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Le Ray’s Day en BD !

Framablog - mar, 22/08/2017 - 06:46

Aujourd’hui, comme tous les 22 aoûts, c’est le Ray’s Day : un jour où l’on célèbre les livres et la lecture… Un événement auquel Framasoft et les framasoftien⋅nes ont déjà participé à plusieurs reprises.

Cette année, c’est notre ami Gee qui en donne une petite présentation en BD. En vous souhaitant un bon Ray’s Day !

Crédit : Simon Gee Giraudot (Creative Commons By-Sa)

M Carré : le développement durable sur votre bureau

Framablog - dim, 20/08/2017 - 07:00

Nous les geeks, nous savons bien qu’avec une bonne distribution Gnu/Linux et un coup de pinceau anti-poussière de temps en temps, un ordinateur peut vivre très longtemps.

Les fondateurs de la société M Carré remettent en forme les PC familiaux et vont s’attaquer à ceux des entreprises. Sans se poser en intégristes du Libre, ils rééduquent doucement avec la seule arme qui marche : des résultats.

Remercions-les pour tous ces dimanches qu’on ne passera plus à réinstaller le PC du beau-frère. ^^

Le développement durable, on en parle, mais c’est tellement mieux quand on s’y met !

Salut les gars ! Nous vous avions interviewés au moment où vous lanciez votre start-up.  On aimerait bien savoir où vous en êtes. Alors, dites, vous gagnez des sous ? :-P

Oui, l’entreprise fonctionne bien et continue de grandir, grâce au millier de personnes de tous les horizons qui nous ont fait confiance. Nous avons décidé de nous focaliser pour cette deuxième année plus sur les professionnels, parce que malheureusement les impacts de l’obsolescence dans ces secteurs sont trop souvent liés au remplacement du matériel. Notre porte reste évidemment toujours ouverte à tout le monde.

Plus globalement, c’est quoi votre bilan, après un an et demi ?

Tout d’abord, Mcarré nous apporte une superbe expérience. Vous savez, quand on se lance dans une entreprise, c’est comme tout projet, ce n’est pas évident tous les jours, car nous devons nous réapprendre tout le temps. Et aimer ce que l’on fait, en l’occurrence la passion de l’informatique pour nous, est primordial. C’est ce qui fait aussi notre qualité de service.
Et puis nous apprenons tout le temps ! L’informatique évolue plus vite que ce que l’on a pu anticiper et cela suppose pour nos esprits jeunes, de se remettre en question et de revoir à la fois notre catalogue et notre cahier des charges.
Le deuxième constat, c’est que beaucoup de gens en ont marre de jeter, et c’est une très bonne nouvelle pour l’écologie. Nous avons beaucoup de personnes qui viennent nous voir après s’être senti arnaquées dans d’autres structures. Alors, au delà de l’écologie, c’est aussi la relation client qu’il faut réenchanter, pour que la confiance se recrée à nouveau.

Remise du label LVED sur Lyon (Lyon Ville Équitable et Durable) – photo Mcarré

 

En tout cas vous êtes toujours à fond, vous faites des vidéos de promo rigolotes, vous montez des partenariats… Parlez-nous de tout ça.

Vous avez parfaitement résumé notre état d’esprit. Notre objectif n’a pas changé depuis le début : construire un monde durable et accessible. C’est ambitieux et indispensable, alors nous faisons tout en sorte pour y parvenir. Nous avons augmenté notre gamme de services et de produits, ce qui nous permet d’être opérationnels de l’ordinateur jusqu’au réseau, d’une machine durable à la remise à neuf d’un Mac qui a 15 ans. C’est cette expertise qui nous permet de devenir l’interlocuteur unique de nombre d’entreprises, avec ce souci du détail pour remettre l’informatique à sa place : un outil.

Et toujours libristes, ou vous avez été obligés de faire des concessions ? (on a vu une Google Map sur votre site Wix, attention les geeks, ça pique, NoScript va couiner)

Libristes, oui, dans une relation non exclusive ! Nous n’avons jamais caché que nous travaillons sur tous les systèmes d’exploitation. Et pour nous, c’est extrêmement important, car cela nous permet de toucher tout le monde. Changer les habitudes, c’est bien et possible mais c’est moins notre action quotidienne, qui se fait plus dans la sensibilisation. Notre travail c’est avant tout de rendre la machine de son propriétaire durable, accessible et qu’il puisse l’utiliser mieux quand il part de chez nous que quand il arrive. C’est aussi un point fort.

Nan, mais, je veux dire, vous réparez encore des Windows ?

Oui, et, je vais vous faire frémir, nous faisons pire. Nous remettons à neuf des Mac.

La promesse de Mcarré

 

Vous avez le temps de contribuer à des projets libres ?

Oui, nous contribuons à Odoo. Nous avons choisi ce logiciel et réalisé quelques développements. Nous espérons pouvoir un jour participer activement et régulièrement à cette communauté. Nous sommes encore en phase d’apprentissage. Et nous voulons aller plus loin, nous utilisons beaucoup de logiciels libres pour nous et nos clients ; et participer à hauteur d’un pourcentage sur notre bénéfice est quelque chose que nous voulons faire.

Vous avez plein de témoignages de clients contents, combien sont authentiques ? :-P

Je vais décevoir la concurrence, mais tous. Et nous ne les avons même pas achetés !

Vous embauchez, c’est cool. Il faut être un gros geek, pour devenir « mentor » chez M2 ?

Pas forcément un geek, mais un passionné. Nous avons besoin de profils qui partagent également nos valeurs et qui nettoient la cuisine. Tous ceux qui passent par chez nous sont soumis à notre training et doivent savoir réaliser ce que nous appelons le Fastech (remise à neuf de votre ordinateur), même à la compta. Je vous rassure, dans ce cas, nous repassons derrière. :)

Alors, c’est sûr qu’à midi ça parle souvent geek. Mais nous sommes très attentifs à ce que tout le monde ait d’autres passions. Comme les trois fondateurs. C’est indispensable pour l’équilibre.

L’étape d’après ?

Nous allons être honnêtes, nous ne voulons pas nous arrêter là. Nous voulons que les ordinateurs durent 10 ans en durée d’utilisation. Et nous voulons continuer à avoir un impact positif à travers la France et pourquoi pas à l’étranger. Nous avons déjà reçu des demandes pour quelques pays.

Et le dernier mot ? (vous avez déjà fait le coup des céréales.)

Arrêtez de renverser du quinoa sur vos claviers d’ordinateurs, ils ne s’en porteront que mieux !

Le grand voyage libre d’Odysseus

Framablog - sam, 19/08/2017 - 07:09

Suite de notre feuilleton de l’été sur les illustrateurices libres. Aujourd’hui, nous avons le plaisir de retrouver Éric Querelle, alias Odysseus.

Bonjour Éric, rassure-toi, on n’est pas encore totalement séniles, on ne va te reposer les mêmes questions que lors de notre dernière entrevue. Peux-tu nous dire ce que tu as fait ces deux dernières années ?

Eh bien, en allant un peu farfouiller sur les blogs, je me rends compte que pas mal de choses ont été faites depuis.

Ainsi, pour résumer, Abel et Bellina ont construit une cabane et sont allés à la piscine, il y a eu un « Grand Voyage », des dessins divers, des dessins d’actualité, quelques « Petits Mots », des poésies pour enfants (tiens, je m’y remettrais bien !), l’Odysseus-generator (Merci Cyrille !), des récits autres que les miens enregistrés en audio, quelques petites collaborations çà et là.

Les petits mots d’Odysseus

 

J’ai aussi continué à collaborer avec les copains d’AbulÉdu.

J’ajoute également que Hervé le Carré connaît désormais une version italienne (+audio) grâce à Nilocram. C’est une des joies que peut procurer le Libre tant pour celui qui donne que pour celui qui reçoit.

Ces dernières semaines, tu publies beaucoup de dessins d’actualité. C’est parce que les enfants ne comprennent rien que tu changes de public ;-) ?

Je les laisse bien en paix pendant les vacances… :-p

Le dessin de presse m’intéresse depuis longtemps et j’apprécie m’y confronter de temps à autres. C’est un exercice qui m’est assez difficile car il faut allier qualité du dessin et/ou de la mise en scène et la pertinence du message. De mon propre aveu, je réunis rarement les trois en même temps. ;-)

Odysseus imagine une sanction bien terrible pour Hanouna !

 

Mais je persiste à le faire et je profite de l’occasion pour tester de nouvelles choses (exemple récent : un mix de dessin et photo) et alterner les outils (feutres, Gimp, Krita que je voudrais essayer ou Inkscape qui garde ma préférence).

Je me mets aussi au défi de dessiner des personnes connues issues de tous horizons (mais souvent de Belgique) tout en essayant de garder mon style graphique.

Peux-tu nous parler un peu plus en détails, du « Grand Voyage » qui nous semble être un album vraiment remarquable ?

Le Grand Voyage

Merci ! Je suis vraiment satisfait et fier de cette histoire car, de mon point de vue je pense justement être parvenu à allier pertinence et qualité du récit avec un soin tout particulier que j’ai essayé d’apporter à la colorisation. Ça a été long… très long et moi qui ai parfois tendance à vouloir terminer au plus vite pour m’en « débarrasser » et « faire de la place » pour autre chose, j’ai dû m’organiser, m’armer de patience et faire parfois de gros efforts pour ne pas me précipiter.

L’idée de départ n’était pas de parler de la pluie et du cycle de l’eau, mais de parler des nuages et du voyage ce n’est qu’après que le cycle de l’eau a… coulé de source.

En tout cas c’est un album pour lequel je me suis réellement amusé à jouer avec les ombres, les reflets.

Pas trop de dur de trouver de la motivation après un tel aboutissement ?

Je ne cache pas qu’il m’a fallu un certain temps pour redémarrer après le « Grand Voyage » car j’avais le sentiment que j’avais atteint mes limites.

Ma motivation est restée bien intacte (ouf ! ;-)) même si elle fluctue parfois, comme tout le monde, sans aucun doute.

En revanche, il m’est quasiment impossible d’attaquer une histoire si elle n’est pas 100 % claire dans mon esprit ou si elle ne me satisfait pas complètement. C’est sans doute la raison pour laquelle il y a parfois un laps de temps très (très) long entre deux histoires et je redoute parfois le manque d’idées. Une seule solution : (se) laisser aller.

Quelles sont tes relations (en tout bien tout honneur) avec les autres auteurs libres ?

Très bonnes et très cordiales. J’ai de relativement fréquents contacts avec Péhä et Cyrille Largillier que j’ai rencontrés plusieurs fois et avec qui j’ai de très bons contacts et avec qui je collabore bien volontiers.

Et alors, quand est-ce que vous nous refaites une partie de Tac au Tux avec Gee et Péhä ?

Hem ! On a un peu perdu cela de vue, il faut bien avouer que l’on s’est probablement laissés rattraper par nos quotidiens respectifs. Tout à fait entre nous, il y en a un en cours entre Péhä et moi – par voie postale – depuis..… fin 2016 et je plaide coupable. Je m’engage publiquement à lui renvoyer ma réponse au plus vite.

Je relance, au passage, Gee et Nylnook. ;-p

Tu as ouvert une boutique de produits dérivés de tes illustrations. Ça y est, tu es riche ? Toi aussi, tu as vendu 10 000 T-shirts le premier jour ?

Absolument. Je me suis acheté deux tasses, on m’a acheté un T-shirt et un sticker. Je suis effectivement sur la bonne voie. Mais la route est encore bien longue… ;-)

Tu as participé à un festival dernièrement, c’est quelque chose de nouveau pour toi. Raconte-nous cette première.

J’ai eu l’honneur d’être convié dans le cadre du Festival d’Art Contemporain Numérique Transmédia MONBYAI à l’initiative d’Antoine Moreau. C’était la première fois que j’étais invité, en tant qu’auteur, à sortir de chez moi. :-) J’y ai passé un week-end vraiment agréable et très enrichissant à la rencontre d’autres auteurs du libre, mais aussi d’enfants et d‘adultes à qui j’ai pu faire découvrir mon petit monde à la bibliothèque (atelier contes) et en ville (expo).

J’en garde un excellent souvenir.

Dévions un peu du dessin, pour évoquer une autre de tes facettes artistiques, la chanson. Les plus libristes apprécieront l’ « Ode à la LAL ». Ton dernier titre « Les hommes qui errent » aborde un sujet sensible avec sensibilité.

J’aime bien écrire des chansons. Et, tout comme pour le dessin, le musicien averti y trouvera sans aucun doute des approximations très approximatives ;-) mais peu importe…

Depuis pas mal de temps, je ressentais l’envie, voire le besoin d’évoquer le sujet des migrants. J’avais commencé avec deux ou trois planches en crayonnés pour en faire un récit qui devait s’appeler « L’Exil d’Amal » avec l’intention de les proposer au fur et à mesure, comme un feuilleton. Cette manière de fonctionner m’avait emballé. Je comptais évoquer l’arrachement à ses racines, le choix de partir, la marche, les obstacles, l’arrivée dans l’Eldorado européen à travers le regard de la petite Amal.

Mais j’ai très vite senti que j’allais m’engluer vers un récit larmoyant et qui ne me convaincrait pas. Alors j’ai abandonné.

Puis, suite à une de ces trop nombreuses nouvelles de rafiots récupérés en Mer Méditerranée couplée à celle des migrants dégagés dans un parc de Bruxelles, cette phrase m’est venue : « Il y a des hommes qui se perdent au fond de la mer pour une chimère » Et c’est comme ça que la chanson est née.

https://framablog.org/wp-content/uploads/2017/08/LesHommesQuiErrent-Odysseus-LAL.mp3

 

 

 

 

 

 

 

 

Alors que ta production dessinée s’adresse principalement aux plus jeunes, les chansons sont plutôt destinées aux plus vieux.

J’ai besoin d’alterner les créations pour enfants et celles destinées pour un public adulte, comme les chansons en l’occurrence, afin de ne pas avoir le sentiment de tourner en rond dans le même domaine. Raison pour laquelle le site est partagé en deux : le Petit Monde est destiné aux enfants et le blog aux adultes.

Bref, j’aime varier les plaisirs. :-)

Pour mélanger ces deux univers, la chanson et le dessin, on ne pourrait pas imaginer un jour un concert dessiné comme le fait actuellement Steve Waring ? Bon d’accord, ils sont deux sur scène, cela sera plus dur pour toi. ;-)

Je ne connaissais pas Steve Waring et, après visionnage, ça me parle. Qui sait ? :-)

Mais, effectivement, pour ce qui est du choix…

Un logiciel médical libre contre l’emprise du privateur prédateur

Framablog - ven, 18/08/2017 - 02:18

Attention, c’est du lourd.

Ce qu’explique ici Jérôme a de quoi faire douter non de la médecine mais bien de l’intelligence et de la vigilance de nombreux praticiens.

Voilà des professionnels qui après de longues années études ont un haut niveau de compétence dans leur domaine, qu’ils soient spécialistes ou généralistes, mais qui sont d’une incroyable négligence sur la confidentialité des données de leurs patients (pourtant, le serment d’Hippocrate…)

Loin de rester dans la déclaration d’intention, le libriste convaincu auquel nous donnons la parole agit concrètement via son entreprise pour diffuser les bonnes pratiques au sein d’une profession qui selon lui a beaucoup de retard dans le domaine de l’informatique médicale.

Bonjour, pourrais-tu te présenter brièvement ?

Je m’appelle Jérôme Pinguet, j’ai 38 ans, je suis médecin généraliste, développeur de logiciel libre et entrepreneur.

C’est quoi cette histoire de médecine « libre », elle est prisonnière, la médecine ?

Les logiciels utilisés au quotidien par les professionnels de santé, par exemple pour conserver des notes à l’issue d’une consultation de médecine générale, pour visualiser les images d’un examen de radiologie, ou pour transmettre des données à un autre professionnel de santé sont dans leur immense majorité des logiciels privateurs, non libres.

Les médecins sont confrontés à des multiples tentatives d’influence dès le début de leurs études et jusqu’à la fin de leur carrière.

Dès les premiers stages à l’hôpital en tant qu’étudiants hospitaliers, l’industrie pharmaceutique envoie des visiteurs médicaux qui leur distribuent des documents, des livres ou des stylos siglés avec le nom de marque d’un médicament et le nom du laboratoire. Quand ils deviennent médecins en formation (internes) les méthodes d’influence incluent le financement de repas ou de formations, ou encore de l’aide pour leur thèse.

Aujourd’hui, des groupes d’étudiants comme la Troupe du RIRE, essaient de lutter contre cette influence néfaste et contre la présence de ces visiteurs au sein des hôpitaux universitaires.

Les médecins généralistes qui exercent en mode libéral, dans leurs cabinets, reçoivent la visite des représentants de l’industrie pharmaceutique qui font le pied de grue dans la salle d’attente et qui sont aguerris aux techniques de communication. Il est souvent difficile de refuser la visite médicale. Depuis quelques années, la communication de l’industrie pharmaceutique auprès des prescripteurs passe par des publicités au sein des logiciels professionnels.

La loi interdit la publicité au sein du module de prescription, mais un lobbying efficace de l’industrie pharmaceutique lui permet de s’associer aux éditeurs de logiciels pour proposer des bandeaux ou des économiseurs d’écran publicitaires qui apparaissent quelques secondes avant ou après la prescription. Ces méthodes sont efficaces, et en même temps que les plans sociaux diminuent le nombre des représentants qui viennent frapper à la porte des médecins, des partenariats entre l’industrie et les éditeurs font ressurgir l’influence par la fenêtre des logiciels.

Donc, malheureusement, la médecine n’est pas libre de l’influence néfaste des lobbies, et ce n’est pas limité à l’industrie pharmaceutique.

Tu es sans doute témoin quotidiennement des risques pour la confidentialité des données médicales que représentent l’usage du cloud, d’outils propriétaires opaques, voire des transmissions de fichiers ou leur croisement dans un dossier médical unique… peux-tu expliquer la situation et donner quelques exemples ?

Le système censé protéger la transmission des informations médicales le plus répandu s’appelle Apicrypt. L’entreprise qui édite cette solution au nom de l’association APICEM n’a jamais publié aucun audit. Le code n’est pas accessible. Les algorithmes utilisés ne sont pas publiés. Les quelques analyses de reverse engineering publiés par des informaticiens curieux sont très négatives. J’ai écrit de nombreux messages sur les forums et les listes de discussion qui regroupent des professionnels de santé pour tenter d’alerter mes collègues mais rien n’y fait. Cette solution qui véhicule 50 % des données médicales des français a tout de ce que les spécialistes en sécurité informatique et les cryptologues appellent la snake-oil crypto.

La plupart des logiciels médicaux distribués par les éditeurs français membres de la FEIMA (Fédération des Éditeurs d’Informatique Médicale et Paramédicale Ambulatoire) contiennent un module concocté par l’entreprise IMS Health, leader mondial de la vente de données santé à l’industrie pharmaceutique. Ce module ne peut jamais être supprimé par l’utilisateur. Les médecins reçoivent des propositions pour revendre les données médicales de leurs patients à cette entreprise IMS Health (récemment rachetée par Quintiles). Après activation du module, en échange de leur travail de codage et de l’envoi d’informations (notamment leurs prescriptions), ils reçoivent de l’argent ou des réductions sur le coût de l’abonnement au logiciel ou à la base de données sur les médicaments. Ils peuvent aussi recevoir des bons d’achats.

Je ne sais pas si les médecins qui font ça préviennent leurs patients.

Il est inacceptable d’imposer la présence d’un tel module dans le logiciel des médecins, même s’il n’est pas activé. Qu’arriverait-t-il si ce module, programmé pour transmettre des données vers l’extérieur, était détourné de son usage par un tiers malveillant ?

Il est également inacceptable que des médecins se prêtent à ce commerce : même s’ils sont une infime minorité, ils remettent en cause le caractère absolu du secret médical, qui est le fondement de la relation de soin.

La relation de confiance entre patient et médecin est compromise si nos données médicales ne demeurent pas strictement confidentielles. Photo par Vic  (CC BY-2.0)

 

Quelles sont les chances pour les logiciels libres de se faire une place dans le milieu médical, à commencer par notre médecin généraliste ?

Classiquement, dans beaucoup de domaines, la médecine a dix, vingt, trente ans de retard. C’est le cas pour l’informatique médicale. C’est une activité un peu à part. Parfois, il y a de bonnes raisons pour lesquelles les choses n’évoluent pas aussi vite que dans les autres secteurs du numérique. Le côté clunky des logiciels médicaux est parfois une fonctionnalité, pas un défaut : il s’agit d’éviter les erreurs médicales, au risque d’obtenir une expérience utilisateur désagréable par rapport à la dernière application pour smartphone.

La révolution du logiciel libre aura lieu. Je fais tout pour qu’elle arrive vite. La médecine générale libérale, mon domaine de prédilection, est en crise. Une crise de vocation essentiellement. Les jeunes médecins généralistes diplômés n’ont plus envie de faire ce métier. 80 % font autre chose.

Donc, soit cette profession évolue, soit elle disparaît. J’aimerais participer modestement à redorer le blason de cette médecine en proposant des outils innovants mais sans concession sur l’éthique. La plupart des médecins ne le savent pas encore, mais ils ont un besoin vital de logiciels libres !

Tu as manifestement une double casquette, médecin la journée et développeur la nuit ? Quelle a été ta part de contribution (et celle d’autres contributeurs) dans la création de ce logiciel ?

J’ai été médecin remplaçant pendant 4 ans puis j’ai arrêté de pratiquer la médecine pour créer une société de service en logiciel libre en 2012. J’utilisais Ubuntu depuis 2008. En 2011, au cours d’un de mes remplacements où le logiciel de prescription était obsolète et inutilisable, j’ai découvert sur les forums francophones d’Ubuntu l’existence d’un logiciel libre de gestion des dossiers patients appelé Medintux qui fonctionnait avec un module de prescription libre appelé FreeDiams. Ca m’a rendu service et j’ai commencé à contribuer à la documentation, à faire remonter des bugs. FreeDiams pouvait être compilé en tant que logiciel indépendant mais c’était également un plugin au sein d’un projet d’EMR (Electronic Medical Record) appelé FreeMedForms créé par Eric Maeker, médecin aussi, en 2008.

Au début mon entreprise fournissait des services pour Medintux et FreeMedForms mais j’ai été rapidement frustré par le manque d’évolution du code de Medintux et je me suis consacré entièrement à FreeMedForms. J’ai pris des responsabilités croissantes au sein de la communauté en gérant le wiki, les forums, les mailings lists, en créant un VPS pour héberger certains de ces services de manière autonome, jusqu’à mes premiers commits C++/Qt en 2014.

En 2015 j’étais la seule personne à maintenir le projet et le code source, j’ai sorti deux nouvelles versions. J’ai aussi représenté le projet aux RMLL 2014 et 2015.

En 2016 j’ai décidé de forker FreeMedForms pour créer un nouveau projet appelé FreeHealth EHR (Electronic Health Record).

Au niveau des commits je suis le deuxième commiteur du projet, loin derrière Eric Maeker qui a écrit plus de 75 % du code. FreeHealth intègre le code, le design et la structure en plugins de l’IDE Qt (Creator) ainsi que de quelques autres projets libres. Mes derniers programmes, je les avais écrits en GFA Basic sur ATARI 520 STF il y a très longtemps ! J’ai dû réapprendre la programmation en urgence en 2014 avec comme langage C++/Qt et comme premier TP la gestion d’un logiciel de 600 000 lignes de code sans pouvoir bénéficier des conseils du créateur du projet qui s’était mis en retrait pour se consacrer à ses projets professionnels et personnels.

Ce ne fut pas facile mais ce fut une expérience unique. Un peu comme commencer à apprendre à naviguer puis avant même la fin de son premier stage de voile aux Glénans, se retrouver à la barre d’un Imoca de 60 pieds aligné au départ de la Route du rhum.

Des Imocas à l’entraînement, photo par JJ. Abalain (CC-BY-2.0)

 

L’application est-elle compatible avec le workflow de la Sécu, la carte Vitale, la carte bancaire, etc. ?

Pour l’instant, non. La prochaine version 0.11 se servira du code du logiciel libre CardPeek pour lire les Cartes Vitales.

Le but est de sécuriser l’ouverture du dossier pour éviter les erreurs d’identité et de faire gagner du temps au médecin qui pourra ouvrir le dossier en un clic au lieu de chercher un patient dans la liste en tapant son nom. C’est du temps gagné aussi au moment de la création d’un nouveau dossier patient. CardPeek est capable de récupérer les données d’identité, notamment le numéro de sécurité sociale, ce qui évitera de faire des erreurs à cause d’homonymes par exemple.

Gérer la télétransmission des feuilles de soins électroniques à l’Assurance Maladie est une tout autre histoire. Ça demande des ressources, du temps, une homologation par le mille-feuille administratif. Il faut savoir qu’il y a trois agences, en plus de l’assurance maladie, qui s’occupent des labels, certifications et homologation des logiciels médicaux. Pas de guichet unique, au contraire ! Pour les démarches les plus simples, l’Assurance Maladie, la Haute Autorité de Santé, le GIE Sesam Vitale, ASIP Santé se renvoient généralement la balle pendant des semaines. Il y a de quoi décourager les projets qui ne peuvent pas déployer une armée d’employés chargés de dialoguer avec le labyrinthe administratif de la e-santé française. Le résultat ne s’est pas fait attendre : deux acteurs concentrent 80 % du marché du logiciel métier pour les médecins libéraux, les solutions pour la télétransmission ou l’accès aux téléservices (comme faire un arrêt de travail dématérialisé) sont médiocres et coûteuses.

Ces agences gouvernementales mettent de telles barrières administratives et financières (il faut payer pour avoir droit à la documentation administrative, je me demande d’ailleurs si c’est bien légal) que les projets libres ou les startups jettent l’éponge rapidement et finissent par utiliser les logiciels existants.

À ces contraintes il faut en ajouter une qui résonne étrangement dans la communauté du logiciel libre : celle de signer des accords de non divulgation avant de pouvoir manipuler les documents administratifs, les bibliothèques logicielles et les jeux de cartes de test (cartes Vitale du patient et carte CPS du professionnel de santé).

Bref, tout est fait pour anéantir l’innovation en général et compliquer la tâche des libristes en particulier.

Mais nous ne nous avouons pas vaincus ! Je reste déterminé à tenter de regrouper tous les projets libres en santé français ainsi que les startups et tous ceux qui tentent de faire bouger ce système pour élaborer un projet commun de gestion de la CV et de la CPS. Si on réussit à développer un projet et un code open source commun, nous arriverons à créer une brèche dans la citadelle de la e-santé. Nous en discutons sur la liste de diffusion francophone de LibreHealthCare, ce collectif créé il y a deux ans et qui tentent de créer des synergies dans le domaine de l’open source pour la santé.

C’est bien joli tout ça, mais le logiciel est gratuit, comment la société que tu as créée peut-elle y trouver son profit ?

Pour ce qui est de la communauté : le logiciel n’est pas gratuit. Il est libre et il est mis à disposition au téléchargement sur le site à prix libre. La plupart des utilisateurs choisissent un prix libre de 0€ mais celles et ceux qui le souhaitent peuvent faire un don ou devenir contributrices ou contributeurs.

Pour ce qui est de mon entreprise : je facture l’installation et la maintenance. Je vends des serveurs Debian ou Ubuntu pour stocker les bases de données sur un SGBD (MySQL ou MariaDB) dans le cabinet et j’en assure la maintenance. Je réalise également des développements spécifiques de formulaires pour des cabinets ou des centres de santé. Sous licence libre aussi, et j’essaie de convaincre mes clients de me laisser publier le code source, avec 100 % de succès jusqu’à présent. Quand ces formulaires (xml, html, JavaScript et CSS) sont mûrs et traduits en anglais, ils finissent par fusionner avec le code source principal du projet.

Bientôt je proposerai un système de prise de rendez-vous en ligne hébergé, payant pour les cabinets, basé sur un logiciel libre et sur des standards libres (iCal, ics, calDAV) bien sûr !

La documentation a l’air assez complète et l’ergonomie est pensée pour faciliter la vie à l’utilisateur, mais la gestion avancée demande tout de même des manipulations qui peuvent faire peur ou décourager les médecins qui ne veulent pas passer leur temps à tripoter les lignes de commande, que leur conseilles-tu ?

Il est possible pour tout utilisateur d’installer le logiciel en mode monoposte aussi facilement que n’importe quel autre logiciel.

L’installation en mode réseau, pour un cabinet avec plusieurs soignants et plusieurs postes de travail, peut présenter des difficultés pour une personne qui n’est pas à l’aise avec l’informatique.

Par contre, l’utilisation quotidienne classique du logiciel ne nécessite aucune connaissance particulière : rien à tripoter. Juste cliquer et entrer les données médicales avec le clavier.

Tu parles peut-être du système d’alertes programmables ? Il pourrait être simplifié à l’avenir pour ne pas perdre trop de monde en route. Mais c’est un plugin totalement optionnel.

Si des utilisateurs ont envie de faire l’installation eux-mêmes, de s’auto-gérer pour les sauvegardes, d’apprendre à bidouiller et d’y passer du temps, la communauté peut les aider et les aiguiller.

S’ils préfèrent consacrer leur temps et leur énergie au travail purement clinique et médical, je leur conseille de faire appel à une société de service en logiciel libre qui connaît bien le projet. ;-)

Pourquoi avoir fait le choix du libre et de l’open source ? Il existe certainement des tas de logiciels performants fournis par les grands distributeurs de logiciels ?

Je suis hackeur/bidouilleur depuis l’âge de 7 ans et libriste depuis le début de mes études médicales. Participer à des projets libres était une évidence. Je n’ai jamais écrit une ligne de code qui ne soit pas libre. Et j’espère n’avoir jamais à le faire.

La qualité des logiciels qui dominent le secteur laisse à désirer. Ils sont devenus gros non pas en attirant de nouveaux médecins grâce à leurs qualités mais en rachetant les petits éditeurs. Ce que les deux grands groupes (Cegedim et CompuGroup Medical) rachètent, ce n’est pas un logiciel souvent obsolète et en perte de vitesse. En réalité, ils achètent les médecins captifs de ces logiciels privateurs. Après avoir passé des années à entrer des données dans leur logiciel, les médecins, à l’annonce du rachat, ne sont souvent pas très chauds pour se rebeller. Ils n’ont pas vraiment le choix. Aucun standard d’échange des dossiers médicaux n’a été développé en France. Changer de logiciel est une opération périlleuse et coûteuse. Certains éditeurs font payer les médecins pour récupérer leurs propres données (et celle des patients) ! Et ensuite, il faudra payer aussi l’éditeur du nouveau logiciel, pour qu’il effectue l’opération d’importation des données. Les SGBD sont divers et variés, souvent propriétaires, parfois protégés par des mots de passe que l’utilisateur ne connaît pas. Écrire des scripts ou du code pour récupérer les données depuis un tel logiciel est une opération longue et complexe et donc coûteuse.

Après le rachat, la multinationale rassure faussement les médecins en disant qu’elle va continuer à maintenir et améliorer le logiciel racheté. Et puis, après quelques mois ou années, les nouvelles fonctionnalités se font attendre, les corrections de bugs sont lentes, jusqu’à rendre l’expérience utilisateur catastrophique. C’est à ce moment que le médecin reçoit l’offre avantageuse (une réduction) pour passer au logiciel vedette du groupe. Encore un non-choix.

Et tout ça, c’est pour les médecins qui ont eu la chance d’avoir un éditeur avec une liste de patients à racheter suffisamment longue. Pour les autres, après la faillite de l’éditeur, ils se retrouvent avec un logiciel orphelin. Et ce cycle se répète tous les dix ans, ponctué d’illusions et de naïveté de la part des médecins et de fausses promesses ou de mensonges commerciaux de la part des éditeurs.

Le logiciel libre peut briser ce cercle vicieux en rendant les rapports entre les utilisateurs et les développeurs plus égalitaires et plus justes. Plus de rachat possible du code source puisqu’il est libre ! En cas de mauvaise direction prise par le projet, de rachat ou de fermeture de l’entreprise qui développe ou assure le support du logiciel libre, les médecins peuvent s’adresser à une autre entreprise ou forker !

En pratique, se regrouper et confier le développement à une entreprise, peut-être via une association. Le risque de logiciel orphelin diminue. Il existe déjà des logiciels édités par des associations de médecins, mais, malheureusement, ils ne sont pas libres.

Caducée par Chlopaya – Bibliothèque OpenClipart (CC0 1.0)

 

Du coup, si on veut aider/participer au code, cela se fait sous quelle licence ? Et comment fait-on pour apporter sa pierre ?

La licence principale est la GPLv3. Pour contribuer au code il suffit de forker le code sur GitHub et d’envoyer un pull request. La communauté FreeHealth est très ouverte aux contributeurs extérieurs. Pour le code par exemple, nous acceptons les commits d’emblée, puis nous voyons ce que ça donne, et si nécessaire nous engageons une discussion avec le contributeur pour modifier certaines choses. Seulement si c’est nécessaire et en dernier recours, nous annulons le commit.

Il y a très peu de contraintes. Utiliser l’anglais est indispensable pour le code mais je peux traduire depuis le français si nécessaire. Tout le monde peut contribuer mais les contributions sont vérifiées par des personnes qui doivent avoir déclaré leurs liens d’intérêts avec les entreprises, les organisations, les agences du monde de la santé.

Nous sommes aussi favorables aux forks et nous sommes en train d’améliorer le code pour le rendre plus facile à forker.

Forker, c’est exercer la liberté 3 du logiciel libre. Vive le fork ! Bien sûr, si les développeurs préfèrent rejoindre la communauté FreeHealth et travailler avec nous, c’est encore mieux. Et comme le code est sous GPLv3, les forks sont tenus de publier leur code s’ils publient la version compilée, donc, avec ou sans leur collaboration, on peut récupérer les bonnes idées !

Le code, les variables les commentaires, la documentation du code, la documentation du logiciel, le site web, la mailing list dev et le forum principal et le compte Twitter et Mastodon sont 100 % en anglais. Il existe aussi bien sûr une traduction du site web (dokuwiki) en français et un forum francophone. Bon, il reste peut-être 0,5 % de mots français ou mal traduits dans les commentaires du code, mais ce pourcentage se réduit à chaque nouvelle version.

Les professionnels de santé qui ne connaissent rien au code peuvent contribuer en proposant des améliorations, des nouvelles fonctionnalités, en faisait remonter des bugs qui peuvent être des bugs au sens médical : mauvaise ergonomie, mauvais workflow.

Récemment par exemple @drmathieu nous a rejoints et il a proposé une liste de choses qui fonctionnent bien dans son logiciel actuel (non libre) pour que nous les intégrions dans FreeHealth. Je n’ai pas le temps d’essayer toutes les nouvelles versions de tous les logiciels concurrents existants. Cette initiative est donc une aide précieuse. Les éditeurs privateurs payent très cher des médecins pour faire ce que fait @DrMatthieu bénévolement. Ainsi, il souhaite participer à la construction d’un outil de qualité et il espère réussir à convaincre ses collègues de passer au libre quand il estimera que le projet lui convient.

Donner l’opportunité aux médecins de participer à la construction de leur outil de travail est un des avantages majeurs du logiciel libre. A contrario, certains des bugs qu’il a signalés à son éditeur actuel il y a des années n’ont toujours pas été corrigés.

Des chiffres ? Quelle est la base utilisateurs courante ?

Difficile à savoir. Par principe, nous ne conservons aucune statistique ni aucun log concernant les téléchargements. Le logiciel peut vérifier, si l’utilisateur le souhaite, l’existence d’une nouvelle version en lisant un fichier texte sur le site web. Nous n’analysons pas les connexions à ce fichier.

Parfois je reçois un tweet d’un médecin d’une région de l’Inde ou d’un pays africain qui me dit qu’il aime utiliser FreeHealth (ou FreeMedForms).

J’ai une vague idée du nombre d’utilisateurs français via les forums, les mailing lists, les retours de bugs.

À vrai dire les chiffres m’importent peu, je continuerai à porter ce projet quoi qu’il arrive jusqu’à ce qu’il devienne un outil performant que chaque médecin aura envie de choisir en priorité face aux solutions non libres.

Des projets de développement ? Prochaines étapes ?

La prochaine étape est d’intégrer une base de données sur les médicaments à jour. Nous avons choisi la base Thériaque, éditée par une association regroupant de nombreux hôpitaux. L’avantage de Thériaque par rapport aux trois autres bases concurrentes est son indépendance. Elle n’a aucune relation avec l’assurance maladie, l’industrie pharmaceutique, l’industrie des données de santé ou les éditeurs privateurs de logiciels médicaux. Les trois autres bases de données ont des liens d’intérêts ou appartiennent en partie à un ou plusieurs de ces acteurs.

Un autre changement fondamental va intervenir dans la structure du logiciel. Je suis partisan du mouvement OpenNotes qui permet aux patients de lire le contenu de leur dossier médical. C’est très important pour améliorer la relation patient/médecine et la qualité des soins. Des études ont montré que les patients qui avaient accès à leur dossier relevaient de nombreuses erreurs et aidaient à les corriger. C’est une manière de diminuer le risque d’événements indésirables liés aux soins.

Par ailleurs, je me suis aperçu que traiter patients et soignants différemment au niveau du code n’avait pas beaucoup de sens. De nombreuses classes sont redondantes. En fait, le patient doit devenir un utilisateur à part entière du logiciel. Cette évolution va entraîner de gros changements structuraux et la nécessité de gérer les accès aux données différemment. Mais au final le code sera plus simple et plus facile à maintenir. Évidemment, comme toutes les fonctionnalités du logiciel, l’utilisateur reste le décideur. Nous respecterons le libre-arbitre des médecins qui ne souhaiteront pas activer cette fonctionnalité.

Pour ce qui concerne mon entreprise, j’aimerais la transformer en SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) pour que les utilisateurs soient encore plus impliqués dans la construction de leurs outils et pour qu’ils financent eux-mêmes les développements futurs, afin de garantir l’indépendance financière du logiciel.

Le mot de la fin ?

Ni la santé, ni la médecine, ne sont un commerce ou une industrie. Les valeurs du logiciel libre et open source nous permettront d’apporter des solutions éthiques, indépendantes, performantes, respectueuses du secret médical, des droits et des libertés de toutes les personnes : personnes en bonne santé et qui souhaitent le rester, patients et professionnels de santé.

La relation de soin est basée sur la confiance, notamment sur la certitude que ce qu’on confie au soignant ne sortira pas du cadre du soin. Seuls des outils libres et open source peuvent garantir de manière vérifiable que cette relation de confiance ne risque pas d’être brisée.

Vive le logiciel libre, vive Framasoft !

 

Liens

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De PIQO à Nivara

APRIL - jeu, 17/08/2017 - 09:15


Titre : Du projet PIQO à l'entreprise Nivara
Intervenants : Émilien Court - Jérémie Nestel
Lieu : Radio Bac FM - Nevers
Date : 22 juin 2017
Durée : 32 min 32
Télécharger le podcast de l'émission du 22 juin 2017
Licence de la transcription : Verbatim

Transcription

Jérémie Nestel : Bienvenue sur Bac FM 106.1, Place numérique. Aujourd’hui nous recevons Émilien.

Émilien Court : Bonjour.

Jérémie : Qui a développé une entreprise autour d’un projet qui est de permettre à ce que chacun puisse avoir accès rapidement à un ordinateur

Émilien : C’est bien ça.

Jérémie : La première vous avez certainement entendu, parce que ça a fait le buzz dans la Nièvre, ils ont développé autour de Raspberry Pi un petit ordinateur qui s’appelle PIQO1 et aujourd’hui, eh bien vous allez avoir l’exclusivité, on passe à une autre techno et il y a des nouvelles choses qui se préparent.

Émilien : Oui, c’est ça. On a prévu d’aller un petit peu plus loin ; on a étendu la gamme, du coup, parce que maintenant ça fait deux ans qu’on travaille sur ce projet. Donc la gamme s’est beaucoup étendue vers de l’informatique plus traditionnelle, avec des PC. Au départ on était sur vraiment des tout petits objets, pas chers, assez peu performants — il faut être honnête — pour des usages basiques. Maintenant on a des ordinateurs qui sont beaucoup plus puissants, toujours à base de logiciels libres, puisque l’ADN de PIQO en fait c’est ça, c’est de faire en sorte que n’importe qui puisse acheter un ordinateur, le brancher, sauf qu’au lieu d’avoir des logiciels propriétaires, fermés, il ait des logiciels libres, pré-installés, prêts à l’usage.

Jérémie : On va revenir un peu en arrière. Du coup quelle est ton entreprise ? Qu’on comprenne un peu, dans la Nièvre. Après on reviendra un peu sur la philosophie de votre entreprise et après sur les nouvelles possibilités.

Émilien : L’entreprise s’appelle Nivara2 et donc c’est l’entreprise qui exploite, en fait, la marque PIQO.

Jérémie : D’accord. Du coup vous êtes des entrepreneurs. Au début, c’était un projet avec une volonté associative de favoriser à ce que chacun ait un ordinateur.

Émilien : C’est toujours une association aussi, PIQO.

Jérémie : D’accord.

Émilien : En gros la marque PIQO, on va dire le cahier des charges est mis en place par l’association, dans une démarche associative et ensuite, le côté opérationnel des choses, la mise en œuvre, la production, la commercialisation, est faite par la société.

Jérémie : Donc Nivara, du coup, commercialise des ordinateurs qui sont le plus possible à coût réduit, pour favoriser à ce que toutes les institutions, à ce que tout un chacun, puisse avoir accès au numérique, à un ordinateur. Et un des choix que vous faites c’est le logiciel libre.

Émilien : C’est ça. Oui.

Jérémie : C’est vrai qu’on en a beaucoup parlé dernièrement, mais c’est toujours bien de rappeler qu’un logiciel libre est un logiciel qui est fourni avec le code source, c’est-à-dire le programme avec lequel il est écrit. Et que le fait d’avoir le programme permet, finalement, de pouvoir le copier et de le diffuser librement, mais, en même temps il y a une licence, dans ce logiciel libre, c’est pour ça qu’il est libre, qui donne un certain nombre de règles. Ça veut dire qu'on a le droit de le diffuser, même de le revendre, mais, par contre, on doit garantir que tout le monde puisse avoir accès au code informatique. Donc il y a une démarche de permettre à ce que chacun, finalement, puisse accéder à un logiciel, mais ça va plus loin parce que ça permet aussi à ce que tout un chacun sache ce qui se passe sur son ordinateur ou puisse modifier le programme.

C’est vrai que c’était beaucoup plus utilisé par des informaticiens parce que ça permet, finalement, d’adapter le logiciel à ses besoins, mais, en même temps surtout ça permet, maintenant qu’on voit qu’il y a énormément de problèmes de virus ou de sécurité, d’avoir un contrôle plus optimum sur sa machine, de trouver qu’il y ait des personnes qui puissent s’en occuper. Donc le choix que vous faites qui est le logiciel libre — d’ailleurs on va rappeler que bientôt il y a les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre à Saint-Étienne3 début juillet. Je sais que l’association Nevers Libre4 propose du covoiturage, vous pouvez regarder Nevers libre covoiturage si vous voulez découvrir la culture libre, petite parenthèse.

Et donc, à l’heure d’aujourd’hui, et c’est pour ça du coup qu’on se voit, c’est que les gens connaissaient PIQO. Au début vous vous étiez servis, finalement, d’une carte qui s’appelle Raspberry Pi qui est une carte qui permet de faire énormément de choses, notamment qui est bien connue par les personnes qui font de la domotique, mais que vous, vous avez utilisée pour pouvoir favoriser à ce que des personnes puissent bénéficier des mêmes services qu’un ordinateur. Et là, ce qui est intéressant c’est que vous avez trouvé une autre techno.

Émilien : En fait, on a pas mal de projets dans les cartons. Celui qui est imminent c’est un produit qui s’appelle PIQO One Stick ; ça ressemble à une grosse clef USB tout simplement. C’est là aussi un ordinateur plus puissant. C’est un véritable PC. Je ne vais pas rentrer dans les détails trop techniques sur la techno, mais l’idée c’est d’avoir, là aussi, un ordinateur pas cher, qu’on puisse brancher partout, qui puisse être utilisé pour faire de la bureautique, pour faire du multimédia, pour gérer ses photos, ses mails, enfin voilà, tout ça. L’avantage de ce produit-là c’est vraiment qu’il est encore plus compact et, en termes de prix, on se situe à peu près autour des 100, 120 euros.

Jérémie : D’accord ! Donc c’est une grosse clef USB et ça peut se brancher derrière sa télévision ?

Émilien : Oui. C’est ça. On peut brancher.

Jérémie : Je pars en vacances, j’ai envie d’avoir mon ordi avec moi, je peux le brancher derrière n’importe quelle télévision équipée d’un port USB.

Émilien : Exactement. On peut l’utiliser à son bureau, le brancher derrière son écran. On peut le mettre à la maison derrière sa télé, effectivement, pour aller sur Internet regarder des vidéos, des films, etc. Il n’y a pas de soucis. On peut l’emmener avec soi partout. L’idée c’est vraiment d’avoir son ordinateur dans la poche, en fait.

Jérémie : Et c’est là où votre entreprise est intéressante, parce qu’on sait qu’à une époque la communauté Raspberry Pi avait dit : « Tiens quelle est la plus-value de votre association, de votre entreprise » et, finalement c’est là où, en t’entendant, on la trouve réellement. C’est que tester des technologies, les adapter, regarder comment on peut les utiliser, les optimiser, ça c’est un travail, ça prend du temps, c’est un service et donc du coup, c’est là-dessus qu’est positionnée maintenant votre entreprise.

Émilien : Oui, c’est ça. Si on reprend l’histoire par rapport au Raspberry Pi, effectivement il y avait eu forcément une demande de la communauté technophile, en fait, par rapport à la valeur qu’on pouvait avoir sur nos solutions. Simplement, on ne s’adressait pas à eux, on s’adressait vraiment au grand public. Et l’idée c’était de prendre une technologie qui était finalement un petit peu réservée aux technophiles et aux geeks pour la mettre entre les mains du grand public. Et donc il y avait tout ce travail de construction d’un écosystème logiciel, en particulier, qui soit très facile à utiliser. Ça nous a servi de base pour les solutions ensuite. On a beaucoup appris, en fait, en faisant ça. Et du coup, maintenant, on tend à devenir de plus en plus autonomes sur les technologies qu’on utilise et à essayer de développer de plus en plus nos propres solutions.

Et on a d’autres choses en tête, à venir, et sur lesquelles on espère pouvoir vraiment avancer rapidement avec, au centre de notre motivation, là pour le coup, l’innovation vraiment, en termes d’usage. Après je ne peux pas trop en dire.

Jérémie : Mais si ! On est à la radio, on est sur Bac FM. L’excuse que vous nous foutez ! Non !

Émilien : On travaille beaucoup sur la modularité, en fait, des ordinateurs. Sur la possibilité de moduler son ordinateur sur plusieurs usages, c’est-à-dire en fixe, en portable, en tablette. C’est le gros projet sur lequel on veut travailler aujourd’hui.

Jérémie : On va faire une petite pause musicale.

[Musique]

Jérémie : Bon retour sur l’émission Place numérique, Bac FM 106.1. Vous venez d’entendre un morceau de Rico da Halvarez, musicien qui fait de la musique libre. C’est un peu la spécificité de l’émission Place numérique. C’est vrai qu’on a une tendresse pour le logiciel libre, mais également les musiques libres. Du coup vous avez entendu une musique. Une musique libre c’est quoi ? C’est une musique qui est mise sous une licence et cette musique que vous venez d’entendre vous avez le droit de la mixer, de la copier, de la donner à vos amis, à condition de citer l’auteur. Donc merci Rico da Halvarez, en tout cas de partager, comme ça, ta musique. Sur Place du numérique, nous diffusons de la musique libre.

On revient avec Émilien qui est en train de nous raconter, justement, le projet de son entreprise. Projet intéressant parce qu’au départ il est né d’une association, avec l’objet de favoriser à ce que tout le monde puisse avoir un ordinateur et puis de découvrir la philosophie libre. Ça s’est transformé en entreprise. Et maintenant on est vraiment au cœur du projet. Ça veut dire auditer des technologies, regarder comment on peut les moduler, comment on peut simplifier ces technos pour que tout le monde puisse en bénéficier, particulièrement dans un usage informatique. Et là vous allez aller beaucoup plus loin, vous allez partir sur de l’innovation, donc bientôt on aura de la domotique pour tous ?

Émilien : La domotique ce n’est pas encore un sujet sur lequel on travaille beaucoup. On essaie vraiment de changer les usages, en fait. On a plusieurs problématiques en tête et une des problématiques qu’on a c’est l’écologie. On est assez attachés à ça. Et l’idée c’était de se dire est-ce que plutôt que d’acheter trois ordinateurs ou quatre ordinateurs, on ne peut pas acheter un ordinateur qu’on va pouvoir utiliser dans toutes les configurations possibles ? C’est-à-dire, en fait — alors je vais essayer là aussi de ne pas être trop technique — mais de séparer le traitement, l’unité de calcul, de stockage et le terminal. Voilà.

Sans être trop technique et sans rentrer trop dans les détails du produit, l’idée c’est vraiment ça, c’est d’avoir une sorte de petite cartouche ou une petite clef, qu’on peut clipser à la fois sur un terminal type PC portable, sur un terminal type station d’accueil pour en faire un PC de bureau, qu’on peut emmener avec soi quand on part du travail et qu’on peut rebrancher chez soi, à la maison, et d’avoir comme ça son ordinateur qui nous suit partout et dans toutes les configurations possibles, en tablette aussi. Voilà ! Ça c’est le projet sur lequel, maintenant, on veut commencer vraiment à travailler.

Jérémie : C’est intéressant. Moi, ce qui me passionne un peu dans votre entreprise, c’est aussi le côté de tester. Vous avez bien testé Raspberry Pi. Comment ça s’appelle l’autre techno ? Parce que j’ai oublié son nom, je ne la connaissais pas.

