'entourent et qui ont une approche technique, vous pensez que les logiciels libres sont ceux qui sont les plus stables, les plus fiables, les plus sécurisés, notamment pour tout ce qui concerne le réseau.

Lorsque je présente le logiciel libre à des gens qui ne connaissent pas du tout le logiciel libre et qui ne connaissent pas du tout l'informatique, j'ai pour habitude de raconter l'histoire de cet homme qui s'appelle Max. Max se lève le matin, il démarre son ordinateur, il lance son navigateur web, Mozilla Firefox3, un logiciel libre, pour se connecter à des pages web. Et puis il relève son mail avec Mozilla ThunderbirdMozilla Thunderbird, un logiciel libre. Il reçoit un document en pièce jointe, dans son mail, et il l'ouvre avec LibreOfficeLibreOffice, une suite bureautique libre. Un peu plus tard, dans la journée, sa fille rentre du collège et elle a une recherche à faire en Sciences de la Vie et de la Terre. Et donc elle se connecte sur Wikipédia, une encyclopédie planétaire publiée sous licence libre qui fonctionne avec MediaWiki4, un logiciel libre. Et elle prépare sa présentation, à nouveau avec LibreOffice, pour l'exposé qu'elle fera le lendemain. Et le soir avant de se coucher, il lit un DVD avec VLC5, un lecteur de multimédia libre. Et pendant toute la journée, ils ont utilisé leur connexion Internet, et ils ne le savent pas, mais dans la box qu'ils ont dans le salon pour faire fonctionner leur connexion Internet, il y a aussi des logiciels libres. Et en fait, c'est quoi la conclusion de cette histoire, c'est : « Il est libre Max ! »

Rires

Thierry Stoehr : Je ne sais pas du tout quels sont les arguments que vous pouvez utiliser, concrètement, par rapport à vos différents clients. Et si ça se trouve, d'ailleurs, vous êtes non pas des fournisseurs, des éditeurs, des prestataires, mais des clients intéressés en vous disant : « Tiens, il y a quelque chose à propos du Libre, il y a en a deux qui sont venus parler, pour commencer. Il y en a d'autres dans la journée, le programme est riche, on va voir un petit peu ce qu'il en est ». Quand on se place du côté de l'éditeur, il y a une petite phrase que j'aime bien, qui n'est, quoique si, il y a peut-être un lien avec Max, il y a aussi une idée de liberté, et très sérieusement, c'est de dire à vos interlocuteurs, qui sont à utiliser du logiciel libre, et même du logiciel libre en tant que simples utilisateurs, quasiment particuliers ; ce n'est pas du tout votre cœur de marché je pense, simple utilisateur ; eh bien jusqu'au responsable informatique, ils ont tous une particularité, c'est qu'ils sont libres de partir et ils restent, de ce fait, là. Et je pense que, en anglais la formule est encore plus synthétique, vous êtes là mais vous pouvez partir à tout moment. Et, par rapport à ce qui a été dit tout au début, avec l'approche éthique qu'on peut avoir, l'air de rien, c'est un argument qui, je pense, est comme ça, à priori, pas forcément aussi fort quand on l'entend, mais qui est très réel, et qui va bien au-delà de ce qu'on peut rencontrer autrement. Parce que, oui, vous ne tenez pas, si vous êtes le prestataire, le client en otage. Et on peut le lui dire. Et l'argument que j’évoque là, je l'ai entendu, je l'ai lu plusieurs fois, je n'en suis pas l'auteur de manière inédite. C'est simplement d'insister, mais avec toute cette dimension, pour dire, en fait, les utilisateurs de logiciels libres, que ce soient des collectivités, que ce soient des associations, que ce soient des particuliers, que ce soient des entreprises, peuvent à tout moment, dans la mesure où c'est vraiment du logiciel libre, répondant aux caractéristiques du logiciel libre, dire finalement au prestataire, pour des raisons sérieuses, moins sérieuses : « On arrête. »

Et moi en tant que client, je peux voir ailleurs, en partant avec, eh bien non pas une valise vide, avec un patrimoine réduit à néant, parce que, mon patrimoine numérique, mon patrimoine informatique, mon patrimoine que j'ai développé avec les données et avec le code, les lignes de mes logiciels, eh bien je ne le tiens pas en otage vis-à-vis de mes clients et mon client il les a aussi. Et ça, je pense que ça va justement très loin en termes à la fois d'approche éthique, très loin en termes d'approche technique, la mutualisation qui a été citée, et très loin aussi en termes de développement possible. Parce que ce n'est pas forcément en restant dans son coin et en développant seul qu'on arrive à faire le meilleur possible. L’ouverture et le partage qu'on peut connaître, et des fois citer avec un petit air narquois sur « partager, diffuser », c'est une réalité qui est celle de l'établissement où nous sommes, ça s'appelle la connaissance au sens large. Dans le monde universitaire, vous n'auriez pas eu le développement des connaissances tel qu'il s'est déroulé depuis des centaines d'années, s'il n'y avait pas eu le partage avec la publication et la fameuse, dans le monde universitaire on appelle ça la revue par les pairs ; dans le monde technique, en fait, c'est la même chose, et l'expression est tout aussi valable.

C'est-à-dire que l'approche technique qui va être de dire : « On ouvre le code, il est disponible, les licences permettent de voir la totalité, sans un petit verrou soigneusement caché à la quinzième ligne du contrat, qui finalement n'est pas tout à fait du Libre, mais dit que c'est du Libre, mais voilà ! » Là, quand c'est vraiment du logiciel libre, vous avez aussi cette approche-là, qui est finalement, à partir d'un point qu'on peut qualifier de philosophique, qu'on a entendu au début, sous une forme éthique, très large, très puissant. Et même si ça peut surprendre un client à qui on dit : « Vous savez, je ne vous garde pas en otage, vous pouvez demain partir, et vous partez avec tout : le code que je vous ai développé, les informations que vous aviez, parce que c'est comme ça que vous allez être gagnant. » Je serai gagnant, et aussi derrière, dernier point, pour cette petite partie, derrière les autres. Quand on dit la communauté, ça fait des fois un peu sourire, ça peut être péjoratif, connoté, oui la communauté, une communauté, bon ! Mais si, une communauté, c'est on est en commun par rapport à quelque chose. On utilise quelque chose en commun, on partage une utilisation, on partage du développement, et ça permet d'enrichir, et ça permet d'améliorer. Et ça permet, aussi, de faire des affaires, de développer, pour des clients, des choses spécifiques, sans, encore une fois, leur dire : « Vous me quittez ? Tant pis pour vous, vos données seront chez moi et l'export de vos données ou les informations que vous avez créées avec mes logiciels, eh bien, elles restent dans mes logiciels avec mon approche technique, qui n'est pas divulguée et qui finalement vous emprisonne ». Avec du Libre, on dit : « C'est ouvert, le code ! Normalement les données aussi, et libre à vous, sans jeu de mot, même si il y en a un petit pour un clin d’œil avec logiciel libre, mais libre à vous de rester, ou pas ».

Jean-Christophe Becquet : C'est peut-être ça, en fait, un des trésors du logiciel libre, c'est que votre client il a la possibilité de partir à tout moment et il reste. Et il reste pourquoi ? Il reste parce qu'il y a une valeur beaucoup plus noble que toutes les techniques sournoises, techniques ou solutions juridiques sournoises qui peuvent être mises en œuvre pour garder le client captif. Et cette valeur noble, c'est la confiance. Et je pense qu'aujourd'hui, dans un monde où on parle de plus en plus, et les gens, les citoyens, les utilisateurs finaux sont de plus en plus sensibles aux problématiques de la vie privée, aux problématiques de la sécurité de leurs données personnelles, aux problématiques de la pérennité de leurs informations ; aujourd’hui de plus en plus de gens se demandent « mais les photos que j'ai prises avec mon appareil photos numérique, comment est-ce que je vais faire pour les archiver ? Est-ce que je pourrai toujours les visualiser demain ? Et si j'envoie une photo à quelqu'un par le réseau est-ce qu'il va pouvoir voir cette photo ? Est-ce qu'il va pouvoir la récupérer, la conserver, l’archiver ? » Ça, ce sont des problématiques qui sont de plus en plus prégnantes dans l'esprit des gens et je pense que le logiciel libre est une réponse, est une réponse à ces problématiques.

Mais alors, si c'est si vertueux le logiciel libre, finalement on va gagner ! Dans quelques années, il y aura des logiciels libres partout, pour tout, tout le monde utilisera des logiciels libres ! En fait ce n'est pas si simple et c'est pour ça qu'on a encore besoin d'associations comme l'April. Et c'est pour ça que dans l'April il y a deux choses. Il y a promouvoir le logiciel libre. Promouvoir le logiciel libre ça veut dire en parler, faire connaître, expliquer pourquoi le logiciel libre c'est puissant, pourquoi le Logiciel Libre c'est vertueux, et il y a défendre. Défendre le logiciel libre, c'est important parce que, aujourd'hui, le logiciel libre subit tout un tas de menaces et je pense que ce serait intéressant qu'on passe en revue ces menaces parce que, selon qui vous êtes, selon que vous êtes un chef d'entreprise, selon que vous êtes un élu ou un décideur dans une collectivité, il y a certaines de ces menaces sur lesquelles vous pouvez agir.

Une de ces menaces c'est la vente forcée6. Aujourd'hui vous achetez un ordinateur, cet ordinateur il est équipé avec un système d’exploitation qui, le plus souvent, n'est pas un logiciel libre quel que soit le constructeur que vous choisirez. Et comme ces logiciels sont fournis, et vous n'en avez pas forcément conscience mais vous les avez payés, vous allez les utiliser. Et comme cet ordinateur vous allez le ramener à la maison, vos enfants vont l'utiliser. Et puis, de toutes façons, à l'école ils ont aussi cela. Et les enseignants croient bien faire à l'école, parce que comme c'est aussi ces logiciels-là qu'on a dans les entreprises, les enseignants pensent que c'est important de former les jeunes aux logiciels qu'ils utiliseront demain dans les entreprises.

Moi, je pense que c'est se tromper de croire que demain, les enfants d'aujourd'hui, qui seront les adultes de demain, utiliseront des logiciels non libres dans les entreprises. Je pense que les entreprises de demain utiliseront des logiciels libres. Je pense que la question c'est juste quel délai. Est-ce que c'est cinq ans, dix ans ? Ou est-ce que c'est encore une demi-génération ? En tout cas je pense que nos enfants, c'est une erreur de vouloir les former aux outils qu'ils utiliseront demain, parce que les outils qu'ils utiliseront demain n’existent pas encore. Dans le monde du logiciel libre, il y a vraiment des innovations tous les jours, et donc je pense qu'il faut plutôt former les enfants à un état d’esprit, à une approche des outils techniques, à la conscience de certains enjeux, plutôt qu'à la maîtrise d'une série de clics, la connaissance de savoir où est le menu pour obtenir tel résultat. La question c'est plutôt, quand je vais dans ce menu, qu'est-ce que ça fait derrière dans la machine ?

C'est pour ça que, à l'April, on milite contre ce que j'appelle, moi, l’obscurantisme informatique. L'obscurantisme informatique c'est quand vous dites à votre client : « Ne vous inquiétez pas, c'est très compliqué. On s'occupe de tout pour vous. Vous n’avez rien à faire, on va s'occuper de tout, vous payez et ça marche. » Quand vous faites ça, vous emprisonnez votre client. Par contre, quand vous dites : « Je vais vous former, je vais vous expliquer pour que vous ayez les clefs » et, pour boucler sur ce que Thierry a développé, « pour que si demain vous n’êtes plus satisfait, ou si demain mon entreprise disparaît, ou si demain mon entreprise change de secteur d'activité, vous pourrez continuer à faire fonctionner la solution que je vous ai mise en œuvre, indépendamment de moi ». Donc voilà une des choses pour lesquelles on milite à l'April c'est ça, c'est la connaissance pour tous, la maîtrise par les utilisateurs de leurs outils. Et, par rapport aux enfants dont je parlais, l'enseignement de l'informatique dès l'école élémentaire, dès le collège, mais pas l'enseignement de l'informatique « on apprend aux enfants à utiliser des logiciels », mais l'enseignement de l’informatique où on apprend aux enfants à comprendre ce que font les logiciels et les conséquences que ça a sur leur vie, sur leurs données. Et là-dedans, il y a la problématique des formats de fichiers, mais ça c'est un domaine réservé à Thierry.

Thierry Stoehr : Comme il me tend la perche pour parler des formats, je ne vais pas vous en parler tout de suite ! Je voudrais, parce que je l'avais à l'esprit au tout début, et puis c'est bien, on peut changer à la volée, à propos de logiciel libre et open source, faire un petit point pour, non pas, comment on dit, jeter l'anathème et lancer les grands débats sur open source/logiciel libre, mais de dire que quand on fait de l’open source, quand on produit de l'open source, on utilise du logiciel libre. Ce n’est pas forcément vrai dans le sens inverse. La base est du logiciel libre. Qu'après l'approche soit plus open source, voire encore plus, et je le connais bien, là où je travaille, libriste, libriste, libriste, mais « BSDiste », en l’occurrence, ce qui veut dire licence ultra ouverte, ce qui veut dire une autre approche d'un point qui fait qu'on est là.

Le logiciel libre, il y a liberté et avec, vous vous en doutez, toute la panoplie de quelle définition on donne à cette liberté et jusqu’où va t-on, y compris en se réclamant du logiciel libre ? Ce qui fait que là il y a, des fois, des dérives qu'on constate, qui ne sont pas là stigmatisées en disant : « Je suis juge, j’accorde telle bénédiction à tel logiciel parce que c'est du vrai libre et l’autre c'est du faux libre ». N’empêche qu'il y a quand même, quand on voit apparaître des bases logicielles libres et puis dans des approches de contrat ou dans des approches très juridiques, des limitations par rapport à ce qu'offrait du logiciel libre, je trouve que c'est perdre de la puissance et que c'est dommage, à la fois vis-à-vis du logiciel libre en question au départ, vis-à-vis de l'entreprise qui le fait et vis-à-vis des clients, qui sont finalement à penser avoir du logiciel libre et puis, quand on regarde malheureusement les détails, et le diable se cache souvent dans les détails, l'alinéa 15, le pied de page en tout petit, les phrases qu’on n'a pas tout à fait comprises, qui étaient écrites avec des mots clairs, mais les mots ensemble, beaucoup moins clairs ! Et là de dire : « Il faut faire attention ! »

Je pense, même d'un point de vue d'une santé économique dans le monde du logiciel libre, à rester sur du vrai logiciel libre, au sens de l'ouverture maximum, de l’utilisation du partage et avec, à propos de ce partage — j'ai cité communauté tout à l'heure — je pense que, quand on est fournisseur, éditeur de logiciel libre, on a, vous avez, un rôle vraiment beaucoup plus fort que ce qu'on peut avoir en prestataire classique. Parce qu'il y a derrière quelque chose qu'il s'agit peut-être d'expliquer, d'initier et d'entretenir, qui est, justement à propos de vos produits, un partage sous la forme d’échanges, d'enrichissement, et d'animation, en quelque sorte, de communautés d'utilisateurs, animation de vos clients. Et ça c'est vrai que je pense que c'est tout à fait nouveau dans l'approche classique qu'on a pu connaître du monde non libre des logiciels, mais c'est loin d’être anodin, ça peut même représenter un coût pour vous. Et je pense que, derrière, l’intérêt et le retour sur investissement sont largement présents, et que, quand vous avez des clients qui comprennent que, oui, il peuvent partir, qu'ils maîtrisent leurs données, les formats sont ouverts, vraiment ouverts, ils maîtrisent leur code, même si eux ne le maîtrisent pas, ils ont quelqu'un, vous ou d'autres, qui peuvent le suivre, l'expertiser, l’enrichir.

Et derrière tout ça, il y a plus largement encore, même si c'est d'un point de vue entreprise, d'un point de vue client pour des domaines particuliers, eh bien il y a la possibilité d'enrichir la base logicielle et de partager les résultats, les informations, avec son prestataire pour encore améliorer, ce qu'on va recevoir de lui, ce qu'on va recevoir de vous, et aussi pour gagner d'autres clients. Avec cette approche de « ce n'est pas un monde, qu'on peut qualifier de Bisounours de temps en temps, de joyeux drilles qui rêvent de soixante-huit bis, barbus, chevelus, attardés », voyez, là aussi des clichés. Eh bien non, il y a vraiment derrière ces aspects-là de communauté, de code ouvert, de formats ouverts, de liberté de partir de la part du client, quelque chose de très particulier, de très fort, et qui peut être, je pense, un vrai gain et un vrai atout par rapport à ce que vos concurrents, mais néanmoins confrères, du monde non libre, peuvent dire, eux, alors que vous, vous avez tous, encore, cette possibilité et cette caractéristique qui, je dirais, est vraiment intrinsèque au logiciel libre. Et je dis bien, là aussi, logiciel libre, parce qu'il y a ces caractéristiques d'ouverture, de licence, de code qui sont là et qui doivent rester là. Au niveau approche je dirais, je pense qu'on est tout à fait d'accord, Aful, April et de nombreuses autres associations pour dire « du Libre, du vrai Libre et pas du faux semblant à la presque comme, mais pas tout fait, mais enfin, mais. Non ! Du logiciel libre ! »

Jean-Christophe Becquet : Vous l’aurez compris le logiciel libre est un sujet éminemment politique. Pas politique au sens où le logiciel libre serait de gauche, où le logiciel libre serait de droite. Mais le logiciel libre c'est une manière de faire société, c'est une manière de vivre ensemble, et c'est ça qu'on défend à l'April. L'April c'est un genre de lobby du logiciel libre. Mais plutôt que lobby, on préfère activiste du logiciel libre. Alors c'est quoi la différence entre lobby et activiste ? C'est que un lobby c'est un professionnel qui est payé pour défendre une position qui est la position de son client et, quand il change de client, il change de position ! À l'April, on fêtera nos dix-huit ans cette année, ça fait dix-huit ans7 qu'on défend le logiciel libre. On défend le logiciel libre parce que, comme je le disais, le logiciel libre fait l'objet d'un certain nombre de menaces : la vente forcée, l'obscurantisme, il y en a d'autres. Le retour des brevets logiciels. Si on peut breveter les logiciels, si on peut breveter les idées, il n'y a plus de logiciel libre. Pour ceux d'entre vous qui représentez des collectivités, les marchés publics discriminants dans lesquels, dans le cahier des charges du marché public, on demande explicitement un logiciel propriétaire, une prestation basée sur un logiciel propriétaire. Donc ça, ce sont des menaces dont on doit se prémunir pour sauver le logiciel libre.

Une autre menace, et peut-être la plus prégnante aujourd'hui, en fait ce sont deux choses associées, ce sont les services privateurs. Vous savez tout ce qu'on nous propose gratuit, en ligne ; il n'y a qu'à cliquer et c'est disponible. Alors vous pouvez faire plein de choses. Imaginons qu'on ait une entreprise planétaire qui propose des services en ligne et qui s'appelle Z. Et cette entreprise, elle vous propose tout un tas de services en ligne dont le nom termine par Z ; par exemple vous avez agendaZ, mailZ, cartesZ, c'est si vous êtes perdu. Et donc, vous mettez tous vos services sur cette entreprise. Donc cette entreprise sait en permanence ce que vous faites, avec qui vous parlez, ce que vous dites, où vous êtes, qu'est-ce qui vous intéresse. Et ça, en fait, ça a une valeur inestimable ! Ça a une valeur inestimable et ça permet à cette entreprise de gagner beaucoup d'argent. Et vous, vous êtes conscient que ça c'est un problème parce que vous voulez quand même préserver votre vie privée, vous ne voulez pas que votre boîte mail soit inondée de spams et de messages publicitaires non sollicités. Mais en même temps, c'est gratuit ! Et puis c'est tellement facile ! Et je pense que c'est ça, aujourd'hui, la principale menace à laquelle doit faire face le logiciel libre : c'est la paresse. C'est la paresse ! Je vais vous donner un exemple très concret et ce sera un clin d’œil pour remercier sincèrement et chaleureusement les organisateurs de cette journée, notamment Sébastien et Maxime, qui ont vraiment mouillé la chemise pour que cette journée puissent voir le jour. Et quand ils m'ont soumis la version bêta du site web du Libday, eh bien j'ai dû réclamer qu'on remplace le plan d'accès de cartesZ par OpenStreetMap8, qui est une alternative libre de cartographie, donc libre et collaborative. Donc même chez les gens qui sont les plus au fait, les plus aguerris des vertus du Libre, qui sont des sincères et des authentiques défenseurs du logiciel libre, on est obligé régulièrement de se fâcher, pour leur dire : « Non mais en fait, on ne va pas utiliser un système de cartographie propriétaire. On ne va pas utiliser un système pour convenir d'une date de rendez-vous, vous voyez le truc DoodleZ, pour choisir une date de rendez-vous, on va utiliser une solution libre. Pour nos listes de discussion on va utiliser une solution libre, pour nos blogs on va utiliser une solution libre », et, en fait, ça, ça demande un effort. Ça demande un effort parce que ça prend du temps, parce que c'est de la compétence, parce que c’est un petit peu plus difficile que juste cliquer sur le service gratuit, mais qui ensuite va emprisonner vos données. Dans tous les services gratuits de l'entreprise Z, il y a des conditions d'utilisateur qui sont scélérates, qu'on ne lit jamais, mais le dernier article des conditions générales d'utilisation il dit toujours : « L’opérateur se réserve le droit de changer les conditions d'utilisation de manière unilatérale, sans préavis et sans vous demander votre accord ». Comme ça c’est plié ! En fait vous avez accepté des conditions d'utilisation, mais elles sont amovibles, changeables de manière unilatérale, et sans préavis.

