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Workshop CHATONS aux RMLL le 7 juillet

Framablog - jeu, 22/06/2017 - 09:37

Nous vous avons déjà parlé des Rencontres Mondiales du Logiciel Libre, qui auront lieu cette année à St-Étienne, du 1er au 7 juillet (très bientôt, donc !). Si vous n’avez pas encore lu l’interview d’une partie de l’organisation, foncez-y, ça donne envie de venir :)

Framasoft sera évidemment présente lors des RMLL (sans doute en petit comité, car en ce début d’été, nos membres seront un peu dispersés sur différents événements ou … en congés !). N’hésitez donc pas à venir à notre rencontre, ou à assister à l’une de nos conférences :)

Mais l’objet de ce billet, est surtout de vous annoncer que l’organisation des RMLL a proposé de réserver la journée du vendredi 7 à … une réunion de chatons !

Le collectif en action

 

 

Vous le savez peut-être, le Collectif des Hébergeurs Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires (C.H.A.T.O.N.S.) est un collectif de particuliers et de structures qui proposent à leurs communautés des services en ligne Libres, Éthiques, Décentralisés et Solidaires.

Framasoft a impulsé en octobre dernier ce collectif, et est l’un de ses 30 membres actuels.

Le collectif est toujours en phase de structuration et, tel un logiciel libre, est en développement permanent : on y ajoute des fonctionnalités, on explore des possibles, on corrige des bugs, on essaie de faire communauté, etc.

Les moments de rencontre, que ça soit entre membres du collectif, ou pour échanger avec des personnes connaissant peu ou pas le projet CHATONS, sont donc primordiaux.

L’opportunité offerte par les RMLL de nous proposer un temps long (1 journée complète) est donc à saisir !

Cette journée permettra, le matin, de rappeler (très rapidement) les objectifs, de présenter le fonctionnement actuel, et de travailler ensemble la « roadmap ». L’après-midi sera, lui, consacré à des ateliers thématiques (probablement : « juridique », « technique », « communication » et « organisation/économie ») en mode barcamp (= les personnes présentes choisiront elles-mêmes les thèmes de travail).

Bref, vous pourrez poser toutes les questions que vous avez toujours voulu savoir sur CHATONS, mais surtout nous proposer des patches sur la façon dont nous pourrions améliorer le fonctionnement du collectif.

Merci encore aux organisateur⋅ice⋅s des Rencontres de nous offrir ce temps de partages, d’échanges, de réflexion et de production !

Un panier de CHATONS, parce qu’on sait que vous aimez ça !

 

Et, en cadeau, deux petites vidéos (qui s’ouvriront au clic dans un nouvel onglet sur Vimeo) qui, nous l’espérons, vous donneront envie de venir aux RMLL :

Interview PY GOSSET – RMLL2017

Interview Simon CHANSON – RMLL2017

Quelles libertés avons-nous face à Internet - É Guichard - PY Gosset

APRIL - mer, 21/06/2017 - 12:51

Titre : Quelles libertés avons-nous face à Internet ?
Intervenants : Éric Guichard, maître de conférences à l'ENSSIB - Pierre-Yves Gosset, délégué général de Framasoft.
Lieu : Café éthique - École centrale - Lyon
Date : Mai 2015
Durée : 1 h 11 min 11
Visualiser la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim

Transcription

Présentateur : Bonjour à tous et merci à vous tous d’être venus si nombreux pour ce café éthique. Aujourd’hui on va parler de la protection des données personnelles sur Internet. Actuellement, Internet est vraiment devenu le vecteur principal d’informations, de communication, qui est utilisé à échelle planétaire. Il nous paraissait légitime, en fait, de faire un café éthique sur la manipulation des données personnelles qu’on échange.

J’imagine que vous le savez tous, mais aujourd’hui est votée la loi sur le renseignement à l’Assemblée nationale et cette loi vise, justement, à collecter en masse les données personnelles des citoyens afin de détecter des comportements suspects. Donc on va aussi parler du rôle de l’État dans la protection des données personnelles.

On a la joie de recevoir Pierre-Yves Gosset qui est délégué général de Framasoft1, l’association qui vise à Dégoogliser Internet2, et Éric Guichard qui est maître de conférences à L’Enssib [École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques] et qui a travaillé aussi à Ulm. Je vous en prie.

Éric Guichard : Bonjour et je crois que je vais commencer par dix minutes brèves de présentation et d’introduction du programme. Je rappelle ici le titre c’est « Le problème éthique autour de la protection des données personnelles sur Internet ». Je vais faire bref en dix minutes, mais rappeler quand même ce qui était écrit, c’est-à-dire énormément de sites internet possèdent une partie de nos informations privées, mais il n’y a aucune transparence pour savoir ce qu’ils en font réellement. Il y a aussi des risques de piratage, etc.

Ce que je voudrais faire remarquer, d’abord féliciter les organisateurs parce qu’au niveau de la synchronisation ils ont fait parfaitement les choses : c’est le jour du vote du projet de loi relatif au renseignement. Et rappeler aussi que ce qui est vraiment très fort dans ces journées autour des cafés éthiques c’est la question de l’éthique dont je rappelle, dit-on traditionnellement, c’est une science qui traite des principes régulateurs de l’action et de la conduite morale.

Au sujet des données personnelles, ce qui me semble important, et l’actualité nous le rappelle, c’est qu’on rencontre une étrange alliance des États et des entreprises. Je pense que Pierre-Yves Gosset et moi-même allons assez lourdement insister sur le fait que, autour de l’Internet et du numérique, il se produit des représentations, il se produit des croyances, parfois des vérités — mais ce n’est pas souvent le cas — qui font que, en fait, ce qu’on pourrait appeler notre carte politique, par exemple en France gauche/droite, etc., est particulièrement brouillée. Je donnerai quelques exemples. En l’occurrence, pour la question des données personnelles, on réalise une étrange alliance entre les États et les entreprises, à l’heure où on n’arrête pas de nous expliquer qu’il faut que L’État arrête de réguler, qu’il se mette en retrait, etc. Ce sont des pratiques qui sont attestées depuis vingt à trente ans, par exemple en Europe et aussi aux États-Unis. Et là où on voudrait imaginer une sorte d’émancipation de l’entreprise par rapport à l’État, on retrouve des alliances tout à fait traditionnelles qui peuvent renvoyer, par exemple, à l’histoire française du 19e siècle et du 20e siècle.

L’autre point que je voudrais peut-être aborder rapidement, c’est la question du profilage qui, effectivement, s’articule assez étroitement avec celle de la surveillance, en disant que profilage et surveillance sont un peu les deux mamelles des industries contemporaines ; en faisant remarquer que - on pourra en parler dans le débat - ce n’est pas quelque chose qui est gravé dans le marbre. C’est-à-dire que j’essayerai d’insister sur le fait qu’une technique est beaucoup plus plastique qu’on peut l’imaginer et qu’il est tout à fait possible d’imaginer un modèle économique qui ne soit pas centré sur la surveillance étroite, exagérée de nos pratiques.

On va se rappeler d’ailleurs, pour les gens qui connaissent l’histoire de l’Internet, que c’est un détournement inattendu des logs, les fameux access logs qui existaient au tout début de l’invention des moteurs de recherche, simplement pour essayer de minimiser les bugs. C’était des logs qui étaient destinés aux informaticiens et non pas à des mesures d’usage.

J’aurai, je pense, la possibilité de rappeler le fait que si on a des facilités, c’est-à-dire que si on profile, voire on surveille aujourd’hui les utilisateurs d’Internet, c’est aussi que c’est facile et que cette facilité découle du statut de l’Internet et de l’informatique qui sont, en fait, des techniques que j’appelle « scribales », c’est-à-dire tout à fait articulées avec de l’écriture. Or, avec de l’écriture on peut faire, et vous le savez puisque vous avez fait je pense presque tous Maths sup et Maths spé, énormément d’algèbre, énormément de maths, mais on a la possibilité de retravailler des objets de manière beaucoup plus simple que dans un strict régime d’oralité.

Peut-être que je pourrais commencer par un point qui me semble aussi très important, c’est la notion de technique. La notion de technique, je vais être très bref, on peut en reparler comme on veut dans le débat, est une notion – ça évolue un peu en ce moment peut-être du fait de l’Internet et du numérique – mais qui est souvent méprisée. Si on se rappelle : on fait de la théorie, par exemple en maths et en physique, et éventuellement on passe aux applications techniques. Si vous êtes en sciences humaines vous avez, en général, historiquement, une sorte de plus grand mépris pour la technique, les techniciens, les ingénieurs. Vous savez très bien qu’on met très souvent ensemble les ingénieurs et les techniciens pour dire « ah oui, ce sont les gens qui appliquent, ceux qui se prétendent experts, etc., mais ce ne sont pas les grands intellectuels, les grands penseurs, etc. » Et cette critique va vous être peut-être adressée encore pendant quelques années.

En fait, si on réfléchit bien, la notion de technique est en lien très étroit avec trois autres notions : la pensée, la culture et l’art.

L’idée que la technique soit en lien étroit avec la pensée, c’est une découverte de Jack Goody qui dit : « Il y a une technique dont on se sert tout le temps, c’est l’écriture. » Si vous regardez, pour aller très vite, dans le détail effectivement, c’est : la technique c’est souvent répétitif, ce sont des recettes de cuisine qu’on applique et, en même temps, il faut apprendre, etc. Et en fait, on ne peut pas imaginer la moindre pensée un peu sophistiquée s’il n’y a pas l’écriture. Par exemple, si vous n’avez pas l’écriture, vous n’avez pas l’électricité, vous n’avez pas les mathématiques et vous n’avez pas Internet. Bon !

Donc ça signale quand même pas mal de changements. Il y a d’autres personnes comme Leibniz, Gilles Gaston Granger, qui ont aussi insisté sur ce point-là.

La technique est aussi étroitement associée à la notion de culture. Il ne faut pas voir la culture comme quelque chose qui s’opposerait à la technique. En fait, la culture, vous avez énormément de gens qui vous le disent, Goody mais aussi Stéphane Vial qui a fait un très bon ouvrage qui s’appelle L’être et l’écran qui est sorti en 2013 ou 2014, qui montre bien, par exemple dans le domaine du design et de la culture générale au sens large, que toutes nos représentations sur l’autre, sur le monde, etc. sont au moins médiatisées par une toute une série d’objets techniques. Regardez par exemple tout ce que vous savez intuitivement, tout ce que le commun des mortels sait sur l’infiniment petit et l’infiniment grand, c’est quelque chose qui ne pourrait pas exister s’il n’y avait pas eu certes la théorie de la relativité, mais aussi énormément de télescopes, de microscopes, etc. Donc ne pas oublier ça, que les techniques, d’une certaine manière, peuvent aider à représenter le monde, voire à le formater d'une certaine manière. Donc on voit un lien fort entre la technique et la culture.

Il y a aussi un lien fort entre la technique et l’art. Pensez simplement à la manière dont la photo, Benyamin en a très bien parlé, a subverti la peinture. Il y avait une peinture soi-disant hautement artistique, mais il y avait aussi une peinture de réplication des notables de la ville, etc., avec des possibilités de détournement, de rabattement sur des choses tout à fait commerciales des fois.

Donc il faut absolument penser que la technique, la pensée, la culture et l’art sont des choses qui sont excessivement liées et je pense que Pierre-Yves Gosset dira « et du coup la politique ! »

Du coup, il faut faire très attention aux gens qui ont tendance à culpabiliser la technique. Les gens qui culpabilisent la technique on va dire, c’est facile, ce sont des technophobes, etc., et il faut se méfier aussi des technophiles.

Les choses sont un peu plus perverses qu’on peut l’imaginer, dans la mesure où vous avez maintenant des mouvements qui veulent produire une critique du numérique et à juste titre – parce que l’université française, par exemple, est particulièrement silencieuse en matière d’esprit critique alors que c’est sa tradition, au moins en sciences humaines – donc qui vont faire une critique du numérique en disant que le numérique est, nativement, par essence, constitutif d’une société de surveillance. C’est-à-dire que globalement vous avez des personnes, et là je le dis clairement, ce sont des personnes qui sont plutôt des bords, des franges de l’extrême gauche et de l’anarchisme, qui ne vont pas critiquer les personnes parce qu’elles surveillent trop, qu’elles ont des goûts militaristes ou qu’elles veulent réduire les libertés des gens, mais c’est parce que ça serait la faute à l’essence de la technique, c’est la technique du numérique.

C’est quelque chose qui est un peu embêtant, parce que si, d’un seul coup, la technique se retrouve intrinsèquement coupable, eh bien, à ce moment-là, la pensée, la culture et l’art sont aussi coupables de quelque chose. Donc faites très attention à cette tendance qui est assez importante à Paris et dans des institutions de type l’École centrale, que je ne citerai pas.

Voilà. Ceci dit je vais maintenant, très brièvement parce que je pense que j’ai déjà presque trop parlé, vous donner le plan de ce dont je pourrais débattre avec vous et avec Pierre-Yves Gosset ; ça pourrait se décrire sous cette forme. Au niveau des traces personnelles qui circulent sur Internet on pourrait peut-être les décomposer entre traces personnelles envoyées et traces personnelles stockées à l’extérieur.

Les traces personnelles envoyées, je voudrais juste évoquer le cas des cookies qui étaient longtemps refusés, qui sont sur-utilisés au point d’être une banalité, c'est-à-dire ça ne choque plus personne ! Si des fois ça vous plaît de récupérer certains logiciels libres, si vous allez sur le site sourceforge.net et que vous prenez un navigateur qui refuse les cookies, sourceforge vous envoie une bannière, avec un joli drapeau bleu blanc rouge, en vous disant : « La législation de votre pays nous oblige à savoir si vous acceptez ou vous refusez les cookies. Cliquez sur OK pour dire que vous acceptez les cookies. » Vous cliquez sur OK et il ne se passe rien parce que, en fait, vous avez refusé les cookies. Énormément de sites vous font ce jeu-là. C’est-à-dire vous acquiescez sur le fait que nous vous adressons des cookies et vous n’avez aucun moyen de contrevenir au système. Alors si, il y en a des solutions, mais c’est un peu compliqué.

Pareil, les traces d’ordinateur, très vite. Je pense que tu en parleras un peu. Dire que ce n’est plus simplement les douze paramètres basiques de la circulation, par exemple par les biais des CGI-BIN3 pour les pages dynamiques ; maintenant avec les préférences et les navigateurs, est-ce que vous utilisez plutôt VLC ou iTunes, etc., on arrive à vous profiler rapidement parmi 1800 boîtes.

Il y a aussi les traces des téléphones qui sont beaucoup plus pernicieuses parce qu’on n’y connaît rien. Et vous avez par exemple Luc Saccavini, de l’Inria [Institut national de recherche en informatique et en automatique] à Grenoble, qui expliquait qu’avec le simple accéléromètre de votre téléphone portable, on peut savoir si vous travaillez ou pas. Par exemple si vous tapez sur un clavier d’ordinateur ça émet des vibrations, etc.

Au sujet des traces stockées, il y a les requêtes adressées aux principaux moteurs de recherche, aux dépôts en ligne comme Google Docs, Dropbox, Flickr, etc. À Gmail qui, dirais-je très rapidement, implique des innocents. Ça veut dire que si vous ne voulez pas que globalement votre mail soit archivé, surveillé, etc., mais que vous envoyez un mail à quelqu’un qui a une adresse Gmail, eh bien vous êtes un peu mal !

Parler éventuellement d’information résiduelle sur les images. Les personnes qui connaissent ExifTool4, on pourra en parler.

Après on pourra évoquer divers acteurs entre l’industrie capitaliste, les informaticiens, les utilisateurs qui des fois sont un peu naïfs.

Insister peut-être sur les représentations et notamment, peut-être dans le débat, repérer un peu des discours et des croyances, par exemple les discours sur l’open et le close data. Là, on est dans quelque chose qui n’est pas très rationnel. En fait, on propose aux États de divulguer les données qu’ils ont agrégées, mais on ne propose jamais ça aux entreprises. Or, si vous voulez travailler sur Internet, essayez de demander à Orange ou à Free par exemple des données assez massives sur leurs réseaux, ils vous diront que c’est propriété privée, etc.

Sur l’histoire des techniques détournées, stabilisées, plastiques, je dirai juste un mot en rappelant qu’il est très aisé de réorienter une technique par le biais de la loi. Je donne des exemples de Feinberg. À un moment, des bonnes âmes se sont dit que c’était quand même sordide de faire travailler des enfants sur des machines à tisser, en 1850, aux États-Unis. Et l’industrie a répondu : « Ce n’est absolument pas possible parce que si ce ne sont plus des enfants qui travaillent, il faut casser nos machines, il faut en refaire d’autres et, du coup, il va y avoir la concurrence, les pays étrangers vont en profiter, etc. » Les Américains ont tenu ferme ; il y a une loi qui a interdit le travail des enfants et, en dix ans, toutes les machines à tisser étaient à hauteur d’homme ou de femme adulte. Il s’est passé des choses analogues pour les portes de sortie des théâtres quand il y avait des incendies ; les moteurs des bateaux du Mississippi qui explosaient trop et on a imposé des régulations pour que ça ne se produise plus ; c’était des centaines de morts chaque fois. Et je pense que, de la même manière, on peut imaginer des lois, au niveau national et international, qui interdisent le commerce du profilage et ne vous inquiétez pas, en l’espace de cinq à dix ans, l’industrie informatique et les industries environnantes sauront s’adapter sans souci.

Après, restera donc les questions sur les informations des dernières années et sur les informations d’aujourd’hui. Je te laisse la parole.

Pierre-Yves Gosset : Merci. Moi, pour commencer, il faut peut-être que j’explique d’où je viens, puisque moi je ne suis absolument pas maître de conférences, donc je n’ai pas du tout le back ground universitaire sur la science des techniques, l’histoire de la science des techniques.

Framasoft est une association d’éducation populaire. Au départ, « fra » et « ma » c’est français et mathématiques. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que nous, notre boulot, c’est d’aller expliquer aux gens, au départ, ce qu’est le logiciel libre. Donc j’imagine, enfin j’espère qu’à l’École centrale vous savez ce qu’est le logiciel libre. En gros, donc, un logiciel qui correspond à quatre libertés : liberté d’utiliser, de modifier, de redistribuer, de partager le logiciel derrière. En gros, on a accès au code source du logiciel et ça permet, justement, là, de mettre en place une espèce de surveillance de qu’est-ce qu’il y dans le logiciel ; qu’est-ce qu’il fait ; qu’est-ce qu’il ne fait pas, etc.

Donc nous qui venons du milieu de l’éducation, nous pensons que le logiciel libre est un bien commun, que ce bien commun est important et essentiel dans une société qui devient de plus en plus numérique : la télévision est numérique, la musique est numérique, les livres commencent à être numériques, votre téléphone, évidemment, on n’est plus sur l’analogique où il fallait faire les numéros à l’ancienne. Et donc, en gros, qui contrôle le numérique a un peu tendance à contrôler la société, donc ça pose des questions éthiques. C’est un peu de ça dont on va parler aujourd’hui.

Et donc Framasoft a, pendant quasiment dix ans, fait la promotion du logiciel libre. Ces dernières années on a vu un certain glissement. C’est-à-dire que les gens téléchargent de moins en moins de logiciels, ils vont les utiliser de plus en plus dans leur navigateur web. Donc ce sont les Software as a Service, le fait d’utiliser du Gmail, le fait d’utiliser des logiciels qui sont, je ne sais pas, de compta voire de retouche d’images, où tout se passe, en fait, directement dans votre navigateur web et où les calculs et le code source est exécuté côté serveur et non plus sur votre ordinateur.

Nous on a vu apparaître ce mouvement-là et ce mouvement-là porte atteinte, quelque part, au logiciel libre, puisque vous n’avez plus le contrôle de ce qui est installé sur votre ordinateur. C’est quelqu’un d’autre qui fait tourner un logiciel pour vous. On peut vous dire que ce logiciel est libre ou pas, le fait est que si vous ne le maîtrisez pas, vous n’avez pas d’assurance. Je veux dire Wordpress, par exemple, est un logiciel libre que vous pouvez peut-être connaître, qui permet de créer et de partager des sites web, de l’information, en tout cas, sur Internet. Et du coup, moi je peux très bien vous dire que j’installe un Wordpress, que ce Wordpress ne vous espionne pas parce que c’est du logiciel libre, etc. Et en fait, rien ne m’empêche de modifier, moi, le code source de Wordpress et de faire en sorte qu’il va agir de façon plutôt néfaste sur votre ordinateur. Donc ça, c’est pour expliquer un petit peu ce qu’on faisait.

Et quand on a pris conscience de ça, on s’est dit que le nouvel « ennemi », entre guillemets, du bien commun qui est le logiciel libre et du modèle qu’on défend, c’est-à-dire un modèle où, finalement, le citoyen a la maîtrise non seulement de ses données, mais de ses logiciels ; et donc c’est en ayant le contrôle de ses logiciels qu’on aura le contrôle de ses données – ça ne sert à rien d’avoir le contrôle des données si vous n’avez pas le contrôle du logiciel – on s’est dit qu’il fallait sans doute avoir une action face à ce qui nous, nous semblait le principal ennemi, c’est-à-dire GAFAM. Donc GAFAM c’est Google, Apple, Amazon, Facebook et Microsoft. On rajoute Microsoft. Dans la presse vous entendrez surtout parler de GAFA. Ils oublient Microsoft parce que Microsoft a une image un peu has been ces dernières années. Bon ! Internet Explorer c’est de la merde, ça ne marche pas ! Windows ça plante souvent ! Etc. Ça ne les empêche pas d’avoir quand même une base d’utilisateurs mondiale qui est quand même absolument phénoménale, mais la presse a tendance à oublier Microsoft parce qu’ils considèrent que ce n’est pas un acteur très important dans cette nouvelle façon d’utiliser l’informatique et d’utiliser le numérique en général. Or, pour nous, Microsoft reste un acteur déterminant : il y Office 365 qui permet d’utiliser la suite Office en ligne ; il y a Outlook, anciennement Hotmail, qui collecte encore aujourd’hui et qui sert à des millions et des centaines de millions d’utilisateurs en termes de boîte mail. Et puis, évidemment, Microsoft ils ne sont pas tombés de la dernière pluie, ils ont vu cette vague venir et ils sont en train de s’y préparer.

Donc pour nous, le principal acteur de cette collecte de données étant Google, on a décidé de lancer une campagne qui s’appelle Dégooglisons Internet qui vise, justement, à sensibiliser le grand public. Encore une fois, je rappelle nous on est association d’éducation populaire, on essaye de sensibiliser le grand public, c’est-à-dire pas forcément vous – vous êtes déjà nettement au-dessus du grand public – en essayant de lui expliquer en quoi la centralisation des données pose un problème ; en quoi le fait que ces organismes et ces institutions, Google Apple Facebook, etc., ne soient pas contrôlées pose de graves problèmes ; et en quoi le fait que ça soit aujourd’hui des puissances financières considérables – je rappelle que la première capitalisation boursière mondiale, ce n’est pas Exxon, ce n’est pas General Motors, etc., c’est Apple. Que la capitalisation boursière d’Apple aujourd’hui, à elle seule, vaut l’ensemble des capitalisations boursières russes, de toutes les entreprises russes sur le marché boursier russe. On est donc avec des entreprises qui peuvent racheter n’importe quelle boîte – et en quoi ça nuit à l’innovation, donc, pour ceux qui s’orienteront plus tard vers l’informatique, quand aujourd’hui, on a tendance à développer des logiciels. Moi, je rencontre aujourd’hui des gens qui montent des boîtes et des start-ups avec comme seul objectif de faire un produit qu’ils vont revendre à ces sociétés-là le plus cher possible. Donc WhatsApp racheté, je crois, 52 milliards. YouTube racheté, à l’époque, ça devait être 12 ou 13 milliards de dollars. Ce sont des montants considérables. Et nécessairement ça induit un biais dans la collecte des données, puisque ces entreprises-là rachètent des petites boîtes qui collectent des données, et on a une espèce d’effet trou noir dans la collecte massive de données personnelles.

Donc on a lancé une campagne il y a six mois qui vise, en fait, je ne vais pas en parler ici ce n’est pas forcément le sujet, mais à produire ou à mettre en avant des logiciels libres qui sont des alternatives aux projets et aux produits de Google, Facebook, etc.

En face de Facebook on a mis en place un logiciel libre qu’on n’a pas développé, qui existe depuis des années, qui s’appelle Diaspora, qui est un réseau social décentralisé et libre. On a appelé du coup notre réseau social Framasphère et on explique, dans une démarche d’éducation populaire, via des tutoriels, comment est-ce que vous, je ne sais, l’École centrale peut installer un Diaspora pour permettre aux étudiants de l’École centrale Lyon et potentiellement d’autre écoles, d’avoir un réseau social qui soit indépendant de celui de Facebook, où vous contrôlez vos données, où vous êtes sûrs que vous ne serez pas réutilisés, enfin que vos données ne seront pas réutilisées, et que vous avez le contrôle sur non seulement, du coup, vos données, mais aussi sur le logiciel. C’est-à-dire que si demain Facebook décide de tout afficher à l’envers, ce n’est évidemment pas dans leur intérêt, mais ils peuvent le faire, et vous n’avez absolument pas de contrôle là-dessus.

Je ne sais pas combien de temps il me reste, mais juste pour finir l’introduction. On s’est aperçus et là, du coup, on est en plein dedans, que l’ennemi n’était pas forcément là, puisque vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a un projet de loi renseignement qui est en discussion, qui va être voté, probablement ce soir, à une immense majorité. Et ça nous pose un certain nombre de soucis en tant que militants du logiciel libre. À titre personnel, je suis aussi militant dans une association qui s’appelle La Quadrature du Net5 qui vise, justement, à défendre les libertés pas seulement numériques, parce que là on voit bien que via la technique, on accède à des domaines et à des pans de la société qui dépassent largement le cadre du numérique. Quand on est capable de repérer où est-ce que vous êtes géolocalisé, si on laisse les services de renseignement dire on va géolocaliser l’ensemble des personnes qui sont, je ne sais pas, à une manifestation, qui ils ont appelé, etc., on est bien d’accord que là on est dans quelque chose qui est politique et qui n’a rien à voir avec la technique.

Vous êtes un petit peu des privilégiés dans le sens où vous avez vous la capacité, encore une fois suivant les options d’informatique que vous êtes amenés à suivre, vous avez la capacité de comprendre comment se fait ce dispositif de collecte, ce qui n’est pas le cas de M. et Mme Michu. Alors nous on les appelle les Dupuis-Morizot parce que les pauvres M. et Mme Michu ils doivent en avoir un peu ras le bol, donc M. et Mme Dupuis-Morizot, forcément, n’y pannent que dalle à ce type de problématique. Et on pense que c’est pourtant très important de sensibiliser les gens et de dire, contrairement à ce que nous dit le gouvernement, je vais essayer de ne pas être politisé aujourd’hui, mais on a un gouvernement qui dit à la télé, dans les médias, etc. : « Non, ce n’est pas de la collecte généralisée ; non, ce n’est pas de la surveillance généralisée ». Et je pense que vous êtes suffisamment au fait des choses, et je peux rentrer dans le détail un petit peu technique, de savoir ce que c’est. Voilà, je ne sais pas, les communications sur Internet reposent sur le modèle OSI6, qui lui-même est divisé en sept couches : vous avez la couche matérielle, la couche réseau, etc., et on arrive sur une couche applicative et quand un gouvernement vient nous dire : « Non, non, mais on ne surveille que les métadonnées ! » Vous ne pouvez pas surveiller les métadonnées, en gros vous ne pouvez pas surveiller l’adresse de la carte postale sans la différencier du contenu de la carte postale. C’est-à-dire que quand on envoie une carte postale à quelqu’un, quand le gouvernement dit : « Non, non, mais nous on ne lit que d’où elle vient. En gros on regarde le timbre de la poste, on regarde qui est le destinataire, éventuellement qui l’a écrite, en gros d’où vient le mél et quelles sont les métadonnées de ce mél », vous ne pouvez pas faire ça, si vous ne regardez pas, si vous ne séparez pas les métadonnées du contenu. Ça veut dire que vous avez accès au contenu !

Donc quand on vient nous dire « nous n’avons pas accès au contenu », c’est faux !

Donc là, j’espère que des étudiants en école d’ingénieur peuvent comprendre ça. Et dire, derrière, mais c’est la machine qui traite, etc., ce n’est pas parce que c’est une machine qui torture quelqu’un que ce n’est pas de la torture. Ce n’est pas parce que c’est une machine qui surveille les gens que ce n’est pas de la surveillance généralisée.