Émilien : Sur le Stick ?

Jérémie : Donc le Stick, c’est comme ça que ça s’appelle, et donc du coup vous testez combien de technos. Il y a d’autres choses que Stick ou Raspberry Pi sur lesquelles vous êtes en train d’avancer dans le laboratoire de votre entreprise ?

Émilien : Oui. Enfin après on utilise des technologies.

Jérémie : Nous n’avons pas le droit de le dire !

Émilien : Non je ne peux pas citer de noms de marques normalement, donc voilà. En général, on procède d’une façon simple. On commence à tester, à essayer de définir ce que va être le produit, ce qu’on veut qu’il fasse. On a une phase de tests et ensuite on le commercialise. Sur le Stick, aujourd’hui, le produit est prêt, en fait. Donc voilà.

Sur les produits qui vont venir plus tard, c’est encore trop tôt, on n’a pas encore complètement défini quelles seront les technologies qui seront utilisées.

Jérémie : En tout cas c’est intéressant. Du coup, dans votre entreprise vous êtes combien ?

Émilien : Là, aujourd’hui, on est cinq à travailler dans l’entreprise. Après ça varie. On fait appel aussi à beaucoup de prestataires extérieurs, parce que c’est quand même très pratique. Ça peut être au niveau technique, mais ça peut aussi être au niveau marketing, au niveau commercial.

Jérémie : Vous voyez qu’une idée généreuse, finalement, peut permettre à cinq personnes de développer un projet. Du coup, si on veut découvrir le Stick, on va sur votre site web ? Comment on fait ? Il y a des démos ? On sait que vous avez une entreprise à… ?

Émilien : On était localisés à Fourchambault jusqu’à maintenant. Là, on déménage en centre-ville à Nevers. On est train de s’installer gentiment place Chaméane.

Jérémie : Ça c’est une très bonne nouvelle !

Émilien : On pourra bientôt venir nous voir directement.

Jérémie : Ça veut dire qu’en juillet on peut taper à la porte, on peut chercher.

Émilien : Après il ne faut pas hésiter à nous contacter sur notre site, sur piqo.fr. Oui, on est tout à fait disposés à faire des démos, à expliquer nos produits, à les montrer.

Jérémie : Pour tester le Stick ?

Émilien : Bien sûr.

Jérémie : Revenons un peu sur l’objet pour donner, justement, envie aux auditeurs de passer la porte de PIQO ou d’aller sur le site piqo.fr. Le Stick. J’ai une grand-mère qui n’a pas beaucoup d’argent pour s’acheter un ordinateur, mais j’aimerais pouvoir communiquer avec elle, c’est adapté ? Dis-nous un peu.

Émilien : Oui ! Par exemple j’ai une grand-mère qui a une télé LCD classique, qui n’a pas d’ordinateur, qui a peut-être un peu peur aussi de s’y mettre, évidemment. C’est un produit qui sera adapté parce qu’il suffira de le brancher derrière sa télé, de mettre un clavier, souris sans fil éventuellement, et puis une connexion internet et elle aura accès à Internet, elle pourra aller — alors on ne va citer de noms de marques de services, encore moins propriétaires — mais sur des services pour passer des appels par exemple, y compris des appels visio.

Jérémie : Elle pourra faire ses petites lettres administratives. Si elle a besoin, ou je pourrai l’aider.

Émilien : Elle pourra faire ses petites lettres. LibreOffice est évidemment pré-installé avec le traitement de texte, le tableur, enfin tous les logiciels nécessaires.

Jérémie : Donc une suite bureautique intégrale qui est pré-installée.

Émilien : C’est ça. Elle pourra, évidemment, regarder les photos de ses petits-enfants ou les vidéos de ses petits-enfants envoyées par la famille. Elle pourra aller sur des services de vidéos à la demande aussi, sur Internet. Voilà !

Jérémie : Donc ça c’est avec le nouveau produit, le PIQO Stick. Et ça peut aussi servir pour des familles qui ont des adolescents ou des enfants, qui n’ont peut-être pas acheté un ordi pour tous, mais du coup on peut acheter trois/quatre Sticks.

Émilien : Par exemple.

Jérémie : Du coup on ne va pas avoir quinze écrans dans sa chambre.

Émilien : Et un seul écran.

Jérémie : On peut avoir deux écrans. À ce moment-là chacun prend sa clef, fait son temps, peut accéder à Internet et au moins pouvoir faire ses devoirs. C’est vrai qu’à l’heure d’aujourd’hui, moi j’ai découvert que dans tous les collèges de la Nièvre, les enfants qui n’avaient pas accès à Internet n’avaient plus accès à leurs devoirs, parce que tout est maintenant sur Liberscol5. Donc c’est vrai que nous ça nous a posé un souci. On n’avait pas forcément prévu, justement, que les ordinateurs soient en accès libre pour les enfants. C’est vrai que d’avoir Stick, parce qu’en même temps Stick on peut aussi peut-être plus brider et peut-être voir avec vous en disant « voilà moi je n’ai pas envie qu’il y ait telle application de jeux ; je n’ai pas envie que l’ordinateur puisse… » Et donc du coup, on peut aussi vous voir en tant qu’entreprise : moi je veux qu’il y ait une suite bureautique parce qu’il y a les devoirs à faire, accéder à Internet, mais je ne veux pas qu’on installe de jeux parce que ça distrait son attention. C’est ça qui est intéressant. C’est un ordinateur, on peut voir avec vous pour l’adapter un peu aussi à la demande.

Émilien : Bien sûr. On a des demandes régulièrement pour des usages un peu spécifiques et oui, on n’hésite pas à l’adapter. Ça a été abordé sur Bac FM, par exemple pour le handicap, où on avait des demandes assez spécifiques et du coup, maintenant, on essaie aussi de développer des solutions spécifiques pour le handicap. Mais dans tous les cas, on peut étudier avec le client quels seront les logiciels qui pourront être installés, pas installés. On est sur des systèmes type Linux, avec un niveau de sécurité aussi qui est quand même extrêmement important. Concrètement ça veut dire qu’il faut un compte administrateur sur l’ordinateur pour pouvoir faire des modifications, et il suffit que les parents aient le code administrateur mais que les enfants ne l’aient pas pour que, de toutes façons, ils ne puissent pas faire tout ce qu’ils veulent avec l’ordinateur. C’est sécurisant pour les parents. On peut mettre aussi un contrôle parental. Enfin voilà, il y a tout un tas de solutions.

Jérémie : Je ne sais pas si vous imaginez la chance sur Bac FM, vous avez trois exclusivités : vous avez d’une part que PIQO s’installe bientôt place Chaméane, donc pour vous les Neversois, ça sera libre. Et deuxième info, du coup, un nouveau produit, Stick, qui peut marcher de la mamie aux enfants, voire tout le monde parce que c’est quand même assez agréable quand on part en vacances, ne pas forcément prendre son ordinateur et pouvoir dire eh bien voilà, si j’ai besoin je me connecte sur n’importe quelle télé. Et donc du coup, une troisième information, c’est que vous devenez acteur de l’innovation et que ce travail que vous avez commencé d’Internet pour tous, vous continuez à tester un peu toutes les technos et à promouvoir et inventer les nouveaux usages. Ça c’est super !

Émilien : Oui. Et puis on a une vraie volonté maintenant d’essayer de changer la façon d’utiliser l’ordinateur. Ça fait très prétentieux comme ça, il y a en a d’autres qui l’ont dit avant. Mais en tout cas, dans la forme de l’ordinateur et la façon dont on l’utilise, on a envie d’explorer de nouvelles choses. Oui !

Jérémie : Eh bien on va refaire une petite pause musicale, avec toujours notre ami Rico da Halvarez. Donc musique libre, Rico, un artiste libriste, geek, et qui partage sa musique. On vous invite à le découvrir et sachez que toute sa musique, si vous l’aimez, est en téléchargement libre sur Internet. Petite pause musicale.

[Musique]

Jérémie : De retour sur Bac FM 106.1, Place numérique. Vous venez d’entendre un morceau de Rico da Halvarez qui s’appelle Prépuce Cul. On va continuer notre émission et on va parler sur quelque chose qui me tient à cœur et je trouve ça très intéressant : c’est une entreprise qui s’est montée à partir d’un projet associatif et de parler que finalement, dans cette volonté d’entreprendre, il y a aussi cette envie de valeurs et de développer un projet de société. Donc vous avez vu un peu les projets technos, Raspberry, Stick. J’espère que vous avez compris que là vous avez une super innovation pour avoir un ordinateur que vous pouvez librement partager dans votre famille et adapter aux besoins de tout un chacun. Et là, maintenant, on va parler un peu des valeurs de ton entreprise.

Émilien : Oui.

Jérémie : Déjà rappelle le nom , parce qu’on connaît PIQO, du coup l’association, l’entreprise on la connaît un peu moins.

Émilien : L’entreprise s’appelle Nivara et elle produit et elle distribue la marque PIQO. PIQO ce sont des ordinateurs qui s’appuient sur du logiciel libre. On a déjà expliqué ce qu’était un logiciel libre. Effectivement, derrière il y a tout un système de valeurs.

Jérémie : Est-ce que Nivara ça veut dire quelque chose ? Est-ce que ça a été pensé du coup ? Votre philosophie ? Comment vous avez trouvé ce nom ?

Émilien : Comme ce n’était pas un nom qu’on était forcément amenés à beaucoup mettre en avant, en fait, c’est un nom assez générique qui fait quand même référence à la Nièvre et à Nevers. On avait quand même cet ancrage local qui était important pour nous.

Jérémie : Ça c’est déjà de la philosophie.

Émilien : C’est déjà une philosophie.

Jérémie : Ça veut dire que vous tenez à votre territoire.

Émilien : Oui ! Clairement on voulait que ce soit, dans le nom en tout cas, ancré dans le territoire. Après, sur les autres aspects de notre philosophie, il y a cette idée du partage. Tu expliquais tout à l’heure que le logiciel libre ce n’était finalement pas que du logiciel en fait, que ça pouvait toucher tous les aspects de la connaissance. Et donc, plus globalement, notre démarche c’est ça, c’est fournir des outils pour accéder à la connaissance et de la façon la plus ouverte et la plus libre possibles. Au sens large, notre démarche c’est ça.

Si en plus, là-dedans, on peut intégrer la prise en compte des préoccupations environnementales, c’est-à-dire qu’est-ce qu’on génère comme déchets avec un produit électronique ? Quelle est la quantité de plastique qu’il y a dedans ? Quels sont les produits toxiques, éventuellement, qu’il peut y avoir dans un ordinateur ? Quelle est sa consommation électrique ? Ça aussi c’est extrêmement important pour nous, c’est le deuxième aspect de notre démarche.

Donc faire des produits qui soient à la fois porteurs de sens en termes de valeurs à défendre et beaucoup axés sur le partage, forcément, et des produits qui, en plus, prennent en considération les problématiques environnementales, voilà, on a bien résumé le sens de notre travail.

Jérémie : C’est vrai qu’il y a quelque chose qui est intéressant c’est qu’on est un peu sur un concours au smartphone, à l’heure d’aujourd’hui, où chaque année on va jeter notre smartphone pour, finalement, peu de nouveaux usages, hormis des usages marketing. On s’aperçoit bien, également, que de plus en plus d’objets de consommation technologique sont conçus pour se casser assez rapidement.

Émilien : Oui.

Jérémie : Et c’est vrai qu’on est un peu prisonniers, finalement, de ce monde-là. Et d’avoir une entreprise qui propose un autre choix, qui est de dire eh bien voilà, on ne vous propose peut-être pas le dernier bijou technologique mais un ordinateur sur lequel réfléchissez aux besoins réels de ce que vous faites avec votre ordinateur. Vous allez voir que, finalement, vous l’utilisez surtout pour faire de l’Internet et du traitement de texte, à 90 % des cas. Et essayer de réfléchir à comment la technologie finalement peut aussi s’installer, c’est ça un peu le projet, dans un projet de société.

Émilien : Oui. Complètement. Et puis, de toutes façons, la technologie n’a jamais été autant prégnante dans la société et le numérique n’a jamais été aussi important dans nos vies, en fait. Donc il est temps, aussi, de se poser ces questions-là. Qu’est-ce que ça veut dire un logiciel propriétaire en 2017 ? Ce n’est pas la même chose qu’en 1995 ou en 2002. Qu’est-ce que ça veut dire un produit qui tombe en panne aujourd’hui ? Ce n’était pas la même chose il y a 20 ans. Et puis un ordinateur, il y a 20 ans, il pouvait fonctionner trois/quatre ans sans problème.

Jérémie : Et c’est vrai qu’on est de plus en plus prisonniers des objets technologiques ; on n’a plus accès aux batteries ; comprendre comment réparer un matériel, même simple, ça devient très compliqué.

Émilien : C’est ça. Et puis les produits sont conçus, de toutes façons, pour ne pas durer longtemps. Clairement, l’objectif d’un fabriquant de smartphones, c’est de vous revendre un smartphone dans les 18 mois qui suivent l’achat de votre téléphone. Le téléphone portable c’est vraiment devenu un consommable. Nous, on est vraiment sur une démarche inverse : on ne veut pas faire du consommable. On veut faire des produits qu’on puisse quand même, à un moment, au moins ouvrir et regarder ce qui se passe dedans. Oui, bien sûr !

Jérémie : Avec donc, du coup, cet aspect finalement qui est le logiciel libre, mais aussi que le matériel soit accessible.

Émilien : Oui. C’est ça.

Jérémie : Donc vous regardez, vous ouvrez un peu le Stick. Vous regardez comment c’est fait. C’est vrai que Raspberry, finalement, c’est très simple.

Émilien : Ça avait cet avantage-là.

Jérémie : C’était un matériel mis à nu. Il y avait même, je crois, un Raspberry qui était entièrement libre ou peut-être que je dis une bêtise, parce qu’il y a des discussions sur les Raspberry Pi.

Émilien : Il y a plusieurs versions.

Jérémie : Et ça, c’est vrai que c’est une belle démarche ! Et je pense que, en tout cas bientôt place Chaméane, j’invite vraiment les auditeurs de Bac FM à pousser la porte et surtout à guetter quand est-ce que vous aller arriver, parce que moi je vais militer pour qu’on puisse tester les technos avec vous. En tout cas, c’est mon vœu pieu. Et en même temps aller sur le site piqo.fr. C’est vrai qu’à l’heure d’aujourd’hui on est sur cette dynamique des startups où on va mettre un milliard. C’est vrai qu’on peut aussi se demander à quoi ça sert, finalement, de mettre des milliards. Est-ce que le vivre ensemble, le savoir-être, le partage, ce ne sont pas des choses qui peuvent revenir ?

On n’a pas forcément besoin d’avoir une agriculture où on consomme à tout-va. On peut être sur une agriculture du partage. Je salue, je ne sais pas s’ils nous écoutent, Bac FM, en tout cas je pense aux amis des Colibris et d’ailleurs moi ça me fait plaisir que place Chaméane, il y a Gilles qui est artisan du monde, qui n’est pas très loin, où vous pouvez acheter le pain de Gilles qui s’est reconverti en pain bio sur cette démarche-là. On montre aussi d’autres entreprises qui ont un peu cette philosophie-là. On voit qu’on peut être dans le partage sur le pain, sur les produits, mais aussi sur les technologies. Et c’est vrai que le logiciel libre et la philosophie derrière, sous-tendue finalement, où la connaissance c’est quelque chose qui doit se partager, c’est essentiel parce qu'un monde qui devient sans partage, où on est enfermés, comme il peut y avoir des tentations dans un monde en réalité virtuelle, eh bien c’est assez triste au final !

Émilien : Oui. Exactement. On a besoin de comprendre les choses. Après c’est un projet de société aussi, et puis, fondamentalement, notre idée c’était de proposer une alternative, en tout cas au modèle qui était imposé. Et on continue de se battre pour ça.

Jérémie : Donc si vous avez envie de soutenir une entreprise qui essaye de défendre la Nièvre, avec une volonté forte associative, n’hésitez pas à taper PIQO sur votre moteur de recherche et à aller voir le site. Les rencontrer place Chaméane et voir comment on peut soutenir. Parce que, d’une part ça fait de l’emploi local et en même temps, ça amène peut-être une autre façon de voir la technique et les technos.

Émilien : C’est ça.

Jérémie : Est-ce qu’il y a d’autres choses à ajouter ? On arrive à la fin.

Émilien : Non. Je pense qu’on a été très clairs.

Jérémie : On va remercier nos auditeurs. On va continuer. Aujourd’hui on est modo Rico da Halvarez, donc musique libre. C’était une émission qui était un peu plus spécifique au partage. Merci de nous avoir écoutés. Place numérique, Bac FM, on rend l’antenne. À très bientôt.

Émilien : Au revoir.

Antoine Moreau : « l’infini est en cours »

Framablog - mer, 16/08/2017 - 07:00

 

Personnage atypique dans notre galerie de portraits des dessinateur-ice-s qui publient sous licence libre, Antoine Moreau partage en copyleft des dessins réalisés par des personnes de rencontre. Entre autres activités.

Une démarche artistique hors normes, qui dure depuis super longtemps !

Nous avons déjà longuement parlé d’Antoine en 2011.

Salut Antoine ! Est-ce que tu peux te présenter ?

Je suis un artiste peut être. J’ai été à l’initiative et co-rédacteur de la Licence Art Libre en 2000. J’ai mis en place l’association Copyleft Attitude.


Je suis maître de conférences au département Multimédia de l’Université Franche-Comté. En mai de cette année j’ai organisé, avec le soutien de l’université, un festival d’art contemporain numérique transmédia et libre copyleft à Montbéliard.

Raconte-nous comment est né ton projet, et depuis combien de temps tu fais ça ? (j’ai vu des dessins de 1982 !)

De 1982 à 1997 j’ai demandé à des personnes de rencontre de me dessiner quelque chose sur une feuille vierge A4. Elles signaient, je contresignais et conservais la feuille.

En février 2008 je reprends cette activité avec quelques changements :

  •  La feuille comporte une mention légale copyleft selon les termes de la Licence Art Libre.
  • Je ne contresigne pas.
  • Le dessin est scanné ou photographié.
  • Il est restitué à son auteur.
  • J’en conserve une copie numérique et mets en ligne.

Je pense que si j’ai été amené à faire ces dessins c’est pour répondre à un problème simple : que dessiner et comment le faire ?
En confiant la réalisation du dessin à qui veut bien le faire à ma demande, je découvre ma part d’auteur excédant visiblement l’auteur que je suis censé être et reconnu comme tel par ce qu’il a en propre.

Aux RMLL en 2009 je présentais ainsi (avec une touche de Lao Tseu) ce que j’allais faire :
Antoine Moreau se promène avec des feuilles vierges copyleft selon les termes de la Licence Art Libre pour les offrir à qui veut dessiner dessus.
Il adopte la tactique du non-agir, et pratique l’enseignement sans parole.
Toutes choses du monde surgissent sans qu’il en soit l’auteur.
Il produit sans s’approprier, il agit sans rien attendre, son œuvre accomplie, il ne s’y attache pas.

Tu es vraiment à l’origine du copyleft ?

Non, c’est Don Hopkins, artiste et programmeur, ami de Richard Stallman qui, un jour de 1984, lui a envoyé une lettre avec noté sur l’enveloppe cette phrase : « Copyleft — all rights reversed ». « Copyleft » est alors devenu le mot qui allait désigner l’idée du logiciel libre tel qu’il a été formalisé par la General Public License.

Est-ce que tu es toi-même dessinateur ? J’ai vu des sculptures, aussi.

Je confie des sculptures à des personnes de rencontre en leur demandant de la confier également à quelqu’un d’autre et ainsi de suite, sans qu’il n’y ait de propriétaire définitif ni de point de chute final. Je demande simplement à ce qu’on m’informe de l’histoire de la sculpture :
à qui elle a été confiée, où elle se trouve et quand s’est passée la transmission, de façon à avoir un historique de l’œuvre itinérante.

Peinture : une peinture de peintres. Je propose à des peintres de se peindre les uns par dessus les autres sur une toile. Cette peinture n’aura pas de fin, pas d’image arrêtée. C’est la peinture sans fin par la fin de la peinture. Chaque couche de peinture d’un peintre différent fait disparaître, entièrement ou en partie la couche précédente.Des traces photo demeurent.

Tu as fait des expositions physiques, aussi. Beaucoup ?

Fatalement, un artiste est amené à montrer son travail. Je me suis appliqué à cette convenance.

Tu as besoin de contributeurices ? D’aide financière ? D’admiration ? De câlins ?

Après avoir soutenu ma thèse en 2011  « Le copyleft appliqué à la création hors logiciel. Une reformulation des données culturelles ? » il y a eu le projet d’en faire un framabook. Il y a eu enthousiasme et débat et tentative de passage à l’acte. Plutôt que de réviser moi-même le texte pour l’adapter au format livre j’avais proposé l’idée de laisser la communauté Framasoft le faire : couper dans le texte, choisir les passages à conserver, etc. en ayant, bien sûr, un droit de regard. Un wiki a été mis en place mais sans suite.

Eh bien je n’étais pas là à ce moment-là…

Ce Framabook serait semblable, dans son process, aux dessins dont je propose la réalisation. J’offre la matière, vous réalisez la forme que ça va prendre.

Comme d’habitude dans le Framablog, nous te laissons le mot de la fin.

Il n’y a pas de mot de la fin. L’infini est en cours. Tout se poursuit. D’une façon ou d’une autre.

 

Tous les dessins sont extraits de la collection d’Antoine.

Droits d'auteur, biens communs et ressources éducatives - Hervé Le Crosnier

APRIL - mar, 15/08/2017 - 09:24


Titre : Droits d'auteur, biens communs et ressources éducatives
Intervenant : Hervé Le Crosnier, maître de conférences en informatique
Lieu : CRDP76 - Caen
Date : Décembre 2013
Durées : Première partie 55 min 40 - Seconde partie 19 min 37
Visionner les deux parties de la conférence
Diaporama support de la conférence : format PDF
Licence de la transcription : Verbatim

Transcription de la première partie

On va commencer le spectacle.

Oui effectivement, j’essaye depuis toujours, en fait, de mêler des positions sur la société, donc activisme, militantisme, des positions sur l’entreprise, de bien penser que quand il y a une économie ce n’est pas uniquement d’avoir des belles paroles et c’est pour ça, peut-être, que j’essaye de confronter mes belles paroles aux réalités, en faisant des formations professionnelles — j’ai lancé des DESS — des choses comme ça. C’était l’idée de ne pas raconter des choses impossibles. Donc, à un moment donné, se confronter, au travers d’une maison d’éditions, même si elle est petite et marginale, mais qui publie d’excellents livres dont un sur les communs qui, jusqu’à présent, est le seul livre en français sur les communs de la connaissance [Libres savoirs - Les biens communs de la connaissance]. Mais ça va changer puisque David Bollier, qui est donc la personne qui m’a permis de rentrer dans ce domaine des communs à la fin des années 90, va publier, en janvier prochain, un excellent petit livre d’introduction aux communs [La renaissance des communs : pour une société de coopération et de partage] que je ne saurais que vous conseiller d’avance, je ne sais pas encore le titre, mais vous ne le manquerez pas. Voila. Et puis j’essaye de penser tout ça, donc d’écrire des articles, je ne sais pas si c’est de la recherche ou si c’est de la pensée d’intellectuel. Je pense qu’aujourd’hui nous avons un vrai problème à l’université, qui est cette confusion entre la recherche qui devient de plus en plus quelque chose d’hyper spécialisé, on dit de taylorisé, c’est-à-dire chacun s’occupe d’un tout petit segment de connaissance et le creuse ou le cultive avec les mêmes graines tous les ans. Et à côté de ça, on perd la vision générale qui est celle qu’on réserve aux intellectuels et donc vous savez qu’on repère partout le fait qu’il y a manque, en fait, d’intellectuels, c’est-à-dire de gens qui ont une vision plus globale.

J’ai été intéressé par le fait qu’aujourd’hui on nous demande de parler des communs, des biens communs, enfin bon, de ces termes qui pénètrent de plus en plus dans le vocabulaire politique et donc d'essayer de commencer par essayer de distinguer, en fait, tous ces termes qui appartiennent au même champ sémantique mais qui, en même temps, ont chacun des spécificités. On a parlé longtemps des biens communs, vous avez vu le livre qu’on a publié s’appelait Les biens communs de la connaissance. En fait il y a une histoire, j’y reviendrai un peu tout à l’heure, l’histoire de la recherche sur les communs, mais c’est l’idée qu’on part de ressources partagées. Biens communs, en anglais ce sont les common-pool resources, des ressources partagées sur lesquelles plusieurs personnes peuvent puiser. Bien évidemment, quand on partage des ressources, il faut se fixer des règles et on s’aperçoit de plus en plus que la question du bien lui-même, qui est partagé, devient secondaire par rapport à l’organisation sociale, aux forces internes, aux gens qui veulent partager ces communs. Donc le terme bien disparaît, en fait, de plus en plus du vocabulaire et on arrive, comme en anglais, les Anglais disent commons, bon eh bien on dit en français, maintenant de plus en plus, les communs.

Alain Rey le linguiste dans le livre Libres Savoirs, à la fin, fait une histoire de ce mot et il nous rappelle que communs est un terme qui est toujours dévalorisé ; c’est quelque chose d’assez étonnant. Vous le savez bien, les communs c’est ce dont personne ne s’occupe ; c’est la rue où on jette nos papiers ; personne ne veut nettoyer les communs ; surtout que les communs, vous savez bien, dans les fermes c’étaient les toilettes. Donc on a cette logique de dévalorisation du terme des communs et on va arriver au sens inverse, c’est-à-dire ce qui a été dévalorisé va devenir une valeur énorme pour représenter un futur quand les éléments qui ont été valorisés, la richesse, l’exception, l’excellence, le « en pointe », le « au top », tous ces éléments-là, on voit bien qu’ils ne construisent pas société, qu’ils ne font pas société. D’ailleurs, dans l’introduction, j’ai entendu « prendre soin », le care, l’idée qu’en fait il nous faut travailler ensemble, prendre soin de la société dans laquelle on vit. C’est peut-être ça la logique fondamentale des communs.

Bien évidemment, il y a le terme « le bien commun ». Le bien commun qui est un terme théologique, qui vient d’Aristote ; souvent, le bien commun, nous sommes censés en avoir tous une idée ; c’est comme l’intérêt général, mais à côté de ça nous ne savons jamais comment concrètement comment ça va se mettre en œuvre.

Les communs, au sens moderne, au sens qui est donné dans la théorie actuelle, ce sont, au contraire, des choses très pragmatiques, très pratiques. Comment on organise le vivre ensemble autour de ressources, autour de partage, autour de notions, qui nous sont nécessaires pour la société ?

En complément, on a tout ce qui est de l’ordre du bien public. Le bien public est un terme en économie qui a été utilisé depuis la fin des années 50, qui signifie, en fait, un bien dont on ne peut pas exclure l’usage et, par ailleurs, l’usage par l’un n’empêche pas l’usage par l’autre. Typiquement la lumière d’un phare : quand il éclaire, on ne peut pas empêcher les gens de ne pas se jeter sur les rochers parce qu’ils ont vu le phare et, en même temps, l’usage par un bateau n’empêche pas l’usage par l’autre. Donc ce sont des biens publics et on s’aperçoit que l’information a un comportement de bien public. C’est-à-dire quand une connaissance est là il est très difficile, en fait, d’empêcher les gens de s’en servir et l’usage par l’un n’empêche pas l’usage par l’autre. Donc comment on va, dans le domaine qui nous intéresse aujourd’hui, c’est-à-dire les communs de la connaissance, comment on va jouer avec cet aspect économique de bien public de l’information et en même temps son autre aspect qui est la propriété intellectuelle ? Je vais y revenir tout à l’heure.

Les communs se rapprochent aussi de la notion de service public. Je disais le care, prendre soin, organiser. Organiser le partage c’est organiser, en fait, une certaine conception de la société ; l’éducation, typiquement, est un commun. Elle est là pour partager, ou plutôt elle était, ou plutôt elle devrait être. On a obtenu hier les résultats de l’étude PISA et ces résultats nous montrent que justement l’éducation est en train de faire faillite non pas sur la qualité éducative, mais sur l’inégalité, c’est-à-dire sur la notion de partage. On a une éducation qui, de facto, favorise ceux qui sont favorisés et qui renvoie, qui rejette de plus en plus, ceux qui ont des difficultés. C’est une analyse objective de notre situation qui montre bien qu’entre communs et service public il y a quelque chose à faire. Il ne suffit d’être un service public, il faut aussi l’être concrètement, pragmatiquement, et c’est cela que les communs vont nous apporter, c’est-à-dire l’éclairage des gens qui participent au système.

Enfin le domaine public, alors je vais revenir tout à l’heure sur le domaine public de la connaissance, sur le domaine public du savoir, mais le domaine public n’est pas exactement les communs puisqu’il s’agit, en fait, de ressources ouvertes à tous, sans règles. La pêche dans la mer. Vous avez la haute mer, vous faites de la pêche, il n’y a pas de règles et, malheureusement, c’est en train de détruire la ressource marine à cause du fait qu’il y a des chaluts dérivants. Enfin vous connaissez un peu tous ces problèmes de la pêche aujourd’hui, la pêche en eaux profondes, la destruction des fonds et tout ça. Et donc aujourd’hui, on se pose la question justement : est-il possible d’avoir un domaine public qui soit uniquement ouvert, comme ça, à tous les usages sans qu’il n’y ait de règles qui soient mises en œuvre ? Les communs a contrario, c’est toujours quand il y a de la gouvernance.

Enfin cette notion d’intérêt général qui organise le tout.

Alors ce récit, ces éléments autour des communs, sont un récit absolument nécessaire, nécessaire parce que nous faisons face à ce qu’on appelle des crises. Excusez-moi, depuis 73 on dit que nous sommes en crise, je finis donc par croire que nous ne sommes pas en crise mais que c’est le fonctionnement absolument normal du système qui a été mis en place, le système qui nous dirige. Ce n’est pas une crise, c’est son fonctionnement, et donc il va falloir qu’on se pose d’autres problèmes sur l’organisation de la société si on veut obtenir ce que j’appelais tout à l’heure le partage ou l’intérêt général.

Nous sommes face aussi à une limite de la démocratie représentative. Je ne sais pas si vous avez remarqué, dans les dix dernières années, la majeure partie des grandes élections a été contestée parce que les gens estimaient qu’ils n’avaient pas 50 % mais qu’en fait il y avait un trucage ; y compris les élections aux États-Unis qui est quand même censé être un des grands pays de la démocratie représentative. Donc on voit bien qu’il y a là une crise parce que des gens sont élus et qu’on ne tient plus compte du reste de l'avis de la société. Or, le reste de l'avis de la société c’est ce qui fait vivre le monde.

Enfin, nous avons une prise de conscience écologique, c’est-à-dire les limites du monde. Nous avons vu la Terre d’en haut, nous avons des photos de la Terre, ce merveilleux Blue Marble de la NASA, qui est en perpétuel remis à jour, enfin cette photo magique de la Terre vue de l’espace. Donc de facto nous savons que nous sommes confrontés à des questions communes qui sont posées et non plus à des logiques d’intérêts personnels, individuels, d’entreprises, de pays ou de choses comme ça. Le changement climatique en est le symptôme le plus clair.

Donc ce récit est nécessaire parce qu’il permet d’ouvrir des fenêtres, de voir des solutions, en fait, à cette triple situation. Ensuite, dans notre cas, dans le cas des documentalistes, des gens de la formation, on nous parle sans arrêt d’une société de la connaissance, voyons bien qu’est-ce que la connaissance, comment elle s’organise, comment elle se diffuse, comment elle se partage et à quoi peut-elle servir au fond ? Est-ce qu’elle va servir à renforcer des inégalités, inégalités entre pays ou inégalités entre personnes ? Ou est-ce qu’au contraire cette connaissance va servir à un meilleur partage pour faire face, en fait, aux trois crises dont j’ai parlé précédemment ?

Alors si les communs sont une réponse, une prise de position, c’est qu’en fait ils existent depuis toujours et partout. Si on réfléchit bien, si on a une vision des communs comme étant une manière d’organiser des groupes sociaux pour partager des ressources, ça s’est toujours fait. C’est comme ça que les gens vivent au mieux, à commencer par le commun qui est le foyer familial où effectivement il faut, ce qu’on nous apprend tout petits, partager entre frères et sœurs ; obtenir tout ce qu’on peut, faire au mieux avec ce qui nous est donné. C’est pour ça que les communs sont souvent des modes de gestion utilisés dans des conditions difficiles, les communs de subsistance. Or, ce dont nous nous apercevons au fur et à mesure des études sur les communs, c’est que ça va au-delà des communs de subsistance. Mais il nous importe de prendre leçon de ceux qui sont confrontés à des situations difficiles : le livre de David Bollier parle de femmes dans des États indiens, ce qui concerne l'Andhra Pradesh, qui ont conservé des semences traditionnelles et qui continuent à les planter et à les échanger entre elles, et qui n’ont pas succombé à la révolution verte qui a lieu dans les années soixante, c’est-à-dire aux semences industrielles et qui aujourd’hui se retrouvent à pouvoir nourrir leur village grâce à ces pratiques-là, quand la révolution verte sert avant tout à faire du riz d’exportation ou des produits qui se transforment en argent et non pas en nourriture. Donc comment, en fait, cette richesse commune a continué à être maintenue par des tas de communautés partout dans le monde pour organiser le partage ?

En même temps, dans nos pays développés, on s’aperçoit que les communs servent au plaisir. Ce qui se partage c’est aussi du plaisir. C’est le partage des livres, ce qui nous intéresse. Vous savez quand même que la majeure partie de nos lectures vient de livres qu’on nous a prêtés, qu’on nous a conseillés, qui sont chez nos amis, etc. Cette idée qu’on va lire un livre et le garder pour soi est peut-être un mythe pour les grands éditeurs qui y voient surtout les espèces sonnantes et trébuchantes, mais ça n’a jamais, jamais, été le cas des lecteurs eux-mêmes.

Enfin les communs, c’est une manière de, justement, à partir du moment où on met en place la communauté, c’est-à-dire l’idée de groupee de gens qui se fixent de règles pour fonctionner ensemble, c’est l’existence de mouvements sociaux, c’est-à-dire de moyens de vivre ensemble quelles que soient les conditions extérieures qui forment le cadre général.

Alors, dans cette logique ancienne des communs — ça vient de loin — arrive le numérique. Arrive le numérique qui lui a des qualités particulières. Il a des qualités comme biens, les biens numériques sont des biens qu’on peut facilement transmettre, qui ont un coût marginal, c’est-à-dire un coût de reproduction qui tend vers zéro. Et donc on se retrouve avec une toute autre situation. L’ère industrielle produit des biens qui sont vendus sur un marché — des automobiles, des frigidaires, que sais-je encore — ces biens sont vendus sur un marché parce que chaque bien coûte quelque chose de plus à fabriquer. Or aujourd’hui, ce qui coûte c’est de fabriquer des prototypes et après, la reproduction ne coûte plus rien. Et là, nous avons un basculement radical de modèle économique. Comment on va faire en sorte que toute cette opportunité qui nous est offerte par le numérique soit réellement partagée, partagée entre tous ?

En plus, le numérique ajoute un autre élément qui va nous faire renaître cette idée de communs, c’est qu’on peut coopérer pour produire des biens numériques. L’exemple dont on parlait tout à l’heure, de biblio-fr1, c’est-à-dire d’une liste de diffusion, est typiquement un bien collectif. En fait il y a quelqu’un, d’accord, qui le crée, qui lance l’initiative, qui impulse, tout ça, mais ce n’est rien parce que le contenu lui-même est produit par les gens qui le lisent. Et donc, on a un vrai système collectif de production d’un outil de savoir, d’un outil de réflexion, d’un outil de connaissance. Et ça, c’est entièrement permis par le numérique sur plein de domaines, y compris on verra tout à l’heure, sur le domaine de fabrication d’objets matériels avec les fab labs ou les imprimantes 3D.

Ensuite, le numérique est né avec des utopies. C’est-à-dire ça n’a pas été, si on regarde l’histoire de l’Internet, c’est loin d’être uniquement une succession ou de la micro-informatique, c’est loin d’être une succession de prouesses techniques. Ce sont aussi des histoires qui ont été racontées, des mythes, tous ces mythes de construction de communautés virtuelles, d’un monde horizontal face au système vertical de l’industrie, etc. Donc toute une série d’utopies qui ont été mises en œuvre et qui ont changé pas mal les mentalités jusqu’à créer, parmi les ingénieurs de l’Internet, l’idée d’une démocratie technique, certes réservée au corps des ingénieurs. Tout le monde ne peut s’exprimer sur les normes de l’Internet et n’en a pas forcément les compétences.

Enfin, l’autre aspect du numérique, c’est qu’il nous rend sensible la mondialisation des échanges. Notamment, comme on peut faire circuler ces biens dont le coût de reproduction ne coûte rien, comment nous allons faire partager les connaissances qui sont produites dans les grands centres de connaissance et comment on va les faire diffuser à l’échelle du monde ? Tout ce qui est les relations, open access, santé publique, etc.

Alors, dans cette situation nouvelle, ouverte par le numérique, on retrouve une vieille question qui est celle de la propriété intellectuelle et on s’aperçoit qu’en fait, dans les vingt dernières années — non maintenant, je ne vois pas le temps passer, trente dernières années — dans les trente dernières années, nous avons un changement très radical de la conception même de la propriété intellectuelle. La propriété intellectuelle a toujours été conçue comme une manière de protéger des auteurs, c’est-à-dire soit dans l’esprit anglo-saxon du Statut d’Anne qui est ici en image. C’est l’idée qu’on va encourager les gens, encourager les personnes éclairées à écrire des livres utiles pour la société. Dans le modèle français c’est devoir quelque chose à la propriété la plus sacrée qui est celle de la production de l’esprit comme le dit la loi Le Chapelier. Donc on est dans l’idée qu’on va protéger des auteurs.

Or aujourd’hui, on s’aperçoit que la propriété intellectuelle sert principalement à limiter la circulation du savoir et des connaissances. Et ça c’est un changement très radical. On a oublié que cette protection des auteurs était l’enjeu d’un équilibre : en même temps qu’on a décidé de protéger les auteurs, c’est-à-dire de leur donner un monopole sur leurs œuvres, on a créé le domaine le public. Or cette logique-là est perdue. Vous entendez les gens dire « j’ai créé », comme si les gens n’avaient pas déjà hérité du savoir du passé, hérité de ce qu’ont donné leurs professeurs, hérité de grilles ou de connaissances anciennes, enfin, etc., pour créer quelque chose de nouveau. Donc c’est le premier basculement.

On a un deuxième basculement qui est si l’équilibre sert à valoriser la création, qu’en est-il 70 après la mort d’un auteur ? Peut-il encore créer ? Alors on a beau dire qu’on généralise : les auteurs morts qui ont du succès permettent de faire rentrer l’argent qui va payer les auteurs vivants qui n’en ont pas. Enfin ce n’est pas très vrai ça ! Ce sont des histoires qu’on raconte ! La réalité c’est qu’au bout d’un certain temps les gens ne peuvent plus écrire des œuvres, ils sont décédés et qu’à partir de ce moment-là toute extension de leur propriété se fait, en fait, au détriment de quelque chose, c’est-à-dire au détriment du domaine public.

Enfin, l’autre évolution importante des trente dernières années, c’est le basculement du fait qu’on avait deux droits. On avait un droit qui portait sur la création, la propriété littéraire et artistique, ou le copyright, et un droit qui portait sur l’invention, l’innovation, qui était le droit des brevets. Or ces deux droits ont fusionné, alors qu’objectivement, il n’y a aucune raison qu’ils fusionnent, à part la volonté commune de trois industries, c’est-à-dire l’industrie du logiciel, l’industrie de la pharmacie — les Big Pharma — et l’industrie de l’entertainment — Hollywood — qui se sont rendu compte, un jour, qu’en fait leur vrai métier c’était de gérer des droits qui devaient se poursuivre après la création d’objets ; après la parution du film il faut gérer les droits, du disque, du médicament ou du logiciel. Donc cette idée qu’il fallait qu’elles renforcent, pour devenir les industries puissantes qu’elles étaient, le rester et devenir encore plus puissantes comme on le voit maintenant avec vraiment ces trois types d’entreprises qui sont majeures dans notre société, il fallait qu’elles renforcent ces lois qui leur donnaient les moyens d’agir dans le futur à partir de leurs créations. D’où l’existence du terme de propriété intellectuelle qui était très peu utilisé auparavant.

Parallèlement à ce basculement de la propriété intellectuelle, on assiste à quelque de chose de merveilleux qui est que les moyens de créer sont rentrés dans les mains de tout le monde. Tout le monde a aujourd’hui les moyens non seulement de faire de la création, mais de l’organiser, de l’éditer, de la publier, de la diffuser, de toucher d’autres personnes. Tout le monde a, y compris dans les mains, les moyens de recevoir de l’information, de la connaissance, de la culture et de devenir un re-diffuseur : on rajoute dans son blog, on fait suivre dans un courrier. Enfin il y a toute une série de moyens qui transforment, en fait, ce qui était auparavant l’apanage d’une industrie, l’industrie de l’édition, l’industrie de la production de cinéma, etc., en une pratique faite par des milliards individus sur la planète à deux milliards d’internautes.

Donc on est là dans une situation qui est radicalement nouvelle et puis on s’aperçoit aussi que l’on passe de l’idée de l’autorité, auteur/autorité, vous voyez, c’est la même logique, l’idée de l’autorité venant de gens qui pondent des travaux, des œuvres, de la connaissance, du savoir et qui le diffusent à des gens qui sont là juste pour le capter, des élèves par exemple.

Or aujourd’hui, on s’aperçoit que le mode de fonctionnement c’est la conversation. Cette conversation a toujours existé. Ce qu’on appelle la République des Lettres, avant les revues scientifiques, c’était la manière dont les savants, les sachants de l’époque, échangeaient des lettres entre eux, des lettres manuscrites qu’ils copiaient, qu’ils recopiaient, qu’ils faisaient circuler, pour organiser cette conversation autour de leurs idées, de leurs savoirs, de leurs découvertes. Cette conversation, maintenant, est l’apanage de tout le monde. Elle passe par des modes des fois simples, le « j’aime » de Facebook, le retweet sur Twitter, qui sont toute une série de signes qu’on participe à une conversation. Elle passe aussi par des choses plus complexes comme la réécriture de pages dans Wikipédia. Le fait de dire mais là il y a un débat donc on exprime les termes du débat, etc. Elle passe aussi dans les publications scientifiques où, de plus en plus, elles sont associées à des conversations entre chercheurs autour d’idées ou de théories, avec, on le voit, une nécessité de revenir sur les choses publiées qui ne font plus vérité.

Très clairement, on a toute une série de phénomènes où des textes publiés sont retirés, sont mis en doute, où on refait des études pour savoir si ce qui a été publié est bien crédible, pas crédible, répétable, etc. Donc cette conversation devient un élément organisateur du savoir et il est rendu possible par l’existence du réseau.

Enfin, nous avons cette mondialisation dont j’ai parlé. C’est-à-dire il est quand même dramatique de trouver dans certains pays développés le moyen de résoudre des maladies, par exemple des épidémies comme celle du sida, et de ne pas partager cette connaissance avec les pays qui en ont le plus besoin, mais qui n’ont pas les moyens de se le payer. Donc cette mondialisation des échanges est un élément très important. Non seulement nous voyons la Terre depuis le ciel, nous savons que nous avons un monde fini, mais nous savons que dans ce monde fini les humains peuvent s’interconnecter, s’échanger les choses.

On a donc un changement de la propriété intellectuelle. On a un changement des conditions effectives dans lesquelles le savoir, la connaissance, se met en place et puis nous avons un autre changement qui est la conception de ce qui est l’ajustement à un domaine public, c’est-à-dire des connaissances qui sont exploitables par tous.

Parce que, à la différence de la mer dont j’ai parlé tout à l’heure où il fallait gérer quand même la ressource marine, la connaissance est additive, c’est-à-dire la seule chose qu’on peut faire c’est en produire plus. On ne peut jamais arriver à moins. D’accord ! Donc de ce point de vue-là, l’existence du domaine public est la garantie que tout le monde va pouvoir puiser dans ce domaine public, pour enrichir la connaissance ; ça ne peut pas faire autre chose que de l’enrichir. Donc il faut bien que la société définisse l’espace majeur de ce domaine public, qui est né, je vous le rappelle, en même temps que la notion de droit d’auteur. C’est l’espèce de penchant inverse. Or il n’y a, on s’en aperçoit, aucune définition positive du domaine public dans la loi française. Le domaine public serait comme défini par défaut. D’ailleurs on dit qu’on « tombe » dans le domaine public. Cette expression bien connue, en fait, a un sens très précis. La seule chose qui tombe c’est le revenu des avocats !

Alors qu’est-ce que c’est que ce domaine public et en quoi il est important ? Il est important parce que c’est la matière première avec laquelle on va pouvoir réinventer des choses. On va pouvoir faire circuler des connaissances. Et puis il est aussi le socle sur lequel on peut avoir des pensées nouvelles, des idées nouvelles, des relectures, des réécritures. Alors pensez à la littérature, avec le roman de l’âge classique du roman le 19e siècle, combien il nous sert, aujourd’hui, à continuer à écrire des romans. Tous ces gens qui écrivent des romans d’aujourd’hui, s’ils ne s’étaient pas appuyés sur leurs connaissances du roman classique du 19e siècle, jamais ils n’auraient pu, y compris le subvertir, inventer des nouvelles formes narratives, etc.

C’est une matière disponible, ouverte à tous, y compris pour le vendre. Là aussi, une chose qui doit être nécessaire, c’est si c’est ouvert à tous, c’est ouvert à tout usage. Et je dis tant mieux ! Heureusement qu’il y a des gens qui continuent à publier, à faire des livres, à vendre Victor Hugo, Flaubert, Balzac. Nous ne les aurions plus ! Ils seraient perdus. D'accord ! A contrario, si des gens peuvent les vendre, d’autres peuvent le donner. C’est le travail magnifique de gens comme le projet Gutenberg2 qui ont retapé à la main des milliers d’œuvres du domaine public pour les faire circuler gratuitement. C’est un travail partagé, typiquement en commun, c’est-à-dire des gens font un travail pour quelque chose qui les dépasse de manière à ce que le domaine public circule gratuitement. Donc on a une concurrence entre quelque chose qui est gratuit, quelque chose qui est payant. Il faut donc que ce qui est payant ait un plus, ait quelque chose de plus agréable et ce plus agréable ça sera les notes, l’édition, le fait qu’il n’y a pas de fautes d’orthographe. Excusez-moi, il y a des éditeurs dans la salle ? Pas de fautes d’orthographe c’est devenu rare dans les livres ! Le fait qu’il y a une préface, enfin bref, qu’on produise du nouveau savoir à partir du savoir qui appartient au domaine public.

Alors comment on accède à ce domaine public ? Là aussi, il y a une tendance qui consiste à ne considérer que le domaine public dit structurel, 70 ans actuellement après la mort d’un auteur. C’est-à-dire le fait que ce patrimoine, qui est un travail intellectuel partageable avec la société, se transmet de génération en génération : 70 ans, en général, ce sont les petits-enfants qui continuent à en profiter. Souvent, quand il n’ont pas de petits-enfants, c’est donc leur éditeur. Merci pour lui ! Donc ce n’est qu’une des manières de voir le domaine public.

Il y a aussi une autre manière qui est ce qui ne peut pas rentrer dans le domaine de la propriété intellectuelle, par exemple les théorèmes de mathématique. Or justement, nous voyons une double bagarre sur ces deux éléments-là. Le premier c’est la bataille à prolonger la durée de propriété face au domaine public. On est à 70 ans depuis maintenant une vingtaine d’années, mais on parle déjà de 90 ans ! Donc cette prolongation permanente du domaine public ! Et, l'autre manière c’est de dire « ces choses qui n’étaient pas susceptibles de rentrer dans le cadre de la propriété intellectuelle vont le devenir. » Par exemple, les théorèmes mathématiques, aujourd’hui, se développent de plus en plus sous la forme d’algorithmes, c’est-à-dire sous la forme de systèmes informatiques, eh bien on fait des brevets sur les logiciels. Et donc on fait rentrer dans le domaine de la propriété intellectuelle des connaissances qui n’auraient jamais dû y être.

L’autre aspect pour construire le domaine public, y accéder, c’est tout ce qu’on peut appeler le domaine public consenti ou volontaire, c’est-à-dire quand les gens disent : « Ce que j’ai fait, OK c’est une œuvre, mais je vais permettre qu’on l’utilise comme si c’était du domaine public », ce qu’on appelle les licences Creative Commons, des licences d’usage. Et puis, et je crois qu’il ne faut jamais l’oublier, entre dans le domaine public ce que sont des usages légitimes, notamment la copie privée.

La copie privée fait qu’une œuvre sous droit, quand elle est dans un cercle privé, se comporte comme une œuvre du domaine public. Et ça c’est excessivement important. Les bibliothèques sont une manière de gérer. Souvent dans le discours, dans la vulgate, on confond domaine public et gratuité. Je vous ai montré tout à l’heure que ce n’était pas obligatoire, que heureusement qu’on vendait encore Victor Hugo. Mais en sens inverse, gratuité ne veut pas dire que les œuvres sont dans le domaine public. Ça veut dire qu’il y a une structure sociale qui gère l’accès à cette connaissance de manière gratuite : ce sont les bibliothèques, ce sont tous les centres de documentation. C’est aussi toute l’existence de limitations, d’exceptions à ces règles de monopole qui forment la propriété intellectuelle.