On ne peut pas accepter ça. On ne peut pas accepter ça pour des outils qui sont au cœur de notre vie personnelle, familiale, professionnelle, sur des problématiques aussi importantes. Aujourd’hui, on parle beaucoup d'administration en ligne, on parle beaucoup de e-santé, on parle beaucoup d'éducation et de formation électronique. Quand on est sur des enjeux aussi importants dans nos vies quotidiennes, on ne peut pas confier ça à des logiciels propriétaires. C'est un enjeu politique.

Public : On peut vous interrompre ? Je suis d'accord avec ce que vous dites, mais l'information sur l'existence de ces alternatives n'est pas forcément si simple à trouver, à part pour un aréopage de gens bien informés.

Jean-Christophe Becquet : Merci. Vous me tendez la perche pour la dernière partie, en fait, de mon intervention qui est un appel. Effectivement, une des faiblesses du logiciel libre, aujourd'hui, c’est sa puissance à communiquer, parce qu'on est face à des entreprises, comme l'entreprise Z, qui sont des mastodontes planétaires, qui ont une capacité de communication absolument énorme, qui ont la capacité de mettre en ligne des services gratuits, privateurs, mais qui sont néanmoins, bien qu'ils soient privateurs, extrêmement puissants techniquement, extrêmement ergonomiques, faciles à utiliser, qui répondent à des vrais besoins des gens. Et donc, quand vous avez une entreprise qui met en place des services privateurs, mais qui sont les meilleurs du monde, c'est difficile de rivaliser. Donc c'est pour ça que, effectivement, il faut surmonter la paresse. Et qu’est-ce que vous pouvez faire, vous, pour aider le logiciel libre ? Qu'est-ce que vous pouvez faire si vous êtes un élu ou si vous êtes le représentant d'une collectivité ? Vous pouvez faire adhérer votre collectivité à l'April. À l'April on a quelque collectivités, on a, par exemple, la ville de Toulouse, la région Île-de-France et la région Rhône-Alpes, mais on n'a pas encore la ville de Marseille, la communauté d'agglomérations d'Aix-en-Provence, les sophipolitains et le conseil régional PACA. C’est un appel, c'est un appel clair.

Si vous êtes un enseignant, vous pouvez enseigner avec du logiciel libre ; vous pouvez dire à vos élèves, à vos étudiants, que le logiciel libre existe, que le logiciel libre c'est important et que le logiciel libre ça va changer le monde.

Si vous êtes un chef d'entreprise, vous pouvez consommer du logiciel libre, utiliser des logiciels libres pour faire vivre votre entreprise, pour faire fonctionner votre entreprise et vous pouvez baser les services que commercialise votre entreprise sur du logiciel libre.

Si vous êtes un citoyen, vous pouvez également parler du logiciel libre autour de vous, aller dans des manifestations comme le Libday pour devenir plus aguerri sur le logiciel libre, pouvoir mieux le défendre, pouvoir mieux en parler.

À l'April on accepte tout le monde, on accepte les collectivités, on accepte les entreprises, on accepte les associations, on accepte les citoyens. Pour pouvoir faire de l'activisme, on a besoin de rester indépendants. Aujourd'hui, l'April c'est trois permanents qui travaillent à plein temps pour promouvoir et défendre le logiciel libre. Pour payer ces permanents, on a besoin des cotisations de nos membres et c'est parce qu'on paye nos permanents avec les cotisations de nos membres, qu'on reste indépendants et qu'on peut continuer à promouvoir et à défende le logiciel libre de manière authentique et désintéressée.

Aujourd'hui, on a des entreprises membres parmi lesquelles, certaines, parfois, posent des problèmes au logiciel libre. Mais, pour nous, ce n'est pas un problème parce que, dans les statuts de l'April, les cotisations des entreprises membres sont plafonnées, et si on a envie de dire du mal d'un membre parce qu'à moment donné il a fait quelque chose de dangereux pour le logiciel libre, on peut tout à fait le faire. Je vais donner un exemple concret et en même temps ce sera l'occasion de présenter une initiative d'une association amie qu'on aime beaucoup. Framasoft, qui est une des grandes associations francophones de promotion du logiciel libre, notamment à destination du grand public, vient de lancer une action qui s'appelle « Dégooglisons Internet ». Donc ça vise à s'affranchir d'une entreprise qui pourrait s'appeler l'entreprise Z, et proposer des services gratuits et privateurs pour tous vos besoins. Framasoft lance une opération qui vise à remplacer par des services éthiques et libres les services de Google. Google France est membre de l'April, ça ne nous empêchera pas, au sein de l'April, de soutenir cette initiative, qu'on trouve excellente, de sensibilisation à des alternatives libres et éthiques aux outils privateurs, notamment de Google. Ce n'est pas le seul.

Thierry Stoehr : Je vais essayer d'apporter encore plus concrètement une ou des réponses à « on fait comment pour trouver de l'information ? On n'a pas forcément un service de veille, un service de documentation, qui est là pour nous trouver les informations que l'on souhaite et dont on a absolument besoin. » Je pense que vous l'avez compris, il y a des associations au niveau national, l'April, l'Aful, et si on les contacte, je pense qu'en étant membre ou pas, on peut vous donner des pistes, en tout cas ça me paraît tout à fait logique. 9, qui a été citée, au cas où vous ne connaîtriez pas le site, framasoft.org, et sur le site de Framasoft, vous avez un annuaire de logiciels, qui vous donne, par exemple, une liste assez exhaustive de qu'est-ce qu'il y a en logiciels libres dans le domaine de la CAO [Conception assistée par ordinateur, NdT]. Bon ! Vous avez aussi des associations qui sont, si vous êtes dans la salle concernés par les collectivités locales, une association qui est l'Adullact10, l'Association des développeurs et utilisateurs de logiciels libres pour les administrations et les collectivités territoriales, qui est aussi une source d'informations où on va pouvoir, peut-être plus localement même, trouver des interlocuteurs.

Je voudrais reprendre ce qui a été dit à propos de Framasoft qui fait des choses remarquables et en disant on va un cran plus loin. Ce qui a été cité, et donc tous ces services en ligne qu'on qualifie, quand on est de notre côté, logiciel libre, de déloyaux par rapport à leurs utilisateurs. Et la promotion de services en ligne loyaux repose sur du logiciel libre, repose sur l’approche de logiciel libre, l'approche juridique également, pas que technique. Et je dirais, il ne faut pas seulement, comme le dit Jean-Christophe et comme le dit la campagne Dégoogliser Internet11 ; ce n'est pas forcément Internet qu'il s'agit de « Dégoogliser », c'est l'utilisateur d'Internet ; c'est vous, c'est nous, ce sont les entreprises, ce sont les administrations. Et Internet, il sera ce qu'on voudra en faire, ce qu'on voudra en faire, en intervenant même s'il le faut, pour dire à des responsables : « Ce n'est pas vers ça qu'il faut aller. Ce n'est pas cette approche-là qui est l'approche la plus saine, la plus sereine. Ce n'est pas la mise à mal, voire la mise de côté de la neutralité d'Internet qui est la réponse à tous les soucis qu'on peut avoir et qu'on transpose en disant Internet c'est le mal. »

Dit autrement, je pense que, encore plus que proposer « Dégoogliser Internet » c'est dire vos interlocuteurs, si vous êtes entreprise, vos clients, vos prospects, sont à, je pense, être sensibles — parce que ça les concerne très directement — à ces arguments-là, de, vos données, vous clients, vos informations.

Et j’aime bien, chaque mois de septembre, vers le troisième week-end, rappeler que dans les journées du patrimoine, qui sont très bien, il ne faut pas oublier, tous les jours, l'autre patrimoine qui est le nôtre, le vôtre : c'est le patrimoine numérique, que vous avez, que vous développez et que ce patrimoine numérique s'il est partagé, ça peut être un plus ; si le code est diffusé, ça peut être un gros plus. Et que vos clients ou, en tant que intéressés et pas seulement prestataires, par le logiciel libre, eh bien, il y a cette liberté qui est présente, et qui peut paraître peut-être grand mot, grand concept, pas du tout proche du terrain, ce n'est pas comme ça qu'on va réussir à faire signer, je pense que, quand même si, avec certains de ces arguments, évidemment bien tournés, et je finirai avec ça. Le bien tourné, souvent, c'est juste une question, et ce n'est pas neutre, de vocabulaire, de bon format. Et l'air de rien, quand vous parlez peut-être communauté, ce n'est pas très parlant et c'est peut-être un peu connoté ; quand on parle écosystème, là, peut-être, certains interlocuteurs font beaucoup plus tilt, c'est le bon mot, ça c'est le bon gros mot, pourrait-on dire, qui fait réagir, et dans le bon sens. Je ne suis pas cynique en disant ça, en disant il faut avoir le bon terme, mais, des fois, un terme renvoie à un autre terme qui est, finalement, le même pris sous un autre angle. Communauté, que vous avez entendu, c'est tout à fait valable avec ce que vous connaissez, que vous employez peut-être et certainement plus, du terme de écosystème du logiciel libre, écosystème régional du logiciel libre, écosystème national. Et là, les clients, les prestataires, les éditeurs de logiciels libres ont une part de responsabilité importante et des possibilités qu'on ne connaît pas forcément, « Dégooglisons » , mais qui sont, je pense un, à faire connaître et deux, à utiliser comme arguments et comme caractéristiques pour convaincre, s'il le faut, les personnes pour dire le Libre c'est aussi fait pour vous et pas que sous l'angle uniquement philosophique ou juridique, mais aussi, dans la vie de tous les jours, à propos de toutes vos activités quel que soit le secteur de l'activité en question. De l'enseignement à la recherche, en passant par l'automobile, on a des exemples, en passant par l’aérospatiale, on a des exemples, il y a du Libre partout, déjà, mais on ne le sait pas forcément autant, et je pense qu'il faut justement le dire, l'expliquer et insister dessus. C'est, entre autres, l'objet de la journée.

Public : C'est pour ça que je vous invite à mettre un H à écosystème !

Thierry Stoehr : Vous m'invitez à mettre un H à ?

Public : À écosystème.

Thierry Stoehr : Oui. [Rires]

Public : Parce que c'est, à mon avis, l'un des problèmes aujourd'hui, c'est le manque d'informations sur les possibilités qu'on a. On va la faciliter. Google Maps, vous avez vu, pardon Zmaps. Voilà.

Thierry Stoehr : Et le écho avec un h, vous en êtes la preuve, c'est entre autres aujourd’hui. C'est de dire il y a des contacts, il y a des ressources, il y a des choses qui existent et pour faire gagner du temps, eh bien, il y a peut-être des interlocuteurs que vous allez découvrir, qui sont là localement, plus largement peut-être aussi, et qui peuvent répondre à des questions, des interrogations, donner des pistes et faire que ça continue de se développer encore plus.

Organisateur : Merci beaucoup. Pour les questions on profitera plus de la petite pause qu'il y aura entre dix heures et quart et dix heures et demie, où vous pourrez les solliciter. On va tout de suite enchaîner sur la conférence d'après.

Framalibre : se créer un compte, ça compte !

Framablog - mar, 11/04/2017 - 11:23

Nous vous avons récemment présenté la refonte de notre projet historique, l’annuaire de Framasoft. Comme tous nos outils, celui-ci n’aura de sens que si vous vous en emparez.

Voici le deuxième tutoriel d’une série de trois pour vous aider à découvrir, utiliser et participer à ce grand projet collaboratif. Cette semaine, voyons comment pourquoi se créer un compte sur cet annuaire du Libre. Car si vous voulez tirer amplement parti de cet annuaire, nous vous recommandons fortement de vous créer un compte…

Comment se créer un compte ?

 

  1. Cliquez sur « Créer un compte » en haut à droite.
  2. Entrez un nom d’utilisateur/utilisatrice (les espaces sont permis !) et une adresse email valide (elle vous servira de contact régulièrement dans votre utilisation de l’annuaire).
    N’oubliez pas de déjouer le CAPTCHA pour montrer que vous n’êtes pas un robot (oui, c’est tellement facile qu’on pourrait avoir des doutes, mais non… y’a pas de piège !)
  3. Ouvrez votre boite email pour cliquer sur le lien d’activation dans les 24h suivant vote demande (si vous ne le trouvez pas dans la boite de réception, vérifiez le dossier des indésirables ;) !)
  4. Remplissez le formulaire de présentation et cliquez sur « Enregistrer »

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Pour aller plus loin :

Revue de presse de l'April pour la semaine 14 de l'année 2017

APRIL - mar, 11/04/2017 - 04:01

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 14

[LeMonde.fr] Les algorithmes: nouvelles formes de bureaucraties?

Par Hubert Guillaud, le samedi 8 avril 2017. Extrait:
> Pour Real Life – dont on ne recommandera jamais assez la qualité (@_reallifemag) – l’essayiste Adam Clair (@awattobuildit) dresse une intéressante comparaison entre algorithme et bureaucratie.
Lien vers l'article original: http://internetactu.blog.lemonde.fr/2017/04/08/les-algorithmes-nouvelles-formes-de-bureaucraties

[El Watan] Sécurité numérique: les logiciels propriétaires sont des terminaux d’espionnage

Par APS, le samedi 8 avril 2017. Extrait:
> Il n’y aura pas de sécurité dans le cyberespace tant qu’on utilise les logiciels propriétaires, a averti vendredi à Paris l’expert américain et militant pour les logiciels libres, Richard Stallman.
Lien vers l'article original: http://www.elwatan.com/hebdo/multimedia/securite-numerique-les-logiciels-proprietaires-sont-des-terminaux-d-espionnage-08-04-2017-342881_157.php

Et aussi:
[Libération] «L’idéal du numérique peut devenir une sorte de Léviathan»

[Numerama] L'Unesco craint pour les libertés si les DRM du web sont approuvés

Par Julien Lausson, le jeudi 6 avril 2017. Extrait:
> L'Unesco a adressé un courrier au W3C, organisme chargé d'encadrer la conception des standards du web, pour lui faire part de ses craintes. L'agence onusienne ne voit pas d'un bon œil le fait de faire des DRM des standards du web.
Lien vers l'article original: http://www.numerama.com/politique/247196-lunesco-craint-pour-les-libertes-si-les-drm-du-web-sont-approuves.html

[France 24] Pourquoi Mastodon, le clone open-source de Twitter, attire-t-il autant?

Par Romain Houeix, le jeudi 6 avril 2017. Extrait:
> Mastodon, un clone de Twitter, libre, gratuit et décentralisé sorti il y a six mois, connaît un véritable engouement. Comme de nombreux réseaux sociaux créés ces dernières années, celui-ci prétend, à terme, enterrer son concurrent.
Lien vers l'article original: http://www.france24.com/fr/20170406-pourquoi-mastodon-clone-decentralise-open-source-twitter-reseaux-sociaux

Et aussi:
[TV5MONDE] Mastodon: le clone libre de Twitter emballe l'internet français
[Numerama] Découvrez Mastodon, un clone de Twitter libre, open source et décentralisé
[ZDNet France] Mastodon: tabula rasa sur le microblogging

[Silicon] Google veut faire la paix des brevets autour d'Android

Par Christophe Lagane, le mercredi 5 avril 2017. Extrait:
> AvecPax, Google invite les constructeurs d'appareils Android à partager leurs brevets entre eux. Pour mieux se protéger de Microsoft?
Lien vers l'article original: http://www.silicon.fr/google-paix-brevets-android-171489.html

[Journal du Net] L’open source est l’avenir de l’innovation: voici pourquoi

Par Jim Whitehurst, le lundi 3 avril 2017. Extrait:
> L'open source est fondé sur les contributions du plus grand nombre. De nombreux problèmes ont pu être résolus par ce mouvement, et la cadence des inventions au sein de la communauté est surprenante.
Lien vers l'article original: http://www.journaldunet.com/solutions/expert/66693/l-open-source-est-l-avenir-de-l-innovation---voici-pourquoi.shtml

[ZDNet France] Numérique: les candidats à la présidentielle ont-ils une ”vision”?

Par Laurent Calixte, le vendredi 31 mars 2017. Extrait:
> Jusqu'alors, le numérique était un gadget qui parsemait divers chapitres des programmes présidentiels. Depuis peu, les candidats semblent avoir compris que cet enjeu était structurant pour la politique et l'économie. Le point sur leurs principales prises de position.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/numerique-les-candidats-a-la-presidentielle-ont-ils-une-vision-39850662.htm

Et aussi:
[usine-digitale.fr] [Présidentielle 2017] Quelle vision du numérique chez les "petits candidats"?

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Contenus numériques : droit d'auteur et licences libres - Lionel Maurel

APRIL - lun, 10/04/2017 - 13:03


Titre : Contenus numériques : droit d'auteur et licences libres
Intervenant : Lionel Maurel
Lieu : Université de Technologie de Compiègne
Date : Octobre 2016
Durée : 1 h 43 min 15
Introduction
Licence de la transcription : Verbatim

Transcription Les notions de base du droit d'auteur En quoi consiste le droit d’auteur ?

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Pour commencer, nous allons nous demander en quoi consiste le droit d’auteur. Le droit d’auteur est une des branches de ce qu’on appelle plus largement la propriété intellectuelle. Celle-ci, en France, est codifiée dans le Code de propriété intellectuelle qui comporte deux parties : une relative à la propriété littéraire et artistique, dans laquelle figure le droit d’auteur, et une relative à la propriété industrielle. Dans la propriété industrielle, nous avons des éléments comme les brevets, les marques de commerce ou les dessins et modèles, qui ont trait à la fabrication et à la commercialisation des produits, des inventions. Dans ce module, nous ne parlerons pas de cette branche-là, qui fonctionne d’une manière différente du droit d’auteur, bien qu’étant rattachée à la propriété intellectuelle.

Le droit d’auteur, lui, appartient à la famille de la propriété littéraire et artistique. On trouve donc le droit d’auteur, qui est la branche principale, mais nous trouvons aussi les droits voisins, qui interviennent dans le domaine de la musique et du cinéma, de tout ce qui concerne la vidéo, et le droit des bases de données.

Le droit d’auteur est une matière qui est encadrée, en France, dans le Code de propriété intellectuelle, mais c’est aussi un sujet qui est très encadré au niveau international. Depuis la fin du 19e siècle, nous avons une convention internationale, qui s’appelle la Convention de Berne, qui règle ces questions au niveau international et qui s’assure, notamment, que les États reconnaissent aux auteurs étrangers les mêmes droits que les auteurs nationaux.

Cette question est aussi très encadrée au niveau européen. Il y a une directive européenne de 2001 qui règle ces questions dans l’Union européenne et qui assure un certain degré d’harmonisation. Cette directive est actuellement en voie de révision et le législateur français a une marge de manœuvre qui, de ce fait, est relativement réduite pour introduire des réformes du droit d’auteur.

Et en France, c’est à partir de 1957 que les lois sur le droit d’auteur ont été codifiées dans le Code de propriété intellectuelle. Auparavant le droit d’auteur est né à la Révolution française et, depuis les années 2000, on assiste à une multiplication de lois qui interviennent, notamment, pour adapter le droit d’auteur aux évolutions de l’environnement numérique.

Si on veut savoir exactement en quoi consiste le droit d’auteur, il faut aller dans le Code de propriété intellectuelle, à l’article L-111, qui nous dit : « L’auteur d’une œuvre de l’esprit jouit sur cette œuvre, du seul fait de sa création, d’un droit de propriété incorporelle, exclusif et opposable à tous. »

Tous les éléments de cette phrase sont importants, le plus important étant « droit de propriété incorporelle ». Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que le droit d’auteur est une forme de propriété, à l’image de celle dont nous disposons sur, par exemple, notre maison, notre voiture, ou sur un ordinateur que nous avons acheté. C’est une forme de propriété et c’est une forme de propriété très particulière, parce qu’elle est incorporelle. Elle va donc porter sur un objet immatériel qui est l’œuvre de l’esprit, qui est le produit de la création de l’auteur. Et c’est donc une forme de droit très spéciale, qui s’applique à un objet intangible, qui est l’œuvre de l’esprit qui constitue un des pivots des notions du droit d’auteur.

Pour continuer à le comprendre, le Code, par la suite, précise qu’il y a un principe d’indépendance entre la propriété intellectuelle et la propriété matérielle. Et notamment, il nous indique que l’acquéreur d’un objet matériel n’est pas investi, du fait de cette seule acquisition, des droits de propriété intellectuelle prévus par le Code. Pour comprendre exactement ce que ça veut dire, il faut prendre l’exemple d’une personne qui achète un tableau à un peintre. Cette personne rentre bien en possession du support d’une œuvre qui est le tableau, le support matériel, et cette propriété sur le support matériel va lui permettre de faire tout un ensemble d’actes. Mais elle va être aussi limitée dans ce qu’elle pourra faire de ce support, parce que les droits de propriété intellectuelle sur l’œuvre seront restés au peintre. Par exemple, cette personne ne pourra pas vendre des cartes postales représentant ce tableau, parce que le droit de reproduction lié à l’œuvre qui est sur le tableau sera resté au peintre. Elle ne pourra pas, non plus, organiser d’expositions publiques de ce tableau, parce que là, c’est ce qu’on appelle un droit de représentation sur l’œuvre, qui sera resté au bénéfice du peintre.

Ce qui vous montre qu’il y a une distinction à faire entre les droits sur les supports et les droits sur les œuvres. Si la personne qui a acheté le tableau voulait pouvoir faire ces actes, il aurait fallu qu’elle se fasse céder ces droits de la part du peintre, par le biais d’un contrat, qui serait venu s’ajouter au contrat de vente du tableau.

Ce qui est important, en fait, dans cette définition, c’est la notion de droit exclusif de l’auteur. Quand l’auteur fait une création qui est protégeable par le droit d’auteur, il bénéficie de par la loi d’un droit exclusif qui va lui permettre, en fait, d’exclure les tiers de la possibilité d’utiliser son œuvre. Et ça se traduit par un droit, en fait, à ce qu’on vienne lui demander une autorisation préalable pour pouvoir faire usage de son œuvre.