Voilà. C’est un peu brouillon comme introduction, mais vous aurez compris la protection des données personnelles. D’autant plus si les gouvernements ont accès à des données, justement, ce dont parlait Éric Guichard tout à l’heure, une espèce de collusion État/entreprise et, en gros, si vous pouvez forcer Google ou Facebook à installer des boîtes noires chez eux. Nous, on héberge des centaines de milliers de données, si on prend même des métadonnées, on en héberge des milliards de gens qui sont des particuliers, des entreprises, des syndicats, des partis politiques, etc. Donc ce n’est pas du tout impossible qu’on vienne nous dire, à un moment donné, comme ils veulent le faire là j’ai entendu sur Doctissimo, ils veulent aller poser des boîtes noires dessus aussi, parce que gros trafic, beaucoup d’échanges, qui échange avec qui, quoi, etc.

Et donc on a vraiment cette difficulté à faire comprendre à la population que le numérique permet une surveillance généralisée et que, en tant qu’acteurs du numérique, on voit bien que ce débat n’est pas technique. Quand on enlève du judiciaire d’un projet de loi, ce qui est le cas aujourd’hui, j’y reviendrai si jamais il y a des questions là-dessus, on est bien d’accord qu’on change l’équilibre de ce que doit être une démocratie. Une démocratie, normalement – Montesquieu, j’ai quand même quelques bases sur l’histoire législative – et du coup voilà, on sépare l’État en trois pouvoirs : le législatif, l’exécutif, le judiciaire. Aujourd’hui le judiciaire est, non pas exclu, mais complètement écrasé, à ce moment-là, par un projet de loi sur lequel l’exécutif, c’est-à-dire le Premier ministre, a quasiment tout pouvoir.

Et ce genre de mises en place de projets de loi, etc., sur lesquelles nous on doit faire face depuis longtemps, on espère, enfin moi c’est un peu mon objectif aussi en venant ici, ce n’est pas juste vous parler mais c’est aussi de vous convaincre que vous, en étant sensibilisés à ces questions et en ayant les capacités et les compétences pour savoir ce qu’est un logiciel, qu’est-ce que c’est que compiler un logiciel, qu’est-ce que c’est que du code source, vous serez à même, plus tard, vous-mêmes, de répercuter entre guillemets « la bonne parole » et d’être capables d’être critiques, parce que c’est ça normalement qu’on est censés apprendre à l’école ou à l’université, c’est construire sa pensée critique et donc construire sa pensée critique par rapport à des objets techniques. Ce qui dépasse, effectivement, pour beaucoup, M. et Mme Dupuis-Morizot.

Première question

Est-ce que vous pouvez nous parler plus en détail de la loi qui est votée aujourd’hui ?

Pierre-Yves Gosset : J’ai rencontré il y a trois/quatre jours une députée du Rhône qui, elle aussi, se posait des questions ; je ne citerai pas son nom ; c’est filmé. Quels sont les problèmes que pose cette loi et pourquoi est-ce que nous, et quand je dis nous ce n’est pas un groupe homogène ; quand je dis nous ça peut être des militants du logiciel libre, ça peut être Reporters sans frontières, ça peut être des particuliers, ça peut être juste des gens qui sont sensibilisés à ces questions. Donc moi, j’ai relevé cinq problèmes que posait cette loi. Et la première chose que j’ai rappelée à cette députée c’était que la vie privée ça doit être la règle, et la surveillance l’exception. La vie privée, notamment le droit à une correspondance privée, fait partie de l’article 12 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme qui, normalement, est censée s’appliquer à la Constitution française, enfin aux constitutions des États de l’Union européenne.

Donc, est-ce que là, déjà, on n’a pas un renversement où on va surveiller tout le monde pour préserver les libertés soi-disant de tout le monde ? C’est ce que nous on a essayé un petit peu de détricoter.

Le premier problème – ils ne sont pas par ordre d’importance – mais pour moi le plus important c’est celui des boîtes noires. Je suis informaticien donc ce qui me pose problème vraiment c’est le côté technique.

Dans les différents problèmes qui ont été listés, le premier c’est que le judiciaire est complètement absent ou en tout cas exclu de cette loi par rapport à l’exécutif. Le gouvernement ou certains médias nous disent : « Non, mais il y a une Commission nationale de contrôle qui va vérifier que le Premier ministre ne fait pas n’importe quoi, etc. »

Cette CNCTR [Commission nationale de contrôle des techniques du renseignement], donc la Commission de contrôle, est composée de six juges du Conseil d’État. Alors les juges du Conseil d’État – c’est bien, ça m’a permis de me remettre à jour sur plein de choses au point de vue du législatif – le juge du Conseil d’État, ce n’est pas un juge classique : c’est un juge fonctionnaire qui est payé par l’État pour rendre effectivement des jugements par rapport à la loi. Donc ces juges du Conseil d’État ne sont pas indépendants du gouvernement ; ils sont payés par l’État. Ce qui n’est pas le cas de juges payés par le ministère de la Justice où on peut déjà présupposer une plus grande indépendance, et puis de six députés et sénateurs de gauche, de droite, etc. Pardon ?

Éric Guichard : Quatre et quatre.

Pierre-Yves Gosset : Quatre et quatre, ça a peut-être rechangé depuis. Toujours est-il que ces députés et sénateurs n’ont aucune idée de ce qu’est un algorithme et que, surtout, quand bien même on leur expliquerait parce que ce n’est pas si compliqué que ça que d’expliquer ce que c’est qu’un algorithme, ils seront évidemment bien incapables d’aller vérifier si le décret qui dit qu’on va modifier l’algorithme pour surveiller le mot Djihad ou le mot Sivens sur les dispositifs de boîtes noires, ils seront bien incapables de dire si l’algorithme qui leur est présenté correspond bien à ce qui est dans le décret. Donc ça pose un vrai problème, pour nous, qu’il n’y ait pas déjà de gens qui soient au fait de ces questions techniques.

La société civile, évidemment, est complètement exclue. Il n’y a pas de juges antiterroristes. Je reviendrai sur le point terrorisme après. Et donc, de toutes façons, quand bien même cette commission de contrôle rendrait un avis, dirait : « Eh bien non, là on pense que potentiellement cette personne n’est pas un terroriste ou n’est pas un zadiste en train de lutter contre l’implantation de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes », nécessairement, l’avis du Premier ministre est supérieur. C’est-à-dire si le Premier ministre dit : « Si, si, moi je pense que c’est important », il signe et la personne sera mise sous surveillance. tr évidemment toutes les personnes qui tournent autour, qui gravitent autour de cette personne pourront être mises sous surveillance. Donc ça c’est déjà, pour nous, un problème.

Deuxième problème : procédure accélérée. Normalement une loi, entre le moment où elle est présentée pour la première fois au Parlement et où elle est définitivement adoptée, donc il y a système de navette parlementaire que vous devez connaître parce que vous êtes encore jeunes et c’est encore frais dans votre esprit, mais ça se passe entre le Parlement, le Sénat, une commission des lois, etc., ça revient au Parlement, donc il y a des amendements qui sont faits entre les deux. Ce processus législatif, pour faire passer une loi, prend en gros six mois, un an, dans une procédure normale. Ici, en procédure accélérée, c’est moins d’un mois. C’est pour ça que la mobilisation – enfin suivant si vous regardez BFM TV ou Rue89 et Mediapart, vous n’aurez pas les mêmes infos – mais c’est qu’on a forcément eu du mal nous, « activistes » avec beaucoup de guillemets, à mobiliser les foules. C’est que le temps a été hyper court entre le moment où on a eu accès à ce projet de loi et le moment où on a pu le lire. On reviendra, Éric reviendra peut-être sur la capacité de rédaction parfois un peu tortueuse de ces lois, mais ça pose un sérieux problème pour nous. On est plutôt informaticiens que juristes ; ce n’est pas simple de lire et de décoder un pavé législatif assez important et de chercher la petite bête, puisque le diable se cache dans les détails.

Donc cette procédure accélérée a quand même été largement critiquée par l’ARCEP ; l’ARCEP [Autorité de régulation des communications électroniques et des postes] c’est le gendarme des Télécoms, en gros, c’est l’autorité de régulation des Télécoms ; ce ne sont vraiment pas des politiques. Ce sont des gens qui vont dire OK, on accepte que Free ait telle bande sur la 4G, etc. Mais ils sont quand même au point d’un point de vue technique et ils ne sont pas politisés. Et donc, que l’ARCEP se prononce contre, déjà c’est louche ! La Ligue des droits de l’homme, le Syndicat national des journalistes, les avocats, de gauche comme de droite. C’est une des rares fois où les syndicats d’avocats de gauche et de droite se mettent d’accord sur le fait que cette loi pose un problème. Le Défenseur des lois Jacques Toubon, la CNIL via Isabelle Falque-Pierrotin ; les juges et surtout les juges antiterroristes. C’est-à-dire que le principal juge antiterroriste français, celui dont tout le monde reconnaît la grande capacité, personne n’a jamais rien eu dire, qui s’appelle Marc Trévidic, a clairement dit dans une tribune du Monde : « Non, cette loi ce n’est pas celle qu’on souhaite nous en tant que juges antiterroristes ». Ça pose quand même un certain nombre de problèmes.

Troisième problème : le champ d’application complètement flou de cette loi, vu qu’elle vous est vendue, à vous citoyens qui allumez la télé le soir, comme une loi antiterroriste alors qu’en fait il y a sept champs d’application différents et ces champs d’application, je vais en citer deux : c’est évidemment la lutte contre le terrorisme, mais ce sont aussi les violences collectives. Si quelqu’un est capable de me définir réellement et précisément ce qu’est une violence collective, je prends !

Les atteintes à la forme républicaine des institutions. Donc là, concrètement, soyons clairs, on vise les zadistes. Si vous êtes contre Notre-Dame-des-Landes, l’implantation d’un Écoparc, enfin soi-disant Écoparc du côté de Grenoble, etc., on peut considérer que vous allez porter atteinte à certaines formes républicaines. Voilà : l’État a décidé qu’on allait installer un aéroport ici, c’est pour le bien de l’État, donc vous, si vous militez contre, vous pouvez être mis sous surveillance.

Les intérêts économiques et scientifiques de la nation. Celle-là, moi elle me fait vraiment marrer. Les intérêts économiques et scientifiques de la nation, dans les débats, les parlementaires qui sont pour ce projet de loi disent : « Mais c’est pour se protéger des Américains parce qu’ils font de l’espionnage industriel et puis ça ce n’est vraiment pas bien ». En fait, c’est pour faire exactement la même chose. Donc c’est de dire ce que font les Américains ce n’est pas bien et donc il faut qu’on puisse faire légalement la même chose. Moi ça me pose un problème. J’espère que ça vous choque un petit peu de dire que quelque chose n’est pas bien et que donc on va faire la même chose.

Donc ce champ d’application, cette loi qui vous est vendue comme une loi antiterroriste, n’est pas une loi antiterroriste. D’ailleurs ça s’appelle projet de loi surveillance et c’est fait pour encadrer les services de renseignement et c’est plutôt une bonne chose. À titre personnel et on est nombreux à souhaiter que les services de renseignement, donc les renseignements généraux, pas généreux, ils sont peut-être généreux dans leur collecte d’informations, les renseignements généraux du coup, donc aujourd’hui la DCRI [Direction centrale du renseignement intérieur devenue DGSI, direction générale de la Sécurité intérieure en 2014, NdT] et d’autres institutions de ce type-là, c’est évident qu’il faut encadrer la façon dont ils font collecter l’information. Ce que demandent les services de renseignement, lorsqu’ils envoient un agent poser un mouchard sous une table dans un restaurant ou mettre un téléphone sur écoute, c’est que, quelque part, on leur en a donné l’ordre, ou qu’ils prennent cette décision parce qu’ils pensent qu’il y a effectivement une atteinte aux intérêts de l’État et donc qu’ils puissent être couverts en disant mais moi je fais mon boulot en tant qu’agent. Et ça, ça nous semble plutôt sain que cette loi encadre ça. C’est-à-dire qu’ils demandent à être protégés, on est plutôt pour.

Mais le fait de, aujourd’hui, la faire passer comme une loi antiterroriste, en procédure accélérée, si vous n’êtes pas nés de la dernière pluie vous voyez bien qu’on profite d’un effet post Charlie pour faire passer une loi.

Quatrième problème : l’efficacité. Ça me semble absolument fou qu’on fasse passer une loi sans se poser la question de l’efficacité de la loi. Lorsqu’on demande aux citoyens de mettre des ceintures dans les voitures, on fait un bilan régulier sur eh bien voilà ça a protégé, potentiellement on est passé de huit mille morts à quatre mille morts. On sait que quand les gens arrivent dans un hôpital après un accident de voiture, la ceinture a aidé ou pas, etc. On est capables de faire une évaluation.

La NSA, donc là c’est merci Edward Snowden, quand des révélations ont été faites de l’ensemble de l’ampleur du programme de surveillance américain, mis en place par le Patriot Act, Patriot Act qui vise, normalement, à ne surveiller que les ennemis extérieurs, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas censés surveiller les citoyens américains, la NSA disait : « Le Patriot Act a permis et le renseignement généralisé a permis d’éviter 54 attentats terroristes ». Ça c’était le discours il y a deux ans. Suite aux révélations d’Edward Snowden, on est tombé à treize, et quand je dis « on » c’est le directeur de la NSA, enfin le responsable de la NSA, qui reconnaît devant une commission sénatoriale, oui, en fait ce n’est pas 54, c’est 13. Et là, aujourd’hui, on n’a pas le chiffre exact, mais en fait on parle peut-être d’un ou deux cas dans lesquels ça aurait réellement été efficace et sinon, c’est juste que ça a donné des informations complémentaires aux services de renseignement, mais c’était déjà les services de renseignement qui avaient de l’information sur telle ou telle personne et c’est juste que ça a permis de croiser de l’information, de confirmer de l’information.

Donc est-ce que, sur quelque chose dont on ne sait pas évaluer l’efficacité, on peut permettre une surveillance généralisée ?

Et je vais terminer avec, pour moi, ce qui est la cerise sur le gâteau, c’est la mise en place de boîtes noires. On ne sait absolument pas qui a décidé de rajouter ça dans le texte. Ce ne sont pas les services de renseignement. Encore une fois, les juges antiterroristes disent : « Non, mais on ne va pas rajouter du foin dans la botte de foin pour trouver la paille ; ça ne va pas nous aider ! Ce qu’il nous faut ce sont des moyens humains ; il nous faut des humains pour aller regarder à l’intérieur ». Et ça pose un vrai problème d’efficacité, d’évaluation de cette loi. Et cette surveillance généralisée est pour nous mise en place par ce dispositif technique de boîtes noires. S’il n’y avait pas cette question des boîtes noires, je trouverais que c'est une loi mal foutue, mais ce ne serait pas la première, ce ne serait pas la dernière. La procédure accélérée, on l’a vu, si vous avez suivi un petit peu les projets législatifs de ces derniers temps, la loi sur la santé, elle aussi, a tendance à passer en procédure accélérée, etc. Donc il y a un changement de la façon dont les députés et dont le gouvernement fait passer des lois, peut-être parce que les élections arrivent et que, du coup, ils essayent d’en faire passer maximum. À titre personnel je trouve que ça poserait déjà moins de soucis. Ça poserait des problèmes démocratiques, mais on ne serait pas nécessairement dans une surveillance généralisée.

Or, ce dispositif de boîte noire, je terminerai là-dessus, qu’est-ce que c’est ? Ça revient, en fait, à aller poser – encore une fois je ne connais pas votre niveau en informatique, etc. – ça revient à aller poser, en gros, des routeurs sur les dispositifs, enfin sur l’infra réseau d’hébergeurs, donc ça peut être Orange, ça peut être Free, ça peut être Bouygues ; ça peut être des hébergeurs de sites internet, typiquement OVH, Ikoula ou ce que vous voulez ; ça peut être d’aller surveiller, justement, des gros sites type Doctissimo, vu que là ce sont les dernières rumeurs qui sont sorties il y a 24 ou 48 heures, donc je ne confirme pas, mais potentiellement, ça veut dire qu’on va mettre un matériel dans lequel il y a un algorithme. J’adore ! Quand on est informaticien et qu’on vous dit : « C’est un algorithme qui va chercher », non ; l’algorithme ne cherche rien ! L’algorithme est écrit par quelqu’un. Le matériel et les puces sont produites par quelqu’un. Vous devez savoir qu’en France, la production de puces électroniques est quand même relativement limitée aujourd’hui. Le gros des puces est produit à l’étranger. Donc qui fait le design de ces puces ? C’est-à-dire qu’on ne va pas mettre juste un routeur Cisco et l’installer. On sait très bien, on remercie encore Edward Snowden, que dans les routeurs Cisco il y a des back doors qui permettent à la NSA de rentrer, de surveiller le trafic de certains routeurs.

Si jamais, demain, on a du matériel et qu’on vient brancher du matériel chez Orange, Bouygues ou Free, quelle est la garantie que ce matériel est propre ? Et là, moi ça me ferait doucement sourire que le gouvernement nous réponde : « Non, non, mais on va avoir des agents qui vont surveiller la chaîne de production 24 heures sur 24 ». Les agents ne sauront pas ce qui est gravé au micron près. On ne va pas savoir qui écrit le logiciel ; on ne pas savoir si la personne qui écrit le logiciel n’est pas soudoyée par un gouvernement tiers. En gros, pour moi, ça revient au système de vote électronique. Le jour où on vous dit qu’on remplace les urnes avec le bout de papier par des urnes électroniques, en tant qu’ingénieurs, flippez ! Ça voudra dire qu’on laisse le pouvoir à un technicien – et ce n’est pas du tout péjoratif dans ma bouche, j’en suis un – mais on laisse le pouvoir à un technicien de décider. Finalement, quand on appuie sur le bouton A, on sort le papier « vous avez voté pour le candidat A », mais qu’est-ce qui vous prouve que c’est bien le candidat A qui a été enregistré ? Est-ce que dans la récupération et la transmission des données entre chaque boîte noire, entre chaque boîte à voter électronique qui va être dans chaque bureau de vote, nécessairement, il n’y a pas de détournement d’informations, de modification d’informations ? Vous devez être suffisamment au fait des choses pour vous dire que oui, à tous ces endroits-là, il peut y avoir un problème. Je ne dis pas que la bonne vieille urne avec les assesseurs c’est nécessairement parfait, mais j’ai beaucoup plus confiance dans ce système-là que dans un système de vote électronique.

Et donc, le fait qu’on vienne me dire : « Non, non, mais ces boîtes sont produites par le gouvernement, écrites par le gouvernement, contrôlées par le gouvernement », en dehors même du côté 1984, moi ça me fait doucement sourire qu’un gouvernement dont François Hollande se fait écouter par les services allemands, dont le téléphone privé d’Angela Merkel est mis sur écoute, puisse croire que les gens qui sont capables de ça ne sont pas capables de détourner une boîte noire, puisqu’il ne va pas y en avoir qu’une, il va y en avoir probablement des dizaines, voire des centaines.

Donc dire que la collecte n’est pas généralisée et sûre, c’est faux !

Et enfin je termine, du coup je reviens sur la protection des données personnelles. On vous dit que cette collecte est anonyme. À quoi servirait une collecte anonyme ? Si elle est 100 % anonyme, ça ne marche pas ! Si vous savez que quelqu’un dit : « Je vais faire un attentat » et que vous ne savez pas qui, ça n’a aucun intérêt ! Nécessairement cette collecte n’est pas anonyme. Alors OK, on peut peut-être supprimer un certain nombre de données totalement personnelles, le nom et le prénom. Du coup, Éric donnait un très bon exemple avec les téléphones. Aujourd’hui, quand je suis venu, mon téléphone est géolocalisé par mon opérateur téléphone – à la limite je suis même géolocalisé par Google parce que j’ai un téléphone Android – mais quand bien même je désactive la géolocalisation, soi-disant désactivée, parce que OK, j’ai désactivé l’option, mais rien ne me prouve que Google ne continue pas à récupérer des données, mais mon opérateur téléphonique sait où je suis. Donc j’ai beau passer en mode avion là, quand j’appuie sur le mode avion, est-ce que vous avez tous des appareils qui permettent de vérifier qu’on n’envoie plus de données. Le mode avion, je suis désolé, c’est une image, c’est un bête gif, ou un bête png, sur lequel on appuie et, du coup, ça vous dit : « Vous êtes en mode avion ». Prouvez-moi que c’est vraiment du mode avion ! À moins d’être ingénieur, vous ne pouvez pas !

Donc dire que la collecte est anonyme, on se fiche de vous ! Nécessairement on va recroiser des données et ça pose un dernier problème selon moi, c’est qu’il n’y a plus de professions protégées. Jusqu’à présent les parlementaires, les avocats, les lanceurs d’alerte étaient protégés. Clairement, si on accepte la mise en place de ce type de projet de loi, ça ne sera plus le cas, vous n’aurez plus d’affaires qui sortiront et notamment plus d’affaires sur le gouvernement. Voilà moi les cinq problèmes que j’ai identifiés sur la loi.

Deuxième question

Si vous ne voulez pas être repérables, mettez votre téléphone dans du papier d’aluminium.
Ma question est sur le point un. Si la loi s’oppose à la Constitution européenne, il n’y a pas une chance qu’elle soit, après acceptation, retoquée par le Conseil constitutionnel ?

Pierre-Yves Gosset : Oui. C’est ce qui vient de se passer plus ou moins, je ne voudrais pas dire une bêtise, en Slovaquie, puisqu’ils avaient fait passer une loi aussi de collecte assez massive d’informations personnelles et, du coup, l’Europe a dit non. Le problème c’est le délai. Et le problème c’est le poids du pays. C’est le cas aussi, je crois, aux Pays-Bas sur lesquels une loi qui portait relativement atteinte à la liberté personnelle des citoyens des Pays-Bas posait un certain nombre de problèmes et l’Europe a dit non.

Le problème c’est que l’Europe fait plutôt bien son boulot, et ça veut dire qu’ils prennent du temps. Si pendant deux ans on a de la collecte d’informations, eh bien je vous laisse imaginer qui peut être président ou présidente en 2017 et qui pourrait dire à ce moment-là : « Non, mais en fait la décision européenne ne va pas venir chez nous en France enlever les boîtes noires, donc on va les garder. » Et c’est potentiellement – encore une fois je ne cherche pas du tout à politiser le débat – mais si le Front national devait être élu en 2017, sachant la position que le Front national a sur l’Europe, la décision de la Cour de justice de l’Union européenne, ils s’assiéront dessus bien gentiment.

Donc l’Europe pourra bien dire non ce n’est pas bien. Donc voilà, pour l’Europe.

Troisième question

On a déjà eu il y a 40 ans ce genre de débat sur les écoutes téléphoniques, au final la technologie a changé, est-ce que le débat éthique est vraiment différent ? Est-ce que les questions qui ont été plus ou moins tranchées sur les écoutes téléphoniques il y a 40 ans peuvent s’appliquer aujourd’hui ?

Pierre-Yves Gosset : À ce moment-là on surveillait. Quand François Mitterrand faisait des écoutes téléphoniques, il surveillait quatre/cinq journalistes. Pardon ?

Public : C’est un problème de masse ?

Pierre-Yves Gosset : Le problème c’est qu’on renverse : pour moi d’un point de vue législatif et judiciaire et moral, on est tous présumés terroristes. Il y avait un problème d’éthique à l’époque, puisque c’est, encore une fois, un président, un Premier ministre, en tout cas des services de renseignement qui mettent sur écoute des gens qui ne devraient pas l’être. Edwy Plenel était mis sur écoute soi-disant parce qu’il était un agent de la CIA. Bon ! Aujourd’hui, 20 ans après, on voit bien qu’a priori Edwy Plenel n’est pas un agent de la CIA. Mais ça permettait de le mettre sur écoute. Sa femme était mise sur écoute parce qu’on disait que c’était sa secrétaire, alors qu’en fait non, c’était sa compagne. On détourne un peu la loi et puis on l’arrange. Ça pose des problèmes éthiques, oui.

Mais c’est pour nous, pour répondre à ta question, beaucoup plus vaste comme sujet vu qu’on va surveiller potentiellement 65 millions de Français pour, c’est ce qu’on nous dit, mieux surveiller 1000 à 3000 potentiels terroristes, alors que le champ de cette loi permet de faire bien plus. Sur les 65 millions de Français, on a tous quelque chose à cacher. Et ce qu’on a à cacher n’est pas forcément quelque chose d’illégal, mais ça peut être quelque de honteux ; ça peut quelque chose de très personnel, ça peut être son orientation sexuelle ; ça peut être, je ne sais pas, son passé, le fait qu’on ait été adopté. On a tous quelque chose à cacher !

Et vraiment, partir du principe qu’on va pouvoir surveiller tout le monde et collecter des métadonnées, ces métadonnées en apprennent plus que le contenu. Peu importe qu’on capte le contenu du sexto : à partir du moment où vous envoyez 50 SMS à une personne dont on sait qu’elle est de genre féminin – pour peu qu’on respecte la proportion hétéro-homo – du coup nécessairement on va se dire tiens il envoie des textos à trois heures du matin, ils en échangent 40 en un temps relativement court, il n’y a pas besoin d’être ingénieur à la NSA pour savoir ce qui peut s’échanger.

Donc on a nécessairement renversé les choses et on est tous présumés, vous êtes tous présumés terroristes !

Quatrième question

On n’aurait jamais accepté que tous les téléphones soient mis sur écoute, nos conversations écoutées par une batterie d’experts il y a 15 ans. Aujourd’hui, personne ne s’y intéresse… Est-ce un problème de communication et que la loi va passer en vitesse ?

Pierre-Yves Gosset : Moi je pense vraiment que le fait de passer en procédure accélérée et que les médias ont mis longtemps à se mettre dedans – et longtemps ça veut dire ils ont mis 15 jours quoi – mais parce que c’est un débat compliqué. Et quand vous avez le gouvernement qui vous dit : « Mais non, on ne va pas faire, si je me fais mon Bernard Cazeneuve, ne vous inquiétez pas ce n’est pas du tout de la collecte généralisée. On va faire de la collecte ciblée, voire hyper ciblée, parce qu’on ira repérer uniquement le terroriste sur tel ou tel mot-clef qui renverra, du coup, de l’information à nos agents qui en feront de l’analyse, etc. » Et on te noie sous ce discours-là ! Mais, encore une fois, si on met une boîte noire qui va surveiller ! Enfin, c’est un bête problème technique ! Ce qui me permettra de faire la transition, de donner la parole à Éric, c’est un bête problème technique. Quand vous surveillez un flux de données pour aller piocher des métadonnées, vous devez surveiller l’ensemble des données ; c’est aussi con que ça !

Là, pas besoin d’être ingénieur. N’importe quel étudiant va comprendre que suivant ce qu’est Internet, on pourrait prendre la même chose en mécanique des fluides, si vous voulez surveiller telle particule d’eau dans un tuyau dans lequel passe de l’eau, il faut surveiller tout ce qui passe dans le tuyau.

Et ça, cette chose-là, elle est un petit peu compliquée à faire comprendre au grand public. Elle a été compliquée à faire comprendre aux journalistes. Et le temps qu’on leur explique et qu’ils fassent : « Ah ! Mais merde ! Ça veut dire que moi, en tant que journaliste aussi, on va me mettre sur écoute ! » Voilà ! Donc il y a un problème de décalage. Si la loi ne passait pas en procédure accélérée, je suis certain que dans huit mois, elle n’aurait pas été votée. Là je Je suis certain que ce soir elle va passer avec 500 députés qui vont voter pour. Et ça pose le problème, du coup, du rapport entre l’État et les citoyens.

Cinquième question

Vous avez insisté tout à l’heure sur la notion de technique maîtrisée. On a beaucoup copié sur la facilité et l’assurance technique, mais moi je me demande si finalement ce n’est pas un problème de riches cette histoire de sciences des données, de sensibilité par rapport à la science des données. C’est-à-dire que ceux qui s’inquiètent de l’assurance de leurs données, ce sont ceux qui ont les moyens de s’en protéger. Moi je vais voir pour vous si on nous catégorise pas pour notre culture et on va l’accepter de pouvoir être surveillé comme on est déjà surveillés sur nos boîtes mails perso et nos géolocalisations, sans problème en fait ?

Éric Guichard : Je peux ?

Pierre-Yves Gosset : Oui, oui, vas-y. Je me suis un peu emballé. Excusez-moi. La passion !

Éric Guichard : Ça fait quelques minutes que j’avais envie de vous citer quelques lignes qui sont de M. Peuchet, qu’on trouve dans l’Encyclopédie méthodique publiée en 1790. C’est quelqu’un qui se bat contre la « burocratie » ; il écrit ça b, u, r, o, etc. « Ne frémit-on pas quand on voit parmi les objets livrés à la police l’ouverture des lettres, cette infraction de la confiance et de la foi publique. Ne peut-on penser quand on sait que la dispensation des ordres arbitraires est attribuée aux mêmes commis qui ont des maisons de force dans leurs départements » etc.