Ces deux aspects-là, à la différence de ce qui était précédemment, c’est-à-dire le domaine public structurel, c’est géré quelque part par la loi qui va dans le mauvais sens — on peut la faire changer dans l’autre sens, j’espère, c’est le travail de citoyens — mais ceux-là sont gérés directement par l’activité des gens. Comment les gens organisent des choses pour que la connaissance, la culture, se comporte comme si elle était dans le domaine public, au maximum même pour les œuvres les plus récentes ? Donc activité des gens qui mettent des licences Creative Commons, ou activité des organismes sociaux, collectifs, qui rendent l’accès possible.

Cette nouvelle problématique est complètement adaptée au fait que nous avons de plus en plus de gens qui sont des producteurs. Les amateurs écrivent, produisent des blogs, produisent des idées et les diffusent très largement. Donc comment est-ce qu’on peut changer. en fait. des règles faites pour des industries, faible nombre, les médias ou l’édition, vers ce qui va concerner des milliards d’individus.

On voit aussi que se multiplient les œuvres dérivées, ce qu’on appelle les remix, les mashup, enfin tout ce qui permet d’avoir une créativité nouvelle en utilisant les appareils d’aujourd’hui et en considérant le matériau déjà publié, le matériau culturel déjà publié, comme la source de nouveaux matériaux. Ça a commencé avec le cut-up de Burroughs et compagnie, ou les collages des peintres cubistes.

Et enfin on a les inventions de second niveau, c’est-à-dire voir que ce qu’on dit aujourd’hui sur le droit d’auteur se retrouve aussi sur la question du droit des brevets.

L’autre élément c’est qu’on a tous entre nos mains un outil de duplication. Un ordinateur c’est fait pour faire du copier-coller. Et puis que nous avons conscience qu’il y a des relations mondiales, c’est-à-dire que tout ce qui est pensé sur la propriété intellectuelle a des effets à l’échelle du monde. On le voit sur les médicaments, c’est la chose la plus simple, dont j’ai parlé tout à l’heure, mais c’est la même chose sur quelles règles on va adapter pour les semences ? Qu’est-ce qui va se passer avec le réchauffement climatique ? Il va falloir forcément changer le type de semences que l’on met en œuvre avec les changements climatiques et cela va être différencié selon les pays, c’est-à-dire selon les événements climatiques qui vont se passer. Est-ce que ça va être l’occasion d’une nouvelle mainmise de l’industrie semencière ? Ou est-ce que, au contraire, ça va être une nouvelle adaptation permanente, qui est celle que vont mener les paysans par échanges de semences dans leurs conditions concrètes d’existence ? Voila une vraie question, cette deuxième relevant de ce qu’on appelle les communs.

Les Creative Commons sont un symptôme de cela au sens où c’est l’auteur qui décide d’ouvrir des usages, c’est-à-dire d’ouvrir son œuvre en partage, et il le fait parce qu’il va peut-être y gagner quelque chose. Il va y gagner de la reconnaissance, il va y gagner le fait que ses idées sont mieux partagées, il va y gagner aussi quelque chose. Là aussi, on voit apparaître un élément qui est que le gain ne se mesure pas uniquement par le PIB, c’est-à-dire il ne se mesure pas uniquement par la quantité de richesses qui peuvent être amenées à l’instant t sur une personne, un groupe, un pays, une industrie, etc.

Bien sûr, il y a la limite à franchir, c’est-à-dire quelle est la différence entre la citation et le plagiat ? Entre le fait que nous avons un outil de copier-coller, et penser que l’ordinateur ne servira pas à copier-coller, penser que le réseau ne servira pas à rediffuser, enfin bon ! C’est être en dehors du monde je veux dire, quoi ! Il n’y a que des gens qui ne se servent pas d’ordinateurs et d’Internet qui peuvent penser des choses pareilles. Dès qu’on a là, on voit très bien que ça servira à faire du copier-coller et à diffuser des œuvres.

Donc comment on va mettre ça en œuvre et comment on va mettre des limites ? La limite essentielle pour nous pédagogues, c’est celle du plagiat. Est-ce que je cite les gens auxquels je prends des œuvres ? Est-ce que je les respecte ? C’est quand même plus intéressant d’utiliser ce terme de respect plutôt que d’utiliser le terme d’interdiction. D’accord ? Donc comment est-ce qu’on va basculer pour mener une lutte radicale contre le plagiat ? Parce que le plagiat est destructif. Il détruit les communautés. Par contre la citation elle, au contraire, enrichit la circulation du savoir. Il y a une loi qui est intéressante qui est train d’être discutée en Irlande qui est une loi sur le remix qui va rendre légal le fait de faire un remix, de prendre des morceaux de sons ou des morceaux de vidéos et de les mettre bout à bout, à condition que l’on cite la liste des extraits que l’on a utilisés.

[Quelle heure est-il ? J’ai l’impression d’être très long.]

Maintenant on va passer au côté obscur de la force, à ce qu’on appelle les enclosures. C’est-à-dire s’il y a des choses qui peuvent être partagées, à côté de ça elles peuvent donc être reprises, encloses. Le terme d’enclosure a une histoire. L’enclosure c’est le mouvement de privatisation des terres communales, des terres utilisées en commun, en Angleterre, qui s’est traduit : donc les landlords ont commencé à mettre des barrières, des enclos autour des champs, et ça s’est traduit par l’expulsion des pauvres qui ne pouvaient plus y trouver les moyens de subsistance, qui n’avaient plus le droit d’aller ramasser le bois mort pour se chauffer, les champignons ou le miel pour manger, ou de mettre des animaux dans les pâtures. Dès lors ils ont été migré, ils ont migré de l’endroit où ils pouvaient vivre vers l’endroit qui les appelait, c’est-à-dire les villes, l’industrie, et surtout la marine, avec ses conditions extrêmement difficiles, ses chances de survie très faibles au bout d’un voyage à cette époque-là. Donc ce mouvement des enclosures est, en fait, un mouvement qui, en détruisant ce qui est commun, favorise une grande différentiation entre celui qui va devenir riche, les landlords, et ceux qui vont être expulsés et qui vont aller grossir les bidonvilles parce que ce mouvement continue aujourd’hui.

Donc aujourd’hui, on s’aperçoit qu’on a une extension, en fait, à la fois de la sphère marchande mais aussi de la sphère étatique, qui souvent est un marchepied sur la mise en place de la sphère marchande, je vais en parler dans le transparent suivant.

Sur ce qui est collectif, c’est-à-dire sur la manière dont les activités communautaires sont gérées par les gens qui en font partie. Vous savez tous que dans nos services publics nous sommes censés avoir des comités d’usagers. Mais enfin, bon ! Ils ont une parole, qui, ma foi ! On va leur expliquer pourquoi on ne fait pas comme ils nous disent. Si vous participez à des réunions de parents d’élèves ou des réunions comme ça, vous voyez de quoi je veux parler !

Les formes d’enclosures sont très générales, subtiles souvent. Souvent c’est très subtil, mais il y a en a une qui est principale, c’est la privatisation. C’est-à-dire je prends quelque chose qui est commun et je dis maintenant c’est à moi. Cas typique c’est l’industrie semencière ou, pire encore, l’industrie des organismes génétiquement modifiés, qui va, sous prétexte qu’elle a rajouté quelques gènes à une plante, dire, eh bien maintenant cette plante qui a été sélectionnée pendant des millénaires par les paysans, c’est la mienne et j’ai un droit de propriété dessus. C’est le brevetage des méthodes. Aujourd’hui, les méthodes commerciales on peut, aux États-Unis, déposer des brevets dessus. En Europe c’est plus compliqué, ce n’est pas encore totalement autorisé, mais il y a une loi récente qui fait qu'un petit alinéa pourrait le permettre, malheureusement. Donc on se retrouve dans une situation où des choses qui sont de la méthode, du savoir partagé peut être mis en privé.

Enfin c’est la privatisation de l’eau qui est un excellent exemple. C’est-à-dire au lieu de gérer en commun l’eau pour s’assurer que cette ressource ne disparaisse pas – l’enjeu de l’eau c’est faire en sorte que l’eau potable continue d’arriver chez nous et qu’elle ne disparaisse. Or malheureusement, on s’aperçoit qu’elle est en voie de disparition à cause de la pollution des sources d’eau potable, et qu’en échange on nous dit : « Il va falloir aller acheter maintenant en supermarché », dans des bouteilles en plastique dont on s’aperçoit, par ailleurs, qu’elles ont des défauts qui consistent à faire passer des perturbateurs endocriniens dans le liquide. On va aller acheter cette eau parce qu’on a détruit, en fait, les responsabilités collectives autour de la gestion de l’eau.

L’autre aspect c’est la marchandisation, c’est-à-dire l’idée que toute une série de biens ou de services qui n’entraient pas ou qui ne devraient pas entrer dans le régime du marché, c’est-à-dire de quelque chose qui va avoir une valeur qui s’échange sur un marché, sont aujourd’hui en train de devenir des éléments de marché. Le premier c’est la terre. C’est une idée étrange de penser que la terre soit un bien qu’on puisse acheter et qu’on puisse vendre quand l’immense majorité des gens sur cette Terre, encore aujourd’hui, ne sont pas sur cette logique-là. Ils sont sur une logique d’usage, ce qui se partage, ce qui se gère, c’est l’usage, l’usage de la terre qui appartient à la collectivité.

Je lisais récemment l’exemple de ce qu’on appelle l’accaparement des terres, c’est-à-dire le fait que des terres qui ont toujours été gérées de manière commune par les gens en Afrique, ont été, par exemple au Mali, au moment de la révolution malienne, ont été nationalisées. Elles ont été nationalisées et les gens ont été tout à fait d’accord parce qu’ils pensaient que cet État qui sortait du colonialisme allait être leur État. Et puis, très récemment, on s’aperçoit que cet État, ou des structures locales, des communes, vendent ces terres à des pays étrangers et que, dès lors, les règles de partage et d’usage de ces terres – mais derrière les terres ce sont aussi les réseaux d’irrigation, l’accès à l’eau, etc. – deviennent, en fait, des propriétés privées desquelles les gens qui y vivaient sont expulsés.

Ça, ça renvoie à cette idée qui a été développée par John Locke, au 18e siècle, et qui est le fondement, en fait, de toute l’économie, c’est que la terre n’appartient à personne, res nullius. C’était très intéressant, ça permettait d’aller en Amérique et de dire cette terre n’appartient à personne, il n’y a pas d’Indiens, il n’y a pas de choses comme ça, tout ça n’existe pas, donc je la prends et je m’installe. C’était une idée comme ça, alors que dans la réalité, c’est un res communis, c’est-à-dire quelque chose qui est géré en commun, par des gens, pour avoir une gestion responsable. Parce que si on prend l’exemple d’un réseau d’irrigation, tous ces paysans savent très bien que si le premier prend toute l’eau, les autres n’en ont pas. Dans ce cas-là il faut bien trouver des règles pour partager cette eau, des règles ! Ce n’est pas res nullius, ce n’est pas quelque chose qu’on peut prendre et utiliser parce qu’en réalité, on s’aperçoit que le res nullius, c’est, en fait, toujours la loi du plus fort. C’est le plus fort qui dit : « Ceci est à moi maintenant ou ceci je peux le vendre. »

L’autre chose qui ne devrait jamais être une marchandise c’est le travail. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Franklin Delano Roosevelt, vous savez, un gauchiste bien connu – enfin vous me direz, à l’heure actuelle, c’est sûr que ça serait un sacré gauchiste – dans la déclaration de Philadelphie qui a eu lui en 1942, qui fonde l’OIT, l’Organisation internationale du travail, et qui dit : « Il ne faut pas que le travail soit une marchandise. » Le travail, c’est quand même les humains derrière qui le portent. Et donc, quelles relations sociales, qu’est-ce qu’on met en œuvre comme moyen social de vivre qui n’est pas l’obligation de vendre son travail, sa force de travail ?

Enfin la question de la connaissance. Est-ce que ça peut réellement être une marchandise ? Ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas gagner de l’argent avec la connaissance. Mais c’est est-ce que ce gain d’argent est une reconnaissance de la société ? Par exemple, tout ce qui est les bourses, les systèmes aujourd’hui qui sont discutés à l’OMS, l’Organisation Mondiale de la Santé, sur des modes de financement de la recherche sur les médicaments, ante, c’est-à-dire on va payer des gens, on va trouver des formes de grant, de bourses, des choses comme ça, pour payer des gens à faire des recherches sur les médicaments et non pas post, c’est-à-dire non pas sur la vente de ce médicament sur un marché.

Parmi tout ça, ce qui est intéressant dans notre situation, c’est de parler de l’enclosure des communs universitaires. Typiquement, dans la sociologie des sciences des années 40/50, il y avait l’idée que la science devait être absolument partagée. Il y avait un communalisme des scientifiques qui visait, en fait, à partager l’ensemble de leurs connaissances, tout ce qu’ils découvraient, d’assurer la répétabilité. On répète les expériences de manière à voir si elles sont falsifiables, c’est-à-dire est-ce qu’on peut montrer que la théorie était un peu vaseuse, etc., donc tout l’enjeu de la communauté ou des communautés scientifiques de ce partage de la connaissance. Or ça, ça a été rompu. Ça a été rompu par une loi aux États-Unis, de 80, qui s’appelle le Bayh-Dole Act, qui permet aux universités de déposer des brevets et qui voit donc les chercheurs astreints au silence. Ils ne se parlent plus à l’intérieur des communautés de chercheurs puisqu’ils sont dans l’attente de déposer de brevets sous l’égide des services de propriété intellectuelle de leur université. Et on voit là une forme d’enclosure très intéressante, c’est la désagrégation de la communauté. On voit bien que ce qui est détruit ce n’est pas le bien, ce n’est pas la connaissance, il s’en produit toujours plus, c’est la communauté capable d’organiser, de converser, d’améliorer cette connaissance qui est produite.

C’est aussi l’idée qu’une recherche, aujourd’hui, ne vaut que si elle est en partenariat avec des entreprises. Ce ne sont plus des recherches avec des sciences participatives où on fait participer les usagers. Aujourd’hui, il y a encore des recherches en sciences participatives, par exemple dans les sciences naturelles, et ça, ça peut intéresser justement nos lycéens, nos collégiens, qui est de faire des observations partagées de manière à établir des cartes, à établir des connaissances sur la faune et la flore ; le Muséum d’histoire naturelle organise toute une série de recherches en sciences participatives comme ça, qui font entrer le savoir des gens, leurs connaissances propres dans le cadre de la recherche.

Quand ça se passe avec l’entreprise ce n’est pas tout à fait ça. C’est l’entreprise qui a transformé l’université en bureau d’études collectif. L’entreprise paye pour qu’il y ait des recherches qui soient faites dans le bureau d’études qui est l’université et les résultats sont déposés sous la forme de brevets et donc ne sont plus accessibles à l’ensemble des gens. Il y a des délais, il y a de plus en plus des thèses qu’on ne peut pas communiquer, etc. Ça, ça se traduit par une diminution des échanges entre universitaires, ce que d’aucuns appellent l’excellence. L’excellence c’est, en fait, promouvoir la compétition sur la coopération. C’est transformer l’idée que l’objectif commun est de créer des connaissances adaptées au monde dans lequel nous vivons et qui vont servir à ce monde, en un moyen de compétitions internes y compris dans le domaine de la connaissance.

Une des infrastructures qui est la plus en danger aujourd’hui d’enclosure, c’est l’Internet lui-même. Ce qui est intéressant avec l’Internet, c’est que son existence a fait renaître la question des communs. C’est parce que cette infrastructure a été conçue, enfin comme disent les informaticiens, c’est un dumb network ; c’est un réseau idiot ; c’est un réseau qui a une infrastructure pour faire des choses avec lui. Or justement, ça c’est en train de basculer ; c’est en train de basculer parce qu’on remet en cause la neutralité de l’Internet : on va avoir des prix différenciés, des bandes passantes différenciées, selon que l’on a à faire à quelqu’un qui est capable de payer comme YouTube ou à quelqu’un qui a moins de moyens comme, je ne sais pas, une association.

C’est le cloud computing, c’est-à-dire l’idée que l’on change les relations horizontales que permet le réseau avec le fait qu’il faut passer par un nuage qui appartient à quelqu’un ; ce nuage il va appartenir au GAFA, c’est-à-dire Google, Amazon, Facebook, Apple et Twitter. Ces nuages vont appartenir à des grands groupes et on sera dépendants, on va avoir un Internet en silos.

C’est la mise en place de DRM, c’est-à-dire de verrous sur la diffusion de vidéos via le Web.

Et enfin, c’est la mise en place de médias sociaux qui captent, à leur seul profit, l’énergie de tous leurs membres. Si on réfléchit bien, Facebook c’est un milliard deux cent mille personnes. Dans toute autre situation, quand on a la responsabilité d’un milliard deux cent mille personnes, on n’est pas soumis à ses propres intérêts. On est soit un élu dans un État démocratique, soit on peut trouver des tas d’autres formes comme ça de réseaux collectifs, mais on a là une entreprise qui a cette responsabilité, qui se trouve acteur de la responsabilité non pas de chaperonner 200 000 personnes, d’être juste la plate-forme qui organise, dont la seule richesse vaut de l’activité de ces un milliard deux cent mille êtres humains. Donc on a là un problème de responsabilité qui est essentiel.

Je vais terminer par cette citation de Woodie Guthrie, qui commence à être connu, donc Woodie Guthrie, grand chanteur de folk, qui lui assume avoir puisé dans tout le folklore américain et qui dit : « Oui c’est sous copyright, mais je n’en veux pas de votre copyright, au contraire ! Devenez mon ami en reprenant mes chansons. » Une logique bien antérieure à Creative Commons puisqu’elle date d’il y a maintenant 70 ans.

Alors tout ça pour dire que dans cette situation où existent des enclosures, existent aussi des résistances et, qu’en fait, il y a des formes nouvelles de cet affrontement entre les dominants et les dominés que Karl Marx a appelé la lutte de classes. Les formes changent.

Aujourd’hui on a des mouvements sociaux du numérique. Le premier d’entre eux ça a été le logiciel libre. Ce qui est intéressant, on voit trois points pour étudier le logiciel libre : la ressource ; c’est un logiciel, donc il bénéficie de toutes les capacités dont j’ai parlé tout à l’heure : le numérique se reproduit et se diffuse pour un coût qui tend vers zéro. Mais aussi, c’est un outil d’enregistrement de la connaissance. On enregistre des tas de savoirs dans le logiciel, de plus en plus, et donc ça ne peut pas être fermé, pour l’intérêt de la connaissance, ça doit être partagé.

Il faut que les membres de la communauté, c’est le deuxième point, c’est la communauté en question, c’est celle de développeurs, il faut qu’ils sachent ce que fait le logiciel du voisin, pour apprendre, pour comprendre, pour améliorer, pour adapter. Alors pour toutes les raisons qui font qu’un logiciel va être utile, il faut qu’ils puissent le savoir. Donc on est obligé, dans ce cadre-là, de trouver un deal entre le plagiat – je pourrais te prendre tout ce que tu as fait et dire maintenant c’est moi qui l’ai fait, et je vous ai dit tout à l’heure que résister au plagiat est une chose essentielle. Eh bien en l’occurrence, ce qui a été trouvé, c’est un règle juridique, c’est-à-dire comment on trouve des règles de fonctionnement à cette communauté de développeurs qui empêchent qu’un développeur puisse prendre tout et s’en servir pour lui ; c’est ce qu’on appelle la General Public License dont l’auteur est Eben Moglen. Je sais qu’on met toujours des informaticiens, Richard Stallman, etc. ; j’ai choisi de mettre un juriste, pour montrer que ce mouvement des logiciels libres n’a pas été uniquement un mouvement porté par des développeurs informaticiens, mais aussi c’est un commun, c’est-à-dire c’est une forme d’organisation sociale, dans laquelle des gens interviennent pour produire une espèce de garantie collective que leur ressource restera partagée et évolutive. Donc c’est une règle juridique. Et ça je pense que c’est quelque chose de relativement nouveau.

Si vous réfléchissez aux mouvements sociaux auparavant, leur idée c’est « il faut renverser le pouvoir, il faut prendre le palais d’Hiver et après tout ira mieux. » Or là on s’aperçoit que, étant donné la complexité des systèmes, étant donné la mondialisation, c’est au contraire d’imposer des règles juridiques. C’est un vrai un changement, maintenant c’est vieux, la GPL date de 87/89, donc maintenant c’est devenu quelque chose d’assez acquis dans les mouvements sociaux, de penser en termes de droit qui sont écrits pour protéger, en fait, l’existence de ressources partagées ou l’existence de communautés.

Ce mouvement des logiciels libres a donné naissance à un autre mouvement, j’utilise le terme mouvement pour montrer le terme de dynamique, c’est-à-dire bien plus intéressant que le fait d’avoir des biens produits qui un jour sont rendus disponibles sous Creative Commons, c’est l’idée qu’il y a des gens qui disent :« Moi comme auteur, je veux faire circuler mes œuvres ». Donc cette logique de dynamique, favoriser le partage, s’opposer à all rights reserved‎ par some rights reserved, c’est-à-dire qui n’empêche pas non plus qu’on demande la reconnaissance, le respect dont je parlais tout à l’heure. Dans toutes les licences Creative Commons, il y a besoin de citer l’auteur.

Autres mouvements sociaux du numérique, la question du libre accès aux publications scientifiques. En fait il y a un objectif, donc d’assurer le partage des savoirs avec une logique à la fois très intéressée, bien comprendre que tout ça ce n’est pas forcément de l’altruisme mais c’est un mélange entre une dynamique altruiste et une dynamique intéressée. Pour le chercheur, en favorisant la circulation de ses articles, il favorise la circulation de ses idées, donc quelque part sa renommée, sa capacité à être cité et, pour lui, c’est bien évidemment excessivement important. Quand on fait de la recherche, c’est une bataille d’ego aussi, donc être reconnu c’est quelque chose de très important. Mais c’est aussi refuser que les travaux scientifiques soient enclos et puissent être partagés à l’échelle du monde. Je pense toujours à ce chercheur qui a découvert la structure du SRAS, je ne sais pas si vous vous en rappelez, un de ces virus, qui a eu lieu il y a une dizaine d’années, en 2005/2006, et qui a refusé de déposer un brevet, en disant : « Mais non ! Ça, ça appartient à la nature et je ne veux surtout pas déposer de brevet. Il faut qu’on se serve de tout mon travail pour, collectivement, trouver les moyens de résister à ce nouveau type de virus. » Aujourd’hui il y a des tas de chercheurs qui déposent, j’y reviendrai, leurs articles en accès ouvert, en accès libre.

Enfin il y a un dernier mouvement dont je voudrais parler c’est celui des ressources éducatives libres. Alors là c’est compliqué, on y reviendra, je pense, dans le débat, c’est l’idée que des pédagogues donc, peuvent partager leurs ressources. Partager ça veut dire quoi ? Ça veut dire non seulement les rendre ouvertes, non seulement permettre aux gens d’accéder à leurs notes de cours, à leurs expériences, à tout ce qu’ils font faire à leurs élèves, aux exercices.

Transcription de la seconde partie

Quelque part, ça existait déjà avec les livres dont on avait une forme socialisée d’existence vu que ce sont souvent les conseils généraux qui achètent les livres, ou les conseils régionaux maintenant, pour les mettre à disposition des élèves. Mais c’est plutôt le fait que ces ressources, elles-mêmes, peuvent être réutilisées, au même sens que les logiciels, c’est-à-dire on peut les améliorer, on peut ne se servir que d’une partie, on peut rajouter ses propres exercices, et faire circuler à nouveau le travail pédagogique en ressources éducatives libres. Donc c’est en fait, comment on organise les échanges entre enseignants — et vous savez combien, dans l’enseignement, on est souvent tellement seul devant sa classe, tellement seul devant sa préparation — que d’organiser cet échange devient quelque chose de création d’une communauté enseignante qui, malheureusement, n’a plus tellement court.

Ah si, il y a quand même un autre bien commun de la connaissance, central, c’est Wikipédia. Pas besoin de dire plus de mots que de montrer le logo. Vous savez très bien, aujourd’hui, qu’on ne peut plus avoir aucune conversation dans un restaurant sans que quelqu’un, un jour ou l’autre, à un moment donné, ne sorte son appareil pour aller vérifier sur Wikipédia. Donc on a là quelque chose qui a été construit en commun par des gens, par les propres utilisateurs de Wikipédia, qui améliorent, modifient, et en même temps qui ont des règles internes, des règles de la communauté des wikipédiens, qui permettent d’assurer la maintenance, en fait, de ce bien commun et de garantir aussi qu’il ne sera pas approprié, puisqu’il y est en licence Creative Commons BY-SA : c’est-à-dire que tout ce qui est mis dans Wikipédia restera disponible à tout le monde, pour toujours, par la licence elle-même.

Il y en a des choses dans les communs, des mouvements qui montrent, en fait, quand on construit des communs, c’est qu'on commence à voir apparaître y compris de la production de biens matériels en peer to peer, c’est-à-dire en réseaux collaboratifs, en commons-based peer production comme dit Yochai Benkler.

C’est l’idée, qu’en fait, on va pouvoir partager le design. Vous savez que dans la production de produits il y a une place très importante au design et au plan, au patron, tout ça. Donc comment est-ce qu’on va pouvoir partager ça ? Et ça c’est rendu possible par l’infrastructure qu'est le numérique et l’Internet, la capacité de collaboration. Et puis, comment après, on va pouvoir, y compris aller jusqu’à la fabrication avec les imprimantes 3D et le début des fab labs ; les fab labs qui commencent à s’implanter souvent maintenant dans des lycées, au moins dans des universités. C’est l’idée qu’on va mettre en commun des outils pour fabriquer des objets, à une condition, c’est que ce qui a été travaillé dans le fab lab en commun, donc travaillé en commun, restera en commun ; c’est-à-dire que le plan lui-même, le design, pourra être réutilisé par tous les autres membres des communautés de fab labs. Donc ça ce sont des éléments très importants. Et enfin, on voit apparaître aussi une share economy, c’est privilégier, en fait, le partage face à la possession ; c’est-à-dire trouver les moyens d’avoir un usage plutôt que devoir posséder quelque chose ; cas typique, c’est le covoiturage par exemple.

On a vu qu’il y a dans les communs la question des enclosures, donc des volontés de privatiser, de marchandiser, de transformer ce qui est organisé en commun. On a vu qu’il y a des mouvements de résistance qui, au contraire, développent l’idée de produire en commun, de partager les ressources. Après, il y a du travail, parce que tout ça c’est une dynamique. Qui dit dynamique dit : « Il faut faire de la recherche pour essayer de comprendre ce que sont les communs. » Or, quand on veut étudier les communs, j’aime beaucoup cette phrase d’Elinor Ostrom qui est là en portrait : « Chaque commun est un cas particulier ».

Elinor Ostrom est la première femme à avoir eu le prix Nobel d’économie, en 2009, justement pour son travail sur les communs. Ce qui était très étonnant, c’est dans la presse française, le jour où elle a eu son prix Nobel, elle l’a eu conjointement avec Williamson, qui lui travaille sur les logiques de partage internes à la firme, donc les structures internes des firmes ; ça, ils savaient très bien décrire, les journalistes économiques ; sur le travail d’Elinor Ostron ils ne savaient rien dire, si ce n’est qu’elle a travaillé sur les colocataires ! Ce qui est quand même très faible par rapport à son apport ! Alors depuis, ça s’est développé, mais c’est bien de vous dire aussi que ce que je disais au début, c’est-à-dire on est dans une période où le terme des communs était très peu connu en 2009, la preuve en est faite : vous regardez les journaux du jour du prix Nobel d’Elinor Ostrom, et maintenant, aujourd’hui, où c’est quand même devenu quelque chose de plus répandu.

Quand on étudie les communs, si chaque commun est un cas particulier, comment on va s’en sortir ? En fait il faut, à mon avis, étudier quatre points.

Le premier c’est la nature de la ressource partagée. Quelle est sa nature ? Est-ce qu’elle est additive ou soustractive ?

Le deuxième c’est le bundle of rights. Là aussi, on a tendance à dire il y a deux cas : c’est public ou c’est privé. En réalité, ça ne marche pas comme ça. Il y a toute une série d’exemples, y compris en Europe, qui viennent des traditions, qui font qu’on a des choses partagées : les bassins versants, l’affouage de l’eau, enfin il y a toute une série de choses qui restent du passé et qui font qu’il y a des droits collectifs. Il y a des règles d’usage, des Creative Commons créent des règles d’usage. C’est parce que je suis propriétaire, au sens de la déclaration de Bern, de l’œuvre que j’ai créée que je peux mettre un droit d’usage qui est différent, par exemple le droit de recopier, de faire circuler, etc. Donc on a, en fait, un faisceau de droits et pas uniquement des droits de propriété.

Le troisième point, troisième pilier, c’est quel est le processus de gouvernance ? En fait quelles sont les règles ? Les communs c’est avant tout une structure sociale. C’est comment les gens se sont mis ensemble, se sont fixés des règles et comment, d’ailleurs, ces règles sont acceptées par le reste de la société. C’est-à-dire comment, par exemple, la General Public License, depuis, a fait la preuve de sa validité devant les tribunaux. Donc on voit bien qu’il y a une relation de force entre les règles internes que se produisent une communauté et leur acceptation par l’ensemble de la société.

Enfin, le quatrième point à étudier, c’est quel est le type spécifique de risque d’enclosure qui porte sur ce commun particulier ? On peut distinguer, de ce point de vue-là, les communs universels des communs locaux. Les communs universels nous font toucher quelque chose de très compliqué. Qui va protéger la communauté, faire que la ressource marine reste partageable ? Qui va faire en sorte que l’Antarctique ne devienne pas une ressource minière et qu’on protège l’Antarctique ? Pour l’instant, il y a un traité international de l’Antarctique, mais enfin c’est un traité qui est sans arrêt remis en cause. Qui va faire en sorte que l’air que nous respirons ne soit pas en permanence enclos, c’est-à-dire pollué, en fait, empêchant notre respiration pour les profits des vendeurs de machines Diesel ? D’accord ? Quelles sont les formes de communauté qui sont adaptées à ces communs universels ? Là, c’est très compliqué. Soit on pense que ça va être les États ; on le voit avec les questions justement de pollution ou de réchauffement climatique, que les États ne sont pas la meilleure solution aujourd’hui parce que chacun pèse d’un côté bien sa responsabilité face aux communs universels – dans les grandes déclarations, c'est toujours présent – mais, en même temps, pèse ses formes de développement, ses intérêts particuliers, etc., et donc c’est toujours ceux-là qui l’emportent, je ne sais pas pourquoi !

Donc on a un problème, en fait, de comment on fait que ces biens communs universels soient réellement pris en charge par la société, c’est-à-dire par les gens qui vont avoir la volonté de les défendre, notamment parce qu’ils appartiennent aussi à leur culture. Ces communs universels sont des sources et des ressources, la nature elle-même, d’éléments culturels, ce qui fait dire à certains qu’il faut avoir des Rights of Mother Earth, c’est-à-dire des droits de la Terre- Mère qui, elle-même, la nature, aurait elle-même des droits et pourrait être, quelque part, une personne capable d’ester en justice.

Ce n’est pas simple ça parce qu’on ne sait pas forcément quels sont les gardiens de ces communs universels. On le sait pour les forêts, on sait par exemple que ce sont les peuples des forêts ; pour la haute montagne, on sait que ce sont les peuples qui vivent en haute montagne. Mais il y en a plein d’autres où on ne sait pas et donc c’est là que l’on voit qu’il y a une liaison très forte entre l’engagement citoyen et cette question des communs.

À côté de ces communs universels, donc qui préexistent, en fait, il y a tous les communs construits. Comment, à chaque fois qu’on construit quelque chose, on organise des règles de partage internes. Communs ce sont des règles, ce n’est pas un phalanstère comme dit Benjamin Coriat. Et là on voit des choses différentes quand on produit des jardins partagés. On m’a dit qu’ici, dans cette université, une présidente a ouvert des jardins aux étudiants qu'ils cultivent, entre eux, et qui le font en essayant d’avoir des semences et des plants qui viennent de partout et qui partagent ensuite, dans des grandes fêtes le produit de ce qu’ils ont pu ramasser dans leurs potagers. On voit de plus en plus des potagers collectifs, comme ça, s’installer dans les villes, où on voit bien que cette question culturelle de ne pas être entourés de béton mais d’avoir bien des moyens de rester proches de la nature, sont des éléments importants dans la volonté de construire des communs. La question est de savoir avec qui on veut partager ces communs ? Là, encore une fois, si ce sont des communs, ce ne sont pas des ressources res nullius, dans lesquelles tout le monde pourrait puiser et dire : « Oh le beau jardin, tiens je prends le potimarron. » Mais c’est bien d’avoir des règles internes de partage entre les gens qui ont donné quelque chose. C’est vraiment ce qui distingue le domaine public des communs.

L’autre élément sur la nature, sur la nature des communs, c’est qu’en fait il y a ceux qui sont additifs et ceux qui sont soustractifs. Là aussi on est dans une difficulté, parce que le renouveau de la théorie des communs vient des gens qui viennent des communs additifs, c’est-à-dire les communs de la connaissance, l’informatique, le logiciel, tout ça on ne peut pas le détruire. Une fois qu’une connaissance est là elle ne disparaîtra jamais ; une fois que quelque chose a été numérisé, il circulera, ça vous pouvez en être certain ! Donc la seule chose qu’on peut faire c’est faire un commun additif. Et là, tout ce qui empêche l’usage, est une barrière, est une enclosure. Donc comment la communauté favorise l’usage puisqu’on ne peut qu’ajouter ? Ce qui ne veut pas dire, par ailleurs, que c’est un domaine public.

On comprend très bien qu’un chanteur, il a fait une chanson, et il a besoin d’en vivre. Pour arriver à faire ses chansons il a fallu qu’il travaille, il a fallu qu’il y passe du temps, de l’énergie, etc. Donc il va bien falloir trouver des modèles économiques, mais, de facto, ce modèle économique doit tenir compte du fait qu’on est dans un commun additif, c’est le commun de la culture. Et ça, aujourd’hui, on peut se poser toute une série de modèles qui existent, il y a les licences globales, il y a la contribution créative, il y a plein de modèles qui cherchent à penser comment on peut à la fois maintenir cette idée que la culture est une cause commune et comment on peut rémunérer les gens qui participent à la production de cette culture.

Les communs nous font revenir, en fait, sur la question de la notion même de propriété, en rappelant que dans les révolutions du lac atlantique, c’est-à-dire Angleterre, États-Unis, France, la propriété a été le symbole de la résistance à l’arbitraire royal, le symbole de la résistance au féodalisme. Donc il y a deux piliers de tout le droit issu de ces révolutions du lac atlantique : c’est la propriété et l’individualisation des droits, contre, en fait, les droits collectifs, contre les droits des communs, contre la propriété ou l’absence de propriété ; plutôt l’idée qu’il y a une res communis, c’est-à-dire c’est quelque chose qui est géré en commun sans que ça ait forcément besoin d’avoir la propriété.

Aujourd’hui on a des exemples : en France, il y a une association qui s’appelle Terre de Liens dont l’objectif est d’acheter des biens, puisque malheureusement la terre est devenue un marché, mais dont l’usage va être ouvert à des paysans contre toute une série de respects d’une charte, notamment une charte de partage, écologique, etc. Vous voyez, c’est comment est-ce qu’on va trouver des questions qui nous permettent de remettre en cause la logique de la propriété – propriété étant « c’est chez moi donc je fais ce que je veux avec », y compris je pollue mes voisins – à comment est-ce qu’on a une gestion collective et responsable des éléments qui sont autour de nous.

Il n’y a pas de propriété sur Wikipédia, ce que les bibliothécaires appellent « anonyme par excès d’auteurs ».

Alors en fait, on s’aperçoit dans toute la recherche sur les communs que, de plus en plus, les communs sont une manière de repenser les droits fondamentaux, peut-être même une manière d’arriver à obtenir les droits fondamentaux. L’exemple que je citais tout à l’heure du climat est un élément absolument essentiel. C’est-à-dire comme il va falloir nous adapter au réchauffement climatique, la question de la production alimentaire, donc du type de ressources alimentaires qu’on va pouvoir trouver qui sera cultivé, adapté à ça, va dépendre principalement – et je sais qu’il y a le mythe de la techno-science, qu'il y a BASF [groupe chimique allemand] qui dépose des tas de brevets ; il y a Monsanto qui dépose des tas de brevets sur les plantes à l’adaptation climatique. La réalité c’est que pour nourrir les neuf milliards d’êtres humains qu’il y aura à cette époque-là, ça reviendra sur les paysans. C’est d’ailleurs ce que disent les rapports de l’ONU, etc., c’est-à-dire favoriser l’échange, les communautés paysannes, les petits champs, face à cette logique uniformisante qui ne sera pas capable de résister, en fait, à tout ce qui est imprévu et imprévisible lié au réchauffement climatique.

Donc comment ces droits fondamentaux, le droit à l’alimentation, le droit à l’eau, le droit à l’éducation, sont favorisés par la re conception de ce travail-là, non plus comme étant de nouvelles industries mais bien comme des biens communs ?

Et l’éducation, si on y pense bien, ce droit fondamental à l’éducation, est-ce qu’on va revenir vers un travail en bien commun de l’éducation ? Ou est-ce qu’au contraire on va accentuer une marchandisation de l’éducation ? Ce qui est une des tendances qui existent à l’heure actuelle dans ce qu’on appelle les MOOCs et des choses comme ça ?

Donc voila. Je termine, je crois que c’est le dernier transparent. C’est l’idée qu’en fait, derrière la question des communs, il y a l’idée de remettre le partage comme une des valeurs fondamentales, une des valeurs structurantes de l’activité des humains, c’est-à-dire d’en finir avec ce mythe de l’Homo œconomicus, celui qui ne serait intéressé que par son gain personnel et que ça serait l’activité brownienne, en fait, de ces gens intéressés uniquement par leurs gains personnels qui formerait l’optimisation la meilleure, c’est-à-dire celle du marché. On voit bien que le marché marche très bien ! Vous n’avez qu’à regarder autour de nous, ça crée forcément des sociétés stables, équitables, tout ça !

Donc il faut en finir, en fait, avec cette logique-là et ce qui est intéressant des communs c’est quelle nous montre qu’il y a dans l’individu, certes les individus sont intéressés, ils recherchent leur propre intérêt, mais les individus sont aussi prêts à partager et on le voit notamment dans les situations difficiles où il y a des gens qui se sacrifient, parce que la logique, c’est la logique du partage. Il faut reconnaître, en fait, cette capacité des individus et puis il faut reconnaître aussi le fait qu’il y a des choses qui sont supérieures aux individus. Je sais que Margareth Thatcher disait : « There is no such thing as society », une société ça n’existe pas, ce ne sont que des individus séparés. Non ! En fait on s’aperçoit très, très bien, il suffit d’ouvrir les yeux autour de nous, pour savoir que si ça ne va pas plus mal c’est parce que les gens font société et qu’il y a des valeurs sociales qui sont supérieures à cette logique de l’Homo œconomicus. Et ce qui est intéressant avec les communs c’est qu’ils le mettent en pratique, cas particulier par cas particulier, activité pragmatique par activité pragmatique, secteur par secteur, ressource par ressource, etc. Et donc ils sont capables de nous montrer qu’on peut renouveler, en fait, les conceptions générales telles qu’elles dominent à l’heure actuelle.

C’est ce que dans le logiciel libre on appelle la liberté de coopérer. C'est très beau comme terme, d’habitude on a un droit ou des choses comme ça, là c’est une liberté d’être enfin à faire des choses ensemble.

Ça implique, bien évidemment, une activité citoyenne et c’est ça qui est intéressant des communs, c’est qu’ils impliquent les gens. Nous ne sommes plus seulement des consommateurs, mais nous sommes des gens impliqués dans la création, la culture, mais aussi la défense des communs universels, etc. Et une des choses les plus importantes c’est, en fait, d’avoir la garantie que tout ce travail collectif qu’on va faire ne soit pas accaparé demain. C’est-à-dire comment on va mettre en place des formes sociales, des formes d’activité, des mouvements, des lois, qui permettent la logique du don et du contre-don telle qu’elle a été mise en œuvre, découverte, en fait, par l’étude des sociétés, par Marcel Mauss ? C’est l’idée que si on fait un don qui va devenir le capital de quelqu’un d’autre alors on ne le fera pas. Donc ce qu’il faut c’est résoudre cette question-là : comment existe dans nos sociétés une logique de don et de contre-don, qui est fondatrice de nos sociétés, dans tous les domaines ? Mais comment on fait en sorte que ce travail collectif qu’on va faire ne deviendra pas, demain, le capital de quelqu’un d’autre qui s’en servira contre ceux-là mêmes qui ont produit cette activité collective ?

J’espère avoir essayé de brosser toute cette question des communs et je vous remercie de m'avoir écouté.

[Applaudissements]

Fête de l’Huma 2017 : les nouveautés de l’Espace numérique

Framablog - lun, 14/08/2017 - 03:03

Comme chaque année maintenant, la Fête de l’Humanité hébergera un espace numérique largement dédié aux associations du libre.

Et c’est devenu une sorte de tradition aussi, le Framablog fait le point avec Yann Le Pollotec sur la programmation et les nouveautés.

Nous avons déjà évacué les questions des grincheux qui nous reprochaient une collusion politique avec le PCF.

Quand on fait de l’éducation populaire, il ne faut pas perdre une occasion d’aller parler à un public qui reçoit le discours avec plaisir.

La campagne Dégooglisons avait été extrêmement bien accueillie l’an dernier, notamment. Nous n’avions pas le moindre tract à ranger le dimanche soir.

 

Alors, Yann, verrons-nous de nouvelles têtes cette année ?

Nous aurons en particulier le projet Coopcyle de plateforme alternative et coopérative : pour un Pari(s) anti-uberisation !

Il s’agit d’une plateforme numérique développée en logiciel libre avec une condition d’utilisation : créer une coopérative. Le code ne peut être utilisé que dans le cadre d’une entreprise collective appartenant à ses travailleurs. Il a suffit qu’un développeur s’y mette pour qu’on ait la plateforme Coopcycle. Encore perfectible, elle est tout de même d’ores et déjà utilisée par une association à Toulouse. Les bases sont jetées, il reste alors à diffuser ce projet pour que coursiers et clients se les approprient.

Derrière cette plateforme l’idée est d’ouvrir une alternative concrète et viable aux coursiers en leur permettant de sortir de l’auto-entrepreneuriat sans passer par la case « salariat formel », en constituant leur propre coopérative. Au-delà du seul cas des coursiers, il s’agit de créer un nouveau bien commun, utilisable par tou.te.s, monopolisable par personne, et de participer à la construction d’un numérique au service de l’intérêt général.

Et nous présenterons aussi en démonstration permanente l’anti-Monopoly en version française : le Commonspoly. Il s’agit d’un nouveau jeu de plateau qui est une transgression du Monopoly car pour gagner il faut coopérer.

Pour en savoir plus :

Le projet WikiDébats sera aussi à l’honneur. Il s’agit d’une encyclopédie en ligne de débats libre et collaborative. Chaque page rassemble et résume les arguments « pour » et « contre » d’un débat, ainsi que leurs objections, pour permettre à chacun de se forger une opinion « éclairée », en connaissance de cause.

Wikidébats sera présenté, à partir de divers supports de communication, de textes présentant les motivations et les enjeux du projet, et d’ordinateurs connectés à internet permettant de voir directement à quoi ressemble le site.

Côté lieux de fabrication numérique, le Fablab des Fabriqueurs sera présent pour la première fois au côté du Petit Fablab de Paris.

Stand du Petit Fablab de Paris : réalisation d’une machine infernale – Espace Logiciel Libre / Hackers / Fablabs de la fête de l’Huma 2016

 

Enfin la webradio Libre à Toi qui maintenant émet aussi sur la bande FM, s’installera sur place et suivra en directe les trois d’activité de l’Espace.

 

Et de nouvelles initiatives ?

Trois grands débats :

  • Vendredi 15 septembre à 17h30 : « Une société des Communs est elle possible face au capitalisme digital ? »
    Avec Benjamin Coriat, économiste atterré auteur du « Retour des Communs », Alain Obadia président de la Fondation Gabriel Péri, Laurence Allard chercheuse et activiste du numérique, Arthur De Grave co-fondateur de OuiShare avec la présentation Coopcycle ;
  • Samedi 16 septembre à 10h30 : « Les civic-tech : Révolution citoyenne ou populisme numérique ? »
    Avec Ciryl Lage président de « Parlement & Citoyens », Manu Reilhac créateur de la plateforme « Wikidébats », un.e- représentant.e de Framavox-Loomio [note du Framblog : sans doute un.e membre de Framasoft, on ne sait pas encore qui sera disponible, c’est dans longtemps ^^] ;
  • Samedi 16 septembre à 18h : « L’intelligence artificielle va-t-elle nous piquer notre job et nous asservir ? Mythes et réalités »
    Avec Jean Gabriel Ganascia, professeur à l’Université Pierre et Marie Curie, chercheur en Intelligence artificielle, président du comité d’éthique du CNRS, Jean-Luc Molins, secrétaire national de UGICT-CGT, Yann Le Pollotec, responsable de l’Espace numérique de la Fête de l’Huma.

 

Stand Apedec/Ecodesign Fablab en 2016

 

Comme toujours, l’espace est auto-géré et nécessite un petit coup de pouce financier au-delà de ce qui est fourni par l’organisation de la Fête. C’est finalement un tout petit budget pour un si grand village du Libre, comment est-ce possible ?

La fête de l’Huma a un petit côté Robin des Bois puisqu’il y a une péréquation des coûts entre ceux qui peuvent le plus et ceux qui peuvent le moins. Cependant ce système de solidarité a des limites d’autant qu’en raison des événements tragiques des années 2015 et 2016 les coûts globaux de la fête liés à la sécurité ont augmenté de 400.000 €. C’est pourquoi nous devons financer de manière participative l’électricité, la liaison internet haut débit, la location du mobilier, les places de parkings exposants, les passes d’entrée pour les associations qui ne peuvent se les payer, et divers autres frais.

Et comme l’an dernier, les militant-e-s libristes sont cordialement invité-e-s à venir donner un coup de main, pour une journée ou pour une heure entre deux concerts, deux débats…

En effet, l’espace mobilise une bonne cinquantaine de bénévoles dans la joie et la bonne humeur… avec la présence déjà confirmée de l’April, du CECIL, de Creative Commons France, de Coopcycle, du Collectif Emmabuntüs, de la FDN/Franciliens.net, de Framasoft, de L’autre Net, de La Mouette, de Libre à toi, de Mageia, d’Open Edge, des Ordis libres, de Parinux, du Petit Fablab de Paris, des Fabriqueurs, d’Ubuntu, de Wiki Débat… [note du Framablog : on ne vous met pas tous les liens, hein, Tonton Roger est votre ami]

Donc rendez dès le vendredi 15 septembre sur l’Espace du numérique libre, des communs et des fablabs. Bonne fête de l’Huma 2017 à toutes et tous.

Affiche de l’Espace de la Révolution Numérique réalisée par Péhä (interviewé dans le Framablog ce mois-ci) l’année dernière

 

En savoir plus

Fête de l’Humanité : 15-16-17 septembre 2017 – Parc départemental Georges Valbon à La Courneuve (93) – Pass 3 jours 35€ – http://fete.humanite.fr/

Espace numérique de la Fête : http://fete.humanite.fr/La-planete-numerique

Accessibilité numérique - C dans l'air brasse du vent - Radio Campus - RMLL2013

APRIL - dim, 13/08/2017 - 12:36


Titre : Accessibilité numérique puis C dans l'air brasse du vent
Intervenants : Jean-Philippe Mengual - François Pellegrini - Patrice Bertrand - Anne Nicolas - Jeanne Tadeusz - François Revol - Luc Fievet - Gilles Gouget
Lieu : Bruxelles - Radio Campus
Date : Juillet 2013
Durée : 55 min 50
Écouter l'enregistrement
Licence de la transcription : Verbatim

Transcription

Gilles Gouget : Radio RMLL, c’est sur les ondes du nonante-deux point un de Radio Campus ici, à l’Université libre de Bruxelles, pour cette dernière journée des Rencontres Mondiales du Logiciel Libre. On va retrouver dans un petit instant François Pellegrini, Patrice Bertrand, Anne Nicolas qui va nous rejoindre d’une façon ou d’une autre, Jeanne Tadeusz, René Revol et puis Luc qui est toujours là et qui m’accompagne.

Luc Fievet : François Revol.

François Revol : Ce n'est pas grave !

Gilles Gouget : Oui. C’est une faute de Languedocien ça, évidemment, puisque nous avons un René Revol dans le Languedoc figurez-vous, enfin ça c’est une autre histoire qu’on ne va pas aborder tout de suite. On parlait accessibilité, justement, eh bien Jean-Philippe avait un petit coup de gueule à dire ; on va écouter ça et après on attaquera notre plateau, on va dire bilan sociétal 2012, disons ça comme ça et puis actualité et contradictions et turpitudes autour du logiciel libre.

Entretien avec Jean-Philippe Mengual

Gilles Gouget : On est avec Jean-Philippe, bonjour.

Jean-Philippe Mengual : Bonjour.

Gilles Gouget : On n’a pas pu faire notre plateau accessibilité aujourd’hui en studio alors, comme on passe par là et qu’on y pense quand même, tu avais quelques trucs à dire par rapport à cette question de l’accessibilité qui est un des thèmes récurrents ; je ne sais pas si c’était là dès le départ aux RMLL. En ces temps où on parle beaucoup d’ergonomie et puis des distributions Linux qui commencent à être adoptées par beaucoup de gens, tu avais un coup de gueule, en quelque sorte, à pousser ?

Jean-Philippe Mengual : Oui. J’avais déjà plus ou moins commencé l’année dernière. J’avais expliqué qu’il y avait de forts risques que les mises à jour des interfaces graphiques et des différentes distributions majeures comme Debian ou Ubuntu soient inaccessibles, à partir du moment où elles interviendraient courant 2013 et fin 2012. Et c’est, grosso modo, ce qui s’est passé modulo quelques bonnes nouvelles. Typiquement, Ubuntu a quand même trouvé des interfaces à peu près accessibles, encore que si je me base sur les tests que j’ai récemment faits, Unity n’est pas capable, je n’ai pas trouvé comment éteindre le système avec l’interface graphique qu’il nous propose, donc je ne sais pas trop comment ça fonctionne.