Ceci, c’est le grand principe du droit d’auteur et nous verrons par la suite qu’il y a cependant des exceptions, des cas dans lesquels on n’aura pas à demander une autorisation préalable à l’auteur pour pouvoir faire l’usage d’une œuvre.

La notion d'œuvre protégée

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Nous allons maintenant nous attarder sur l’objet qui est protégé par le droit d’auteur, notamment la notion d’œuvre et plus précisément la notion d’œuvre de l’esprit qui est la notion énoncée par le Code pour désigner l’objet de la protection du droit d’auteur.

Le Code nous dit que le droit d’auteur « protège toutes les œuvres de l’esprit quels qu’en soient le genre, la forme d’expression, le mérite ou la destination ». Cette énumération a une importance.

Donc le genre ou la forme d’expression n’est pas prise en compte. Tous les types de création sont protégeables, aussi bien des œuvres littéraires que des photographies, de la musique, le cinéma et toutes les formes de vidéo, mais aussi toutes les œuvres de type art contemporain, par exemple, plus originales, qui peuvent accéder elles aussi à la protection.

Le Code précise aussi qu’on ne doit pas tenir compte du mérite pour accorder la protection du droit d’auteur ou non. Ça veut dire que les juges ne se posent jamais la question de savoir si une œuvre est de bonne qualité ou pas, ils sont indifférents, et même une œuvre qu’on pourrait juger de mauvaise qualité peut avoir une protection au titre du droit d’auteur.

Et ensuite, il y a aussi un autre élément qui est sans incidence, c’est la destination. On a souvent l’impression que le droit d’auteur protège des œuvres relevant des beaux-arts, mais pas seulement, en fait. Même des créations qui peuvent nous paraître utilitaires peuvent bénéficier d’une protection au titre du droit d’auteur. Par exemple un texte qu’on trouve sur un site internet, même si ce site n’a pas une vocation artistique, sera très souvent protégé par le droit d’auteur, même s’il a seulement un but informatif.

Donc le périmètre des objets protégeables par le droit d’auteur est, en réalité, très large. Mais le Code et la jurisprudence ont rajouté, néanmoins, des critères qui fixent une sorte de plancher pour ne pas que cette protection soit absolument universelle. Il y a, en fait, deux conditions cumulatives qui doivent être respectées pour qu’un objet soit protégé par le droit d’auteur : les créations doivent être originales et elles doivent être mises en forme.

Le premier critère, l’originalité, induit une idée de choix qui doit être fait par le créateur lorsqu’il produit une œuvre. Il faut, les juges disent, « que l’œuvre porte l’empreinte de la personnalité de l’auteur ». Il faut qu’on puisse percevoir s’il a choisi son sujet, qu’il l’a traité d’une certaine manière qui lui est propre et il faut qu’il soit en mesure de l’expliquer aux juges pour pouvoir bénéficier d’une protection.

Ensuite, il faut que l’œuvre soit mise en forme. Ça tient à un point qui est très important dans le droit d’auteur qui est qu’on ne protège pas uniquement les idées. Une simple idée ne peut pas être protégée par le droit d’auteur. Elle l’est à partir du moment où elle est réalisée dans une forme perceptible par les sens. On verra tout à l’heure que ça a une incidence importante. Les idées restent de libre parcours, ce qui veut dire qu’elles sont toujours réutilisables sans condition, par contre, dès qu’elles sont mises en forme, elles peuvent devenir des œuvres qui, là, vont être protégées par le droit d’auteur.

De ces critères cumulatifs, il résulte que toutes les créations ne sont pas des œuvres nécessairement protégeables par le droit d’auteur. Ici, on voit par exemple une photographie qui a fait l’objet d’une décision de justice. C’est un photographe qui avait pris en photo les ingrédients pour réaliser la bouillabaisse, le plat la bouillabaisse. Et cette photo a été réutilisée par un éditeur, sans lui demander son autorisation. Il en est résulté un procès et les juges ont considéré que cette photographie était trop banale pour pouvoir bénéficier de la condition d’originalité, qu’elle n’exprimait pas la personnalité de son auteur et donc, du coup, cette photographie n’a pas pu bénéficier de la protection du droit d’auteur et elle est librement réutilisable par tous. Exemple d’objet non protégeable par le droit d’auteur.

Autre exemple qu’on peut donner : dans un autre contentieux, le journal Le Point s’était ému que Jean-Marc Morandini reprenait des chroniques d’actualité sur la technologie qui paraissaient régulièrement sur son site, pour alimenter son blog. Et là, encore une fois, les juges ont considéré que le texte de ces chroniques était rédigé d’une manière suffisamment neutre et concise pour ne pas exprimer la personnalité du journaliste qui les rédigeait. Et donc, du coup, ces textes-là ont été considérés comme libres de réutilisation.

Comme tous les objets ne sont pas protégeables par le droit d’auteur, on a ainsi un ensemble d’éléments qui restent toujours libres et, on a vu tout à l’heure, que les idées en elles-mêmes ne sont pas protégées. Même quand elles sont incorporées dans des œuvres, notamment par exemple dans des textes, les idées peuvent être remobilisées, elles peuvent être extraites des œuvres, librement, pour tout un ensemble d’usages qui vont rester disponibles. Par exemple, quand vous avez un texte, vous avez le droit de faire des résumés de ce texte, en extrayant les idées principales et en les reformulant. Si vous faites ça, vous ne violez pas le droit d’auteur et notamment, si vous reformulez les idées avec vos propres mots, vous ne ferez pas de violation du droit d’auteur parce que vous utilisez seulement les idées qui sont contenues dans le texte.

De la même manière, quand on a un article, on peut l’indexer, c’est-à-dire mettre des mots-clefs associés à cet article. Cette opération résulte de l’extraction des idées principales du texte et ce n’est pas une violation du droit d’auteur, c’est un acte qui reste toujours libre.

Les conditions de protection et l'appartenance du droit d'auteur

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Nous allons voir à présent comment s’acquiert la protection du droit d’auteur et à qui elle bénéficie.

Le Code nous dit que le droit exclusif appartient à l’auteur du seul fait de la création de l’œuvre. Ça c’est un point qui fait vraiment une différence très importante par rapport à la propriété industrielle, notamment les brevets ou les marques, où, pour bénéficier de la protection, il est indispensable de faire un dépôt ou un enregistrement auprès d’un organisme qui, en France, est par exemple l’INPI, l’Institut national de la propriété industrielle. Ce dépôt implique des formalités, il est payant, et l’INPI, ensuite, délivre un titre de propriété à la personne qui satisfait aux conditions pour l’obtenir, qu’elle va vérifier.

En matière de droit d’auteur, on n’a pas ce type de mécanisme de dépôt ou d’enregistrement. Le droit d’auteur naît directement au bénéfice du créateur dès qu’il a produit son œuvre. Il en résulte, par exemple, qu’une œuvre n’a pas besoin d’être publiée pour être protégée. Même une œuvre non divulguée, par exemple on peut penser au brouillon d’un roman, on peut penser, notamment, à des photographies dans l’appareil du photographe, elles sont directement protégeables, indépendamment de leur publication. Le Code précise aussi qu’une œuvre n’a pas besoin d’être achevée pour bénéficier de la protection. Le simple fait d’avoir commencé à la créer, d’avoir commencé à la mettre en forme, permet de bénéficier de la protection. Par contre, pour pouvoir opposer le droit d’auteur à un tiers, notamment en justice, il faut disposer de la preuve de la date de la création, ce qui entraîne parfois les créateurs à faire tout de même des dépôts pour pouvoir bénéficier d’une preuve qu’ils pourront ensuite opposer à quelqu’un qui aurait réutilisé leur œuvre, notamment dans les affaires de contrefaçon.

Une fois qu’on a acquis le bénéfice d’une protection, à qui profite-t-elle exactement ?

En France, le grand principe, c’est que les droits naissent au bénéfice du créateur, en tant que personne physique individuelle. C’est notamment une des grandes différences avec le système du copyright américain qui, lui, admet beaucoup plus facilement que des personnes morales, notamment des employeurs, des entreprises, puissent bénéficier directement des droits. Aux États-Unis, quand on est employé et qu’on crée des œuvres dans le cadre de son travail, c’est l’employeur qui bénéficie directement des droits.

En France, ce n’est pas le principe. Un salarié bénéficiera des droits sur ses créations, qu’il aura créées dans le cadre de son emploi, et si l’employeur veut bénéficier des droits, il faut qu’il se les fasse céder par le biais soit de clauses dans le contrat de travail ou de mentions dans les conventions collectives qui régissent la profession. Il y a tout de même des exceptions à ce principe dans la loi française, notamment, par exemple, pour les logiciels : les logiciels créés par un employé sur son temps de travail, les droits bénéficient à l’employeur. Les journalistes, aussi, ont une clause particulière et les agents publics, également, ont un régime particulier.

Pour les agents publics, lorsqu’ils créent des œuvres dans le cadre de l'exécution de leur mission de service public, ils ont la titularité du droit d’auteur, mais les droits d’exploitation de l’œuvre sont immédiatement transférés à leur employeur, c’est notamment la personne de droit public qui les emploie. La seule chose qu’ils gardent c’est un droit très limité à la paternité de l’œuvre, c’est-à-dire à être cités comme auteurs en cas d’utilisation. L’employeur exerce beaucoup des branches du droit d’auteur : il peut décider, par exemple, de divulguer ou non la création de l’agent public. Il peut aussi imposer à l’agent public de faire des modifications, ou demander à un autre agent de faire des modifications sur cette création. Ce régime des œuvres des agents publics a lui-même une exception qui bénéficie aux professeurs d’université, aux enseignants-chercheurs. C’est la seule catégorie d’agents publics qui garde un droit complet sur ses productions, même lorsqu’elles sont produites dans le cadre de leur mission de service public. Ça veut dire que les cours faits par les enseignants-chercheurs, les articles produits, les rapports de recherche, tous les droits sur ce type de production restent aux universitaires et ce sont eux qui exercent pleinement et qui font les décisions pour la diffusion et l’exploitation de ces œuvres.

C’est la même chose qui s’applique pour les étudiants et les élèves qui ne sont pas considérés comme des agents publics, même lorsqu’ils suivent ces formations, et ils restent pleinement titulaires des droits sur leurs productions, que ce soit des copies, des rapports ou des mémoires.

Le fonctionnement du droit d'auteur Les différentes branches du droit d'auteur

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Nous allons voir à présent quelles sont les différentes composantes du droit d’auteur. Jusqu’à présent nous avons parlé du droit d’auteur comme quelque chose d’unifié, mais en fait le droit d’auteur se découpe en plusieurs prérogatives qui bénéficient aux titulaires de droits.

Les deux grandes branches principales du droit d’auteur sont le droit moral et les droits patrimoniaux.

La première branche, droit moral, consiste en un droit de faire respecter l’œuvre et la personne du créateur. C’est une des marques du droit français. Dans notre législation, c’est un aspect qui est très protégé et qui constitue, un petit peu, l’identité du droit français en matière de droit d’auteur.

Ce droit moral se découpe lui-même en quatre éléments.

Le premier est le droit à la paternité. C’est le droit à ce que la qualité d’auteur du créateur soit reconnue et à ce que son nom, notamment, soit toujours cité lorsque l’œuvre est utilisée. Si vous mettez votre nom à la place de celui créateur, vous violez le droit de paternité et, dans le langage courant, c’est ce qu’on appelle souvent un plagiat, mais précisément, du point de vue juridique, c’est une violation du droit de paternité de l’auteur et, notamment, de son droit moral.

Le deuxième droit rattachable au droit moral est celui de divulgation. Quand l’œuvre a été créée, seul son créateur peut décider de la porter à la connaissance du public et il a tout à fait le droit de ne pas vouloir qu’une de ses créations soit révélée. C’est le cas, par exemple, du brouillon d’un roman, d’un tableau que le créateur voudrait ne pas exposer. Et il peut s’opposer à ce qu’une œuvre qu’il a créée soit portée à la connaissance du public.

Le troisième élément, c’est le droit au respect de l’intégrité de l’œuvre. Lorsque le créateur a fait sa création, on dit qu’il a arrêté une forme donnée et cette forme, il a le droit de s’opposer à ce qu’on la modifie. Si on prend le cas d’une photo, par exemple, le recadrage de la photo, sa colorisation, le fait de l’inverser, toutes ces actions, en fait, peuvent être considérées comme des atteintes à l’intégrité de l’œuvre, que le créateur peut vouloir empêcher. Et pour ça, il faut qu’il montre que ces modifications ont dénaturé sa création et qu’elles ont porté atteinte à l’esprit de ce qu’il voulait faire.

La quatrième composante du droit moral, c’est le droit de retrait ou de repentir, qui est plus rarement mis en œuvre car plus complexe. C’est l’idée que lorsque le créateur a accepté la diffusion de son œuvre, il a le droit de changer d’avis et de demander à ce que son œuvre ne soit plus diffusée. Mais en fait, cette capacité est assez rarement mise en œuvre, parce que pour ça il doit indemniser tous les intermédiaires qui ont participé à la diffusion. On peut penser, par exemple, à un éditeur qui aurait commencé à diffuser un roman et, de ce fait, il y a assez peu d’auteurs qui revendiquent l’application de ce droit de retrait ou de repentir.

Ça c’était la première branche du droit moral. Il y en a une seconde qui est celle du droit patrimonial ou des droits patrimoniaux, qui ont trait à l’exploitation de l’œuvre. C’est souvent, d’ailleurs, ce qu’on a en tête quand on parle de droit d’auteur.

Dans les droits patrimoniaux, nous avons notamment le droit de reproduction. C’est-à-dire celui de faire des copies ou de fixer l’œuvre sur un support. Si on prend le cas d’un tableau, encore une fois, la possibilité d’utiliser l’image de cette œuvre dans un livre, la possibilité d’en faire des cartes postales, la possibilité de le numériser et de l’afficher sur un site internet, tout ça va résulter en des formes de reproduction qui relèvent de ce droit patrimonial.

Nous avons ensuite un droit de représentation, dit aussi droit de communication au public, qui est né, principalement d’abord dans le monde du théâtre. Quand vous jouez une pièce de théâtre, il n’y a pas de reproduction de l’œuvre, il n’y a pas de copie, mais il y a bien une forme d’exploitation de l’œuvre qui, au fil du temps, a fini par être reconnue comme un des modes d’exploitation que peut contrôler le créateur.

Ensuite, au fil de l’évolution des technologies, il y a eu tout un tas de procédés permettant de diffuser les œuvres qui ont été raccrochés à cette représentation. On pense notamment à la radio, on pense au cinéma, qui sont considérés comme des formes de communication publique des œuvres, et aujourd’hui, toutes les communications numériques sont aussi assimilées à des formes de représentation qui peuvent être soumises au droit d’auteur. Le fait de diffuser sur Internet une œuvre est une forme de communication au public.

Indépendamment de la reproduction et de la représentation, il y a aussi la possibilité d’adapter les œuvres, le droit d’adaptation, qui relève du droit patrimonial. Là on pense, notamment, à des choses comme le fait de prendre un roman et de l’adapter en pièce de théâtre ou de l’adapter au cinéma, d’en faire un jeu vidéo. Tout ça, ce sont ce sont des formes d’adaptation qui relèvent aussi du droit patrimonial. Dans le droit d’adaptation, on a aussi, par exemple, la traduction qui est aussi considérée comme relevant du droit patrimonial.

Un point d’attention à avoir, c’est que ce droit s’appelle droit patrimonial, droit d’exploitation, mais il s’applique aussi en cas d’usage non commercial. Quand vous faites une reproduction d’une œuvre, par exemple pour l’afficher sur un site internet, vous êtes quand même soumis à ce droit de reproduction, même si vous n’avez pas d’intention lucrative ou de faire un acte commercial.

Pourquoi cette distinction entre le droit moral et le droit patrimonial est importante ? Parce qu’en fait, ces deux branches du droit d’auteur ne fonctionnent pas de la même manière.

Le droit moral, par exemple, ne peut pas être cédé par contrat, par l’auteur, à un intermédiaire comme un éditeur ou un producteur. On dit qu’il est inaliénable. C’est une façon de protéger les auteurs et d’empêcher que des intermédiaires s’attribuent ces prérogatives-là. Le droit est dit inaliénable parce que l’auteur pourra toujours revenir sur sa décision et considérer que le contrat est nul si un éditeur lui a demandé de céder le droit de paternité, le droit de divulgation ou le droit au respect de l’intégrité de son œuvre.

Le droit moral est aussi perpétuel dans le temps, c’est-à-dire qu’il va durer toute la vie de l’auteur et ensuite, il va se transmettre à ses descendants qui vont pouvoir l’exercer, indéfiniment, sans limite dans le temps.

Le droit patrimonial, de son côté, a un fonctionnement différent. Par définition, il est cessible par contrat, c’est-à-dire que l’auteur peut céder tout ou partie des droits patrimoniaux à des intermédiaires comme des producteurs ou des éditeurs. Dans ces cas-là, la cession va entraîner le transfert du droit au profit de ces agents et, en général, l’auteur va exiger une rémunération en échange et c’est de cette manière-là, par cession du droit patrimonial, que les créateurs peuvent bénéficier d’une rémunération pour leurs créations.

Le droit patrimonial n’est pas perpétuel. Il est limité dans le temps. En principe il dure 70 ans après la mort de l’auteur et, à ce moment-là, les différentes branches du droit patrimonial, c’est-à-dire la reproduction, la représentation et l’adaptation deviennent libres : n’importe qui peut les effectuer sans avoir à demander d’autorisation à l’auteur, ni à le rémunérer. Par contre, le droit moral persiste et donc là, il faudra demander l’autorisation aux descendants de l’auteur qui continuent à l’exercer.

La violation du droit d'auteur et les sanctions associées

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Nous allons voir à présent la question de la violation du droit d’auteur et les sanctions qui y sont associées.

On a vu les différentes branches qui composent le droit d’auteur. Toute atteinte, tout acte commis sans autorisation de l’auteur, raccrochable à une de ces branches, constitue ce qu’on appelle une contrefaçon. C’est le terme qui désigne le délit associé à la violation du droit d’auteur. Contrairement à l’expression un peu courante, la contrefaçon, dans ce domaine-là, elle n’est pas limitée à la question de fabriquer des imitations de sacs ou de médicaments. La contrefaçon, c’est beaucoup plus large, ça concerne la violation des droits de propriété intellectuelle et, en matière de droit d’auteur, ce sera de reproduire une œuvre sans autorisation, de la représenter sans autorisation, ou même de violer une des composantes du droit moral sans l’accord de l’auteur.

La contrefaçon, en tant que délit, est punie actuellement de trois ans de prison et 300 000 euros d’amende. C’est donc quelque chose qui peut être poursuivi au pénal, comme peut l’être le vol, par exemple, et avec un niveau de sanction qui est relativement élevé : trois ans de prison et 300 000 euros d’amende, ça fait partie des délits lourdement sanctionnés. Sachant qu’à côté de ça, une personne qui subit une violation du droit d’auteur peut aussi agir au civil pour demander des dommages et intérêts, en fonction du préjudice qui lui aura été causé. Dans la pratique, d’ailleurs, on constate que les poursuites au pénal sont très rares. Elles concernent, en général, des violations très importantes du droit d’auteur, notamment avec une intention commerciale derrière, une intention lucrative. Et il est très rare que de simples internautes, par exemple, soient poursuivis au pénal. Par contre les poursuites au civil sont plus fréquentes.

Dans la pratique, ce qu’on constate quand même, c’est que, en cas de violation du droit d’auteur, ce qui se produit le plus fréquemment, c’est que le titulaire de droits va adresser une demande à celui qui a violé le droit d’auteur, de cesser ou de retirer, par exemple, un contenu qu’il aura mis en ligne. Et lorsqu’on s’exécute, en général, ça clôt le litige et on peut en rester là. Il faut savoir quand même que dans ce cas-là, le titulaire de droits a toute latitude pour demander une indemnisation, qu’il va fixer de son propre chef, et en indiquant que si on ne paye pas cette rémunération, eh bien il y aura des poursuites au tribunal qui seront effectuées. Pour donner un exemple, il est assez fréquent qu’une agence de photos comme Getty Images, repère que certaines de ses photographies ont été publiées sur Internet et, par le biais de ses avocats, envoie une demande de retrait assortie de montants qui peuvent dépasser plusieurs centaines d’euros, sous peine d’aller au tribunal.

Donc les risques associés à la violation du droit d’auteur, il faut considérer qu’ils sont réels, sans aller systématiquement à des choses comme trois ans de prison et 300 000 euros d’amende, il y a des risques, notamment pour les usages sur Internet où il y a une visibilité liée à la rediffusion.

Il y a des secteurs, aussi, qui sont plus sensibles que d’autres. C’est notamment le cas de la photographie, où beaucoup de photographes professionnels sont particulièrement sensibles au respect de leurs droits, notamment dû aux conditions de l’exercice de leur profession et peuvent être plus portés à faire valoir leurs droits en cas de réutilisation non autorisée.

À côté de ça, on le verra dans d’autres vidéos, il faut se rendre compte que lorsqu’on n’est pas sûr de pouvoir réutiliser ou non un contenu protégé, il faut chercher à contacter le titulaire de droits lorsqu’on en a la possibilité, envoyer un simple mail, par exemple. Si on indique de manière assez précise ce que l’on veut faire avec l’œuvre que l’on veut réutiliser, peut valoir, en fait, l’équivalent d’une licence. Si on indique vraiment précisément les types d’usage, ça vaudra autorisation qui sera valable d’un point de vue juridique parce qu’on a un écrit formalisé. Et donc du coup, ça vaut toujours le coup d’essayer de contacter un auteur ou un éditeur, sachant qu’en cas d’utilisation non commerciale, ce genre de titulaire de droits est, en général, porté à accorder des autorisations.