C’est très intéressant de voir que ce débat n’est pas que d’actualité. Et pour répondre à votre question, à un moment Peuchet dit : « Mais ceux qui ont voulu en abuser, donc de cette surveillance, en ont eu toute impunité. Ils sont juge et partie dans leur propre cause. La crainte retient le citoyen qui voudrait se plaindre. Note : je prierais mes lecteurs de bien vouloir faire encore remarquer que les désordres que produit la « burocratie » de la police sont bien moins sensibles parmi les gens riches ou puissants que chez le peuple. C’est là que tout l’odieux de ce gouvernement se fait sentir. C’est le peuple qui supporte tout le poids de ce fléau, qui souffre sans savoir, etc. »

C’est-à-dire qu’on pourrait dire, effectivement, à la fois ce sont des plaintes de riches et d’instruits que de dire qu’on ne veut pas qu’il y ait une surveillance généralisée, mais, en même temps, ce sont ces personnes riches et instruites qui vont pouvoir détourner la loi. Ça veut dire que si vraiment on sait à peu près comment se passent les choses, on peut d’abord commencer à crypter des données, à les faire circuler par des réseaux. Ça va ralentir la transparence, l’accès transparent à nos données personnelles. Mais sinon on se dira, comme on se dit assez souvent, ça donne au moins du fil à retordre au policier qui est derrière.

L’idée qu’on puisse imaginer une sorte de transparence tous azimuts, parce que ça serait un ordre normal de la société, je n’en suis pas tout à fait d’accord. Mais auparavant je voudrais faire quelques remarques, certaines évoquées d’ailleurs tout à l’heure, sur l’efficacité de la loi, sur la question des faux positifs. Quelqu’un dans Mediapart disait : « Mais si nos algorithmes arrivent à repérer 99 % des terroristes, séparer le bon grain de l’ivraie à 99 %, il reste 1 % d’erreur. » 1 % d’erreur, pour la France entière, ça fait 600 000 personnes surveillées abusivement. Ça fait beaucoup !

Je voudrais juste prendre un exemple. Supposez qu’à mes étudiants je dise : « On va faire une analyse syntaxique des discours médiatiques sur le terrorisme et sur la surveillance sur Internet. » Je vais être obligé d’utiliser un stock de mots-clefs qui vont faire que wouf, directement ça va me tomber dessus.

Le deuxième point que je voudrais signaler, c’est qu’on est toujours dans l’idée qu’on n’est pas coupable, ça ne s’adresse pas à nous, etc. Je vais donner, ce serait presque du off, les informations d’un ami, à l’étranger, dans un pays qu’on pourra appeler une dictature et qui envoie des lettres, notamment à Amnesty International et qui les relaie pour expliquer ce qui s’est passé hier et avant-hier dans telle ville, etc. Ça circule. Moi, c’est par un autre biais. Il envoie des pdf, vous pouvez tout de suite trouver son nom, et pourtant il anonymise ses rédactions.

Donc ce que je veux dire c’est que par solidarité, par des formes d’altruisme, on est directement visés et on est des dangers potentiels pour les personnes qu’on voudrait protéger.

Si je lis un peu plus en détail le texte de loi, il faut que je le retrouve, c’est tout à fait explicite : « Peuvent être autorisées les interceptions de correspondance des personnes appartenant à l’entourage de la personne visée et susceptibles de jouer un rôle d'intermédiaire, volontaire ou non, pour le compte de celle-ci ou de fournir les informations au titre de la finalité faisant l’objet de l’autorisation. »

Évidemment, on va dire à un journaliste qui veut prendre rendez-vous avec Assange, tout de suite, repéré ! Mais peut-être tout simplement la personne qui travaille dans l’hôtel qui va accueillir le journaliste, hop, repérée ; indirectement elle peut donner des informations.

Et ça me gêne un petit peu de voir que globalement on est tous vraiment menacés et là c’est le texte de loi, ce n’est pas moi qui dis ça, alors que s’il y a vraiment des gens à protéger, ce sont nos pauvres policiers. Je cite : « En premier lieu les agents des services spécialisés de renseignement demeurent exposés à des risques pénaux injustifiés. En deuxième lieu l’absence de règles claires approuvées par le Parlement en matière de renseignement favorise les suspicions infondées sur l’activité des services spécialisés et fragilise leur action. »

Ça veut dire que globalement, je ne sais pas, et je pense que je n’exagère pas, vous voulez d’un seul coup vous montrer solidaire d’un militant ukrainien ou d’un autre pays et vous exposez cette personne en même temps que vous êtes menacé. Et en revanche, la loi dit expressément qu’il faut absolument protéger le pauvre policier qui travaille sans filet quand il essaye de poser les micros chez vous. Je trouve que ce n’est pas vraiment fabuleux !

Alors après, quant à l’idée qu’on a droit, après tout on est passé d’un régime historique où le sens de la vie privée, du secret, commence à se diluer dans un régime où il y a une transparence totale, etc., moi j’ai envie de dire deux choses.

La première chose c'est, et là on va oublier le cas de l’État pour passer plutôt au cas de l’industrie de l’Internet, vous acceptez qu’on vous filme quand vous vous douchez en échange du don d’une savonnette ? C’est ce qui se passe en ce moment. Ouais, je veux dire les cas limites et je n’ai pas pris le plus… On peut en trouver des pires, vous voyez ce que je veux dire ! Donc là, il y a quand même un problème. Et comment ça se fait qu’il y ait des choses auxquelles je n’aie pas accès, moi ? Ça veut dire comment ça se fait que si je demande à Orange ou à Google de me donner toutes les informations que cette entreprise a sur moi, on me dit : « Ah non, c’est interdit ; c’est interdit par la loi. »

Donc je crois que l’idée de la transparence pour le grand public est une idée qui fonctionnerait si elle était proprement universelle.

Qu’après il y ait des déplacements des relations entre ce qu’on va appeler la sphère publique, la sphère privée, ça, on peut en parler. Mais la chose sur laquelle je voulais insister c’est qu’il y a quand même un renforcement de ce qui est la sphère privée, mais de quoi ? Des entreprises, de l’activité scientifique.

« Les services spécialisés peuvent recueillir des renseignements relatifs, c’est le point 3, aux intérêts économiques et scientifiques essentiels de la France. » Et effectivement, le point 7 « relatifs à la prévention des violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la vie publique ».

Et ça c’est effectivement, on avait déjà vu ça, une loi un peu analogue, et ce sont les journalistes qui se sont battus pour qu’elle ne soit pas votée, très récemment. C’est tout le problème des lanceurs d’alerte, des anti-totalitaires, etc. C’est vous commencez par exemple à être quelques-uns à évoquer par mail la loi que nous critiquons aujourd’hui, ou à vouloir vous réunir ou, pire, éventuellement Place Bellecour, etc., tout de suite vous êtes des cibles.

Donc faisons très attention et ça, ça permettra mais je vais laisser place au débat et on peut rebondir sinon, de profiter de ces questions sur l’éthique, sur les lois française, américaine, sur les relations entre les entreprises, pour voir de manière un peu plus générale quelles sont nos représentations sur le numérique, sur la technique, sur l’innovation, etc. Et là, on a énormément de choses à apprendre et moi je dis toujours avec humour, on nous explique benoîtement que la technique est fille de la science donc elle devrait hériter de la rationalité scientifique, alors que c’est le domaine dans lequel s’exprime le maximum de religiosité humaine en ce moment. Ça veut dire qu’on est en train de déployer des régimes de croyance, voire de superstition, de magie, par rapport à la technique, qui sont hallucinants.

Et ça c’est quelque chose qui est aussi proprement intéressant et si je voulais, peut-être quand même, un peu introduire une première conclusion parce que l’heure passe. Effectivement, aujourd’hui, va être voté un texte de loi qui est particulièrement menaçant. La question de savoir pourquoi aujourd’hui personne ne réagit alors qu’il y a 40 ans, je me rappelle très bien, il y avait 300 000 personnes pour manifester dans Paris et c’est ça qui a créé la CNIL, CNIL débarrassée d’à peu près tout son pouvoir aujourd’hui. Effectivement, on peut se demander ce qui se passe. Et c’est là que je pense que des activités pédagogiques, militantes, comme celles de Framasoft, mais aussi les vôtres, peuvent être particulièrement prometteuses parce que ce que moi j’appelle la culture numérique, ce que tout le monde appelle la culture numérique, c'est quelque chose de drôlement compliquée, je peux vous l’assurer. J’arrive à y comprendre quelque chose parce que j’ai fait, je pense, des maths, de l’anthropologie et de l’informatique. C’est quelque chose qui est à peu près aussi compliqué que la culture de l’écrit au 13e siècle, c'est-à-dire les gens qui étaient capables de commenter des textes. La culture de l’écrit, au 17e siècle, qui les commente en oubliant un peu la religion, en s’intéressant au livre de la nature. Vous avez des montagnes comme Galilée, Descartes, etc., qui inventent complètement des processus très complexes, qui se mettent par écrit, mais qui nécessitent des apprentissages très forts. La preuve, à l’École centrale on n’y rentre pas à l’âge de quatre ans. Rappelez-vous vos douleurs en Maths sup et en Maths spé. C’est un agrégé de maths qui parle et là, je jubile un petit peu.

Donc on a aujourd’hui une culture numérique qui est l’équivalent de la culture de l’écrit imprimé, mais qui fonctionne avec d’autres systèmes.

Ce qui se passe, qui est assez réjouissant, c’est qu’il y a des gens qui sont au cœur de ce truc-là, ce sont les spécialistes du numérique. Le numérique c’est le nom. Donc en général, ceux ou celles qui ont une culture un peu mathématique et, a fortiori, informatique, baignent un peu là-dedans. Il se passe que ce sont sont aussi, par défaut, les lettrés du numérique. Le seul fait que les principaux opposés à cette loi, au moins sur Lyon vous le voyez, c’est à peu près toutes les associations d’informaticiens, de militants du logiciel libre, etc. Essayez de trouver des syndicats traditionnels, vous n’en avez pas. C’est normal, ils ne comprennent pas !

Donc ce que je pense, et peut-être que après tu compléteras, mais on pourrait conclure là-dessus, les porteurs de la culture numérique c’est vous ! Les érudits façon les historiens du 19e siècle qui étaient un peu les gens qui savaient tout, etc., c’est vous ! Vous êtes à peu près les seuls à avoir cette compétence « scribale » qui manque à énormément de gens.

Le problème, c’est qu’à partir du moment où vous acquérez cette culture technique, ce savoir écrire, vous acquérez automatiquement toutes les choses qui en découlent, c’est-à-dire la capacité à penser, à critiquer, à comparer, à construire une pensée critique. Et ça, c’est quelque chose ! C’est pour ça que je vous remercie aussi d’avoir parlé d’éthique, parce que ça permet de donner une dimension un peu optimiste, c’est-à-dire comment on va façonner le monde. Ça vous donne une opportunité absolument hallucinante. J’ai envie de dire vous pouvez faire comme Larry Page : vous pouvez façonner le monde à votre image. Si vous voulez mettre de l’éthique, si vous voulez faire en sorte que les gens ne soient pas surveillés, qu’ils soient libres, qu’ils vivent, qu’il n’y ait pas seulement une propriété privée, hyper privée, mais aussi des formes de propriété collective qui existent, notamment dans le domaine des savoirs, vous pouvez le faire. Et vous savez, qu’en fait, il suffit de pianoter et d’écrire trois lignes de code. J’exagère un peu, mais il y a des réseaux, il y a des gens, il y a des solidarités, il y a énormément de choses à faire.

Donc je pense qu’effectivement la question c’est développer une réelle culture numérique. Cette culture numérique, on en a conscience, tu l’as bien dit, elle n’existe pas chez les députés, elle existe assez faiblement chez les journalistes. Il faut faciliter son appropriation et son enseignement au sein de l’université dont j’ai dit qu’en Sciences humaines, notamment parce que les gens sont complètement enveloppés sous des logiciels mainstream ; ils ne connaissent pas la différence et ils ont excessivement de difficultés à penser le numérique. Je peux vous assurer : ils me plaquent même comme expert, donc ça en est peut-être une preuve, dirais-je avec humour. Et réintroduire, effectivement, l’éthique ; notamment profiter de tous les discours sur le développement durable qui disent : « Mais attendez on peut construire une société autrement ! » Et là, dans ce domaine vous avez pas mal de gens. Par exemple il y a toute l’histoire des designers qui, en ce moment, prennent langue avec les informaticiens, avec les ingénieurs, pour façonner des nouveaux objets numériques, peut-être plus élégants, plus confortables, plus faciles d’appropriation et peut-être moins soumis, moins introducteurs de surveillance.

Donc, peut-être que la conclusion c’est soyons très vigilants, notamment en sachant dénoncer des lois comme aujourd’hui ou des abus de surveillance et de profilage qui, globalement, font faire fortune à une industrie qui n’est pas très imaginative. On pourrait imaginer des systèmes économiquement viables. Je donne juste un exemple : Mediapart ne fonctionne pas comme Le Monde. Le Monde, quand j'essaye de le regarder, je suis obligé d’utiliser Lynx7, sinon j’ai une publicité invasive, je trouve ça absolument insupportable ! Mediapart il n’y a pas de pub. Ils me cassent les pieds parce qu’ils imposent des cookies, quand même.

Mais surtout rester optimistes, ne pas accuser la technique de tous les maux et partir du principe que l’avenir c’est vous qui en êtes les sculpteurs.

[Applaudissements]

L'April participe à la Fête des Possibles, du 18 au 30 septembre 2017

APRIL - mar, 20/06/2017 - 09:30

Du 18 au 30 septembre 2017, nous participons avec 60 autres organisations et réseaux de la transition à la Fête des Possibles (nouveau nom de la Journée de la Transition). Plus de 2000 rendez-vous sont attendus aux quatre coins de la France et de la Belgique pour rendre visibles les milliers d’initiatives locales qui embellissent la société et construisent un avenir plus durable et solidaire. Et nous faisons partie de cette incroyable dynamique !

“C’est possible” est le mot d’ordre de la Fête. C’est possible de manger bio et à moindre coût, c’est possible de se déplacer au quotidien sans polluer, c’est possible d'utiliser des logiciels libres, etc.

Nous appelons les Créateurs des possibles, en d’autres termes celles et ceux qui agissent au quotidien, à organiser un rendez-vous pour valoriser leurs initiatives. Tous les formats d’événements sont possibles : atelier participatif, balade urbaine, repas partagé, rassemblement public…

Nous donnons rendez-vous à la rentrée 2017 pour aller rencontrer ces acteurs des possibles près de chez eux. Ce mouvement citoyen global dont nous sommes partie prenante, qui construit jour après jour une société plus juste soucieuse des générations à venir est en forte croissance. Les initiatives citoyennes se multiplient. Il suffit de regarder autour de nous pour nous en rendre compte.

En organisant des rendez-vous près de chez eux, les acteurs locaux (associations, coopératives, citoyens concernés...) donneront un aperçu de cette révolution citoyenne douce qui s’amplifie de jour en jour.

Préparez dès maintenant votre événement et rendez-vous du 18 au 30 septembre dans toute la France et en Belgique pour découvrir et agir !

Voici une vidéo de présentation de la Fête des possibles (1 minute 26 secondes).

Découvrez le site de la Fête des Possibles

La face cachée du web, de la vie, de l’univers, du reste

Framablog - mar, 20/06/2017 - 07:02

Nous sommes bombardés presque chaque semaine d’alertes à la catastrophe numérique ou de pseudo-enquêtes au cœur du Dark Web, censé receler des dangers et des malfaisants, quand il ne s’agit pas d’une conspiration pour diriger le monde.

Une fois retombé le coup de trouille, on se remet à regarder des photos de chatons sur le ouèbe. Mais un éclair de lucidité, parfois, troue le brouillard : comment je sais ce qu’il y a de vrai là-dedans ? Entre la fantasque théorie du complot et les authentiques agissements de personnages obscurs, comment trier ?
Il n’est pas facile d’accéder à une information fiable : les spécialistes sont peu nombreux, plutôt discrets (nous avons par exemple vainement essayé pendant deux ans d’obtenir une interview d’une « pointure »), voire peu enclins à communiquer au-delà des anathèmes volcaniques qu’ils déversent de loin en loin sur les mauvaises pratiques, ce qui n’aide pas trop le commun des mortels.

C’est pourquoi la parution récente du livre de Rayna Stamboliyska « La face cachée d’Internet » nous apparaît comme une excellente nouvelle : son livre est celui d’une spécialiste qui s’efforce de mettre à notre portée des éléments parfois épineux à comprendre. Quand on a comme elle fait une thèse en génétique et bio-informatique et un master spécialisé en « défense, sécurité et gestion de crise », on n’a pas forcément l’envie et le talent de s’adresser à tous comme elle fait fort bien.

Merci donc à Rayna pour cet effort d’éducation populaire et pour avoir accepté de répondre à quelques questions pour le Framablog, parce qu’elle ne mâche pas ses mots et franchement ça fait plaisir.

 

Salut Rayna, peux-tu te présenter ?

— Je trolle, donc je suis ?

Ce qui m’intéresse, c’est la gestion de l’incertitude et comment les organisations y font face. Du coup, j’ai tendance à saouler tout le monde quand je parle de sextoys connectés par exemple, parce que ça tourne notamment autour des modèles de menaces et des façons de les pwn (i.e., les compromettre techniquement).

Au cours de mes études, ma thématique a toujours été l’impact de la technique et des données (qu’elles soient ouvertes ou non) sur nous, avec un focus qui a graduellement évolué pour passer de la recherche vers les situations de conflits/post-conflits (armés, j’entends), vers l’évaluation de risques et la gouvernance de projets techniques en lien avec les données.

Avoir un nom d’espionne russe, c’est cool pour parler de surveillance de masse ?

Mmmm, je suis plus parapluie bulgare que tchaï au polonium russe, mais admettons. Quant à la surveillance de masse… faut-il une nationalité particulière pour s’en émouvoir et vouloir s’y opposer ?

Ce que mes origines apportent en réalité, c’est une compréhension intime d’enjeux plus globaux et de mécanismes de gouvernance et d’influence très différents auxquels les pays occidentaux dont la France n’ont pas été franchement confrontés. Ainsi, les oppositions que je peux formuler ne sont pas motivées par une position partisane en faveur de telle asso ou telle autre, mais par des observations de comment ça marche (#oupas) une fois implémenté.

C’est sûr, la Stasi et les régimes communistes totalitaires de l’Est n’appelaient pas ça big data  ; mais l’idée était la même et l’implémentation tout aussi bancale, inutile et inefficace. La grosse différence est probablement que ces régimes disposaient de cerveaux humains pour analyser les informations recueillies, chose qui manque cruellement à l’approche actuelle uniquement centrée sur la collecte de données (oui, je sais, il y a des algorithmes, on a de la puissance de calcul, toussa. Certes, mais les algos, c’est la décision de quelqu’un d’autre).

Au risque de vous spoiler la fin de mon bouquin, il faut bien comprendre ce qui se joue et y agir avec finesse et pédagogie. La recherche du sentiment de sécurité nous est inhérente et, rappelons-le, est très souvent indépendante de la réalité. Autrement dit, on peut très bien se sentir protégé⋅e alors que les conditions matérielles ne sont pas réunies pour qu’on le soit. Mais parfois, le sentiment de sécurité, même s’il n’est pas fondé, suffit pour prévenir de vrais problèmes. Il y a donc un équilibre vraiment difficile à trouver : c’est le moment de sortir le cliché des 50 nuances de sécu et d’en rajouter une couche sur la finesse et la pédagogie des approches. Si nous sommes les sachant⋅e⋅s d’un domaine, alors comportons-nous en adultes responsables et faisons les choses correctement.

Dans le cas de la surveillance généralisée, ces efforts sont d’autant plus indispensables qu’on est face à une situation très complexe où des questions techniques, politiques et de sécurité des populations se mélangent. Il ne faut pas oublier qu’on n’est pas outillés pour comprendre comment fonctionne le renseignement uniquement parce qu’on est un⋅e adminsys qui tue des bébés phoques à coup de Konsole (oui, je suis une fière fan de KDE).

Et Malicia Rogue, elle va bien ? Pourquoi cette double identité en ligne ?

Nous allons bien, merci :-) La double identité date d’il y a très longtemps (2005, par là) et elle était à l’origine motivée par le fait que la science et la politique ne font pas bon ménage. En effet, dans une précédente vie, je faisais de la recherche (génétique évolutive, maladies infectieuses, bio-informatique) ; dans ce monde-là, la prise de position politique est souvent perçue comme une tare. Du coup, il était important de tenir les deux identités séparées, de la façon la plus étanche possible de préférence.

Est-ce que tu es une Anonymousse (au chocolat) ?

Oui, mais chocolat noir seulement, et merci de me passer la cuillère aussi.

Nous, on sait que tu es légitime pour parler de sécurité informatique, mais on a vu que dans un milieu souvent très masculin tu t’es heurtée à des personnes qui doutaient à priori de tes compétences. Et ne parlons pas des premiers à réagir qui n’ont rien lu mais tout compris  ! Pas de problème de ce côté avec ton éditeur ?

Alors, plusieurs choses ici. Je sais que ça va susciter l’ire de plein de gens, mais il faut dire les choses clairement : il y a un sexisme quotidien dans les milieux tech et science. Je suis sûre que ça existe ailleurs aussi, hein, mais disons que ce qui nous préoccupe ici, c’est le milieu tech.

C’est un grand mystère, d’ailleurs. Je viens de l’Est, où malgré toutes les mauvaises choses, les organes génitaux de naissance n’ont pas vraiment été un critère de compétence. On m’a éduquée à faire des choses réfléchies et à savoir argumenter et structurer mes opinions : ce sont les actions qui parlent. La pire discrimination à laquelle j’ai eue à faire face, a été de faire de la bio (une « sous-science » pour mes profs de maths à la fac et ma mère, prof de maths sup’ aussi).

Du coup, débarquer en Europe de l’Ouest et dans le pays des droits humains pour me heurter à la perception qu’avoir des ovaires fait de quelqu’un un sous-humain a été un choc. Et c’est encore pire quand on y pense : les stéréotypes sexistes, c’est bidirectionnel, ils font pareillement mal à toutes les personnes qui les subissent. J’ai décidé de continuer à faire comme d’habitude : construire des trucs. Si je commets des erreurs, je corrige, et si on m’embête inutilement, je mords poliment. :-)

C’est harassant à la longue, hein. Je pense qu’il faut réguler ce genre de réactions, ensemble. C’est très simple : si l’on vous fait vous sentir que vous êtes malvenu⋅e, la plupart du temps la réaction est la fuite. Si on me fait me sentir malvenue, je pars, je serai bien accueillie ailleurs et les projets passionnants avec des gens adorables ne manquent pas. Alors, c’est dommage pour les projets, certes intéressants, mais portés par ceux et celles qui s’imaginent qu’être rustre à longueur de journée, c’est avoir un caractère fort et assumé.

Quant à mon éditeur… On a passé plus de 4 heures à discuter lors de notre première rencontre, il fallait cadrer le sujet et le calendrier. La question de genre ne s’est jamais posée. J’avais face à moi des gens intéressés et passionnés, j’ai fait de mon mieux pour répondre à la demande et … c’est tout. :-)

Tu es proche des assos du libre ou farouchement indépendante ?

Les deux, mon capitaine. Même si j’apprécie mon statut d’électron libre.

Ton bouquin parle du darkweb. Mais alors ça existe vraiment ?

Beh oui. C’est l’ensemble des pages web dont la CSS contient :

background : #000 !important ;

Ton ouvrage est particulièrement bienvenu parce qu’il vise à démystifier, justement, ce fameux darkweb qui est surtout une sorte de réservoir à fantasmes divers.

Une petite critique tout de même : la couverture fait un peu appel au sensationnalisme, non ?

C’est ton choix ou celui de l’éditeur ?

Alors… il y a eu plusieurs versions de couverture sur lesquelles j’ai eu un pouvoir limité. La v.1 était la pire : il y avait un masque Anonymous dessus et du code Visual Basic en arrière-plan. J’ai proposé de fournir des bouts de vrai code de vrais malwares en expliquant que ça nuirait sensiblement à la crédibilité du livre si le sujet était associé pour la postérité à une disquette. Par la suite, le masque Anonymous a été abandonné, j’aime à penser suite à mes suggestions de faire quelque chose de plus sobre. On est donc resté sur des bouts du botnet Mirai et du noir et rouge.

Outre le fait que ce sont mes couleurs préférées et qu’elles correspondent bien aux idées anarchistes qui se manifestent en filigrane ci et là, je l’aime bien, la couv’. Elle correspond bien à l’idée que j’ai tenté de développer brièvement dans l’intro : beaucoup de choses liées au numérique sont cachées et il est infiniment prétentieux de se croire expert ès tout, juste parce qu’on tape plus vite sur son bépo que le collègue sur son qwerty. Plus largement, il y a une vraie viralité de la peur à l’heure du numérique : c’est lorsque le moyen infecte le message que les histoires menaçantes opèrent le mieux, qu’elles aient ou non un fondement matériel. Dans notre cas, on est en plein dans la configuration où, si on pousse un peu, « Internet parle de lui-même ».

Enfin, les goûts et les couleurs… Ce qui me fait le plus halluciner, c’est de voir le conditionnement chez de nombreuses personnes qui se veulent éduquées et critiques et qui m’interpellent de façon désobligeante et misogyne sur les réseaux sociaux en m’expliquant qu’ils sont sûrs que ce que je raconte est totalement débile et naze parce que la couverture ne leur plaît pas. Je continue à maintenir que ce qui compte, c’est le contenu, et si d’aucuns s’arrêtent aux détails tels que le choix de couleurs, c’est dommage pour eux.

Élection de Trump, révélations de Snowden, DieselGate, Anonymous, wannaCry, tous ces mots à la mode, c’est pour vendre du papier ou il faut vraiment avoir peur ?

Da.

Plus sérieusement, ça ne sert à rien d’avoir peur. La peur tétanise. Or, nous, ce qu’on est et ce qu’on veut être, c’est des citoyens libres ET connectés. C’est comprendre et agir sur le monde qu’il faut, pas se recroqueviller et attendre que ça se passe. J’en profite d’ailleurs pour rappeler qu’on va nous hacher menu si on ne se bouge pas : revoyons nos priorités, les modèles de menaces législatifs (au hasard, le projet de loi anti-terrorisme), soutenons La Quadrature, des Exégètes, etc. et mobilisons-nous à leurs côtés.

Est-ce que tu regrettes qu’il n’y ait pas davantage d’implication militante-politique chez la plupart des gens qui bossent dans le numérique ?

Oui. Du coup, c’est digital partout, numérique nulle part. J’ai vraiment l’impression d’être projetée dans les années où je devais prévoir deux identités distinctes pour parler science et pour parler politique. Aujourd’hui, ce non-engagement des scientifiques leur vaut des politiques publiques de recherche totalement désastreuses, des gens qui nient le changement climatique à la tête du ministère de la recherche aux USA, etc. Le souci est là, désolée si je radote, mais : si on n’est pas acteur, on est spectateur et faut pas venir couiner après.

Quel est le lectorat que vise ton livre : le grand public, les journalistes, la communauté de la sécurité informatique… ? Est-ce que je vais tout comprendre ?

Il y a un bout pour chacun. Bon, le grand public est une illusion, au même titre que la sempiternelle Mme Michu ou que sais-je. Cette catégorie a autant d’existence que « la ménagère de moins de 50 ans » dans le ciblage publicitaire de TF1. J’ai aussi gardé mon style : je parle comme j’écris et j’écris comme je parle, je crois que ça rend la lecture moins pénible, enfin j’espère.

Les non-sachants de la technique ne sont pas des sous-humains. Si on veut travailler pour le bien de tous, il faut arrêter de vouloir que tout le monde voie et vive le monde comme on veut. Vous préférez que votre voisin utilise Ubuntu/Debian/Fedora en ayant la moitié de sa domotique braillant sur Internet et en risquant un choc anaphylactique face au premier script kiddie qui pwn son frigo connecté pour déconner, ou bien que les personnes utilisent des outils de façon plus sensible et en connaissance des risques ? Perso, à choisir, je préfère la 2e option, elle m’a l’air plus durable et contribue – je crois – à réduire la quantité globale d’âneries techniques qui nous guettent. Parce que la sécurité du réseau est celle de son maillon le plus faible. Et on est un réseau, en fait.