On est dans la situation un petit peu que je craignais, encore un modulo parce qu’aujourd’hui, quand même, des choses se font. Gnome, qui est l’interface graphique qui était de base la seule mais la vraie accessible, évolue, ça se met à jour. Certes il y a encore beaucoup de travail et des bugs majeurs qui font que, auprès du grand public, c’est extrêmement difficile de faire passer le message. Pour autant, c’est vrai que ça progresse quelque peu et puis, ce qui personnellement me motive particulièrement ces derniers temps, c’est, d’une part, l’émergence d’environnements alternatifs, comme par exemple LXDE qui, aujourd’hui, fait un vrai effort pour devenir accessible et puis, d’autre part, quelques projets qui étaient un peu en berne, qui s’améliorent. Je pense en particulier à OpenOffice.org ou à LibreOffice, lesquels sont en train de devenir accessibles sous Windows, ce qui était une vraie limite jusqu’ici.

Gilles Gouget : Au niveau juridique, légal, etc., l’accessibilité, un point de vue, un bilan à faire depuis l’année dernière ?

Jean-Philippe Mengual : Le bilan c’est que la loi initialement disait que l’accessibilité numérique devait être un objectif atteint en 2012 et, finalement, ça ne l’a pas été. Résultat des courses, la prochaine échéance c’est 2015, d’abord parce que c’est l’échéance de la loi d’accessibilité en général qui a été votée en 2005 et ensuite, parce qu’au niveau de l’Union européenne des règles sont en train d’entrer en vigueur de sorte qu’aujourd’hui l’accessibilité numérique est l’objectif à atteindre par tous les sites internet et par tous les environnements numériques d’ici 2015.

Donc on peut dire encore une fois que 2012 a été un semi-échec, mais que la prochaine date c’est 2015 et que ça nous permet encore de parler légitimement d’accessibilité, en faisant réagir la corde sensible qui s’appelle la règle juridique et qui s’appelle la norme.

Gilles Gouget : J’aborde cette question-là parce qu’il y a un trait d’union entre l’accessibilité aussi et le logiciel libre, ce sont les cartoparties OpenStreetMap1, etc. À Montpellier, où auront lieu les RMLL en 2014, depuis quelques années déjà, une paire d’années, le LUG [Linux User Group] local organise, avec la ville, des cartoparties, des saisie-parties, sur le thème de l’accessibilité, pour voir si tel commerce ou telle institution est accessible, s’il ne manque pas un bateau à tel endroit ou, etc. Alors que, si je me souviens bien, c’était en 2005 que, en France, on avait dit que tous les bâtiments publics, que tous les lieux devaient être accessibles aux gens en fauteuil, etc. Comme quoi, depuis 2005 ça n’a pas bougé sur ce terrain-là non plus puisque, quand ils font leurs cartoparties, ils se rendent bien compte qu’il y a des endroits qui ont été oubliés par l’urbanisme.

Jean-Philippe Mengual : C’est probablement le secteur où c’est le plus difficile. Parce que le logiciel bon, c’est une chose, mais l’infrastructure, c’est-à-dire les bâtiments, les enceintes, c’est probablement le plus complexe au niveau des communes parce que c’est ce qui génère le plus de coûts et c’est ce qui génère le plus de besoins de rénovation. Si on prend un bâtiment, autant quand on construit un bâtiment neuf on peut intégrer d’emblée les normes d’accessibilité, en revanche, quand il s’agit de mettre aux normes un bâtiment déjà existant, c’est parfois extrêmement compliqué.

Typiquement le métro, par exemple, n’est pas forcément facile à mettre en accessibilité quand on a réseau qui date de plusieurs décennies et qui n’avait pas du tout été conçu pour ça. Donc c’est forcément ce qu’il y a aujourd’hui de plus difficile. Maintenant, des sites comme OpenStreetMap sont extrêmement importants puisqu’ils permettent, justement, de recenser les points à la fois de facilité, d’accessibilité et les autres qui sont des points de difficulté d’accessibilité. Si bien que, du coup, pour une personne, notamment les personnes à mobilité réduite, elles peuvent préparer leurs trajets via des GPS ou via la base de données OpenStreetMap en sachant, d’emblée et par avance, à quoi elles doivent s’en tenir. Donc c’est plutôt déjà un progrès. Le libre a, en ce sens, apporté énormément, je trouve, en termes d’outils à la disposition des handicapés pour qu’ils puissent avancer.

Gilles Gouget : Écoute, merci beaucoup pour ce bilan 2012, on va dire ça comme ça, et puis au plaisir de parler plus longuement d’accessibilité dans le cadre des Rencontres Mondiales 2014 à Montpellier.

Jean-Philippe Mengual : Merci à vous pour votre intérêt sur la question.

[Fin de l'entretien avec Jean-Philippe Mengual]

[Musique]

C dans l’air brasse du vent

Gilles Gouget : Sur Radio RMLL on accueille à présent Luc qui est avec nous. Bonjour Luc !

Luc Fievet : Bonjour !

Gilles Gouget : On n’est plus là pour parler accessibilité, mais on va parler télévision. Mon Dieu ! On va parler télévision à la radio, c’est vraiment n’importe quoi ! Mais des fois, il se passe des trucs à la télévision qui sont tout à fait intéressants. Alors autour de la table il y a François Revol et donc pas René. Bonjour François !

François Revol : Bonjour !

Gilles Gouget : Il y a un autre François, c’est François Pellegrini que tout le monde connaît comme universitaire, mais surtout défenseur des logiciels libres et ennemi farouche du brevet logiciel en Europe. On a le président du Conseil National du Logiciel Libre, Patrice Bertrand, patron de Smile2] qui est une des plus grosses sociétés de logiciels libres en France. Bonjour.

Patrice Bertrand : Bonjour !

Gilles Gouget : C’est la première fois que je vous ai au micro. Et puis Jeanne Tadeusz qu’on a au téléphone très régulièrement et grâce aux RMLL on peut la voir en chair et en os. Bonjour Jeanne !

Jeanne Tadeusz : Bonjour !

Gilles Gouget : Alors qu’est-ce qui nous a amenés là ? Je crois que c’était dans une émission de télé assez connue et plutôt assez bien foutue d’habitude.

Luc Fievet : C’est l’émission C dans l’air qui est une émission sur France 5, donc une émission française. Et il y avait une émission, un thème d’émission, sur la surveillance, PRISM3 et ce genre de choses, avec des experts, plutôt centrés sur la question de sécurité. l’objet n’était pas vraiment le logiciel libre, mais, évidemment, ça touchait aux questions de surveillance au travers de l’informatique. Et il y a eu quelques phrases qui sont parties sur des sujets qui sont proches de ceux du logiciel libre et qui ont provoqué quelques réactions épidermiques auprès de certains libristes. On va écouter la première. Elle est dite par Éric Filiol. Il était au sein d’une interview, il n’était pas présent dans l’émission donc peut-être que ça a été monté, probablement. Éric Filiol, on le connaît, il était aux Rencontres Mondiales du Logiciel Libre en 2011, c’est un spécialiste en sécurité informatique et on va écouter ce qu’il a à dire.

[Début de l’extrait de l’émission C dans l’air]

Éric Filiol : Essayez de trouver un système d’exploitation qui ne soit pas américain ? Vous avez le choix entre Apple et Microsoft. Bref ! Essayez de trouver un service de réseaux sociaux ou un service internet, maintenant, qui n’est pas concentré entre les mains de quelques acteurs américains ? On s’aperçoit que, finalement, quelle que soit la partie du monde numérique avec laquelle nous souhaitons travailler, de toutes façons on est obligés de travailler avec le diktat technologique et commercial des États-Unis.

[Fin de l’extrait]

Luc Fievet : Donc voila, c’était Éric Filiol. Effectivement, il dit qu’on ne peut pas trouver facilement d’ordinateurs qui ne soient pas soit Mac soit Windows et ce n’est pas complètement faux, mais cette absence d’alternative n’est pas tout à fait convaincante. Je ne sais pas quelles sont les réactions. Je vais peut-être me tourner vers Patrice Bertrand.

Patrice Bertrand : Sur la domination américaine dans l’industrie du logiciel, il n’y a aucun doute, c’est factuel, on ne va pas dire le contraire. Par contre, sur le fait qu’on n’ait pas le choix, là je pense que, je ne sais pas si ce qu’il voulait dire c’était exactement soit qu’il n’existe pas de choix ou qu’il était difficile, pour un particulier, typiquement, de trouver des alternatives. Voila, c’est à peu près la réalité, hélas, avec la domination des quelques géants dont il a parlé — elle est manifeste — néanmoins des alternatives, il y a en a ; malheureusement, il n’est pas facile pour un particulier, d’y accéder, en particulier lorsqu’il est en train d’acheter un ordinateur dans une grande surface.

Luc Fievet : La fameuse vente liée !

Patrice Bertrand : C’est la fameuse vente liée. Après, une fois qu’il aura acheté son ordinateur, qu’il l’aura amené chez lui, il aura encore beaucoup de choix qui se présentent à lui. Il va y installer des quantités de logiciels et là il y a, à peu près sur tous les sujets, des alternatives en logiciels libres. On pourra évoquer, tout à l’heure, la supériorité qu’ils peuvent promettre en termes de sécurité et de vie privée.

François Revol : Et d’indépendance !

Gilles Gouget : Oui. François.

François Pellegrini : Oui. Alors, il y a plusieurs points à considérer, effectivement. Quand on parle en termes de sécurité, il existe énormément de systèmes d’exploitation libres. Le fait est qu’être libre n’est pas un gage de sécurité. Il y a eu des exemples qui ont été documentés de personnes qui ont été payées par des services gouvernementaux pour introduire des bugs dans des systèmes d’exploitation libres, et ces bugs ont prospéré pendant plusieurs années sans jamais avoir été découverts. Donc l’ouverture du code source n’est clairement pas un avantage décisif sur la sécurité intrinsèque du logiciel. En revanche, le fait est que, quand une faille de sécurité existe et est détectée, on peut la corriger rapidement. Donc ce qui est important c’est la capacité d’audit du code qui permet de le réaliser.

Force est de constater que personne n’imaginait qu’un Bull ou un Siemens puisse se dresser contre Microsoft pour faire un système d’exploitation qui puisse être un concurrent sérieux. Or, aujourd’hui, et les chiffres sur le marché mobile le montrent, les descendants du noyau Linux sont là et bien là et dominent le marché. Alors maintenant, ça a été rebrandé à travers Google et les autres, ça s’appelle Android, mais quand on regarde, effectivement les systèmes d’exploitation libres dominent en nombre le marché sur les tablettes et les applications. Et des processeurs non Intel dominent également sur ce marché, ce sont les processeurs de la famille ARM qui montrent que la domination qu’on pensait éternelle du duo Intel/Windows, c’est-à-dire Wintel, il n’a pas fallu quelques années pour qu’elle soit, effectivement, mise en danger.

Luc Fievet : On le constate, on a régulièrement des retournements. IBM en a fait les frais avant l’avènement de Microsoft. Dans le domaine informatique, on a régulièrement des retournements spectaculaires.

François Pellegrini : Tout à fait, parce que la volubilité du marché est très grande. Maintenant, vouloir faire de la sécurité, ce n’est plus un problème de système d’exploitation, ça ne sert à rien d’avoir le système d’exploitation le plus audité possible, si les processeurs sont eux-mêmes buggés et, de ce point de vue, l’Europe a un déficit en fonderie et en capacité d’être son propre maître sur les processeurs qui a toujours été et reste extrêmement préoccupant. Donc, pour revenir sur l’aspect des logiciels qui nous concerne, je vais être rapide, clairement, l’investissement économique considérable qui était nécessaire pour réaliser un système d’exploitation concurrent des systèmes d’exploitation étasuniens a été fait. C’est un investissement international autour, donc, des logiciels libres, qui montre qu’ils constituent une alternative économique très crédible parce qu’ils agrègent énormément de valeur, très rapidement.

Maintenant, les utiliser dans un contexte gouvernemental, ça suscite de mettre en place des politiques volontaristes d’audit du code ; c’est-à-dire que quand on veut utiliser un logiciel libre dans un contexte sensible, on fait un audit du code pour essayer de détecter ses bugs qui auraient pu être introduits par l’ensemble des États qui auraient subverti un ou deux programmeurs pour rentrer ces bugs. Donc ça demande une démarche d’analyse qui peut être considérée comme un peu onéreuse mais qui est, en tout cas, bien moins coûteuse que de redéfinir à partir de zéro un système d’exploitation purement national et certifié par tel ou tel gouvernement.

Luc Fievet : En termes d’alternatives, on a vu, elles existent : GNU/Linux en termes de systèmes d’exploitation ; il y a une foule de logiciels pour les particuliers et les professionnels qui existent en logiciels libres. Ça n’est pas une garantie, mais ça permet au moins de voir ce qu’il y a dedans. Aujourd’hui qu’est-ce qui existe ? Parce que quand on parle logiciels libres et, notamment sur le site de l’émission C dans l’air, on a des réactions au niveau des commentaires ; évidemment, certaines personnes citent les logiciels libres et la réaction est de dire : « Mais les logiciels libres ce sont des trucs pour spécialistes, c’est trop compliqué et ça n’est pas adapté au monde professionnel. » Alors qu’est-ce qui existe, rien qu’en termes de systèmes d’exploitation, aujourd’hui, dans le monde professionnel ?

Patrice Bertrand : Linux évidemment. Après, des suites bureautiques, LibreOffice qui est un équivalent parfait, tout ce qu’il y a de plus complet, à la suite Microsoft. Et puis en matière de messagerie et de groupware il y a quantité d’alternatives, de produits, je ne vais pas citer tous les noms ici, mais il y a tout ce qu’il faut pour trouver son bonheur.

Je pense qu’en premier lieu il faut distinguer, en tout cas, le sujet de tout ce qui est cloud, c’est-à-dire tout ce qui est accéder par l’Internet depuis chez soi. Et là, on pourrait dire, le danger, effectivement, est très grand, il est manifeste, quand bien même on aurait plus ou moins l'assurance que c’est du logiciel libre qui tourne quelque part sur le serveur, ça n’apporterait pas tellement de garanties supplémentaires. Donc il y a le cloud d’un côté où là, les menaces sur la vie privée et la sécurité sont réellement très importantes et puis il y a les logiciels qu’on installe sur ses ordinateurs, chez soi, et là c’est un tout autre sujet. Comme François le disait, la garantie n’est peut-être pas absolue, totale, mais elle est quand même bien plus grande si on utilise des logiciels libres.

Peut-être un tout dernier mot. Ce qu’on a dit parfois, et parfois ça sort comme un argument contre la croyance dans le risque de backdoor dans ces logiciels, par exemple des logiciels Microsoft. On entend parfois : « Ce n’est certainement pas le cas parce que, vous comprenez, ce serait tellement dommageable pour leur réputation si on s’en apercevait un jour, que certainement ça n’est pas le cas ! » Mais cet argument ne vaut vraiment rien puisqu’on aurait pu appliquer exactement le même aux messageries et à tous ces grands acteurs qui se sont fait prendre, justement à propos du programme PRISM. C’est-à-dire qu’on aurait pu dire la même chose il y a trois mois : « C’est impensable parce que, vous comprenez, ce serait tellement dommageable pour leur réputation qu’ils n’auraient jamais accepté ça ! » Mais le fait est qu’ils l’ont accepté !

Luc Fievet : Et l’État français, d’ailleurs, n’en est pas convaincu puisque dans l’affaire de l’accord « Open Bar » entre le ministère de la Défense et Microsoft, il y a une analyse interne faite par le gouvernement français qui pointait ces risques de backdoor et de surveillance. François tu avais quelque chose à rajouter ?

François Revol : On a vu avec cette histoire de PRISM, grâce à Snowden, qu’effectivement on n’avait quand même pas forcément raison de les croire. On peut citer le site prism-break.org4 donc p, r, i, s, m, tiret, b, r, e, a, k, point org, je crois, qui justement fait une liste des types de logiciels et des services, avec d’un côté les habituels Google, Amazon, etc., Windows, et puis de l’autre les équivalents un peu plus éthiques dont les logiciels libres, donc ça peut être une référence pour la suite.

Luc Fievet : Alors peut-être que Anne, qui nous a rejoints, pourrait réagir à ça. Donc le contexte c’est « il n’existe pas d’alternative ». Toi tu t’occupes de Mageia5 qui est une distribution Linux. Qu’est-ce que ça t’inspire ce genre de commentaires ?

Anne Nicolas : Je suis un peu étonnée parce que je dirais que la communication sur les logiciels libres, aujourd’hui, c’est quelque chose qui est devenu pas banal mais, en tout cas, relativement courant. Pour avoir travaillé chez un éditeur de distributions auparavant, qui n’était certes pas le premier sur le marché, mais on se rendait compte que les gens étaient sensibilisés à l’existence de ce système d’exploitation qu’est Linux. Donc c’est très étonnant d’entendre ce genre de choses, d’autant plus qu’aujourd’hui, même dans les secteurs je dirais extrêmement sensibles de l’État français, on a du Linux en système d’exploitation sur les serveurs. Nous on a appris tout à fait par hasard, au dernier salon Solutions Linux par exemple, qu’il y avait effectivement une partie de la Défense qui utilisait Mandriva sur ses théâtres d’opérations, sur un serveur et qui est passée tout naturellement pour pouvoir avoir une suite en termes de maintenance sur le serveur, qui est passée sur du Mageia, pour des portails captifs.

Donc ça me semble un exemple relativement concret de ce qu’on peut faire avec du Linux et effectivement, pourquoi ils ont opté pour ce type de système d’exploitation ? Parce que c’est ouvert, parce qu’on peut en contrôler le contenu et parce qu’on a la main, effectivement, sur ce qui va être développé au-dessus de cette pile, au-dessus de cette base de système. Donc ça me semble relativement concret.

Luc Fievet : Jeanne.

Jeanne Tadeusz : Juste pour compléter rapidement ce qui disait Anne. Effectivement, l’utilisation du logiciel libre est de plus en plus vaste, notamment parmi les acteurs publics. Un autre exemple qu’on pourrait donner c’est le ministère des Affaires Étrangères qui a récemment expliqué que les ordinateurs portables utilisés dans le cadre des missions en déplacement ou autres, utilisaient un système d’exploitation libre, basé sur Ubuntu, justement pour des raisons de sécurité. Donc de dire que ça ne répond pas à des exigences professionnelles ou de dire qu’en termes de sécurité ce n’est pas cohérent d’utiliser du logiciel libre, c’est, dans le meilleur des cas, mal connaître le secteur de la sécurité ou du moins ce que font aujourd’hui les acteurs dans la sécurité, parce qu’on pense que le ministère des Affaires Étrangères, la diplomatie, a priori tout ce qui est notamment déplacements, en ordinateurs portables, ils font quand même relativement attention à ce genre de choses. Alors qu’en plus on a des acteurs qui ne sont pas des techniciens ou des spécialistes, donc avec quelque chose qui doit être relativement utilisable assez facilement et compréhensible pour des acteurs qui ne sont pas des techniciens informatiques. Et donc là, on a un vrai usage concret du logiciel libre par des non-spécialistes pour répondre, au contraire, à des exigences de sécurité. Donc là on est dans le contre-exemple parfait.

Luc Fievet : On a la gendarmerie aussi ! Alors si GNU/Linux est vraiment un système d’exploitation pour spécialistes et pour geeks, c’est une bonne nouvelle : ça veut dire que l’ensemble des gendarmes français sont extrêmement pointus en la matière et ça fait plaisir de voir ça. François.

François Pellegrini : Juste une chose. Effectivement, on sait que de toutes manières il y a eu une étude Gartner qui montrait que la majorité des entreprises utilisait au moins une brique libre, si pas plusieurs ; qu’effectivement beaucoup de ministères ; on télé-déclare nos déclarations d’impôts sur aussi des serveurs qui sont en logiciel libre. Donc considérer que ce n’est pas professionnel, je pense que c’est une déclaration qui n’est pas professionnelle, c’est-à-dire que c’est quelqu’un qui, clairement, ne connaît pas le marché !

Luc Fievet : Alors là, il faut quand même lui rendre grâce, il dit que c’est difficile à trouver, ce qui n’est pas faux.

François Pellegrini : En tout cas les gendarmes et le service des impôts les ont trouvés !

Luc Fievet : Il y a une chose qui est certaine c'est que, au moins dans le montage, C dans l’air a choisi, c’est le minimum en tout cas dont on peut être sûr, c’est que dans le montage ils ont décidé d’effacer ce truc-là.

François Pellegrini : Tout à fait ! Mais dernier point sur la question des silos de données, c’est-à-dire des réseaux sociaux, il y a eu des entreprises, là aussi collaboratives, de création de réseaux sociaux qui ne soient pas centralisés, on peut penser à Identi.ca, on peut penser à d’autres, avec l’objectif que ce ne soit pas l’acteur privé qui concentre l’information et que les personnes restent maîtres de leurs données. Donc il y a des outils qui peuvent être développés de façon alternative. Malheureusement, l’effet de réseau joue totalement en faveur des acteurs en place qui sont capables de faire de la publicité sur leurs services.

Luc Fievet : Très bien. On va écouter le deuxième extrait. Là c’est Alex Türk, l’ancien président de la CNIL. Donc pour vous resituer le truc, la CNIL c’est la commission qui s’occupe des libertés informatiques en France et, aujourd’hui, je crois qu’il est sénateur, si je ne me trompe pas. On va voir ce qu’il a à dire et en fait, ça se déchaîne, c’est la fin de l’émission et ça déchaîne des réactions qui sont assez intéressantes.

[Début de l’extrait]

Journaliste C dans l’air : Question intéressante. Les entreprises françaises doivent-elles cesser d’utiliser des logiciels américains susceptibles de les espionner ?

Alex Türk : Comment faire ? Comment elles pourraient ?

Journaliste : On est bien d’accord. Il n’y a pas le produit de substitution.

Alex Türk : Techniquement parlant, il n’y a pas de produits de substitution pour le moment à ce que je sache.

Journaliste : J’ai le pendant de votre réponse. Les Européens doivent-ils développer leur propre système d’exploitation, moteur de recherche, etc., pour se protéger ?

Alex Türk : C’est de tout ça dont on rêve, mais enfin. Les Européens oui, mais si vous voulez, c’est qui les Européens ? S’il faut que ce soit les Allemands, les Français ; il y a différents groupes.

Journaliste : On a fait Airbus non ! Mais excusez-moi, on a fait Airbus !

Alex Türk : C’est vrai, c’est vrai !

Journaliste : Ah bon, très bien !

[Fin de l’extrait]

François Revol : Lol.

Luc Fievet : On aurait effectivement pu rajouter des rires enregistrés derrière ; ça fait sourire des gens dans le studio. Alors une réaction ? François Pellegrini.

François Pellegrini : Je crois qu’en fait ça traduit une vision industrielle du millénaire précédent. C’est-à-dire qu’effectivement il y a beaucoup d’argent qui est investi pour faire des machins européens qui copient les machins étasuniens. On peut penser à tout ce qui a été investi dans les moteurs de recherche autour de Quæro6 et autres, d’essayer de contrer Google avec un résultat qui est une atteinte massive au domaine public. Donc chaque fois qu’on a imaginé, j’allais dire, avoir une politique colbertiste sur ce type de ce sujets, on se plante et on gaspille l’argent public parce qu’on confie à des acteurs du millénaire précédent, qui ont des stratégies industrielles qui sont celles du monde matériel, l’argent qui devrait permettre, au contraire, qui devrait être utilisé pour des stratégies agiles. Comme on l’a montré en première partie d’interview, ce n’est pas Bull, ce n’est pas Siemens qui ont fait le système d’exploitation qui a pu contrer les systèmes d’exploitation des entreprises étasuniennes, c’est la collectivité ! Donc clairement, il faut travailler en réseau, il faut travailler en bottom-up. Et avoir une politique industrielle de type top-down en disant on injecte l’argent sur les gros acteurs en pensant que ce sont eux qui vont trouver la solution, c’est clairement une erreur stratégique manifeste.

Luc Fievet : Patrice Bertrand, quand j’entends ce truc-là, j’ai l’impression que vous n’existez pas !

Patrice Bertrand : C’est vrai que c’est n’importe quoi et c’est bien triste venant de quelqu’un qui, au titre de ses fonctions dans la CNIL, devrait connaître un petit peu le paysage informatique. Le système d’exploitation, je pense qu’il ne faut pas se focaliser uniquement sur le système d’exploitation ; c’est un composant fondamental.

Luc Fievet : Sur cet extrait, on est sur les outils, donc on dépasse. Autant dans le premier on parle d’OS, effectivement, sur celui-là, on parle vraiment de logiciels au sens large.

Patrice Bertrand : Je comprenais que dans son initiative européenne souhaitée il mettait le focus sur le système d’exploitation. En tout cas, il y a un système d’exploitation qui s’appelle Linux, qui est porté par une fondation qui est basée aux États-Unis, mais qui ne lui donne pas une spécificité américaine le moins du monde. Il y a des contributeurs du noyau Linux qui sont dans tous les pays du monde. Il y en a en France, des gens comme ST Micro.

Luc Fievet : Cette question d’opposition nationale n’a pas grand sens !

Patrice Bertrand : Il y en a en Allemagne, Samsung est contributeur de Linux, pas mal d’acteurs japonais sont contributeurs de Linux. Donc c’est un effort, une sorte de gigantesque R & D mutualisée à l’échelle planétaire qui a véritablement des avantages extraordinaires en termes de maîtrise et donc de liberté. Donc ça c’est un fait.

Au-dessus de ça les outils, on l’a dit tout à l’heure, ne manquent pas. Et c’est vrai que le grand drame, parce que le cœur du sujet, pour beaucoup de gens, c’est la suite bureautique. On peut parler de plein d’outils, mais en réalité, les gens, chez eux, ce qu’ils veulent sur l’ordinateur, c’est une suite bureautique. Et la suite bureautique, effectivement, à 95 %, ça doit être celle de Microsoft et c’est vraiment dramatique comme monopole parce que c’est un monopole qui a pour principale raison les habitudes. Et les habitudes, bien sûr, tout est fait pour qu’elles soient prises par les nouvelles générations dès le plus jeune âge, de telle sorte qu’elles trouvent un peu pénible, que ce soit à 18 ans ou à 30, de se faire de nouvelles habitudes. Mais sinon, en termes de fonctionnalités, tout le monde en convient, c’est rigoureusement identique. On a la même chose en version à la fois libre et gratuite, et, par ailleurs, mieux sécurisée. La même chose est là, mais il faut changer d’habitudes et tout le monde joue là-dessus, à commencer, bien sûr, par ceux dont c’est l’intérêt économique.

Luc Fievet : Alors il y a quand même des choses qui sont mises en place et je pense au milieu professionnel. Je discutais cette semaine avec quelqu’un, une collectivité du côté de Nantes, en France, qui veut passer à LibreOffice. Il disait que là où ils péchaient, où ils avaient du mal, c’était pour migrer et notamment ils avaient des macros, et ils avaient du mal à trouver un prestataire qui puisse assurer la migration de leurs macros. Et ça, autant quand on est un particulier on change assez facilement, dans une entreprise il y a souvent des tas de choses qui sont mises en place. Ce n’est pas facile ! C’est un vrai projet quoi !

Patrice Bertrand : Oui ! C’est vrai, des prestataires il y en a. Je ne saurais pas les aiguiller, directement, sur le bon prestataire, mais je suis sûr qu’en cherchant un peu on en trouve ; il y a quand même un certain nombre d’entreprises, justement. Ça me donne l’occasion de dire un mot sur le CNLL qui est une sorte de fédération, au niveau national, en France, des grandes associations d’entreprises. Donc dans pratiquement toutes les régions en France, les entreprises du logiciel libre se sont réunies pour former des associations, pour agir ensemble au niveau local, agir en réseau, parfois faire du business ensemble aussi. Et ces associations, depuis 2010, se sont réunies au niveau national pour former le Conseil National du Logiciel Libre.

Luc Fievet : Jeanne.

Jeanne Tadeusz : Juste pour compléter sur un point, sur effectivement les habitudes donc à la fois des entreprises mais aussi des utilisateurs. Donc c’est évident que c’est une difficulté, mais c’est aussi la logique de quand on est à l’école on apprend souvent sur du tout Microsoft, qui fait que simplement, arrivé dans une vie professionnelle, c’est parfois difficile de passer au logiciel libre. C’est clair. C’est regrettable, d’ailleurs, parce que, finalement, des élèves on ne fait que des consommateurs de numérique, on ne fait pas du tout des acteurs, on ne leur apprend pas à utiliser un tableur ou un traitement de texte ; on leur apprend à utiliser des outils donnés, sans même leur montrer une diversité d’outils qui leur permettrait d’évoluer.

Mais bon, parce qu’il faut quand même donner de bonnes nouvelles de temps en temps, on peut aussi saluer la décision de l’Assemblée nationale et du Sénat français qui, cette semaine, ont décidé de donner la priorité aux logiciels libres dans le service public de l’enseignement supérieur. D’accord, c’est un petit service public, mais on est quand même sur un bon signe et un bon début et on peut espérer que, justement sur ces questions-là, on voit une évolution bientôt, au moins ne plus avoir les blocages utilisateurs qu’on peut connaître aujourd’hui.

François Revol : Même si j’ai bien compris, cette même priorité au logiciel libre a été mise de côté sur un autre projet de loi sur l’éducation, mais dans les niveaux inférieurs. Donc il y a quand même un petit souci de cohérence à ce niveau-là. Quand on dit, effectivement, qu’on est devenus consommateurs, en tout cas pour les enfants, c’est vrai que dans les années 80, il y avait des ordinateurs au fond des classes, mais c’était des choses qu’on pouvait programmer ! Moi j’ai appris avec le Basic, il y en a qui utilisaient le Logo, mais on pouvait faire des programmes. Ça commence à revenir à la mode, enfin à la mode, ça revient sur l’avant de la scène, on fait même des Coding Goûters, donc c’est quelque chose qui revient, mais c’est un peu dommage qu’on ait justement perdu ça. Il y a eu un obscurantisme ces vingt dernières années, en fait.

Gilles Gouget : Je rebondis par rapport à cette loi sur la modernisation de l’école. Tu viens de dire : « C’est un petit ministère l’Enseignement supérieur et la Recherche ». Est-ce que c’est là la clef de l’explication de la marche arrière du gouvernement sur le marché de l’Éducation nationale qui, peut-être, est plus gros et alimente aujourd’hui beaucoup plus d’acteurs ?

Jeanne Tadeusz : Je ne connais pas les explications. Je ne suis pas dans le secret du gouvernement. Par contre, ce qu’on peut voir, c’est qu’effectivement, quand on parle du projet de loi qu’il y a sur l’Enseignement et la Recherche où, cette fois-ci, la priorité au logiciel libre est passée, on a sans doute plusieurs facteurs. Le fait que l'Enseignement supérieur effectivement utilise déjà, sans doute, plus de logiciels libres que d’autres acteurs, que d’autres services publics. Donc on a sans doute un avantage à ce niveau-là. On a aussi le fait que, au contraire, au niveau de l’Éducation nationale, on a un lobbying très fort de la part de Microsoft. Il suffit de voir le fait que des licences Microsoft, pour les écoles comme pour les professeurs, sont gratuites ou quasi gratuites ; qu’il y a énormément d’actions, à grand renfort de publicité, qui sont faites par Microsoft dans les écoles, dans les rectorats, dans les académies ; sur le fait qu’on a même, parfois, les différents acteurs des différentes académies qui sont convoqués par le ministère chez Microsoft. Donc on voit un ensemble de choses qui font qu’ils sont extrêmement présents et sans doute très puissants au sein de ce ministère ; ce qui est peut-être, en tout cas on peut l’espérer, moins le cas dans l’Enseignement supérieur et qui peut l’expliquer.

Maintenant, aujourd’hui, le ministre Vincent Peillon, donc le ministre de l’Éducation nationale, a dit qu’il ne mettait pas la priorité au logiciel libre pour des raisons de problématique juridique. On a des doutes sur la validité d’un tel raisonnement. On attend encore de voir quels sont les problèmes précisément, mais en attendant on l’appelle à, s’il ne souhaite pas le voir dans la loi — ce qu’on peut dans une certaine mesure au moins entendre — à faire au niveau réglementaire de vraies actions, techniques, concrètes, en direction des académies, en faveur du logiciel libre dans l’usage quotidien. Et là-dessus, l’argument d’une problématique juridique n’existe simplement pas puisque c’est à lui de mettre en place ce type de choix, y compris les choix techniques qui ont lieu dans les différentes académies. Et donc là, aujourd’hui, vraiment on l’appelle à faire ça pour permettre aussi du logiciel libre dans les écoles, dans les collèges, dans les lycées.

Luc Fievet : Il y a un sujet qui est plus lié au système d’exploitation qui est justement ce lien entre le hardware, le matériel, et le logiciel. François Pellegrini, tout à l’heure, disait que le seul logiciel ne compte pas. Si, effectivement, le matériel a des failles, volontaires ou non, on est un peu foutus. Et pour les deux personnes ici qui travaillent sur des systèmes d’exploitation, cette question des spécifications matérielles est-ce que c’est quelque chose qui vous impacte directement ? Une amélioration dans ce domaine est-ce que ça vous faciliterait la vie pour pouvoir faire des systèmes d’exploitation, ou même des logiciels, qui tirent parti du matériel plus efficacement ? Aujourd’hui c’est compliqué de, par exemple, faire certains drivers ou des choses comme ça.

Anne Nicolas : On a encore, effectivement, quelques difficultés sur le sujet. Ça s’est quand même énormément amélioré. Moi je travaille sur les distributions depuis huit ans maintenant ; l’évolution est quand même majeure, c’est-à-dire on va vers un plus grand support de l’ensemble du matériel. On voit que certains constructeurs, en tout cas, s’impliquent vraiment et fournissent des drivers, ouverts ou non, mais en tout cas qui supportent le matériel. C’est vrai que c’est moins satisfaisant quand le driver est fermé, mais en tout cas on a le support du matériel. Après, on a les évolutions technologiques qui font qu’on traverse de grosses difficultés, par exemple comme le boot EFI récemment. Ça, ça a été un gros problème. Moi je trouve, en tout cas, que l’ensemble des distributions, les développeurs, ont fait un travail monumental sur le sujet et fournissent aujourd’hui des solutions qui ne sont certes pas parfaites, mais qui permettent de travailler sur ce fameux hardware. Je pense qu’il n’y a pas de solution miracle. La clef, aussi, se situe probablement au niveau de l’OEM, c’est-à-dire la vente de machines pré-installées.

Aujourd’hui il y a très peu de machines pré-installées sous Linux ou même sans système d’exploitation et aujourd’hui, la clef de diffusion d’un système d’exploitation c’est probablement l’OEM, c’est-à-dire la vente de machines pré-installées avec un système d’exploitation puisque, aujourd’hui, l’utilisateur ne devrait même plus avoir à mettre la main sur l’installation d’un système d’exploitation. C’est là toute la facilité quand on récupère une machine sous Windows. Nous, ce qu’on montre aujourd’hui, c’est qu’installer une distribution Linux sur une machine c’est quelque chose d’extrêmement simple et rapide. Moi j’ai fait les frais, récemment, d’une installation de Windows sur une machine parce qu’effectivement dans mon entourage tout le monde n’est pas sous Linux. Ça m’a pris trois heures contre une demi-heure d’une distribution Linux sur la même machine. Il y a un défaut de communication à ce niveau-là. C’est clair.

François Revol : Alors je ne suis pas totalement d’accord sur tous les points. Mais sur l’installation de Windows, effectivement déjà, il faut rentrer les quinze chiffres du code produit !

Luc Fievet : C’est une épreuve !

François Revol : Oui ! Oui ! Et puis je me rappelle aussi d’une anecdote au moment où Vista est sorti. Quelqu’un que je connais, qui bosse dans une petite boutique informatique, qui a voulu, comme il a l’habitude, après l’installation de Vista ; déjà il a fallu modifier dans le BIOS, c’était au tout début, le contrôleur SATA, bon ! Après il a voulu installer les pilotes de la carte mère. Alors le premier c’était « ce pilote nécessite Windows XP ou supérieur » et puis le deuxième c’est « ce pilote a détecté que le système d’exploitation n’était pas Windows », ce qui est quand même assez drôle !

Après, sur les spécifications, j’ai une position un petit peu différente étant donné le fait que je suis aussi développeur de système d’exploitation, mais qui est un petit peu plus obscur et qui déjà n’est pas une distribution de GNU/Linux, mais qui est un autre système d’exploitation, encore moins bien connu, et donc vu qu’on n’utilise pas Linux comme noyau, nous on est obligés d’écrire nos propres pilotes. Alors linuxiens, chers linuxiens, considérez-vous heureux d’avoir des pilotes binaires Nvidia ! Je ne sais pas si c’est une bénédiction ou une malédiction, mais les pilotes binaires Nvidia ils ne marcheront pas sur le système auquel je contribue qui s’appelle Haiku7.

Donc moi, en tant que développeur et en tant aussi qu’utilisateur qui voudrait faire un choix avec une concurrence libre et non faussée, pour reprendre les termes de certains, pour l’instant je n’ai pas ce choix-là. Et en fait, tout vient justement de la vente liée parce que tout le monde, quasiment, achète un PC sous Windows. Donc les fabricants, effectivement, même si ça s’améliore — il y en a qui, effectivement, publient les spécifications, publient des pilotes libres, même si ce n’est que pour Linux, mais au moins on peut étudier le code source ; il y en d’autres qui, effectivement, disent qu’ils sont pour Linux, qu’ils sont membres de la Linux Foundation et puis qui se contentent de donner le code source d’une glu qui sert à coller le gros bloc binaire au noyau Linux. Et donc, à cause de ça, on n’a pas les spécifications des composants de la machine et on ne peut pas écrire de pilotes libres pour ces machines, ou alors on fait du reverse engineering, on perd du temps, on n’est pas sûr que ce soit correct. Moi, en tant que développeur, je ne peux pas certifier qu’un pilote que j’écris en faisant du reverse engineering du pilote Windows, je ne peux pas certifier qu’il ne va pas faire exploser la machine. Je ne peux pas !

Donc forcément après, quand madame Michu, la pauvre madame Michu, quand on arrive à la convaincre déjà d’essayer un système libre, elle l’installe sur sa machine et puis elle voit que ça ne marche pas, elle va finir par retourner à Windows et là c'est un cercle vicieux, en fait. Donc tant qu’on n’arrivera pas à casser ça, alors soit effectivement par une masse critique, peut-être avec des pré-installations, mais cette histoire de pré-installations ça date d’il y a très longtemps. Il y a quinze ans il y avait BeOS qui lui, par exemple, était un système d’exploitation propriétaire, mais alternatif, ils avaient décroché un, un seul contrat OEM que Microsoft est arrivé à faire tomber parce que le BeOS en question était installé sur le disque dur, mais il n’était pas visible dans le gestionnaire de boot, en fait. Donc on ne pouvait pas le booter directement, ce qui revenait à ne pas le pré-installer du tout quoi !

Anne Nicolas : C’est vrai qu’effectivement le problème demeure, ça je ne le nie pas, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. Simplement l’image qu’on se fait aujourd’hui d’une installation Linux est celle d’il y a dix ou douze ans et c’est fort dommageable justement, sans parler d’OEM, c’est fort dommageable, effectivement, la facilité d’accès au système d’exploitation.

François Pellegrini : C’est vrai. En plus, le fait est que quand on installe une distribution, on n’a pas seulement l’OS qui arrive, on a tous les logiciels applicatifs qui sont installés d’un seul coup et en termes de temps gagné, on a une machine clef en mains en une vingtaine de minutes alors que, dans le même temps, on n’a qu’un morceau de l’installation de l’OS chez les concurrents du logiciel privatif.

Clairement, la question du matériel ramène, je pense, à l’essentiel. L’essentiel ce sont ces effets de réseau, ces effets de rente, qui dépendent de la vente liée. La vente liée c’est quand, par exemple, on achète un « iTruc » et qu’on est obligé d’aller se fournir chez le « iStore », etc. En fait les gens se trompent, parlent de neutralité du Net en disant ce n’est pas normal qu’Apple puisse virer des applications de son magasin ; mais n’importe quel tenant de magasin a le droit de choisir le style de son magasin. Je ne vais pas aller dans une librairie religieuse intégriste et demander le dernier magazine de fesses à la mode ! Je m’attends à ce que, dans ce magasin-là, il n’y ait pas ce type de produit. Le seul embêtement, c’est qu’il n’y a qu’un seul magasin. Clairement, ce n’est pas un problème de neutralité, c’est vraiment un problème de vente liée, donc de manque d’interopérabilité qui apparaît au niveau des bibliothèques, des composants logiciels et des matériels.

Lors du débat qui a eu lieu au Parlement européen où on était invités mardi après-midi, j’ai pris la parole en expliquant qu’il y a avait deux choses, effectivement, qui me hérissaient parce qu’elles portent atteinte aux mêmes libertés fondamentales, parce que, finalement, l’interopérabilité c’est l’équivalent de la liberté d’association dans le monde numérique : quand on a travaillé sur les droits humains pendant les grandes révolutions, on a posé comme principe la liberté d’association. Tous ces verrous, que ce soit les DRM, les brevets logiciels à un niveau le plus haut ou ce secret qui porte atteinte à la libre utilisation des matériels, ce sont des atteintes à la liberté d’association des humains et des matériels dans le monde numérique.

Donc clairement on est face à un principe de rang constitutionnel et il faut pousser pour qu’au sein de l’Union européenne on ait une grande directive générale sur l’interopérabilité en tant que principe juridique de rang constitutionnel, fondateur, qui impose que quand on achète un matériel, on ait les specs de ce matériel ; quand on a accès à un service logiciel on ait les specs d’accès à ce service logiciel pour, effectivement, pouvoir créer, éventuellement, des produits qui puissent inter-opérer de la façon la plus large possible.

Gilles Gouget : Ça pose quand même une question, parce que la vente liée, le problème il est soulevé depuis la vie des rats. Si ça se trouve ça existait avant même l’invention de l’informatique.

François Revol : Quinze ans, au moins quinze ans.

Gilles Gouget : On en parle beaucoup. Manifestement la loi elle existe. Elle n’est tout simplement pas appliquée. Celle-là, en tout cas, on ne la fait pas respecter. Les pratiques commerciales agressives de Microsoft sont parfois borderline au niveau légal aussi. Je ne vois pas ce que peut faire un système d’exploitation Microsoft dans une école, à moins que l’école n’ait un contrat avec Microsoft. Non on ne devrait pas ! S’il y a une alternative libre, il devrait être exclu d’avoir des éditeurs commerciaux dans les écoles ! Bon, les bouquins sont déjà le fruit d’éditeurs commerciaux.

François Pellegrini : Libre et commercial ça va ensemble !

Gilles Gouget : D’accord !

François Pellegrini : Privatif !

François Revol : Ce n’est pas mutuellement exclusif.

Gilles Gouget : Mais bon ! Le fait est qu’on se rend bien compte que, finalement, c’est celui qui est le plus agressif qui emporte souvent le morceau. Est-ce qu’en France le gouvernement, là-dessus, préfère ne pas se battre et laisser faire ? Est-ce que l’échelle ou l’échelon européen permettrait, justement, d’aller plus vite ?

François Pellegrini : Alors oui et non ! On attaque une théorie générale des organisations et un principe de lobbying qui a été posé, je n’ai plus la source en tête, mais dès les années 1880 où quelqu’un disait : « Quand vous allez faire une loi qui retire un franc — parce qu’à l’époque c’était des francs, mais c’était des francs-or, c’était vachement plus cool — quand vous faites une loi qui retire un franc à 1000 personnes et qui donne ces 1000 francs à une personne, vous pouvez être assez sûr que la loi passera parce que le type qui va avoir les 1000 francs il va se battre comme un lion pour que la loi passe et les types qui perdent un franc, vont se dire pour un franc je ne vais pas y aller ! »

Il faut des emmerdeurs comme nous pour pouvoir aller au combat et même parmi nous il y a pas mal de gens qui disent : « Bon ! J’ai déjà mon combat celui-là je ne vais pas le prendre. » Donc on est face à un principe général qui est que quand il y a une captation de richesse et une loi qui favorise un intérêt particulier, si, j’allais dire, la ponction individuelle est suffisamment faible, ce qu’au Mexique on appelle la la mordida, la petite corruption qui fait qu’on ne va pas dénoncer le flic parce que c’est juste tant de pesos, eh bien on aura du mal à trouver un combat structuré pour reposer les règles. En revanche, plus on remonte au niveau, j’allais dire structurel haut, et plus ces petites sommes deviennent des grosses sommes.

Quand on voit que le ministère de la Défense signe un contrat « Open Bar » avec Microsoft Irlande, je me permets aussi de rajouter que ça a été signé avec Microsoft Irlande, c’est-à-dire que notre cher ministère de la Défense nationale français rentre dans un jeu d’évasion fiscale, de façon parfaitement avérée. C’est-à-dire qu’au lieu de signer avec Microsoft France qui leur dit : « Ah ben oui, mais c’est plus cher parce qu’il y a des impôts à payer ! Eh bien allez avec Microsoft Irlande qui a des accords de partenariat et de non-imposition fiscale avec les États-Unis, l’argent ira directement aux US et ça ne fera de mal à personne ! » Eh bien si, ça fait du mal au contribuable français parce qu’effectivement, il y a des emplois qui ne sont pas créés en France et le contribuable paye deux fois, même il paye trois fois. Il a payé une fois pour former des gens, une deuxième fois pour repayer pour les produits qui sont faits par ces gens une fois qu’ils sont allés s’expatrier aux États-Unis et une troisième fois parce qu’il n’y a pas les taxes sur la vente et l’achat de ces produits.

Clairement, on a intérêt à frapper le plus haut possible parce que là les montants ne sont plus négligeables et qu’on voit à quel point, j’allais dire c’est une honte ; ça fait un peu émotion rapide, mais en tout cas, c’est un désastre fiscal et financier pour la collectivité !

François Revol : « Enfin, mais écoutez ! C’est de la merde ; c’est une honte ! » [en imitant la voix de Jean-Pierre Coffe]. Oui, la vente liée ce n’est pas nouveau du tout. Effectivement, c’est ce que je disais, ça a quinze ans. Il y a un article très amusant qui s’appelle He Who Controls the Bootloader8, par Scot Hacker qui date de 98, qui explique exactement ça, ce que j’ai dit tout à l’heure, eh bien on retrouve la même chose avec Secure Boot. C’est exactement ça, on prend les mêmes et on recommence !

Patrice Bertrand : J’allais ajouter. D’ailleurs ce débat récent autour de la priorité au logiciel libre dans tel ou tel service de l’État a donné lieu à un exercice de lobbying qui était véritablement un cas d’école. On a vu, justement, les acteurs dont le gâteau était en jeu, mettre en avant, comme il est d’usage dans ces cas-là, des organisations professionnelles, l’AFDEL [Association française des éditeurs de logiciels et solutions internet], bien entendu, mais aussi, et on s’est un peu demandé pourquoi, Syntec Numérique [Syndicat des professionnels du numérique] qui normalement, à notre sens, ne devrait pas prendre parti contre une priorité au logiciel libre, mais qui dans ce cas-là s’est fait le porte-voix de ces acteurs. Et on a vu même jusqu’à l’INRIA, un institut de recherche informatique, qui véritablement ne devrait pas se mêler de ces choses-là, par la voix de son président, cosigner une lettre. Et ils y sont allés, tous ces gens, de mails généralisés à tous les députés et sénateurs, de courriers aux ministres, de coups de téléphone aux conseillers. Enfin vraiment, un exercice de style de lobbying.

Il se trouve que dans, le premier cas de figure, il a abouti, puisque le gouvernement a demandé lui-même un amendement annulant la priorité qui avait été votée par les sénateurs et, dans le deuxième cas, le lobbying n’a pas eu gain de cause, mais je pense que ce n’est qu’un petit combat, le début d’une longue bataille.

François Revol : Syntec qui, il y a juste quelques mois il me semble, a financé un colloque sur l’open source justement. Alors on ne va pas dire qu’ils essaient de nous endormir, mais ce n’est pas quand même pas très cohérent.

Patrice Bertrand : C’est à se demander si ce n’était pas pour avoir davantage d’armes, le moment venu, pour le grand combat qui était celui-là.

Gilles Gouget : Le Syntec Numérique qui, si je ne m’abuse, prétend représenter à la fois les SS2I [Société de Services en Ingénierie Informatique.] et les SS2L [Société de Services en Logiciels Libres] et dont le chargé de mission pour les SS2L n’est autre que le patron de Linagora qui n’a même pas été consulté sur la décision du Syntec Numérique. Donc ça pose peut-être un problème de représentativité de cet organisme.

François Pellegrini : Là aussi, si on revient sur la théorie des organisations, et l’exemple que je vous avais donné, de celui qui gagne le plus aura toujours tendance à gueuler le plus fort. Clairement, dans toutes ces organisations, on peut penser au Syntec mais aussi également au Medef. Le Medef est censé représenter toutes les entreprises de France. Or, en fait, on voit que les positions du Medef qui sont contrôlées par les gens qui ont les moyens d’être présents en permanence au Medef, c’est-à-dire les représentants des grandes entreprises, font, au nom du Medef, des actions de lobbying en faveur des entreprises du CAC 40.

Si on a une pensée raisonnable du point de vue des entreprises françaises, à la lumière de tout ce qui est montré en termes d’indicateurs économiques, on a envie d’avoir un niveau de taxation qui augmente avec la taille des entreprises. Bizarrement, le Medef a toujours prôné l’inverse. Ça montre qu’effectivement, c’est ce qu’on appelle l’astroturfing : on voit des loups qui sont déguisés en agneaux et qui prétendent bêler avec les agneaux alors qu’en fait, ils sont juste là pour faire des lois qui sont favorables aux loups.