Il y a d’autres façons d’utiliser légalement des contenus sur Internet du point de vue du droit d’auteur. Notamment, on peut réutiliser des œuvres qui sont dans le domaine public et elles sont faites pour ça. Le domaine public est fait pour donner des libertés de réutilisation. On peut réutiliser des œuvres qui sont dans le domaine public, sachant qu’il faut bien s’assurer que l’œuvre en question est dans le domaine public, mais aussi que son support le soit. Ça peut, parfois, être assez complexe, notamment en ce qui concerne les musiques et les vidéos, de bien déterminer qu’on a à faire à un objet qui est dans le domaine public complètement.

Et sinon, on peut se tourner vers les œuvres placées sous licence libre. On verra dans une autre vidéo, en détail, ce que sont les licences libres. Le principe en est que le titulaire de droits, en général l’auteur, va accorder une autorisation générale à tous les utilisateurs de réutiliser sa production, par le biais d’un contrat, qui s’appelle une licence libre où, au lieu de poser des restrictions à l’usage, il va donner des libertés de réutilisation. Elles peuvent être plus ou moins ouvertes selon les options que le créateur aura choisies, mais ces licences offrent de très larges latitudes de réutilisation et on compte, aujourd’hui, des centaines de milliers, voire de millions d’œuvres disponibles sur Internet sous licence libre, qui peuvent être mobilisées pour toutes sortes d’usages.

Le mode de fonctionnement du droit d'auteur et les contrats

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Nous allons voir maintenant le fonctionnement concret du droit d’auteur et notamment la manière dont il s’exprime dans des contrats.

Si on reprend les éléments qu’on a vus jusqu’à présent, quand une œuvre est protégée, l’auteur bénéficie d’un droit exclusif. Aux États-Unis, on dit souvent : « Copyright – tous droits réservés ». Le principe s’applique aussi ici en France. Quand l’œuvre est protégée, tous les droits sont, en principe, réservés à l’auteur, ce qui signifie que vous allez devoir lui demander une autorisation préalable. C’est-à-dire, avant de faire l’usage, vous devez aller voir l’auteur ou le titulaire des droits et lui demander une autorisation pour pouvoir utiliser sa création.

Ce principe n’a pas une valeur absolue parce que la loi a listé une série d’exceptions, qui sont des cas spécifiques dans lesquels on n’aura pas à demander une autorisation à l’auteur. Un de ces cas qui est listé dans la loi, qui est peut-être le plus connu, est celui de la citation. Pour faire une citation d’un texte, on n’a pas besoin de demander l’autorisation à l’auteur, ni de payer, parce qu’il y a une exception, spécialement formulée dans le Code, qui nous dispense de cette autorisation préalable. Nous verrons tout à l’heure quelles sont ces exceptions, quelle est leur portée.

Mais pour l’instant, si on reste dans le cas où une autorisation est nécessaire à demander à l’auteur ou au titulaire de droits, il va falloir qu’elle s’exprime par un contrat, qui est un acte juridique nécessairement écrit en droit français, qui va formaliser l’accord de l’auteur et le délimiter. Le contrat, c’est la manière dont les créateurs vont autoriser des intermédiaires à exploiter leurs œuvres et le public à les réutiliser. Et en droit français, ces contrats doivent être rédigés d’une manière précise pour qu’ils soient valables. On dit que le droit a établi un formalisme particulier des contrats d’auteurs. Le Code dit, notamment, que la transmission des droits de l’auteur est subordonnée à la condition que chacun des droits cédés fasse l’objet d’une mention distincte dans l’acte de cession et que le domaine d’exploitation des droits cédés soit délimité quant à son étendue, sa destination, le lieu et la durée. Ça, ça signifie que quand vous faites un contrat d’auteur, il va falloir que vous listiez précisément tous les usages que vous voulez faire de l’œuvre, que vous vous fixiez un lieu d’exploitation et une durée d’exploitation. Les contrats qui seraient rédigés d’une manière trop floue, trop vague, sont considérés comme non valables, et l’auteur n’est pas lié par ce type d’engagement. C’est une mesure de protection des auteurs, qui évite qu’un intermédiaire leur demande une cession des droits en bloc et les dépossède, d’une certaine manière, de leurs droits d’auteur.

Dans les contrats, en fait, il y a deux catégories bien distinctes. Un intermédiaire, par exemple comme un éditeur, peut exiger une cession à titre exclusif des droits. Ça signifie que l’auteur lui consent un usage que lui seul pourra faire ensuite du droit d’exploitation. Ces cessions-là sont puissantes, on va dire. Elles organisent un transfert du droit de l’auteur à l’éditeur et, en général, en principe, elles sont réalisées à titre onéreux, c’est-à-dire en échange d’une rémunération et le Code nous dit que cette rémunération doit être, en principe aussi, proportionnelle au chiffre d’affaires réalisé par l’agent économique. Mais toutes les autorisations ne sont pas exclusives. Si vous avez besoin d’une autorisation, par exemple simplement pour afficher une photo sur un site internet, vous n’avez pas besoin de demander une exclusivité au photographe. Dans ces cas-là, on dit que le photographe concède une licence, simplement, et ces actes-là sont plus simples à formuler, ces contrats-là sont plus simples à exprimer.

Dans le Code de propriété intellectuelle, il y a un certain nombre de contrats, plus importants, qui bénéficient d’une définition et de tout un régime qui est établi. Si on prend un exemple : le contrat d’édition fait l’objet d’une partie dans le Code et il est relativement formalisé. C’est celui qui permet, notamment, l’édition des livres par les éditeurs. Dans ces cas-là, en fait, le contrat organise un équilibre entre l’auteur et l’éditeur. L’auteur consent à une cession du droit, notamment de reproduction, contre une rémunération, pour que l’éditeur puisse fabriquer des exemplaires de l’ouvrage. L’éditeur est tenu, par le contrat, de faire cette fabrication et il est tenu ensuite de publier le livre et de l’exploiter commercialement. Si l’une des deux parties ne satisfait pas à ces conditions, eh bien le contrat tombe et, notamment par exemple, si l’éditeur n’exploite pas effectivement le droit de reproduction, eh bien ce droit retourne à l’auteur.

Et en contrepartie, l’auteur va toucher une rémunération proportionnelle qui est établie, en fait, sur le chiffre d’affaires réalisé par l’éditeur. C’est lui qui prend le risque dans l’opération d’édition et, dans le droit français, la possibilité de payer un auteur au forfait est assez encadrée. Elle est limitée à certains cas précis, notamment, par exemple, des illustrations ou des traductions, mais en principe, un auteur doit être rémunéré de manière proportionnelle. C’est là aussi une manière de protéger l’auteur et de lui assurer d’avoir une rémunération au niveau de la popularité ou de la diffusion que l’œuvre aura atteintes. Un intermédiaire économique ne peut pas, en principe, payer une somme fixe à un auteur en échange de la cession des droits.

Le cas particulier des publications scientifiques

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Nous allons voir à présent le cas particulier des productions scientifiques et notamment des articles scientifiques produits par les chercheurs.

Dans ce domaine, on a vu précédemment que les chercheurs restent titulaires des droits sur leurs productions, y compris lorsqu’ils les produisent dans le cadre de leur mission de service public. Donc toutes les productions des chercheurs et des enseignants-chercheurs, qu’il s’agisse de cours, d’articles, d’ouvrages, de parties d’ouvrages ou de ressources pédagogiques, les droits restent aux chercheurs et ce sont qui décident de la diffusion et des conditions de la réutilisation de ce qu’ils produisent.

Dans le domaine particulier de la diffusion des résultats de la recherche, les chercheurs, en général, diffusent leurs productions par le biais d’éditeurs scientifiques, qui vont conclure avec eux des contrats, qui sont en réalité des contrats d’édition, notamment pour la diffusion des articles qui paraissent dans les revues scientifiques. Au moment de la conclusion de ce contrat d’édition, les chercheurs sont amenés à céder leurs productions, les droits sur leurs productions, au profit de l’éditeur et, en fonction de l’étendue de la cession, ils pourront effectuer certains usages ou, au contraire, se voir interdire d’exercer ces droits.

Dans le cas qui est relativement fréquent, l’éditeur va demander une cession exclusive pour l’ensemble des droits de reproduction et de représentation sur l’article. Si le chercheur accepte ce type de contrat, à ce moment-là ces droits-là sont transférés au profit de l’éditeur scientifique et le chercheur ne pourra plus utiliser lui-même son article, notamment pour le publier en dehors de la revue, sur un site personnel ou sur un site institutionnel. Cette situation a conduit, en fait, à ce que les éditeurs scientifiques concentrent une grande partie des droits sur la production des résultats de la recherche et les revendent sous forme d’abonnements aux universités qui sont amenées, en fait, à devoir racheter les droits d’accès à la production des chercheurs.

Cette situation a pu être contestée. Elle est génératrice, aussi, de très lourdes dépenses pour les universités, ce qui a amené, en réaction, à un mouvement du Libre Accès aux articles scientifiques, ou de l’Open Access, qui incite les chercheurs à poster sur Internet, en accès libre et gratuit, soit sur leur site personnel, soit sur des sites d’archives institutionnelles, leurs articles. Pour faire ça juridiquement, il faut que le chercheur, au moment où il conclut le contrat d’édition avec l’éditeur, prenne la précaution de ne pas céder l’intégralité de ses droits patrimoniaux, mais conserve suffisamment de droits pour pouvoir, lui-même, faire un auto-archivage ensuite sur Internet. Et pour ça, en fait, il faut négocier des clauses ou proposer des modèles de clauses, qui réservent au minimum au chercheur une possibilité de diffusion non commerciale de son propre article.

Au fil du temps, des éditeurs ont accepté une coexistence avec cette dynamique du Libre Accès ou de l’Open Access et permettent, notamment, l’auto-archivage de la version auteur, c’est-à-dire du manuscrit qui aura été soumis par l’auteur à l’éditeur, et qui va pouvoir être mis en ligne. En général, les éditeurs n’acceptent pas, par contre, la diffusion de la version de l’article incorporant leurs propres apports, c’est-à-dire notamment la mise en page, la pagination, la maquette de la revue qui là, va rester sous droits exclusifs.

Les éditeurs peuvent aussi fixer des durées, qu’on appelle d’embargo, qui vont constituer un certain laps de temps pendant lequel le chercheur ne devra pas diffuser en archive ouverte ou sur une archive institutionnelle son article, pour réserver une période d’exploitation commerciale exclusive à l’éditeur. Ces durées peuvent varier. Elles varient beaucoup selon les disciplines et selon les éditeurs, mais la loi française va changer et va uniformiser ces durées et va toujours permettre, dorénavant à l’auteur, de faire la diffusion en accès libre de son article, six mois après la publication dans la revue pour les sciences exactes et un an pour les sciences humaines et sociales. Dans ces conditions-là, l’auteur n’aura plus à négocier les contrats, c’est la loi qui lui donnera cette possibilité, en passant par-dessus les contrats d’édition qu’il pourrait signer.

La gestion du droit d'auteur et des droits voisins Les droits voisins

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Nous allons à présent parler de la question des droits voisins. Jusqu’à présent nous avons passé en revue les différents éléments liés au droit d’auteur. Mais il y a d’autres types de droits qui peuvent bénéficier à des personnes qui ne sont pas auteurs au sens propre, mais qui participent à la création. On dit qu’elles sont des auxiliaires de la création et, au fil du temps, le législateur a considéré qu’il fallait aussi faire bénéficier à ces agents de droits pour leur accorder une meilleure protection. Ça s’est passé dans les années 80, en 1985 exactement en France, où la loi a donné une protection spécifique, par exemple aux interprètes. Les personnes qui sont chanteurs, acteurs ou musiciens, qui ne sont pas auteurs des œuvres qu’elles interprètent mais qui bénéficient, tout de même, d’une protection au titre de ce qu’on appelle un droit voisin du droit d’auteur, qui fonctionne d’une manière très similaire au droit d’auteur, au moins dans ses branches. C’est aussi un droit qui porte sur la reproduction et la représentation de l’œuvre.

Pour les interprètes type acteurs ou musiciens, il y a aussi une dimension du droit moral qui s’applique. Par contre, ce droit-là est différent dans sa durée : au lieu de durer 70 ans après la mort de l’interprète, il va durer 70 ans à partir du moment où l’interprétation sera réalisée. Donc si je prends le cas d’un chanteur, au moment où il effectue son interprétation, il bénéficie d’une protection de 70 ans, ce qui peut amener cette protection à s’éteindre, dans le cas d’une personne qui vit longtemps, du vivant du créateur lui-même, ce qui n’arrive jamais pour le droit d’auteur.

Ces droits qui bénéficient aux interprètes, ils ont aussi été étendus à d’autres d’agents, qui sont plus des agents économiques, qui sont notamment les producteurs. Donc les producteurs ce sont ceux qui prennent l’initiative et qui investissent pour fixer l’œuvre sur un support. À la base ça a été fait pour les producteurs de phonogrammes et de vidéogrammes, donc ceux qui faisaient des enregistrements de vinyles, de CD, de cassettes et, aujourd’hui, qui investissent pour la production des œuvres sous forme numérique. Ils bénéficient, eux aussi, d’un droit voisin qui là va durer 50 ans après la fixation de l’œuvre sur le support.

Les entreprises de communication audiovisuelle, donc les chaînes de télévision et les radios, ont aussi un droit voisin sur les émissions qu’elles diffusent.

Si on prend le cas d’une musique, par exemple, ça va aboutir à un schéma des différents types de droits qui vont bénéficier sur cette musique. Dans une musique, vous pouvez avoir des auteurs qui sont le compositeur de la mélodie, le parolier qui aura écrit les paroles, l’arrangeur. Eux ont la qualité d’auteur et ils bénéficient des droits que nous avons passés en revue et notamment des droits de reproduction, de représentation, 70 ans après leur mort.

On a ensuite les interprètes qui jouent la musique, donc les membres d’un groupe, par exemple, qui vont jouer la musique, eux ont un droit voisin d’interprète. Une personne peut être auteur-compositeur-interprète, c’est-à-dire cumuler à la fois la qualité d’auteur et d’interprète, elle bénéficiera alors des deux droits, droit d’auteur et droit voisin, qui peuvent aussi être séparés. Le producteur, lui, donc qui prend l’initiative de produire cette musique et de la diffuser, il a un droit voisin. Et on a un autre agent qui peut intervenir dans le cas de la musique, c’est ce qu’on appelle l’éditeur qui va gérer la partition. Les éditeurs de musique, eux, agissent comme des éditeurs de livres. Ils se font céder les droits par les auteurs et ils obtiennent le droit de reproduction, notamment pour diffuser la partition de la musique.

Ensuite, si on prend maintenant le cas d’une œuvre audiovisuelle, on va dire un film, un reportage, on a un schéma qui est relativement similaire. Vous avez des auteurs et la loi liste des personnes qui peuvent avoir la qualité d’auteur d’une œuvre audiovisuelle – ça va être, par exemple, le scénariste, le dialoguiste, le réalisateur et le compositeur de la musique – eux, ils sont auteurs au sens propre et ils ont donc ce droit de reproduction, de représentation, 70 ans après leur mort. Il y a toute une catégorie d’interprètes qui sont notamment les comédiens, les acteurs, mais aussi les danseurs, chanteurs, musiciens, qui pourraient intervenir dans le film. Le producteur, c’est celui qui prend à sa charge de réaliser cette œuvre audiovisuelle et qui investit pour qu’elle soit possible, eh bien il a un droit voisin, et toute la musique du film, en fait, est gérée avec un système aussi de droits d’auteur et de droits voisins qui se superposent à l’ensemble.

Donc vous voyez qu’on peut aboutir à un schéma qui est beaucoup plus complexe que celui d’un simple auteur de roman qui va être seul pour créer son œuvre. Dans le cas de la musique et des films, on est dans le cas d’œuvres de collaboration qui font intervenir plusieurs types d’acteurs, et ça entraîne une superposition des droits à plusieurs niveaux qui, ensuite, va nécessiter des mécanismes pour pouvoir gérer ces droits et notamment gérer l’exploitation dans les différentes filières de diffusion.

La gestion collective des droits

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Nous allons à présent voir les mécanismes de gestion collective des droits.

Jusqu’à présent, on s’est surtout placés dans l’hypothèse où un créateur individuel, seul, avait créé une œuvre et où des utilisateurs allaient lui demander l’autorisation pour pouvoir l’utiliser.

En fait, très rapidement, ce mécanisme de gestion individuelle des droits a montré ses limites. Parce qu’un auteur qui acquiert une certaine notoriété, s’il devait entièrement gérer ses droits à titre individuel, serait sans cesse, en fait, sollicité et cette gestion, à son niveau, deviendrait bien trop complexe et bien trop chronophage. Ce qui fait que les auteurs ont rapidement éprouvé le besoin de se regrouper en sociétés pour développer ce qu’on appelle la gestion collective des droits. Cette gestion collective est ancienne : la première société qui s’est créée l’a été dans le courant du 19e siècle, s’appelle la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, qui s’est rassemblée autour de Beaumarchais pour gérer les droits des auteurs, notamment dans le théâtre. Par la suite d’autres sociétés sont nées, comme la SACEM, Société des auteurs compositeurs et éditeurs de musique, qui gère les droits des auteurs dans le secteur de la musique.

En France, actuellement, on a un ensemble de 27 sociétés de gestion collective qui interviennent pour faciliter, en fait, la gestion des droits dans les différentes branches. Le principe, dans ces cas-là, c’est que les auteurs conservent leur droit moral, on a vu qu’il était inaliénable, donc ils gardent l’exercice du droit moral, mais ils vont adhérer à ces sociétés et leur donner un mandat pour qu’elles puissent exercer, à leur place, les droits d’exploitation. Et ces sociétés mettent en place des tarifs et des barèmes qui leur permettent d’accorder des autorisations, de percevoir des redevances et, ensuite, de les repartir selon leurs différents membres, pour leur assurer une rémunération. Ces sociétés sont établies par la loi, ce sont des sociétés privées, mais elles reçoivent un agrément ministériel pour devenir sociétés de perception et de répartition des droits, et elles sont soumises à un certain nombre de contrôles sur leur gestion pour vérifier leur bon fonctionnement.

Le schéma est relativement complexe. Néanmoins, en France, on a vu qu’il y avait 27 sociétés de gestion. Les auteurs ne sont pas les seuls à s’être rassemblés en sociétés de gestion collective. On a aussi, par exemple, les interprètes qui le sont ; les producteurs aussi, dans une certaine mesure, se sont rassemblés en sociétés et, selon les domaines, la gestion collective est plus ou moins développée. Elle l’est beaucoup dans le domaine de la musique. Elle peut l’être aussi beaucoup dans le domaine de l’audiovisuel ; par contre, elle l’est beaucoup moins dans le domaine, notamment des œuvres écrites, où la gestion individuelle reste la plus développée.

Articulée à ce système de gestion collective, la loi est parfois intervenue pour simplifier les usages et, notamment, mettre en place ce qu’on appelle des mécanismes de licences légales ou de gestion collective obligatoire.

Première à être instaurée, c’est une licence légale pour la diffusion publique de musique enregistrée. C’est un mécanisme qui est né avec les évolutions technologiques, notamment la radio. Si les chaînes de radio étaient obligées de demander une autorisation ponctuelle chaque fois qu’elles veulent diffuser un morceau, le système serait beaucoup trop complexe. Donc le législateur est intervenu pour donner une autorisation générale de diffusion publique de la musique enregistrée, notamment au titre des droits voisins des producteurs et des interprètes. Et elle a institué une société de gestion collective, qui est la SACEM, qui s’assure de percevoir toutes les redevances versées par les chaînes de radio et les reverse aux différents acteurs : les auteurs, les producteurs et les interprètes. Du coup, les radios n’ont plus à demander d’autorisations ponctuelles. Elles tiennent simplement une liste de ce qui est diffusé et les droits sont ensuite répartis en fonction des diffusions.

C’est aussi cette licence légale qui permet de sonoriser les espaces : quand vous voulez diffuser de la musique dans un magasin ou dans un espace public, comme une bibliothèque par exemple, vous pouvez obtenir des licences auprès de la SACEM qui, ensuite, répartit les droits.

Ce mécanisme a aussi été appliqué pour certains actes de reproduction. C’est notamment ce qui permet de faire fonctionner ce qu’on appelle la reprographie, les photocopieurs. Là aussi, la loi a considéré que c’était trop complexe de maintenir l’autorisation préalable chaque fois qu’on réalisait une photocopie. Donc elle a mis en place un système dit de gestion collective obligatoire, et on a un organisme qui est le Centre français d’exploitation du droit de copie, CFC, qui exerce le droit sur la reprographie. Toute personne qui veut mettre à disposition des photocopieurs va devoir conclure une licence, un contrat, avec le CFC, qui va percevoir des sommes en fonction de son volume d’activité ou de la population desservie, et qui va reverser aux auteurs et aux éditeurs.

Il y a une dernière licence légale qui est importante et qui a été votée dans les années 2000, c’est celle qui permet d’organiser le prêt en bibliothèque. Là aussi, il paraîtrait complexe qu’on demande l’autorisation à chaque auteur et à chaque éditeur pour que les bibliothèques puissent prêter des livres. C’est la loi qui s’est substituée dans ce cas-là. Les auteurs et les éditeurs ont perdu le droit d’autoriser ou d’interdire le prêt en bibliothèque, c’est la loi qui donne l’autorisation et, en contrepartie, il y a un droit de prêt qui est versé par l’État et par les collectivités locales, qui est collecté par une société qui s’appelle la SOFIA, qui reverse aux auteurs et aux éditeurs.

Ces mécanismes-là sont importants. Ils aboutissent, parfois, à faire perdre aux auteurs l’exercice de leurs droits, la faculté d’autoriser/interdire, mais ils leur assurent aussi des rémunérations complémentaires.

Limitations et exceptions au droit d'auteur La durée du droit d'auteur et le domaine public

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Nous allons voir à présent la question de la durée du droit d’auteur et ce qu’est le domaine public.