Je pense que chacun y trouvera des choses à se mettre sous la dent : une lecture moins anxiogène et plus détaillée de certains événements, une vision plus analytique, des contextualisations et une piqûre de rappel que les clicodromes et les certifs ne sont pas l’alpha et l’oméga de la sécurité, etc. Les retours que je commence à avoir, de la part de gens très techniques aussi, me confortent dans cette idée.

Tu rejoins la position d’Aeris qui a fait un peu de bruit en disant : « On brandit en permanence le logiciel libre à bout de bras comme étant THE solution(…). Alors que cette propriété n’apporte en réalité plus aucune protection.  » ?

Je l’ai même référencé, c’est dire :-)

Plus largement, j’ai été très vite très frustrée par le fait que les libertés fournies par le logiciel libre ignorent totalement … ben tout le reste. Il a fallu attendre des années pour que le discours autour du logiciel englobe aussi les données, les contenus éducatifs, les publications scientifiques, etc. Il n’y a pas de synthèse et les voix qui appellent à une vision plus systémique, donc à des approches moins techno-solutionnistes, sont très rares. La réflexion d’Aeris est une tentative appréciable et nécessaire de coup de pied dans la fourmilière, ne la laissons pas péricliter.

Qu’est-ce qui est le plus énervant pour toi : les journalistes qui débitent des approximations, voire des bêtises, ou bien les responsables de la sécu en entreprise qui sont parfois peu compétents ?

Les deux. Mais je pense que de nombreux journalistes prennent conscience d’ignorer des choses et viennent demander de l’aide. C’est encourageant :-) Quant aux RSSI… il y a de très gros problèmes dans les politiques de recrutement pour ces postes, mais gardons ce troll cette discussion pour une prochaine fois.

L’un de tes titres est un poil pessimiste : « on n’est pas sorti de l’auberge ». C’est foutu, « ils » ont gagné ?

« Ils » gagneront tant qu’on continue à s’acharner à perdre.

Je suis un utilisateur ordinaire d’Internet (chez Framasoft, on dit : un DuMo pour faire référence à la famille Dupuis-Morizeau), est-ce que j’ai un intérêt quelconque à aller sur le darkweb ? Et si j’y vais, qu’est-ce que je risque ?

Je ne sais pas. Je suis une utilisatrice ordinaire des transports en commun, est-ce que j’ai un intérêt quelconque à aller en banlieue ? L’analogie m’est soufflée par cet excellent article.

Mais bon, j’ai assez spoilé, alors je ne dirai qu’une chose : GOTO chapitre 3 de mon livre, il ne parle que de ça. ;-)

On a noté un clin d’œil à Framasoft dans ton livre, merci. Tu nous kiffes ?

Grave. :-)

Mais alors pourquoi tu n’as pas publié ton bouquin chez Framabook ?

Parce que ce n’est pas à « nous » que je m’adresse . La famille Michu, la famille DuMo, bref, « les gens » quoi, ont des canaux d’information parallèles, voire orthogonaux à ceux que nous avons. Je ne veux pas prêcher des convaincus, même si je sais très bien que les sachants de la technique apprendront beaucoup de choses en me lisant. Ce n’est pas de la vantardise, ce sont des retours de personnes qui m’ont lue avant la publication, qui ont fait la relecture ou qui ont déjà fini le bouquin. Pour parler à autrui, il faut le rencontrer. Donc, sortir de chez nous !

D’ailleurs, j’en profite pour râler sur ces appellations ignares auxquelles je cède parfois aussi : Mme/la famille Michu, la famille DuMo ou, pire, le déshumanisant et préféré de nombreux libristes qu’est « les gens ». Ce sont d’autres humains et on ne peut pas se plaindre qu’ils ne veulent pas s’intéresser à nos sujets super-méga-trop-bien en les traitant d’imbéciles. On est toujours les gens de quelqu’un (dixit Goofy que je cite en l’état parce qu’il a raison).

Tu déclares dans un Pouet(*) récent : « …à chaque fois que le sujet revient sur le tapis, je me pose la même question : devrait-on continuer à décentraliser (== multiplier de très nombreuses structures petites, agiles *et* potentiellement fragiles) ou clusteriser davantage pour faire contrepoids ? Je n’ai pas de réponse pour l’instant… » Est-ce que tu es sceptique sur une initiative comme celle des CHATONS, qui vise justement à décentraliser ?

Ce n’est pas une question de scepticisme à l’égard de [insérer nom de techno/asso/initiative chérie ici].

Prenons un exemple annexe : l’anarchisme comme mode d’organisation politique. Fondamentalement, c’est le système le plus sain, le plus participatif, le moins infantilisant et le plus porteur de libertés qui soit (attention, je parle en ayant en tête les écrits des théoriciens de l’anarchisme, pas les interprétations de pacotille de pseudo-philosophes de comptoir qu’on nous sert à longueur de journée et qui font qu’on a envie de se pendre tellement ça pue l’ignorance crasse).

Il y a cependant différents problèmes qui ont cristallisé depuis que ce type d’organisation a été théorisé. Et celui qui m’apparaît comme le plus significatif et le moins abordé est la démographie. Faire une organisation collégiale, avec des délégués tournants, ça va quand on est 100, 10 000 ou même 1 million. Quand on est 7 milliards, ça commence à être très délicat. Les inégalités n’ont pas disparu, bien au contraire, et continuent à se transmettre aux générations. Les faibles et vulnérables le demeurent, au mieux.

Résultat des courses : il y a une vision élitiste – et que je trouve extrêmement méprisante – qui consiste à dire qu’il faut d’abord éduquer « les gens » avant de les laisser s’impliquer. Le problème avec la morale, c’est que c’est toujours celle des autres. Alors, le coup de « je décide ce qui constitue une personne civiquement acceptable d’après mon propre système de valeurs qui est le plus mieux bien de l’univers du monde » est constitutif du problème, pas une solution. Passer outre ou, pire, occulter les questions de gouvernance collective est dangereux : c’est, sous prétexte que machin n’est pas assez bien pour nous, créer d’autres fossés.

Pour revenir à la question de départ donc, je suis une grande fan de la décentralisation en ce qu’elle permet des fonctionnements plus sains et responsabilisants. Ce qui me manque est une organisation rigoureuse, une stratégie. Ou probablement il y en a une, mais elle n’est pas clairement définie. Ou probablement, notre détestation du « management » et de la « communication » font qu’on s’imagine faire du bazaar durable ? Le souci est que, de ce que j’ai vu par ex. au CCC, pour que le bazaar marche, y a une p*tain de cathédrale derrière (rappel : « L’anarchie est la plus haute expression de l’ordre. »). La rigueur d’une organisation n’est pas un gros mot. Est-on prêt-es à s’y astreindre ? Je ne sais pas.

Après, j’ai une propension non-négligeable à me faire des nœuds au cerveau et à aimer ça. Ptet que je m’en fais inutilement ici… mais sans débat régulier et des échanges plus ouverts, comment savoir ?

Le dernier mot est pour toi, comme d’hab sur le Framablog…

Le tact dans l’audace, c’est savoir jusqu’où on peut aller trop loin. Beaucoup sont passionné⋅e⋅s par les questions et les enjeux du numérique, tellement passionné⋅e⋅s que leurs comportements peuvent devenir pénibles. Je pense aux micro-agressions quotidiennes, aux vacheries envoyées à la tronche de certain⋅e⋅s et au sexisme ordinaire. Beaucoup sont épuisés de ces attitudes-là. Il ne s’agit pas de se vivre en Bisounours, mais de faire preuve de tact et de respect. Celles et ceux qui s’échinent à porter une bonne et raisonnable parole publiquement ont déjà assez à faire avec toutes les incivilités et l’hostilité ambiantes, ils n’ont pas besoin de votre mauvaise humeur et manque de tact.

Pensez-y au prochain pouet/tweet/mail/commentaire IRC.

 

Pour en savoir plus : http://www.face-cachee-internet.fr/
Pour rencontrer Rayna à la librairie de Bookynette

(*)Pour retrouver les Pouets de Malicia Rogue sur le réseau social libre et fédéré Mastodon

 

 

 

 

Revue de presse de l'April pour la semaine 24 de l'année 2017

APRIL - lun, 19/06/2017 - 13:55

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 24

[Numerama] Vous avez un problème avec un DRM? La Hadopi veut le savoir et vous aider

Par Julien Lausson, le jeudi 15 juin 2017. Extrait:
> La Hadopi lance un service qui permet aux internautes de lui signaler un problème avec les DRM, ces mesures techniques de protection fixées aux œuvres au nom de la lutte contre le piratage.
Lien vers l'article original: http://www.numerama.com/politique/267281-vous-avez-un-probleme-avec-un-drm-la-hadopi-veut-le-savoir-et-vous-aider.html

[Le Monde.fr] Lutte contre le terrorisme sur Internet: le flou des propositions d'Emmanuel Macron et Theresa May

Par Damien Leloup, le mercredi 14 juin 2017. Extrait:
> La première ministre britannique et le président de la République ont présenté une série de mesures sans détailler leurs modalités.
Lien vers l'article original: http://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/06/14/lutte-contre-le-terrorisme-sur-internet-le-flou-des-propositions-d-emmanuel-macron-et-theresa-may_5144279_4408996.html#link_time=1497433524

Et aussi:
[Le Monde.fr] Terrorisme sur Internet: le plan d’action détaillé de Macron et May en 4 points
[ZDNet France] Contenus illégaux: France et UK plaident pour une responsabilité légale des GAFA

[francetv info] Alexandre Zapolsky, candidat En Marche! à Hyères et jugé en correctionnelle à Toulouse

Par Fabrice Valery, le mercredi 14 juin 2017. Extrait:
> Le candidat dans la 3ème circonscription du Var comparaît mardi 20 juin, 48 heures après le second tour, dans une affaire d'injures publiques et de diffamation contre une société toulousaine. L'entreprise qu'il dirige vient aussi d'être condamnée en appel pour harcèlement moral.
Lien vers l'article original: http://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/alexandre-zapolsky-candidat-marche-hyeres-juge-correctionnelle-toulouse-1275943.html

Et aussi:
[ZDNet France] Législatives: Mounir Mahjoubi, Alexandre Zapolsky, Bruno Bonnell, Parti pirate
[Industrie et Technologies] Alexandre Zapolsky: un entrepreneur du logiciel libre en tête des législatives dans le Var

Voir aussi:
Législatives 2017 - Pacte du logiciel libre: le deuxième tour, c'est maintenant!

[ZDNet France] Comptabilité: Les autoentrepreneurs devront opter pour des logiciels certifiés

Par la rédaction, le lundi 12 juin 2017. Extrait:
> La nouvelle loi de Finances votée en 2016 prévoit une disposition nouvelle pour les autoentrepreneurs : afin d’éviter la fraude àa la TVA, ceux-ci seront tenus d’utiliser des logiciels répondant aux critères de l’administration. Même s'ils ne sont pas assujettis à cette taxe.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/comptabilite-les-autoentrepreneurs-devront-opter-pour-des-logiciels-certifies-39853532.htm

Et aussi:
[L'Informaticien] Les auto-entrepreneurs contraints d’utiliser des logiciels certifiés

Pour ce sujet, lire surtout notre analyse qui tient compte des dernières précisions apportées par le gouvernement:
Loi de finances 2016: une doctrine fiscale qui reconnait les logiciels libres mais avec une marge de progression certaine

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Nouvelle législature : déjà 26 député⋅e⋅s engagé⋅e⋅s en faveur de la priorité au logiciel libre dans les administrations publiques

APRIL - lun, 19/06/2017 - 09:14

Dans le cadre des élections législatives 2017 l'April a mené une nouvelle campagne du « Pacte du Logiciel Libre ». L'objectif était de sensibiliser candidat·e·s et élu·e·s aux enjeux du logiciel libre mais aussi de créer du lien entre les citoyens et citoyennes et les candidat⋅e⋅s. Au total 26 député⋅e⋅s nouvellement élu⋅e⋅s se sont engagé⋅e⋅s à défendre la priorité au logiciel libre et aux formats ouverts dans les administrations publiques.

Après un mois de campagne et grâce aux efforts et à l'enthousiasme de 92 bénévoles et de l'équipe des permanents de l'April :

Merci et bravo à toutes les personnes qui ont participé.

L'April félicite et remercie les 26 signataires élu⋅e⋅s et veillera à saisir avec eux toute opportunité visant à promouvoir et défendre le logiciel libre.

En revanche, certains ardents défenseurs historiques des libertés informatiques ne siégeront plus à l'Assemblée Nationale. Citons Isabelle Attard, Patrick Bloche, Sergio Coronado, Christian Paul ou encore Lionel Tardy. L'April les remercie pour l'ensemble des actions qu'ils et elles ont su mener pour les libertés informatiques pendant leur mandat. Next Inpact s'est fait écho de cette « nouvelle configuration numérique de l’Assemblée nationale ».

Il est encore temps de contacter et sensibiliser les député·e·s et leur proposer de signer le pacte, disponible au format PDF et au format ODT.

Legal and Licensing Workshop 2017: Its 10th edition "restarts" debates in Free Software licensing

FSF Europe - dim, 18/06/2017 - 19:00
Legal and Licensing Workshop 2017: Its 10th edition "restarts" debates in Free Software licensing

In April, the FSFE organised its annual Free Software Legal and Licensing Workshop (LLW): a meeting point for legal experts from all over the world to discuss issues and best practices surrounding Free Software licences. This year marks the 10th anniversary of the LLW which was celebrated with the record number of participants: 120 top legal experts and technologists came all the way down to Barcelona (Spain) to spend 3 full days discussing legal challenges around Free Software.

This year, the workshop was held under theme "Restart". Based on the topics discussed in the previous editions, it seemed that several prominent discussions needed to be reopened in order to address emerging challenges. Experts had the opportunity to debate on various legal issues, including but not limited to: open data and hardware, open government, tooling for lawyers, software patents, copyright trolls an other existing challenges for Free Software compliance, by attending more than 35 presentations of internationally distinguished speakers with long-standing contribution in the field.

Admission to the event was open to all Legal Network members, while the whole event was covered under the Chatham House Rule, enabling confidential discussions under fair terms for all the participants.

The part of event was covered by Jake Edge from LWN.net, who underlined the following discussions during the workshop:

Shane Coughlan, Armijn Hemel and Mark Radcliffe participated in a panel discussing the rise of the copyright troll. Despite copyright trolls not being something new to the Free Software legal world, the three panellists analysed the methodology behind such enforcement efforts, based on McHardy's case in Germany, and discussed ways to address that problem through governance of Free Software projects.

The FSFE program manager, Max Mehl shared with the audience the FSFE's concerns about the EU radio equipment directive (RED). RED might be leading device makers to lock down their hardware, stripping users and vendors from their right to install alternative software of their choice on it. Existing legal uncertainty over newly introduced requirements for hardware manufacturers poses a real threat to Free Software enterprises and projects, thus a timely response to these concerns is critical for software freedom on all devices that emit and/or receive radio waves, including laptops and smartphones. Max Mehl presented the Joint Statement against Radio Lockdown, signed by almost 50 organisations and companies, and invited everyone to take part in the relevant discussions by subscribing to the dedicated mailing list.

Luis Villa, as one of the speakers presenting on open data, shed light on the legal implications that need to be taken into account, especially with regard to the data sets used by machine-learning systems. Privacy concerns, cross-jurisdictional issues, copyright claims and an emerging right to explanation are all open legal questions, waiting for a not-so-easy response, according to Luis Villa. A move towards open data has already began in this area but the legal difficulties remain: can a copyright licence, albeit open*, address all these issues? The regulatory response from the governments may also not be the best solution to provide necessary leverage, according to Luis Villa.

In the Free Software world, the supply chain is perplexed and global, characterised by compliance challenges within numerous Free Software licences. Shane Coughlan described the OpenChain project as the means that helps companies in the supply chain to keep track of their compliance, irrespective of the preferred Free Software licence.

Another recent effort from the pioneers of the GPL compliance - Shane Coughlan and Armijn Hemel - was also presented during the workshop: Practical GPL Compliance is designed to guide individuals and companies for better GPL compliance when working with Free Software.

Last but not least, this year marked also a "restart" for our long-serving Fiduciary Licensing Agreement (FLA). The FLA is a well-balanced contributor agreement, which gives the trustee responsible power to make sure the contributed software always remain free and open. Matija Šuklje, the previous FSFE's Legal Coordinator and the main driving force behind the FLA update, presented the challenges, process and changes that led to the FLA-2.0. The biggest points of the update are that the FLA now also covers patents and enables more practical outbound licensing options, including a reference to an external licensing policy. In addition, the new wording is much improved both in its compatibility with more jurisdictions as well as being easier to understand and apply. The final text and a new website are to launch in the coming weeks, so watch this space.

The workshop would not have been possible without the generous support of all the event's sponsors. In particular, we would like to thank our Platinum Sponsors: Intel, Red Hat and The Linux Foundation.

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Framapic : un nouvel outil pour créer une galerie photo !

Framablog - ven, 16/06/2017 - 07:57

Framapic, notre outil d’hébergement d’images, est basé sur Lutim, un logiciel développé par Luc, notre administrateur-système, souvent sur son temps libre.

Inutile de vous dire que nous aussi, on se demande quand il prend le temps de dormir, quand on voit les évolutions qu’il apporte à son code !

Une galerie photo à portée de clic !

La dernière nouveauté en date est de taille : on peut désormais créer une galerie d’images depuis la liste des fichiers envoyés. Un lien vers une galerie était déjà créé lors de l’envoi de plusieurs images, mais on devait envoyer toutes les images de sa galerie en une seule fois.

Or Framapic (à l’aide du localstorage) peut se souvenir des images que vous avez versées sur nos serveurs. Il ne manquait plus qu’un outil permettant de piocher dans vos images pour choisir ce que vous désirez mettre dans votre galerie… Vous en avez rêvé ? (nous aussi ^^ !)

Eh bien Luc l’a fait ! Vous pouvez maintenant en créer une n’importe quand à partir de votre bibliothèque et partager cette galerie photo en un seul lien !

La preuve en images

Pouhiou veut rassembler les images des deux derniers Framabooks (La Nef des Loups, et Grise Bouille Tome 2) et de leurs auteurs dans une galerie. Il sait qu’il a déjà envoyé la couverture de Grise Bouille et la photo de son auteur, Gee, sur Framapic. Il commence donc par ajouter les fichiers de La Nef des loups : la couverture du livre et la photo de Yann Kervran, son auteur.

Roh ! Tout plein de liens pour faire tout plein de les choses !

Alors certes, Pouhiou voit qu’il a un lien vers la galerie de ces deux images (cf. l’encadré rouge), mais les autres photos se trouvent déjà dans Framapic… Et puis Pouhiou est une tête de linotte, il oublie de copier ce lien et ferme cet onglet pour aller voir une vidéo de tricot.

Quelques heures plus tard (oui : le tricot, c’est long), Pouhiou revient sur Framapic et décide de construire sa galerie. Pour cela, il clique sur « Mes images ».

C’est relativement facile à trouver, se dit-il.

Là, il se trouve devant un tableau récapitulant les images qu’il a déjà ajoutée à Framapic. Il lui suffit de cocher les quatre qui l’intéressent et de copier le lien de la galerie, en haut (d’ailleurs, le petit bouton à droite du lien de la galerie copie automatiquement ce long lien dans son presse-papier… pratique !)

Image élue gif de l’année.

Une fois le lien copié, il lui suffit de le coller dans la barre d’adresse de son navigateur pour le voir, ou dans un email, par exemple, s’il veut le partager. Et le résultat est là !

D’ailleurs, ce sont des supers livres pour cet été. À découvrir sur Framabook.

Voilà, désormais, créer une galerie d’images qui respecte les données de chacun·e, c’est simple comme quelques clics ! Merci, Luc !

Pour aller plus loin :

Framavox : faites encore mieux entendre votre voix !

Framablog - ven, 16/06/2017 - 07:13

Il y a quelques mois, nous vous présentions Framavox, un outil de prise de décisions en groupe, de manière horizontale. Aujourd’hui, découvrons ensemble les nouvelles fonctionnalités de ce service.

Loomio, l’outil que les GAFAM n’ont même pas :p !

Le principe est simple : vous vous créez un compte, une équipe, vous y invitez vos collaborateurs et collaboratrices (et/ou vous les rejoignez dans une équipe déjà créée : on peut appartenir à plusieurs équipes !) et vous discutez de vos projets. À n’importe quel moment, chacun·e peut proposer un vote (avec une date de fin de vote) pour savoir où l’équipe en est. Notons que le logiciel Loomio, qui propulse Framavox, est aussi beau que pratique : on dirait un mur Facebook, mais en plus clair, aéré, dépouillé.

Loomio est développé par une entreprise sociale (sobrement nommée « Loomio »), des personnes qui ne cessent de nous émerveiller par leur réactivité, leur inventivité, et l’intelligence qu’ils/elles mettent dans leur logiciel libre (d’ailleurs, si vous voulez les soutenir, quittez vite Framavox pour prendre un hébergement chez eux !)

« Loomio permet de gagner du temps » : on confirme !

Récemment, cette joyeuse équipe a apporté une mise à jour majeure du logiciel Loomio. Non seulement cette mise à jour apporte encore plus d’ergonomie, mais surtout elle vous donne désormais le choix entre 5 différents types de votes (contre un auparavant).

Nous nous sommes empressé·e·s de mettre à jour le Loomio de Framavox pour que vous puissiez profiter au plus vite de cet outil qui sert déjà de nombreuses communautés militantes, associatives, etc. Notez cependant que des traductions en français (dans le logiciel et la documentation) ne sont pas encore finalisées… mais on y travaille !

En attendant, laissez-nous vous présenter les nouveautés de Framavox en ressuscitant le G.A.G., le « Groupe d’Action pour le Gras », qui nous avait déjà servi d’exemple factice lors de la présentation de Framavox.

Le G.A.G. organise son festival « Le Gras, c’est la vie ! »

Sandrine est ravie : depuis que le G.A.G. s’est mis à Framavox, on peut recentrer les discussions, ne plus perdre de temps dans d’interminables réunions et prendre des décisions horizontales et équitables en tenant compte des voix de chacun·e.

Lors de leur dernière rencontre, le G.A.G. a décidé d’organiser un festival à haute teneur en lipides et délices grassieux. Sandrine se dit que c’est l’occasion rêvée de tester les nouvelles fonctionnalités de Framavox. Elle se rend donc sur Framavox.org et se connecte avec son email et son mot de passe, puis elle clique dans la colonne de gauche pour se rendre sur la page des discussions du G.A.G.

La page du G.A.G. sur le Framavox de Sandrine

 

Déjà, l’interface est plus claire, épurée et ça, ça plaît à Sandrine qui n’aime pas être perdue dans un déluge d’informations. Par exemple, elle note que…

  1. …il y a un bouton « hamburger », ou « menu » et si elle le clique ça…
  2. …affiche ou ça masque la colonne de gauche, qui est claire et éloquente. Elle la masque, puis voit que…
  3. …elle a trois notifications, sur des discussions précédentes.

Pressée de commencer l’organisation de ce nouveau festival, Sandrine va cliquer sur le bouton « New decision » (tiens, la traduction n’a pas encore été faite, se dit-elle, c’est donc que ça a dû changer…). Et là, au lieu de voir l’unique type de vote auquel elle avait droit, elle se retrouve face à 5 possibilités.

Les 5 types de décisions disponibles

 

 

La proposition

Sandrine commence par faire une proposition pour vérifier que le G.A.G. est d’accord pour organiser ce festival. La proposition, elle connaît, c’était le vote qui existait déjà dans Framavox, qui permet d’exprimer un « Oui – Je m’abstiens – Non – Je Bloque le vote ». Ça tombe bien, c’est justement de cela dont elle avait besoin pour débuter ! Elle remplit donc le formulaire :

Elle utilise même les astuces de mise en page !

Puis elle va voir le résultat de son formulaire, afin d’aller donner son opinion.

Voilà ce que verront les participant·e·s à cette proposition.

La vérification

Le projet a été accepté et Sandrine a besoin de savoir qui dans le groupe peut donner du temps sur l’organisation de ce festival, afin de préparer le comité qui travaillera dessus. Elle décide d’utiliser l’outil de vérification de Framavox.

C’est tout simple à remplir !

Le résultat l’étonne : c’est simple, mais efficace ! Elle se dit qu’elle pourra l’utiliser dans de nombreux cas…

Le sondage

Quelques jours plus tard, il y a une décision importante à prendre. La mairie leur laisse le choix dans le lieu que le G.A.G. peut investir sur leur festival. La MJC, la salle des fêtes, la place du marché… Chaque choix a ses avantages et ses inconvénients et le G.A.G. les a déjà pesés dans une discussion Framavox. Sandrine se dit qu’il est l’heure de trancher (dans l’gras !), et décide de lancer un sondage.

Elle rajoute même une blague, pour faire bisquer Gégé.

Là encore, elle apprécie de pouvoir simplement proposer un choix multiple, avec autant de cases qu’elle le voudrait. Il n’y a plus qu’à aller faire entendre sa voix :

Le vote à points

Ça y est, le festival commence à se concrétiser, les sponsors et subventions sont là, le G.A.G. a donc un budget. C’est bien joli, mais suivant les priorités, on peut choisir de le répartir de multiples manières… Sandrine se dit que c’est l’occasion rêvée de tester le vote à points de Framavox : elle attribue 10 points à chaque membres, en leur expliquant que chacun de ces points représenterait 10 % du budget… Ainsi, en faisant la moyenne, elle saura où vont les priorités du G.A.G.

Il suffit d’expliquer à quoi peuvent correspondre les points.

Bien ! Elle a hâte de voir ce que vont donner les résultats, mais avant cela, il lui faut aller attribuer ses 10 points à elle !

Le sondage réunions

Le festival approche à grand pas ! Le comité d’organisation doit donc vite se réunir pour faire le point et mettre en place les derniers préparatifs… Lourde tâche que de trouver une date de réunion qui convienne -_-… D’habitude, pour cela, Sandrine utilisait Framadate, mais dans un groupe déjà établi sur Framavox, ce n’est pas ce qu’il y a de plus pratique. Elle est donc heureuse d’avoir accès à l’outil de sondage réunions :

Easy, quand on connaît déjà Framadate !

C’est sommaire et ça fera parfaitement l’affaire. Sandrine n’oublie pas d’aller voir le résultat pour donner ses disponibilités.

La morale de cette histoire : pour un groupe déjà établi, Framavox (grâce à la puissance du logiciel Loomio) est devenu un outil complet : il est parfait pour cadrer chacune des discussions dans leur propre fil et proposer des votes adaptés en fonction de chaque type de décision que le groupe a à prendre. Et surtout, c’est là un outil qui permet à tou·te·s de faire entendre leur voix, donc d’éviter les jeux de hiérarchie et d’ego qui minent souvent un joyeux groupe comme le G.A.G.

Et si un groupe (factice ^^) dont la devise est « Le Gras, c’est la vie » n’a pas réussi à vous convaincre, ben il ne vous reste plus qu’à… tester par vous-même !

Pour aller plus loin :

itopie - Et si on voulait des technologies éthiques

APRIL - ven, 16/06/2017 - 05:29

Titre : itopie - Et si on voulait des technologies éthiques ?
Intervenants : Samuel Chenal, itopie - Héloïse Pierre, journaliste pour Radio Alto - Amélie Delalain, journaliste du blog EspritCréateur.
Lieu : Émission TIC - éthique #7 - Radio Alto
Date : Février 2017
Durée : 46 min 27
Écouter l'enregistrement de l'émission
Licence de la transcription : Verbatim

Transcription

Voix off : « Bonsoir. Gardons-nous de faire grief à la science des difficultés où elle nous mettra », écrivait quelque part Jean Rostand. Il pensait à toutes les révolutions techniques auxquelles il avait assisté ou participé, par exemple les techniques biologiques ou chirurgicales qui pourront un jour transformer l’homme à volonté. Mais, c’est aussi séduisant que redoutable. Eh bien, il se passe la même chose pour l’informatique. Au colloque qui se tient actuellement à Paris sur le thème « Informatique et société », où M. Giscard d’Estaing est venu dire ce qu’il pensait du sujet cet après-midi, on a parlé des grandes espérances mais aussi des grandes craintes que suscite l’informatique. Nous aidera-t-elle à simplifier nos problèmes au maximum ? — ça c’est certainement vrai — et à mieux nous informer ? — c’est sûr et plus vite — mais en même temps ne portera-t-elle pas gravement atteinte à nos libertés individuelles dans la mesure où nous serons partout mis en fiches. De toutes façons, il ne sert à rien de nier l’informatique. Il faut s’aligner sur ceux qui l’ont développée, au contraire. Mais il y a toutes sortes de façons de développer l’informatique. L’important est de se dépêcher de réfléchir et de faire les choix corrects. Et c’est ainsi que le président de la République demandera au gouvernement, par exemple, de réfléchir aux propositions du syndicaliste CFDT Edmond Maire, quand celui-ci a fait remarquer tout récemment que l’informatique des entreprises risquait de conduire, à court terme, à des transformations profondes donc traumatisantes. Une des propositions d’Edmond Maire, faite sur TF1, à 13 heures, il y a quelques jours, était que les travailleurs puissent s’exprimer sur leurs conditions de travail dans les services et dans les usines, pour faire en sorte que la façon d’appliquer l’informatique serve réellement au progrès au lieu servir aujourd’hui, à peu près uniquement, l’intérêt de quelques-uns. »

Journaliste : Vous venez d’entendre un extrait du journal télévisé de TF1 de 1976. Ça laisse un peu rêveur. Vous l’aurez compris, notre émission TIC éthique d’aujourd’hui aura un rapport avec l’informatique, mais pas celle de 1976. Non ! L’informatique d’aujourd’hui. Celle qui semble avoir oublié que derrière les machines il y a des hommes. Fort heureusement, certaines personnes se soucient encore de la place de l’humain à l’heure du tout technologique. Héloïse et Amélie ont rencontré Samuel Chenal qui travaille à itopie1 et qui a pour conviction profonde que l’informatique doit être service de l’homme et pas l’inverse.