Le Syntec Numérique n’échappe pas, effectivement, à cette règle. Il est contrôlé par, finalement, les mêmes que ceux qui sont derrière l’AFDEL et ce ne sont pas deux associations : quand on compte les forces en présence, c’est une seule avec quelques grands d’un côté, effectivement ceux qui ont tout à perdre du fait que l’Éducation nationale donne la priorité au logiciel libre et, en face, évidemment, on a les acteurs du Libre.

Mais j’allais dire que, justement c’est ça qui est intéressant, le Libre c’est la vraie compétition. C’est-à-dire que quand vous avez sur un marché public un appel d’offres, ce ne sont pas les SSLL qui le gagnent. Au contraire, on voit les sociétés de service classiques et traditionnelles, membres du Syntec Numérique, remporter éventuellement des appels d’offres pour la maintenance de logiciels libres, face à des SSLL. Ce qui montre qu’effectivement il ne s’agit pas du tout, du point de vue des sociétés de services en logiciel libre, d’une action partisane pour privilégier leur business, comme c’est le cas par ailleurs, mais au contraire de garantir l’ouverture et le bon usage des deniers publics.

François Revol : La fameuse concurrence libre et non faussée !

François Pellegrini : Celle-là même.

Jeanne Tadeusz : Absolument. Juste pour compléter aussi, effectivement c’est un tout petit service public, c’est le service public de l’Enseignement supérieur, donc on reste quelque chose d’assez limité. En même temps, quand on voit le déchaînement de lobbying qui a eu lieu, toutes les entreprises du logiciel privateur ne s’y sont pas trompées et je pense que nous non plus on ne doit pas s’y tromper. Le fait même de marquer « priorité au logiciel libre » dans une loi, aujourd’hui, c’est une révolution !

Luc Fievet : Je crois que le contre-argument était de dire que c’est problème légal. Dès lors que ça a été voté, si le problème légal ne se pose pas, c’est la démonstration que cet argument faux.

Jeanne Tadeusz : Voila ! Ils annoncent un problème légal en oubliant de dire que c’est du droit européen ; que la Cour constitutionnelle italienne a déjà eu l’occasion de se prononcer sur le sujet en 2010. La décision n’est pas tout à fait récente, donc on a quand même eu le temps de la consulter, qui a dit qu’il n’y avait aucun problème vu que le logiciel libre ce n’est pas une question technique mais c’est une question de droit fourni aux utilisateurs et, en l’occurrence, à l’administration, donc on n’a pas de problème particulier à ce niveau-là. Déjà la question juridique a été clairement tranchée ; je ne prétends pas être nécessairement une des plus grandes expertes sur le sujet. Après, on peut considérer quand même qu’une Cour constitutionnelle dans un grand pays comme l’Italie, a priori cette loi parle en termes de droit de la concurrence et donc, à partir de ce moment-là, on a quand même quelque chose de clair.

Et juste pour terminer aussi, un rappel, c’est que le Syntec, l’AFDEL, se plaint dans ses différents courriers, dans ses différents efforts de lobbying, que le gouvernement favoriserait par ce type de disposition un business modèle par rapport à un autre, pourtant ce n’est pas quelque chose qu’il n’a pas le droit de faire. Si le gouvernement décide qu’il préfère louer des bâtiments plutôt que de les acheter, ce n’est parce qu’il va à l’encontre des vendeurs de bâtiments, que c’est contraire au droit de la concurrence. Le gouvernement a parfaitement le droit de choisir le logiciel libre même si ce n’est pas uniquement, comme on disait effectivement, des entreprises de logiciel libre, il a particulièrement le droit d’opter pour le fait d’avoir le droit de faire un certain nombre de choses.

François Pellegrini : Et je rappelle en France qu’il y a une jurisprudence qui est celle du Conseil d’État qui est aussi, dans l’ordre juridique français, situé à un niveau très haut.

Gilles Gouget : On arrive au terme de cette émission, il nous reste à peu près deux minutes et quelques secondes. On va devoir se quitter là, à moins que quelqu’un ait un scoop à nous lâcher comme ça sur radio RMLL.

François Pellegrini : Pas un scoop, rapidement…

Gilles Gouget : Un livre qui va sortir.

François Pellegrini : Par rapport au droit du logiciel, avec mon complice Sébastien Canevet qui est enseignant universitaire juriste et moi-même qui suis enseignant universitaire, mais en informatique, on s’est mis à quatre mains et un seul cerveau, parce que c’est étonnant comme on fonctionne, pour pondre un bouquin Droit des logiciels, justement pour éviter qu’il y ait beaucoup d’âneries qui soient racontées par la suite. Et ça, ça devrait sortir avant la fin de cette année, chez un très bon éditeur, Les Presses universitaires de France pour ne pas les citer. Don on est très contents !

Patrice Bertrand : Et moi, si je peux ajouter, j’aimerais pré-annoncer un autre grand événement du logiciel libre et de l’open source qui se tiendra à Paris, c’est l’Open World Forum qui se tient à Paris début octobre, comme chaque année depuis six ans maintenant.

François Revol : Et adoptez un député !

Gilles Gouget : Ils sont gentils et ils sont doux à caresser.

François Revol : Ils nécessitent pas mal d’apprentissage, mais après ils se débrouillent !

Jeanne Tadeusz : Mais ils apprennent ! Mais ils apprennent ! Et ne pas hésiter aussi sur les différents projets de loi qu’on a vus, que ce soit refondation de l’école, l’enseignement supérieur et d’autres, que les députés sont réceptifs : régulièrement, même quand on leur envoie des courriels, quand on les appelle, parce que ce sont souvent des problématiques simplement qu’ils ne connaissent pas. Donc pour revenir quand même au point départ, quand on entend des gens dire qu’il n’existe pas autre chose que Windows ou Mac, c’est parfois simplement parce qu’ils n’ont jamais eu l’occasion de tester autre chose, donc allez parler à vos responsables, aux députés, pour leur montrer l’existence du logiciel libre et son importance de plus en plus réelle aujourd’hui.

François Revol : Offrez-leur un CD de distributions, une Framakey9, enfin tout ce que vous avez sous la main !

Gilles Gouget : Oui ! Vingt secondes !

François Pellegrini : c’est que l’Assemblée nationale, ils utilisent le logiciel libre !

Jeanne Tadeusz : Ils utilisent en partie. Ils utilisaient complètement il y a quelque temps encore. Il y a eu un lobbying là aussi très fort de la part d’un certain nombre d’éditeurs propriétaires ; aussi un certain nombre de problématiques techniques, ce qui fait qu’ils sont partiellement revenus, mais ils utilisent encore beaucoup de logiciels libres aujourd’hui, notamment en termes de traitement de texte ou de lecteur multimédia.

Gilles Gouget : Nous remercions Jeanne Tadeusz, Anne Nicolas, Patrice Bertrand, Vincent Pellegrini, François Revol de nous avoir accompagnés jusqu’à présent. On remercie Nat à la technique. On se retrouve tout à l’heure à 17 heures jusqu’à 18 heures 15 pour la toute dernière. Ce sera avec l’orga, tout ça, pour faire un petit débriefing avant le vrai débriefing de ces rencontres Mondiales du Logiciel Libre. Bonsoir à tous ! Bonsoir à toutes ! Et restez libres !

Gwenn Seemel, artiste lumineuse

Framablog - sam, 12/08/2017 - 07:10

Gwenn est une artiste franco-américaine qui vit à aux États-Unis.

Elle milite activement dans différents domaines en plus de dessiner super bien et d’avoir toujours un grand sourire lumineux.

Portrait d’une belle personne.

 

Bonjour Gwenn. Est-ce que tu peux te présenter ?

J’ai 36 ans, mais j’ai toujours l’impression d’avoir 12 ans, surtout quand je parle en français. J’ai vécu en Bretagne avec mes grands-parents de temps en temps quand j’étais plus jeune, mais sinon j’étais plutôt aux États-Unis. Le français reste un peu la langue de mon enfance.

Tu veux bien nous en parler de tes militantismes ?

On se connaît à cause du travail que je fais autour du droit d’auteur, mais ce travail existe dans un contexte plus large. Je veux vivre dans un monde où l’artiste — et, en particulier, l’artiste indépendant — est pris au sérieux. Dénoncer le droit d’auteur comme le mensonge qu’il est fait partie de ce travail. L’idée de la propriété intellectuelle déboussole beaucoup d’artistes, en leur faisant croire qu’ils ne font que produire des objets et les vendre. En fait, les artistes créent des liens avec les autres à travers leur art et c’est à cause de ces liens que les artistes se font payer. Si tout le monde comprenait mieux le fait que l’art est beaucoup plus qu’un objet ou une œuvre, l’artiste sera vu autrement.

Bien sûr, l’art n’est pas tout. :) Le féminisme, l’anti-racisme, les droits LGBTQ, et l’environnement me passionnent aussi et j’en parle beaucoup dans mon art et sur mon blog.

 

Tu donnes l’impression de vivre dans une grande sérénité joyeuse. Tes portraits sont pleins de lumière et de couleurs. Est-ce qu’il y a des choses qui te blessent ? Qui te rendent triste ?

C’est un effort de me présenter comme quelqu’un qui vit dans une grande sérénité, donc d’abord je te remercie de l’avoir remarqué ! :) Après, la vérité c’est qu’il y a trop de choses qui me blessent. C’est pour ça que je travaille autant pour être une source de joie.

Les choses qui me rendent triste commencent avec tous les domaines dans lesquels je suis militante, mais n’en finissent pas là. En ce moment, l’aversion que je ressens envers le gouvernement aux États-Unis submerge le reste. C’est au point où je n’ai même plus honte du Président et de son régime parce que le problème est beaucoup trop grave pour un sentiment comme l’embarras.

Ceci dit, les difficultés quotidiennes de la vie de l’artiste pèsent aussi. Cela fait deux ans que j’ai quitté la côte ouest des USA pour la côte est, et j’ai toujours du mal à situer mon art et mon business dans ce nouvel endroit. Petit à petit je reconstruis une communauté autour de mon art, et tous les jours je suis reconnaissante envers la communauté en ligne qui n’a pas cessé de me soutenir. You’re the best !

Qu’est-ce qui t’a amenée au dessin ? Comment as-tu appris ?

J’ai un frère aîné, et comme tous frères aînés il me taquinait beaucoup quand on était plus jeune. Un jour — il avait 9 ans, moi 6 — on jouait ensemble. On s’était construit un vaisseau spatial avec les coussins du canapé. Il pilotait, et je faisais semblant de participer à l’aventure mais en réalité je dessinais quelque chose. Quand mon frère a vu ce que je faisais, il s’est arrêté pour me faire un compliment. Depuis, je fais de mon mieux pour que les autres soient obligés d’arrêter de piloter leur vaisseau spatial pendant deux minutes pour voir le monde différemment.

J’ai appris à dessiner en copiant. Oui, j’ai fait des études à la fac et j’ai eu plein de profs extraordinaires, mais ce n’est qu’en imitant les autres que je suis arrivée là où je suis.

 

Des sources d’inspiration ? Des artistes qui t’ont donné envie de les égaler ?

En ce moment, je regarde beaucoup l’œuvre de Joi Murugavell, Ashley Ja’nae, et Jan Heaton sur Instagram. L’artiste franco-américaine Louise Bourgeois m’inspire énormément, tout comme les écrivains Octavia Butler et Cory Doctorow.

 

Pourquoi publier sous licence libre ?

Pourquoi publier avec copyright ?

Je rigole. :) Mais c’est comme ça que je préfère répondre à cette question quand je parle avec quelqu’un qui affirme le copyright. C’est une manière de leur montrer tout de suite qu’on peut aussi questionner leur position. Même si leur choix représente la norme, ça reste un choix.

Ma vraie réponse remonte toujours à la source —c’est à dire, à toutes les sources pour mon art. Puisque je ne peux pas créer sans toute la culture qui m’entoure, il me semble malhonnête d’essayer d’enlever mon art de cette même culture qui inspire les autres.

 

Quelles sont les licences que tu utilises ?

Je mets mon art dans le domaine public et j’essaie d’être aussi claire que possible sur ce sujet. Je n’utilise pas la licence CC0 parce que, même si je crois que Creative Commons est une super idée qui mérite d’être répandue dans le monde entier, il ne va pas assez loin pour moi. Ceci dit, cela ne me dérange pas qu’on parle de mon art comme étant sous licence CC0. :)

 

Est-ce que tu arrives à vivre de ton art ou est-ce que tu as un vrai travail sérieux à côté ? :)

Cela fait 14 ans que je vis de mon art exclusivement. Mon mari est freelance aussi et parfois c’est lui tout seul qui paie le loyer, mais souvent c’est moi toute seule qui le paie. Travailler pour soi-même n’est jamais facile, mais c’est un défi fascinant et une aventure qui est sûrement plus agréable à deux.

 

Comment dessines-tu ? Est-ce que tu travailles avec un ordinateur ou à la main ?

À la main. Cela m’arrive d’utiliser l’ordinateur pour manipuler les images, puis travailler à la main à partir de ses images. Et parfois je dessine quelque chose sur papier puis je la scanne pour pouvoir la manipuler sur l’ordinateur. Je n’ai fait qu’un dessin numérique directement sur une tablette et le processus me paraît toujours assez mystérieux.

C’est un peu comme la différence entre écrire à la main et taper à la machine. Quand on fait quelque chose à la main, on a un peu l’idée de l’ensemble avant même de commencer. Il faut imaginer la place que le dessin ou le texte va prendre, et il faut être conscient qu’on ne va jamais pouvoir effacer les traits complètement. Dans le numérique il y a une liberté que j’apprécie, mais qui ne me convient pas toujours…

 

On peut te suivre quelque part ? Un blog, les réseaux sociaux ?

Je publie des articles et des vidéos au moins une fois par semaine sur mon blog :
http://www.gwennseemel.com/index.php/blog/

J’ai un profil sur Patreon (le Tipeee des États-Unis) :
https://www.patreon.com/gwenn

Je suis « Gwenn Seemel » sur Facebook et « gwennpaints » sur Twitter, Instagram, et YouTube.

 

Qu’est-ce qui te motive à publier autant sur ta démarche, ton travail ?

La plupart des gens travaillent pour une entreprise ou une institution. Autrement dit, ils remplissent un siège qui existe déjà et qui pourrait être rempli par n’importe qui du moment où la personne a les qualifications. L’artiste doit inventer lui-même son siège. Il doit persuader tout le monde que non seulement l’art en général compte pour quelque chose, mais son art en particulier a un sens. Autrement dit, l’artiste doit devenir une sorte d’institution en lui-même.

Souvent les artistes arrivent à cela en travaillant avec des institutions—en exposant dans des galeries, en faisant des conférences à des universités, et en vendant de l’art à des entreprises. Et parfois j’ai suivi ce chemin, mais je préfère devenir une institution en m’engageant directement avec le public. D’une part, c’est ça le but en publiant autant sur le Web.

 

Tu as écrit un livre sur le droit d’auteur que notre Pouhiou a sur sa table de chevet. Quelles ont été les réactions à la suite de sa parution ?

Idiote ou prophète. Voilà comment on me décrit après ce livre. Je crois que la réalité se trouve entre les deux extrêmes. :)

 

Quand aurons-nous la chance de te croiser en France ? La dernière fois, c’était aux RMLL 2015, je crois.

Quand je serai invitée à nouveau pour parler du copyright et de la créativité ! :) La France, la Suisse, la Belgique, le Québec —tous ces voyages magnifiques ne se sont faits qu’avec le soutien d’une super communauté qui croit en moi et en ce que je crée.

Et comme d’habitude sur le Framablog, on te laisse le mot de la fin.

On ne peut pas convaincre un autre de son point de vue. Plutôt le but —de la discussion, de l’art, de la vie !— est de donner à l’autre envie de questionner ses idées et à voir le monde à nouveau.

 

Pour en savoir plus

Les livres de Gwenn Seemel

Ses explications sur sa démarche, en vidéo et en français

Réalisation de photos libres pour Wikipédia - Lionel Allorge - PSES2017

APRIL - ven, 11/08/2017 - 10:00


Titre : Réalisation de photos libres pour Wikipédia
Intervenant : Lionel Allorge
Lieu : Pas Sage en Seine
Date : Juillet 2017
Durée : 45 min 27
Visionner la vidéo
Diaporama support de la conférence : format PDF
Licence de la transcription : Verbatim

Transcription

Bonjour. Merci d’être là. C’est sympa d’être venus. Moi je viens d’arriver parce que je me suis retrouvé coincé dans les embouteillages parisiens, ce qui explique un petit peu le retard, le léger retard. J’avais pris beaucoup de marge et ce n’était pas suffisant.

Je vais vous parler un peu de photographie ce qu’on appelle libre et puis je vais, bien sûr, vous expliquer ce que c’est ce qu’on appelle une photographie libre.

Donc je me présente. Je m’appelle Lionel Allorge, je suis membre du conseil d’administration de l’April1 qui est l‘association qui représente en France la fondation Wikimedia qui est une fondation américaine et qui chapeaute, notamment, Wikipédia qui est un projet que, je pense, la plupart d’entre vous ont déjà vu si vous allez sur Internet.

La photo libre. La photographie libre

L’idée c’est, dans le prolongement des logiciels libres, de faire un partage de connaissance qui soit le moins restrictif possible pour que les gens puissent se l’approprier et le réutiliser. Ça, ce sont les grandes lignes théoriques. Ça veut dire que, notamment si vous allez sur Wikipédia, c’est une encyclopédie qui contient des textes et ces textes vous pouvez, vous avez le droit, de les copier-coller, contrairement à la logique du droit d’auteur qui est que quand vous avez un texte qui a été écrit par un auteur, si vous voulez en faire quoi que ce soit, c’est-à-dire le publier, le copier sur votre blog, le transférer à vos amis, vous êtes obligé de demander, à chaque fois, l’autorisation à l’auteur. Donc évidemment, ça rend très difficile le partage de la connaissance.

L’idée de Wikipédia, l’idée des logiciels libres, c’est d’inverser la logique de ça et de dire plutôt que de devoir demander une autorisation à chaque fois à l’auteur — ce qui peut s’avérer très compliqué parce que l’auteur peut être très difficile à joindre, on peut ne pas savoir le joindre — c’est, pour un certain nombre d’auteurs qui sont d’accord, de faire l’inverse ; c’est-à-dire de donner une autorisation générale, à tout le monde, de réutiliser leur travail, sous réserve qu’ils respectent quelques petites conditions que je vais vous détailler ; il y en a essentiellement deux pour ce qui nous occupe.

Par exemple, cette photo-là est une photo libre, c’est-à-dire que la personne qui l’a faite a décidé, sciemment, de la partager avec tout le monde.

Pour faire ça, le photographe, une fois qu’il a pris la photo, il doit tout simplement déclarer qu’il la publie sous une licence libre – je détaillerai aussi les licences libres — c’est-à-dire qu’en fait, il passe une sorte de contrat avec vous en disant vous pouvez faire ce que vous voulez avec ma photo à condition de respecter, encore une fois, quelques petits points, qui ne sont pas totalement négligeables, mais je les détaillerai.

C'est quoi une photo libre ?

Cette photo je l’ai récupérée sur Wikimédia Commons2. C’est un site dont je vais vous reparler aussi. L’idée de Wikimédia Commons c’est que c’est une sorte de médiathèque, un petit peu comme ici, numérique, qui permet de déposer toutes sortes de documents qui ne sont, en gros, pas des textes. C’est-à-dire des dessins, des schémas, des diagrammes, des photos, des vidéos et bientôt, dès que la fonction sera mise en place, des objets en 3D. Et l’idée c’est que tout le monde doit pouvoir utiliser ces objets, encore une fois avec le moins de restrictions possibles.

Si on va sur ce site, on peut donc voir la photo. Il y a un lien. [Alors est-ce que j’ai un petit système qui me permette de faire un pointeur avec ça ? Oui, super]. Ici vous avez marqué fichier d’origine parce que là vous avez une version, on va dire une vignette, c’est une version qui a été réduite en taille, et en cliquant sur « fichier d’origine » ici en bas, [je vous en prie madame], vous pouvez récupérer le fichier d’origine du photographe avec la définition maximum.

Et, en dessous, il y a un petit texte qui vous précise pourquoi cette photo est libre. Et donc ça vous dit que ce fichier est disponible sous les termes d’une licence, ça va être Creative Commons3, c’est donc ce contrat dont je vous parlais. Je reviendrai un petit peu en détail sur ce que c’est que les Creative Commons, mais déjà l’idée c’est essentiellement que ça vous autorise à réutiliser ce fichier comme vous voulez.

[Je vous en prie, entrez.]

Pour faciliter encore les choses, quand vous êtes sur cette médiathèque libre, donc Wikimédia Commons, vous allez trouver un certain nombre de liens, ici, qui vont essayer de vous faciliter la tâche. Parce qu’encore une fois, l’idée c’est d’encourager les gens à réutiliser ces fichiers. Donc on vous propose de pouvoir les télécharger dans différentes tailles d’image et de faciliter l’utilisation sur Internet, sur un wiki ou pour pouvoir envoyer ce lien, ce fichier, dans un mail. Et là, automatiquement, ça vous permet, par exemple, de récupérer cette petite phrase qui est la petite phrase que la licence vous demande de coller à côté de l’image, pas loin de l’image.

Alors si vous avez déjà lu des livres ou plutôt même des journaux, des choses comme ça, vous avez peut-être déjà vu que, à côté de l’image, souvent en bas, mais ça peut être sur le côté, vous avez le nom de l’auteur de l’image, en fait. Et là, on vous demande donc, une des choses qu’on vous demande, c’est de mettre le nom de l’auteur, donc ici Pierre Dalous, et CC BY-SA 3 ; c’est le nom de la licence dont je vais vous reparler un petit peu plus tard. Donc en gros, pour utiliser cette image sur votre blog, sur Twitter, sur un certain nombre de sites participatifs, mais aussi dans un livre, par exemple dans une revue, dans un journal, vous pouvez juste prendre l’image, mettre la phrase, et l’utiliser ensuite comme vous voulez.

Wikipédia

L’idée de base de cette médiathèque est née dans Wikipédia. Donc déjà, est-ce qu’il y a des gens qui ne connaissent pas Wikipédia ? Non ? C’est cool ! C’est un petit peu compliqué à expliquer comme projet parce que c’est devenu assez grand. Mais en gros, l’idée vraiment c’est de faire une encyclopédie libre. Donc encyclopédie, vous savez je pense ce que c’est, c’est-à-dire une espèce de répertoire du savoir humain aussi large que possible. Et puis libre, toujours pareil, parce que Wikipédia est publiée sous une licence qui vous autorise à copier. Ce qui, parait-il, gêne un certain nombre de professeurs, parce que d’habitude, en général à l’école, on vous dit : « Surtout ne copiez pas ! ». Et là, nous on leur dit : « Faites exactement l’inverse, copiez ! » À partir du moment où vous dites que vous avez copié, c’est-à-dire où vous dites : « Ce n’est pas moi qui ai écrit ce texte », vous ne vous l’appropriez pas, mais vous dites « je l’ai trouvé à tel endroit, écrit par telle et telle personne. »

Dans Wikipédia, quand le projet a démarré, il y avait essentiellement du texte. On était au début, pas au début de l’Internet, mais l‘Internet était encore relativement lent, donc les gens mettaient essentiellement du texte et puis, au fur et à mesure que l’Internet s’est développé, que les vitesses ont augmenté, on a commencé à vouloir enrichir l’encyclopédie avec des images d’abord, et, comme je vous disais, des schémas, des dessins techniques, par exemple quand il y a des articles techniques et puis même des vidéos. Il y a un certain nombre de choses qu’il est difficile d’expliquer autrement que par une animation. Et donc on s’est retrouvés à devoir, enfin à vouloir mettre un certain nombre de fichiers multimédias dans Wikipédia.

Les Wikipédia, en fait il y en a, je ne sais plus combien aujourd’hui, plus de 200 je crois, puisqu’il y en a une pour chaque une langue. Pour chaque langue où on trouve des gens qui veuillent bien ajouter des articles. Et donc, chaque Wikipédia dans son coin commençait à rajouter des photos dans son coin. Donc rapidement les gens se sont dit ça serait intéressant de rassembler toutes ces photos, tous ces fichiers en un seul endroit, pour qu’on n’ait pas à les dupliquer en x exemplaires. Et donc est né ce projet de Wikimédia Commons qui est, comme je disais, une médiathèque libre, qui, au départ, est faite pour servir à Wikipédia, mais qui, en fait, est vraiment là pour servir à tous les usages que vous pouvez imaginer avec ces fichiers.

Creative Commons BY SA

La licence principale qui est utilisée dans Wikipédia, et donc qui est aussi pas mal utilisée sur Commons, c’est cette licence qui s’appelle Creative Commons BY SA. Alors c’est de l’anglais. BY ça veut dire que vous avez l’obligation, si vous utilisez ces images, de faire ce qu’on appelle une attribution, c’est-à-dire de ne pas vous approprier l’image en disant c’est moi qui l’ai faite, comme dans la pub, mais de dire elle a été faite par monsieur ou madame Untel.

Et la deuxième obligation que vous avez, c’est le partage dans les mêmes conditions. C’est-à-dire que si vous utilisez cette image et que, par exemple, vous la modifiez, admettons que vous l’utilisiez sur votre blog et que vous vouliez rajouter quelque chose dessus, ça crée une nouvelle version de l’image, cette nouvelle version va être, elle-aussi, sous la même licence. C’est-à-dire qu’en gros, vous ne pouvez pas dire je rajoute un petit truc dans un coin et l’image, d’un coup, elle m’appartient, je suis le seul à pouvoir l’utiliser. La licence se transmet dans toutes les variantes de l’image, les variantes successives.

[Ça ne devrait pas s’afficher comme ça ! Bon ! Ah, ça c’est mieux !]

Il y a une autre licence libre dont je vous parle rapidement, qui fait, en gros, à peu près la même chose, c’est-à-dire vous pouvez réutiliser les fichiers comme vous voulez, mais vous devez donner le nom de l’auteur et vous devez publier sous la même licence d’éventuelles variantes que vous ferez, c'est la licence Art Libre4. Elle a un gros avantage sur la précédente, c’est qu’elle est écrite en français. C’est-à-dire l’original est en français, est fait par des Français, donc c’est un peu plus facile, peut-être, à comprendre, tandis que l’autre est faite par des avocats américains et donc, si on veut lire vraiment le texte de la licence, elle est très jargonneuse, elle est un peu difficile à suivre pour qui n’est pas spécialiste.

Copyleft

Ces deux licences contiennent ce qu’on appelle la notion de copyleft. Le copyleft, c’est le symbole du copyright inversé. Donc c’est un jeu de mots qui n’est pas vraiment traduisible en français. C’est-à-dire que copyright, en anglais, veut dire les droits de copie, les droits de copier une œuvre et right veut dire aussi à droite. Et donc, en inversant le terme, on fait copyleft ce qui veut dire à la fois le droit de copier à gauche, mais aussi left, ça veut dire en anglais laisser quelque chose. Donc c’est l’idée qu’on laisse aux autres le droit de réutiliser l’œuvre.

Cette notion de copyleft existe maintenant dans de nombreux domaines. Elle existe, au départ, essentiellement dans les logiciels, des logiciels que vous connaissez peut-être comme Firefox, par exemple, ou LibreOffice, ce sont des logiciels publiés sous licence libre. Mais après, cette idée s’est propagée donc à Wikipédia, elle s’est propagée à d’autres notions comme OpenStreetMap5. Vous connaissez peut-être, c’est un site qui vous permet d’avoir une cartographie de toute la planète et qui est, elle aussi, sous licence libre, c’est-à-dire que vous pouvez récupérer les données et les réutiliser comme vous voulez. Vous avez maintenant de plus en plus de choses. Vous avez même des gens qui font dans les fab labs, qui fabriquent des objets qui sont sous licence libre, enfin ce genre de choses. Donc ça essaime au fur et à mesure cette idée d’inverser le droit d’auteur en disant plutôt que de vous interdire tous les usages, sauf ceux que je vous donnerai personne par personne, c’est de faire l’inverse, c’est de dire vous avez le doit de réutiliser comme vous voulez.

Wikimédia Commons

Donc le site Wikimédia Commons, dont je vous ai parlé au début, c’est ce site qui est une médiathèque libre, qui est faite essentiellement par des bénévoles. Pas que ! C’est fait par tous les gens qui veulent participer à ce projet, mais il y a un certain nombre de gens qui sont rémunérés. C’est un cas un peu particulier. La plupart des gens qui participent à ça sont bénévoles. Ce sont des gens qui participent gratuitement, on va dire. Mais il y en a certains qui sont payés et l’exemple type ce sont les fonctionnaires américains. Les fonctionnaires américains, quand ils produisent une œuvre, sont obligés, par la loi américaine, de la mettre dans ce qu’on appelle le domaine public. C’est-à-dire, en gros, ils abandonnent tous leurs droits sur l’œuvre. Et c’est comme ça que, par exemple, si un militaire américain fait une photo aujourd’hui en Irak de soldats américains et qu’il la publie, il va la mettre dans le domaine public. Cette photo peut être récupérée par tout le monde et réutilisée par tout le monde.

L’autre exemple un peu moins guerrier, c’est la NASA. Toutes les photos que fait la NASA sur les étoiles, les planètes, la station spatiale internationale, peuvent être récupérées et réutilisées par tout le monde, sans même avoir à respecter les deux points dont je vous parlais tout à l’heure. Il n’y a même pas besoin de redire que ce sont des photos de la NASA, par exemple.

Donc ça, Commons, c’est un projet qui aujourd’hui en est à, j‘ai le chiffre-là : il y a quelques jours, quand j’ai fini la présentation, on en était à plus de 40 millions de fichiers, ce qui est à la fois énorme parce que, du coup, il y a foison de photos notamment, ce sont essentiellement des photos, mais, vous allez voir un peu plus loin, tous les sujets ne sont pas traités, loin de là. Par exemple, ici on est à Choisy-le-Roi, il y a plein de choses de Choisy-le-Roi qui ne sont pas en photo sur cette base de données, qui pourraient mériter de l’être. Donc il y a pléthore de choses encore à faire si vous êtes intéressés.

Quoi photographier

Je vais essayer de vous dire un petit peu ce qu’on peut mettre sur Wikimédia Commons et donc sur Wikipédia, parce que tout n’y est pas autorisé et l’idée, essentiellement, c’est : il faut que les images, les dessins, etc., les vidéos, aient un intérêt éducatif. Ça c’est la grande idée de Wikipédia, c’est-à-dire qu’on est là pour partager du savoir et que donc le selfie de vous avec votre tantine, on s’en fout un peu, en fait, à vrai dire. Non seulement on s’en fout, mais surtout on ne veut pas que ça encombre les serveurs donc, si vous la mettez, ça sera effacé. Pour ça, il y a tout un tas de sites qui vous permettront de mettre vos photos de vous et de votre tantine sans difficulté.

Là, par exemple, je ne sais pas si on voit très bien, mais on a un monsieur qui a son bébé dans les bras. C’est à Paris durant la fête chinoise du nouvel an et, en fait, il est en train de prendre un selfie de lui avec derrière la fête. Alors ça, c’est une photo qui n’a pas sa place dans Wikipédia a priori, puisque la photo de ce monsieur, qui est a priori inconnu et de son bébé, tout aussi inconnu, ne nous intéressent pas. Je sais, c’est dur !

Par contre, si jamais vous faites un selfie avec Leonardo DiCaprio, ça peut potentiellement nous intéresser parce qu’on vous virera, vous, et on recoupera pour avoir juste Leonardo DiCaprio. Oui, puisque la licence nous autorise à recouper dans les photos, puisqu’on peut les manipuler. Donc on vous virera vous, si vous êtes un inconnu comme moi, ou peut-être la plupart d’entre vous, et on gardera Leonardo DiCaprio.

Il y a des photos qui nous seront toujours impossibles à faire, je pense. À moins de s’appeler Thomas Pesquet, c’est-à-dire des photos comme celle-là, des photos prises dans la station spatiale internationale. Ça, évidemment, c’est hors de portée du commun des mortels, on va dire, et ce n’est pas ça qu’on attend, en fait, des gens qui vont participer à Wikipédia. Ce qu’on attend d’eux, c’est de faire des photos qui sont évidemment réalisables, humainement parlant, sans nécessiter des moyens extraordinaires. Donc les photos dans l’espace, a priori, on compte plutôt sur les agences, évidemment, spatiales internationales pour nous les fournir.

Un autre exemple, c’est la photo que j’avais mise en entête ici, c’est une photo d’explosion d’une ampoule à incandescence, la pauvre ; la pauvre parce qu’il n’y en a plus beaucoup, c’est en voie de disparition. Et pour faire ce genre de photo, évidemment, il faut un studio photo, il faut du matériel spécialisé pour faire une photo très rapide et, en plus, cette photo est truquée parce que, évidemment, pour la faire, ça il faut que ça soit connecté à l’électricité à un moment ou à un autre. Donc en fait, évidemment, tout ça c’est faux et ça a été remis. Donc en plus, c’est une photo qui est vraiment travaillée, truquée, etc. Donc j’imagine que le commun des photographes ne peut pas faire ça. Mais par contre, ça peut être le cas dans le cadre, comment dire, d’un groupe de photographes qui se réunissent. Ça peut être un club photo par exemple. Ça peut être des choses que je vous montrerai après qu’on fait au sein de Wikimédia France, si on peut se réunir à plusieurs et, à ce moment-là, avoir assez d’argent pour acheter, éventuellement, du matériel spécialisé, des flashs très rapides, des choses comme ça, et on peut s’amuser à essayer de faire ce genre de photos.

Les photos les plus courantes que les gens vont faire, ce sont essentiellement des photos de l’environnement où ils vivent c’est-à-dire des photos — là j’ai pris une photo de Paris — ça peut être ici, comme je disais, à Choisy-le-Roi, ça peut être un peu n’importe où. Les vacances d’été s’approchent ; pour ceux qui auront la chance d’aller se balader à droite à gauche, ça peut être le moment d’aller prendre une photo d’un village perdu au milieu de la France profonde et qui, peut-être, n’a pas de photo sur Wikipédia. On a, dans Wikipédia, les fiches des 36 000 communes de France mais beaucoup n’ont aucune photo, parce qu’aucun photographe intéressé n’y est jamais allé, tout simplement. Donc ça peut être l’occasion, au cours des vacances, de dire je prends quelques photos des points reconnaissables du village, ça peut être la mairie, ça peut être la rue principale, ce genre de choses.

Par exemple, il n’y a pas très longtemps, ça s’est un peu amélioré, il y a quelque chose qui était assez simple, c’est le raisin italia. Je ne sais pas si vous voyez, en septembre, en général, chez un peu tous les vendeurs de fruits et légumes, vous avez ce raisin jaune dit italia. Il n’y en avait, il y a peu, que deux photos, et pas des photos particulièrement réussies. Donc ça veut dire que même sur des choses du quotidien, même en allant faire vos courses, en fait, vous pouvez avoir l’opportunité d’aller acheter un fruit, un légume un peu rare, et puis de le prendre en photo et ça, ça améliore Wikipédia, parce qu’après ça peut illustrer la fiche de l’article en question.

Il y a des choses aussi assez simples que, des fois, on ne soupçonne pas. Ici, en région parisienne, vous allez peut être reconnaître, ça c’est ce qu’on appelle un édicule Guimard. Je suis désolé pour le nom, édicule. Ce sont ces petites bouches de métro qui ont été faites au début du siècle par un architecte qui s’appelait Hector Guimard. Vous les reconnaissez sans doute, il y en a encore beaucoup qui existent. Et, comme on a considéré qu’elles étaient représentatives de Paris, elles sont toutes protégées par ce qu’on appelle une loi sur les monuments historiques. C’est-à-dire qu’il est interdit, notamment de les détruire par exemple, ou de les abîmer. Ça, ces édicules, on peut aller les photographier et les mettre dans Commons. Et on ne peut le faire que depuis très peu de temps, parce que ce monsieur Hector Guimard — tant mieux pour lui — a eu une vie vraiment très longue ; il est mort vraiment très vieux. Et donc, bien qu’il ait fait ça dans les années 1900, il y a encore quelques années, je parle quatre/cinq ans, je ne sais plus quelle date, on ne pouvait pas, en fait, faire des photos de ce qu’il avait fait et les mettre sur Wikipédia, parce que Wikipédia demande à ce que ce qu’on met en photo ne soit plus soumis au droit d’auteur, puisqu’on essaye de respecter le droit d’auteur. Et donc, ce monsieur avait un droit d’auteur en tant qu’architecte, sur ce qu’il avait fait et donc, on considérait qu’il n’était pas assez mort, en fait. C’est un peu dommage comme expression, mais c’est que la loi française protège les œuvres des auteurs pendant tout leur vivant et 70 ans après leur mort.

Alors il y a quelques subtilités pour les gens qui ont été faire la guerre, etc. ; les subtilités sont expliquées dans Wikipédia pour ceux que ça intéresse, mais globalement, ce n’était pas le cas de M. Guimard, donc lui c’était 70 ans. Alors c’était sa mort plus 70 ans et ensuite, il fallait attendre le premier janvier de l’année suivante. Chaque premier janvier, vous avez comme ça tout un tas d’auteurs qui passent dans ce qu’on appelle le domaine public et donc, à partir de ce moment-là, on peut photographier ou reproduire leurs œuvres. Si ce sont des auteurs de romans, par exemple, eh bien on peut mettre leurs romans dans Wikipédia, ce genre de choses. Ce monsieur Guimard, donc, il a fallu attendre pas mal de temps pour avoir la possibilité de photographier ses œuvres, mais aujourd’hui c’est possible.

Wiki Loves Monuments

Et donc l’association Wikimédia France a organisé un concours, du coup, un concours qui permet d’inciter les gens à aller photographier ces fameux monuments historiques. Et ce concours, qui est international, qui est organisé par, je ne sais pas, 15 ou 20 pays, s’appelle Wiki Loves Monuments6, c’est-à-dire la contraction de Wikipédia aime les monuments historiques. Et c’est comme ça que beaucoup de gens ont pu être amenés à aller dans des endroits relativement peu visités pour aller photographier, par exemple, un vieux château-fort, une ancienne église, ce genre de choses, qui sont des monuments historiques mais qui ne sont pas forcément très connus, et de pouvoir mettre les photos sur Commons, sur Wikimédia Commons. Ça, ça se passe tout le mois de septembre, c’est chaque année tout le mois de septembre et, à la fin, il y a un jury qui se réunit et qui donne des prix aux gens qui ont fait les meilleures photos. Donc chaque année, il y a des prix qui sont remis. Le prix n’a rien d’extraordinaire, mais c’est plus symbolique, c’est plus pour remercier les gens de leurs efforts à avoir contribué.

Wiki Loves Earth

L’autre concours qui s’est passé, c’était au cours du mois d’avril si je me souviens bien, c’est pareil ça s’appelle Wiki Loves Earth7, donc c’est Wikipédia aime la Terre. Je suis désolé c’est toujours en anglais, parce que ce sont généralement des concours internationaux, mais toute la documentation est traduite en français, et là, l’idée c’est d’aller photographier des endroits qui sont des parcs naturels, des endroits qui sont répertoriés comme étant à préserver. Et là aussi, on encourage les gens à aller prendre des photos, éventuellement des vidéos, mais le concours c’est plus la photo, et les publier de manière à faire connaître un peu ces endroits.

Donc là, par exemple, c’est un petit pont sur une petite rivière, pas très loin de chez moi, et c’est dans un de ces parcs naturels régionaux qui est, disons, préservé des constructions autant que possible.

Pour l’aspect un peu plus technique, si jamais vous êtes intéressé à faire ça et à participer, vous pouvez aller donc sur ce site Wikimédia Commons et vous pouvez ajouter des photos, encore une fois juste en vous assurant d’abord qu’elles sont dans le cadre du projet, c’est-à-dire qu’elles ont un aspect éducatif au sens très large du terme ; encore une fois ce n’est pas réservé aux écoles. C’est qu’est-ce qui peut me permettre de transmettre un savoir à d’autres personnes. Et surtout, que vous avez bien compris l’idée de la licence. C’est-à-dire qu’une fois que vous publiez la photo sur le site avec une des licences dont j’ai parlé, tout le monde va pouvoir reprendre votre photo et la réutiliser. Il y a des photographes que ça gêne. Il y a des gens qui bloquent un peu sur cette idée, donc on essaye de leur expliquer qu’ils ne sont déjà pas obligés de mettre toutes leurs photos et que, au contraire, les photos leur permettent, éventuellement, de se faire connaître. Mais voilà ! Il faut que vous soyez bien conscient qu’à partir de ce moment-là, en gros, la photo ne vous appartient plus puisque chacun peut aller la récupérer.

Assistant d'import

Et donc, vous avez une petite interface qui est très simple, qui vous permet d’aller choisir les photos que vous voulez sur votre disque dur, de les importer et surtout, de mettre des légendes parce que le problème c’est qu’un certain nombre de gens mettent des photos, des fois, sans préciser ce que c’est parce que pour eux c’est évident. Et ça arrive souvent, par exemple, d’avoir des photos de gens et il n’y a pas d’explication sur qui est cette personne ; donc on ne sait pas si c’est tantine ou si c’est quelqu’un qui a un intérêt, on va dire, à être sur Wikipédia.

Commonist

Il y a un autre outil pour ceux d’entre vous qui seraient super motivés et qui voudraient en faire plein, des photos, c’est que l’interface web, on peut mettre quelques photos mais au bout de cinq/six photos, ça commence à devenir fastidieux. Donc je vous le cite, pour ceux qui seraient intéressés, il y a un outil qui s’appelle Commonist8, qui est un jeu de mots sur communiste bien sûr, et qui est un outil que vous mettez sur votre ordinateur personnel et vous allez pouvoir lui dire télécharge-moi cinquante photos. Par exemple vous faites tout le tour de Choisy-le-Roi, vous prenez les photos d’un peu tous des bâtiments représentatifs, les rues, etc., vous ne voulez pas appuyer sur chaque bouton cinquante fois pour refaire le chargement, donc vous pouvez dire à ce logiciel de charger les cinquante photos en même temps. Il faut faire attention à ce qu’on fait parce que, évidemment, une fois que c’est parti c’est un peu difficile à aller corriger.

Ça, ça permet aux gens qui participent le plus et qui n’ont pas, par exemple c’est mon cas, qui n’ai pas une ligne internet à très haut débit, de pouvoir lancer un traitement pendant la nuit, pendant que je n’utilise pas Internet, contrairement à d’autres, et à ce moment-là je reviens le lendemain et normalement toutes les photos sont téléversées comme on dit, c’est l’inverse de téléchargées.

[Bon j’ai toujours mon affichage qui…, mais ce n’est pas très grave, il va finir par venir. Oui, Non ! Si.]

WikiCheese9

Pour essayer d’améliorer les articles sur Wikipédia, dans l’association Wikimédia France on s’était posé la question de qu'est-ce qu’on peut faire qui soit un petit peu représentatif du savoir-faire français. Bon ! Alors évidemment sont sortis le vin et le fromage. C’est bizarre !

Le vin, le problème, c’est que les bouteilles de vin on ne peut pas les photographier la plupart du temps. On peut les photographier, mais on ne peut pas les mettre sur Wikipédia parce qu’il y a les étiquettes sur les bouteilles, et que les étiquettes, dès qu’elles sont petit peu sophistiquées, dès qu’il y a des dessins dessus, des choses comme ça, elles passent sous le droit d’auteur. Et on ne peut pas enfreindre, nous, ce droit d’auteur, donc on n’a pas le droit de prendre des photos des bouteilles, en fait. Et si on s’amusait à enlever les étiquettes, du coup on se retrouve avec des bouteilles de vin sans étiquette et pour différencier un vin rouge d’un autre vin rouge, ça n’a plus aucun intérêt. Donc on s’est dit le truc qu’on peut photographier, qui n’est pas sous droit d’auteur, c’est le fromage.

Donc on a organisé une sorte de happening en disant on va acheter des fromages et on va les photographier.

Il fallait les acheter parce que c’est difficile d’aller voir un fromager, de lui dire prête-moi cinquante fromages, je les prend en photos et je te les rend. Il ne va probablement pas apprécier, donc il fallait qu’on les achète. Et comme ça coûte assez cher parce que, du coup, on s’est dit on ne va pas prendre tous les fromages industriels, genre Caprice des Dieux, on va prendre les AOC, c’est-à-dire les appellations d’origine contrôlée, des fromages qui sont censés être les plus représentatifs, mais ceux-là coûtent un petit peu cher. En fait, il y a eu un financement participatif qui a été lancé sur un site qui s’appelle KissKissBankBank, en disant donnez-nous de l’argent et on va manger des fromages à votre place. Et curieusement les gens ont dit : « OK ». Donc ils ont récupéré, les gens qui ont organisé ça, ont récupéré plus de 5000 euros, je crois, pour pouvoir acheter des fromages. C’est cool quand même, c’est sympa !

Donc en fait on faisait des séances de photographie, ça donne ça, et voilà. Ça c’est l’environnement dans lequel on fait la photo. C’est-à-dire qu’il y a une espèce de fond, si vous voulez, blanc, très éclairé, et puis on photographie le fromage posé sur une jolie petite plaque d’ardoise. Et, comme une fois qu’on avait acheté les fromages et qu’ils étaient photographiés, on n’allait pas jeter à la poubelle des fromages AOC quand même, donc du coup on invitait les gens à venir dans le local de l’association et puis on les mangeait avec du vin et du pain que les gens amenaient. Donc c’était cool. C’est le genre de truc sympa à faire. Donc on a fait, je ne sais pas, une dizaine de séances en tout, jusqu’à épuisement de l’argent qu’on avait.

[Alors la photo ne devrait pas s’appeler WikiCheese, mais ça va finir, ah ça a changé.]

WikiGrenier10

C’est un petit peu la même idée. Le grenier c’est l’idée que vous avez probablement peut-être chez vous, chez vos parents ou grands-parents, un certain nombre de choses qui peuvent être intéressantes à photographier pour Wikipédia. Et donc, de temps en temps, on fait des réunions le soir et puis, pendant deux heures, on photographie des choses que les gens ont amenées. Ça peut être des objets, ça peut être une théière avec une forme un peu originale. Ce que vous voyez là, ce sont des vieux périodiques, des vieux journaux, illustrés, dont on avait bien vérifié qu’ils étaient passés dans le domaine public, comme je disais, il n’y a plus de droits d’auteur dessus. Et donc là, on a un petit peu de matériel avec des trépieds, des éclairages, ce qui permet de faire des photos aussi propres que possible. On ne prétend pas être professionnels, comme je vous disais, mais on peut faire des photos très propres et après alimenter Wikipédia avec ça.

[Le titre devrait changer aussi, mais ce n’est pas grave, ça va finir par marcher, voilà.]

Description

La photo d’avant donc, celle-là, c’est le pont de tout à l’heure dont je vous parlais. Quand on la met sur Commons, on essaye de faire une petite description qui est ici. C’est très simple. C’est qu’est-ce que c’est, qu’est-ce qu’il y a sur la photo. Donc ça c’est une vue d’un aqueduc dans une commune qui s’appelle Le Perray-en-Yvelines. Si possible, on met le lieu de prise de vue. Ça c’est utile pour toutes les photos qui ont un intérêt géographique. Si vous photographiez quelqu’un, il n’y a pas forcément besoin de préciser où c’était. Les fromages, il n’y a pas besoin de préciser où ils ont été photographiés, on s’en fout un peu. Mais par contre un lieu, c’est intéressant de savoir où c’était, pour juste pouvoir le retrouver en fait.

Et puis en dessous, donc, on indique que ça ça a fait partie d’un concours. Donc on met la référence du concours. On met que ça a été téléchargé avec le fameux logiciel Commonist dont je vous parlais et on met la date et le nom de l’auteur.

Sur Commons comme sur Wikipédia, vous n’êtes pas obligé d’apparaître avec votre vrai nom. Vous pouvez créer un alias. Moi j’ai choisi d’apparaître avec mon vrai nom, mais c’est vraiment un choix personnel ; il y a beaucoup de gens qui préfèrent mettre un alias.

Ici on va voir en détail la description, en fait, comme tout ça c’est ce qu’on appelle des wikis, donc ce sont des systèmes de texte que vous pouvez modifier. Pour ceux qui aiment un peu la technique et qui veulent rentrer un petit peu dans la tambouille, si je puis dire, vous pouvez aller voir et ça donne des petits codes comme ça. Sur l’image c’est vraiment illisible. En fait vous avez, en gros, des crochets ouvrants/des crochets fermants, des accolades ouvrantes/des accolades fermantes, et ça, ça permet de lancer un certain nombre de systèmes automatiques, par exemple de créer des liens vers d’autres fichiers sur Wikipédia, des choses comme ça.

Et puis on n’est pas obligé de tout savoir. Donc vous avez des pages qui sont réservées à chercher de l’aide pour identifier des choses que vous avez photographiées. Vous allez me dire pourquoi on photographie un truc qu’on ne sait pas identifier ? L’idée c’est que, par exemple, vous êtes dans la rue, vous voyez un camion, une voiture, un objet qui a une forme particulière, qui vous semble un peu sortant de l’ordinaire, vous dites peut-être que ça c’est intéressant, je n’en sais rien, sauf si c’est un truc extrêmement banal, mais quand même. Vous pouvez prendre la photo et vous pouvez la mettre là dans des catégories qu’on appelle, alors c’est toujours de l’anglais je suis désolé, c’est Unidentified trucks in France. C’est-à-dire ce sont les camions qui ont été photographiés en France et qui ne sont pas identifiés. C’est-à-dire vous ne connaissez pas le modèle du camion, la marque, tout ça. Les camions, personnellement, ça ne m’intéresse pas. Donc quand je fais des photos de camions je les mets là et j’attends que des passionnés de camions, parce qu’il y en a — si si, ça existe — aillent retrouver quel modèle, quelle marque, des fois même quelle année ça été produit, enfin ce genre de choses.