Le droit d’auteur, on l’a dit tout à l’heure, est une forme de propriété, mais c’est une propriété particulière, à la différence de la propriété que l’on peut avoir sur des objets physiques, parce qu’elle est limitée dans le temps. En principe, en France, le droit d’auteur dure 70 ans après la mort du créateur. Si on prend un exemple : un auteur qui crée une œuvre et qui meurt en 1950, son œuvre va rentrer dans le domaine public au 1er janvier 2021 ; il faut prendre en compte l’intégralité de la dernière année de protection et au 1er janvier 2021, les droits patrimoniaux sur l’œuvre vont s’éteindre et tout un chacun sera libre de reproduire, de diffuser, d’adapter cette œuvre, sans autorisation à demander et sans rémunération à verser. On dit que l’œuvre, donc, est dans le domaine public. Le domaine public est constitué par deux éléments. Comme on l’a vu tout à l’heure, les éléments qui ne sont jamais protégés par le droit d’auteur comme les idées, les faits bruts, sont dans le domaine public, ils sont toujours réutilisables. Et les œuvres, à l’issue de la durée du droit d’auteur, entrent dans le domaine public et deviennent librement réutilisables.

C’est un mécanisme d’équilibre qui a été mis en place par la loi, qui crée un cycle de la création. Les auteurs reçoivent le bénéfice d’une protection pour avoir créé des œuvres et pour leur assurer une rémunération et, au terme de la durée de protection, les œuvres retournent dans le domaine public. Elles deviennent librement réutilisables pour permettre d’alimenter de nouvelles créations et de boucler le cycle.

Le droit d’auteur a, à la base, duré, quand il a été créé à la Révolution française, 10 ans après la mort de créateur et cette durée de protection a été progressivement rallongée au fil du temps. À la fin du 19e siècle, elle a été portée à 50 ans après la mort du créateur et dans les années 90, du fait d’une évolution au niveau de l’Union européenne, une nouvelle directive a allongé les droits de 50 à 70 ans après la mort du créateur. Cette durée peut varier dans le monde : il y a des pays qui ont des durées de protection moins longues, par exemple le Canada ou le Japon protègent les œuvres seulement 50 ans après la mort du créateur. Et elle peut être aussi plus longue : le Mexique a une durée de protection de 100 ans après la mort du créateur.

Il faut faire attention, lorsqu’on calcule la durée des droits, et rester vigilant car dans la loi française il y a un certain nombre d’exceptions qui peuvent être assez complexes à manier. Une, par exemple, bénéfice aux « Morts pour la France ». Des auteurs qui auraient été tués lors de conflits et qui auraient été déclarés « Morts pour la France », bénéficient d’une durée de protection supplémentaire de 30 ans. C’est le cas, par exemple, d’Antoine de Saint-Exupéry, mort en 1944, mais les droits surLe Petit Prince ont été allongés de 30 ans, du fait de sa disparition en mission lors de la Seconde guerre mondiale. On a aussi des régimes particuliers, dits de prorogation de guerre, qui restent applicables uniquement dans le domaine de la musique et qui rallongent la durée de protection des œuvres de la durée des conflits mondiaux [Prorogations établies par la loi, NdT]. On peut penser, par exemple, au Boléro de Ravel qui est entré dans le domaine public au 1er mai 2016, alors que Ravel était mort en 1937, et qui a bénéficié d’une extension de droits de 8 ans et 120 jours, qui est la durée de la Seconde guerre mondiale [Prorogations accordée à la suite de la Seconde Guerre mondiale - Article L 123-9 : temps égal à celui qui s'est écoulé entre le 3 septembre 1939 et le 1er janvier 1948, NdT].

Quand l’œuvre est dans le domaine public, le droit donne une capacité de réutilisation qui est importante. L’œuvre peut être traduite, elle peut être adaptée, elle peut faire l’objet de films, elle peut faire l’objet d’un jeu vidéo. Il y a tout un ensemble d’usages qui restent ouverts mais, avec la limite toutefois, que le droit moral, en droit français, reste applicable et ne s’éteint pas. Les juges ont néanmoins tendance à considérer qu’il faut réellement qu’il y a ait une dénaturation de l’œuvre pour qu’on puisse opposer le droit moral à une réutilisation d’une œuvre du domaine public. Le cas qu’on cite fréquemment, c’est une affaire qui a opposé les descendants de Victor Hugo à un romancier qui a voulu faire la suite des Misérables. Les descendants considéraient que Victor Hugo n’aurait pas souhaité qu’il y ait une suite à cette œuvre, mais les juges les ont finalement déboutés, parce qu’il n’y avait pas de volonté exprimée par Victor Hugo, réellement trouvable, qui permettait de s’en assurer. Donc du coup, la possibilité de réutilisation que donne le domaine public est relativement large.

Les exceptions au droit d'auteur

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Nous allons voir à présent la question des exceptions au droit d’auteur.

Nous avons vu que le droit d’auteur était un droit exclusif qui bénéficie à l’auteur ou à son titulaire, qui nécessite, normalement, que l’on demande une autorisation préalable chaque fois que l’on veut faire un usage de l’œuvre. C’est le principe général, mais la loi a listé un certain nombre de cas où, au nom de l’intérêt général ou pour protéger d’autres droits, eh bien l’autorisation préalable ne sera plus requise. Ces cas sont spécialement délimités dans la loi française et ils couvrent des actes qui peuvent être relativement importants. On a, dans cette liste, par exemple les analyses et les courtes citations, les copies privées, les représentations privées et gratuites effectuées dans le cadre du cercle de famille, les parodies, pastiches et caricatures ou les revues de presse. Tout ça, ce sont les exceptions, je dirais classiques, qui existent dans le Code depuis les années 50 et qui sont, aujourd’hui, toujours applicables. Il y en a d’autres qui figurent dans le Code de propriété intellectuelle et, depuis les années 2000, des exceptions sont ajoutées, notamment pour les usages dans l’environnement numérique.

Si on s’attarde sur les principales exceptions qui figurent dans cette liste, on trouve, en premier lieu, la représentation privée et gratuite effectuée exclusivement dans un cercle de famille. C’est une exception qui va permettre de diffuser une œuvre dans le cadre de son domicile, que l’on aura achetée au préalable. C’est ce qui nous permet d’écouter de la musique chez nous ou d’inviter des amis à regarder un film qui passerait à la télévision ou qu’on aurait acheté en DVD. C’est parce qu’il y a une exception que l’on peut effectuer ce type d’acte qui, sinon, serait couvert par le droit de représentation qui figure dans le Code. Sachant que les juges ont une conception relativement limitée de ce qu’est le cercle de famille : ce ne sont pas seulement les proches ; ça peut comporter des amis, mais il faut qu’il y ait un lien d’intimité réelle entre les personnes pour qu’on puisse bénéficier de la représentation privée. Et notamment, dès qu’on passe dans un cadre associatif ou dans un cadre public, comme celui d’une université par exemple, on n’est plus dans la représentation privée, on est dans une représentation publique, une communication au public, et là, ces formes de diffusion vont être soumises au droit d’auteur et à l’autorisation préalable.

La deuxième exception qu’on trouve dans le Code, c’est celle de copie privée. Il est admis qu’on peut faire des copies ou des reproductions d’une œuvre lorsqu’elles sont strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective. C’est cette disposition qui nous permet de faire des copies de sauvegarde, par exemple d’un support type DVD ou CD que l’on aurait acheté. C’est pour cela qu’il faut bien respecter un certain nombre de conditions. C’est bien un usage privé pour le copiste, celui qui a réalisé la reproduction : on ne peut pas transmettre la copie à un tiers, y compris si c’est dans un cadre purement non commercial et il faut, en plus de cela, utiliser son propre matériel de copie pour faire la reproduction. Lorsque vous utilisez, par exemple, une photocopieuse, même si vous conservez les photocopies uniquement à votre usage personnel, vous n’êtes plus, déjà, dans la copie privée, parce que le photocopieur vous aura été mis à disposition par une entreprise, par une administration, et donc il faudra, dans ce cas-là, que ces agents aient réglé les questions de droits d’auteur. Il y a un régime spécial qui s’applique à ce type de reproduction.

Dans les exceptions, on trouve aussi un mécanisme important qui est celui des courtes citations. Le Code permet que l’on fasse des analyses et des courtes citations, mais il rajoute des conditions : il faut qu’elles soient justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information de l’œuvre à laquelle elles sont incorporées. La courte citation va vous permettre de réutiliser des petites portions d’une œuvre, sachant que la loi ne nous dit pas exactement ce qui est court. C’est une question de proportion qui se mesure avec deux critères : il faut qu’elle soit courte par rapport à l’œuvre à laquelle vous empruntez — quelques lignes d’un roman sera considéré comme court ; quelques lignes d’un poème, par exemple, pourrait, déjà, ne plus être court. Et il faut aussi que vous réutilisiez la citation dans votre propre création et que dans cette création-là, la proportion de citation ne soit pas trop importante. Un livre qui serait constitué à 80 % de citations, par exemple, ne satisferait plus les critères de la courte citation.

Une chose importante également, c’est que la courte citation a surtout été mise en place, à l’époque, pour les emprunts de textes et elle est assez mal adaptée, en droit français, aux autres types de médias. Par exemple, la Cour de cassation n’admet pas la citation graphique : on ne peut pas citer des images en droit français. Donc chaque fois que vous réutilisez une image, même en petit format, même seulement une partie d’image, vous ne pouvez pas bénéficier, en France, de la courte citation, de l’exception de citation et donc, du coup, vous êtes soumis à l’autorisation préalable.

C’est pareil pour la musique : les juges n’admettent pas la citation de musique ou, plus exactement, dès qu’on peut reconnaître le morceau original, ils considèrent que même un court extrait n’est pas une citation. Et donc du coup, pour tous les usages type affichage d’extraits, mais également les samples qu’on trouve dans certains types de musique, ça ne peut pas être légal du point de vue de la courte citation. Et on a la même chose du point de vue des œuvres audiovisuelles : réutiliser des extraits de séquences de films ou de documentaires, ce n’est pas couvert par la courte citation, qui reste très largement applicable uniquement aux textes.

La dernière exception sur laquelle on peut s’attarder ce sont les parodies. Il y a une exception dans le Code pour les parodies, pastiches et caricatures, compte tenu des lois du genre. C’est un mécanisme important pour la liberté d’expression : si, pour critiquer une œuvre ou s’en moquer, il fallait demander l’autorisation préalable à l’auteur, cela limiterait fortement la liberté d’expression. Donc le Code, là, a permis que l’on puisse parodier une œuvre sans avoir à demander d’autorisation. Il y a des limites : il faut rester dans une intention humoristique. On doit être dans cette logique-là pour pouvoir bénéficier de la parodie et il ne faut pas qu’il y ait de risque de confusion avec l’œuvre originale.

Un point important, c’est que les exceptions permettent de se dispenser de la demande d’autorisation, mais elles ne sont pas toutes gratuites. Par exemple la copie privée fait l’objet d’une rémunération pour compenser le manque à gagner pour les auteurs et les titulaires de droits. On s’acquitte de cette rémunération par une redevance qui est perçue sur la vente de supports vierges : quand on achète un CD vierge, par exemple, eh bien il y a une partie du prix de vente qui sert à la rémunération de la copie privée.

Il y a des exceptions, par contre, qui sont gratuites. Par exemple la courte citation est gratuite, y compris d’ailleurs si vous faites un usage commercial. Si vous faites une citation que vous incorporez dans un livre que vous allez ensuite vendre, vous pouvez le faire sans avoir à payer. Et la parodie, par exemple aussi, peut s’exercer dans un cadre commercial : si vous faites une parodie d’une œuvre connue et qu’ensuite vous voulez la commercialiser, vous pouvez le faire sans avoir à verser de rémunération à l’auteur.

L'exception pédagogique et de recherche

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Nous allons à présent voir l’exception pédagogique et de recherche, telle qu’elle a été introduite dans la loi à partir de 2006. Plus exactement c’est une exception, une nouvelle exception, qui permet d’utiliser des extraits d’œuvres à des fins d’illustration de la recherche et de l’enseignement. Il existe déjà une exception pour la courte citation, mais ici le législateur a considéré qu’il était important de permettre d’utiliser des portions d’œuvres plus larges que de simples citations, notamment dans un contexte pédagogique, et de pouvoir le faire sous forme numérique. Donc la loi a mis en place sept nouvelles exceptions, ce qui va permettre ces usages sans demander d’autorisation aux titulaires de droits, notamment aux auteurs et aux éditeurs. Néanmoins, ce n’est pas une exception gratuite, elle fait l’objet d’une compensation financière et les ministères concernés, notamment le ministère de l’enseignement et le ministère de la recherche, versent des rémunérations à des sociétés de gestion collective qui les répartissent, ensuite, à leurs membres.

Pour savoir exactement ce qu’il est possible de faire dans le cadre de l’exception pédagogique, des accords, aussi, ont été passés, des accords sectoriels dans les différents domaines, dans la musique, dans l’écrit, dans l’image, entre les ministères et les titulaires de droits, les sociétés de gestion collective, qui détaillent les usages possibles au titre de l’exception.

Alors qu’est-ce qu’on peut faire exactement ? On va pouvoir utiliser des œuvres en classe, dans le cadre du cours. Ça peut être des textes, de la musique, des films, et les proportions vont varier selon les types d’œuvres. Pour ce qui est du texte, de l’image ou de la musique, les œuvres peuvent être diffusées en intégralité. Pour ce qui est des vidéos, on ne va pouvoir utiliser que 6 minutes d’un film, par exemple. La diffusion intégrale ne sera possible que si on aura fait des captations d’émissions de télévision diffusées sur des chaînes non payantes. Dans ce cas-là, pour un reportage, par exemple, qui aura été enregistré après une diffusion à la télévision, eh bien on pourra utiliser l’œuvre en entier.

On peut ensuite effectuer des numérisations d’œuvres, pour incorporer ces extraits dans des supports pédagogiques ou des travaux d’élèves et d’étudiants. Ça, ça va permettre de, par exemple, donner à faire à des élèves ou à des étudiants des travaux dans le cadre de l’enseignement ou de la recherche et, de leur côté, ils pourront numériser des œuvres et les incorporer. Sachant que, là aussi, il y a des proportions à respecter : on ne peut pas utiliser les œuvres en intégralité, en principe, il faut rester dans la logique de l’extrait et, selon les types d’œuvres les proportions admises varient. Pour de la musique, on va être dans des extraits de 30 secondes. Pour des œuvres audiovisuelles, on sera dans des extraits de 6 minutes, et pour le texte, les accords parlent de l’usage de proportions raisonnables en fonction du but visé. Donc on déduit que ce n’est pas l’œuvre en entier, et qu’il faut rester dans certaines limites pouvant être admises.

Une fois qu’on aura numérisé ces œuvres et qu’on les aura intégrées à des supports, on pourra les diffuser dans le cadre de la classe. On pourra les diffuser dans un ENT [Espace numérique de travail, NdT] ou un intranet, mais on ne peut pas les mettre en ligne. C’est la limite de l’exception pédagogique en France actuellement : elle ne permet pas, normalement, la diffusion de ces extraits sur Internet.

L’exception permet aussi d’utiliser des extraits dans des colloques, séminaires et conférences. L’intervenant peut utiliser un support, notamment, qui incorporera des images. Il pourra le faire sur la base de l’exception. Il peut aussi diffuser de la musique ou de la vidéo et, si jamais il fait l’objet d’une captation, la captation pourra, elle aussi, être diffusée et là, pour le coup, elle peut être diffusée sur Internet, les acteurs sectoriels le précisent.

On peut aussi utiliser des extraits d’œuvres pour réaliser des sujets d’examens et, là aussi, des accords sectoriels précisent que les sujets peuvent ensuite être mis en ligne, par exception à la restriction qui est posée par ailleurs.

En ce qui concerne les images, normalement l’exception est limitée à l’utilisation d’extraits, mais, là aussi, les sociétés de gestion collective ont fini par admettre qu’on puise utiliser des images en entier, parce la notion d’extrait n’a pas tellement de sens lié à l’image et il est admis qu’on puisse utiliser des images dans un cadre pédagogique. Par contre, il y a aussi une proportion à respecter : pour les travaux pédagogiques et les supports, c’est 20 par support et cette restriction s’applique aussi pour les thèses. Quand on réalise une thèse, on a le droit d’utiliser 20 images dans le cadre de la thèse sans avoir à demander l’autorisation et il est admis aussi que la thèse puisse ensuite être mise en ligne, en comportant ces images.

Environnement numérique et droit d'auteur L'adaptation du droit d'auteur à l'environnement numérique

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Nous allons, à présent, voir la question de l’adaptation du droit d’auteur à l’environnement numérique.

Quand les questions numériques sont apparues, il y a eu un moment de flottement où les juristes se sont demandé dans quelle mesure les grandes notions du droit d’auteur étaient applicables à l’environnement numérique. Notamment, on pouvait se demander si la diffusion des copies numériques constituait bien une forme de reproduction, dans la mesure où la copie, la reproduction, est définie par la loi comme la fixation de l’œuvre sur un support et où les copies numériques constituent plutôt une dématérialisation. Donc il y avait une question qui se posait pour savoir si la copie numérique était bien une forme de reproduction au sens juridique.

De la même manière, est-ce que la diffusion d’une œuvre sur Internet était vraiment assimilable à une représentation au sens classique, c’est-à-dire à une communication au public, dans la mesure où, par exemple, quand nous sommes derrière notre ordinateur, nous sommes seuls ? Est-ce que ça constitue véritablement un public comme l’est la diffusion dans un théâtre ?

Donc il y a eu un moment de flottement, mais rapidement, dans les années 90, les juges ont eu à connaître des premières affaires, notamment soit de diffusion d’œuvres sur des sites internet, sans autorisation par l’auteur, soit de téléchargements d’œuvres. Et, au fil de la jurisprudence, ils ont établi que télécharger une œuvre, par exemple, correspond bien à une forme de reproduction, et que la diffusion sur Internet est bien une forme de représentation. À partir du moment où ils ont, je dirais, transposé ces notions dans l’environnement numérique, on s’est retrouvé, en fait, avec une application très large du droit d’auteur sur Internet et en fait, le Code de propriété intellectuelle, contrairement à une opinion souvent assez répandue, est tout à fait valable sur Internet. Ce n’est pas parce qu’un auteur choisit de diffuser son œuvre sur un site internet qu’il abandonne, ipso facto, ses droits. Les droits sont maintenus et les usages numériques sont, en général, compris par le droit d’auteur et obéissent à la règle de l’usage exclusif.

Cependant, une des particularités d’Internet, c’est de permettre la reproduction et la diffusion à une échelle extrêmement large, à un coût nul, ce qui fait que le droit d’auteur sur Internet, en général, est beaucoup moins effectif, est beaucoup plus difficile à contrôler que ne le sont les usages dans l’environnement analogique. Du coup le droit a essayé de réagir à cette situation en modifiant ses règles et notamment pour répondre à la problématique de ce qu’on appelle le piratage, c’est-à-dire la diffusion non autorisée des œuvres sur Internet, qui a fait l’objet de beaucoup de tentatives d’adaptations législatives, pour essayer de juguler un problème qui est souvent considéré par les titulaires de droits comme une source de pertes pour eux et de difficultés pour le maintien de leurs activités.

En réalité, cette problématique existe depuis le milieu des années 90. En 1996, il y a un premier traité international qui a été pris dans le cadre de l’OMPI, qui est l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, qui, pour la première fois, a essayé d’adapter les règles du droit d’auteur à l’environnement numérique. Ça s’est traduit ensuite, en 2001, par une directive européenne qui s’appelle DADVSI – droit d’auteur et droits voisins dans la société de l’information – que la France a transposée en 2006, cinq ans plus tard.

La logique de ces textes, elle est à deux versants. Il y a un volet, on va dire, de protection du droit d’auteur et un volet sur les nouveaux usages numériques.

Du côté de la protection, la loi DADVSI, en 2006, a introduit une notion très importante qui est celle de DRM ou mesures techniques de protection. C’est l’idée que, pour contrôler les copies non autorisées, on allait permettre aux titulaires de droits d’implanter dans les fichiers des mécanismes de verrous ou de contrôle, automatisés, qui soit allaient interdire la copie, soit allaient la conditionner en la limitant par exemple au fait de taper un code ou un mot de passe ou de limiter le nombre de copies d’un fichier possibles. Ces mécanismes-là, maintenant, sont reconnus dans la loi, ils sont consacrés et il y a un nouveau délit qui est apparu qui est celui de contourner les mesures techniques de protection, de les faire sauter. Si vous faites ça, en plus de faire un acte de contrefaçon qui déjà est le premier délit pour la réutilisation de l’œuvre, vous en ferez un second qui sera celui de contourner les mesures techniques de protection. C’est une des premières tentatives de la loi de s’adapter à l’environnement numérique.

En plus de ça, on a vu apparaître d’autres solutions, plus tard, notamment à partir de 2008/2009, avec la loi dite HADOPI et son mécanisme de riposte graduée qui là, en fait, instaure une nouvelle autorité administrative indépendante, la HADOPI, qui dispose d’un mandat pour, en fait, soumettre les échanges sur Internet à un contrôle et notamment intervenir en cas de téléchargement illégal de l’œuvre, en envoyant des avertissements aux utilisateurs, avec une logique en trois étapes. À l’origine, dans le texte de loi, il était prévu que la HADOPI puisse couper l’accès à Internet des utilisateurs et, au fil de l’évolution, cette disposition a été supprimée et elle s’est transformée en la possibilité d’infliger une amende à celui qui télécharge illégalement, et cette amende doit être prononcée par un juge. Donc ça c’est sur le volet, on va dire, répressif.