[Musique]

Héloïse : Je suis avec Samuel Chenal, d’itopie, en plein cœur de Genève. Bonjour Samuel. Est-ce que tu peux te présenter et nous présenter un peu itopie ?

Samuel Chenal : Bien sûr. Moi je suis donc un informaticien de gestion, à l’origine, qui a passé une partie de sa première vie dans une grande entreprise internationale, classique, dans des fonctions informatiques où j’ai acquis un grand nombre des expériences que j’ai actuellement. Et j’ai quitté cette entreprise non pas que c’est une mauvaise entreprise, bien au contraire, mais c’est que son poids de multinationale me pesait. Une forme de rigidité aussi et un manque d’éthique, mais ça on va pouvoir le développer plus tard.

En fait, dans mon parcours personnel, depuis quand même une quinzaine d’années, je me suis intéressé à d’autres éléments de la société, des éléments plus politiques aussi, mais également le développement durable. Des problématiques environnementales qui m’ont passablement intéressé. Je me suis formé aussi, j’ai suivi une formation de conseil et communication en environnement qui était donnée par le WWF à Lausanne. Mais en parallèle, j’ai développé, alors là depuis plus d’années encore, depuis 20 ans, un intérêt marqué pour les logiciels libres, notamment GNU/Linux, qui est le système d’exploitation libre par excellence. Et en fait, je me suis posé la question : mais ces deux mouvements, donc le développement durable et le logiciel libre, ils ont quelque chose en commun ? Je n’arrivais pas bien à savoir de quoi il s’agissait. J’ai beaucoup fait des recherches sur Internet et j’ai trouvé très peu de choses. On trouvait beaucoup d’aficionados des logiciels libres, très, on va dire, enfermés dans leur propre discipline et très peu conscients des problématiques internationales, ou développement durable, ou des problèmes de société, etc.

Et a contrario, on trouvait beaucoup de militants environnementalistes ou dans les ONG qui n’avaient aucune conscientisation, aucune conscience, de l’informatique libre.

Héloïse : Donc toi tu as eu envie de lier ces deux domaines, ces deux aspects, que tu sentais liés, justement, dans les valeurs et les problématiques ?

Samuel Chenal : Voilà. Donc en fait, on a un peu creusé la chose et puis on s’est rendu compte que les valeurs étaient globalement similaires.

Héloïse : Lesquelles ?

Samuel Chenal : Les valeurs qui sous-tendent ces deux mouvements. On a des valeurs humanistes importantes, puisque dans le développement durable on a les trois domaines qu’on retrouve classiquement, donc l’environnement, le social et l’économie. Et en fait, on se rend compte que dans le logiciel libre on a le même genre de préoccupations sur le social, sur l’environnement et sur l’économie.

Héloïse : C’est sur cette base qu’est née l’idée d’itopie ?

Samuel Chenal : Moi je ne suis pas à la base d’itopie.

Héloïse : Tu les as rejoins alors.

Samuel Chenal : C’est mon collègue Maurizio Notarangelo qui a fondé la coopérative avec Esteban Briones, son collègue, il y a au moins quatre ou cinq ans je crois, basée sur une expérience individuelle, donc d’entreprise individuelle, et moi j’ai rejoint le bateau plus tard, il y a à peu près un an et demi.

Héloïse : Ce qui t‘as fait rejoindre le bateau d’itopie c’est parce que tu retrouvais ces valeurs-là, dont tu viens de parler, au sein de cette coopérative ?

Samuel Chenal : Exactement. En fait, c’est la pierre qui manquait à l’édifice, pour moi, en termes de valeur et en termes de cohérence dans mon engagement personnel. C’était le problème que je n’avais pas d’engagement professionnel. Et en fait, on passe le plus clair de son temps au travail. Donc je m’étais dit mais pour pouvoir m’investir, certes je peux donner quelque peu de mon argent à des associations pour me donner bonne conscience, mais ça ne suffisait plus. Et du coup, je me suis dit il faut vraiment que je change de travail. Il y avait effectivement cette lourdeur des grands groupes internationaux qui me pesait, le fait qu’il y avait un manque d’éthique, un manque de considération de l’humain, et une quête de sens aussi, pour moi. Effectivement, dans ces grandes entreprises, c’est clair que ce n’est pas l’endroit où il y a beaucoup de logiciels libres. Finalement c’est très schématique, on pourrait débattre là-dessus, mais on a effectivement une dichotomie entre les deux mondes.

Héloïse : Est-ce que tu pourrais nous dire que fait itopie ? Qu’est-ce que propose cette entreprise ?

Samuel Chenal : Itopie est une société coopérative active dans l’informatique. Donc c’est vraiment au sens de la raison sociale une coopérative avec des coopérateurs qui sont constitués en coopérative à un moment donné, avec des parts et avec un but commun et une charte.

Donc en fait, la charte d’itopie est vraiment centrée sur des valeurs humanistes et des TIC voulant remettre, finalement, l’homme au centre du débat et pas la technologie. Donc surtout dans le domaine informatique où c’est très sensible et où, finalement, l’humain est en train de prendre un certain de nombre de revers, on va dire, et perdre du terrain eh bien, itopie se positionne réellement comme une alternative contre ce mouvement, cette lame de fond si on veut, ramener l’homme au centre du débat et ne plus se faire, finalement, contrôler par la technologie.

Héloïse : Comment est-ce que vous réussissez cet exploit de mettre l’humain au cœur de la technologie ?

Samuel Chenal : C’est essentiellement une question d’approche. Parce que dans les faits, on fait de l’informatique : on installe des systèmes, on configure des systèmes, on fait de l’assistance à des clients. Au final, le métier est le même que celui que je faisais avant. Il y a des projets, il y a des nouvelles applications qu’on doit configurer, installer, etc. Finalement, le travail au jour le jour, c’est la même chose, mais c’est vraiment l’approche qui est différente. C’est-à-dire qu’on a une approche premièrement qui privilégie ce qu’on appelle en anglais le low-tech, la basse technologie, c’est-à-dire qu’on ne va pas faire de la technologie pour faire de la technologie. On va vraiment s’intéresser aux besoins des clients pour ne prendre que, par exemple, 80 % des besoins qui sont les plus importants et développer une solution informatique pour ces besoins-là.

Et on se rend compte que la plupart des gens achètent des systèmes informatiques, que ça soit des particuliers ou des entreprises, qui vont bien au-delà de ce qu’ils ont demandé ou de ce dont ils ont vraiment besoin.

Héloïse : Qu’ils n’utilisent pas, en fait !

Samuel Chenal : Qu’ils n’utilisent pas. Et en fait, il y a une tendance qui est liée à la notion de progrès, qui empile les couches de technologie. Et pour que ça soit bien il faut qu’il y ait ces couches-là qui soient superposées, pour que l’interface utilisateur soit jolie, pour que le que système soit réactif, pour qu’il puisse être interconnecté avec tous les objets de la terre.

Héloïse : C’est aussi une course à la consommation qui est globale, d’ailleurs.

Samuel Chenal : C’est une course qui peut avoir des côtés angoissants. Moi, lorsque j’ai commencé mon parcours professionnel à la fin des années 90, eh bien j’étais dans une structure à peu près avec trois/quatre cents employés et on avait un informaticien qui maîtrisait globalement tous les éléments de l’informatique de cette entreprise, aussi bien applicatifs qu'infrastructure.

Aujourd’hui, c’est juste peine perdue. Maintenant on est dans des systèmes, au niveau des grandes entreprises principalement, où les informaticiens sont devenus des spécialistes qui ne maîtrisent qu’une infime partie du système d’information. Et là où ça se gâte, c’est quand il y a des vrais problèmes, parce qu’il n’y a plus de vision globale et il y a une perte de maîtrise du système.

Héloïse : C’est ce que tu veux dire aussi quand tu dis que l’humain doit rester maître de la technologie et non pas l’inverse. C’est-à-dire que des fois, maintenant, ça a pris tellement d’ampleur et c’est tellement complexe que, du coup, il y a peu de personnes qui peuvent avoir une maîtrise sur l’ensemble des technologies et ce que tu disais sur la vision globale, etc.

Samuel Chenal : Oui, c’est exactement ça, ça rejoint la notion low-tech, justement. Ça revient aussi à une des branches, finalement, d’itopie, qui est la vente d’ordinateurs d’occasion pour la plupart sous GNU/Linux. Les ordinateurs d’occasion, ce ne sont pas forcément les ordinateurs du siècle passé. Ce sont des ordinateurs qui ont quatre/cinq ans, qui sont totalement actuels d’un point de vue performances.

Héloïse : C’est juste moins glamour que d’avoir le dernier ordinateur à la mode qu’on a vu passer à la télé.

Samuel Chenal : Voilà, tout simplement. Et si on revient sur les fonctionnalités et si on met bien sûr sur la table l’utilisabilité de l’informatique, parce qu’on dit souvent que GNU/Linux, les logiciels libres, ce n’est pas très joli. C’est faux ! Ils ont réussi en quelques années, grâce au modèle des logiciels libres, donc des libertés liées à l’application et à la liberté du code, un développement beaucoup plus rapide, un développement fulgurant de tout le retard qu’ils avaient, comparé, on va dire, aux suites privatives habituelles, et qui sont maintenant totalement comparables en termes d’ergonomie.

Héloïse : De performances et d’ergonomie, de design.

Samuel Chenal : Tout à fait.

Héloïse : Et ça, ça va être très intéressant ; je pense qu’on pourra vraiment en parler plus en profondeur pour que tu puisses expliquer c’est quoi Linux, c’est quoi le logiciel libre, parce que tout le monde ne connaît pas et ça peut être intéressant de savoir ce que c’est un peu mieux. Et par rapport, du coup, si on revient à itopie dont tu disais que c’était différent de ce que tu as vécu en entreprise ; il y a l’aspect low-tech, mais est-ce que tu as d’autres différences qui répondent aussi à ta quête de sens ou même dans la façon de travailler, dans ce que vous faites ? Qu’est-ce qu’il y a de différent, du coup, par rapport aux autres informaticiens classiques ?

Samuel Chenal : On a effectivement une approche qui est plus en accompagnement du client, pour tout ce qui est infogérance, donc tout ce qui est assistance des entreprises. Ça c’est l’autre branche que itopie gère ; la première branche c’est la réparation et la vente d’ordinateurs et la deuxième branche c’est plutôt l’assistance dans les entreprises. Il y a effectivement une approche qui est plus dans l’accompagnement. Si on nous demande des choses qui sont, selon nous, des demandes de confort, on va les relever – inévitablement, à la fin, c’est le client qui décide – mais on a un vrai accompagnement avec nos valeurs. C’est-à-dire que les clients, et ça c’est quelque chose qui est très important, ont la possibilité de devenir coopérateurs eux aussi.

Donc du coup on se retrouve nous fournisseurs d’un service, eux clients de ce service et eux sont copropriétaires, au même titre que nous, de la coopérative. Donc le client est copropriétaire du fournisseur. Ce qui crée, finalement, une situation très intéressante d’un point de vue de la gouvernance, parce que le client n’est pas uniquement un client qui a des demandes et des exigences, mais c’est aussi et surtout un partenaire, qui a droit à une voix à l’assemblée générale, qui peut demander de changer des conditions ou des fonctionnements, etc.

Héloïse : Pour que ce soit plus concret, peut-être, pour les gens, quand tu dis accompagnement, ça peut être des formations informatiques, etc. ?

Samuel Chenal : Oui. C’est aussi un des éléments que nous on prône dans les entreprises, mais aussi pour les particuliers, c’est une réappropriation de la technologie par l’individu, par le client, et une relocalisation de l’activité économique. Mais la réappropriation de la technologie il ne s’agit pas de rendre M. Lambda ou Mme Lambda informaticienne, bien au contraire, ce n’est pas de cela dont il s’agit.

Héloïse : Beaucoup de gens vont être plus détendus tout de suite !

Samuel Chenal : Il s’agit de faire en sorte que le consommateur ou l’utilisateur ait un minimum de contrôle et puisse lui-même faire un certain nombre de choses sur son appareil informatique.

Héloïse : Et qu’il puisse comprendre aussi.

Samuel Chenal : Et qu’il puisse comprendre.

Héloïse : C’est vrai qu’on a très peu d’éducation à la technologie.

Samuel Chenal : Très, très peu. Et quand on a peu d’éducation on se fait manipuler, on peut se faire manipuler très facilement, et c’est un des risques qui, à mon avis, menace ce siècle, ces prochaines décennies. C’est une forme d’inculture informatique qui devient de plus en plus risquée pour notre société.

Héloïse : Oui, ça a été tellement vite qu’on n’a pas eu le temps, on va dire.

Samuel Chenal : Il y a peu de maturité informatique. On ne sait pas ce qui se passe lorsqu’on valide, par exemple, des conditions générales sur Internet, à quoi ça nous engage. On a entendu que ça n’engageait en rien, mais on n’en sait rien, en fait !

Héloïse : On a même vu dans Les Nouveaux Loups du Web qu’on pouvait vendre son âme au diable dans les conditions générales.

Samuel Chenal : Sans s’en rendre compte !

Héloïse : Sans s’en rendre compte.

Samuel Chenal : Puisque de toutes manières, on ne lit pas ces conditions.

Voix off : En fait, si vous deviez lire tout ce que vous avez accepté, cela vous prendrez un mois entier par an.

Journaliste : Extrait du film documentaire Les Nouveaux Loups du Web.

Voix off : 180 heures chaque année pour être précis. Et d’après le Wall Street Journal, les consommateurs perdraient 250 milliards de dollars par an à cause de ce qui est caché dans ces contrats. Voici, par exemple, un extrait des conditions d’utilisation de LinkedIn : « Vous accordez à ce réseau une licence non exclusive, irrévocable, mondiale, perpétuelle, illimitée, transférable, pouvant donner lieu sans autre autorisation ou compensation financière, à l’octroi d’une sous-licence d’utiliser, de copier, de modifier, de distribuer vos données… [Accélération de la vitesse du son ; le sens devient incompréhensible]. En clair, vous cédez tout à LinkedIn, et à perpétuité.

On retrouve le même jargon chez Google, Facebook et tous les sites que les gens croient gratuits.
Instagram attache plus de prix aux photos qu’aux utilisateurs mécontents. Ayant modifié ses conditions d’utilisation, l’entreprise pourrait désormais vendre les photos mises en ligne, sans contrepartie, pour un usage publicitaire.
Et même si vous payez, ces entreprises peuvent vous faire accepter absolument n’importe quoi.

Si les conditions stipulaient que l’État peut vous mettre sur écoute ce serait fou, mais c’est le monde dans lequel nous vivons.
Un monde où le gouvernement peut vous mettre sur écoute en vertu des conditions d’utilisation ? Si on examine celles d’un iPhone, on ne trouve aucune mention de mise sur écoute. En revanche NT&T [Nebraska Technology and Telecommunications] indique qu’il peut se servir de vos données pour enquêter sur des activités illicites, les empêcher ou les contrecarrer.

Héloïse : Pour revenir aussi à ce que tu disais comme particularité sur l’association avec vos clients, pourquoi des clients qui cherchent juste un prestataire auraient envie, justement, de s’allier à une coopérative comme vous et même d’être partie prenante dans les décisions ? Qu’est-ce qui motive les clients qui vous rejoignent dans cette dynamique ?

Samuel Chenal : Encore une fois, on n’est pas extrémistes. C’est-à-dire que, typiquement, si un client souhaite utiliser des produits propriétaires, certains produits propriétaires, on ne va pas non plus forcément lui fermer la porte, ça c’est clair, puisqu’on a justement une approche ouverte qui est liée à l’éthique qu’on veut promouvoir. Mais on a une charte. Et donc du coup, avant que le client ne la signe et ne s’engage, eh bien il va être en accord avec cette charte, ou pas. Dans cette charte, effectivement, on fait la promotion des logiciels libres, on fait la promotion du matériel d’occasion, de la prolongation de la durée de vie du matériel informatique pour des aspects environnementaux, pour des aspects éthiques. Moi je fais juste peut-être une parenthèse sur cet aspect-là qui, à mon avis, est capital.

On dit souvent que prolonger la durée de vie de son ordinateur, c’est bien pour l’environnement. C’est vrai et c’est essentiel. Mais il y a un autre volet qu’on oublie tout le temps, c’est que c’est aussi très bien d’un point de vue social. Pourquoi ? Parce les ordinateurs sont tous fabriqués en Asie, dans des conditions souvent sociales et humaines extrêmement difficiles. Les métaux qui sont extraits de la terre pour pouvoir, on va dire, créer des composants électroniques des ordinateurs sont extraits en Afrique pour la plupart, voire certains en Russie – les terres rares sont beaucoup extraits en Russie et en Chine – sont extraits dans des conditions souvent atroces d’un point de vue du droit international, d’un point de vue du droit des enfants.

Héloïse : Ce que tu veux dire c’est qu’en fait, ça a aussi des conséquences sur les vies même humaines, puisque tu parlais c’est sur la vie sociale.

Samuel Chenal : Voilà. C’est le volet social.

Héloïse : Quand on rachète de la technologie, nous on est contents parce qu’on a le dernier iPhone, etc., mais derrière il y a des gens qu’on fait travailler peut-être…

Samuel Chenal : On alimente une machine qui, finalement, exploite un certain nombre de gens. C’est vraiment de cela qu’il s’agit. Il y a un aspect important au niveau environnemental parce qu’on est en train d’épuiser les ressources de la planète et, d’un autre côté, il y a cet aspect social qui est prépondérant au niveau de l’exploitation des êtres humains, en fait.

Héloïse : Est-ce que tu peux nous parler aussi d’itopie parce qu’en fait, c’est aussi un lieu très concret ; nous on y est, donc on le voit. Mais présenter un peu ce lieu qui est quand même très joli, très accueillant.

Samuel Chenal : C’est un local avec une vitrine. C’est là où on a notre magasin et notre atelier. Il y a deux parties, finalement, dans les locaux. Une partie qui est plus, on va dire, devant le client, devant la société. On aime bien dire ça aussi : on a un pied dans la cité, on est inclus en tant que citoyens actifs, on est inclus dans la cité. Et puis on a un côté plus en arrière qui est dédié, on va dire, aux coopérateurs et aux coopérateurs qui sont peut-être plus en lien avec les entreprises, pour l’assistance informatique dans les entreprises. C’est un lieu qui veut être accueillant. On essaye, en tout cas, de le rendre accueillant avec un mobilier en bois, etc., qui est plus chaleureux, et un espace commun pour pouvoir échanger, pour pouvoir dialoguer, pour pouvoir échanger d’un point de vue technique au niveau informatique – c’est bien sûr une partie de notre travail – mais aussi sur des considérations qu’on a vis-à-vis de l’évolution de l’informatique au sens large dans la société.

Héloïse : On va pouvoir en parler tout de suite. Mais Amélie est-ce que toi tu veux dire justement ce que tu penses de ce lieu ?

Amélie : Le premier point qui vient, je trouve c’est que ça ressemble beaucoup à un espace de coworking, avec pas mal de fils un peu partout, des écrans et tout, mais c’est vrai qu’on sent beaucoup l’accueil chaleureux et la convivialité. C’est agréable de travailler, je pense entre collègues, aussi sur des thématiques qui nous intéressent tous.

Héloïse : Donc voilà ! J’espère que ça vous donnera envie de venir à Genève rencontrer tous les coopérateurs d’itopie. Et justement, parlons un peu du dossier qui nous nous intéresse, c’est un peu notre enquête au sein de cette émission, ce sont les enjeux du Web aujourd’hui. Et notamment, nous on aime bien s’intéresser aux enjeux sur la vie privée et puis notre liberté, en fait, à chacun. Pour toi, pourquoi c’est important ? Et pourquoi chacun pourrait avoir envie de s’y intéresser, justement les simples citoyens, je dirais, qui ne sont pas informaticiens du tout pour un sou ?

Samuel Chenal : Moi je vois, en fait, des enjeux sociétaux très importants sur l’indépendance du Web. Pas uniquement des enjeux personnels ; il y a des enjeux personnels au niveau de la sécurité des données, de la sphère privée et de la confidentialité de nos propres vies, mais il y a surtout un enjeu sociétal. Parce que qu’est-ce qu’on est en train de voir dans la tendance informatique actuelle ? On voit une concentration qui est énorme au niveau des acteurs proposant l’Internet, on va dire, à la société. Et, en quelque sorte, les cinq plus gros acteurs fournissant des services internet dans la branche, on va dire, sont bien sûr américains et ils ont supplanté tous les concurrents qui n’étaient pas informatiques.

Héloïse : Tu peux les citer ?

Samuel Chenal : Oui. Ils sont souvent appelés les GAFAM, pour Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft. Si on regarde l’évolution des grandes fortunes industrielles ou économiques américaines, ces quinze dernières années, eh bien, on va dire il y a quinze ans il n’y avait probablement que Microsoft qui était dans le top 5. Et progressivement, les très grandes boîtes américaines se sont effacées face à ces géants du Web.

Voix off : GAFAM. En fait ça regroupe les initiales de Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft. Et puis NATU, c’est celles de Netflix, Airbnb, Tesla et Uber, le fameux Uber.

Journaliste : Extrait de l’émission Des souris et des hommes RCF Lyon.

Voix off : En gros, les dix plus grandes sociétés américaines de l’économie numérique. Deux acronymes pour une valorisation boursière comparable, tenez-vous bien, au budget annuel de la France. Et un chiffre d’affaires annuel supérieur à celui du Danemark, avec seulement 300 000 employés. Une sacrée efficacité économique par employé, une croissance annuelle supérieure à celle de la Chine et surtout une position dominante sur le marché qui commence sérieusement à faire réfléchir. Ces mastodontes de l’économie numérique représenteraient à eux seuls près de 60 % de nos usages numériques quotidiens !

Samuel Chenal : On se rend compte qu’il y a une prise, finalement, de position dominante par un secteur au niveau économique sur, non pas la société américaine, mais la société internationale.

Héloïse : Et en quoi ça peut être dérangeant ?

Samuel Chenal : D’un point de vue sociétal, ça coupe l’herbe sous les pieds à toutes les initiatives locales. Qui est-ce qui voudrait créer un réseau social maintenant, on va dire, dans sa ville ? Il n’aurait aucune chance, parce que les économies d’échelle que réalisent ces géants d’Internet, elles sont tellement énormes que d’un point de vue on va dire compétition, concurrence, c’est très difficile de régater.

Héloïse : Est-ce que tu veux dire que ces géants du Web non seulement dominent la sphère Internet, mais aussi dominent toute la sphère économique ?

Samuel Chenal : De plus en plus. Et quand on s’intéresse de près au programme, par exemple de Google, au plan d’évolution de Google – je voudrais dire pas vraiment Google parce que maintenant Google n’est qu’une des branches de la pieuvre, si on veut, c’est plutôt Alphabet qui est une forme de holding qui gère toutes les différentes branches qu’on appelait à l’époque Google.

Héloïse : Pour simplifier, ils ont changé de nom. Ils ont donné un nouveau nom à leur entreprise. Est-ce que tu peux expliquer juste pour les gens qui ne connaissent peut-être pas Alphabet ?

Samuel Chenal : Non, ce n’est pas une marque commerciale, Alphabet. C’est vraiment une entité économique qui regroupe toute une série de branches dans des domaines extrêmement divers.

Héloïse : Et donc Google est devenu une branche d’Alphabet, en fait.

Samuel Chenal : Voilà. Ouais. Maintenant, il ne faut pas non plus tout diaboliser. Google a des intentions qui sont louables dans certains domaines, mais ils ont une intention surtout très hégémonique. Et sur la gouvernance et la société, ça pose des questions qui ne sont pas débattues actuellement. Moi, à la limite, je ne suis pas forcément contre qu’il y ait une évolution de cette façon-là, mais il n’y a aucun débat dans la société qui accompagne ces changements technologiques.

Donc typiquement, je donne un exemple, Google se rapproche de gouvernements pour leur demander qu’est-ce qu’ils pourraient améliorer dans la marche des affaires d’un gouvernement. Et on sait très bien que les gouvernements, actuellement, ont passablement de peine pour de nombreux sujets, que ça soit au niveau judiciaire, que ça soit au niveau de la circulation dans les villes, que ça doit au niveau environnemental, etc. Ils ont beaucoup de défis, et Google vient avec des solutions technologiques qui sont, d’un point de vue pragmatique, extrêmement efficaces. Mais d’un point vue humain, elles sont extrêmement destructrices.

Héloïse : Pourquoi ?

Samuel Chenal : Parce que, justement, elles remettent la machine au centre. De plus en plus, des algorithmes commencent à prendre des décisions. C’est ça qu’il faut commencer à se dire. On prend par exemple la recherche Google, la recherche sur Internet. Quand vous tapez une recherche, ce n’est pas une recherche neutre et un résultat neutre qui va vous être retourné. C’est ce que vous êtes censé apprécier comme réponse. Donc il y a un double langage. C’est une recherche qui a été modifiée selon votre profil, votre localisation géographique, vos intérêts, et ce sont les résultats que vous souhaiteriez recevoir.

Héloïse : Est-ce que tu veux dire que c’est une forme, on pourrait dire, d’intelligence artificielle qui étudie ton profil sur Internet et te propose une réponse adaptée à ce qu’elle croit être bon pour toi ?

Samuel Chenal : Tout à fait. C’est de plus en plus le cas. On présente à l’internaute ce qu’il est censé apprécier, censé attendre d’un moteur de recherche. Donc il y a de moins en moins de chances d’être vraiment surpris.

Héloïse : Quelque part, les gens souvent disent que ça rend la vie plus facile. Là, tu peux dire ça peut rendre la vie plus facile aux internautes individuellement, ou peut-être ça peut rendre la vie pus facile à des gouvernements, etc., pour la justice, la circulation des routes, etc. Est-ce que les solutions de facilité c’est là un risque pour la liberté ? Et puis le fait que l’humain soit au centre de l’humanité, en fait.

Samuel Chenal : Oui. En fait, le sujet est terriblement complexe ; c’est pour ça que c’est compliqué de savoir par où commencer. Je vais donner un exemple, un exemple très concret. A Genève, le département de l’instruction a donné la possibilité à des institutions, des écoles donc, d’utiliser Google application pour les étudiants. Donc en gros, les étudiants ont un compte et ils ont le mail, le calendrier, le carnet d’adresses, les Google Docs, etc. et tout ça ; donc toute la panoplie, ça coûte 0 franc à l’État.

Héloïse : Pourquoi ? Parce que c’est une entreprise à la base ; ce ne sont pas des humanitaires, non !

Samuel Chenal : Ah non ! Ils gagnent de l’argent sur ces informations. Parce que les informations que vont utiliser les étudiants seront décortiquées par les algorithmes de Google pour pouvoir dégager des tendances de société, dégager des profils, pour pouvoir cibler de la publicité de manière beaucoup plus précise, individualisée. Donc il s’agit bien de surveillance, il s’agit bien de ciblage publicitaire de masse. Donc on est vraiment dans cette situation-là. Et c’est grâce à cette activité-là que Google finance son activité. Indépendamment du fait que, par sa taille, ils ont des coûts unitaires grâce à l’économie d’échelle dont je parlais tout à l’heure qui sont relativement faibles ; donc pour eux, de créer 5000 comptes pour une école, c’est quasiment rien du tout quoi ! D’un point de vue infrastructure, ils n’ont rien besoin de changer.