Il y a tout un tas de passionnés, ça peut être des trains, ça peut être des voitures, ça peut être toutes sortes de choses où il y a vraiment des gens qui sont spécialisés là-dedans. Alors autant laisser faire les spécialistes et qui, en plus, aiment ça !

Le Bistro

Si vraiment vous êtes un petit peu coincé et que vous ne savez pas trop comment rédiger la description de la photo, ou vous vous posez des questions, vous avez un endroit très sympa qui s’appelle le Bistro11. Malheureusement c’est un bistrot virtuel, c’est-à-dire qu’on n’y boit rien du tout, mais c’est une page qui est accessible. Dès que vous arrivez sur Commons, en fait, elle est mise là-haut, elle est vraiment dans les premiers liens. En fait, c’est un endroit où juste vous posez poser une question. Et il y a des gens qui sont là en permanence et qui sont, disons, plutôt bienveillants. C’est-à-dire qu’en général, même si vous avez fait une erreur, on vous expliquera comment corriger l’erreur plutôt qu’évidemment aller vous taper dessus. Et ça permet, souvent, d’appendre beaucoup de choses. C’est-à-dire si le processus vous intéresse de participer à ça, ça permet de comprendre un certain nombre de subtilités, comme par exemple les gens pas assez morts. C’est vrai qu’au début beaucoup de gens proposent des photos de bâtiments. Par exemple, on pourrait faire une photo de cette médiathèque, mais elle sera effacée, parce qu’on va considérer que c’est un bâtiment qui a une forme un peu originale, donc il y a un droit d’auteur dessus, il y a un architecte qui n’est probablement pas assez mort, tant mieux pour lui, donc du coup on ne peut pas mettre cette photo de médiathèque sur Commons. Donc on vous expliquera pourquoi on ne peut pas la laisser.

Je vais vous parler rapidement des deux associations dont je suis membre.

Association April

L’association April. Donc c’est une association francophone qui fait de la promotion et défense du logiciel libre. Alors vous allez me dire quel rapport avec la photo libre ? C’est que tous les logiciels que j’ai évoqués là sont des logiciels libres. Donc le logiciel qui fait fonctionner Wikipédia, qui s’appelle MediaWiki, le logiciel Commonist, tous ces logiciels sont des logiciels libres. C’est-à-dire que contrairement aux logiciels classiques que vous pouvez trouver dans le commerce, vous avez le droit de les copier. Vous avez le droit et non seulement vous avez le droit mais on vous incite à les copier. C’est-à-dire que si vous avez un ami qui fait de la photo, vous pouvez lui donner une copie, par exemple du logiciel Commonist, puisqu’il puisse téléverser ses photos. Et en fait, vous êtes encouragé à faire l’inverse de ce qui est habituellement interdit par le droit d’auteur.

Donc ça c’est important, parce que ces logiciels, ce n’est pas le but de Wikipédia, mais c’est important que Wikipédia repose sur des logiciels libres pour pouvoir, à tout moment, continuer à maîtriser son informatique. Je pense qu’ici il y a probablement aujourd’hui, enfin dans ce cycle de conférences, un certain nombre de choses sur les problématiques de savoir qu’est-ce qui se passe dans son ordinateur, et les logiciels libres sont une réponse, une des réponses à cette question-là de savoir exactement ce que font les logiciels quand ils sont dans votre ordinateur.

Association Wikimédia France

La deuxième association c’est Wikimédia France. Je vous en ai parlé un tout petit peu au début. C’est une association loi de 1901, française, mais qui est la représentante officielle en France de la fondation Wikimedia américaine.

Alors Wikipédia, Wikimédia, les gens souvent ont tendance à mélanger parce que les noms sont très proches. Wikipédia c’est l’encyclopédie et Wikimedia c’est une fondation américaine qui gère l’encyclopédie Wikipédia, mais aussi d’autres projets. Il y a une série de projets sous licence libre qui sont gérés par cette fondation. Wikimédia France est le représentant en France de cette fondation. Donc ils reçoivent de l’argent de la fondation et ça leur permet de financer, notamment, les opérations dont je vous ai parlé tout à l’heure, le WikiCheese, d’avoir un local dans Paris, d’avoir du matériel photo un peu, je ne vais pas dire haut de gamme, mais enfin de bonne qualité, des choses comme ça. Tout ça peut être emprunté par les membres pour pouvoir faire, par exemple, des photos ou des vidéos

Très récemment, ils ont acquis un petit appareil photo compact, qui ne paye pas de mine, mais il a la particularité de faire des vidéos au ralenti. C’est-à-dire il permet de filmer à, je ne voudrais pas dire d’ânerie, mais je crois que c’est mille images par seconde. Donc mille images par seconde, ça veut dire que quand vous avez, par exemple, un œuf qui tombe et qui éclate, au lieu de faire spluc, il fait spluuuuuuuc, comme ça, au ralenti. L’œuf en lui-même ça n’a pas beaucoup d’intérêt, mais ça veut dire qu’on peut faire des vidéos de phénomènes qui vont très vite. On est en train de préparer, par exemple, des photos de sportifs dans les actions qui vont tellement vite qu’on a du mal à les voir à la vitesse normale, par exemple.

Donc ça, c’est l’intérêt de ce genre d’association, c’est de pouvoir avoir accès à du matériel qui est un peu hors de portée de la plupart d’entre nous.

Dans la même logique que tout ce que je viens de vous dire, cette présentation est aussi publiée sous licence libre. C’est-à-dire que si jamais vous vouliez refaire une présentation, vous pouvez récupérer la mienne et la réadapter à vos besoins. Et je crois qu’on est arrivés au bout. Oui, voilà c’est ça. Écoutez j’ai fini. Est-ce que vous avez des questions ou des remarques sur ce qu’on vient de voir ? Oui. Attendez je crois qu’il faut que je vous donne… Ah non ! Tu as un second micro. Super. Merci.

Organisateur : Tu les répètes.

Lionel : Il faut que je les répète pour le truc ? Oui, c’est ça.

Questions du public

Public : Pardon, j'ai été surprise par l'écho. En dehors de Wikipédia, Wiki Loves Monuments ou Wiki Loves Earth, est-ce qu’il y a d’autres pages qui peuvent m’inciter à aller prendre des photos sur des sujets particuliers dont Wikipédia aurait plus besoin ?

Lionel : Donc votre question, si j’ai bien compris, c’est est-ce qu’il y a d’autres pages que celles qu’on a vues comme Wiki Loves Monuments ou Wiki Loves Earth qui peuvent inciter les gens à aller prendre des photos pour Wikipédia ?

Public : Donner des indices, des sujets.

Lionel : Trouver des sujets à photographier. Alors il y a différents concours, parce que les concours c’est une manière un petit peu de créer un petit événement ; ça permet de cristalliser un petit peu la chose, de faire un petit peu de, comment dire, médiatisation, on va dire. Mais il y a aussi beaucoup de domaines qui ne sont pas couverts par des concours, bien sûr, donc il y a plein de choses. Le problème c’est qu’en fait, comme c’est très vaste, c’est assez difficile de vous donner une piste. Il y a des choses, par exemple, qu’on peut conseiller aux gens, c’est de se rendre dans les endroits où il y a un événement quelconque. Ça veut dire, par exemple, que ça peut-être dans quelques semaines, le 14 juillet ici à Choisy ou dans la commune où vous habitez ; ça peut être l’occasion de faire des photos non seulement du feu d’artifice par exemple, mais des fois il y a des parades, il peut y avoir la préparation du feu d’artifice qui peut être intéressante à aller photographier. En fait, chaque fois qu’il se passe quelque chose d’un peu hors du commun, on va dire, dans votre région, dans votre commune, ça peut être intéressant à faire.

Et puis après, si vous manquez d’idées, j’aurais tendance à dire le Bistro, dont je vous ai parlé, est un très bon endroit pour dire je vais avoir, je ne sais pas, quelques jours de libres pendant mes vacances, qu’est-ce qui pourrait être intéressant d’aller photographier, en fonction de l’endroit où vous serez par exemple. Comme je vous disais la période de l’été est une période propice à aller se balader un peu partout pour faire des photos. Je vous en prie.

Public : Juste pour savoir, quel est le regard des photographes professionnels sur cette démarche ?

Lionel : Alors quel est le regard des photographes professionnels sur cette démarche ? Ça c’est intéressant. Alors il y en a un certain nombre qui ne sont pas contents. C’est ce que je disais au départ, c’est-à-dire qu’il y a des gens qui à la fois refusent de publier leurs œuvres sous licence libre, ce qui peut se concevoir parce qu’ils essayent d’abord et avant tout de les vendre à des médias et aussi, ils peuvent considérer, pour certains, que c’est une forme de concurrence déloyale que d’avoir des bénévoles, des particuliers, qui vont mettre photos sous licence libre, qu’ensuite les médias peuvent réutiliser. C’est-à-dire que plutôt que de payer un photographe pour aller faire le tour de Choisy-le-Roi, on peut avoir intérêt à, évidemment, prendre des photos qui sont déjà disponibles, gratuitement, sur le site de Wikimédia Commons.

Il y a l’inverse, c’est-à-dire qu’il y a aussi des photographes professionnels qui considèrent qu’au contraire c’est une très bonne opportunité de se faire connaître. Et les deux/trois photos que je vous ai montrées au début, notamment celle de l’ampoule qui explose, ce sont typiquement des studios de photographes professionnels qui font ces images et qui sont, bien sûr payés ; enfin ils font ça, ils ne sont pas bénévoles ; ce sont des gens qui sont payés. Mais ils considèrent que, une fois de temps en temps, il y a une image qui représente bien leur travail et qu’ils vont mettre sur Wikipédia, par exemple.

Donc il y a une ambivalence. C’est-à-dire qu’il y a des photographes qui vraiment ne veulent pas de ça et n’apprécient pas, et il y en a d’autre qui trouvent que, au contraire, c’est un bon moyen de faire connaître leur travail. Je vous en prie. Est-ce qu’il y a d’autres questions ? Non, personne ? Bon, ça vous a paru clair ? Bon OK ! Super.

Il y avait mon nom qui s’affichait tout à l’heure. Je peux peut-être le récupérer si je reviens en arrière. Ah oui.

Moi je m’appelle Lionel Allorge. Mon mail c’est lallorge@april.org. Donc je suis à votre disposition aussi pour répondre à des questions, c’est-à-dire si vous avez des questions qui reviennent après. Il y a souvent des gens, les questions qui les intéressaient arrivent après coup, plus tard. Donc n’hésitez pas à me contacter, j’essaierai de répondre autant que possible.

Je vais m’arrêter là donc. Je vous remercie d’être venus et puis je vous souhaite une bonne continuation à Pas Sage en Seine.

[Applaudissements]

Open internship position as project assistant

FSF Europe - jeu, 10/08/2017 - 19:00
Open internship position as project assistant

FSFE is a charity dedicated to keeping the power over technology in your hands. We are working to build freedom in a digital society and operate in a lively environment with volunteers from many countries. We are looking for an intern to join our remote team for three to six months, working with us on a project which seek to prepare the organisation for the next 15 years of work.

What we can offer is: A challenging and exciting time with a dynamic NGO working internationally A close-up view of organisational and community processes A chance to take the initiative and put your own ideas into practice The opportunity to meet and work with Free Software advocates across Europe

What you'll do: Contribute to FSFE's ongoing projects, working with one or more of our staff and volunteers, with a particular focus on a project which will map out and analyse our organisational identity. Communicate with contacts from the FSFE community, NGO, industry, and public administrations. Coordinate volunteers and others in the work on various projects. Find your own strengths, and do something you care about.

Be sure to read our pages about internships in general before applying!

Basic details

Location: Remote. You'll be welcome to visit our office in Berlin, but you'll be working closely with our executive director based in Stockholm, Sweden, and as such, you will also be working primarily from your own place.

Duration: 3 to 6 months full time at 35 hours per week, starting as agreed.

Compensation: We offer a compensation commensurate with your experience. As a general reference, for our technical internship offered in 2016-2017, we offered a salary of roughly €1,300 per month.

Work responsibility and activities

Together with our executive director, you will work on a project to analyse how the different groups within and outside of the FSFE perceive the organisation's identity, which will work towards understanding how aligned the identity is between the different groups.

The work will take the form of an analysis of existing material, interviews with stakeholders, members and staff, as well as surveys. The whole process will lead towards defining the organisational identity such that it can form the basis for continued work in our organisational development. The work may involve some travel, but it is likely to be limited.

Qualifications

You should have some experience or a considerable interest in Free Software. Your field of study doesn't matter, but you should be able to relate it to our work. Traditionally, a lot of interns in the FSFE have a legal or political science background, but we've also had interns working with us with a more technical or other social science background.

Experience from your studies or similar from conducting and analysing interviews and surveys, together with appropriate methods for doing so (for example grounded theory), will be greatly beneficial.

Formal requirements

You must be fluent in English, and ideally in at least one other language. You must have some experience from working with Free Software previously.

Application deadline

There is no fixed application deadline for this positions, but we will conduct interviews and hiring starting the 14th of August, and as such, your application should be sent soonest.

How to apply

Send your application containing a letter of motivation, a CV by e-mail to contact@fsfe.org. Please make sure to write clearly you apply for the internship position with reference PA-2017. We prefer to receive your documents in PDF format.

Contact persons

If you have any questions about the position or any administrative details in connection with it, you're welcome to contact:

Jonas Öberg about the positions themselves, and the work involved Ulrike Sliwinski for any administrative questions

Both will be reading and responding if you send your question to the contact@fsfe.org address. We look forward to reading your application!

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Loi de programmation militaire et neutralité du réseau - ThinkerView 2014

APRIL - jeu, 10/08/2017 - 12:17


Titre : Loi de programmation militaire et neutralité du réseau
Intervenants : Fabrice Epelboin - Jean-Manuel Rozan - Éric Leandri - Journaliste
Lieu : ThinkerView
Date : Janvier 2014
Durée : 37 min 39
Visualiser la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim

Transcription

Journaliste : Fabice Epelboin, bonjour.

Fabrice Epelboin : Bonjour.

Journaliste : Je vous interviewe aujourd'hui pour un site internet qui s'appelle ThinkerView. Qui êtes-vous ? Présentez-vous.

Fabrice Epelboin : Je suis journaliste, je suis entrepreneur dans les nouvelles technologies et je suis aussi enseignant à Science-Po où j'enseigne l'impact de la surveillance sur la gouvernance.

Journaliste : On a vu récemment la loi de programmation militaire1 débarquer sur les réseaux. Qu'est-ce que vous en pensez ? Est-ce que vous pouvez nous résumer, de votre point, de vue ce que c'est ?

Fabrice Epelboin : De mon point de vue c'est le Patriot Act version française, avec dix ans de retard. Donc c'est finalement assez cohérent avec le retard chronique français sur les nouvelles technologies. Je pense qu'on a enfin rattrapé notre retard sur les Américains et puis on va pouvoir montrer à la NSA qu'on sait faire, nous aussi. Et on sait faire, on est bons, on est super bons en matière de surveillance. Après, le souci, c'est pour la démocratie ! Mais bon ! Tant pis !

Journaliste : Quel souci ?

Fabrice Epelboin : C'est qu'on peut difficilement être en démocratie et éliminer la vie privée des citoyens. Parce que, grosso modo, cette loi de programmation militaire, l'article 202 pour être précis, ça élimine la possibilité pour les citoyens français d'avoir une vie privée au regard de l’État, ni plus ni moins. Donc, à partir du moment où les citoyens n'ont plus de secrets pour l’État, alors c'est sûr que pour lutter contre les vilains terroristes ça va être plus facile, mais, en même temps, on va sacrifier la démocratie. C'est un peu dommage ! Le pacte de base, pour ceux qui l’auraient oublié, dans la démocratie et plus précisément dans la République, le pacte de base c'est que votre vote est anonyme. L'anonymat, la confidentialité absolue, tout un tas de choses, pas juste le vote, mais tout un tas de choses des citoyens vis-à-vis de leur État, c'est vraiment le pacte de base de la démocratie ; et là, on l'a clairement éliminé.

Journaliste : Jean-Manuel Rozan, bonjour.

Jean-Manuel Rozan : Bonjour.

Journaliste : Qui êtes-vous ?

Jean-Manuel Rozan : Je suis le cofondateur et président de Qwant3. Et avant cela, j'ai travaillé pendant trente ans dans la finance. J'ai arrêté il y a trois ans lorsqu'on a décidé de créer Qwant avec Éric Leandri.

Journaliste : Pourquoi vous avez créé Qwant ?

Jean-Manuel Rozan : L’époque où on a commencé à réfléchir à Qwant est une époque assez datée où on s'est aperçu que, finalement, qu'il était définitivement acté que la direction initiale de l'Internet qui était d’être un instrument de pouvoir et de savoir, égalitaire, neutre et honnête pour tous, était totalement terminée avec la direction à la fois prise par les États, comme Fabrice vient de dire, d'utiliser la technologie pour envahir la vie privée des gens, sans suffisamment de gardes-fous, et aussi, pour les sociétés commerciales présentes dans l'Internet, pour que les contenus soient exclusifs, pour que ce que les gens font et disent sur Internet soit vendu, manipulé de tout un tas de façons, et pour que, au fond, l'intention initiale soit totalement oubliée. Et donc nous, nous pensons qu'il y a besoin de rafraîchir un peu tout ça, de rétablir une liberté de naviguer, de rétablir l'absence de filtres, de rétablir tout un tas de choses qui sont celles auxquelles nous croyons. Donc nous avons fait Qwant, en gros, contre un état de fait et pour une rénovation de la façon dont les gens se servent d’Internet.

Journaliste : Éric qui êtes-vous ?

Éric Leandri : Bonjour. Je suis cofondateur de Qwant avec Jean-Manuel. Je suis responsable de la technique chez Qwant et l’idée générale, pour reprendre ce que disait Jean-Manuel, c'est, à l'époque où on a démarré Qwant, il se passait déjà quelque chose d'assez étonnant.

Journaliste : Vous avez démarré Qwant depuis combien de temps déjà ?

Éric Leandri : Il y a trois ans, oui, ça va faire trois ans et demi maintenant.

Journaliste : D’accord !

Éric Leandri : Ça fait bien trois ans et demi qu'on discute puisque, quelques mois avant, on s'était déjà rencontrés avec Jean-Manuel pour un autre projet qui était un site social.

Journaliste : Comment vous voyez l’accélération des lois de l'encadrement de metadata, métadonnées, tout ce charabia, vous, en tant que développeur, qu'est-ce que vous en pensez ?

Éric Leandri : Plusieurs choses. Premièrement, en tant qu’utilisateur de plusieurs services sur Internet, je me rappelle d'une époque qui n’était pas si lointaine, elle a moins de dix ans, dans laquelle il n'y avait pas besoin d’être traqué sur absolument tout ce que je faisais, où que j'aille, quoi que je fasse, quoi que j'utilise, mon téléphone, Internet ou la télé, pour me donner une réponse de quel est le dernier site où j'ai quelque chose à récupérer, que ce soit pour du search, que ce soit simplement pour aller acheter quelque chose sur Internet. Jusqu'à preuve du contraire, je suis relativement capable de savoir à peu près où j'ai envie d'aller, de savoir à peu près ce que je cherche. J'essaye, en tout cas, de revenir à cette époque et elle n’était vraiment pas très lointaine, et surtout dans cette époque-là on gagnait déjà beaucoup d'argent sans avoir à vous traquer tous les jours.

Journaliste : Donc en fait, vous voulez plaquer sur la vision de Qwant ce que nous on appelle sur les réseaux l'Internet all's cool, c'est-à-dire où il y avait un peu plus de liberté et des choses comme ça. C'est ça ?

Éric Leandri : Il y avait plus qu'un peu plus de liberté, en fait. Le principe c’était : on créait le Web, on créait les choses à mettre dans le Web, on rajoutait l'Internet avec le W3C des autres, avec comme idée permettre de partager, permettre de connecter. Internet ça veut dire interconnecter des networks donc, à partir de là, le principe c’était ça, et de faire que tout se lie, que tout puisse se partager et s’ouvrir.

Journaliste : Vous êtes pour la neutralité des réseaux ?

Éric Leandri : On est pour la neutralité des réseaux, ça c'est plus que sûr ! Est-ce que seuls on peut y arriver ? Ça m'étonnerait, ça c'est encore autre chose.

Journaliste : Vous avez décidé de sortir du bois, de prendre position par rapport à la vie privée des gens. Qu’est-ce que vous êtes prêts à faire pour ça ? Est-ce que vous êtes prêts à un choc frontal avec les politiques ? Est-ce que vous êtes prêts à vous expatrier ?

Éric Leandri : Déjà, on va commencer par le début. On a été prêts à un choc frontal avec des investisseurs financiers qui ont accepté de mettre de l'argent dans une idée qui consiste à retourner à la base, ramener un service aux gens, et utiliser ce service afin que les gens puissent, au travers de ce service, chercher, trouver, et gagner un peu d'argent grâce à ce type de service, mais le gagner sans avoir besoin de traquer les gens.

Journaliste : Faire un business responsable.

Éric Leandri : Exactement. Essayer de faire un business responsable, le plus éthique possible. Et franchement, ça a très bien réussi à d'énormes firmes à travers la planète, pendant des années. Donc après tout, peut-être que c'est moins bien aujourd’hui parce qu'on veut gagner encore plus, encore plus, encore plus, mais j'ai l'impression que ça marchait très bien avant, déjà.

Journaliste : Fabrice j'ai une question pour vous. On a entendu un point de vue d'entrepreneur, chef d'entreprise, moi j'ai une question pour vous sur le big data, sur le fait que plein de moteurs de recherche — je ne vais pas les citer, mais on les connaît tous — plein de logiciels, plein de services sur Internet, proposent d'accumuler vos propres données. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire sur l’utilisation de ces données ? Qu'est-ce qu'on peut en faire ? Jusqu'où on peut aller avec vos données ?

Fabrice Epelboin : Absolument n'importe où. Je pense que la réponse un peu criante c'est de s’intéresser à une boîte qui s'appelle Palantir4 et qui est probablement la boîte qui fait les choses les plus bluffantes avec de la big data.

Journaliste : Concrètement ?

Fabrice Epelboin : Concrètement, vous pouvez prendre toutes les données de la Sécurité sociale, les recouper avec des données bancaires, des données sur la délinquance que vous allez choper chez nos amis les policiers, mélanger tout ça et lutter contre la fraude à la sécu. C'est assez facile, Palantir est prévu pour ça.

Journaliste : C'est positif !

Fabrice Epelboin : Oui ! Oui, ça peut être très positif. Vous pouvez, par exemple, prendre tout un tas de données et repérer qui fait partie de l'opposition politique, par exemple, dans un pays comme l'Ukraine ou en France, peu importe. En France, on a des manifestations diverses et variées, assez mal identifiées, jours de colère, les Bonnets rouges, les machins, tout ça ce sont des choses que l’État ne comprend pas bien — il n'y pas que l’État d'ailleurs — mais c’est une nouvelle forme de contestation politique. On ne sait pas d'où ça vient, on ne sait pas comment ça s'organise, ça n'a rien à voir avec les modèles classiques de protestation politique qui étaient un jeu de connivence droite gauche, avec une alternance dans l'opposition et dans la majorité. Aujourd’hui, on a besoin de comprendre ce qui se passe et donc il est indispensable pour les services de l’État, même si ce n'est pas très éthique, d'aller espionner tous ces gens et de comprendre comment ils communiquent, comment ils transmettent des messages, comment ils s'organisent. Ça, ça passe de la big data sur ces populations-là et sur les populations dans leur ensemble, vu que, grosso modo, ce qu'on voit là en France, j'insiste sur le terme français parce que ça nous parle à tous ce qu'on voit en France, qui est une espèce de renouvellement complet des mouvements qui protestent, très concrètement, il va vraiment falloir qu'on le comprenne. Et, d'autre part, ça entraîne visiblement une très large partie des Français, à différents niveaux. Entre le monsieur qui n’est pas content de payer des impôts et qui gueule sur Facebook et celui qui brûle une préfecture, il y a toute une marge. Mais malgré tout, tout ça fait partie d'une nébuleuse qu'il va falloir comprendre.

Journaliste : Est-ce que vous craignez pour le secret médical, le secret de l'instruction ?

Fabrice Epelboin : Ça n’existe plus. Prenons-les dans l'ordre. prenons le secret de l'instruction. Prenons un secret qui n'existe plus. Au regard de la loi de programmation militaire, ça n'existe plus. Le secret des sources, le secret de l'instruction n’existent plus.

Journaliste : Le secret des sources pour les journalistes ?

Fabrice Epelboin : Ça n'existe plus ! Ça a été éliminé par l'article 20. À partir du moment où vous êtes journaliste, vous faites une investigation sur une affaire qui concerne l’État, l’État peut, de façon parfaitement discrétionnaire, sans aucune autorité de contrôle ni de surveillance, décider de vous mettre sous surveillance et, dans ce cas-là, toutes vos données numériques sont aspirées par l’État et confiées au Premier ministre ou à tout un tas d'administrations. Donc ça n'existe plus ! Il n'y a plus de secret des sources en France. Ça n’existe plus ! Il faut être très clair là-dessus. C'est dommage que les journalistes ne s'en aperçoivent pas maintenant. Mais c'est comme le temps des fadettes, ils vont mettre quelques années avant de s’apercevoir que, en fait, les bases du métier ont disparu, mais le secret des sources ça n'est accessible exclusivement qu'aux journalistes qui maîtrisent la technologie. À personne d'autre. Personne d'autre !

Journaliste : D'accord. Jean-Manuel Rozan, quand vous entendez Fabrice nous dire que le secret de l'instruction, le secret de la correspondance, le secret médical, a disparu. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Jean-Manuel Rozan : C'est exact. Il est indéniable ; l'histoire du monde est remplie d'exemples qui prouvent la chose suivante : si un abus est possible, il est commis. La question c'est combien de temps ça va prendre et par qui. L'argument de dire, quand on fait une loi, nous ne commettrons pas un abus, n'est hélas pas bon parce que, à partir du moment où la loi existe, il y aura peut-être, vraisemblablement, voire sûrement un jour, des pouvoirs qui commettront l'abus. Il est évident que plus les technologies existent plus les abus sont possibles. Et ce monde, je dis une fois de plus, privé comme public, utilise la technologie avec, si je puis dire, un temps d'avance sur les citoyens. Et on est dans une forme de course où on essaye de rattraper les choses et les citoyens essayent de rattraper ce qu'ils ont abandonné, souvent sans même s'en rendre compte, Il y a un temps de prise de conscience et après, on espère, une phase de rattrapage.

Journaliste : Éric, en tant que chef d'entreprise, qu'est-ce que font les entreprises pour rattraper leur retard face à ça ?

Éric Leandri : En fait, il y a énormément de choses à faire face à ça parce que c'est plus complexe qu'on ne l'imagine, à tous les étages. Par exemple, on va prendre la nôtre, comme ça on parle de choses que l'on connaît, ce que nous on essaye de faire, on essaye de faire c'est de faire trois choses, premièrement sortir l'ensemble des trackers qu'on a mis, alors des fois par mégarde.

Journaliste : C'est quoi un tracker ?

Éric Leandri : Un tracker ça peut être un cookie, mais ça peut être autre chose. Ça peut être côté serveur, c'est-à-dire qu'en fait, vous ne verrez pas de cookie installé et puis, côté serveur, on va essayer de vous repérer, et une fois qu'on vous a repéré, on va passer cette information d'ordinateur en ordinateur pour vous retrouver au fur et à mesure de votre balade.

Journaliste : Ça, ça se fait chez Qwant ou vous ne le faites pas ?

Éric Leandri : Nous, on ne le fait pas. Maintenant, par exemple, on a utilisé dès aujourd’hui des produits comme Google Analytics et c'est le genre de produit que je vais couper définitivement, à la fin du mois, début du mois prochain, afin d'éviter que d'autres utilisent notre site et des liens qu'on a mis pour prouver à Google, en fait, au départ, qu'on était plutôt un site très sympa et qu’il y avait beaucoup de monde, pour ensuite les retrouver ailleurs. Donc, ce sont des choses, il faut les couper définitivement, il faut totalement les éliminer et c'est très difficile de les éliminer partout. Un exemple très concret : aujourd'hui on s'aperçoit que même au ministère des Finances ou ailleurs pour les impôts, les data peuvent être aussi traquées avec des Google Analytics ou des Xiti Analytics, ce qui est dommage, mais ce n'est pas forcément fait dans cette optique-là par la personne qui l'a installé. À la base, quand elle l'a installé, elle l'a installé pour obtenir un résultat, pour savoir combien de personnes venaient sur son site, pour savoir d'où elles venaient, et avoir les plus jolies statistiques. Ça se transforme en autre chose.

Journaliste : D'accord. Ça se transforme en tracker au sens pur du terme. J'aurais une question encore pour vous. Qu'est-ce que vous êtes prêt à faire, à aller jusqu'où vraiment, pour préserver vos utilisateurs ?

Éric Leandri : Déjà on commencera par enlever l'ensemble des trackers que l'on a mis par erreur, si on en a mis par erreur. Deuxième chose, on utilise déjà énormément de choses comme des proxys et tout un tas de systèmes pour camoufler nos utilisateurs. Troisième chose, on ne retient pas les recherches de nos utilisateurs, on ne fait pas de lien entre ce qu'ils font chez nous et leur vie privée. Donc déjà on ne fait pas de liens chez nous.

Donc déjà, on a commencé par le début, on n'a pas besoin de prendre des data qui ne nous servent à rien. Donc, première chose, on ne le fait pas. Deuxième chose, sur les parties où on pourrait faire des erreurs, rajouter les cookies des autres ou les traçabilités des autres, eh bien là aussi, on va couper et on n'aura plus de problèmes de ce côté-là. Troisième problématique, maintenant on revient à Fabrice tout à l'heure : un État décide de prendre l'ensemble des data à tout moment quand il le veut. Aujourd'hui, sur Qwant, l’État peut prendre l'ensemble des datas du Web, aucun problème. L’ensemble des data de nos index, aucun problème. Maintenant sur nos utilisateurs, nos quelques dizaines de milliers, centaines de milliers d'utilisateurs quotidiens, ce qu'on veut simplement c’est que, s'ils viennent s’inscrire chez nous, la partie qui concerne leur nom et inscription, qui est la seule chose qu'on va garder puisqu'ils nous ont donné l'autorisation de la garder, cette partie-là, on va la mettre tranquillement à l'abri, dans une optique qui est très européenne, parce qu’aujourd’hui l'Europe défend, les CNIL(s) défendent, et la CNIL, même française l'a déclaré, veulent défendre la tranquillité de l'internaute. Eh bien nous également. Donc on va suivre ce que veut la CNIL, on va suivre ce que veut l'Europe, et ce n'est pas forcément, malheureusement, ce que veut la dernière loi de programmation militaire.

Journaliste : Et si l'Europe se rapproche, grâce aux accords transatlantiques, de législations beaucoup plus intrusives ou beaucoup plus prédatrices, vous êtes prêt ?

Éric Leandri : Quand je dis qu'on va suivre la CNIL et qu'on va suivre l'Europe, malheureusement aujourd'hui on est obligé de la suivre en dehors de l'Europe, pour pouvoir la suivre. Si nous devons arriver à ça, et nous allons arriver à ça, puisque, aujourd'hui, c'est là où on en est : déplacer les noms de nos utilisateurs ne nous pose aucun problème, dans des endroits totalement respectables ; il n'y a pas besoin de partir au fin fond des Balkans, ni au milieu de la Russie, parce que là on aurait d'autres problèmes, le but ce n'est pas de sortir de Charybde pour tomber en Scylla. Il y a des endroits du monde qui ont compris que protéger la data des administrés, des gens, était une façon merveilleuse de récupérer des milliers et des milliers de sociétés qui vont venir placer des serveurs pour protéger, tout simplement, l'anonymat, la vie privée de leurs utilisateurs. Donc ces endroits-là vont cartonner.

Journaliste : D'accord. OK. Vous avez déjà prévu dans vos stratégies, d'accord !

Éric Leandri : Plus que ça, en fait. On a déjà carrément posé une partie des serveurs qui vont nous servir à finaliser ; mais tant que ce n’est pas finalisé je préfère tranquillement faire mon métier.

Journaliste : On reviendra vous voir, vous interviewer s'il le faut.

Jean-Manuel Rozan : D'un mot, je dirais d'un point de vue business, la France devrait se positionner exactement comme cela. La France devrait être le pays pour la création d’emplois, pour faire venir des investisseurs — et la France fait beaucoup d'efforts d'ailleurs pour essayer de faire ça — donc déjà si elle prenait ce positionnement, c'est-à-dire d’être l'endroit au monde où le droit des citoyens, la protection des données, tout ça, est organisé d'une façon légale et systématique, ce serait très positif pour notre pays.

Fabrice Epelboin : Ce ne serait pas super cohérent avec l'historique technologique du pays.

Jean-Manuel Rozan : Ce serait un changement radical, je t’arrête, un changement radical de politique, mais on en a vus récemment, qui ont été annoncés. Donc c'est possible. C'est possible.

Journaliste : Pourquoi cette légère petite boutade par rapport à la politique ?

Fabrice Epelboin : Parce que la France est ce qui se fait de pire en la matière. Si on prend l'histoire de l’informatique en France, et elle se résume très bien à une entreprise, iconique, qui est l'un des pionniers de l'informatique mondiale, qui s'appelle Bull. Bull, qui a commencé son histoire avant l'informatique moderne qu'on connaît, c'est-à-dire l'ordinateur électronique, celui qui a été inventé en 44, à Bletchley Park pour décrypter Enigma5. Avant il y avait la mécanographie, et il y avait deux leaders mondiaux de la mécanographie qui étaient IBM et Bull. Il se trouve que la France est, depuis le depuis début du 20ème, le leader mondial de l'informatique avec Bull et que Bull a fait des choses minables.

Journaliste : Le leader mondial de l'informatique sur quelle sorte ?

Fabrice Epelboin : Sur de la grosse informatique. Et Bull a fait des choses qui sont très significatives de la vision que la France a de l'informatique. En 1941, ils ont fait le fichier juif, qui heureusement a été saboté par un haut fonctionnaire.

Journaliste : Un Snowden de l'époque ?

Fabrice Epelboin : Pas un Snowden, un type qui était en charge de la statistique, qui était un expert de la mécanographie de l'époque, qui s’appelle René Carmille, et qui a saboté complètement le projet de fichier juif.

Journaliste : Vous pensez qu'à l'heure actuelle, Bull ?

Fabrice Epelboin : Et Bull est derrière la surveillance au Moyen-Orient, la surveillance en Afrique du Nord, la surveillance en Afrique de l'Ouest.

Éric Leandri : Juste quelque chose, sans trahir aucun secret, j'ai quand même parlé avec des gens de Bull. Alors l'époque 1941, on ne va peut-être pas retourner aujourd'hui, en tout cas ils n'en sont pas du tout responsables, les nouveaux. Maintenant, la seule chose que je pourrais dire…

Fabrice Epelboin : Pas du tout. Mais contrairement à d'autres entreprises ils n'ont pas fait amende honorable non plus.

Éric Leandri : Non, mais cela malheureusement, je ne suis pas sur le coup, mais j'espère qu'eux non plus ne sont pas sur le coup ; je suis même sûr que les nouveaux ne sont pas sur le coup.

Fabrice Epelboin : Non, non, ils ne sont pas sur le coup.

Éric Leandri : Maintenant la société en elle-même, ça je veux bien y revenir quand tu veux. La seule chose que j'ai à dire aujourd'hui c'est qu'ils font des super calculateurs, c'est là-dessus qu'ils sont fantastiques.

Fabrice Epelboin : Ah oui.

Éric Leandri : Ils déclarent avoir abandonné l'idée de gérer tout ce qui est surveillance.

Fabrice Epelboin : Ça c'est du pipeau ! C'est un montage financier.

Éric Leandri : Je te raconte une histoire, tranquillement, mais tu vas voir laisse-moi juste finir.

Journaliste : Pas trop longue l'histoire.

Éric Leandri : Non, non, mais elle va être rapide en fait. Ils le déclarent en tout cas. Maintenant, il y a juste un truc, ce n'est pas parce qu'on fait des armes qu'on a la guerre dans son pays. Ça veut dire qu'aujourd'hui, si on parle d'armes, parce là en fait on est en train de parler d'armes, de surveillance, d'armes de tir, d’armes et compagnie, je pense que la France et les États-Unis sont les deux plus grands pourvoyeurs d'armes sur la planète

Fabrice Epelboin : Sur le numérique, sans doute.

Éric Leandri : C'est une partie d'armes, c'est une partie des armes, j'imagine, qu'ils peuvent vendre. Ça ne veut absolument pas dire qu'on ne doit pas s'occuper des gens dans son pays et on n'a pas à les traiter de la même façon.

Fabrice Epelboin : Là-dessus, il faut quand même bien voir de quel type de conflit on parle. On parle de conflit avec la population civile. On ne parle pas d'une guerre conventionnelle qui oppose deux nations ou deux forces armées. On parle, dans ce cas, des armes électroniques, qu'on évoque, clairement, de conflit entre des gouvernances et la population civile. Ce qui se passe en Ukraine, par exemple. On est sur un conflit entre une gouvernance et une population civile. Ce qui se passe, à peu près partout, si ce n'est que le conflit est la plupart du temps larvé et soft. Et pour l’instant, en France, on est dans un conflit larvé et soft. On est très très loin de la situation ukrainienne, mais ce n'est pas impossible qu'on arrive à la situation ukrainienne. Et dans cette optique-là, très concrètement, qu'est-ce qu'il s'est passé hier en Ukraine ? Tous les manifestants qui avaient été géolocalisés par les services de l’État, dans une des manifestations, ont reçu un SMS leur expliquant qu'ils étaient sous le coup d'une inculpation pour participation à une émeute. Ça, la loi de programmation militaire permet parfaitement de faire ça !

Éric Leandri : Juste un truc Fabrice, que tu comprennes, j'ai juste défendu Bull dans ce qu'il fait aujourd'hui.

Fabrice Epelboin : Oui, oui !

Éric Leandri : Maintenant, juste que tu comprennes exactement mon point.

Journaliste : Qu’on vous comprenne.

Éric Leandri : Exactement, mais le principe c'est le suivant selon moi, ce n'est pas parce qu'on a fusil à la maison qu'on va tirer sur son voisin. On peut tirer sur un lapin. Là où tu as entièrement raison, c'est qu'aujourd'hui, malheureusement, on utilise des fusils pour tirer sur des voisins, et en l’occurrence l’histoire du SMS de tous les gens géolocalisés dans une zone qui reçoivent ça, c'est comment utiliser la big data à l'encontre de tout ce que ça pourrait faire de positif.

Fabrice Epelboin : Attends, attends. On ne va pas se mentir ! Tu sais bien que dans un parcours de manifestation, aujourd'hui on raconte à la populace que la préfecture dit qu'il y a 7000 manifestants, les organisateurs disent qu'il y en a 100 000 ; la réalité c'est que les services, peut-être pas de la préfecture mais d'autres services, savent qu'il y a très exactement 8 993 manifestants et ils ont le nom et l'adresse de chacun des manifestants, leur horaire d’arrivée à la manifestation et de leur sortie. Et on le sait ça. On le sait très bien ! C'est très facile.

Jean-Manuel Rozan : Je crois que le point fondamental, c'est celui qu'on évoquait plus tôt, c’est : la possibilité de l'abus entraîne la certitude que l'abus sera commis, sauf à l'encadrer par des lois.

Fabrice Epelboin : Et elle n'est pas encadrée du tout !

Jean-Manuel Rozan : Et donc, quand on commence dans une situation où l'abus possible, il faut que la société civile, les citoyens, imposent un changement et des lois. Donc, je comprends très bien ce que dit Fabrice. On est d'accord, la situation d'aujourd'hui en France est telle que la possibilité d'abus existe. On va nous dire qu'il n'est pas commis, on est d'accord.

Fabrice Epelboin : Ou pas.

Jean-Manuel Rozan : Mais en tout cas, ça ne prouve pas que l'ensemble de la société française soit totalement de connivence puisqu’il y a énormément de gens qui ne comprennent pas, ne savent pas, ne font pas, et il y en aussi qui ne sont pas d’accord.

Journaliste : Moi je vais mettre mon grain de sel dans tout ça. Jean-Manuel, qu'est-ce que vous pensez que le Conseil d’État ait fait passer la loi de programmation militaire très rapidement ?

Fabrice Epelboin : C'est le Conseil d’État ? Non. C'est le Conseil constitutionnel qui n'a pas été saisi.

Journaliste : Le Conseil constitionnel.

Fabrice Epelboin : Non, non. Il y a une procédure, quand il y a une loi qui semble non constitutionnelle, qui consiste à saisir le Conseil constitutionnel ; pour ça, il faut un certain nombre de députés, de mémoire soixante, et ils n'ont pas été foutus d'en réunir soixante pour saisir le Conseil constitutionnel ; ce qui jette un très fort soupçon de complicité de l'opposition, enfin de « l’opposition » [mime les guillemets, NdT], qui n'a pas été foutue de rassembler soixante députés pour contester la constitutionnalité de cette loi. C'est cette espèce de jeu de dupes où on a tous les députés socialistes, y compris ceux qui ont défendu les libertés numériques, qui ont voté pour la loi de programmation militaire, et de l'autre côté, on a une opposition fantoche, qui fait semblant de s'opposer, mais en fait, dès qu'il s'agit vraiment de s'opposer, de saisir le Conseil constitutionnel n'est pas foutue de le faire. Là, pour le coup, on tombe un masque. On tombe un masque qui est que cette loi est voulue par la droite comme par la gauche. Et mon interprétation de ça, c'est que la droite comme la gauche s’apprêtent à vivre un moment de confrontation assez musclée avec les populations civiles.

Journaliste : Moi, je vais poser une question à Jean-Manuel. En tant que chef d'entreprise, de businessman, vous m'avez parlé de business éthique. Est-ce que vous pensez que la force étatique, c'est-à-dire ceux qui se revendiquent de la violence légitime, sont tout à fait conscients du type de technologies qu'ils imposent, en ce moment, à la société civile ?

Jean-Manuel Rozan : Je pense vraiment que le degré de conscience est extrêmement variable. Je vais vous donner un exemple. Dans les grandes entreprises qui manipulent l'Internet pour, on va dire, leurs axes commerciaux, on sait très bien qu'il y a des équipes à New-York qui sont très compétentes, des équipes à Paris qui sont moyennement compétentes, et puis cinq cents mètres plus loin, dans la même société, d'autres équipes qui sont complètement nulles et qui absolument ne comprennent rien à la façon dont ça fonctionne. Et quand on essaie de leur vendre des services, on est confronté à ce problème. Je pense que dans la société politique, dans le gouvernement, parmi les ministres, parmi tous les gens concernés par ce sujet, c'est exactement la même chose. Il y a des gens qui sont, comme le dit Fabrice, totalement de connivence qui ont tout compris et qui sont pour ; il y a des gens qui n'ont absolument rien compris et qui n'ont pas vu le coup passer. Je crois qu'on en est là.

Fabrice Epelboin : Et il y a des gens qui n'ont rien compris qui sont contre aussi.

Jean-Manuel Rozan : Il y a des gens qui sont contre. Donc on est dans un processus qui est, à mon sens, moi je suis optimiste et peut-être que Fabrice est pessimiste, je pense moi qu'on est dans un processus mondial de prise de conscience qui va créer des alternatives. Et après, on sera dans un monde dans lequel il y aura des alternatives dont certains vont se saisir, et d'autres ne vont pas voir qu'ils sont totalement happés dans cette nébuleuse, et donc en seront potentiellement les victimes.

Éric Leandri : Si je peux compléter ce que je disais tout à l’heure pour qu'on se comprenne, en fait, la dernière chose que je voulais dire c'est, si ce n'était pas Bull, on achèterait à mon avis les produits américains et on doublerait le problème. On va dire, juste tu vas comprendre ce que je veux dire, on va dire que Bull fait vraiment ce qu'il dit, c'est-à-dire ne le ferait plus. Bon. Le problème, et là je vous rejoins, mais tous, le problème c'est : on ne peut pas faire des choses où il n'y a pas de gardes-fous. Comme vous venez de l'expliquer, des gens sont au courant, des gens ne le sont pas ; des gens sont contre, des gens sont pour ; il n'y a qu'un seul truc qui est sûr : le seul à qui on n'a rien demandé, c'est l'ensemble des citoyens de ce monde, qu'on est en train de traquer dans tous les sens, sans même le savoir, et encore plus joliment, maintenant ce sont même des États ou des chefs de gouvernement qui sont traqués, sans même le savoir. À la fin, si on n'arrive même pas à protéger nos présidents, je ne vois pas comment on arriverait à se protéger. Donc, le seul moyen de se protéger, c'est de refaire un petit retour en arrière, de quelques années, de revenir au début, qui consistait à dire il n'y a pas besoin de tout savoir sur quelqu’un pour lui vendre un voyage en Corée.

Fabrice Epelboin : Sauf si c'est la Corée du Nord !

Éric Leandri : On peut tranquillement vendre un voyage en Corée à une personne qui demande simplement des informations sur la Thaïlande. Les gens ne sont pas ni idiots ni complètement stupides ; on peut faire des choses propres sur eux et surtout, il ne faut pas mélanger contrôle des gens et sécurisation des gens. Voilà. Et tout ce que je veux dire c'est tout ce qui a l'air d’être fait, semble être fait pour sécuriser les gens, à la fin ça donne le contrôle de tout, le contrôle de ce que vous faites, de qui vous êtes, de ce que vous aimez, de ce que vous n'aimez pas, et puis à tel point que, quand on crée des bulles dans les réponses, par exemple, parce ça donne ça. On va les donner.

Journaliste : Qu'est-ce que vous entendez par bulles ?

Éric Leandri : Une bulle c'est le fait que, dans un moteur de recherche par exemple, vous ayez été catalogué comme aimant, je ne sais pas moi, des choses un peu subversives.

Journaliste : C'est quoi des choses un peu subversives ?

Éric Leandri : Un peu subversives ce n'est pas très compliqué. Vous préférez le Rap au Rock. Pour certains c'est subversif. Pour certains ça l'est, ça suffit. Et puis, après tout, vous préférez le Rap au Rock donc, à partir de demain matin, vous ne verrez plus que des rappeurs dans les résultats de recherche. Ça vous intéresse, vous trouvez ça marrant, vous voyez ce n’est pas très loin la subversion, ça peut s’arrêter très vite, en fait. On commence par le début ; après, allons un peu plus loin. Vous êtes ThinkerView, vous avez tendance à interviewer des gens un peu étonnants à travers la planète. Eh bien alors, pourquoi demain matin vous auriez des réponses sur des gens un peu moins étonnants qui diraient des choses qui vous intéressent ? Non. On va vous orienter vers des réponses qui semblent vous convenir. Donc on va vous mettre dans une bulle basée sur ce qu'on croit savoir de vous.

Journaliste : Donc on va vous conforter dans votre propre opinion, sans vous donner de diversification au-delà des sources ?

Éric Leandri : Et c'est encore plus malin que ça ! C'est-à-dire qu'aujourd'hui certaines personnes, quand elles cherchent, ont l'impression que la réponse qui arrive devant elles est la même pour tout le monde. Donc la réponse qui arrive c'est forcément la vérité, c'est donc leur vérité, donc c'est génial.

Journaliste : Comment est-ce que ça se passe sur Qwant ?

Éric Leandri : C'est tout l'inverse puisqu'on ne vous traque pas, donc on ne sait pas qui vous êtes quand vous arrivez, donc votre réponse est forcément neutre. Après, on fait des choix de sites qu'on met devant et de sites qu'on met derrière, de gens qu'on monte et de gens qu'on descend. Ce sont des choix basés sur des mathématiques, sur un ranking à nous, mais, une fois que ça je l'ai dit, ce choix-là j'essaye de le rendre le plus impartial possible, le plus partial pour moi, parce que je l'ai basé sur le fait que ce soit sur ce que pensent les gens et donc le social en général. Donc on l'a basé sur la pensée maxi des gens, en essayant de faire des analyses de tout ça, mais, à partir de là, ce n'est pas en vous analysant, juste vous, que je vais vous donner une réponse à vous.

Jean-Manuel Rozan : Je voudrais faire un parallèle, parce qu'il est, à mon sens, totalement pertinent avec toute cette discussion, qui va vous étonner, entre la finance et entre Internet. On va prendre trente ans, et moi je pense que ça va prendre trente ans pour Internet aussi ; ça fait quinze ans que ça a démarré. En 1982/83, j'ai commencé ma carrière de trader à New-York et ça va va vous surprendre, mais être trader à New-York en 1982/83, c’était avoir une mission, ce n'était pas essayer de gagner du fric. On avait des bonus, et les bonus c’était juste la preuve qu'on avait réussi notre mission. Et la mission c’était quoi ? En tout cas on le croyait, en tout cas presque tout le monde le croyait, c'était de créer des outils qui permettaient, par la finance, à l'ensemble des entreprises de grandir plus vite, de hedger leurs risques, de pouvoir échanger des devises, de pouvoir se protéger sur les taux d’intérêt, de pouvoir grandir. Et ça a été fantastiquement efficace ! À un moment donné, des petits malins ont compris qu'ils pouvaient gagner plus de fric. Le mécanisme est très précis. J'ai écrit un livre, en 1989, en anglais, qui décrivait ce phénomène, qui a été traduit en français, qui s'appelle Le fric ; c'est très bien expliqué. Pardonnez-moi de faire de la publicité pour Le fric, que je ne vends pas, mais qui est libre sur Internet, en tout cas en français. Les gens se sont aperçus qu'ils pouvaient toucher des bonus. Donc les Indiens touchaient des bonus, les chefs ont voulu des bonus, et les chefs des chefs ont voulu des bonus aussi.