Sur le volet des usages, la loi a essayé de s’adapter aussi, en consacrant de nouveaux types d’usages, notamment par le biais de nouvelles exceptions au droit d’auteur. Et, à partir de 2006, la loi a introduit plusieurs nouvelles exceptions notamment, par exemple, une exception pour les usages pédagogiques sous forme numérique. Une exception aussi, pour permettre aux établissements comme les bibliothèques, musées, archives, de numériser leurs collections pour des raisons de conservation et pour leur permettre de les diffuser, non pas sur Internet, mais dans leurs emprises. La loi aussi a introduit une exception en faveur des handicapés pour leur permettre, notamment les handicapés visuels, d’obtenir des œuvres adaptées sous forme numérique, en passant par des établissements agréés et notamment la Bibliothèque nationale de France.

L'application du droit d'auteur sur Internet

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Nous allons voir à présent comment le droit d’auteur s’applique sur Internet, en passant plusieurs cas de figure en revue.

Le droit d’auteur, comme on l’a vu, s’applique sur Internet où on a des actes de reproduction et de représentation qui sont très fréquents. En fait, on peut dire que tout acte d’affichage d’un contenu par le biais d’un écran implique nécessairement une reproduction et une représentation, ce qui fait dire qu’Internet est la plus grande machine à copier de l’histoire. Et comme le droit d’auteur se déclenche lorsqu’un acte de reproduction est effectué, ça a énormément étendu son champ d’application. Pour prendre une analogie, quand vous donniez auparavant un livre à un ami, vous pouviez faire cette transmission du support sans que le droit d’auteur n’intervienne à aucun moment, cet acte est complètement libre. Si vous faites la même chose par le biais numérique, si vous transmettez le fichier, cela va impliquer nécessairement une copie sur la machine de l’ami auquel vous allez transmettre l’œuvre et donc, du coup, l’application du droit d’auteur va se déclencher. Et on a une différence, là nette, entre l’environnement analogique et ce qui se passe dans l’environnement numérique.

Quand vous êtes face à des objets en ligne, le droit d’auteur doit souvent être pris en compte. Sur un site internet, la plupart des pages seront considérées comme des œuvres protégées. Les images qui circulent sur Internet, y compris d’ailleurs sur des moteurs de recherche type Google Images, par défaut, sont protégées. C’est la même chose pour les articles de presse en ligne. Tous ces contenus bénéficient de la protection du droit d’auteur, ce qui signifie que, même si leur copie est extrêmement simple à partir des outils techniques dont nous disposons, le principe de l’autorisation préalable demeure. Sachant aussi que, comme on l’a vu également, il n’y a pas de formalités de dépôt à effectuer pour pouvoir bénéficier de la protection du droit d’auteur, et tous les contenus que nous produisons et que nous diffusons en ligne sont automatiquement protégés, même lorsqu’ils ne comportent pas de mention associée.

Un autre environnement dans lequel les droits d’auteur s’appliquent, c’est celui des réseaux sociaux. Contrairement à une idée assez répandue, une photo qu’on trouverait sur Twitter ou Facebook continue à être protégée par le droit d’auteur et notamment la réutilisation à l’extérieur de la plate-forme de ces contenus, reste soumise, à priori, au droit d’auteur.

Un aspect important pour les réseaux sociaux, il faut savoir aussi que lorsqu’on poste nous-mêmes des contenus personnels que nous aurions produits sur ces plates-formes, à l’inscription, on accepte des conditions d’utilisation, on appelle ça des CGU – conditions générales d’utilisation – qui comportent, en fait, des clauses d’autorisation ou de cession des droits au bénéfice de la plate-forme – Twitter ou Facebook – qui leur permet un ensemble d’usages qui peuvent être très étendus, notamment dans une plate-forme comme Facebook. Ces CGU comportent des droits d’usage, y compris à des fins commerciales, ce qui fait que les utilisateurs, d’une certaine manière, consentent des droits d’exploitation aux plates-formes qu’ils utilisent, simplement en acceptant les conditions d’utilisation à l’inscription.

Un élément aussi à saisir pour les plates-formes en ligne, notamment les plates-formes qui accueillent du contenu produit par les utilisateurs — on peut penser à des sites comme Flickr, comme YouTube, ou tous les types de réseaux sociaux — ces plates-formes bénéficient d’une responsabilité aménagée pour leur permettre d’avoir leurs activités. Sur Internet, la loi fait une distinction entre deux types d’acteurs : ceux qui vont avoir la qualité d’éditeurs de contenus et ceux qui seront seulement hébergeurs de contenus.

Vous êtes éditeur de contenus quand vous publiez sciemment un contenu sur Internet en l’ayant produit ou en ayant accepté cette publication, en ayant fait une démarche volontaire pour que le contenu aille en ligne. Si vous êtes dans ce cas de figure, vous êtes directement responsable de ce que vous publiez et, à ce moment-là, si vous violez le droit d’auteur, vous allez pouvoir être directement attaqué pour contrefaçon, c’est-à-dire violation du droit d’auteur.

Mais on a tout un ensemble d’acteurs qui ne sont pas dans ce cas de figure et qui reçoivent un contenu qui est produit par leurs utilisateurs, sans que la mise en ligne implique une validation, une publication par la plate-forme. C’est le cas, par exemple, quand vous êtes sur YouTube : une personne poste la vidéo à partir de son compte. YouTube n’exerce pas de validation et laisse simplement venir le contenu, qui est déposé dans son espace. Dans ce cas-là, la loi considère que cet intermédiaire-là est seulement hébergeur et il n’est pas frontalement responsable. Il ne le devient que si un titulaire de droits lui signale la présence d’un contenu illégal en ligne et, à ce moment-là, l’hébergeur, c’est-à-dire l’intermédiaire, doit faire preuve de diligence, c’est-à-dire qu’il doit agir rapidement pour retirer le contenu et, à ce moment-là, s’il fait ça, sa responsabilité ne pourra pas être engagée.

C’est cette distinction entre les éditeurs et les hébergeurs, qui est importante à connaître, qui a permis, en fait, à ces grandes plates-formes de pouvoir se constituer et exister. Et si elles étaient frontalement responsables, elles ne pourraient tout simplement pas gérer les contenus. Cette distinction est souvent aussi remise en cause par les titulaires de droits, qui estiment qu’elle est devenue actuellement dépassée, ou qu’elle favorise trop largement la circulation illégale de contenus et il se pourrait qu’elle fasse l’objet d’une réforme dans les années à venir.

Un autre élément important du fonctionnement du Web, c’est celui des liens hypertextes. Pendant un moment, le statut du lien hypertexte est resté relativement flou vis-à-vis du droit d’auteur. Notamment, la question qui se posait, était de savoir si faire un lien hypertexte dans un contenu c’était une forme de communication au public ou de mise à disposition de l’œuvre. Ce qui, si on avait répondu par l’affirmative, aurait entraîné l’application du principe de l’autorisation préalable et donc la nécessité de demander au titulaire de droits une autorisation pour faire des liens hypertextes. La jurisprudence a flotté pendant plusieurs années sur ces questions jusqu’à ce que, au niveau européen, la Cour de justice de l’Union européenne établisse qu’un lien hypertexte n’est pas une communication au public, du moins quand l’œuvre a déjà été mise en ligne en un point du Web, par ailleurs. Donc du coup, actuellement, faire un lien vers un contenu en ligne ne nécessite pas de demander d’autorisation et ne peut pas être soumis au contrôle des titulaires de droits. Cette règle est en discussion dans certains pays, notamment en Allemagne ou en Espagne : on a vu apparaître des formes de droits sur les liens hypertextes, notamment pour l’indexation des contenus de presse par les moteurs de recherche, qui font l’objet d’un droit spécifique. Mais pour l’instant, en France, nous n’avons pas ce type de mécanisme et l’établissement de liens hypertextes reste libre, que ce soit, d’ailleurs, au niveau de la page d’accueil des sites internet ou dans l’arborescence des sites, ce qu’on appelle un lien profond, qui reste autorisé sans avoir à demander d’autorisation.

Il y a une autre forme de réutilisation des contenus, proche du lien hypertexte, qui est possible, c’est celle par ce qu’on appelle la transclusion ou les embed. Si on prend l’exemple de YouTube, ça consiste à récupérer une partie, un bout de code HTML, pour l’intégrer dans un site internet et faire en sorte que la vidéo YouTube soit accessible directement depuis le site. Ça aussi c’est possible et c’est légal, dans la mesure où l’utilisateur, quand il accepte les conditions d’utilisation de YouTube, accepte une clause lui disant qu’il permet les fonctionnalités du site et notamment, ces fonctionnalités-là de diffusion.

La difficulté c’est que, sur les plates-formes, vous pouvez trouver des contenus qui sont là de manière illégale, par exemple un utilisateur qui va mettre en ligne un clip vidéo sans avoir l’autorisation des titulaires de droit. Si vous, vous réutilisez ce type de contenu par transclusion dans votre site, vous allez faire un acte illicite. Il est très rarement poursuivi en tant que tel, mais il faut rester conscient que c’est illégal et si jamais le contenu est retiré de la plate-forme, il sera aussi retiré sur votre site.

Contenus numériques et licences libres Principes et historique des licences libres

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Nous allons parler à présent des licences libres, en commençant par les principes de fonctionnement de ces licences.

On a vu précédemment que le mode de fonctionnement traditionnel du droit d’auteur c’est un droit exclusif, qui pose un principe d’autorisation préalable systématique, pour tous les usages, sauf dans des cas précis où le législateur aura introduit des exceptions législatives et où, là, on pourra se dispenser d’aller demander une autorisation préalable. Donc le principe c’est l’autorisation préalable et des exceptions, où des usages vont pouvoir être libres du fait d’une exception.

Le principe des licences libres c’est, en fait, de renverser ce système. Par la licence libre, un auteur va, par le biais d’un contrat, indiquer qu’en principe l’usage de son œuvre est possible et c’est uniquement dans des cas bien particuliers, des cas d’exceptions, où il va maintenir des conditions de réutilisation, où il va passer des interdictions et où il faudra alors, à ce moment-là, revenir vers lui pour lui demander une autorisation préalable. On passe donc d’une logique où on a tous droits réservés où, avec la licence libre, on aura certains droits réservés. Et là où avec le droit d’auteur traditionnel, tout ce qui n’est pas permis est interdit, eh bien avec la licence libre on a le système inverse, où tout ce qui n’est pas interdit sera permis.

Pour comprendre comment ces licences sont nées, il faut revenir un peu en arrière. Le domaine où les licences libres ont émergé c’est celui des logiciels où, à la fin des années 80 et dans les années 90, certains développeurs ont souhaité que les logiciels qu’ils produisent soient largement réutilisés, notamment pas des communautés très larges de développeurs, pour permettre ces développements en mode de crowdsourcing. Et pour ça, en fait, ils ont développé des instruments juridiques qui, au lieu de poser des restrictions, garantissent aux ré-utilisateurs des libertés. Ça a été formalisé, notamment par une personne qui s’appelle Richard Stallman, autour de la première licence de logiciel libre, la GNU GPL, la General Public License, qui a formalisé quatre libertés fondamentales : la liberté d’utiliser le logiciel, la liberté d’étudier le logiciel et d’avoir accès au code source, la liberté de redistribuer le logiciel, notamment des copies du logiciel, et la liberté d’améliorer le logiciel, d’en faire des versions dérivées. Donc les licences, comme la licence GNU GPL, garantissent à tous que ces usages seront possibles sans avoir à demander d’autorisation et sans avoir à verser de rémunération.

Dans les licences de logiciels, dans certaines des licences de logiciels, il y a un mécanisme qui est important, qu’on appelle le copyleft, jeu de mot sur copyright, c’est une sorte de gauche d’auteur au lieu d’être le droit d’auteur, qui est aussi appelé mécanisme de partage à l’identique ou Share alike en anglais, qui est un mécanisme important dans la philosophie du logiciel libre au sens propre du terme. Ce mécanisme, c’est une clause qui figure dans certaines licences, comme par exemple la GPU GPL, qui va obliger, lorsqu’on produit une version dérivée de l’œuvre sous laquelle cette licence est placée, à utiliser la même licence en cas de redistribution. Donc si je prends un exemple : j’utilise un logiciel pour produire une version dérivée ; si le logiciel initial est placé sous une licence copyleft, je serai obligé de redistribuer ma propre version sous la même licence d’origine, en l’occurrence, par exemple, la GNU GPL. L’intérêt de ce mécanisme, c’est d’empêcher la réappropriation à titre exclusif de ce qui a été ouvert une fois sous licence libre. Et ça permet de garantir que la liberté qui a été donnée par le premier à offrir la licence, ne soit pas supprimée par un ré-utilisateur ultérieur qui choisirait de remettre un régime de droit d’auteur exclusif sur sa propre version. Donc ça c’est souvent considéré comme un mécanisme important, qui ne figure pas dans toutes les licences de logiciels libres et notamment, qui ne figure pas dans les licences raccrochables à ce qu’on appelle l’esprit de l’open source. En général, ces licences-là ne comportent pas ce type de clause et sont plus permissives.

Cet exemple vous permet de voir que, quand on est dans le domaine du Libre en général et des licences libres, on n’est pas dans ce qu’on appelle le libre de droits. C’est-à-dire quand on utilise une licence libre, on n’est pas dans l’idée d’abandonner complètement son droit d’auteur. On accorde des libertés qui peuvent être très larges, mais on peut maintenir des conditions, le copyleft en est une ou, par exemple, la condition de citer le créateur en cas de réutilisation, la paternité, et ça, ça reste toujours, je dirais, un exercice du droit d’auteur comme un autre. Ça n’est pas un abandon du droit d’auteur.

On a vu que ces licences-là sont nées dans le domaine du logiciel. Ce qui est intéressant, c’est qu’au fil du temps cette logique des licences libres s’est étendue et notamment, elle est applicable, en fait, à tout objet protégeable par le droit d’auteur. Les logiciels sont considérés comme des œuvres de l’esprit protégeables par le droit d’auteur, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe. C’est pour ça, en fait, qu’on peut y associer une licence libre. Au fil du temps, certains se sont intéressés à la possibilité d’étendre cette logique à tous les types d’œuvres, pas seulement le logiciel, que ce soit des textes, des images, de la vidéo ou de la musique, et pour ça, il a fallu faire une adaptation des premières licences de logiciels libres, notamment de la GNU GPL, qui ne sont pas particulièrement adaptées aux autres types d’œuvres.

Donc du coup ça nous a donné, au début des années 2000, un mouvement qui a produit d’autres types de licences, notamment les licences Creative Commons, qui sont nées, là aussi, aux États-Unis, autour d’un professeur de droit qui s’appelle Lawrence Lessig et qui a produit de nouvelles licences qui, là, sont toujours ancrées dans le copyright, mais qui sont simplifiées par rapport à la GNU GPL, plus facilement utilisables par une personne non spécialiste et qui, en plus de ça, sont applicables à tous les objets protégeables par le droit d’auteur, en dehors du logiciel. Et elles ont la particularité de couvrir aussi bien le droit d’auteur que les droits voisins, ce qui leur permet d’être applicables à la musique et à toutes les œuvres audiovisuelles.

Les licences Creative Commons

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Nous allons maintenant nous attarder sur les licences Creative Commons qui constituent les licences les plus largement employées pour ouvrir les droits sur une création et accorder des libertés d’usage.

Les licences Creative Commons sont produites par une fondation américaine, qui est une organisation à but non lucratif, qui développe ces licences sous la forme de contrats et qui les propose à partir de son site internet. Une personne qui souhaite utiliser les licences Creative Commons peut visiter ce site et on lui propose un ensemble de licences qui comportent des conditions différentes. Le système marche à partir d’un ensemble d’options que le créateur va pouvoir choisir de retenir ou non, pour ouvrir plus ou moins les droits sur sa création. Par défaut, toutes les licences Creative Commons permettent de produire des copies, de les distribuer et de communiquer l’œuvre au public, y compris sur Internet. Toutes les licences comportent cette base. À partir de là, le créateur peut choisir de rajouter des conditions. Il y a en a une qui est obligatoire qui est celle de « paternité ». Donc c’est une option qui figure dans toutes les licences et qui indique qu’en cas de réutilisation, il faudra citer le nom de l’auteur. C’est le plancher, on va dire, des licences Creative Commons.

Ensuite, le créateur peut choisir de rajouter une autre condition qui est « pas de modification ». S’il choisit cette option, on devra réutiliser l’œuvre en l’état, sans la modifier. Ça veut dire, par exemple pour une photo, sans la recadrer, sans la coloriser. Pour un texte ça voudra dire sans le couper, sans le traduire. Pour une vidéo, en la reprenant en intégralité, sans la mélanger avec d’autres vidéos ou en faisant des montages.

La troisième option, c’est celle d’« usage commercial ». Si le créateur choisit cette option-là, il interdit les usages commerciaux, ce qui veut dire qu’il les interdit à priori ou qu’il continue à les soumettre à autorisation préalable. Ça ne veut pas dire que l’usage est impossible, ça veut dire qu’il faudra revenir vers l’auteur pour lui demander une autorisation d’usage commercial. Si on prend l’exemple d’un texte, imaginons que j’ai un blog, je diffuse mes textes sous cette licence non commerciale, eh bien ça veut dire que si un éditeur veut publier un recueil de mes articles dans un livre, il faudra qu’il revienne vers moi et qu’il me demande une autorisation. Et là, on repasse dans le système classique du droit d’auteur, avec autorisation préalable et éventuellement d’ailleurs, une rémunération associée, si le créateur le désire.

Et la dernière option c’est le Share alike, dont on a parlé précédemment, c’est le partage à l’identique ou le copyleft. C’est un mécanisme qui est hérité des licences de logiciel libre et qui va imposer de repartager dans les mêmes conditions les créations dérivées qu’on voudra faire de cette œuvre. Si je prends un exemple : j’ai à nouveau un texte que j’ai mis sous cette clause de partage à l’identique, eh bien dans ce cas-là, si jamais une traduction est effectuée, cette traduction devra figurer, elle aussi, sous la même licence libre et il ne pourra pas y avoir de restriction supplémentaire ajoutée.

Donc à partir de cet ensemble relativement modulable, on obtient 6 licences, en combinant ces 4 critères, qui vont de la licence la plus ouverte, celle qui demande simplement à citer le créateur original, à des licences qui imposent des restrictions. Celle qui est la plus fermée vous permettra de copier et de redistribuer l’œuvre, mais vous ne pourrez pas la modifier et vous ne pourrez pas faire d’usage commercial.

Il faut voir, à présent, que ces licences ce sont des contrats de droit d’auteur. Creative Commons les propose en 3 versions. Vous avez une version simplifiée qui est un résumé, qui permet à un utilisateur non juriste de comprendre les conditions qui ont été posées par l’auteur et qui s’accompagne, notamment, de logos, qui expriment, en fait, les options qui ont été retenues par le créateur et qui peuvent être appliqués sur un site internet, imprimés sur la page d’un document et qui forment une sorte de signalétique des droits, aisément compréhensibles, et qui sont de plus en plus connus et reconnus sur Internet.

La deuxième version de la licence c’est un véritable contrat juridique, un contrat de droit d’auteur, formalisé, qui a une valeur juridique et qui a été traduit, en général, dans plusieurs langues, de manière à ce qu'il soit accessible dans un maximum de pays dans le monde. Ce contrat a une valeur juridique en tant que tel, ça veut dire qu’il est opposable en justice. Si jamais un ré-utilisateur ne respecte pas une des conditions posées par celui qui a choisi la licence Creative Commons, par exemple réutilise l’œuvre sans citer le nom de l’auteur original, eh bien le créateur est tout à fait fondé à pouvoir lui opposer la licence et, éventuellement, à en demander le respect en justice. Il y a plusieurs procès qui ont déjà eu lieu à partir de licences Creative Commons, que ce soit en Espagne, aux États-Unis, au Canada, en Allemagne et, à chaque fois, les juges ont considéré que les licences étaient bien valables et opposables en justice.

La troisième version de la licence, c’est un bout de code HTML qu’on va pouvoir récupérer. C’est une version qui est lisible par les machines, et vous pouvez l’intégrer dans un site internet. Ça vous permet d’embarquer automatiquement les conditions de la licence et de les afficher sous la forme d’un logo qui est cliquable, qui va vous permettre d’afficher d’abord le résumé puis, ensuite, le contrat en tant que tel. L’intérêt aussi d’utiliser cette version lisible par les machines, c’est que les moteurs de recherche sont capables automatiquement de détecter qu’un contenu est sous licence Creative Commons. Et ça permet soit d’alimenter des moteurs dédiés, qui permettent de trouver des œuvres réutilisables où, par exemple, Google Images est capable de repérer les images qui sont sous Creative Commons et vous avez dans Google Images un filtre qui vous permet de cibler, de faire des requêtes, uniquement sur des images réutilisables et ça facilite d’autant plus l’exposition et la réutilisation de ces œuvres.

Placer ses créations sous licence Creative Commons

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Nous allons voir maintenant comment mettre ses créations sous licence libre et, en particulier, sous licence Creative Commons.

La première chose à avoir en tête c’est que, pour pouvoir utiliser ces licences, il faut être réellement titulaire des droits sur ses créations. Il n’y a que l’auteur, en fait, qui puisse vraiment décider de placer son œuvre sous licence Creative Commons. Ça, ça a plusieurs incidences. Si jamais une création est faite à plusieurs, on sera dans un cas où l’œuvre va être dite, généralement, de collaboration et toutes les personnes qui ont concouru à la création de l’œuvre vont avoir la qualité de coauteur. Si on prend un exemple, un article écrit par deux personnes ; on peut prend l’exemple aussi d’une musique où quelqu’un aura composé la musique, quelqu’un d’autre aura écrit les paroles et des musiciens l’auront interprétée, là chaque personne a une partie des droits. L’accord de tous ces acteurs-là est nécessaire pour pouvoir mettre l’œuvre sous Creative Commons. Si un seul des titulaires de droits choisit de le faire sans demander aux autres, en fait il viole les droits de ses collaborateurs. Donc ça, c’est une chose importante.