D’ailleurs c’est quelque chose d’assez terrible : nous avons par l’intermédiaire d’une représentante de parents d’élèves, demandé le contrat qu’avait signé le DIP [Département de l’instruction publique, NdT] avec Google et, en fait, ce qui nous a été retourné, c’était une impression des conditions générales de Google for Education. Donc il n’y a pas de contrat spécifique entre Google et le Département de l’instruction. Il y a simplement les conditions générales qui sont accessibles à tout le monde et qui sont les mêmes pour tout le monde. Donc il n’y a pas de distinction et on voit, là aussi, les économies que fait Google dans son activité.

Héloïse : Des conditions générales qui sont, par ailleurs, modifiables au cours du temps, si j’ai bien compris.

Samuel Chenal : Oui effectivement, on n’est pas très sûrs. Et c’est là où, justement, ces grands acteurs peuvent jouer un rôle un assez trouble dans la modification du passé. C’est-à-dire qu’ils peuvent tout à fait lister les différentes conditions générales qu’il y a eues pour leurs services ces dix dernières années, mais ils peuvent très bien se dire eh bien tiens, on va modifier les conditions générales de 2006, ça va nous arranger !

Voix off : « Il y a un slogan du parti qui se rapporte à la maîtrise du passé dit-il, répétez-le je vous prie. – Qui commande le passé commande l’avenir. Qui commande le présent commande le passé, répéta Winston obéissant. – Qui commande le présent commande le passé, dit O'Brien en faisant de la tête une lente approbation. Est-ce votre opinion Winston, que le passé a une existence réelle ? »

Journaliste : Extrait du livre 1984 de George Orwell.

Voix off : « O'Brien sourit faiblement. Vous n’êtes pas métaphysicien Winston, dit-il, jusqu’à présent vous n’avez jamais pensé à ce que signifiait le mot existence. Je vais poser la question avec plus de précision. Est-ce que le passé existe d’une façon concrète dans l’espace. Y a-t-il quelque part dans le monde ou ailleurs un monde d’objets solides où le passé continue à se manifester ? Non ! Où le passé existe donc, s’il existe ? – Dans les documents, il est consigné. Dans les documents et dans l’esprit, dans la mémoire des hommes. – Dans la mémoire, très bien. Nous, le parti, nous avons le contrôle de tous les documents et de toutes les mémoires, nous avons donc le contrôle du passé, n’est-ce pas ?

[Musique]

Voix off : Muse chante Resistance directement inspiré de 1984.

Journaliste : Mais 1984, ça ne nous fait pas vraiment rêver. Alors on regarde ce qui se passe autour de nous et on retrouve Héloïse, Amélie, avec Samuel Chenal et on parle encore un peu d’informatique et puis d’humain.

Héloïse : Alors c’est vrai que nous on est France, mais ce qui nous avait beaucoup interpellé, avec les acteurs un peu d’Internet et des droits de l’homme, c’est que, en fait, il y a très peu de mobilisation citoyenne. Pour toi, pourquoi est-ce que les gens, en fait, ne s’intéressent pas à ce sujet ou en tout cas ne se sentent pas forcément concernés ? Qu’est qui les motiverait ? Qu’est-ce qui motiverait chacun d’entre nous à changer sa pratiquesa et son rapport à la technologie ?

Samuel Chenal : C’est une réappropriation, justement, de la chose informatique par les individus. On considère, et ça c’est la société qui le veut, donc le marketing, la publicité notamment, qui considère l’informatique comme une clef à mollette si on veut. C’est un outil ; c’est un outil qui est neutre. Une clef à mollette jaune, une clef à mollette bleue, c’est pareil ! Et en fait, tout l’art qu’il y a derrière les marketeurs de ces produits est justement de cacher la complexité et de cacher les intentions. Ce qui fait que les gens ne se préoccupent pas de ça puisque ça reste des outils : on doit envoyer des mails, on envoie des mails. On peut envoyer des mails très engagés sur d’autres sujets, mais on ne se soucie pas de l’outil, justement, qu’on emploie. Or, c’est de cela qu’il faudrait parler, c’est-à-dire les outils informatiques, électroniques, qu’on emploie, il y a une intention derrière par les fabricants, et cette intention-là n’est pas claire, ou elle est très claire selon les personnes, elle n’est surtout pas débattue d’un point de vue démocratique.

Moi je voulais rajouter un point sur ce que tu as dit tout à l’heure concernant pourquoi, en fait, on devrait s’en soucier, pourquoi finalement des services très utiles – parce que je ne dis pas que les services de Google ou de Facebook ou d’autres ne sont pas bons ; ils sont excellents d’un point de vue technique ; ce sont vraiment des innovations qui ont surpris énormément de chercheurs dans la rapidité des évolutions qu’il y a eues – moi, ce que je vois, c’est une stérilisation, si on veut, de la créativité. C’est-à-dire que les solutions maintenant il y en a combien ? Il y a une dizaine de solutions pour le mail : il y a Google, il y a Yahoo, et puis il y a Microsoft, voilà ! On est en train de détruire la biodiversité informatique par cette concentration au niveau international. Et au même titre que ce qu’on pourrait dire sur la biodiversité dans la nature, la biodiversité est essentielle également en informatique.

Héloïse : C’est une uniformisation, on va dire, qu’on voit aussi dans tous les domaines de vie. C’est un peu ce qui est reproché dans la société actuelle à cause du marketing notamment.

Samuel Chenal : De masse !

Héloïse : On achète tous les mêmes vêtements ; on mange tous les mêmes choses ; voilà. Tu veux dire que dans l’informatique aussi.

Samuel Chenal : Je dirais qu’il y a un élément de risque. C’est très concret. Pourquoi il y a eu un exode massif des Irlandais par le passé aux États-Unis ? C’est parce qu’il y a eu, on va dire, une maladie qui a atteint les pommes de terre et qui a créé une famine ; mais c’étaient les mêmes pommes de terre partout dans le pays. Et une basse biodiversité crée un risque parce que si un problème survient sur l’élément qui est utilisé, eh bien c’est une catastrophe. Au même titre que si Google a un problème informatique grave ou subit une attaque grave dont il ne peut pas se prémunir, eh bien il y a tout un pan de l’économie mondiale qui est complètement paralysé, parce que Google ce n’est pas uniquement pour l’éducation. Tamedia, le groupe Tamedia qui édite le 24 heures notamment, mais d’autres journaux, utilise Google for Application.

Quand on commence à se poser la question, ces grands groupes internet scannent l’intégralité des contenus de nos mails, l’intégralité des échanges que l’on fait, avec des algorithmes – ce ne sont pas des êtres humains qui le font, évidemment, mais ce sont des algorithmes – pour pouvoir déceler des profils de personnes ou des tendances de société, ou même de pouvoir identifier un certain type d’individus et on se rend compte que des journaux, qui sont censés être indépendants, utilisent pour des raisons d’économie, utilisent ces solutions-là qui leur coûtent, de fait, beaucoup moins cher ; ça leur crée beaucoup moins de soucis, mais leur indépendance est en jeu.

Héloïse : Est compromise en fait.

Samuel Chenal : Complètement !

Héloïse : Là tu viens de dire que ces entreprises, ces magazines, ces journaux, utilisaient ces solutions, tout comme les internautes, parce que ça coûte beaucoup moins cher. Or il est avéré, maintenant, que les grandes, toutes les entreprises du Web collectent un maximum de données, de métadonnées, d’informations pour les revendre.

Samuel Chenal : C’est essentiellement pour ça.

Héloïse : Si on prend Google, si on prend Amazon, si on prend Apple et compagnie, du coup, pour l’ensemble, combien est-ce qu'on pourrait leur donner de sous par an. On était à 500 euros par an pour un utilisateur classique pour Facebook uniquement. On atteint des sommes incroyables.

Samuel Chenal : Et après on ne se pose plus trop de questions sur le fait que ces services soient gratuits et que ces entreprises soient florissantes. Comment peuvent-elles gagner de l’argent ? Comment peuvent-elles gagner de l’argent si ce n’est en exploitant économiquement les données des gens ?

Héloïse : Qui serait prêt aujourd’hui à payer 500 euros par an à Facebook pour utiliser ses services ?

Samuel Chenal : Mais personne ! C’est pour ça que des solutions alternatives émergent, pour justement proposer un autre modèle. Il ne s’agit pas de dire on détruit tout et on reconstruit quelque chose de mieux. Ça, ce n’est pas du tout l’idée. L’idée c’est de proposer une alternative pour que les gens aient le choix. Parce qu’actuellement on n’a plus le choix ! On n’a plus le choix du prestataire de mail. Qui dirait aujourd’hui : « Ah oui, je vais prendre un mail qui coûte très cher » alors qu’il y a des mails gratuits. Ça paraît évident. Les gens sont naturellement incités à aller vers ce qui est gratuit, sans se poser plus de questions en avant. Ou alors en se disant la fameuse phrase habituelle « Je n’ai rien à cacher ».

Héloïse : Phrase étonnante parce qu’en fait c’est vrai que c’est une phrase qui ressort dans la bouche de tout le monde, mais qui provient du PDG de Google. Donc c’est là où on voit aussi la force du marketing.

Samuel Chenal : Oui, tout à fait !

Héloïse : C’est vrai que les gens pensent vraiment, disent tous exactement cette phrase-là, mais qui est la phrase que le PDG de Google, justement lui, a immiscée ; c’est sa façon de penser à lui. On sent qu’il n’y a pas une réflexion propre, en fait, que ce qu’on leur redit par rapport à ce qu’est Internet ou ce que doit être Internet. Du coup, on le croit de fait.

Samuel Chenal : Complètement. Oui. Tout à fait. Et c’est quelque chose qui s’est immiscé, finalement, dans le débat, le fait de dire « Je n’ai rien à cacher » donc je peux me permettre de me faire scanner mes courriels. Mais parce que les gens ne savent pas réellement ce que font ces gens du Web. Ce qu’il faut savoir c’est que si vous êtes dans Facebook, vous mettez un message, mais vous ne le publiez pas parce que vous vous rétractez ; vous effacez le message que vous alliez envoyer, ça c’est enregistré. Vous vous rendez compte !

Héloïse : Et les brouillons dans nos mails, également, etc.

Samuel Chenal : Les brouillons, etc. Donc ça va très loin et ça va bien plus loin que ce que les gens peuvent imaginer.

Héloïse : Oui. On a fait plusieurs interviews. Je pense que de George Orwell, il avait peu d’imagination, en fait.

Samuel Chenal : Il est très en deçà.

Héloïse : Il est très en deçà de la réalité factuelle d’aujourd’hui. Et moi, du coup, j’avais deux questions. L’une c’était par rapport à Google. Tu disais tout à l’heure que Google avait un plan bien établi. C’est vrai que eux ils ont, pour le coup, une vision d’entreprise à long terme avec des idéaux qui leur sont propres mais justement qui sont un peu opposés je dirais à, peut-être, la philosophie d’itopie. C'est-à-dire eux, c’est plutôt que la technologie et l’humain soient fusionnés.

Samuel Chenal : Fusionnés. C’est vraiment une vision progressiste au sens des grands…

Héloïse : Est-ce que du coup tu peux expliquer c’est quoi la vision de Google pour que les gens, peut-être, sachent aussi ?

Samuel Chenal : Il y a une forme qui est aussi assez angoissante pour ma part. C’est le fait que les machines sont plus efficaces que l’être humain pour les tâches répétitives. Ça, ça a toujours été le cas depuis l’ère industrielle. Mais la barre est en train de progressivement, et même très rapidement, s’élever. C’est-à-dire que de plus en plus de métiers, de plus en plus de tâches, peuvent être pris en charge par des machines ou des automates. Ce qui veut dire que, finalement, l’emploi est en péril. Alors on applaudit quand, on va dire, un organisme met sur le marché un nouveau drone qui va faire beaucoup de choses tout seul. J’avais vu une Une d’un journal où on voyait un drone qui amenait les colis de la poste suisse. Là, tout le monde applaudit ; il n’y a pas de regard critique du tout. Mais le but c’est quoi ? C’est de remplacer les facteurs ! Alors on aura remplacé les facteurs, on aura des drones qui iront apporter les colis d’Amazon !

Héloïse : Soyons logiques !

Samuel Chenal : Ou ce seront les drones d’Amazon, comme ça la poste suisse n’existera plus et on aura gagné quoi ? En fait, on est dans une fuite en avant où on développe des automatismes, on développe des systèmes de gestion intégrée sans réellement se positionner dans la société de demain. Il n’y a pas de débat démocratique sur, on va dire, les effets sur l’emploi de ces nouvelles technologies et de ces automatismes-là. Ce nouveau paradigme, si on veut, va détruire une énorme quantité d’emplois. Les informaticiens ne sont pas du tout protégés. Il y a beaucoup de tâches en informatique qui sont de plus en plus automatisées. Donc c’est faux de dire qu’il y a des branches dans la société qui sont épargnées. C’est faux ! Elles sont toutes sous la cible.

Alors il y a des maigres, on va dire débats, sur le revenu inconditionnel, par exemple en Suisse. Mais voilà, les gens sont dans une pensée de société du 19 et 20e et la société technologique avance beaucoup plus vite. Moi je ne suis pas contre, en tout cas, l’automatisme en tant que tel comme, on va dire, idéologie ; je ne suis pas contre. Mais il faut qu’on en discute. Il faut qu’on en discute au niveau de nos modèles sociaux. Comment est-ce qu’on va financer la société s’il y a 40 % de chômeurs ? Comment les 40 % de chômeurs vont vivre leur situation vis-à-vis de l’autre moitié de la population qui aura la chance, les élus qui auront un travail ?

Voix off : C’est sur cette interrogation que nous finiront notre émission. Mais rassurez-vous Samuel Chenal n’est pas pessimiste et des solutions il en a plein. Ce sera l’objet d’une deuxième émission de TIC éthique consacrée itopie, ou comment relier l’informatique et l’humain.

FSFE provides Git hosting for its supporters

FSF Europe - jeu, 15/06/2017 - 19:00
FSFE provides Git hosting for its supporters

Sharing one's knowledge is a core principle in the Free Software society, collaboration is another. From today, the FSFE provides its supporters and registered volunteers a platform to create and manage Git repositories with a comfortable user interface: git.fsfe.org.

Git is not only a tool to store files but the most popular version control system, similar to SVN. While Git is a command line server and client, there are several graphical implementations. The FSFE is using Gitea as a web interface.

Features

With git.fsfe.org, the FSFE allows its supporters to share and collaborate on a platform while fully respecting their freedoms. Using the graphical web interface, people can open issue reports for bugs or feature requests. This way, users are able to:

host code they are using for their FSFE activities (and of course other purposes) share minutes and other documents of FSFE group meetings collaborate on flyers, presentations or business cards leave feedback on and help improving existing software by other users of git.fsfe.org ...and many more!

The FSFE also strives to migrate as much code and relevant files as possible to this new platform, for example future website developments, promotion material, and helpful scripts for the organisation's day-to-day work.

About Gitea

Gitea is a performant and user-friendly Git service that is published under a Free Software license. Unlike other services there is no proprietary enterprise version ("open-core"), but has a strong focus on community development, and already contains almost all features people know from other Git services without any non-free dependencies. There are already efforts taking place to interconnect Gitea installations to enable federation of Git repositories.

We would like to welcome you to log in with your FSFE Fellowship credentials, test and use the service, and leave some feedback. You can also push this new service by improving and adding usage guides for Git beginners on our dedicated wiki pages – help us helping! Also, consider contributing to the Gitea project.

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Ambitions numériques du gouvernement : mission impossible sans logiciels libres

APRIL - jeu, 15/06/2017 - 07:54

Communiqué de presse, le 15 juin 2017.

Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État chargé du Numérique, a présenté en Conseil des ministres les « priorités du gouvernement en matière de numérique ». L'April appelle le gouvernement à mettre en œuvre une véritable politique publique en faveur du logiciel libre.

À l'occasion du Conseil des ministres du 14 juin 2017, Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État chargé du Numérique, a présenté les « priorités du gouvernement en matière de numérique ». Il n'y a pas de compte-rendu écrit de cette communication, mais Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, a listé ces priorités dans son point à la presse (à partir de 14 min 30 de la vidéo).

Les priorités du gouvernement seraient donc :

  • « faire du numérique un moteur pour accélérer la croissance et l'innovation »
  • « faire du numérique un levier pour transformer les services publics »
  • « faire du numérique en sorte qu'il puisse profiter à tous, partout sur le territoire »
  • « faire en sorte que l'espace numérique soit un espace sûr dans lequel les citoyens puissent avoir confiance »

Donner la priorité au logiciel libre et aux formats ouverts dans le secteur public est une condition indispensable pour une informatique loyale au service de l'intérêt général. L'April tient à rappeler ce préalable, point d'appui de la mise en oeuvre des ambitions gouvernementales.

À l'occasion de la consultation sur le projet de loi pour une République numérique, notre proposition de donner la priorité au logiciel libre dans le secteur public avait été très largement soutenue. Malheureusement, au final, la disposition adoptée a été un simple « encouragement » à l'usage du logiciel libre dans le secteur public, disposition dénuée de portée normative.

L'April appelle le président de la République et le gouvernement à mettre en œuvre une véritable politique publique en faveur du logiciel libre.

À l'occasion des élections législatives, l'April a lancé la campagne du « Pacte du Logiciel Libre » afin de sensibiliser les futur⋅e⋅s élu·e·s aux enjeux des libertés informatiques. Nous comptons actellement 60 signataires présents au second tour dont M. Christophe Castaner. Il ne reste que quelques heures pour contacter les candidat⋅e⋅s qui ne l'ont pas encore été et leur proposer de signer le pacte. Plus le nombre de parlementaires qui s'engagent est élevé, plus il sera possible d'obtenir une priorité au logiciel libre.

L'April rappelle également que « faire en sorte que l'espace numérique soit un espace sûr dans lequel les citoyens puissent avoir confiance » s'oppose notamment à toute mesure qui entraînerait un affaiblissement du chiffrement. Comme l'indiquait Guillaume Poupard (directeur général de l'ANSSI) le chiffrement est « une technologie de paix et de prospérité avant tout, même s’il y a des gens malfaisants qui peuvent s’en servir ». L'April vient d'ailleurs de contribuer à l'appel à financement de GnuPG, outil fondamental pour la protection de la vie privée, et encourage chacun à faire de même.

La Nef des loups, un framabook au XIIème siècle

Framablog - jeu, 15/06/2017 - 03:09

Le nouveau Framabook est… un polar historique ! Ce premier tome des aventures d’Ernaut de Jérusalem va vous faire aimer le moyen-âge (ou encore plus, si vous l’aimiez déjà ^^).

Gênes, 1156. Le Falconus quitte le port. À son bord, pèlerins, marchands, membres de l’équipage et… un crime.
« À ainsi te mêler de tout, tu sais que tu t’attires des ennuis. »
Tandis que le jeune Ernaut mène l’enquête, l’exaltation des débuts laisse place à la maturité. Et si le voyage vers la Terre Promise était aussi un cheminement spirituel ?

Dans cette première enquête, à mi-chemin entre polar médiéval et roman d’aventure, Yann Kervran nous embarque dans un huis clos à la fois haletant et érudit. Sur cette inquiétante nef des fous, c’est aussi une partie de nous-mêmes que nous retrouvons, comme si nous étions compagnons d’Ernaut. En maître du genre, l’auteur ne fait pas que nous envoûter, il nous transporte dans ce monde tourmenté des croisades.

Ancien rédacteur en chef de magazines historiques (Histoire Médiévale, Histoire Antique, L’Art de la Guerre…), Yann Kervran se consacre désormais à l’écriture de fiction.

Photographe et reconstitueur historique enthousiaste depuis la fin de ses études universitaires, il trouve dans ces passions l’occasion de concilier goût pour la recherche et intérêt pour la mise en pratique et en scène de savoirs théoriques. Libriste convaincu, il participe de plus à de nombreux projets (dont un jeu vidéo libre !) : nous ne pouvions pas résister à l’envie de l’interviewer !

Cliquez sur la photo de Yann Kervran pour découvrir son site et son univers.

Bonjour Yann, pourrais-tu te présenter brièvement ?

Je suis un passionné d’histoire. J’ai créé et dirigé un certain nombre de magazines papier sur le sujet par le passé et j’ai eu envie de me tourner vers le livre voilà une dizaine d’années. Je fais également de la photographie, toujours sur des sujets historiques, et je donne parfois des conférences. J’ai également été très actif pour la promotion de la reconstitution historique, surtout médiévale, que je pratique depuis plus de vingt ans.

J’ai décidé voilà 5 ou 6 ans de me lancer dans un cycle de romans policiers au Moyen Âge, autour de la Méditerranée, surtout dans les territoires où se déroulaient les Croisades. Dans le troisième quart du XIIe siècle précisément. Je propose également des textes courts, Qit’a, qui prennent place dans cet univers, en périphérie et en marge des principaux récits. Ils sont publiés chaque mois sur mon site.

Tu publies aujourd’hui un roman d’aventures historiques, pourquoi le choix de ce genre ?

Je suis plongé dans l’univers des croisades depuis la fin de mes études et j’ai toujours eu envie d’en faire découvrir l’infinie richesse. C’est à chaque fois un crève cœur pour moi de constater la façon caricaturale dont elle est perçue. C’était ce qui avait motivé la création de mon premier magazine, Histoire Médiévale. Je suis en outre partisan d’une diffusion large des connaissances et la forme du roman d’aventure, du roman policier, me semblaient tout indiqués. J’en suis moi-même très amateur et il faut bien reconnaître que c’est là souvent la base de la culture historique de beaucoup de gens. L’enquête offre l’occasion de s’attacher aux humains, tout en mettant en valeur un ou deux aspects de la société.

Chouette ! C’est bourré d’Histoire ! Mais dis-moi, je peux emmener ton roman sur la plage sans me mettre à dormir ? Y’a une « histoire » avec un petit h ?

C’est là le cœur de mon travail : mettre en forme de façon attrayante toutes les informations que je dévore dans les articles et publications universitaires. Ce n’est que par la fictionnalisation, l’histoire avec un petit h, comme tu dis, que cela pourra se faire. Mes récits concernent des personnes inventées (pour la plupart), mais dont j’espère qu’elles sont des liens, des ami-e-s qui nous prennent par la main pour aller visiter leur monde. L’intrigue policière me donnait l’occasion d’avoir un cadre où faire cela, car j’étais inexpérimenté pour la rédaction de ce genre d’ouvrage. C’est ce qui m’a aidé à franchir le pas : j’avais des codes à respecter.

De façon générale, je ne suis vraiment pas amateur des livres où l’histoire est un décor plaqué sur un récit qui pourrait être moderne, comme peuvent l’être la plupart des films hollywoodiens, qui racontent toujours la même chose, au même rythme. Il me semble qu’il faut vraiment digérer longuement la documentation pour la faire sienne, et ensuite en nourrir son imagination. Il faut faire œuvre alchimique en quelque sorte. Ce n’est pas sans raison si le roman policier historique de référence est Le nom de la rose. Umberto Eco a longuement intériorisé tous les sujets dont il parle et les choses prennent vie sous sa plume sans qu’on ait l’impression de s’y confronter à du carton pâte. Bien au contraire, on en vient à oublier que Guillaume de Baskerville n’a jamais existé, pas plus que le manuscrit d’Adzo.

Cliquez sur la couverture pour aller télécharger et/ou acheter la version papier du Framabook.

Qu’est-ce qui t’attire donc dans ces siècles un peu obscurs ?

À dire le vrai, j’aime l’histoire de façon générale et j’ai choisi de me focaliser sur une courte tranche car on ne peut pas tout faire. Quoi qu’il en soit il me semble que cela m’a particulièrement attiré car j’ai le sentiment qu’il s’agit d’un siècle des possibles. Le monde est ouvert, bouillonnant, empli de symboles encore vivants, riches de potentiel. C’est à ce moment que le chœur de Saint-Denis est édifié, rien d’obscur là-dedans.

Mais c’est aussi une culture radicalement autre, même en Europe. Ils vivent dans un univers mental complètement étranger au nôtre, malgré la filiation que certains en tracent. De plus, en plaçant ma saga essentiellement au Moyen-Orient, j’augmente l’altérité. Mais en même temps, j’espère en faire percevoir toute l’humanité, les passions semblables, malgré les apparentes dissemblances.

Tu as dû te documenter assez longuement et de façon approfondie, est-ce parce que tu veux atteindre un certain réalisme ? Parce que tu as voulu donner un aspect documentaire au récit ?

Absolument. Cela fait partie selon moi du contrat passé avec lecteur : je me dois d’être le plus précis possible si je veux mériter le terme « historique ». À défaut d’une obligation de résultat, je me fixe une obligation de moyens. Je me tiens donc le plus possible au courant des dernières recherches (c’est pour cela que je fournis toujours une petite bibliographie). C’est aussi pour cela que j’indique le jour et le lieu précis de chaque scène, de façon à permettre de replacer chaque petit élément dans le cadre plus large de l’Histoire. Quand cela n’est pas fait, c’est juste pour ne pas trop en dévoiler au lecteur, pour les besoins narratifs.

Mais dans le wiki qui me sert à tracer tout cela, c’est noté précisément.

Tu décris des éléments de paysage, des odeurs, des couleurs qui permettent aux lecteurices de s’imaginer les lieux. Tu es allé dans les régions que tu évoques ?

En rêve souvent. Mais uniquement au XIIe siècle. Je n’ai malheureusement jamais eu l’occasion d’aller au Moyen-Orient, je ne connais l’endroit que par les textes des chroniqueurs et voyageurs, ainsi que grâce à quelques correspondants. Par contre, pour les scènes qui se déroulent en Europe, c’est souvent lié à des endroits qui me parlent personnellement : j’ai grandi à la Charité-sur-Loire, en Bourgogne, je vis désormais dans le Cantal (où passe mon héros Ernaut et d’où viennent certains personnages secondaires).

Jusqu’à quel degré de précision historique vas-tu ?

Aussi loin que mon temps et la documentation que j’arrive à m’offrir me le permettent. J’essaie par exemple de vérifier les quartiers de lune ou le prix des denrées quotidiennes aussi bien que l’origine des proverbes et dictons. Là encore, je ne prétends pas ne jamais faire d’erreur, mais j’essaie de les éviter au mieux en m’appuyant sur des travaux de recherche de spécialistes. Je dis souvent que je ne suis absolument pas historien (je n’en ai pas les méthodes ni les objectifs), mais je suis néanmoins un expert de cette période. Des amis universitaires sont d’ailleurs souvent enthousiasmés de voir que je donne vie à une hypothèse peu connue ou que je fais référence par sous-entendu à des aspects de leur spécialité de recherche. C’est aussi une façon de rendre hommage à leur travail de bénédictin, tout en servant de passeur vers le grand public.

Est-ce que c’est difficile de caser une intrigue dans la réalité historique si tu te donnes aussi peu de liberté ?

Bien sûr que non, c’est au contraire une formidable source de jouvence. J’ai des idées qui naissent à chaque lecture de charte ou d’article historique. Il y a tellement de blancs, de non-dits, de négligés de l’histoire qu’il y a largement la place pour que l’imagination s’y déploie, nourrie de ces informations. Je ne fais que proposer des liens, des relations, des symboles, qui unissent et mettent en valeur ce que je perçois de la réalité historique. C’est incroyablement libérateur.

L’époque des croisades te passionne. Dans le roman, tu relates les relations entre les cultures de l’époque en restant assez factuel, ton narrateur ne prend pas parti. Est-ce que tu penses comme d’autres (Amin Maalouf, par exemple) que cette période a durablement influencé le monde d’aujourd’hui ?

Bien sûr. C’est valable de toute période historique, mais ce qui est particulièrement vivace avec les Croisades, c’est que cela alimente des discours extrêmement politisés, aux extrêmes. Je ne cherche pas à l’idéaliser, je suis très heureux de vivre au XXIe siècle en France, mais ce n’est pas une raison pour n’y voir que des arguments utilisables a posteriori. Les individus qui vivaient à cette époque avaient leurs propres valeurs, leur vision du monde et leur humanité. Leur logique, pour autant qu’ils puissent en avoir une (quand on pense à soi, on se dit que la cohérence n’est pas notre fort), est interne à leur culture, leur civilisation, leur histoire personnelle. Je cherche avant tout à rendre cela sensible : ils sont, fondamentalement comme nous, tout en étant autre. Loin et proches à la fois.

C’est de là d’ailleurs que vient le terme qui désigne mon univers romanesque « Hexagora ». Cela fait référence à la théorie des 6 degrés de séparation (ou 7, ou 8, cela dépend) : nous sommes une chaîne de relations, et jamais très éloignés les uns des autres. Pour les curieux, je m’en explique un peu plus dans un court texte sur mon blog.