Journaliste : Donc ce dévoiement de la finance, vous faites un parallèle entre le dévoiement de la finance et le dévoiement d'Internet ?

Jean-Manuel Rozan : Absolument. Donc ce phénomène, ce mécanisme.

Journaliste : Vous savez que c'est lourd ce que vous dites !

Jean-Manuel Rozan : Non, c'est précis, au contraire. Vous allez voir que c'est précis.

Journaliste : Les mécanismes de la finance dévoyée, on voit où ça nous a emmenés.

Jean-Manuel Rozan : Ça nous a emmenés, mais on voit où, c'est maintenant. Vous allez voir la fin du film. Donc on commence par quelque chose qui est efficace et positif, la croissance des années 80 est directement liée aux instruments financiers qui ont été créés dans le début années 80, que des gens comme moi ont appris.

Journaliste : Directement liée pour vous ?

Jean-Manuel Rozan : Non, directement liée tout court. Et puis il y a des abus, il y a des petits malins qui s’aperçoivent qu'on peut truffer, on va dire de dériver des produits qui ne sont pas censés en avoir et que ça rapporte beaucoup, même si il y a des conséquences qui sont terribles, on a la crise des subprimes, on a 2007, 2008, 2009, et attendez laissez-moi terminer, et maintenant c’est très très largement encadré. Je ne vous dis pas que la crise des subprimes est impossible, je vous dis qu'elle est extrêmement improbable. Il peut y avoir une crise financière pour d'autres raisons, mais l'abus des techniques mises dans des produits financiers par des petits malins, et que personne ne comprend, avec à la sortie une grenade, une explosion, c'est vraiment dans une très grande partie derrière nous. Et alors, laissez-moi terminer pour Internet. Et alors, pour Internet on en est exactement pareil. On commence par quelque chose qui est net, on arrive à quelque chose dans lequel il y a la possibilité d’abus et à la fin, parce que je suis optimiste, je pense qu'on va encadrer tout ça et qu'on aura des services alternatifs, des produits alternatifs et que ce sera réglé. Voilà ce que j'en pense.

Journaliste : J'ai une dernière question pour Jean-Manuel qui a beaucoup parlé. Comment ça se passe chez vous au niveau des actionnaires ? Est-ce qu'il y a des actionnaires qui peuvent faire pression sur votre politique ? Est-ce que vous êtes totalement indépendants au niveau de votre financement ?

Jean-Manuel Rozan : Il faut diviser la réponse. Les trois actionnaires fondateurs de Qwant à savoir Eric Laeandri, notre associé la société Pertimm et moi contrôlons 75 % du capital et 80 % des droits de vote ; les actionnaires minoritaires, qui ont participé avec nous au financement de l’affaire, ont chacun 0,5 % et je crois que celui qui en a le plus doit en avoir 1,5 ou 2 %, donc pour l'instant il n'y a aucune possibilité d'influence de qui que ce soit. Nonobstant ce commentaire, pour croître, il va falloir lever des capitaux et ces capitaux vont être levés par des gens qui vont y mettre des conditions, on va dire, de contrôle financier de la société et on verra où on arrive. Mais enfin, pour l'instant on est bien partis pour pouvoir maintenir notre indépendance et c'est notre but.

Journaliste : À l'heure actuelle combien pèse Qwant ?

Jean-Manuel Rozan : C'est-à-dire ? Combien ça vaut ?

Journaliste : Combien ça vaut ?

Jean-Manuel Rozan : La dernière somme qu’on a levée, on a levé sur une estimation de valeur de vingt millions d'euros pre-money, comme on dit, ça veut dire avant l'argent.

Journaliste : Très bien. Fabrice, je vais vous laisser le mot de la fin.

Fabrice Epelboin : Le mot de la fin ! Je vais revenir sur ce que disait Éric, sur la bulle des résultats. C'est un truc assez amusant qu'on pourrait rapprocher aux mythiques neutralités des moteurs de recherche, qui est à la base un argument de lobbyiste destiné à plomber la neutralité du Net. Mais c'est vrai qu’aujourd’hui Google a dérivé de la recherche du résultat le plus pertinent, pour l’utilisateur, à la recherche du résultat qui fait le plus plaisir à l'utilisateur. Et que le résultat qui arrive en tête et dans le classement de Google correspond à un ensemble de résultats qui certes sont pertinents, mais qui sont aussi là pour flatter la personne qui les consomme. Et donc, on va faire du consumérisme informationnel du côté de Google, ce qui fait que, typiquement, eh bien mes résultats ne vont pas être les mêmes que les tiens. Et si on prend un sujet qui est très clivant, typiquement, je ne sais pas, une région du monde où toi tu es super intéressé, tu passes ta vie à faire des recherches et à fouiller de l'information et un pays que moi, au contraire, je ne connais même pas, on ne va pas avoir les mêmes résultats donnés chez Google. Et c’est un énorme problème, c'est un énorme problème parce que si on met ça en parallèle avec la façon dont l'information est utilisée aujourd'hui, tu vas trouver par exemple que les médias, tout comme les politiques, dans une société comme la France, ont perdu toute crédibilité, mais toute ! On est entre 70 et 80 % des gens qui pensent que ce sont des pourris et qu'ils mentent. Ce qui est un vrai gros problème.

Journaliste : Ce sont des pourris ? Oui ?

Fabrice Epelboin : Peu importe, c'est juste un constat, je ne prends pas parti. Je ne prends vraiment pas parti, je dis juste que quand le CEVIPOF [Centre de recherches politiques de Sciences Po], qui est quand même un labo de Sciences Po extrêmement sérieux, fait des études d'opinion, il montre que les Français n'y croient plus du tout, n'ont plus du tout confiance, ni dans la politique, ni dans les médias, et qu'il les placent clairement dans le même panier. Le résultat c'est que le Français, face à une information, ne sait pas si c'est du lard ou du cochon : si c'est quelque chose que l’État a bien voulu mettre en avant de façon à provoquer quelque chose dans l'opinion publique, si c'est du bidon qui est rapporté par le média pour déstabiliser ; il n'en sait rien, donc il va avoir tendance à vérifier. Ça, c'est vérifié dans une autre étude, alors celle-là certes beaucoup moins sérieuse parce qu’elle sort d'Opinionway, mais qui a été présentée au Reputation War la semaine dernière : le Français doute face à l'information qui lui est fournie sur Internet et sur les autres médias, et le Français a tendance à aller vérifier, chez Google ; désolé, et il va vérifier chez Google !

Éric Leandri : Ce n'est pas sur Internet ?

Journaliste : Mais en très large, de mémoire de l'ordre des trois quarts des Français qui sont confrontés à une information sur le Net vont aller la vérifier chez Google, et là, ils vont tomber dans cette bulle. C'est-à-dire qu'on va leur fournir du résultat qui leur fait plaisir. Donc le Français qui est fan de la théorie conspirationniste va tomber sur des sites conspirationnistes ; le Français qui est fan des grands, ces médias d'opinion, va tomber sur ses médias d'opinion favoris ; le Français qui est un fan de la presse anglo-saxonne va tomber dessus. Donc concrètement, ça ne va pas apporter, par exemple, un démenti à une rumeur. Ça va permettre aux gens de s’enfoncer dans des croyances informationnelles. Et ça, c'est directement lié à cette stratégie commerciale de Google qui est de faire du consumérisme informationnel plutôt que de faire un moteur de recherche. Et c'est une évolution de Google qui est à la fois très plaisante, parce que ça donne effectivement des résultats qui font plaisir, mais c'est extrêmement pernicieux, quoi ! C'est de l’ordre de : je fous du sel et du sucre partout dans la bouffe et je suis dans l'agroalimentaire ; c'est vrai que c'est agréable au goût, mais ça dénature finalement et que, il y a un moment, il faut revenir à la cuisine traditionnelle parce que c'est dangereux pour les dents, pour la santé.

Journaliste : Si vous aviez à laisser une bouteille à la mer, un conseil à faire sur les réseaux pour les jeunes générations qui nous écoutent, quel conseil, rapidement, Jean-Manuel vous laisseriez aux jeunes internautes ?

Jean-Manuel Rozan : Être le plus compétent possible.

Journaliste : Compétent ? Spécialisé ?

Jean-Manuel Rozan :Comprendre comment ça marche. Faire l’effort. Et il y a beaucoup de gens qui en sont très loin. En tirer toutes les conclusions. Tout faire pour protéger leur vie privée et rester optimistes.

Journaliste : Éric ?

Éric Leandri : Alors, pour les jeunes et pour les moins jeunes, enfin pour tout le monde, aujourd'hui ce que j'aimerais, ce qui serait vraiment génial de la part de tout le monde, c'est commençons à créer des outils et des produits alternatifs qui permettent de conserver la neutralité des réseaux et la neutralité du Net, au cas où les autres se fermeraient et où l’optimisme de Jean-Manuel ne se vérifierait pas.

Journaliste : Merci. Et Fabrice ?

Fabrice Epelboin : Alors moi j'aurais tendance à ajouter à l'intention des jeunes, mon message traditionnel ça serait quelque chose qui sort d'un vieux, pour le coup, qui nous a quittés, qui serait « Indignez-vous ! ». Je pense que, pour les jeunes, ils sont dans un monde où finalement, il y a un petit pamphlet américain très bien écrit qui dit Code or be coded!. Donc concrètement, l'analphabétisme aujourd'hui c'est le code. Si vous ne savez pas coder vous êtes un analphabète, au même titre qu'il y a plein d'analphabètes au 18ème siècle en France.

Journaliste : Un « analphaweb » !

Fabrice Epelboin : Analphabète, vraiment analphabète. C'est-à-dire vous ne savez pas coder, c'est à peu près aussi handicapant pour le monde qui arrive devant vous que de ne pas savoir lire au 18ème siècle. Ce n’était pas un drame au 18ème siècle, on pouvait s'en sortir sans savoir lire, mais il y avait peu de chances qu'on termine dans l'élite. C'est la même chose aujourd'hui.

Journaliste : Tu parles d'un monde d’utilisateurs ? Un monde de consommateurs ?

Fabrice Epelboin : Non, non ! On parle d'un monde d'utilisateurs, de consommateurs, avec une petite micro-élite qui sont les gens qui savent coder et au sommet de cette micro-élite les hackers et on devrait arriver à une masse qui sait coder. C'est comme ça qu'on va s'en sortir. Si on a une masse qui sait coder au même titre qu'on a une masse qui, aujourd'hui, sait parler anglais, et qui sait, on a aussi une écrasante masse qui sait lire et écrire, eh bien si on arrive à une masse qui sait coder, on a des espoirs. Mais il faut en passer par là.

Journaliste : Merci beaucoup.

Péhä : il lisait des Picsou, il dessine des gnous !

Framablog - mar, 08/08/2017 - 07:00

 

Des développeurs de logiciels libres, on en trouve presque à la pelle. Des artistes libres… ça se complique, mais on en trouve ! Bien évidemment, il y a Gee et vous avez déjà lu l’interview de David Revoy ici même à l’occasion de la sortie papier de Pepper & Carrot, mais d’autres se cachent encore dans les tréfonds des Internetz !

Nous passons l’été à les chercher pour vous les présenter. Samedi dernier, vous avez pu découvrir Nylnook et nous avons encore quelques surprises en prévision.

Voici Péhä ! Vous avez peut-être aperçu ses dessins ces derniers temps sur les réseaux sociaux via nos comptes. En effet, il a illustré les articles écrit par Emmabuntus et Arpinux dans L’Âge de faire à propos de certains de nos services.

Comme il a un joli coup de patte, nous avons décidé de lui poser quelques questions pour en savoir plus sur lui.

Bonjour Péhä. Est-ce que tu peux déjà te présenter ? (et d’où vient ton pseudo avec les accents extra-terrestres ?)

Hello Framasoft, je suis donc Péhä, j’ai 32 ans, je vis près d’Angers (c’est dans l’ouest de la France pour Pouhiou :-) ). Le pseudo avec les accents c’est un petit jeu de mot avec les initiales de mon prénom. Ça date d’il y a quelques années quand je faisais du volley, c’était pour rigoler mais comme tout mon entourage irl m’appelle comme ça depuis, j’ai gardé ce pseudo sur le net.

Qu’est-ce qui t’a amené au dessin ? Comment as-tu appris ?

Comme tous les gosses, j’ai pas mal dessiné étant gamin. J’ai fais arts plastiques comme tout le monde au collège/lycée (surtout parce qu’à l’époque le pc de la salle d’art était pas surveillé et que c’était une bonne bécane pour télécharger des roms de Mégadrive ni vu ni connu…), mais je n’ai jamais suivi de cours ou fait les beaux-arts. Je le regrette aujourd’hui un peu, car je fais pas mal d’erreurs (anatomie, proportions, perspectives) et je suis lent dans l’exécution d’un dessin.

Des sources d’inspiration ? Des dessinateurs qui t’ont donné envie de les égaler ?

Comme j’ai pas assez de bases, je m’inspire beaucoup de certains dessinateurs dont Moebius (Jean Giraud), Georges Herriman, Bill Watterson, Serre et bien sûr Franquin. Dans un genre tout autre, je voue un culte aux estampes d’Hiroshige, notamment les séries sur le tokaido ou les scènes de la vie quotidienne d’Edo.

 

Uderzo, aussi, manifestement…

Les tac au tac de Jean Frapat que j’ai découvert sur le site de l’INA m’inspirent également beaucoup.

 

Tu lisais quoi comme BD quand tu étais plus jeune ?

Ça va faire sourire mais j’ai commencé par Donald, les histoires de Carl Barks son créateur. Et puis La jeunesse de Picsou de Don Rosa qui a été une première claque pour moi. (j’avais dans les 8-9 ans.). Un soir une voisine m’a passé deux BD de sa collection. c’était des Gaston Lagaffe. J’avais 10 ans. J’ai lu la série d’une traite. Quelques jours plus tard ma mère m’abonnait à Spirou. J’ai essayé les mangas (Gunnm) mais sans trop accrocher. Je ne lis pas beaucoup de BD en fait, ou bien juste pour observer le dessin et les trucs et astuces des dessinateurs.

Pourquoi publier sous licence libre ?

Pour la liberté d’utilisation et de modification. Je veux que mes personnages puissent être repris par d’autres sans restriction. C’est ce que moi en tant que lecteur j’aurais aimé pouvoir faire avec Donald et Picsou (sans rire j’avais un scénario du tonnerre !). J’ai du mal avec l’idée même de propriété intellectuelle ou bien de création artistique. On ne crée rien, on adapte, on remixe, on ajoute son originalité rien de plus. Voilà pourquoi je publie sous licence libre car je ne possède rien, j’emprunte à tous donc je redonne.

Quelles sont les licences que tu utilises ?

J’ai commencé par la CC-BY-SA et la LAL et puis je suis passé en CC-BY lors de la publication de certains de mes dessins sur gnu.org. Mais rien n’est définitif ça peut changer.

Est-ce que tu arrives à vivre de ton art ou est-ce que tu as un vrai boulot honnête à côté ?

Je suis amateur. J’ai un travail culinaire, qui me sert à faire vivre ma petite tribu à côté gentiment. J’ai une page liberapay. (je remercie au passage mes 3 donateurs anonymes) avec le secret espoir de pouvoir couvrir mes dépenses pour le dessin avec les dons. Même si ce n’est pas beaucoup c’est toujours ça de moins sur le budget familial.

Comment t’es-tu retrouvé à faire les dessins des articles dont on parlait dans l’intro ? (et d’ailleurs, merci)

Ça c’est grâce à Patrick d’Emmabuntus qui est depuis un an notre manager/attaché de presse/impresario à Arpinux et moi. ;)

L’année dernière Patrick m’avait demandé une affiche pour la fête de l’Huma et en septembre avec Arpinux ils ont commencé à travailler sur les articles de l’âge de faire. Par charité ils m’ont proposé de faire des dessins en bas de leurs articles :) J’ai accepté et voilà. J’en profite pour les saluer eux et toute l’équipe, car bosser sur ces articles était vraiment très plaisant, un vrai travail d’équipe.

Parlons technique : comment dessines-tu ? Krita comme David ? Inkscape comme Gee ? Avec du charbon sur les murs d’une grotte comme les hommes de Cro-Magnon ? (eh oui, les dessins des hommes de Cro-Magnon sont dans le domaine public, donc sont libres

Logiciels libres, Internet Libre : perspectives et enjeux - Frédéric Couchet

APRIL - lun, 07/08/2017 - 08:15


Titre : Logiciels libres, Internet Libre : perspectives et enjeux
Intervenant : Frédéric Couchet
Lieu : JM2L - Journées Méditerranéennes du Logiciel Libre
Date : Novembre 2011
Durée : 1 h 12 min 50
Visionner la vidéo
Diaporama de la conférence : format Open Document et format PDF
Licence de la transcription : Verbatim

Description

Le Logiciel Libre est enfin reconnu par les pouvoirs publics et les décideurs politiques comme un enjeu stratégique. Pourtant le combat est loin d’être gagné et il reste un immense travail de sensibilisation à accomplir. A quelques mois d’échéances électorales essentielles pour le pays, Frédéric Couchet fera un point sur les dossiers en cours et présentera différents modes d’action pour agir auprès des responsables politiques.

Transcription

Christophe Desclaux : Donc, c'est une conférence de Monsieur Frédéric Couchet. Alors Frédéric Couchet, c'est vraiment quelqu'un d'important dans le logiciel libre en France. Il est délégué général de l'April. L'April1, c'est une association qui fait la promotion du logiciel libre. Ils ont 5000 membres en France, et c'est vraiment hyper représentatif ; et si vous êtes là demain, ils vous offriront aussi l'apéritif, demain midi, donc vous pouvez venir boire un petit coup avec eux et discuter logiciel libre. Donc Frédéric Couchet est délégué général de l'April, il s'y connaît beaucoup sur les aspects juridiques du logiciel libre, et vous n'allez pas tarder à avoir des cours sur le droit ; je ne sais pas si vous avez commencé. Non ! Alors, c'est l'an prochain. Donc l'an prochain, on va vraiment vous parler copyright, comment protéger vos logiciels, et lui va vous apprendre l'inverse, comment libérer votre logiciel. Et on l'a vraiment fait venir pour ça, pour qu'il vous avance un peu dans le sujet du Libre et que l'an prochain, vous ayez un bon service aussi sur le sujet.

Donc, il va vous présenter le logiciel libre, l'attractive en jeu, il va vous parler de droit ; ça ne va pas être chiant, ne vous inquiétez pas ! Il va surtout vous dire qu'est-ce que c'est qu'un logiciel libre, comment protéger son logiciel même s'il est libre, et il va aussi dire ce que c'est un logiciel libre.

Frédéric Couchet : Le but c'est de vous parler des grandes batailles autour du logiciel libre, donc je vais faire un présupposé, c'est que vous savez ce que c'est le logiciel libre. Si vous ne savez pas, tant pis pour vous, il fallait arriver avant, c'est le principe ! Comme je suis quelqu'un de très sympa, vous avez le diaporama qui est déjà en ligne, parce qu'il y a quand même beaucoup de choses sur le diaporama. Et notamment, il y a beaucoup d'adresses, soit de sites, soit de documents qui vont vous permettre, sur les sujets qui vous intéressent, d'aller plus loin. Mon but n'est pas de passer en détail tous les points, mais plutôt de passer en revue l'ensemble des points. Et sur les sujets qui vous intéressent, à chaque fois, il y a un document, une vidéo ou autre chose, pour aller plus loin. C'est pour ça que je vous ai mis l'URL2, comme ça vous n'avez pas à noter, à chaque fois, les URL de l'ensemble des documents : vous ne tapez que celui-là et, si besoin, je vous le remettrai à la fin.

Donc, moi, je suis délégué général de l'April ; on existe depuis maintenant quinze ans. Et on a deux activités : promouvoir et défendre le logiciel libre.

Donc promouvoir, c'est se faire connaître ; ça c'est facile, entre guillemets, auprès de tout public : des étudiants, des journalistes, des collectivités, des entreprises.

Et puis on a une deuxième activité qui est de défendre le logiciel libre et ses acteurs. Et c'est plutôt de ça dont je vais vous parler maintenant, celle des activités qui nous occupe quand même une bonne partie de notre temps, malheureusement : c'est défendre le libre.

C'est là où je demande justement qui utilise des ordinateurs ? Donc, je vois qu'il y a à peu près tout le monde qui utilise des ordinateurs. Bon, qui sait ce qu'est le logiciel libre, levez la main… Il y en a qui ne savent pas, sérieusement, ou pas ? Très bien, il n'y a pas de problème.

Public : Bouh !

Frédéric Couchet : Qui a fait bouh ?

[Rires]

Le logiciel libre

Frédéric Couchet : Alors, quelles sont les quatre libertés du logiciel libre ? Donc je vais résumer pour les personnes qui ne savent pas ce qu'est un logiciel libre, très rapidement. Le Libre, c'est quatre libertés essentielles.

  • La première, c'est la liberté d'utiliser le programme, quels que soient les besoins. Donc, que vous ayez téléchargé le logiciel libre, que vous l'ayez acheté dans le commerce quelque part, que vous en ayez fait une copie, la liberté d'utilisation est totale. Sur un poste, par exemple sur mon portable ; sur tous les postes, par exemple de la Fac, de l'entreprise, de la collectivité. Donc liberté d'utilisation totale. Dans le cas du logiciel propriétaire, qui s'oppose au logiciel libre, cette liberté vous l'avez, mais elle est très encadrée car, généralement, c'est sur un poste, et pas plus. Là, liberté totale d'utilisation.
  • Deuxième liberté, c'est la liberté d'étudier le fonctionnement du programme. Parce que le logiciel libre vient avec son code source, c'est-à-dire sa recette de cuisine, la façon selon laquelle l'informaticien a travaillé. Ça permet, évidemment, de voir comment le logiciel fonctionne, ce qu'il fait, en termes pédagogiques c'est intéressant, sécurité, etc. Ça, c'est la deuxième liberté : étudier son fonctionnement.
  • La troisième liberté c'est, eh bien une fois qu'on a étudié, on aimerait bien savoir le modifier. Et on veut pouvoir modifier le logiciel pour, en gros, deux raisons. La première, c'est rajouter des fonctionnalités. C'est-à-dire un logiciel, ça répond à des besoins à l'instant t, mais deux jours plus tard, il y a des nouvelles fonctionnalités qui apparaissent, des nouveaux besoins, et on veut pouvoir les rajouter. Et puis il y a des bugs dans les logiciels. Même dans les logiciels libres, il y a des bugs. Eh bien, il faut pouvoir corriger ces bugs. Ça, ça veut dire modifier le logiciel, soit pour rajouter des fonctionnalités, soit pour corriger des bugs.
  • Donc, ces trois premières libertés — utilisation, étude, modification — ça concerne les gens qui ont récupéré le logiciel. Et plus généralement, il n'y a pas la communauté, il n'y a pas le monde entier, on va dire. C'est la quatrième liberté qui crée, finalement, la communauté, la ligne de partage, c'est la liberté de faire des redistributions, des copies, à la fois de la version originale du logiciel, la version que l'on a récupérée, donc la version exécutable, mais également des versions modifiées, la version sur laquelle on a rajouté des fonctionnalités, où l'on a corrigé un bug. Ce n'est pas une obligation de redistribuer, mais c'est une liberté.

Donc on voit, en fai,t que le logiciel libre, quelque part, c'est un pot commun dans lequel il y a des logiciels, des briques libres ; les gens se servent, les utilisent, éventuellement les font évoluer, rajoutent des fonctionnalités, et peuvent remettre au pot commun. Et en gros, la différence entre libre et propriétaire, elle n'est pas tellement sur ces aspects, enfin, elle est principalement sur le fait de qui contrôle l'évolution du logiciel. Dans un cas, c'est l'éditeur ou le propriétaire qui décide de la correction de bugs et des rajouts de fonctionnalités, et donc principalement par rapport à une démarche purement économique de marché. Dans le cas du logiciel libre, n'importe qui a cette liberté de faire évoluer le logiciel, donc ça répond à la fois à une dynamique potentielle de marché, mais surtout à une dynamique de besoins.

Donc le logiciel libre c'est utilisation, étude, modification, redistribution.

Et pour ceux qui veulent en savoir plus, sur le stand de l'April, il y a des petits flyers où on explique les va-et-vient entre développeurs et utilisateurs, des petits flyers en couleur, assez sympas, qui expliquent un petit peu la dynamique.

Je continue les questions. Maintenant qu'à peu près tout le monde sait ce qu'est un logiciel libre, qui utilise un ordinateur pour télécharger de la musique, regarder des films ? Ça c'est marrant, il n'y en a pas beaucoup. OK. Qui connaît le terme DRM ? Ou a entendu parler du terme DRM ? Ouais ! DADVSI ? Ah, vous êtes jeunes, c'est pour ça ! C'est là qu'on voit qu'on vieillit. Brevets logiciels ? ACTA ? Bon, il y en a un qui répond tout le temps, mais c'est… OK ! Eh bien c'est très bien parce que, au moins, je vais vous apprendre des termes, et vous allez apprendre à les détester ces termes. Malheureusement, ça vous concerne.

Ah tiens, je n'avais même mis mon diaporama sur le logiciel libre, quand même ! Bon, je ne vais pas vous le refaire, mais en gros, on voit le petit gnou qui donne au manchot le gâteau au chocolat ; il lui donne, en plus, la recette. Dans le logiciel libre, au lieu de donner un gâteau au chocolat et la recette, on donne le code exécutable et le code source, avec les libertés donc de l'utiliser, d'en faire des copies, de le modifier, donc, les quatre libertés. En fait, j'avais vraiment mis ces slides, utilisation, étude, modification et redistribution.

Un point essentiel que j'ai dit tout à l'heure, c'est que le Libre, pour beaucoup de gens et en tout cas pour moi, c'est avant tout une question d'éthique, de philosophie, de partage de la connaissance. Richard Stallman, qui est l'une des personnes qui est à l'origine du mouvement du Libre, est un américain, quand il vient en France, il utilise : Liberté, Égalité, Fraternité. Liberté parce qu'il y a les quatre libertés. Égalité parce que tout le monde a les mêmes droits dans le logiciel libre, quel que soit son statut, qu'on soit étudiant, informaticien, grande entreprise, politique, on a tous le même statut. Et Fraternité parce que le but, c'est de construire du partage, de la coopération. Il dit d'ailleurs que c'est l'incarnation informatique de la devise républicaine française.

Donc, création d'un fonds commun informationnel.

Alors, je vais passer vite fait ça, juste pour vous dire, en fait, je l'ai expliqué un peu tout à l'heure quand même, que 98 marque une rupture. Le logiciel libre, en gros, est formalisé dans les années 80, même s'il a existé avant dans les pratiques. Il est formalisé dans les années 80. Il commence à monter en puissance, principalement grâce aux administrateurs système, jusqu'en 98 où là il y a une rupture, c'est-à-dire que tout d'un coup, la presse s'empare du phénomène, pour parler souvent de logiciels gratuits, mais peu importe ; les entreprises commencent à s'y intéresser. Donc on a l'expansion qui commence vraiment à arriver à partir de 98. Ça, c'est le côté positif. C'est le côté, tout d'un coup le Libre est pris en compte et se développe. Mais en même temps, on va assister, en fait, à une explosion des dangers autour du logiciel libre.

Je passe certains slides parce qu'en fait ce n'est pas forcément le plus intéressant. Ça, c'est juste pour lire et expliquer qu'un certain nombre de logiciels libres qui sont aujourd'hui utilisés, la plupart n'existaient pas il y a quelques années. En 98, la plupart n'existaient pas. Donc il y a une vraie accélération, ces dernières années, sur les logiciels libres développés, et principalement sur les logiciels libres grand public. Au départ, ce sont les infrastructures qui ont commencé à être équipées en logiciels libres, de la même façon que, quand on fait une maison, on commence par les fondations et, à la fin, on rajoute les trucs inutiles comme la télé, le frigidaire, le micro-ondes, etc. Ça, je vous parle de ces logiciels qui n'existaient pas il y a quelques années.

Un point essentiel dans cette dynamique, c'est le rôle d'Internet. En fait, il joue deux rôles Internet. Il a joué un rôle de diffusion des logiciels libres et, à la fois, en fait, il est basé sur des logiciels libres. Dans un premier temps, simplement, sachez qu'à partir du moment où vous naviguez sur Internet, vous utilisez des logiciels libres. Il y a des serveurs qui utilisent des logiciels libres pour permettre de se promener sur les sites. Les serveurs eeb sont principalement des logiciels libres. Donc, même sans le savoir, vous utilisez des logiciels libres. L'architecture logicielle d'Internet, c'est en grande partie du logiciel libre et sans logiciel libre, Internet n'aurait jamais pu se développer comme il s'est développé.

Mais inversement, Internet a favorisé le développement de logiciels libres. Moi, quand j'ai commencé à m’intéresser au logiciel libre il y a très longtemps, au début des années 90, dans la fac où j'étais, en première année, il n'y avait pas accès à Internet. Je ne sais pas si vous pouvez imaginer qu'en première année de fac, il n'y avait pas d'accès à Internet ; bon, c'étaient les années 90, mais quand même. On a eu accès à Internet quelques années après. Simplement, il y avait quand même des gens qui nous disaient : « Eh bien, si vous voulez », comme on travaillait déjà sous Unix à l'époque, « vous pouvez récupérer des logiciels sur un serveur du MIT. Pour cela, vous allez vous rendre au laboratoire d'Intelligence Artificielle de la fac, et vous demandez gentiment aux gens qui sont en DEA [Bac +5, NdT] ». Donc, comme les gens en DEA étaient très sympa, ils allaient récupérer le logiciel, le transféraient sur le réseau local. Vous imaginez la difficulté d'aller récupérer du logiciel libre ! Imaginez, non seulement la difficulté, si on voulait renvoyer un patch, une correction, il fallait retourner au laboratoire d'IA, c'était un enfer quoi !

À partir des années 90, il y a eu la démocratisation d'Internet. De plus en plus de gens ont eu accès à Internet. Donc ça a favorisé, d'abord, la diffusion des logiciels libres. On peut directement aller sur un site, récupérer un logiciel libre, qu'on soit étudiant, qu'on soit à la maison, qu'on soit dans des entreprises. Et aujourd'hui, on récupère des distributions de logiciels libres, c'est-à-dire plusieurs mégaoctets voire des gigaoctets, via l'ADSL, très rapidement. Mais en même temps, cela met en relation de plus en plus de gens qui voulaient faire du logiciel libre. Beaucoup de gens pensent qu'Internet c'est un réseau de machines interconnectées ou un réseau de réseaux interconnectés. Techniquement c'est vrai, mais socialement c'est totalement faux. Socialement, Internet c'est un réseau de personnes qui ont envie de partager des choses. Et à partir du moment où une chose peut être dématérialisée, elle sera partagée. Et la première des choses qui est dématérialisée, par définition, évidemment c'est le logiciel.

Donc le fait qu'Internet se démocratise a facilité la mise en relation de gens qui voulaient tout simplement produire du logiciel, et donc du logiciel libre. Et ce n'est pas pour rien qu'en fait 98/99, ça marque une rupture. C'est à peu près à cette période, où, là aussi, Internet s'est démocratisé. Alors vous étiez peut-être jeunes à l'époque, vous ne vous en souvenez pas, mais vraiment, dans cette fin des années 90, plein de gens ont commencé, effectivement, à s'équiper d'Internet à la maison, à en parler, etc. Donc Internet joue un rôle à la fois de diffusion et de mise en relation des gens. Et ça rend aussi la diffusion du logiciel libre, et de toute, on va dire, information partageable, inéluctable. Parce que, tout simplement, il y aura toujours de plus en plus de gens qui seront connectés, qui auront envie de partager, et donc le modèle propriétaire qui est basé sur le fait que c'est une petite équipe qui travaille dans son coin, pour sortir des produits, quels qu'ils soient, ne peut pas perdurer.

L'exemple parfait n'est pas dans le domaine du logiciel. L'exemple parfait est dans le domaine des encyclopédies, de projets d'encyclopédies. S'il y a dix ans, parce qu'une encyclopédie célèbre en ligne fête ses dix ans aujourd'hui, s'il y a dix ans, au lancement de Wikipédia, on avait demandé à des sociologues, à des économistes, des experts en tous genres, qui allait gagner entre ce projet d'encyclopédie libre Wikipédia et les projets propriétaires, type Encarta et autres, les gens auraient dit : « Eh bien, c'est normal, il n'y a que le modèle classique de top-down d'une entreprise, avec de gros moyens qui va gagner ». Dix ans plus tard, c'est Wikipédia qui a gagné. Et c'est normal parce qu'il y a de plus en plus de gens qui ont commencé à l'utiliser et c'est exponentiel. C'est inarrêtable. Sauf si, évidemment, on demandait à des gens de nous arrêter, juridiquement par exemple, ou techniquement d'ailleurs. C'est de ça qu'on va parler tout à l'heure. Parce que, évidemment, cette mise en relation de gens qui se partagent des ressources numériques, pose à d'autres un certain nombre de problèmes, évidemment par rapport à leurs modèles économiques.

Alors, depuis 98, il y a un très fort développement du logiciel libre, mais depuis la même période, il y a de plus en plus de menaces sur le logiciel libre. Alors c'est là qu'on va les passer en revue. Je sais que je vais passer relativement rapidement parce que, sur chaque sujet, on pourrait passer deux heures. Il y en a certains dont je ne vais pas parler parce que demain il y a une conférence sur le sujet, notamment sur tout ce qui concerne Internet. Mais là, vous verrez à chaque fois des liens vers des documents de 4/5 pages ou des vidéos de quelques minutes, qui vous permettront d'aller plus dans le détail.

Alors, on attaque. Je sors ça pour voir l'heure quand même. Je suppose que vous reconnaissez cette espèce d'objet et le logo qui se trouve dessus. Alors pourquoi cet objet ? Parce que, évidemment, la première menace fantôme, elle vient de Microsoft et elle date de Halloween 98, d'où la citrouille. En 98, un hacker américain révèle qu'on a des mémos internes, de Microsoft. Donc Microsoft, en interne évidemment, analyse le développement du logiciel libre, le prend en compte déjà, constate que le logiciel libre ce n'est pas un acteur comme un autre. Ce n'est pas un acteur que, économiquement, on peut combattre de la même façon que les autres, parce que ce n'est pas une entreprise, une entreprise qu'on peut racheter, donc c'est un acteur différent.

Il n'y a pas un monsieur ou madame Logiciel Libre. Donc ils pensaient que c'est un acteur différent. Par contre, ils constatent que, visiblement, ça commence à monter en puissance ; qu'il faudrait peut-être s'y intéresser parce que, à terme, c'est un modèle de développement qui est à l'opposé du modèle de Microsoft, qui est un modèle typiquement propriétaire, classique, en tout cas chez Microsoft. Et donc, dans ce document, après l'analyse de leur problème, ils passent, évidemment, aux solutions potentielles. Donc, comme ils constatent qu'économiquement, il n'y a pas les armes habituelles de rachat ou autre, eh bien ils vont utiliser deux types d'armes. Ils décident d'utiliser les armes de propagande qu'on appelle le FUD pour « peur, incertitude et doute ». En gros, c'est de faire courir des bruits, complètement fous, absurdes, sur le logiciel libre, sur l'adversaire entre guillemets. Un exemple : à l’époque, Microsoft associait très fortement logiciel libre à communisme aux États-Unis, ce qui marchait très bien. En France, ça ne marche pas du tout, parce que bon, il n'y a pas ce genre de problèmes. Mais aux États-Unis, ça marchait très bien. Steve Ballmer, par exemple, a comparé les licences de logiciels libres, notamment la première d'entre elles, la GPL [General Public License], à un cancer qui ronge le droit d'auteur des entreprises. Ça, ce sont des termes de propagande : essayer de diffuser de la fausse information pour faire peur et, quelque part, lever des craintes chez les utilisateurs potentiels. Ça, ça n'a pas mal marché pendant quelques années ; aujourd'hui, on n'entend plus trop ça. Il y avait aussi un autre terme, par exemple, qui est beaucoup moins violent que ceux que j'ai employés, le terme de « logiciel professionnel ». Eux, ils ne veulent pas employer le terme de « logiciel propriétaire », ils disent : « Nous, on fait du logiciel professionnel ». Sous-entendu, c'est le logiciel libre qui n'est pas professionnel. Vous voyez, tous ces termes de propagande. Mais aujourd'hui, ça c'est à peu près calmé.

Par contre, il y a la deuxième partie, qui est l'idée d'utiliser des mécanismes juridiques, ou politiques, pour limiter le logiciel libre. Si économiquement on ne peut pas y arriver par les méthodes classiques, essayons par les méthodes juridiques. Et donc ils vont essayer, notamment, les brevets logiciels dont je parlerai tout à l'heure et les formats de documents fermés. En tout cas, ces mémos marquent une rupture importante dans les communautés du Libre. C'est le moment où on se rend compte que, finalement, on n'est pas que là pour faire du Libre ou le promouvoir, mais on va devoir le défendre. Et les gens ne sont pas forcément prêts à ça à l'époque, mais en tout cas ils vont s'y mettre.

Et là, en même temps, il y a une autre convergence. Tout à l'heure, je vous ai parlé d'Internet, ce réseau d'êtres humains qui partagent des choses, pour le bien de tous. Mais évidemment, ça remet en cause des modèles économiques du passé, basés sur la rente, sur le fait qu'on vend du support physique et donc pas autre chose. Et donc, le camp d'en face, les gens se disent : « On va avoir un vrai problème avec Internet », mais en même temps, ça peut être pour eux une opportunité. Ils se disent : « Est-ce qu'Internet, est-ce que le numérique, ne permettrait pas de mettre en œuvre des dispositifs de contrôle qu'on ne pouvait pas avant dans le monde numérique ? ». Je vais détailler, bien entendu !

Et ils édictent une règle, qui est dans un des rapports, je crois que ça date de 2000, ou quelque chose comme ça, qui est que celui qui a développé ou rassemblé l'information devrait avoir le contrôle total sur la façon dont vous l'utilisez. Il y a donc deux choses qui sont intéressantes dans cette phrase. C'est que, d'abord, on ne parle pas des auteurs, des artistes, etc. On parle plutôt des producteurs, ceux qui, en fait, rassemblent l'information et essaient de vous la transmettre. Et le deuxième point, c'est qu'ils estiment qu'ils peuvent avoir un contrôle total sur la façon dont on utilise ces contenus, culturels ou autres. Ce qui est un renversement complet, vous allez le voir, en fait, du mode de fonctionnement passé, et encore aujourd'hui pour beaucoup de personnes, qui considèrent que les usages privés, c'est quelque chose qu'on ne peut pas, qu'on ne doit pas contrôler. Et donc, quand je vous parlais tout à l'heure de DRM, de DADVSI, d'ACTA et compagnie, eh bien ça rentre là-dedans. Et je vais un petit peu les détailler.

Vous voyez, l'idée c'est d'avoir en tête qu'il y a un adversaire, entre guillemets, « naturel », quelque part, qui veut limiter le développement du logiciel libre, c'est Microsoft et toute entreprise de logiciel propriétaire, ça, à la limite, ce n'est pas très surprenant. Et à côté de ça, il y a des gens qui ont d'autres problématiques. Le Libre, à la limite, ils s'en foutent un peu, mais pour autant il va y avoir un impact sur nos activités, soit directement, soit indirectement. Alors je vais les détailler un peu.

Là, c'est quatre dangers qui sont sur certains t-shirts de l'April, pas celui que j'ai, mais d'autres. DRM, Trusted Computing, c'est-à-dire informatique de confiance, brevets logiciels et vente liée, et je parlerai aussi de l'ACTA, un petit peu. Alors on va essayer de détailler.

Les DRM

Alors, DRM. Comme je vous ai dit tout à l'heure, vous avez là une synthèse sur les DRM3 qui est disponible. Pas la peine de noter l'URL qui est très longue, il suffit de noter l'URL du diaporama.

Alors, le DRM c'est quoi ? Qui a déjà entendu parler de DRM ici ? Ouais ! Qui, sans lire ce qui est marqué là, peut me dire ce que c'est qu'un DRM ? Dire à peu près, quand même ? Ce n'est pas une question piège, si c'est faux, ce n'est pas grave. Toi, tu as levé la main tout le temps, c'est quoi un DRM ?

Public : C'est un verrou numérique dans le but d'empêcher l'utilisation d'un fichier…

Frédéric Couchet : OK. On va voir le terme « verrou numérique » qui empêche l'utilisation. À la base, DRM ça veut dire Digital Rights Management, « gestion des droits numériques ». Et c'est vrai que dans les DRM, dans la gestion des droits numériques, il y a deux aspects : l'information sur les droits, pour dire aux gens ce qu'ils ont le droit de faire. Dans le monde du logiciel libre, il y a cette information, les 4 libertés, etc. Et la deuxième partie, c'est le contrôle, c'est-à-dire comment contrôler que l'utilisateur reste dans les limites permises par les droits. Et de facto, c'est vrai, le DRM est devenu un dispositif qui n'a qu'un seul objectif, c'est de contrôler l'usage du numérique.

Alors là, j'ai pris des exemples. Quand j'ai dit tout à l'heure que le numérique pouvait permettre, éventuellement, de mettre en place des contrôles impossibles dans le domaine matériel tel qu'on le connaît, eh bien prenez l'exemple d'un livre. Si vous achetez un livre, OK, vous avez un livre. Si vous avez un livre, vous pouvez le lire comme bon vous semble. C'est-à-dire que vous pouvez commencer par la première page, aller jusqu'à la dernière ; mais vous pouvez commencer au milieu ; vous pouvez même commencer par la fin. Il y a des livres, par exemple, les gens vont commencer par la fin pour savoir qui était mort. Je ne vous donnerai pas lequel, parce que la dernière fois que j'ai posé la question, personne n'avait fait ça. C'était sur Harry Potter, le dernier Harry Potter. J'étais désespéré parce qu'en fait… Qui a lu le dernier Harry Potter, il y a longtemps ? Qui a commencé par la fin ? C'est désespérant. Parce que moi, je connais des gens qui ont lu Harry Potter et qui m'ont dit : « Moi, j'ai commencé par la fin ! » C'est normal, ils voulaient savoir qui mourait, parce que tout le monde savait qu'il y avait un mort. Bon. Mais l'essentiel, c'est qu'ils peuvent le faire, ils ont le droit de le faire. Personne ne va leur dire qu'ils sont obligés de commencer par le premier paragraphe et d'aller jusqu'au bout. De même, pour les gens, il y en a quelques-uns ici qui portent des lunettes, on ne vous impose pas, quand vous achetez un livre, une paire de lunettes avec, avec un prix en plus. On ne vous dit pas : « Vos lunettes que vous avez là, c'est une marque qu'on ne connaît pas, vous ne pouvez pas les utiliser pour lire ce livre, vous devez utiliser mes marques de lunettes à moi ».

On peut se dire deux choses. Soit ce sont des choses qu'on ne peut pas contrôler, ce sont des pratiques qu'on ne peut pas contrôler. Parce que sinon, pour contrôler ces pratiques, ce serait effectivement Big Brother, c'est-à-dire que vous auriez un ayant-droit ou un agent assermenté de l'éditeur qui serait là et qui vous dirait : « Non là, tu ne commences pas par le dernier chapitre, tu commences par le début, tu te tapes les 700/800 pages avant de savoir qui est mort ». Et puis, de la même façon, si tu veux relire une deuxième fois le livre, tu repasses à la caisse. Et pareil, si vous avez des lunettes, eh bien là, vous ne prenez pas vos lunettes habituelles, vous prenez les lunettes qu'on vous a vendues avec. C'est Big Brother.

Ça, c'est la première façon de voir les choses, c'est de se dire on ne peut pas contrôler ça, donc on ne le fait pas. Effectivement, c'est attentatoire aux libertés individuelles.

La deuxième chose, c'est que c'est de l'usage privé, on fait ce qu'on veut chez soi. Le deuxième point de vue, c'est justement de dire on fait ce qu'on veut chez soi, donc personne n'a à contrôler ces usages. À partir du moment où je me suis procuré ces objets, que ce soit un livre ou autre, j'en fais ce que je veux. Si je veux le prêter à quelqu'un, je le prête à quelqu'un. Si je veux le lire vingt-cinq fois, je le lis vingt-cinq fois.

Ce sont deux façons de voir les choses. C'est-à-dire, d'un côté c'est le respect des usages privés et de l'autre ce sont des usages qu'on ne peut pas contrôler. Il est essentiel de se positionner. Nous, je pense comme beaucoup de gens ici, voire la quasi-totalité, on estime que ce sont des usages privés qu'il ne faut pas contrôler. Eh bien, ceux qui produisent ces livres, ceux qui assemblent cette information, considèrent qu'à partir du moment où, techniquement, on peut contrôler ces usages, eh bien, on va le faire. Sauf qu'effectivement, dans la partie matérielle, dans l'ancien monde, on ne pouvait pas avoir un agent assermenté, chez soi, à demeure, qui vous contrôle vos usages. Mais est-ce que le numérique ne le permet pas ?

Prenez un DVD. Sur un DVD, vous avez des plages que vous êtes obligé de lire. Ça peut être des plages de publicité, ça peut être une plage où on vous dit que si vous faites une copie illégale de ce DVD, l'artiste ou le créateur va mourir dans d'atroces souffrances, etc. Enfin, ce sont des plages que vous ne pouvez pas zapper. Vous ne pouvez pas le faire techniquement, et même si vous pouviez le faire techniquement, juridiquement, ça vous est interdit.

De la même façon, on parlait des lunettes. Imaginez des gens qui téléchargent, qui achètent de la musique sur le site d'un célèbre opérateur américain qui commence par un « I ». Techniquement et légalement, vous ne pouvez pas convertir cette musique dans un lecteur de musique normal, de base. Vous êtes obligé de le lire avec l'outil fourni par ce même opérateur, qui commence également par un « I ». Vous ne pouvez pas techniquement convertir et légalement, c'est interdit.

Et c'est ça, le principe d'un DRM. Le principe d'un DRM, c'est un outil technique qui contrôle un usage privé. Pourquoi, quand vous achetez un DVD, que vous avez un DVD, vous seriez obligé, absolument, de vous taper une page de pub, une page de propagande des industries culturelles ? Non !

Ce contrôle d'usage s'appelle DRM. Mais comme c'est de la technique, comme c'est du logiciel, etc., c'est potentiellement contournable. Eh bien, ces gens-là ont eu la grande idée de faire la protection juridique contre le contournement de ce qu'on appelle des « menottes numériques », de ces DRM. L'idée étant voilà, les DRM sont là pour empêcher un certain nombre d'usages. Eux vous disent, en face, que c'est pour absolument respecter le droit d'auteur, etc., mais en fait c'est pour contrôler les usages. Mais comme techniquement on peut les contourner, on va, juridiquement, interdire leur contournement.

Et dans les combats qu'on a menés, qu'on mène, ce combat-là ça fait très longtemps, et on l'a pris très en retard. Quand je vous parlerai d'ACTA tout à l'heure, vous verrez que ACTA on l'a pris très en amont, et ça change radicalement les choses. Je vais vous faire l'historique très rapide du truc, pour dire que ça ne date pas que de quelques années.

Première chose, un DRM, si quelqu'un vous parle de DRM une prochaine fois, vous pouvez lui dire que c'est un dispositif de contrôle de l'usage. Le but d'un DRM, c'est de contrôler des usages privés, de manière à ce que demain, n'importe quelle action d'un utilisateur soit contrôlée et passe éventuellement à la caisse. Ce n'est en rien quelque chose pour sauver le droit d'auteur et les artistes. Non ! C'est pour créer une nouvelle rente. Donc, DRM égal « contrôle d'usage » pour le « numérique » de « verrou numérique ». Ça vient de 1996, OMPI.

Est-ce que quelqu'un sait ce que veut dire OMPI ? En France, on en a parlé tout à l’heure, il y a l'INPI [Institut national de la propriété industrielle]. Eh bien, c'est quasiment la même chose, l'OMPI c'est l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle. Et en 96, ces gens-là ont leur traité, le traité de l'OMPI dans lequel, dans l'article 6, de mémoire, un petit article dit, texto, que les États membres signataires de ce traité doivent prendre des mesures juridiques pour interdire le contournement des DRM. C'est un petit article, c'est en 96. En 96, moi j'étais encore étudiant, je n'avais même pas encore créé l'April, donc OMPI ! Jamais entendu parlé ! En 98, les Américains transposent ce traité, c'est le DMCA, Digital Millenium Copyright Act. Et déjà à l'époque, il y a des gens qui disent : « Attention, si on interdit le contournement des DRM quel que soit l'usage, on va au-devant de gros problèmes. » Par exemple, il peut y avoir des bibliothèques qui ont besoin de contourner des DRM. Une fois qu'un contenu est dans le domaine public, il n'y a plus de raison qu'on ne puisse pas y avoir accès. Il peut y avoir, par exemple, des personnes aveugles qui peuvent avoir besoin d'outils spécifiques qui contournent les DRM. Il y a un certain nombre de soucis mais pourtant, le truc est voté en 98 aux États-Unis via le DMCA [Digital Millennium Copyright Act].

Les Européens font la directive un petit peu après les Américains pour avoir, en 2001, la version européenne, qui s'appelle European Union Copyright Directive, l'EUCD, qui est votée en 2001. Et nous, à l'époque, pareil, toujours pas entendu parler de ce truc-là parce qu'on est sur un autre sujet, parce qu'on a d'autres choses à suivre. Et en fait, ce sujet va revenir vraiment dans le rétroviseur des gens, en tout cas dans l'actualité, fin 2002, avec la publication de l'avant-projet de loi de ce qui deviendra DADVSI, Droit d'Auteur et Droits Voisins dans la Société de l'Information. Enfin le projet de loi qui sera voté finalement en 2006, qui sera le premier projet de loi de la longue série des lois en I en France, DADVSI, HADOPI, LOPPSI, machin… Et ça c'est de 2002 à 2006. Et cette loi qui est au départ un objectif, entre guillemets, « DRM » se révèle, par justement, notamment, cette interdiction du contournement des DRM, hautement technologique et hautement nocive pour la technologie.