Ensuite, il faut bien s’assurer que dans l’œuvre pour laquelle on veut utiliser la licence, il n’y ait pas d’autre œuvre qui soit incorporée. Je prends un exemple : imaginez que vous êtes dans la rue et que vous voyez un tag sur un mur, un graff fait par un graffeur, et que vous le prenez en photo ; dans ce cas-là vous n’allez pas pouvoir mettre votre propre photo sous licence Creative Commons. En effet, le graffeur a un droit d’auteur sur sa production. Si on prend un graff de Miss.Tic, par exemple, graffeuse relativement connue, elle a des droits sur les productions qu’elle fait sur les murs, et si vous faites une photo, vous allez faire une œuvre qui incorpore sa propre création et, pour la mettre sous licence libre, eh bien il faudrait demander l’autorisation de Miss.Tic. Donc si vous le faites, eh bien vous allez vous mettre vous-même dans une position où vous aurez violé les droits de Miss.Tic. Mais, en plus de ça, la licence n’aura pas de validité parce que vous ne pourrez pas garantir aux ré-utilisateurs que vous leur donnez bien des droits valables de réutilisation. Donc c’est typiquement un cas où, en fait, on ne peut pas réutiliser les licences Creative Commons.

L’autre cas, aussi, qui peut être complexe pour l’auteur, c’est le cas où il a bien les droits sur sa création, mais il les a cédés. Prenons le cas d’un auteur de romans. Il confie son manuscrit à un éditeur et il conclut avec lui un contrat d’édition par lequel il cède ses droits, notamment de reproduction, sur l’œuvre. Dans ce cas-là, l’auteur a cédé ses droits, ça veut dire qu’il s’en est dépossédé, il les a transférés, il en a transféré l’exercice, au moins, à l’éditeur et c’est lui, à présent, qui les exerce en lieu et place de l’auteur, contre une rémunération. Dans ce cas-là, l’auteur ne peut plus décider de son propre chef de mettre son manuscrit original sous licence Creative Commons et de le diffuser.

Ensuite de ça, quand vous décidez d’utiliser les licences Creative Commons, le principe, si vous pouvez le faire valablement, est de le porter le plus largement possible à la connaissance des utilisateurs et de faire connaître, en fait, votre intention. Pour ça, en fait, le plus simple est d’aller sur le site de Creative Commons qui vous propose un générateur de licence qui va vous poser des questions. Notamment il va vous demander : « Voulez-vous, ou non, que votre œuvre soit modifiée ? Voulez-vous, ou non, que votre œuvre puisse faire l’objet d’un usage commercial ? Et voulez-vous, ou non, qu’elle ait un effet de partage à l’identique des conditions ? » En fonction de vos réponses, il génère automatiquement la licence, vous propose un logo et un code HTLM à intégrer dans votre site. Dans ces cas-là, vous allez pouvoir, aussi, renseigner des métadonnées, c’est-à-dire des informations. Notamment indiquer le nom sous lequel vous voulez être crédité et, éventuellement, une adresse URL où sera disponible votre œuvre ou un site internet vers lequel vous voulez que les ré-utilisateurs pointent, en cas de réutilisation.

Une fois que vous avez renseigné tous ces éléments-là, ils sont automatiquement embarqués dans le bout de code HTML que vous allez intégrer dans votre site et ils figureront dans les mentions attachées, en fait, au logo que vous allez pouvoir intégrer.

Les ré-utilisateurs, une fois qu’un auteur a choisi d’utiliser des licences Creative Commons, leur outil principal d’information c’est justement ce logo qui indique les conditions que le créateur aura voulu imposer et c’est ça qui fera foi pour les usages.

En cas de réutilisation sur Internet, on a la possibilité de rendre ce logo cliquable pour pouvoir accéder au contrat, mais les licences Creative Commons peuvent aussi être apposées sur des supports physiques. On peut très bien imaginer qu’un livre, par exemple papier, soit lui-même mis sous licence Creative Commons. Ce sont des choses qui se pratiquent. La version numérique pourra circuler sur Internet, mais les ré-utilisateurs pourront aussi, par exemple, scanner le livre et produire des copies à partir de la version physique, sur la base, en fait, de cette mention de licence qui sera indiquée dans les crédits, dans les mentions légales de l’ouvrage.

Réutiliser des créations sous licence Creative Commons

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À présent nous allons voir comment réutiliser une œuvre qui a été placée par son créateur sous une licence Creative Commons.

Le principe est donc de respecter les conditions qui ont été posées par le créateur et qui sont indiquées par la licence. Chacune des conditions implique de savoir exactement quelle est la portée, en fait, que peuvent avoir ces clauses et comment ça se traduit pour le ré-utilisateur.

La première c’est celle de « paternité ». Quand on réutilise une œuvre sous Creative Commons, toutes les licences obligent à créditer l’auteur original. Pour ça, en fait, la manière de respecter la condition de paternité, ça va être d’indiquer le nom de l’auteur, le titre de l’œuvre lorsqu’il y en a un et, si c’est indiqué également, de faire un lien hypertexte en retour vers le site où a été diffusée l’œuvre. Une fois qu’on a fait ça, on a respecté la condition de paternité. Il est important de voir que quand un créateur choisit d’ouvrir ses droits, souvent il reste très sensible, néanmoins, au fait d’être crédité comme auteur, qu’on le cite comme auteur et donc c’est important de respecter cette condition lorsqu’elle figure. C’est la condition la plus simple, mais elle a une importance symbolique forte et c’est aussi un moyen, pour les créateurs, de s’assurer que leur notoriété se diffuse à mesure que leur œuvre circule.

La deuxième condition qui peut figurer, c’est celle d’usage « non commercial ». Il y a souvent des difficultés à comprendre ce qu’est un usage commercial, ou non, et il est vrai que sur Internet la distinction entre ce qui est à caractère commercial et ce qui ne l’est pas peut être complexe à maîtriser. Dans les licences Creative Commons, la définition du caractère commercial est très large. C’est le fait d’obtenir un avantage monétaire ou commercial, de manière directe ou indirecte. Donc par exemple, ça va au-delà du simple fait de vendre l’œuvre. Si vous avez un roman, par exemple, placé sous Creative Commons et une licence qui interdit l’usage commercial, si vous imprimez des copies de ce roman et que vous les vendez, vous êtes en infraction vis-à-vis de la licence. Mais ça peut aller plus loin. Ça veut dire que si jamais vous diffusez simplement ce roman sur un site qui comporte de la publicité, eh bien vous allez, là aussi, violer la licence Creative Commons, parce que vous avez bien un avantage indirect, induit par la diffusion, du fait de la publicité et donc, vous vous mettez en porte-à-faux. Donc en fait, quand une licence comporte la clause NC, on peut considérer que la portée est large et qu’il vaut mieux être prudent et revenir vers l’auteur dès qu’on est dans un contexte qui peut, directement ou indirectement, paraître commercial.

La clause de « non modification ». Pour la respecter, il faut laisser l’œuvre à l’identique et ça vaut pour tous les usages dérivés, notamment, par exemple, pour les traductions. La traduction est considérée comme un usage dérivé. Donc un texte qui est placé sous une licence « pas de modification » ne peut pas être traduit sans demander l’accord de l’auteur original.

La dernière condition c’est celle de « partage à l’identique » et c’est souvent celle qui peut générer le plus de questions à l’usage. On va prendre un exemple pour illustrer. Le site Wikipédia est placé sous la licence Creative Commons BY, paternité, et Share alike, partage à l’identique. Ça veut dire que vous allez pouvoir réutiliser les textes ou les images figurant sur l’encyclopédie, mais la clause de partage à l’identique peut avoir des effets sur les œuvres que vous allez réaliser à partir de ces contenus. Je prends un exemple : si vous prenez un texte, un article de Wikipédia, que vous le modifiez, que, par exemple, vous supprimez certains paragraphes, que vous réécrivez certaines parties et que vous les incorporez dans un ouvrage, vous allez, en fait, déclencher la clause de partage à l’identique, et votre propre production devra nécessairement être placée, elle aussi, sous la licence CC BY SA, qui est celle de Wikipédia. On dit que cette licence a un effet contaminant qui transfère, en fait, cette condition à votre propre création.

Par contre, il faut voir que cette clause de partage à l’identique ne se déclenche que quand vous produisez une nouvelle version de l’œuvre, pas quand vous la réutilisez en tant que telle, même pour l’incorporer dans une autre création. Et là je prends un autre exemple : vous prenez maintenant une photo qui est sur le site Wikipédia et qui va être, elle aussi, sous la licence CC BY SA ; il y en a beaucoup sur Wikipédia. Vous avez besoin de cette photo pour illustrer un livre. Si vous prenez cette photo et que vous l’utilisez à l’identique et que vous l’incorporez dans votre ouvrage, eh bien du coup, sans modification, vous ne déclenchez pas la clause de partage à l’identique. Et donc là, vous êtes libre de diffuser votre ouvrage sous les conditions de votre choix. Vous pouvez choisir une autre licence que celle de Wikipédia ou vous pouvez même choisir de diffuser ce livre sous les conditions de droit d’auteur classique, sans licence associée. Par contre, vous ne pouvez pas interdire la réutilisation de l’image qui, elle, va rester sous la licence CC BY SA. Et il faudra le mentionner explicitement. Vous devrez mentionner le nom de l’auteur, le fait qu’elle est sous licence libre et son titre, pour respecter les conditions de la licence.

Ces clauses de partage à l’identique peuvent aussi se déclencher lorsqu’on utilise de la musique pour illustrer une vidéo, par exemple. Là vous faites bien une œuvre dérivée à partir de cette musique. C’est une chose qui déclenche la clause de partage à l’identique et donc l’ensemble de la vidéo devra être mis sous la même licence que celle d’origine. Vous ne pouvez pas faire ça si la musique d’origine est placée sous licence « pas de modification », parce que là, du coup, vous produiriez une version dérivée.

Et c’est la même chose pour un film, par exemple, ou un reportage placé sous licence Creative Commons. Si vous prenez des extraits pour les incorporer dans une autre vidéo pour faire un montage, vous produisez une création dérivée et vous déclenchez l’effet de la licence. Et vous n’avez pas le droit de faire ça si la licence d’origine indique qu’il y a « pas de modification ».

Où trouver des œuvres réutilisables sous licence libre ?

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Où trouver des œuvres sous licence libre réutilisables ?

Récemment Creative Commons a fait un pointage sur l’emploi des licences et on a pu constater qu’il y avait plus d’un milliard d’œuvres sur Internet disponibles sous ces licences, réutilisables à des degrés divers. Donc c’est un nombre assez considérable. La question reste de savoir comment les trouver et comment identifier qu’on a à faire à des œuvres qui vont pouvoir être réutilisées.

Il faut voir que beaucoup de plates-formes, sur Internet, permettent à leurs utilisateurs de charger des contenus en utilisant des licences Creative Commons et ce sont souvent des réservoirs très intéressants à explorer lorsqu’on cherche un contenu réutilisable.

Selon les types de médias, on a différents sites internet. Dans le domaine de l’image, par exemple, le site qui contient le plus d’images réutilisables, de photographies réutilisables, c’est Flicker qui, depuis plusieurs années, propose aux utilisateurs qui chargent des photos de choisir les conditions de réutilisation. On peut les laisser sous copyright classique, tous droits réservés, ou choisir une licence Creative Commons. Et il y a plus de 300 millions de photographies sur Flicker qui sont réutilisables. On peut interroger le moteur de recherche de Flicker pour cibler uniquement des photographies sous licence Creative Commons et on peut même l’interroger en ciblant un type de licence, par exemple une image qui permettra la réutilisation commerciale, si c’est ce qu’on veut faire.

Une autre source importante, en termes d’images, c’est Wikimedia Commons qui est, en fait, la bibliothèque ou la médiathèque qui alimente Wikipédia en contenus. Elle contient, aujourd’hui, plus de 20 millions d’images sous licence Creative Commons. Pour les trouver de manière dérivée, on peut utiliser aussi un moteur de recherche qui est proposé par Creative Commons, qui s’appelle CC Search, ou un moteur comme Google Images qui est capable, en cochant une option qui figure dans un des onglets de l’interface, de cibler uniquement des images réutilisables. Quand on utilise ce type d’outil, il est toujours bon de vérifier quand même, sur le site d’origine, si la photographie a bien été placée sous licence Creative Commons, car le repérage se fait de manière automatique et il arrive parfois qu’il puisse y avoir des petites approximations, donc il est toujours bon de s’assurer, sur le site d’origine, qu’on a la bonne licence.

Dans le domaine du texte, les grandes sources qui sont mobilisables, ça va être Wikipédia qui, depuis l’origine, est placé sous licence libre, sous licence CC BY SA. On a associé à Wikipédia un site qui s’appelle Wikisource où des utilisateurs transcrivent des œuvres qui appartiennent au domaine public. On en a aussi dans un projet qui s’appelle le projet Gutenberg, qui fait la même chose pour des œuvres classiques, et on a un site américain qui s’appelle Internet Archive qui, là aussi, contient plusieurs millions de textes sous licence Creative Commons.

Dans le domaine de la vidéo, on a des plates-formes qui offrent ce type de possibilité. YouTube le permet depuis maintenant plusieurs années et, là aussi, il y plusieurs millions de vidéos, souvent d’ailleurs des vidéos relativement simples qui forment, en fait, des contenus de base pour pouvoir produire soi-même ses propres vidéos et qui sont proposées dans l’interface de YouTube à partir d’un onglet spécifique. Il y a plus de 10 millions, maintenant, de vidéos de ce type sur YouTube. On a des plates-formes comme Vimeo, aussi, qui permettent l’usage des licences Creative Commons.

Et dans le domaine de la musique, on a aussi des plates-formes de diffusion sous licence libre. On peut penser à des sites comme Jamendo par exemple, comme Dogmazic en France, ou un site comme Bandcamp qui permet à des artistes d’avoir leur propre page et de diffuser leur musique sous licence libre ou sous licence Creative Commons.

Ces licences se diffusent, aujourd’hui, dans d’autres domaines. On en trouve notamment utilisées dans le domaine des ressources pédagogiques. On a beaucoup d’institutions publiques, des universités, qui produisent des contenus sous licence Creative Commons. On a des professeurs qui peuvent produire, de manière collaborative, des manuels sous licence libre. C’est le cas, par exemple dans les mathématiques, en France, pour Sésamaths, ou un site comme lelivrescolaire.fr. Et on commence à voir les licences appliquées à d’autres domaines plus surprenants. C’est le cas, notamment, pour tout ce qui concerne la fabrication d’objets. On trouve des sites, comme Thingiverse par exemple, qui produisent des plans d’objets sous licence Creative Commons, qui permettent notamment de réaliser des impressions 3D, librement, ce qui constitue des formes de reproduction là aussi et, en ayant les plans sous licence libre, on peut produire des exemplaires des objets représentés, librement.

Les CHATONS s’attaquent à l’oiseau Twitter grâce à Mastodon

Framablog - ven, 07/04/2017 - 03:42

Mastodon, le clone libre et décentralisé de Twitter, accueille des dizaines de milliers de nouveaux membres chaque jour. Notre réponse se devait d’être collective.

Un vent de liberté qui fait du bien !

Résumons les épisodes précédents : Twitter est un réseau social centralisé, les données que vous lui confiez appartiennent à (et vont sur les serveurs de) l’entreprise du même nom. On y « tweete » publiquement de courts messages de 140 caractères (avec photos, liens, etc.) pour partager de brèves nouvelles, impressions, etc. C’est souvent le lieu de l’info rapide, des échanges évanescents et des actualités brûlantes.

Or depuis plusieurs mois, Twitter se « Facebookise » de plus en plus : la plate-forme change unilatéralement ses règles du jeu, filtre et choisit l’ordre de ce qui apparaît dans votre fil, se gonfle de pubs, répond très mal aux demandes de modération et de lutte contre le cyber-harcèlement

En fait, c’est Twitter qui nous donne les meilleures raisons de préférer Mastodon…

La semaine dernière, Twitter a imposé à ses utilisateurs et utilisatrices sa n-ième décision contestable. La plateforme a changé l’affichage des réponses, modifiant de fait les habitudes et la façon de communiquer des 320 millions de personnes inscrites sur ce réseau. Car oui : changer l’outil change le comportement, c’est même souvent le but.

Une décision unilatérale, qui a poussé des internautes à se demander :

Et si nous faisions notre Twitter mais en mieux… donc sans Twitter ?

Que Mastodon soit un effet de mode « mort-dans-deux-semaines » ou une révolution en marche sur internet, là n’est pas la question (et pour la réponse, désolé, on a paumé notre boule de cristal). Le fait est qu’aujourd’hui, plus de plusieurs dizaines de milliers personnes reprennent en main un de leurs outils sociaux (où l’on « toote » ou « pouette » au lieu de tweeter), découvrent la liberté de ne pas dépendre d’une plateforme unique (chacun peut monter son « bout » du réseau social fédéré Mastodon), choisissent de ne pas confier ses données et sa communication à une entreprise du Big Data (cotée 18 milliards en bourse), et enfin découvrent comment de simples choix (passer de 140 à 500 caractères par message) changent la manière dont on pense, se comporte, et communique avec autrui.

Heureusement, le Gouvernement d’Internet veille à nous ramener dans le droit chemin :p !

A l’heure d’écriture de cet article, près de 100 000 personnes ont un compte Mastodon, et ça grimpe. À tel point que The Verge, The Telegraph, Mashable, Wired, et même RTL, le Figaro ou M6 parlent de ce vent de liberté qui a été dynamisé par des Français…

« Comment on met les Français en sourdine ? » se demande cet anglo-saxon peu habitué à une telle présence de la langue française sur ses réseaux sociaux ;p !

 

Les CHATONS vous proposent de faire Pouet !

Il faut un maximum d’instances, c’est à dire d’endroits de confiance où s’inscrire à Mastodon. Pourquoi ? Pour ne plus répéter l’erreur d’avoir mis toutes nos données (tous nos œufs) dans le panier de Twitter, d’une part, mais surtout parce que cela répartit la charge, les responsabilités et les savoir-faire.

Pour vous, cela veut dire être libre de quitter une instance si les règles du jeu ne vous conviennent plus. Avoir le pouvoir (et la responsabilité) de devenir son propre média social, indépendant. Savoir enfin quels humains sont derrière quelle instance, parce que lorsqu’on s’y inscrit, c’est quand même à ces personnes que l’on confie nos bouts de vie numérique, donc autant savoir si on peut leur faire confiance.

cliquez sur l’image pour découvrir le collectif CHATONS

Nous vous en avons parlé dans le Framablog, nous faisons désormais partie d’un Collectif d’Hébergeurs Alternatifs qui prônent et pratiquent la Transparence, l’Ouverture, la Neutralité, et la Solidarité. Les CHATONS se sont engagés : que du logiciel libre, pas d’exploitation de vos données ni de pub profilée, ouverture, transparence et neutralité, bref… ce collectif propose des services web éthiques, et humains.

Il nous semblait évident que, Mastodon étant une fédération logicielle (on vous en reparle la semaine prochaine), la proposition devait venir du collectif, et non simplement de Framasoft. Du coup, voici une première portée de CHATONS (ou de futurs CHATONS ^^) vous proposant des endroits fiables et éthiques pour tester et profiter du réseau Mastodon (une « première »… en attendant la semaine prochaine ?).

Concrètement, je fais quoi pour aller sur Mastodon ?

D’abord, allez lire l’excellent « Comment débuter » écrit par Numérama, le formidable « Welcome to mastodon » de Alda que nous avons repris ici, ou gardez-les dans un coin d’onglet pour quand vous vous poserez des questions (promis, ça aide !).

Ensuite, choisissez une instance, un serveur où vous inscrire. Pour cela, plusieurs possibilités :

  1. [mode avancé] Vous allez choisir sur la liste publique des instances ;
  2. [mode j’ai de la chance] Vous utilisez le portail qui choisit une instance pour vous ;
  3. [Frama-mode] Vous préférez aller chez un des CHATONS, ou s’inscrivant dans cette démarche ? Voici ceux disponibles à ce jour, ainsi que leurs conditions :
Unixcorn

Cliquez sur l’image pour accéder à leur Mastodon

Zaclys

Cliquez sur l’image pour accéder à leur Mastodon

  • Site Officiel
  • Mastodon : https://mastodon.zaclys.com
  • Inscriptions ouvertes, modération stricte
  • Particularités : signature dkim sur le domaine de messagerie
  • Modèle éco : gratuit ou don libre (en cours de discussion, dépend des ressources utilisées, sinon réservé adhérents)
ROFLCOPTER.fr

Cliquez sur l’image pour accéder à leur Mastodon

Outils Conviviaux

Cliquez sur l’image pour accéder à leur Mastodon

IndieHosters

  • Site Officiel
  • Mastodon : https://mastodon.indie.host
  • Inscriptions payantes, modération stricte
  • Modèle éco (vente de services) :
    • 10 % du chiffre d’affaire reversé à Mastodon
    • 125€/an pour une instance privée (<10 utilisateurs)
    • instance privée >10 utilisateurs – nous contacter : contact@indie.host
    • 24€/an pour un compte sur notre instance partagée

 

Enfin, il ne vous reste plus qu’à pousser votre premier Pouet, et à vous familiariser avec ce nouveau réseau !

Quant à nous, on vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour de nouvelles annonces, car il reste de nombreuses choses à dire !

Apéro April le 28 avril 2017 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April (Paris)

APRIL - jeu, 06/04/2017 - 13:57
Début: 28 Avril 2017 - 19:00Fin: 28 Avril 2017 - 22:00 Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

L'apéro a lieu à Paris notamment parce que le local s'y trouve ainsi que les permanents et de nombreux actifs. Membre ou pas de l'April vous êtes les bienvenus. Contactez-nous pour organiser un Apéro April dans votre région.