Ton roman historique est plein de rebondissements, des crimes et des énigmes, une trame largement policière… Quelles sont les lectures qui t’ont inspiré ou donné envie d’écrire dans ce genre ?

Je l’ai déjà cité, mais il y a bien évidement Le nom de la rose, qui constitue un canon du genre. Il y a ensuite la série des enquêtes de frère Cadfael, d’Ellis Peeters, qui se déroule au début du XIIe siècle, pendant la guerre civile anglaise. C’est aussi une référence classique. Dans les auteurs encore actifs, je suis un inconditionnel de Jean-François Parot, avec les enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet. Je suis admiratif de son talent d’écrivain et de sa capacité à lier la grande histoire, le quotidien des protagonistes et le déroulement du récit. J’ai récemment redécouvert les enquêtes du juge Ti, par Frédéric Lenormand. Là j’y apprécie l’humour féroce pour dépeindre une galerie de personnages d’une grande humanité.

J’ai essayé dans les premiers tomes de me frotter à plusieurs sous-genre : whodunit à la Agatha Christie, thriller plus contemporain dans son rythme ou polar à la française dans la lignée des Nestor Burma de Léo Malet. J’espère ainsi arriver à trouver mon style personnel, qui mélange au final un peu de tout ça, peut-être saupoudré d’Alexander Kent, qui ne fait pas dans le policier mais qui est un maître du roman d’aventure historique avec sa saga des Bolitho.

Au delà des auteurs strictement policiers, j’ai beaucoup lu de SF et de fantasy quand j’étais jeune, avec Philip K. Dick et J.R.R. Tolkien à mon chevet. Du second j’ai gardé une tendance à vouloir brosser un univers complet, d’en faire un véritable protagoniste. Au final, mon héros, c’est Hexagora, encore plus qu’Ernaut.

Mais dis-donc, ce premier roman d’un cycle, tu l’avais déjà publié ? Pourquoi as-tu voulu en faire un framabook ?

Oui, j’ai déjà été publié chez La Louve éditions, avec qui j’avais un contrat traditionnel. Les deux premiers tomes sont d’ailleurs encore disponibles chez lui dans le circuit des librairies (jusqu’à épuisement des stocks). J’ai souhaité en faire un Framabook car j’avais l’envie de publier sous licence libre. Je suis utilisateur de logiciels libres depuis pas mal d’années (sous Debian) et je m’intéresse à la culture libre, les communs, depuis très longtemps. Il m’a fallu du temps pour accepter le fait que je n’étais pas satisfait du système de l’édition traditionnelle.

Il y a tout d’abord la question de la licence, bien sûr, sur laquelle je reviendrai plus tard, mais c’est aussi que j’ai constaté que l’édition traditionnelle est génératrice de beaucoup de souffrance. J’ai eu la chance de n’y travailler qu’avec des gens que j’estime beaucoup professionnellement et personnellement. Des personnes de talent, travailleuses et compétentes. Ceci d’un bout à l’autre de la chaîne : éditeur, diffuseur, libraire… Au fil des ans, j’ai vu leur situation se dégrader, en même temps que la mienne, d’auteur, sans que personne n’arrive à expliquer pourquoi. Et puis un jour cela m’est enfin apparu : nous sommes devant une bêtise systémique. De là à se dire qu’il fallait changer de système, le pas était aisé. C’est ce que j’ai voulu faire. J’ai demandé à l’éditeur de mes romans s’il serait d’accord pour me redonner les droits sur mes textes (car, comme habituellement, il en détenait l’intégralité exclusive jusqu’à 70 ans après ma mort) et il a accepté. Je tiens à l’en remercier car ce n’est pas toujours si simple et amical. Cela a malgré tout demandé quelques mois pour se finaliser. Entretemps, j’avais contacté Framabook car j’avais envie de faire ce nouveau chemin avec des partenaires.

C’est un des aspects importants dans ce travail d’écrivain, de trouver les bons interlocuteurs avec qui avancer. Il est déjà extrêmement difficile d’accoucher d’un roman, et le faire sans assistance extérieure relève de l’audace la plus folle selon moi. Je crois vraiment qu’il est essentiel d’avoir un retour sur son travail et c’est la partie du métier d’éditeur qui ne pourra jamais disparaître, quel que soit le professionnel qui s’en chargera (c’est l’agent dans le monde anglo-saxon).

Pour revenir à la licence, j’ai longtemps réfléchi à ce rapport entre l’auteur et son œuvre, entre l’écrivain et ses lecteurs. La licence libre signifie un lâcher prise consubstantiel à l’acte d’écrire selon moi. Je fournis un écheveau de fils dont chacun fait sa trame et sa chaîne, pour en tirer sa propre étoffe. Difficile de placer une pancarte sur ce paysage mental signifiant « Ici c’est à moi ». J’ai finalement opté pour une licence intégrant le copyleft (CC BY SA précisément) car j’ai envie de voir l’écosystème se développer sans que des enclosures en naissent. Ce serait extrêmement frustrant pour moi de voir un rejeton issu de mon travail m’être interdit d’accès (ce que permettrait le BY ou CC0). De plus cela offre cette même protection à ceux qui souhaiteraient, à l’avenir, contribuer à l’univers d’Hexagora : le rapport sera toujours symétrique et inter-fécond.

Un lecteur de Yann avait compris son amour pour les manchots !

Il demeure la question de la rémunération dans notre monde pas idéal, et il est certain que les licences libres n’offrent pas de modèle économique avéré. Néanmoins, celui proposé aux écrivains de nos jours est boiteux et de plus en plus défavorable. C’est donc un saut de la Foi que je tente. Reste à voir si je volerai ou si je m’écraserai. J’ai mis en place une page d’appel au don, en complément du pourcentage que Framabook me reversera sur les ventes papier, le format électronique étant gratuit.

Et à ce propos, un des aspects importants du travail proposé par Framabook est la confection d’un ebook accessible au format epub. Je crois à ces nouveaux supports de lecture (que j’utilise volontiers), d’autant plus quand ils offrent, comme là, la possibilité de renouer avec un public jusqu’alors exclu. En s’efforçant de faire un fichier qui puisse être lu par des machines à braille ou vocalisé via le matériel adapté, Framabook permet d’accueillir en toute équité des personnes exclues par le simple support papier. Le numérique offre cette chance et peu d’éditeurs la saisissent. Après avoir vu le travail que cela représente, je comprends pourquoi d’ailleurs, ce n’est pas bénin en terme d’investissement. Cela demande des compétences pointues et beaucoup de temps pour ne laisser passer aucun détail.

Comment s’est déroulée la collaboration avec l’équipe de Framabook ? Ils ont pris leur temps hein ? Ils et elles étaient un peu pénibles non avec leurs couches de révisions multiples ? Comment tu as vécu ça ?

La collaboration s’est très bien passée, et c’est une des meilleures ambiances de travail que j’ai pu avoir, car les personnes qui ont travaillé sur mes manuscrits le faisaient sans être pressées par des impératifs externes. Uniquement par goût pour mon travail et envie de l’améliorer en vue d’en faire un bon récit, un beau livre ou un fichier epub de qualité. C’est extrêmement valorisant et motivant, cette recherche d’excellence. Elle est bien sûr présente dans l’édition traditionnelle, mais souvent amoindrie, voire carrément biffée -dans la douleur- à cause d’une course à la rentabilité imposée à tous.
Venant de la presse, je n’ai pas un rapport jaloux à mes écrits et j’essaie d’entendre ce que chacun m’en dit comme une occasion de l’améliorer, éventuellement (car il m’est arrivé de refuser des corrections). Avoir un comité de lecture bienveillant est une chance de progresser dans ce que j’appréhende comme un artisanat. Je dis souvent que ce n’est pas parce que je ne suis pas Victor Hugo que je dois m’interdire d’écrire. Cela veut dire aussi que je dois pratiquer, comme un musicien fait ses gammes ou un peintre ses esquisses, tout en échangeant avec mon public, pour nourrir mon travail. Là encore, c’est une relation de flux et de reflux.

Le long temps passé est en partie ma faute, car j’ai voulu voir si on pouvait améliorer les procédures de façon à simplifier le travail pour les prochains tomes (car oui, je ne vous l’ai pas dit mais c’est un cycle qui, je l’espère, va battre la comédie Humaine de Balzac en terme de volume). Au final, cela n’a pas débouché sur ce que j’espérais et il va falloir améliorer ça à l’avenir. Au passage, ce long délai m’a permis d’ailleurs de rejoindre l’équipe de Framabook pour que mes expérimentations servent sur d’autres projets, à terme. C’est dire comme l’accueil a été plus qu’agréable.

La suite de tes aventures d’écrivain avec Framabook ? D’autres projets ?

Énormément. Je prévois plusieurs dizaines d’enquêtes d’Ernaut, sur environ cinquante ans (jusque 1204 environ), la période que je connais le mieux. Les trois premiers tomes sont rédigés et j’espère qu’on pourra les sortir assez vite. Je viens par ailleurs d’obtenir une bourse d’écriture du Centre National du Libre pour le tome 4, dont le plan est fixé. Quelques pistes ont été tracées pour les tomes 5, 6 et 7 ainsi que des idées pour de futurs volumes, dans la décennie 1170 essentiellement. J’ai aussi environ 70 nouvelles qui attendent d’être mises en recueil, à propos de l’enfance du héros, d’histoires annexes aux romans, de personnages secondaires. Et je conserve sous le coude plusieurs récits « spin off » comme on dit qu’il me plairait bien d’écrire. Quelques destins de personnages historiques hors norme dont la consistance romanesque est considérable. J’ai même un synopsis de bande-dessinée et des envies sur d’autres médias… Donc si vous espériez un one-shot, c’est raté…

Le mot de la fin est pour toi.

En publiant sous licence libre, je fournis aussi tous mes textes au format source, le markdown, sur un dépôt avec les différentes versions de travail. Cela constitue un autre des avantages de la licence libre : mon processus de création est accessible et lisible. J’espère ainsi également promouvoir l’idée qu’il ne faut nul génie pour se lancer dans une activité artistique. Il faut surtout du travail et une bonne dose de témérité peut-être tellement l’ambition est grande. Mais ce qu’on en retire est absolument incroyable. Il en découle une liberté, un enthousiasme revivifiants.

J’aime aller à la rencontre du public pour parler de mon travail car j’ai envie de faire accepter cette idée que nous sommes tous artistes. Enfant nous le savons parfaitement, mais nous l’oublions en grandissant. Et puis lorsque le temps se met à l’orage, il me paraît essentiel de déployer ses mots, de bâtir sa parole, de construire son langage propre. Sans les mots, pas de rêve, et sans rêve, nul monde ne peut advenir de soi. Écrire, c’est résister mais aussi proposer, échanger, offrir. Personne ne devrait s’interdire cela.

Pour aller plus loin :

FSFE Lettre d'information - Juin 2017

FSF Europe - mar, 13/06/2017 - 19:00
FSFE Lettre d'information - Juin 2017Un nouveau cadre européen d'interopérabilité encourage l'administration publique à utiliser et contribuer au Logiciel Libre

Après une consultation publique l'an dernier, le « nouveau » cadre européen d'intéropérabilité " European Interoperability Framework " (EIF) [EN] a finalement été publié en mars 2017. Dans la continuité de nos réponses à la consultation publique et des réponses citoyennes et d'entreprises demandant plus de Logiciel Libre dans les services publics numériques, la nouvelle version de l'EIF recommande aux administrations publiques à travers l'Europe d'assurer une saine compétition pour le Logiciel Libre et de montrer une prise en compte honnête et active des Logiciels Libres lorsqu'elles offrent des services en ligne.

De plus, le nouveau EIF ne pousse pas seulement les administrations publiques à utiliser des Logiciels Libres mais aussi à « contribuer, autant que possible, aux communautés de développeurs pertinentes ». Ceci est une amélioration notable vis-à-vis de la version précédente EIFv.2 qui reconnaît explicitement le Logiciel Libre comme indispensable pour assurer une meilleure interopérabilité. Par contre, de manière similaire à la communication sur les « priorités en matière de standard pour les TIC dans le marché unique numérique »(EN), le nouveau EIF ne traite pas suffisamment des obstacles au Logiciel Libre que sont les clauses de licence « équitables, raisonnables et non-discriminatoires » (" fair, reasonable, and non-discriminatory " (FRAND) en anglais). En basant sa politique de licence en matière de standard ouvert sur les FRAND, l'EIF ne permet malheureusement pas aux Logiciels Libres de participer en offrant des services aux administrations publiques.

Pour plus d'information sur ce sujet, vous pouvez lire notre article « Pourquoi les FRAND sont mauvaises pour le Logiciel Libre ?(EN) »

Aidez nous à grandir et à faire la différence en 2017 https://fsfe.org/join/nl2017-06

Qu'avons-nous fait d'autres ? À l'intérieur et à l'extérieur de la FSFE Jonas Öberg, le directeur exécutif de la FSFE, explique un nouveau projet de la FSFE pour faciliter l'automatisation dans la chaîne d'outils logiciels en aidant à identifier automatiquement les licences utilisées. (EN) Daniel Pocock, notre représentant de la Fellowship FSFE fraîchement élu, a organisé une réunion pour construire un ordinateur à nourriture à Zurich. Sur son blog, Daniel explique ce que c'est et le lien entre son projet et le Logiciel Libre. Heiki Löhmus, Vice Président de la FSFE, a organisé un atelier sur l'utilisation du Logiciel Libre dans l'enseignement des sciences, des technologies, des Sciences de l’Ingénieur et des mathématiques durant la DORS/CLUC à Zagreb, en Croatie. Polina Malaja, analyste politique et coordonnatrice juridique de la FSFE, a participé à un panel « Vers un internet pour les gens : un nouveau pacte progressiste pour les technologies» à la Diem25 à Berlin. Matthias Kirschner, Président de la FSFE, a participé à une table ronde sur «comment les données, le code et les algorithmes influencent nos vies et l'économie » pendant la Journée allemande de l'Eglise à Magdeburg, Allemagne. Un enregistrement vidéo est disponible. Erik Albers, le coordinateur communication et communauté de la FSFE, a fait une intervention à l'Open Tech Summit 2017 sur « Le Digital-O-Mat ou comment faire du Logiciel Libre une thématique aux élections démocratiques ». La FSFE était aussi présente à cette conférence avec un stand. Maurice Verheesen, le coordinateur pour les Pays Bas de la FSFE, a donné une conférence "argent public, code source public" à un l'Open Source event à Tilburg, aux Pays-Bas. Franz Gratzer, un des bénévoles designer de la FSFE, a organisé un atelier sur les bases de GIMP au Linuxwochen Wien 2017. Le groupe viennois de la FSFE y tenait aussi un stand. Le groupe de Munich (Allemagne) de la FSFE, a tenu un stand au festival de rue de Munich "Corso Leopold" pour informer les gens sur la FSFE et sur notre travail pour le Logiciel Libre. Matthias Kirschner a donné une conférence lors de l'openSUSE conférence 2017 à Nürnberg, en Allemagne, sur Limux et ce que la communauté du Logiciel Libre peut en apprendre. Un enregistrement vidéo est disponible. Des Fellows de Madrid, en Espagne, était à l'OpenExpo avec un stand d'information pour informer les gens sur la FSFE et notre travail pour le Logiciel Libre. Polina Malaja a fait une présentation sur le statut actuel de la directive "verrouillage" Radio durant le weekend de la communauté sans fil à Berlin. Frank Karlitschek a blogué sur notre responsabilité étique vis à vis de la technologie et des logiciels. Matthias Kirschner, Polina Malaja et Daniel Pocock ont été à l'Open Source Conference Albania (OSCAL) pour parler de « Donner aux gens les moyens de contrôler la technologie », « Niveau européen et liberté logiciel » et « Communication Temps Réel Libre avec du Logiciel Libre ». La FSFE était aussi représentée par un stand. Le groupe de Vienne de la FSFE tenait un stand à Veganmania pour parler de la FSFE et de ce que nous faisons pour le Logiciel Libre. Aidez-nous à améliorer notre lettre d'information

Si vous voyez des nouvelles que devrait être incluses, faites nous les suivre. Si vous souhaitez partager des idées, envoyez les nous. Comme toujours, l'adresse est newsletter@fsfe.org. Nous attendons de vos nouvelles !

Merci à tous les bénévoles, soutiens et donateurs qui rendent notre travail possible.

Vos éditeurs, Erik Albers and Polina Malaja

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Législatives 2017 - Pacte du logiciel libre : le deuxième tour, c'est maintenant !

APRIL - mar, 13/06/2017 - 03:30

L'April mène la campagne du « Pacte du Logiciel Libre », dans le cadre des élections législatives 2017, afin de sensibiliser les futur⋅e⋅s élu·e·s aux enjeux du logiciel libre.

Le deuxième tour, c'est maintenant et nous avons besoin de votre aide !

Ce sont 577 circonscriptions et environ 1 000 candidats finalistes. Le fichier officiel des résultats du premier tour a été importé sur notre plateforme.

Pour rappel, au premier tour, 1 contact sur 3 débouchait sur une signature, donc contacter ça marche !

Afin de dynamiser les contacts, nous organisons des séances pour contacter ensemble candidats et candidates, tous les soirs de 20h à 23h, jusqu'au vendredi 16 juin 2017. Vous pouvez participer à ces sessions à distance.

Toutes les informations utiles sont sur le site de la campagne. Rejoignez-nous !

Je me rends sur le site de la campagne du Pacte du Logiciel Libre

New European Interoperability Framework calls on public sector to contribute to Free Software

FSF Europe - lun, 12/06/2017 - 19:00
New European Interoperability Framework calls on public sector to contribute to Free Software

The revised "new" European Interoperability Framework (EIF), adopted by the European Commission on 23 March 2017, gives specific guidance on how to set up interoperable digital public services, and offers public administrations concrete recommendations on how to improve interoperability of their e-services.

The FSFE participated in the public consultation round on the draft version of the revised EIF (published in 2016). The "new" EIF includes significant improvements in alignment with our answers and in contrast to the draft version and the previous EIF v.2. However, the European Commission (EC) has not sufficiently addressed the risks that a FRAND-based standardisation policy pose to Free Software.

In alignment with our answers to the public consultation, the new EIF includes the principle of openness that was absent from the draft version. Furthermore, the principle of openness according to the new EIF requires public administrations to actively consider using Free Software when offering their public services:

Recommendation 3: Ensure a level playing field for open source software and demonstrate active and fair consideration of using open source software, taking into account the total cost of ownership of the solution.

Furthermore, according to the new EIF public administrations should not only use Free Software but "whenever possible contribute to the pertinent developer communities". Free Software is also called "an enabler of the underlying EIF principle on reusability". This is a significant improvement in comparison to both previous EIF v.2 (published in 2010) and the draft version that was open for public consultation. The need for more Free Software when offering e-services was also expressed by majority of citizen respondents to the public consultation, and it is plausible to see that the EC included the wishes of the EU citizens to the new EIF.

Licensing policies of so called "open specifications" (the alternative term the European Commission uses for Open Standards have also been revised for the better. The EIF v.2 based its appropriate licensing model on what is described as "fair, reasonable and non-discriminatory" (FRAND)/or royalty-free terms, despite that FRAND does not allow standards to be implemented in Free Software.

The new EIF gives a slight preference to the royalty-free licensing terms when it comes to licensing of "open specifications", which is an improvement to the previous version.

However, the new EIF ignores the fact that "royalty-free" is not a sub-term of FRAND, and the way the new EIF is worded still gives a preference to FRAND terms, but just without royalties. This is extremely problematic, as the effects of FRAND do not solely come from royalty-related criteria, but also include several other restrictions that make FRAND incompatible with Free Software.

Unfortunately, the way the new EIF is basing its licensing policies of open specifications can still prevent Free Software projects from offering their services to the public sector.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 23 de l'année 2017

APRIL - lun, 12/06/2017 - 17:58

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 23

[20minutes.fr] Ces makers montrent la voie aux esprits créatifs

Par la rédaction, le vendredi 9 juin 2017. Extrait:
> «On nous a appris à être passifs, alors qu’on est tous capables de créer», lance, dans un élan d’enthousiasme, Hortense Sauvard. La fondatrice de la plateforme Oui Are Makers (ouiaremakers.com) sera présente ce week-end à la Cité des sciences de Paris à l’occasion de la Maker Faire, qui a accueilli 65.000 visiteurs l’année dernière.
Lien vers l'article original: http://www.20minutes.fr/magazine/economie-collaborative/collaboratif-pratique/ces-makers-montrent-la-voie-aux-esprits-creatifs-381583

[La Vie] À Caen, un collectif pour lutter contre la fracture numérique

Par Laurent Grzybowski, le mercredi 7 juin 2017. Extrait:
> Mettre l’informatique au service des citoyens, quels que soient leurs moyens, leurs connaissances et leurs besoins. C’est l’objectif d’Artifaille, un collectif d’entraide qui propose aussi des supports informatiques libres et transparents.
Lien vers l'article original: http://www.lavie.fr/solidarite/carnets-citoyens/a-caen-un-collectif-pour-lutter-contre-la-fracture-numerique-07-06-2017-82654_459.php

[Numerama] Droit d'auteur: l'incertitude règne en Europe sur le devenir de la directive Copyright

Par Julien Lausson, le mardi 6 juin 2017. Extrait:
> La Commission européenne a présenté en septembre une directive sur le droit d'auteur dont certaines dispositions sont vivement critiquées. Alors que des commissions spécialisées au Parlement européen ont proposé d'arrondir les angles, le plus grand flou règne sur la position des eurodéputés.
Lien vers l'article original: http://www.numerama.com/politique/264303-droit-dauteur-lincertitude-regne-en-europe-sur-le-devenir-de-la-directive-copyright.html

[Silicon] GitHub dévoile la face cachée du développement Open Source

Par Jacques Cheminat, le lundi 5 juin 2017. Extrait:
> GitHub a mené un sondage. La pauvreté de la documentation, des relations musclées et la faible mixité sont pointés du doigt.
Lien vers l'article original: http://www.silicon.fr/github-face-cachee-developpement-open-source-176919.html

[BFMtv] Theresa May appelle à «réglementer le cyberespace»

Par Olivier Laffargue, le lundi 5 juin 2017. Extrait:
> La Première ministre britannique s'en est pris dimanche aux géants du Net, accusés de fournir aux terroristes des plateformes où ils peuvent librement propager leurs idéologies extrémistes. Elle appelle les gouvernements à travailler ensemble afin d'empêcher la diffusion de ces idées sur Internet.
Lien vers l'article original: http://bfmbusiness.bfmtv.com/hightech/theresa-may-appelle-a-reglementer-le-cyberespace-1179811.html

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Docs.Framasoft.org : un site pour apprendre à utiliser tous nos services !

Framablog - lun, 12/06/2017 - 11:17

Mine de rien, entre les services Dégooglisons Internet et les projets Framasoft, nous maintenons près d’une cinquantaine de sites/projets ouverts au public.

C’est bien joli, mais si on n’accompagne pas ces sites des savoir-faire et outils pour mieux vous aider à vous en emparer… c’est triste, non ?

Un peu de cathédrale dans notre joli bazar…

Depuis près de trois ans que nous Dégooglisons Internet, nous n’aurions rien pu faire sans votre aide. Nous savons que proposer des outils c’est bien, et que cela ne suffit pas. Il faut aussi les présenter, donner des tutoriels, des outils pour les comprendre et les prendre en main.

Bien entendu, ces logiciels sont déjà souvent soutenus par leurs propres communautés, qui proposent leur propre documentation dont chacun·e peut bénéficier. Il nous fallait, néanmoins, un endroit où rassembler tout cela.

Et depuis trois ans, nombre d’entre nous (contributeurs et contributrices, bénévoles et salarié·e·s…) ont apporté leur petite pierre à l’édifice. Il fallait nous voir, à chaque nouvelle contribution, nous émerveiller :

« Chouette ! Arpinux a fait une vidéo de prise en main de Framapic, pour mieux héberger ses images ! »

« Ah ! je me suis bien marré devant la présentation de Framapack que Pyves vient de nous proposer. J’espère que de plus en plus de windowsiens l’utiliseront pour télécharger des logiciels libres… »

« Attend, en plus de coder des fonctionnalités à Nexcloud pour ouvrir Framagenda, Tcit il s’est fadé d’écrire une jolie documentation pour synchroniser ses rendez-vous et ses contacts… GG ! »

« Sérieusement, le groupe Framalang s’est encore surpassé en traduisant la doc de Mattermost… Ça va bien aider à ce que les gens s’emparent de Framateam pour abandonner leurs groupes Facebook. »

« Oh, tu as vu la vidéo de SVTux pour découvrir Framapad ? En deux minutes, on voit que le libre peut faire aussi bien que GoogleDocs. »

« Pouhiou a encore trippé sur sa présentation de Framanotes. J’espère que Turtl aura autant de succès qu’Evernotes… »

« Franchement, les tutos de Cartocité pour utiliser Umap et Framacartes sont excellents… Si ça pouvait libérer les gens de Google Maps… »

(L’est-y pas belle, la vidéo Framalistes de Nicolas Geiger pour le site Colecti.cc ?)

 

Au départ, nous avons essayé de mettre les liens vers ces outils de documentation dans chaque page d’accueil de chacun de nos projets, afin que vous ayez tout sous la main dès que vous commencez à vous y intéresser… Mais souvent, une fois que vous êtes dans le service, vous n’allez plus voir la page d’accueil. On le sait, parce que nous, on fait pareil.

Alors nous avons lancé le défi à JosephK de mettre un peu de cathédrale dans ce merveilleux bazar, et de rassembler nos documentations en un seul et même endroit. N’écoutant que les clapotis de son clavier, ce dernier a décidé de collecter, d’organiser et de présenter tout cela sous la forme d’un gitbook, afin d’avoir un outil que l’on puisse modifier, amender et mettre à jour de façon collaborative (et pas trop ardue).

Demandez la doc !

Le principe est simple : vous cherchez comment utiliser un de nos services ? Pourquoi choisir tel Frama-bidule ? À quoi sert tel Framachin ? rendez-vous sur docs.framasoft.org.

Vous y serez accueillies par un choix de langue (parce qu’un jour, peut-être, on pourrait avoir des versions en anglais, breton ou espéranto).

C’est sommaire, mais éloquent.

Puis sur la page d’accueil, vous verrez une barre latérale qui vous permet de vous guider dans l’ensemble de notre documentation (elle s’adapte selon la rubrique dans laquelle vous vous trouvez). C’est dans la colonne principale, à droite, que se trouvent l’accès aux informations. Tout en haut, vous y trouverez des guides pratiques.

Les deux premiers guides disponibles à ce jour.

Ce sont des guides à destination du grand public, regorgeant d’informations aussi pratiques qu’indispensables. Pour l’instant, nous y avons inclus :

(si vous voulez nous proposer le vôtre, rendez-vous dans la prochaine partie de cet article)

Ensuite, toujours sur cette page, vous y trouverez une liste des services Framasoft.

Tous les services n’y sont pas (encore) présents… alors proposez vos contributions !

Ce sont l’ensemble des services Dégooglisons Internet sur lesquels nous avons une documentation en Français et (plus ou moins ^^) à jour à proposer.

Il vous suffit de cliquer sur le service qui vous intéresse pour découvrir les outils que nous avons pu récolter à son sujet.

Bien entendu, si vous ne trouvez pas votre service préféré et/ou que vous souhaitez proposer un élément de documentation, nous sommes preneurs (voir plus bas).

Enfin, toujours sur cette page, vous y verrez une rubrique « Culture et Logiciels Libres »

Les premiers Frama-Projets à bénéficier de leur documentation !

Ici, vous aurez des savoirs et savoir-faire sur les projets Framasoft qui ne sont pas des services Dégooglisons, qui tendent à promouvoir le logiciel libre et sa culture.

Libre à vous de cliquer et de consulter ce que bon vous semble, et de faire passer les liens à vos ami·e·s, collaborateurs et collaboratrices !

Une documentation qui n’attend que vous

Bien entendu, l’ensemble de ces documents sont libres. Par défaut, la licence utilisée pour les productions Framasoft est la CC-BY-SA, mais prenez soin de vérifier pour chaque outil de documentation, car leurs auteurs et autrices peuvent tout à fait les avoir placé sous une autre licence libre ^^ !

C’est néanmoins une des grandes forces du Libre : n’importe qui peut y participer.

Vous cherchez à soutenir le (logiciel) libre sans forcément savoir coder ? Présentez votre service ou projet favori avec une petite vidéo, une présentation animée, un texte avec captures d’images… Nous vous l’assurons, cela aidera énormément de monde à passer le pas et à adopter du libre dans ses habitudes numériques.