Quand et quoi

Le prochain apéro parisien aura lieu le vendredi 28 avril 2017 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April au 44/46 rue de l'ouest, bâtiment 8, 75014 Paris (entrée possible par la place de la Catalogne, à gauche du biocop, au niveau des autolib), le téléphone du local est le 01 78 76 92 80 en cas de besoin.

En ouverture de l'apéro nous ferons un court point sur les dossiers/actions en cours.

Pour tous les détails et vous inscrire rendez-vous sur le pad.

L'April fête ses 20 ans – Transcription des interventions et des entretiens réalisés au cours de la soirée d'anniversaire à Paris

APRIL - jeu, 06/04/2017 - 09:16

L’April, créée en 1996, a fêté ses 20 ans d’action et de promotion du logiciel libre le 26 janvier 2017.

La soirée qui se déroule à bord du Petit Bain – Frédéric Couchet et Isabella Vanni expliquent les raisons de ce choix – est introduite par M. Emmanuel Grégoire, adjoint à la maire de Paris, qui remercie chaleureusement l’April, lui témoigne de sa reconnaissance et l’engage à poursuivre le travail très important qu'elle accomplit.

OliCat et Clara, Radio de Libre@Toi*, ont réalisé divers entretiens avec quelques-uns des participants qui profitent de l’occasion pour mettre en avant avec enthousiasme les projets auxquels ils participent, projets partageant les valeurs de l’April.

  • M. Emmanuel Grégoire, adjoint à la maire de Paris, souligne les raisons de l'engagement de la ville de Paris en faveur du logiciel libre, avec les divers projets qu'elle développe.
  • Mme Claire Besson, rappelle que la Fondation Crédit Coopératif, dont elle est secrétaire générale, a permis à l'April, en 2012, de publier dix mille exemplaires d’un guide qui permettait aux associations d’avoir un catalogue de logiciels libres.
  • M. Ludovic Dubost présente la société XWiki dont il est président-fondateur ainsi que son nouveau projet Cryptpad.
  • Mme Anca Luca, du conseil d'administration de Open Food Facts, en expose les objectifs et le mode de fonctionnement.

Les bougies du traditionnel gâteau d’anniversaire sont soufflées par les membres des conseils d'administration, actuel et anciens, présents à la soirée. Le délégué général, Frédéric Couchet, termine par les remerciements d'usage, en général et en particulier.

La transcription de ces interventions et de ces entretiens est à votre disposition. Bonne lecture !

Consultation du Sénat : l'April rappelle que l'informatique ne pourra contribuer à la démocratie sans en adopter les fondements

APRIL - jeu, 06/04/2017 - 05:37

En décembre 2016, une mission d’information a été constituée au Sénat sur la problématique : « Démocratie représentative, démocratie participative, démocratie paritaire. Comment décider avec efficacité et légitimité en France en 2017 ». Dans ce cadre, un appel à contribution a été lancé, clos le 31 mars 2017, auquel l'April a répondu.

Parmi les six questions posées par les sénateurs, une concerne le recours aux « technologies de l'information et de la communication » comme vecteur de démocratie. Plus spécifiquement :

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication améliorent-elles l’exercice de la démocratie ? Si oui, comment ?

L'April s'est saisie de cette question pour rappeler que seule l'utilisation de « technologies » basées sur du logiciel libre est à même de répondre à l'enjeu d'une démocratie plus participative et plus horizontale. Contribution reproduite ci-dessous. L'April avait déjà exprimé cette position dans le cadre d'une consultation citoyenne initiée par MM. les députés Belot et Martin-Lalande sur « la généralisation des consultations en ligne ». Proposition arrivée en 4e position parmi les plus soutenues.
À ce jour, malgré l'engagement pris de répondre aux vingt propositions les plus soutenues, il n'y a encore aucun commentaire des parlementaires ni de synthèse de la consultation par « Parlement et Citoyen ».

À noter, au cours des auditions menées pas les sénateurs dans le cadre de la mission d'information, celle de Regards Citoyens et de Démocratie Ouverte le 23 février 2017.

Contribution de l'April :

Il serait bien sûr tentant de répondre immédiatement par l'affirmative. Le développement de l'informatique et d'internet a accéléré et amplifié nos capacités d'accès et de partage de l'information, sous toutes ses formes, et offre des possibilités inédites en termes de travail collaboratif et de participation citoyenne aux débats publics, notamment de manière institutionnalisée.

De même que l'amplification des flux d'informations favorise autant la diffusion du savoir et de la culture, que des rumeurs et de l'intolérance, les outils numériques peuvent être un formidable levier d'inclusion du citoyen à « la vie de la cité » mais aussi une nouvelle source de défiance envers les institutions. La question serait alors : comment s'assurer que les nouvelles technologies de l’information et de la communication contribuent à améliorer l’exercice de la démocratie ?

Un des premiers éléments de réponse doit concerner les outils eux-mêmes, dans leur forme et dans la manière dont ils sont pensés et conçus. Considérant que « Le code est loi », le numérique ne pourra aider la démocratie sans en adopter les fondements. Il s'agit in fine d'une question de cohérence, sans laquelle la confiance ne peut se construire. Si les institutions ne sont pas exemplaires dans leur démarche, si elles ne prennent pas la pleine mesure des enjeux, elles ne pourront convaincre. Dans le cas des outils logiciels, cela signifie donc qu'ils soient transparents, c'est-à-dire que tout citoyen doit avoir le droit d'en étudier le fonctionnement. Cela se traduit également par le droit du public de proposer, de participer à la détermination du fonctionnement de l'outil dans le cadre d'une gouvernance citoyenne horizontale.

C'est en ce sens que s'est exprimé le COEPIA (Conseil d'orientation de l’édition publique et de l’information administrative), en novembre 2016, dans un rapport portant sur les « consultations ouvertes sur internet » : « La qualité des outils logiciels – plateformes dédiées, messagerie, outils collaboratifs... – est déterminante pour l'exercice. [...] Le logiciel doit, de préférence, être un logiciel libre dont le code soit accessible et puisse ainsi être audité par le public. Les choix méthodologiques de la consultation doivent être publics et doivent pouvoir être discutés. »

En effet, les logiciels libres, dont la licence garantit les libertés informatiques des utilisateurs, sont intrinsèquement transparents et donc auditables par tous. Ils préservent ainsi contre toute possibilité de manipulation. Les logiciels libres sont une pierre angulaire pour la confiance des citoyens dans les outils mis en place et donc, à travers eux, dans le processus de consultation et dans l'institution publique. Par ailleurs, le modèle de gestion horizontal et collaboratif des logiciels libres, conçus et maintenus par des communautés, s'inscrit parfaitement dans l'esprit d'une démocratie plus participative et plus proche des citoyens.

De novembre 2016 à janvier 2017, une consultation publique sur une proposition de loi visant à généraliser les consultations dans le processus législatif a permis d'ouvrir le débat sur cette pratique. Quelle que soit la position sur l'opportunité des consultations publiques, il s'agit d'un débat sain pour toute démocratie. Dans le cadre de ce processus, l'April - association pour la défense et la promotion du logiciel libre - a donc appelé à inscrire le recours au logiciel libre comme critère pour les outils de consultation publique en ligne. Proposition qui a reçu un large soutien.

L'April, fidèle à sa mission, continuera en toute occasion de rappeler que les logiciels libres sont une condition incontournable d'une informatique loyale et de confiance, fondement de toute démocratie. Souhaitons que les sénateurs prennent la pleine mesure de cet enjeu.

Mastodon, le réseau social libre qui est en train de bousculer twitter

Framablog - mer, 05/04/2017 - 08:38

Une alternative à Twitter, libre et décentralisée, est en train de connaître un succès aussi spontané que jubilatoire…

Depuis que Twitter a changé la manière dont les réponses et conversation s’affichent, des utilisatrices et utilisateurs abondent par milliers sur cet autre réseau. Chacun·e cherche un endroit (une « instance ») où s’inscrire, surtout depuis que l’instance originelle, celle du développeur Eugen Rochko, n’accepte plus les inscriptions car le serveur est surchargé.

Alors avant que de vous annoncer des solutions dans les semaines (jours ?) qui arrivent, parce qu’elles prennent le temps de se mettre en place (mais disons qu’une bande de CHATONS est sur le coup), nous avions envie de vous présenter ce phénomène, ce réseau social et ce logiciel qu’est Mastodon.

Or Alda (qui fait du php, du JavaScript, et essaie d’être une humaine décente), a déjà brillamment présenté cette alternative à Twitter sur son blog, placé sous licence CC-BY-ND. Nous reproduisons donc ici son article à l’identique en la remerciant grandement de son travail ainsi partagé !

Join the Federation par B ! Cavello

Welcome to Mastodon

Depuis quelques jours, Mastodon reçoit entre 50 et 100 inscrit⋅es par heure et on peut voir sur twitter quelques messages enthousiastes incitant plus de monde à migrer sur cette alternative « Libre et Décentralisée »

C’est quoi ce truc ?

Mastodon est un logiciel accessible par un navigateur et des applications iOS ou Android qui vise, par ses fonctions de base, le même public que Twitter.

L’interface est très similaire à celle de Tweetdeck, on suit des comptes, des comptes nous suivent, on a une timeline, des mentions, des hashtags, on peut mettre un message dans nos favoris et/ou le partager tel quel à nos abonné⋅e⋅s. Bref, tout pareil. Même les comptes protégés et les DMs sont là (à l’heure actuelle il ne manque que les listes et la recherche par mots clés).

Il y a quelques fonctionnalités supplémentaires que je détaillerai par la suite mais la différence de taille réside dans ce « Libre et Décentralisé » que tout le monde répète à l’envi et qui peut rendre les choses confuses quand on ne voit pas de quoi il s’agit.

Le Fediverse : Un réseau décentralisé

Mastodon est donc un logiciel. Au contraire de Twitter qui est un service. Personne ne peut installer le site Twitter sur son ordinateur et permettre à des gens de s’inscrire et d’échanger ailleurs que sur twitter.com. Par contre toutes celles qui ont les connaissances nécessaires peuvent télécharger Mastodon, l’installer quelque part et le rendre accessible à d’autres.

C’est ce qui se passe déjà avec les sites suivants :

  • mastodon.social
  • icosahedron.website
  • mastodon.xyz

Ces trois exemples sont des sites différents (on les appelle des « instances ») à partir desquels il est possible de rejoindre le réseau social appelé « Fediverse » (mais comme c’est pas très joli on va dire qu’on « est sur Mastodon » hein ?)

C’est là que se trouve toute la beauté du truc : les personnes inscrites sur n’importe laquelle de ces instances peut discuter avec les personnes inscrites sur les deux autres de manière transparente. Et tout le monde est libre d’en créer de nouvelles et de les connecter ou non avec les autres.

Pour résumer, on s’inscrit sur une instance de Mastodon, cette instance est dans un réseau appelé le Fediverse et les gens qui sont dans le Fediverse peuvent échanger entre eux.

Comme personne ne peut contrôler l’ensemble du réseau puisqu’il n’y a pas d’instance centrale, on dit que c’est un réseau décentralisé. Et quand une instance se connecte aux autres instances on dit qu’elle « fédère » avec les autres.

Si cette histoire d’instance est encore trop nébuleuse, imaginez un email. Vous êtes Alice et votre fournisseur de mail est Wanadoo. Votre adresse mail est donc alice@wanadoo.fr. Vous avez un ami nommé Bob qui est chez Aol et son adresse mail est bob@aol.com. Alors que vos fournisseurs respectifs sont différents, ils peuvent communiquer et vous pouvez ainsi envoyer des messages à Bob avec votre adresse mail de Wanadoo. Mastodon fonctionne selon le même principe, avec les instances dans le rôle du fournisseur.

Pourquoi c’est mieux que Twitter ?

Maintenant qu’on a évacué la partie un peu inhabituelle et pas forcément simple à comprendre, on peut attaquer les fonctionnalités de Mastodon qui donnent bien envie par rapport à Twitter.

La base

En premier lieu jetons un œil à l’interface :

 

Si on utilise Tweetdeck on n’est pas trop dépaysé puisque l’interface s’en inspire fortement. La première colonne est la zone de composition, c’est ici qu’on écrit nos Pouets (c’est le nom Mastodonien des Tweets), qu’on décide où les poster et qu’on y ajoute des images.

La seconde colonne c’est « la timeline », ici s’affichent les pouets des personnes qu’on suit.

La troisième colonne c’est les notifications qui contiennent les mentions, les boosts (sur Twitter on dit RT) et les favoris qu’on reçoit.

La quatrième colonne a un contenu variable selon le contexte et les deux premières possibilités méritent leur explication :

  • Local timeline : Ce mode affiche tous les pouets publics de l’instance sur laquelle on se trouve, même des gens qu’on ne suit pas.
  • Federated timeline : Ce mode affiche tous les pouets publics de toutes les instances fédérées avec celle sur laquelle on se trouve. Ce n’est pas forcément tous les pouets publics du Fediverse, mais ça s’en approche.

Pour suivre et être suivi, le fonctionnement est identique à celui de Twitter : On affiche un profil en cliquant sur son nom et on peut le suivre. Si le profil est « protégé » il faut que son ou sa propriétaire valide la demande.

Enfin, un pouet peut faire jusqu’à 500 caractères de long au lieu des 140 de Twitter.

La confidentialité des pouets

Contrairement à Twitter où les comptes publics font des tweets publics et les comptes protégés font des tweets protégés, Mastodon permet à chacun de décider qui pourra voir un pouet.

 

Le premier niveau est public, tout le monde peut voir le pouet et il s’affichera également dans les parties « Local Timeline » et « Federated Timeline » de la quatrième colonne.

Le niveau deux est unlisted, c’est comme un pouet public mais il ne s’affichera ni dans la timeline Locale ni dans la timeline Federated.

Le niveau trois est private, c’est-à-dire visible uniquement par les gens qui nous suivent. C’est le niveau équivalent à celui des tweets envoyés par des comptes protégés sur Twitter.

Le niveau quatre est direct, les pouets ne seront visibles que par les personnes mentionnées à l’intérieur. Ça correspond aux DMs de Twitter sauf que les pouets sont directement intégrés dans la timeline au lieu d’être séparés des autres pouets.

Bien sûr, il est possible de changer le niveau individuel d’un pouet avant de l’envoyer.

Avoir un compte protégé sur Mastodon

Comme sur Twitter, il est possible de protéger son compte, c’est-à-dire de valider les gens qui s’abonnent. Cependant, on peut toujours définir certains de nos pouets comme étant publics.

Plus besoin d’avoir deux comptes pour poueter en privé !

Une gestion native du Content Warning et des images NSFW

Une pratique courante sur Twitter est de préciser en début de tweet les éventuels trigger warning (avertissements) qui y sont associés, mais le reste du tweet reste visible.

Mastodon généralise le concept en permettant de saisir une partie visible et une partie masquée à nos pouets. On peut ainsi y mettre des messages potentiellement trigger, nsfw, spoilers ou autres.

De même quand on poste une image, on peut la déclarer comme étant NSFW, ce qui nécessite de cliquer dessus pour l’afficher :

Ok, vendu, du coup comment ça se passe ?

Tout d’abord il faut choisir sur quelle instance s’inscrire puisque, ayant des propriétaires différents, il est possible qu’elles aient des règles différentes dont il convient de prendre connaissance avant de la rejoindre.

L’existence de la « Local Timeline » est intéressante à ce niveau puisque son contenu diffère forcément selon l’endroit où on est inscrit. Par exemple si on va sur une instance à tendance germanophone, il est à peu près sûr que la plupart de ce qu’on y trouvera sera en allemand.

Ça ouvre tout un tas de possibilité comme la constitution d’instances orientées en fonction d’un fandom, d’intérêts politiques et/ou associatifs.

Par exemple, l’instance awoo.space est volontairement isolée du reste du Fediverse (elle ne communique qu’avec l’instance mastodon.social) et la modération se fait dans le sens d’un fort respect des limites personnelles de chacun⋅e.

On peut trouver une liste d’instances connues sur le dépôt de Mastodon et à l’exception d’awoo.space il est possible de parler au reste du Fediverse depuis n’importe laquelle figurant sur cette liste, il n’y a donc pas de forte obligation d’aller sur la même instance que nos potes puisqu’on pourra leur parler de toute façon.

Une fois inscrit⋅e, on aura un identifiant qui ressemble un peu à une adresse mail et qui servira à nous reconnaître sur le Fediverse. Cet identifiant dépend du pseudo choisi et du nom de l’instance. Ainsi, je suis Alda sur l’instance witches.town, mon identifiant est donc Alda@witches.town.

Pour trouver des gens à suivre, on peut se présenter sur le tag #introduction (avec ou sans s) et suivre un peu la Federated Timeline. On peut aussi demander leur identifiant à nos potes et le saisir dans la barre de recherche de la première colonne.

 

Et voilà, il n’y a plus qu’à nous rejoindre par exemple sur :

Ou à créer votre propre instance pour agrandir le Fediverse !

Évitez par contre de rejoindre l’instance mastodon.social. Elle est assez saturée et l’intérêt de la décentralisation réside quand même dans le fait de ne pas regrouper tout le monde au même endroit. Mais si vous connaissez des gens qui y sont, vous pourrez les suivre depuis une autre instance.

Point Bonus Des applis mobiles

Pour faire pouet avec Android : Installe Tusky

Pour faire pouet avec iOS : Installe Amaroq

Retrouver ses potes de Twitter

Le développeur principal de Mastodon a aussi fait une application pour retrouver ses potes de Twitter. Il faut se rendre sur Mastodon Bridge, se connecter avec Mastodon et Twitter et le site affichera ensuite les comptes correspondants qu’il aura trouvés.

FSFE Newsletter - April 2017

FSF Europe - mar, 04/04/2017 - 19:00
FSFE Newsletter - April 2017Free Software in the German OGP action plan

Last December, Germany joined the Open Government Partnership and now has until June 2017 to develop and decide on an action plan. Increased transparency and continuous reporting, governmental effectiveness and citizen-friendly administration are all part of the goals of Open Government.

The FSFE has worked together with other organisations and the "working group OGP" Germany to summarise the topic of Free Software in the Open Government context and provide concrete action items, along with a short but illuminating introduction into the topic and a vision for 2030. The recommendations were submitted to the German government in March.

The proposal was the outcome of a workshop, held by the German Government in February, with the contribution of numerous civil society representatives, including the FSFE. By publishing our suggestions, we hope to enable civil society actors worldwide to learn about the OGP discussion in Germany and use these suggestions in other countries.

Help us grow and make a difference in 2017 https://fsfe.org/join

What else have we done? Inside and Outside the FSFE In the Dutch elections, Freedomvote.nl, initiated by the Dutch FSFE group, compared party positions on digital freedom and not only helped voters to make up their minds, but also gave a taste of what to expect by the newly elected parties' digital policies. Last month, we welcomed as an associated organisation, Dyne.org - a non-profit think/do tank with more than 10 years of expertise in developing Free Software tools and narratives for community empowerment. On March 7, Matthias Kirschner put the spotlight on LiMux at the talk he gave at the 58. Netzpolitischer Abend in Berlin, and on March 28, he shared his views with the audience at the ISCTE–University Institute of Lisbon in Portugal concerning ways to empower people to use technology. Matthias also participated in a longer podcast in German about LiMux. On March 11-12, the FSFE returned to Chemnitzer Linux-Tage, Germany's biggest Free Software conference, held in the University of Chemnitz. We arranged an information booth and Max Mehl spoke about the developments around the EU Radio "Lockdown" Directive. On March 20, Olga Gkotsopoulou, Polina Malaja and Lusy Vaseva presented the FSFE's Position Paper for the endorsement of Free Software and Open Standards in Horizon 2020 and all publicly-funded research and facilitated a discussion about the role of Free Software in Open Science at the Open Science Barcamp in Berlin. The winners of the 2016 Free Software Awards were announced by the Free Software Foundation during the LibrePlanet 2017 conference. The Award for Projects of Social Benefit was given to SecureDrop, an anonymous whistleblowing platform, maintained by Freedom of the Press Foundation, while the Award for the Advancement of Free Software went to Alexandre Oliva, an advocate of Free Software and the GNU Project. The Vienna FSFE group held an information booth at Veganmania indoor festival 2017. Jonas Öberg wrote about the the need to work more with governments and local municipalities in order to encourage uptake of Free Software friendly policies in procurement and development of IT systems. The FSFE policy team has intensified its efforts in this direction and asks for everyone's support. If you're interested in discussions about Free Software on Android, you can join FSFE's android mailing list, which Matthias Kirschner highlighted in his introduction to installing Signal without a Google account or Google Play. In February, we celebrated the "I Love Free Software day" for the 8th consecutive year. People all over the world used the occasion to declare their love and affection not only towards their significant other, but to the whole Free Software community. This year's celebrations had everything: a FOSDEM photobooth in Brussels, letters and flowers for the German Parliament, light projections in the streets of Berlin and Frankfurt, creative artworks, a bright program of IloveFS events, funny memes, songs, microblogging as well as longer blogposts from individuals, politicians and supporting organisations. Are you currently a student? Is an internship a compulsory part of your studies curriculum? Are you fluent in German and English and interested in the politics around Free Software? Then, check our new intern vacancy announcement, for a position in our office in Berlin, from June till October 2017. And don't forget, that we're still able to accept additional student interns for 2017. Apply now and don't miss the opportunity to become part of a great international and diverse team, based in Berlin! Get active

Fellowship elections 2017: According to our constitution, two seats in the General Assembly are reserved for elected representatives of our Fellows. They serve two-year terms and one seat is up for re-election every year. The electoral process 2017 covers the period from April 10 till April 24. Eight candidates are running for office in the FSFE's General Assembly. You can find the list of candidates, along with their manifestos and background as well as the election schedule and voting procedure, in our dedicated Fellowship Election 2017 page. All Fellows eligible to vote will automatically receive an email with all necessary information.

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