Pour participer, deux cas de figure :

  • Vous connaissez le git, les push et pull request ne vous font pas peur ? : rendez-vous sur la forge de notre gitbook pour proposer vos commits afin que l’on merge tout cela ensemble.
  • Vous n’avez rien compris à la phrase ci dessus ? (ne vous inquiétez pas, celui qui l’a écrite est comme vous !) Rendez-vous sur notre forum des bénévoles, partie tutoriels, pour proposer vos tutos, vidéos, et autres trucs en -os !

Enfin, une manière toute simple de participer, c’est simplement d’aller lire ces petits bouts de savoirs qui aident à mieux se dégoogliser… et de les partager avec son entourage !

Éthique et la révolution numérique - François Pellegrini

APRIL - lun, 12/06/2017 - 09:27

Titre : Éthique et la révolution numérique
Intervenant : François Pellegrini - Professeur des universités
Lieu : Séminaire scientifique avec un regard boudhiste - Technologies, éthique, cognition - Université de Bordeaux
Date : Novembre 2016
Durée : 25 min 07
Visualiser l'intervention
Licence de la transcription : Verbatim

Transcription

Merci beaucoup pour l’invitation. Je précise, vis-à-vis de ma dernière diapo, que j’avais réalisé cette présentation avant d’avoir toutes les informations que nous avons eues ce matin. Ce sera des raccourcis pour la suite.

Effectivement, si on considère la question des libertés à l’ère numérique, définissons d’abord ce qu’est la liberté. La liberté, on peut la définir comme l’aptitude des individus à exercer leur volonté, avec une formalisation juridique importante qui est l’« autonomie de la volonté ». Nous sommes tous responsables de nos actes, en relation avec les autres. Et donc cette liberté a été reconnue et formalisée au sein de la société par la garantie d’un ensemble de libertés individuelles et collectives – liberté de circulation, liberté de parole, liberté de culte, d’association, de la presse – et ces libertés s’opposent aux libertés des autres, ce qui fait qu’effectivement il s’agit de trouver un équilibre entre les différents droits des personnes et leurs obligations.

Donc, effectivement, ces libertés sont parfois traduites en droits, avec le fameux droit à la vie privée qui, je le rappelle, est extrêmement récent : il ne date que de 1948. Parce que avant, les sociétés humaines étaient tellement petites que tout le monde savait tout sur le tout le monde, et la notion finalement d’anonymat n’est arrivée qu’avec l’arrivée des métropoles, des mégalopoles et aussi ces fameux travailleurs migrants qui, dès l’époque de Napoléon III, étaient suivis par des livrets, les livrets de migrants comme les livrets de nomades, de gitans, de façon à contrôler ces populations éminemment dangereuses pour la stabilité des sociétés ancrées sur elles-mêmes.

Et donc, pour exercer l’autonomie de sa volonté, il faut d’abord l’absence de contrainte à agir : si on est en prison on n’est pas libre ; si chaque fois qu’on émet une opinion dissidente on se fait tabasser, eh bien, effectivement, on n’est pas libre. Mais la pire dictature est celle qu’on ne connaît pas et donc, pour pouvoir exercer pleinement sa liberté, il faut avoir une information qui soit préalable, suffisante et loyale, qui nous permette de prendre nos décisions de façon éclairée. Et ça, c’est le problème que les économistes aussi ont théorisé sous la forme de l’asymétrie de l’information et, en fait, resymétriser l’accès à l’information, c’est le principe qui sous-tend de nombreux droits et libertés tels que la liberté d’expression, la liberté de la presse, le droit à la communication des documents administratifs, des pièces de procédure pour le droit à la défense, la question des données personnelles. Et clairement, on voit que finalement ces droits, et l’interaction dans les sociétés humaines, sont liés à la bonne circulation de l’information.

En l’occurrence, les espaces numériques ont été une révolution ; on parle à bon droit de révolution numérique parce que, effectivement, l’ouverture de ces espaces numériques a permis d’exercer ces libertés d’une façon plus importante pour certaines personnes. Je ramène ce cartoon de Peter Steiner en 93 qui disait : « On the Internet, nobody knows you're a dog ». C’est-à-dire qu’effectivement, derrière son écran, quelles que soient notre apparence et notre entité physique, on peut avoir des identités différentes et faire des choses qu’on ne pourrait pas.

À l’inverse, la délégation de processus intellectuel à des automatismes peut restreindre leur exercice, avec une restriction du choix effectif ou apparent. Lawrence Lessig disait : « Code is Law », c’est-à-dire qu’effectivement, la façon dont on code les applicatifs nous permet, ou non, de faire certaines choses. Avant, si je suis un maniaque de la numérologie et que je ne supporte pas d’être dans une place impaire, je pouvais très bien demander au guichet SNCF à avoir une place paire. Maintenant, sur l’appli, j’ai « sens de la marche », « carré », mais je n’ai pas « paire ou impaire ». Donc la personne qui a codé cette application a restreint effectivement mon choix, selon ses préjugés à elle, sur le fait qu’il n’était absolument pas nécessaire de pouvoir choisir si on voulait une place paire ou impaire.

Et donc effectivement, cette révolution numérique transforme profondément les rapports sociaux et les moyens d’exercice des libertés, avec une explosion du volume d’informations accessibles et qui, de fait, exacerbe le risque d’asymétrie au profit de ceux qui sont capables de les collecter et de les traiter. Et je ramène à ce retour sur le cartoon de Steiner avec, en fait, la version maintenant moderne où on est à la NSA et on voit deux agents de la NSA qui discutent et qui disent : « Notre analyse des métadonnées montre que c’est un labrador brun et, en fait, il vit avec un terrier noir et blanc à pois et on suppose qu’ils ont des relations entre eux. »

[Rires]

Et donc, effectivement, il y a un nouvel espace et, dans ce nouvel espace, le législateur a eu, naturellement, à étendre son pouvoir de régulation, par exemple pour qualifier pénalement l’intrusion dans les systèmes de traitement automatisés de données, parce que la loi pénale est d’interprétation stricte. Il y a des lois contre le vol, mais les données ça ne se vole pas. Il n’y a pas de vol de données parce que voler c’est prendre, c’est soustraire un bien matériel ; or la donnée, quand on la copie, on ne la soustrait pas, on la multiplie ! Donc effectivement il fallait des qualifications juridiques adaptées. Il n’y a pas d’intrusion de domicile et donc il fallait définir des nouveaux concepts juridiques pour permettre de réguler cet aspect de la société.

Et donc, effectivement, définir le point d’équilibre de la loi entre ces différentes libertés nécessite la compréhension des principes de l’informatique, la science du traitement efficace de l’information par le législateur – c’est déjà une victoire si on peut l’atteindre – mais aussi la société dans son sens le plus large afin que le débat soit éclairé et que les personnes puissent adapter leur comportement à une bonne information de la réalité de l’état du monde et des pratiques.

Et donc, c’est le sens de notre présence ici, je pense.

Clairement, la question du rapport entre numérique et libertés va concerner l’ensemble de la société et nous sommes tous responsables, à la fois à titre collectif, c’est-à-dire la prise de position d’instances représentatives de la communauté dans le débat public (je suis membre de la Commission nationale informatique et libertés et, en tant que corps constitué, la CNIL prend position dans le débat public ; elle l’a fait récemment au sujet d’une affaire à laquelle je vous conseille vivement de vous intéresser sur la création d’un fichier biométrique de 60 millions de personnes – j’en reparlerai éventuellement pendant le temps du débat, je n’ai pas le temps ici), la question de l’introspection de la société sur elle-même, les fameux comités d’éthique ; mais aussi de responsabilités individuelles et comme ça a été cité, Snowden pour moi n’est pas un lanceur d’alerte : c’est un dissident. C’est quelqu’un qui effectivement, face à un comportement systémique de l’État dans lequel il vivait, a décidé de s’élever contre ce comportement-là, à la manière dont les Soljenitsyne et autres, dans les années 1970, ont critiqué le fonctionnement du bloc soviétique. Notons que Edward Snowden était un administrateur système : c’était quelqu’un qui était dans la soute, ce n’était pas quelqu’un qui avait une fonction opérationnelle dans la NSA. C’était la femme de ménage qui nettoyait les poubelles et donc de fait – d’ailleurs, rappelez-vous que dans les organisations, la femme de ménage est la personne la plus importante : elle a les clefs de tout – il a pu partir avec tous les documents qui sont maintenant en cours d’exploitation ; ils ne sont pas tous exploités.

Effectivement, ça pose la question, maintenant que nous vivons dans ce monde numérique, de la loyauté des dispositifs vis-à-vis de leurs usagers. De plus en plus de nos comportements sont orientés par des algorithmes dits de recommandation et donc la vraie question c’est : à qui ces algorithmes sont-ils loyaux ? Et ça donne la possibilité de censure effective ou apparente. J’ai juste mis une copie d'écran de la page Amazon qui correspond à mon livre Droit des logiciels, et vous avez dans les recommandations quatre bouquins et un paquet de couches. Je n’en tirerai aucune conclusion [Rires]. Cela montre qu’il était prévu cinq places pour faire des recommandations. Parmi les cinq, eh bien on ne m’a pas proposé un livre de droit ou d’informatique, on m’a proposé un paquet de couches. Ce qui montre qu’à un moment donné quelqu’un avait dû acheter mon bouquin et un paquet de couches et que l’algorithme en a déduit, plus exactement le codeur en a déduit que si quelqu’un était intéressé par acheter mon bouquin et un paquet de couches, ça pouvait intéresser d’autres personnes.

Et donc, effectivement, exercer notre liberté nous ramène à la question effective de savoir si on peut déterminer si un dispositif est loyal ou non. Ça veut dire, finalement, accéder au code source de ce dispositif, ce qui, en général, est peu faisable, sauf dans le cadre des logiciels libres. Et je trouve que le mouvement du logiciel libre a des valeurs assez partagées avec ce qui a été exposé précédemment par le Lama Puntso1.

Ça pose aussi le problème des verrous numériques, des autres barrières effectives à l’accès aux dispositifs, et de la liberté d’usage d’un bien avec, effectivement, les marchés captifs qui sont créés. Quand on achète un appareil de la marque Apple, on ne peut aller que dans le store de cette marque et cette marque contrôle les applications qui peuvent être accessibles ou pas. Quand on achète un appareil de cette marque, on est capté et on fait partie d’un marché captif dans lequel on censure les applications qu’on peut utiliser avec cet équipement. Il faut le savoir.

Évidemment dans la question de la loyauté des algorithmes se pose - ça a été un débat récurent et qui n’est pas encore tranché ; là aussi, il faut être vigilant - il y a un mouvement qui dit : « Ah oui, c’est affreux, les terroristes et les pédonazis utilisent le chiffrement pour échanger sur leurs actes infâmes. Il faut absolument mettre dans tous les logiciels qui sont accessibles sur le marché des portes dérobées qui vont permettre aux forces de sécurité de pouvoir effectivement vérifier si les choses qui sont dites sont bonnes ou pas et pouvoir matérialiser l’existence de preuves ». Là on est pleinement dans le conflit entre liberté et sécurité, avec un phase parfaitement orwellienne du type : « La sécurité est la première des libertés ». Je vous ramène à votre moteur de recherche préféré pour savoir qui l’a prononcée récemment. Vous allez voir, c’est intéressant ! Et donc, effectivement, il y a l’enjeu de l’affaiblissement global de la sécurité des citoyens, parce que si cette porte dérobée qui est prétendument uniquement entre les mains des forces de sécurité est dérobée par des tiers ou alors si, dans le temps long, l’État devient un État criminel comme c’est déjà arrivé par le passé, les risques pour les citoyens deviennent absolument terrifiants.

Cela suppose aussi le contrôle par les citoyens des traitements qui les concernent. Il y a eu dans la loi République numérique une avancée intéressante, qui fait que le code source des logiciels de l’administration est un document administratif qui est librement communicable. Un certain nombre d’administrations rechignent, mais connaître le logiciel qui fait l’affectation post-bac, par exemple, ça peut être intéressant de savoir, effectivement, comment, quand on rentre de l’input dans le logiciel, on pourra être plus ou moins privilégié pour être affecté dans tel ou tel établissement. Puisqu’il y a une décision qui est prise à l’endroit des personnes, autant savoir comment elle est prise.

Bien sûr il y a les logiciels. Il y a la question du réseau aussi puisque, effectivement, les algorithmes qui sont mis en œuvre pour gérer les réseaux définissent aussi les modalités d’accès à ces ressources et donc il y a une grande question qui est débattue actuellement, c’est celle de la neutralité de l’Internet : faire en sorte que les communications de tous soient traitées de façon équitable. Ce qui est finalement plus fort que la liberté d’expression. Parce que la liberté d’expression, c’est : « Cause toujours ». La neutralité des réseaux, c’est la liberté d’être entendu et c’est finalement, pour moi, plus opératoire en termes d’efficacité de la diffusion des opinions. Et donc, bien sûr, la question de la gouvernance de l’Internet : qui contrôle Internet, sachant que qui contrôle les tuyaux contrôle le contenu.

Ensuite, avec justement l’augmentation de la puissance des calculateurs, on se trouve maintenant de plus en plus placé vers des décisions qui sont prises par des systèmes autonomes. Vous avez le cas de la voiture autonome qui anime beaucoup la sphère médiatique, mais, de façon un peu plus cachée, il y a la question des robots de combat. Et donc, effectivement, les personnes qui mettent en œuvre ces dispositifs n’ont qu’un contrôle partiel sur leur fonctionnement et donc se posent à la fois des questions juridiques : « Quand la voiture décide de foncer dans un mur, qui est responsable ? », mais finalement aussi, à travers les algorithmes qui sont mis en œuvre dans ces véhicules, on voit qu’on a un codage très fort de la norme sociale, puisque la personne qui code l'algorithme décide de qui meurt et qui survit. Quand tout d’un coup un enfant traverse la route en courant au passage piéton alors que vous êtes en train de rouler avec votre voiture autonome, que fait la voiture ? Est-ce qu’elle écrase la personne pour vous préserver en essayant de freiner le plus possible, ou est-ce qu’elle vous propulse dans un mur en essayant de sauver la vie de la personne ? Qu’est-ce qui se passe s’il y a deux enfants ? Un enfant et une mamie ? Une mamie toute seule ? La vraie question, effectivement, c’est celle du codage qui est en œuvre et, finalement aussi, de l’absence de liberté que nous avons, nous, par rapport au comportement que nous aurions eu. C’est-à-dire, est-ce que nous aurions choisi nous de nous sacrifier ou eu un comportement moins altruiste en essayant de nous préserver pour des raisons qui nous sont personnelles. Et donc, la question par rapport à ça, c’est : est-ce que les personnes pourront avoir la possibilité de modifier le comportement de la voiture entre un comportement plus altruiste ou plus égoïste, puisque, finalement, sinon c’est déléguer une partie de notre liberté à ces automatismes ?

Dès le moment où on crée de l’information se pose la question de la maîtrise du patrimoine informationnel et donc c’est la liberté de gérer les données dont on est le responsable. Je n’ai pas dit le propriétaire. Là encore, il n’y a pas de propriété sur les biens immatériels. Et se pose aussi, j’en ai parlé, la question de la liberté d’usage de la cryptographie et du choix de ses propres méthodes sachant que, effectivement, on a un droit à la non incrimination, le droit de garder le silence ; et le fait qu’il y ait des portes dérobées dans la cryptographie, c’est une possibilité d’avoir accès à des informations que la personne n’aurait pas souhaité révéler. Ça pose des questions juridiques assez tendues ; la question, aussi, de la liberté de transférer les données dont on est le responsable. Quand on a mis tous ses contenus sur une certaine plate-forme de réseau social et qu’on dit : « Eh bien, finalement, je la quitte parce que ses conditions ne me plaisent pas », il faut qu’on ait le moyen effectif de reprendre toutes ces œuvres dont est l’auteur et toutes ces informations dont on est le responsable pour les placer sur une autre plate-forme. Et donc, c’est le droit à la portabilité des données qui commence à être abordé à la fois par le Règlement européen sur la protection des données et par la loi République numérique, mais à chaque fois avec des trous dans la raquette, que je ne détaillerai pas ici, mais on peut y revenir.

Donc ça nous amène à la protection numérique des données personnelles puisque, avant, il y avait du fichage ; maintenant, avec le croisement, ce n’est plus du fichage, c’est vraiment la possibilité de déterminer des corpus d’informations très étendus sur les personnes. Et donc, effectivement, il y a eu un aller-retour, en fait, suite à la Deuxième Guerre mondiale et au fichage des populations par les régimes totalitaires, il y a eu la naissance, un peu tardivement, d’organismes de type « Informatique et libertés » parce que, à l’époque du développement initial de l’informatique, seuls les États avaient la capacité de collecter des masses de données. Et puis finalement on a vu, dans les années 90/2000, un glissement de la menace vers le secteur privé, où ces fameux GAFA se sont vus en situation d’avoir plus de puissance de traitement que certains États – la majorité d’entre eux, même – dans le but de collecter de l’information sur les personnes. Et donc on s’est focalisés sur le secteur privé, alors qu’en fait les États ne sont pas stupides, et c’est ce que Snowden a révélé : dès le moment où le secteur privé a une masse de données, est situé sur le territoire d’un État, les services de cet État vont simplement brancher la prise et le tuyau sur les entrepôts de données du privé pour pouvoir se servir sans avoir eu à payer.

Et donc effectivement, on voit que dans la collecte des données, il faut considérer de façon équivalente la menace des États et la menace des acteurs privés.

Sachant qu’effectivement, il y a une extension du périmètre de ce qu’on entend par données personnelles. Au début, quand on était sur carte perforée, c’était des informations nominatives, c’était le nom de la personne, son adresse et puis sa religion, par exemple, avec l’exemple malheureux des Pays-Bas dans les années 40. Et ensuite, on s’est rendu compte qu’il y avait des informations qui n’étaient pas nominatives mais qui pouvaient permettre de renseigner sur les personnes : le numéro de téléphone, la plaque d’immatriculation ; ça permet de savoir où était la personne qui possédait la voiture.

Et puis, finalement, on étend avec la notion de données personnelles. Pour prendre un exemple, vous avez tous sur vos ordiphones des accéléromètres qui permettent de jouer, de faire des choses ; mais cet accéléromètre est tellement sensible que, quand vous marchez, il enregistre le rythme de vos pas et votre démarche est, en fait, une information plus identifiante que vos empreintes digitales. Donc effectivement, donner à une application le droit d’accéder à votre accéléromètre c’est permettre, s’il y a un bug ou une faille de sécurité dans l’application, à quelqu’un, éventuellement, d’identifier une personne par sa démarche en enregistrant les accéléromètres de tous les gens qui marchent à un instant donné.

De la même façon, l’accéléromètre, comme il capte les vibrations de la voix, permet d’entendre les conversations dans une pièce même si le micro est éteint. Le détournement de finalité de la technologie et des données personnelles peut être, en la matière, assez illimité vis-à-vis de la créativité des gens qui travaillent sur le sujet. Et il y en a beaucoup !

Donc effectivement, la réponse à un problème de société n’est pas une réponse technologique. L’architecture aide, j’y viendrai, mais clairement, puisque l’organisation sociale est régie par le droit, c’est le droit qui doit poser les limites. Effectivement, il y a un certain nombre de principes qui sont en train d’être posés, avec en anglais le terme de Privacy by Design qui veut dire « protection intégrée de la vie privée dès la conception », ce qui veut dire qu’il faut concevoir des systèmes qui soient résilients au risque de détournement.

Et c’est le cas avec le fichier TES2 dont il est question aujourd’hui dans la presse, où le ministère de l’Intérieur choisit une structure totalement centralisée des informations biométriques, alors que ce qui est recommandé par un certain nombre d’institutions, en particulier la CNIL, c’est une architecture décentralisée dans laquelle les données personnelles sont à la main de la personne dans la puce de son support, lui donnant la possibilité de le détruire s’il le souhaite et de se débarrasser de ses données. Alors qu’effectivement, quand vous avez une base de données centrale, il suffit qu’un méchant arrive au pouvoir et l’exploitation est immédiate.

Donc clairement, la question de l’anonymat et de la ré-identification est aussi un enjeu à travers les algorithmes d’identification de ce qu’on appelle les signaux faibles, ce qui relève un petit peu du fantasme ; il faut faire attention, il faut faire la part entre la science et la mode, mais je vous ai montré que la science pouvait aller très loin, plus que certains vieux livres tels que 1984 qui ont malheureusement été pris par certains comme des modes d’emploi ! [Rires]

Et donc il faut pouvoir garantir le respect de la vie privée des citoyens, la nécessité de ne pas pouvoir être ré-identifié, et ça pose la question de l’open data parce que, effectivement, l’open data, c’est ouvrir des masses de données et, par corrélation entre des masses de données ouvertes, on peut parfois ré-identifier les personnes et donc ça fait peser une grande responsabilité sur les personnes qui ouvrent les stocks de données.

La ré-idenification, c’est un problème très ancien. Il y a une loi de 1951 qui a fondé l’Insee, pour dire : l’Insee a le droit de donner des statistiques, mais ces statistiques ne doivent pas être identifiantes, et donc il y a un comité du secret statistique ; il y a des gens qui réfléchissent depuis plus de soixante ans sur le sujet et avec, effectivement, des menaces qui sont réelles sur la ré-identification des personnes dans des masses de données supposées anonymes, qui sont, en fait, simplement pseudonymes ; j’en parlerai éventuellement lors du débat.

Donc ça pose la question de l’identité numérique ; ça pose la question du statut des outils qui permettent l’anonymat dans l’espace numérique ; les outils de communication anonyme, TorLe réseau Tor, la cryptographie, j’y reviens, et puis la question des transactions financières. Dans le monde physique vous pouvez, en payant en argent liquide, faire en sorte que personne ne sache ce que vous achetez. Dans le monde numérique, comme on raisonne avec des systèmes bancaires par carte, eh bien votre banquier sait toujours tout ce que vous faites. Sauf à utiliser des systèmes monétaires alternatifs et c’est la question des fameuses cryptomonnaies, le Bitcoin et les autres, qui posent, justement, la question de la décentralisation aussi d’ailleurs de la confiance, par rapport à des points de centralisation, qui était un peu la question posée initialement.

Donc le statut des lanceurs d’alerte et dissidents. J’y reviens rapidement puisque la question a été posée ; ça déborde du strict cadre du numérique, mais clairement, face au volume d’informations, on ne peut pas simplement écrire une lettre à un journaliste, il faut pouvoir déposer des masses de données, d’où Wikileaks, d’où la nécessité d’avoir ces entrepôts qui permettent ensuite une exploitation. Et même pour les journalistes d’ailleurs, un journaliste maintenant, quand il a 4 gigaoctets de données à traiter, il faut qu’il ait des outils d’analyse qui soient également performants pour retrouver l’information exploitable dans l’intérêt de l’information du citoyen.

Donc effectivement cryptographie forte et loyale, outils de communication anonymes et résistants à la ré-identification. Je ne reviens pas là-dessus.

J’en terminerai, je vais conclure. On le voit, la révolution numérique ne doit pas permettre l’affaiblissement des droits fondamentaux qui existent sous prétexte que cela est possible. Et là on rejoint la question de l’obligation que vous citiez, l’obligation de faire : puisque c’est possible de tracer tous les gens, faisons-le ! Eh bien non ! Effectivement, ça pose la question de la surveillance généralisée des échanges numériques et numérisés et donc du point d’équilibre dans la loi. Accepte-t-on à un moment de ne pas savoir, parce que sinon les dangers seraient grands.

Je prends l’exemple du fichier TES. Pour le moment le ministère de l’Intérieur nous dit : « Mais pour l’instant ça va ne servir qu’à l’authentification des gens », sauf qu’à un moment donné il suffira qu’il y ait une affaire particulièrement atroce dans laquelle on n’ait que l’empreinte digitale de l’auteur pour dire : « Mais on a une base de données avec les empreintes digitales, cherchons le coupable ! » Et donc, faire voler en éclats sous l’émotion populaire la finalité initiale qui était simplement l’authentification, pour se retrouver avec une base d’identification de l’ensemble de la population.

Il y a eu un livre qui était très intéressant, dont j’ai oublié le titre [Histoire d'un Allemand, de Sebastian Haffner, NdA], qui raconte comment en dix ans, avec l’arrivée du régime nazi, tous les verrous juridiques qui avaient été posés, justement pour garantir les libertés individuelles, ont sauté les uns après les autres. Et clairement, ça pose la vraie question de l’architecture du système. C’est-à-dire que si on a une architecture par nature décentralisée de l’information, même si quelqu’un de méchant sera au pouvoir, eh bien il ne pourra pas utiliser l’information centralisée parce qu’elle n’existe pas. Et ça, c’est très important.

Il y a aussi la capacité, d’une certaine façon, à pouvoir faire des faux-papiers. Un certain nombre de personnes – vous parliez aussi des chaînes de causalité – sont ici parce que leurs grands-parents ont pu faire des faux papiers. Le « tout sécuritaire » et le « tout authentifié » est parfois aussi une menace structurelle pour l’écosystème que représente la société humaine dans son ensemble.

Et donc effectivement, quand on pense à la révolution numérique, quand on pense au travail intellectuel qu’on doit faire pour la penser, eh bien ça doit nous inciter à étendre la préservation des droits fondamentaux au monde numérique, de ces droits qui sont garantis dans le monde physique. Je parlais de la neutralité d’Internet. La neutralité d’Internet, c’est la liberté d’expression, c’est la liberté d’être entendu, c’est un droit fondamental. Il ne devrait pas y avoir de question pour les parlementaires sur : « Est-ce que oui ou non on garantit la neutralité d’Internet ? » C’est une évidence, normalement, quand on fait le lien avec les droits fondamentaux. Et pour ça il faut comprendre le lien entre Internet et les droits fondamentaux.

Et donc la fameuse diapo dont je vous parlais : quel est nous notre rôle de scientifiques et de chercheurs ? C’est dans nos missions : c'est d’éclairer la nation sur les enjeux, les bénéfices et les risques de nos recherches. C’est ma présence ici. Et revenir aux fondamentaux : le doute, parce que le scientifique doit douter. Effectivement, un terme qui a été beaucoup oublié : la bienveillance. Je crois que nous sommes responsables de nos actes également et que, à partir de là, nous sommes tous placés en permanence devant nos responsabilités et nous avons une obligation de bienveillance.

Merci.

[Applaudissements]

Les Rencontres mondiales du logiciel libre se mettent au vert

Framablog - sam, 10/06/2017 - 07:09



Les Rencontres mondiales du logiciel libre sont organisées, chaque année dans une ville différente, par le groupe d’utilisateurs de logiciels libres local.

C’est un grand pouvoir et une grande responsabilité pour le GULL qui s’y colle. Il s’agit de proposer une formule qui fera le bonheur des geeks purs et durs comme des quidams souhaitant sentir le vent de la liberté.

Cette fois-ci, ce sont les copains d’Alolise, le chaton stéphanois, qui assument cette lourde tâche. Plongée dans le chaudron.

Salut les amis !  Vous pouvez nous présenter Alolise ?

C’est une chouette association. :)

Alolise existe depuis plus de 12 ans ! Les débuts étaient très « underground« , puis petit à petit sous l’impulsion des différents présidents et du petit noyau d’irréductibles, Alolise a su se créer une identité et commence à être connue.

Notre avenir (hors RMLL) est orienté vers la communication autour des CHATONS (Collectif d’Hébergeurs Alternatifs Transparents Ouverts Neutres et Solidaires), car nous offrons une véritable AMAP Numérique sur Saint-Étienne et sa région, et aussi vers la poursuite du combat EDUNATHON contre les accords Microsoft – Éducation Nation, en proposant en partenariat avec la mairie des ordinateurs libres comme alternative auprès des écoles de la métropole.

On a aussi un gros projet de formation, mais chut … plus tard.

Vous organisez les Rencontres mondiales du logiciel libre à Saint-Étienne du premier au 7 juillet prochains. Ça va, la pression ?

Ça va. C’est une pression motivante. L’événement est pour bientôt, on a la tête dans le guidon mais on tient la barre et on avance en équipe.

Il faut savoir que pour certains d’entre nous c’est un combat pied à pied de plus de 18 mois…
Il nous tarde de retrouver une vie normale et de nous tenir éloignés de toute réunion pendant une période de convalescence d’au moins 6 mois…

On savait qu’on ne savait pas à l’époque exactement dans quoi on s’engageait (oui oui cette phrase a un sens )… On savait que ce serait dur, mais on ne voyait pas vraiment quels seraient les embûches et les barrières… Aujourd’hui c’est bon, on a bien fait le tour

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