Je vais prendre juste un exemple pour vous montrer l'absurdité du truc. Un des DRM qui existe c'est celui qui est sur les DVD. Sur un DVD, il y a un DRM qui s'appelle CSS, Content Scrambling System. En gros, les informations sont pas vraiment… Bon, ce n'est pas un DRM très subtil. Et donc, vous avez des éditeurs qui fournissent des solutions propriétaires pour lire leurs DVD, et qui donc intègrent un mécanisme pour lire les DVD et donc décoder, en fait, ce DRM. Et dans le cadre du logiciel libre, il n'y en avait pas. Et il y a plusieurs personnes qui ont écrit un petit logiciel qui s'appelle DeCSS4, qui fait quelques lignes, qui vise à contourner le DRM CSS [Content Scramble System] pour permettre aux gens du logiciel libre de pouvoir lire légalement, enfin, bon allez, tranquillement, un DVD qu'ils se sont procuré. Avant la loi DADVSI, pas de souci, le contournement des DRM n'était pas interdit. Avec DADVSI, tout d'un coup, on pose la question au ministère de la Culture, à d'autres ministères, aux députés : « Est-ce qu'un utilisateur d'un logiciel libre comme VLC, comme Videolan, pourra lire un film sans être éventuellement poursuivi ? Est-ce qu'un éditeur d'une distribution de logiciels libres comme, par exemple, Mandriva en France peut, à partir de DADVSI, diffuser VLC sur son CD-ROM ? ». Eh bien, on n'a jamais eu de réponse. Jamais de certitude, plutôt « à priori ça serait illégal ».

Imaginez la difficulté que ça met pour le grand public. Parce qu'on peut se dire, pour le geek, à la limite, ce n'est pas très grave, parce que, techniquement qu'est-ce qui se passe ? C'est que, une fois que vous installez VLC, et que vous voulez lire un DVD, en gros, vous avez un message vous disant : « Vous devez télécharger la libdvdcss machin à tel endroit, et après vous pouvez lire votre DVD. » C'est vrai que pour les geeks, ce n'est pas un problème, on installe. Mais imaginez pour quelqu'un du grand public qui, tout d'un coup, vient de se mettre au logiciel libre, il a installé sa belle distribution ou vous lui avez installé sa belle distribution, et l'une des premières choses que fait la personne généralement, elle va sur Internet ; ça se passe bien ! Elle veut faire un petit CV ; ça se passe bien ! Et puis à un moment, elle veut regarder un film. Elle met la galette. C'était il y a quelques années, parce que maintenant, ça a un peu changé. Mais ça existe encore les galettes. Elle met la galette, et il ne se passe rien. Impossible que ça démarre ! Dans le meilleur des cas, ça démarre, mais il y a le fameux message « veuillez installer le machin pour contourner le DRM ». Je peux vous assurer que 99 fois sur 100, à chaque fois les gens ne l'installeront pas. Parce qu'ils n'auront pas confiance. On aura beau leur dire ne t'inquiète pas, ils n'auront pas confiance. Ils ne comprennent pas pourquoi pour lire un putain de film, il faut installer un logiciel de plus. Je vous le dis, les plus grosses critiques que j'ai eues sur le logiciel libre viennent de ma femme : « Ton truc, c'est chiant, à chaque fois que je veux écouter de la musique ou un film, ça merde ». Bah, oui, mais là il faut faire ça parce que sinon…

Et là, pour le grand public, c'est un frein incroyable. Et mettez-vous à la place d'une entreprise qui, par exemple, fait des distributions de logiciels libres qu'elle vend dans le commerce, comme Mandriva en France et qui, tout d'un coup, se dit OK ! On ne va peut-être pas aller chercher individuellement chacun des utilisateurs de VLC et de DeCSS, mais moi qui suis une entreprise, qui ai une adresse, qui vends dans le commerce, est-ce que je peux distribuer ce logiciel ?, comme Mandriva a décidé de prendre le risque. Et donc on voit comme quoi, en fait, un simple petit bout d'article peut mettre dans en danger à la fois les développeurs de logiciel libre, des utilisateurs, des entreprises. À tel point que nous, sur DADVSI, on avait fait un recours au Conseil d'État contre le décret, précisément, qui concernait, en fait, ce contournement précis. Le Conseil d'État nous a donné raison, tout en rejetant le recours, mais en disant que nous avions raison sur les questions d’interopérabilité, que les gens de VLC, etc., avaient le droit d'intégrer cette librairie. Mais pendant plusieurs années, pendant très longtemps, il y a eu une incertitude juridique présente.

DADVSI, c'est 2006. À l'époque c'était censé régler « le problème », entre guillemets, encore faut-il démontrer qu'il y a un problème, des artistes qui étaient en train de mourir, quasiment sous terre. Quelques années plus tard, ils étaient toujours en train de mourir ! Bon, ils ont la peau dure tout de même, il faut qu'en même le dire ! Donc on a eu HADOPI. HADOPI 1 et 2. Alors qui a entendu parler d'HADOPI ici ? Haha, ça je le savais, eh ouais, ça évidemment, HADOPI… Alors, c'est marrant, c'est que DADVSI a été pour beaucoup de députés l'élément déclencheur sur le logiciel libre, c'est-à-dire quand on est député, et HADOPI c'est l'élément déclencheur du numérique sur les marchés. Beaucoup de députés m'ont dit : « C'est la première fois que les gens viennent nous parler du numérique sur les marchés, et on parle d'HADOPI ». Parce qu'évidemment, dans HADOPI il y a la fameuse coupure de connexion.

Alors on pourrait penser qu'HADOPI ne concerne pas le logiciel libre. C'est autre chose HADOPI. Donc je ne vais pas énumérer les points négatifs de l'HADOPI, parce qu'on est à peu près tous d'accord là-dessus évidemment, sur le fait que ça soit une police privée, des preuves bidons, etc. Mais, ce qui m'intéresse plus, là, par rapport au logiciel libre, c'est l'impact que ça a sur le logiciel libre. Au départ, nous, on dit : « Oui, bon, c'est encore une connerie qu'on va vous faire, mais il y a d'autres acteurs qui sont limités, etc ». Sauf que, comme vous le savez peut-être dans HADOPI, vous avez une présomption de culpabilité, ce qui est aussi une révolution. C'est-à-dire que jusqu'à maintenant il y avait une présomption d'innocence en France. Avec HADOPI, c'est une présomption de culpabilité, et l'un des moyens de prouver à priori sa bonne foi, c'est d'installer « un logiciel de sécurisation de votre connexion internet ». Alors, je mets des guillemets à tous les mots parce que « logiciel », déjà, « sécurisation », « Internet », avec des spécificités, des spécifications qui n'étaient, évidemment, pas définies par la loi.

Et nous, la première question qu'on s'est posée c'est « bon, à priori HADOPI ne nous concerne pas, mais en même temps, bon, ça va nous concerner parce que ça sera dans la loi. Là, ils vont mettre en place un logiciel de sécurisation de connexion internet. C'est quoi ce truc-là ? Comment ça fonctionne ? Et puis, est-ce que ça va tourner sous environnement libre ? Est-ce que quelqu'un pourra en faire un logiciel libre ? Parce que nous, nous utilisons — par exemple moi, je n'utilise que des logiciels libres — pourquoi serions-nous obligés d'installer un logiciel propriétaire pour, éventuellement, ne pas pouvoir être accusé, et prouver notre bonne foi ?

Alors, on a posé la question et, évidemment, on n'a pas vraiment eu la réponse et deux ans plus tard, on n'a toujours pas la réponse, parce qu'il n’y a toujours pas de logiciel qui est labellisé par l'HADOPI. Là encore, on a dû s'occuper de ça, en tout cas s'intéresser à ce sujet-là, alors qu'au départ, cela ne nous concerne pas. Pas directement, ça nous concerne comme citoyens, mais pas comme logiciel libre. Donc ça, c'était en 2009. Bon, ils ont voté HADOPI 2 après.

Quelques images. Ce sont des pauses en fait. Des fois, on fait des pauses officielles, donc on fait des pauses images, pour aérer la présentation. Ça c'est 2005. Le monsieur qui est là c'est Richard Stallman. C'est une tentative de remise d'une pétition à Matignon à l'époque, où il y avait eu 170 000 signataires qui avaient signé cette pétition contre DAVDSI. C'était la plus grosse pétition avec signatures vérifiées de l'époque. Et là, en fait, il est dans le caniveau parce que nous avions un petit cortège de policiers qui nous a empêchés d'avancer.

Ça, ce sont d'autres personnes qui, contre les DRM, ont mené une autre action. C'est pour vous montrer les deux façons d'agir, parce qu'à la fin, je vais vous expliquer comment vous pouvez, éventuellement, agir. Enfin, comment on peut agir. Ça, c'est Stop DRM5. Eux, leur principe, il était double. C'était de faire des flash mobs. Ils faisaient des opérations ponctuelles, physiques, dans des lieux, notamment dans les FNAC, pour dire qu'en fait les DRM ça empêchait, en fait, les gens qui avaient une pratique normale et légale de la culture de pouvoir le faire tranquillement, sans avoir à y passer des heures. Moi, par exemple, je crois qu'il y a un moment où je vais dire aux gens de ne plus acheter de DVD à mes enfants, parce qu'à chaque fois, c'est l'enfer pour pouvoir faire tourner ce DVD, parce qu'à chaque fois il y a des trucs nouveaux qui apparaissent. Un jour, je vais leur dire de ne plus acheter de DVD, ne leur faites pas de cadeaux, ça ne sert à rien, et après ils galèrent comme un fou. Un fou !

Alors eux, ils faisaient des flash mobs, et puis, à un moment, ils ont été plus loin. Là, franchement, respect ! Eux, ils se sont dit « la loi interdit le contournement des DRM. Notamment, on ne peut pas utiliser un logiciel pour transférer une musique téléchargée, enfin achetée sur iTunes, vers autre chose qu'un iPod. On ne peut pas diffuser le logiciel qui fait ça ». Alors, il y en a un qui a été chez les flics, qui s'est dénoncé : « Moi, j'utilise ce logiciel ». Et un autre qui s'est dénoncé : « Moi, je fais encore plus, je l'utilise et, en plus, je le mets en ligne ». Et il y en a un troisième, alors je ne sais plus de quoi il s'est accusé, parce qu'en fait, comme il n'y avait pas de décision de justice, ils y ont été, eh bien cela a été rangé, enfin classé pour d'obscures raisons dont je ne me souviens plus, mais en tout cas, il n'y a pas eu de jugement sur ces pratiques-là, à savoir, est-ce que c'était légal d'utiliser ces logiciels et de les mettre en ligne. Voilà, ça c’était Stop DRM, ils sont un peu moins actifs maintenant, mais leur site existe toujours.

Et puis, cela, c'est l'avenir, c'est le passé, c'est ce qui vous attend, en fait. C'est, voilà, les berceuses, pour écouter pour la 45e fois la même berceuse. Vous savez, quand vous aurez des enfants. Qui a des enfants ici ?

[Rires]

Frédéric Couchet : Là, ce n'était pas pour une blague. Du coup, je ne vais plus vous poser de questions. Alors, ceux qui auront des enfants un jour, je vous assure, une grande caractéristique, c'est qu'ils ré-écoutent tout le temps la même chose, régulièrement. Alors, là, par exemple, il a trop écouté, donc il y a Mickey, donc Disney, on voit le petit Mickey qui est là. En fait, il dit : « Il faut passer à la caisse. » Alors pourquoi il y a une image de Mickey là ? C'est parce que Disney, aux États-Unis, est l'un des plus gros promoteurs de l'extinction des droits d'auteur, alors pour une raison très simple. Qui la devine ?

Public : Parce que ça ne va pas tarder à tomber dans le domaine public, non ?

Frédéric Couchet : En fait, non, parce qu'à chaque fois que ça ne va pas tarder à tomber dans le domaine public, ils augmentent la durée des droits d'auteur. Ce qui fait qu'en fait, aux États-Unis, on n'appelle pas ça la loi sur les droits d'auteur, on appelle ça la Mickey Mouse Copyright Act. Et c'est exactement ça, parce qu'effectivement, le jour où ça tombe dans le domaine public, eh bien tout d'un coup, Disney ou n'importe qui pourra faire de l'illimité.

Alors ça, c'était donc, les DRM. Alors, c'est toujours en cours, beaucoup moins sur la musique. Aujourd'hui, la musique, il n'y a plus de DRM sur les CD. Les DRM sur les CD, les gens de la musique ont compris que ça ne servait strictement à rien. Par contre les DRM existent toujours sur la vidéo, sur les DVD. Bien sûr, à chaque fois qu'il y a quelqu'un qui achète un DVD pour mes enfants, je souffre, mais ça existe aussi, évidemment, sur de la vidéo en ligne.

Évidement, aujourd'hui par exemple, à cause de DRM, il est très compliqué, voire quasiment impossible, d'accéder à des sites de VOD quand on est dans un environnement de logiciel libre. Il y a des sites auxquels on n'a tout simplement pas accès. Ça existe toujours, je pense qu'à un moment quand même, les gens vont peut-être comprendre qu'essayer de contrôler l'usage, ce n'est pas la meilleure façon de faire, mais ce n'est pas sûr !

Et puis, surtout, il y a une nouvelle menace qui arrive avec ACTA. Alors qui peut me dire ce que veut dire ACTA ? Sauf, non, tu baisses ta main [en s'adressant à quelqu'un dans le public, NdT]. De toute façon, quand je pose une question, tu ne lèves pas la main ! Est-ce que quelqu'un sait ce qu'est ACTA ? Alors ACTA, c'est un traité international qui est anti-contrefaçon, qui est en cours de signature. Et le point essentiel là-dedans, enfin il y a deux points essentiels. Le premier, c'est qu'évidemment, c'est pour aller encore plus loin dans la lutte, officiellement, contre la contrefaçon, mais surtout pour aller encore plus loin dans le contrôle, en fait, des usages. Par exemple pour ACTA, il y a de nouveaux les DRM. Les États sont encouragés, alors c'est dans une partie non contraignante d'ACTA, mais les États sont encouragés à mettre de plus en plus de règles juridiques pour empêcher le contournement des DRM. Je vais vous montrer une vidéo après, sur ACTA, qui, en deux minutes, vous explique les points essentiels de dangers. Et le deuxième point, c'est que c'est en cours de signature. L'OMPI, c'était quand ?

Public : Inaudible.

Frédéric Couchet : 96, voilà. C'est pour voir s'il y en a qui suivent ! Effectivement, 96 c'est l'OMPI qui a donné ensuite le DMCA aux États-Unis, l'EUCD en Europe, la DADVSI en France en 2006. Nous, on a pris ce sujet comme quasiment tout le monde, à l'époque, en 2002, quand le projet de loi DADVSI est arrivé, et on a passé quatre ans là-dessus. On l'aurait eu en 96, il y aurait eu des des gens qui se seraient mobilisés déjà en 96 — il y en a eu bien sûr — on aurait pu peut-être faire quelque chose.

ACTA

Sur ACTA, ce n'est pas encore signé. Donc ce n'est pas trop tard ! Parce qu'une fois que c'est signé, après, ça se passe dans chacun des États membres. Donc là, on a la possibilité d'agir avant même que le truc ne soit voté. Et c'est en ce moment parce que ça va être voté, enfin le Parlement européen va s'exprimer dans les semaines ou les mois qui viennent, donc soit d'ici la fin de l'année, soit début 2012. Et ACTA ne concerne pas que le numérique, il concerne aussi les plantes, il concerne aussi les médicaments.

Ce que je vais faire, plutôt que de vous expliquer tout ACTA, je vais vous montrer une vidéo qui fait deux minutes. Et ce que je vous demande, c'est qu'éventuellement, à la fin, la semaine prochaine, d'aller sur le site ACTA de La Quadrature6 et de l'envoyer à une ou deux personnes de votre entourage, la même vidéo qui fait deux minutes. Il s'agit de la diffuser. Parce qu'elle explique vraiment, pas dans le détail, évidemment, les problématiques, mais les points essentiels, et il y a un dossier qui permet d'aller plus loin. Je vous mets la vidéo, pour l'instant je ne vais pas mettre le son, parce que ça ne marche jamais, mais je vous encourage à l'écouter avec le son original en anglais, parce que c'est de l'anglais très simple, et surtout la voix de la personne qui fait la vidéo est très bien, elle est à la fois anxiogène et motivante. En plus, c'est un Français qui l'a faite, mais il parle en anglais. Elle est vraiment extraordinaire, je vais vous montrer la vidéo… Ah ! Ça, c'est l'effet démo !

Public : Pourtant, il n'y a pas de DRM. Il faut l'ouvrir avec VLC, peut-être.

Projection de la vidéo7 Sous-titres

Imaginez que votre fournisseur d'accès à Internet surveille tout ce que vous faites en ligne.

Imaginez que des médicaments génériques, qui pourraient sauver des vies, soient interdits.

Imaginez que des graines, qui pourraient nourrir des milliers de personnes, soient contrôlées et bloquées au nom des brevets.

Cela deviendra une réalité avec l'ACTA.

L'ACTA est l'Accord Commercial Anti-Contrefaçon. Déguisé en accord commercial, ACTA va beaucoup, beaucoup plus loin que cela.

Ces trois dernières années, ACTA a été négocié en secret par 39 pays. Pourtant, les négociateurs ne sont pas des représentants démocratiquement élus. Ils ne nous représentent pas, mais sont en train de créer des lois dans notre dos. Ils contournent nos processus démocratiques pour imposer de nouvelles sanctions pénales destinées à mettre fin au partage de fichiers sur Internet.

ACTA vise à rendre les services Internet en ligne et les fournisseurs d'accès légalement responsables des activités de leurs utilisateurs, faisant d'eux une police et une justice privées du copyright, censurant leurs réseaux. Les conséquences pour la liberté d'expression seraient terribles.

Au nom des brevets, ACTA donnerait à de grandes entreprises le pouvoir d'arrêter les médicaments génériques avant qu'ils ne parviennent à ceux qui en ont besoin et d'empêcher l'utilisation de certaines graines pour les semences.

Le Parlement européen votera bientôt sur ACTA. Ce vote sera l'occasion de dire non, une fois pour toute, à ce dangereux traité. En tant que citoyens, nous devons appeler nos élus à rejeter ACTA.

NON À ACTA

Renseignez-vous. Agissez. www.lqdn.fr/acta. Un film réalisé par Benoît Musereau. Script de La Quadrature du Net. Animation de Morgan Dupuy. Design de Marion Leblanc. Voix de Axel Simon. Musique de Mawashi 8. La Quadrature du Net. CC-By-SA 2011-10 http://lqdn.fr/acta

Frédéric Couchet : La vidéo parle des trois principaux problèmes avec ACTA. Elle n'évoque même pas la partie DRM, qui est une partie non contraignante. Donc voyez, ça ne concerne pas qu'Internet, ça concerne aussi des milieux différents, comme les médicaments génériques, les plantes. Donc, cette vidéo est traduite dans plusieurs langues, et il y a une version aussi beaucoup plus courte, sur chacun des différents points. Je vous encourage vraiment à la regarder et la diffuser largement.

Sur le lien qui est là, http://lqdn.fr/acta, vous avez également un dossier qui rentre plus dans le détail. J'insiste sur le fait que, sur ce dossier-là, on est vraiment au début de l'informatique de confiance. Il faut forcément qu'ils aient confiance dans quelque chose. Si ce n'est pas dans l'utilisateur, c'est forcément dans l'ordinateur de l'utilisateur. Alors quand j'entends ordinateur, voyez-le comme un terme très large. C'est à la fois un ordinateur comme ça, ce sont les nouveaux ordinateurs, ce sont les téléphones, enfin ce sont tous les trucs qu'on connaît. Ils sont tout à ranger dans la catégorie ordinateur.

Donc l'informatique de confiance c'est simple, le principe c'est « ils n'ont plus confiance dans les utilisateurs, donc nos ordinateurs ne nous appartiennent plus, ils en ont le contrôle. »

Il y a plusieurs principes derrière tout ça, mais, en gros, l'informatique de confiance, c'est l'idée que, à terme, chaque action, chaque usage, pourrait être contrôlé par des règles pré-établies, évidemment pas par nous, qui pourraient être mises à jour de façon automatique, et qui permettraient, par exemple, d'autoriser tel usage, d'interdire tel autre. L'idée étant véritablement que le contrôle des usages de l'ordinateur n'appartiennent plus à l'utilisateur, mais à une entité extérieure.

Je vais prendre un seul exemple, qui est relativement récent et qui peut être très problématique pour le monde du logiciel libre, c'est la nouvelle version du BIOS. Le BIOS, c'est ce bout de logiciel qui fait démarrer l'ordinateur, et qui, ensuite, démarre le système d'exploitation qui tourne derrière. Donc, il y a une nouvelle version du BIOS qui arrive, qui s'appelle UEFI, Unified Extensible Firmware Interface, et qu'on appelle aussi, enfin, que ces gens-là appellent aussi le secure boot. Alors, quand il y a le mot secure, il faut toujours se méfier, parce que, généralement, ce n'est pas pour nous la sécurité, malheureusement. L'idée n'est pas forcément si mauvaise que ça, au départ, c'est l'idée qu'en fait, au niveau carrément du BIOS, on pourrait décider que tel ou tel système pourrait, ou pas, démarrer. Que seul des systèmes approuvés seraient autorisés à démarrer. Et le problème, évidemment, c'est approuvés par qui ? Principalement par les promoteurs de ce truc-là, dans lesquels on retrouve Microsoft, évidemment !

Donc là il y a un combat pour créer une sensibilisation très importante, pour obtenir a minima, que l'utilisateur soit en pouvoir, en possibilité, de désactiver ce contrôle. Qu'il puisse de lui-même dire : « Moi je ne veux pas de contrôle à ce niveau-là. Je veux pouvoir installer n'importe quel ordinateur ». Et puis, aussi, à terme, trouver une solution pour que dans le commerce, quand on achète des ordinateurs, eh bien si on veut avoir du logiciel libre, que ce soit possible. Alors, c'est relativement récent, pour le moment il y a beaucoup de discussions, il y a des échanges techniques, etc. Mais c'est clairement un frein potentiel très important pour le logiciel libre si demain, effectivement, au niveau du BIOS, il y avait un contrôle pour savoir quel système allait démarrer, et surtout sur lequel l'utilisateur n'aurait pas accès.

Donc ça, tout ce qu'on reboucle sur Trusted Computing, « informatique déloyale » pour nous, eux, ils utilisent le terme « Informatique de confiance » : en gros, voilà, « on a confiance dans votre ordinateur, donc on aura confiance dans vos usages ». Et là-dessus, vous avez aussi une vidéo, vous cherchez sur un moteur de recherche « informatique de confiance _ vidéo », dans les premiers liens vous avez une vidéo qui doit faire trois minutes, qui est très bien faite, qui explique comment le contrôle est déporté de l'utilisateur, en fait, finalement, à l'extérieur de l'utilisateur. C'est une vidéo en anglais, mais qui a été sous-titrée.

Vente liée

Un autre danger, là, qui n'est plus du tout en rapport avec les DRM et tout ça, et le droit d'auteur, mais avec le droit de la consommation, qui est la vente liée ordinateur-logiciel, tout ce qu'on appelle également les racketiciels. Je vais expliquer pourquoi on appelle ça les racketiciels. Là aussi, vous avez une synthèse. Ça, c'est peut-être l'un des plus gros freins pour le grand public. C'est l'idée que quand vous allez acheter, quelqu'un va dans un magasin, grande distribution ou autre, acheter un ordinateur, celui-ci est pré-installé, à peu près tout le temps, avec un logiciel propriétaire, souvent Microsoft Windows, ça peut être Apple, mais en tous cas, il est pré-installé.

Alors ça pose un certain nombre de soucis. Le premier, c'est déjà le manque d'information d'alternative pour le public. Si la personne qui ne s'y connaît pas spécialement en informatique va acheter un ordinateur, et qu'il y a déjà un système d'exploitation qui est pré-installé, elle n'a aucune chance de découvrir qu'il y a éventuellement des alternatives, peut-être plus respectueuses de ses libertés, peut-être plus efficaces, plus utiles, etc.

Deuxième point, c'est qu'on est obligé d'acheter le tout. Vous ne pouvez pas dire à la personne, au vendeur « je ne veux que le matériel, mais pas le logiciel » ou le vendeur vous dira : « Oui, d'accord, mais dans ce cas-là vous payez quand même le tout ». La licence Microsoft n'est même pas utilisée. C'est pour ça qu'on appelle ça du racket, racketiciel. Et c'est illégal au regard du code de la consommation. Et comme beaucoup de choses, en fait, illégales, il y a des principes qui sont quand même tolérés par les pouvoir publics, depuis au moins dix ans. Ça fait quand même dix ans que ce sujet a été levé. Alors à l'époque, il y a dix ans, l'argumentaire des pouvoirs publics, c'était de dire : « Oui, mais il n'y pas d'alternative », car vous n'alliez pas donner du logiciel libre à du grand public il y a dix ans. Bon ! Pourquoi pas. Sauf qu'aujourd'hui l'alternative, elle existe. Il y a des tas de distributions de logiciels libres qui sont parfaitement utilisables par le grand public. Et la solution est relativement simple en plus ; la solution est pratiquée déjà dans le monde professionnel. C'est de permettre la pré-installation des logiciels, mais pas leur pré-activation. L'idée c'est de séparer la vente du matériel, pour un certain coût, et, à côté de ça, ce qui sera vendu en plus, ce qui serait vendu en plus, ce sont les codes d'activation qui permettraient, par exemple, d'activer le logiciel que vous voulez, qui est pré-installé. Ça, les professionnels le font déjà, par exemple. Nous, tout ce qu'on souhaite, avec d'autres, comme nos amis de racketiciels.info9, c'est que ce soit mis au niveau du grand public.

Ça fait dix ans que ça dure, il y a eu un projet de loi consommation il y a quelques semaines à l'Assemblée nationale, dans lequel il y a eu des amendements pour réaffirmer l'illégalité de ces pratiques, pour trouver des solutions pour ce qu'on appelle, l'optionnalité, c'est-à-dire pré-installation des logiciels, mais pas pré-activation. Et jusqu'à maintenant, le gouvernement refuse, pour des raisons qu'on décrira obscures, qui pourraient peut-être s'expliquer par la prédominance très forte de Microsoft dans nos instances qui refusent, pour le moment, d'agir. Donc ça, c'est aussi un autre combat. Et pour agir, d'une façon relativement simple, c'est que la prochaine fois que vous achetez un ordinateur, c'est de poser la question au revendeur, en disant « combien ça coûte les licences, là ? Combien j'ai de réduction, combien je ne paye pas si je ne prends pas telle et telle licence ? » Le sensibiliser à ces questions-là. Et sinon, vous avez une synthèse sur ces questions-là, à ce niveau-là.

L'autre action qui peut être utile et qui est un peu plus compliquée, c'est d'entamer les procédures de remboursement : racketiciel.info, vous avez une équipe, ce sont les gens de l'AFUL [Association francophone des utilisateurs de logiciels libres] qui s'occupent de ça, si vraiment vous voulez y aller, et il faut de la motivation pour y aller, mais je vous encourage à le faire, eh bien, c'est tout simplement d'aller entamer une procédure de remboursement. Vous voulez telle machine, mais pas avec ces logiciels-là, avant d'acheter, contactez-les pour savoir comment vous devez faire ça. Pour éviter, évidemment, de faire des erreurs lors de l'achat, ils vous diront exactement comment faire pour entamer une procédure de remboursement. Et la plupart des procédures de remboursement, à la fin, vous êtes remboursés ; ça peut aller jusqu'à 200 euros, voire plus. Et surtout, en multipliant ces actions de proximité, peut-être qu'effectivement, à ce moment-là, soit les pouvoirs publics bougeront, soit ce seront les fabricants ou distributeurs qui bougeront, en disant : « On en a marre, quand même, de se taper des procès ». Et il y a aussi l'UFC-Que Choisir qui mène des actions en justice à son niveau, contre notamment HP, Auchan et Darty. Ça, c'est un sujet vraiment important, et qui a au moins une dizaine d'années.

Lors des précédents projets de loi consommation, comme Luc Chatel, à l'époque, était ministre de la consommation et qu'il avait dit, en gros, qu'on pouvait trouver des ordinateurs nus ou avec des logiciels libres dans le commerce, ce qui, évidemment, m'avait fait pleurer, on lui avait fait pour Noël une petite carte postale, avec des icônes du logiciel libre, en disant : « Voilà, on veut des ordinateurs à poil, nus », même si ce n'est pas exactement dans les dépôts à la vente, mais on les lui avait envoyées, donc avec ces petits ordinateurs et on voit certains logos, sur leurs ordinateurs.

Les brevets logiciels

Les brevets logiciels. Alors ça, c'est une des plus grandes victoires des communautés du Libre, peut-être même la plus grande, sur la question des brevets, mais malheureusement, c'est un combat qu'il faut reprendre. Avant de faire, rapidement l'historique, juste, c'est quoi le problème ? Le logiciel, est géré, est régi, excusez-moi, par le droit d'auteur.

Le droit d'auteur, en gros, c'est un droit, c'est un monopole d'interdire. À partir du moment où vous avez écrit un logiciel, écrit de la musique, écrit un roman, un film, etc., vous devez donner aux utilisateurs, enfin indiquer aux utilisateurs, quelles libertés vous leur donnez. Parce que, par défaut, il n'y a pas de droits. Donc c'est un droit d'interdire, et après vous dites, par exemple : « Voilà, contre paiement de tel prix, vous avez le droit d'en faire telle chose et telle chose », ou, au contraire, dans le logiciel libre, vous dites : « Voilà, vous en faites ce que voulez, enfin, vous pouvez utiliser, dupliquer, etc. ».

Ce qui est essentiel dans le droit d'auteur, c'est qu'il régit l'expression des idées. Il ne régit pas les idées. Les idées sont considérées comme de libre parcours. Dans le roman, par exemple, alors je vais vous donner l'exemple du roman, mais le roman à l'eau de rose, par exemple, le principe même d'un roman à l'eau de rose, n'est pas protégé. N'importe qui peut écrire un roman à l'eau de rose. C'est la façon dont on va l'écrire qui va être régie par le droit d'auteur. Les idées en tant que telles ne sont pas régies.

De même dans le domaine informatique, ce n'est pas parce que quelqu'un, un jour, a fait un traitement de texte, ou rajouté une fonctionnalité à un traitement de texte, qu'on ne peut pas faire des traitements de texte. Le droit d'auteur s'applique sur la façon dont le traitement de texte est écrit. C'est le même droit d'auteur qui permet à Microsoft, par exemple, de faire des traitements de texte propriétaires, Microsoft Office, et c'est le même droit d'auteur qui permet aux gens du logiciel libre, de faire un traitement de texte en logiciel libre, en licence libre. La base est la même. Ça s'applique uniquement sur l'expression des idées. Le principe du brevet logiciel serait de passer du niveau de l'expression des idées aux idées. Et donc, en gros, le premier qui dépose une idée, pas forcément très intelligente d'ailleurs, la plupart des brevets qui sont déposés, notamment aux États-Unis, ne sont pas spécialement intelligents, pourrait, en fait après, mettre un droit de passage à toute personne qui voudrait écrire un logiciel qui implémente cette idée. Aux États-Unis, par exemple, il y a eu un brevet pendant des années sur le one-click shopping.

[L'organisateur fait un signe à l'orateur.]

Frédéric Couchet : Dix minutes, cher ami ? Mais ce n'est pas possible, on m'a raccourci ? Ah d'accord, alors je vais devoir accélérer. D'accord.

Et donc, en fait le principe du brevet est également de créer des monopoles sur des idées ; il est, en gros, favorable aux grands acteurs qui ont des moyens, qui auraient les moyens de déposer des brevets sur des tas d'idées plus ou moins intelligentes et ensuite, à chaque fois qu'il y a un concurrent qui arrive, il va le faire exploser sur le champ de mines des brevets.

En 2005. Alors je vais passer, pof pof, j'accélère, attention. En fait, il y a une directive européenne qui a été rejetée en 2005, elle est arrivée à partir de 99, tout à l'heure je disais 98, début de la Commission. En 99, il y a cette notion de brevet qui est arrivée. En 2003, le Parlement européen amende la directive brevets, pour remettre, pour réintroduire, dans les faits, les brevets logiciels en Europe. Mais la Commission, qui est très favorable aux brevets, revient, et en 2005 les députés rejettent cette directive. Donc on se dit : « Super, on est de retour au droit d'auteur, etc. » Sauf qu'en fait, non, parce qu'avec le brevet unitaire, je vais passer les petites images, c'est dommage, avec le brevet unitaire qui vient d'arriver, cette année, ça pourrait être le retour du brevet logiciel. Et le brevet unitaire, il va être voté bientôt, pareil que ACTA, donc là je ne vais pas vous montrer la vidéo10, parce qu'elle fait 14 minutes, mais quand vous aurez 14 minutes devant vous, vous regardez la vidéo, et vous aurez compris ce qu'est le brevet unitaire déjà, ce qui n'est pas inintéressant, et pourquoi ça permettrait, éventuellement, le retour des brevets logiciels. Et ça, c'est un combat, aujourd'hui, dont personne ne parle. Beaucoup de gens, dans la presse, parlent des guerres de brevets entre Samsung et Apple, je sais pas si vous avez suivi, et personne ne parle, en fait derrière, de l'arrivée du brevet unitaire. Donc vraiment c'est un sujet très important.

Comme on vient de me signaler qu'il ne me reste que dix minutes, il va falloir que je taille dans les sujets. Donc ça, ah oui, on vient de refaire un t-shirt anti brevet logiciel, que je porte, avec le gnou fou. On va passer. Donc ça, je vais passer. Je vais passer plutôt à « agir », ce n'est pas très grave.

Qu'est-ce qu'on peut faire ? Concrètement, parce que là, on se dit, quand même, ça parle de brevets, de DRM, d'ACTA, de sigles absolument imbitables, pardon. Comment on peut agir ? Alors. Je passe, tac, carrément. Je vais vous résumer les cinq slides d'avant en dix minutes.

Ce qui a radicalement changé les choses, au niveau politique, en quelques années, c'est que les politiques ont pris conscience que dans le processus d'élaboration normatif, législatif, il y avait un nouvel acteur. Il y a des nouveaux acteurs, qui étaient les informaticiens, les gens qui utilisent le réseau, qui utilisent Internet. Jusqu'à maintenant, les lois étaient principalement faites par des députés, par des lobbies, par les juristes, par le gouvernement évidemment. Donc par des gens, en fait, dont c'est quasiment, on va dire entre guillemets, le métier. Et avec DADVSI, avec les brevets logiciels, avec tous ces combats, des gens comme vous et moi, c'est-à-dire des gens qui sont là pour défendre avant tout leur liberté soit d'utiliser les logiciels libres ou pour les développer, sont intervenus dans ces processus. Et ça, c'est essentiel, c'est qu'ils ont commencé à le prendre en compte, de savoir qu'il y avait une expertise technique qui était à leur disposition.

Et donc, importance d'agir envers ces responsables politiques, à la fois au niveau national et au niveau local.

Agir

Une façon d'agir, c'est de diffuser, déjà, de l'information sur le logiciel libre. Donc diffuser, par exemple, des outils sensibilisation. Nous par exemple, on a fait depuis pas mal de temps maintenant, quelques années, beaucoup d'outils de sensibilisation sur différents sujets. Logiciels libres et monde éducatif, logiciels libres, des guides, des flyers, etc. Donc diffuser des logiciels. Là, par exemple, c'est une affiche dans le domaine de l'éducation. À Paris, en ce moment, il y a le salon de l'éducation, et cette affiche est diffusée. Alors en plus, aujourd'hui il y a un tracking de Microsoft, qui a invité les inspecteurs de l'Éducation nationale sur son stand, donc il y a aussi une opération. Donc ça, c'est une affiche qu'on met dans les salles de profs, par exemple.

Ça c'est le flyer dont je vous parlais tout à l'heure, qui explique ce qu'est le logiciel libre ; ça c'est un flyer qui explique un petit peu le fonctionnement, les allers-retours, entre logiciels, utilisateurs et développeurs. Ils sont tous sur le stand de l'April si vous en voulez, il n'y a aucun souci.

Ça c'est un guide qu'on a fait, 26 logiciels libres. C'est un livre en couleur, papier, du vrai, bible. Donc là aussi, le diffuser.

Ça c'est la première action, c'est diffuser du logiciel libre, en parler, de manière à ce que les gens soient informés, les gens les utilisent.

Ça je passe.

Et puis il y a l'action de contacter son député, son sénateur, son représentant quel qu'il soit. Alors je voudrais démystifier ici l'idée que c'est compliqué et que ça ne sert à rien. Ce n'est pas compliqué et ça sert vraiment à quelque chose. Je vais juste finir là-dessus.

Public : Même pour les régions ?

Frédéric Couchet : Même pour votre région ! Même pour votre région, même aller voir Éric Ciotti [député des Alpes-Maritimes, NdT], même aller voir les compagnies. Je vais finir quand même. Pourquoi contacter son député ? D'abord, pour faire entre sa voix. Votre voix, à vous. Parce que vous estimez que vous êtes concerné par un sujet. Pas simplement parce que les gens vous le demandent. Parce que vous êtes concerné. Mais aussi pour faire entendre, pour relayer la voix du futur, comme l'April ou autre, qui disent, à un moment, on a besoin que des gens, en local, aillent voir leur député, parce que ça marche. Le fait que les gens d'une circonscription vont voir leur député, ça a un effet.

Alors le plus simple à faire, c'est d'envoyer un courriel. Et là, je vous donne, entre guillemets, le « manuel », qui est prêt, dont la description est relativement simple, même si dans la pratique, c'est un peu moins évident. Alors c'est un, savoir qui est votre député. Qui sait qui est son député ici ? Alors beaucoup de gens ne savent pas qui est leur député. Alors déjà, renseignez-vous pour savoir qui est votre député. Alors si par malheur vous avez Éric Ciotti comme député, bon, c'est plus difficile. Mais bon !

Pour le pacte, dire qui vous êtes. Dire pourquoi vous le contactez. Parce que c'est votre député dans cette circonscription, parce que vous êtes concerné, parce qu'il vous est arrivé telle chose. Sur les exemples que je vais vous montrer juste après, pour finir, la personne parle de vente liée, mais elle ne parle pas de vente liée comme l'April en parlerait, elle parle de la vente liée en disant : « J'ai voulu acheter un ordinateur, j'ai eu tel et tel problème ». Donc dire qui vous êtes, et pourquoi vous le contactez.

Citer le projet de loi. Les députés sont des gens très occupés, qui ont relativement peu de projets de loi au quotidien. On rigole souvent, ou les gens rigolent souvent en disant qu'ils sont cinq ou six, voire une dizaine dans l'hémicycle, quand ils votent des amendements. Mais c'est normal. Vu la charge de travail qu'ils ont ces gens-là, c'est juste normal. Par contre, à chaque fois de dire clairement quel est le projet de loi concerné, pour que le député sache, immédiatement, un, s'il est concerné directement, ou, éventuellement, transfère l'information à quelqu'un d'autre.

Dire quel est le problème. Éventuellement proposer une solution. Ça, ils aiment beaucoup quand on propose une solution, c'est quand même plus simple pour eux, quand il y a un problème, il y a une solution. Et lui dire que vous parlez en votre nom, c'est-à-dire pas de leitmotiv, pas de diffusion de leitmotiv, ça ne sert à rien. Il vaut mieux prendre un peu de temps à adapter son discours, éventuellement le faire relire par des gens, par mail ou sur IRC, on est souvent disponibles pour ça, mais vraiment, que ce soit un message personnel. Et le point essentiel, ne jamais se décourager si vous n'avez pas de réponse, parce que peut-être qu'un jour vous aurez une réponse. Ce n'est pas parce que le député ou la députée ne répond pas, qu'il ne lit pas. Nous-mêmes, il nous arrive des fois d'envoyer des messages pendant des mois à des députés et de n'avoir jamais de réponse, et puis des fois vous avez la chance que ça marche.

Alors je vais finir par un exemple. Ça, c'est un message sur la vente liée, qui a été envoyé juste au moment du projet de loi consommation par quelqu'un qui est en Bretagne, si je me souviens bien, à son député. Et on voit ce qu'elle suit, vous voyez, elle se présente, elle rappelle clairement qu'elle est en fait dans la circonscription, elle dit ce qu'elle fait, elle parle du projet de loi qui est le projet de loi sur la protection des consommateurs, elle décrit exactement son problème qu'elle a appréhendé, elle. Elle propose la solution qui est l'optionnalité, puis les salutations d'usage.

Elle a reçu une réponse de la députée qui lui a dit : « J'ai bien reçu votre message, de… ». On était sur IRC tous les deux, je lui ai dit textuellement qu'elle n'a rien à perdre, au moins elle t'a répondu. Quelques semaines plus tard, la députée posait une question parlementaire au ministre, ça tombait bien en l’occurrence, elle a posé une question parlementaire sur ce sujet-là. Donc ça marche.

Des fois, effectivement, vous n'aurez pas de réponse, mais peu importe, il ne faut pas hésiter à contacter son député ou sa députée. Commencez par mail si ça vous parait moins impressionnant et puis après, ce qui est le plus efficace, c'est quand même un coup de téléphone : la parole c'est plus physique, direct, donc plus efficace.

Vous verrez sur les slides, pour ceux que ça intéresse, j'ai mis des liens qui aident à contacter ses députés, soit à les identifier, soit à savoir quel projet de loi ils travaillent ou ils vont travailler, les amendements qu'ils ont votés. Là, par exemple, vous avez le mémoire politique. Là, vous avez deux sites très bien qui sont Nos députés11 et Nos sénateurs12, très efficaces aussi, et vous les verrez sur les slides. Et puis, je vais juste finir. J'ai deux minutes ? OK.

L'an prochain on va avoir besoin de vous, de chacun d'entre vous. L'an prochain, vous le savez sans doute, il y a des élections. L'élection présidentielle et les élections législatives. En 2007, on avait lancé candidats.fr. Notre idée était de permettre, en fait, d'avoir un outil de sensibilisation des candidats lors des élections ; non pas des élus, mais des candidats. Donc, pour la partie présidentielle, on avait fait un gros questionnaire d'une quarantaine de pages qu'on avait envoyé à l'ensemble des candidats et les huit premiers candidats ont répondu à ce questionnaire, point par point. L'idée était qu'on mette des questions très précises. La réponse la pire, la seule réponse vraiment négative, c'était celle de… notre président. Mais c'était très intéressant dans le sens où un, il a répondu effectivement des horreurs, en fin de compte, et qu'il les a mises en œuvre après. Vous rigolez, mais au moins, on a un document de l'époque, clairement, il annonçait la couleur et il a fait ce qu'il annonçait. Et à la limite, par rapport à un homme politique, c'est un fait sur l'intégrité et surtout voilà, ceux qui ont voté OK sur la partie numérique, qui ont lu son son bilan, ça à quoi ça sert.

Le but en 2012, évidemment, c'est de faire exactement la même chose pour l'élection présidentielle, on n'aura pas de gros soucis car, comme en 2007 ça a très bien marché, on va reprendre le même principe. Par contre, là où on va avoir besoin d'aide, c'est sur les législatives. 577 députés, à peu près 20 candidats par circonscription. Et même là, on veut tous les contacter si possible. Alors non pas avec un document de quarante pages, juste avec un petit document, qu'on appelle Le Pacte du logiciel libre qui explique, en gros, pourquoi le logiciel libre est important, et on vous demande de le prendre en compte lors de vos prochains travaux législatifs. À l'époque, en 2007, il y avait plus de 7000 candidats ; plus de 500 personnes avaient participé, c'est-à-dire avaient été voir les candidats, dans les circonscriptions, pour leur parler et aujourd'hui on a 76 députés qui sont signataires du Pacte, qui sont à l'Assemblée nationale. Et lors des récents projets de loi, consommation ou autre, les députés qui sont intervenus sur nos sujets, sont majoritairement des gens du Pacte. Donc ça marche aussi. Par contre, évidemment, en 2012, il faudra à nouveau aller voir les candidats. J'insiste sur le fait que même, même Nicolas Sarkozy, s'il est candidat, il faudra aller le voir.

Alors une action par exemple très simple, qu'il sera facile de faire en 2012, si vous cherchez où sont les candidats lors d'une élection, c'est facile, vous faites les marchés, la sortie des écoles. Et généralement, ils ont un tract. Alors quand ils vous donneront un tract, vous leur donnerez un Pacte, tout simplement que vous aurez préalablement imprimé. Donc, le site c'est Pcandidats.fr13. La campagne sera sans doute lancée début 2012. C'est vrai que, normalement, il faut déjà attendre que les candidats soient déclarés avant de les contacter, ce sera beaucoup plus simple. Et sur la plate-forme, vous trouverez l'ensemble des candidats. Donc on a accès, en fait, à l'ensemble des candidats pour les contacter. Ça c'est le Pacte.

Et puis, si vous voulez, vous pouvez faire une dernière action justement là-dessus. C'est bientôt Noël, alors plutôt que de faire profiter vos amis des cadeaux culturels ou autres, des cadeaux « à la con » qui ne servent à rien, etc., vous pouvez aller sur enventelibre.org14, commander des cadeaux qui seront partageables. Alors, ça peut être des t-shirts, ça peut être des cédéroms de logiciels libres, plein de trucs sur enventelibre.org, au moins ça permettra de faire des cadeaux qui sont partageables, une image c'est un cadeau qui est non partageale.

Et dernier slide, je ne sais pas si vous connaissez la citation de Gandhi qui est très souvent utilisée : « D'abord, ils vous ignorent… », ça c'est, on va dire, jusqu'en 95-96-98, le Libre, personne vraiment ne s'y intéressait à part, évidemment, ceux qui en faisaient, mais en gros, c'était ignoré par la plupart des gens. Après, c'était tous les repris, genre : « Oui, bon, ça ne marchera jamais ; c'est des trucs de geeks ; c'est des gens qui ne parlent pas affaires, etc. » À partir de 98, des gens se sont battus, et il y a beaucoup de gens qui pensent que le Libre est là, que le Libre a gagné. Je vous assure, on a gagné beaucoup de choses sur ces dix dernières années, mais on a perdu aussi beaucoup des libertés individuelles, et tous les combats que je vous ai cités tout à l'heure, que ce soient les brevets, la vente liée, les DRM, ACTA, tous, ils peuvent avoir un impact négatif sur les logiciels libres, voire totalement destructeurs. Si demain les brevets logiciels sont validés en Europe, ça peut être très grave pour les développeurs de logiciels libres. Si ACTA est voté, pareil. Donc, on est toujours dans cette partie de combat pour défendre nos libertés à la fois d'utiliser et de développer des logiciels libres.

Donc si vous voulez plus d'infos, le site de l'April, mon mail en cas de questions ultérieures, j'y réponds assez rapidement, et puis si vous avez des questions maintenant, je crois que je peux en prendre deux ou trois. Oui ? D'accord, donc OK, si vous avez quelques questions ou remarques, écoutez, c'est à vous.

[Applaudissements]

Nylnook, le gentil lutin écolo-dessinateur

Framablog - sam, 05/08/2017 - 07:03

Cet été, nous vous proposons une série d’articles sur les dessinateur-ice-s libristes.

Nous vous avons déjà parlé de David Revoy. D’autres artistes talentueux partagent leur travail graphique sur Internet. Et certains en vivent !

C’est Camille Bissuel qui inaugure cette respiration estivale, à l’occasion de la sortie du premier épisode de sa BD Mokatori.

Nous avons craqué pour son style graphique, mais aussi pour son bagout.

Bonjour Camille. Est-ce que tu peux te présenter ?

Photo par Elisa de Castro Guerra

Alors, je suis un Camille (♂), 33 ans, illustrateur et graphiste, je travaille de chez moi, dans les Hautes-Alpes, près de Gap. Mon pseudo est Nylnook, le nom d’un petit lutin du pôle nord que j’ai imaginé.

Dans mes activités libristes, j’ai participé à l’écriture de quelques livres avec Flossmanuals Francophone. J’utilise des logiciels libres exclusivement pour mon travail depuis que je suis devenu indépendant en 2008 : par exemple Krita, Inkscape, Scribus, Blender, et beaucoup d’autres… Il m’arrive de former des gens à ces logiciels, et je publie mes travaux personnels sous licence libre également (souvent la Creative Commons by-sa).

 

Tu sors le premier épisode d’une belle BD sur le réchauffement climatique.  Tu es militant écolo ?

Je n’ai pas l’impression d’être très pénible sur ce sujet avec mes proches ou avec les gens que je rencontre, mais oui je suis convaincu qu’il y a vraiment du boulot sur l’écologie, comme sur celui du libre ! Et c’est devenu le sujet de beaucoup de mes travaux artistiques. Donc je dois être une sorte de militant pervers qui ne va pas vous baratiner ou vous reprocher de ne pas avoir éteint la lumière, mais qui avance un peu caché pour vous montrer des images choquantes de notre futur ! Ça m’est venu en auto-construisant ma maison, j’ai été forcé de comprendre l’ampleur des dégâts.

La différence avec le militantisme pour (grand sac) le logiciel libre, la culture libre et la vie privée numérique, c’est l’urgence. Si dans 100 ans, tous le monde n’est pas passé sur Linux, ce sera dommage, mais on devrait survivre. Si on est plus capable de s’auto-héberger ou de rester anonyme sur Internet, ça sera déjà plus embêtant. Mais pour le changement climatique, si on ne fait rien de radicalement différent avant 2020, dans moins de 3 ans, on est sûr que le réchauffement dépassera 2°C. Et la plupart des gens n’ont aucune idée de ce que cela signifie. Désolé chers libristes, oui c’est plus grave que d’utiliser Gmail. D’où la BD, que j’ai titrée « Mokatori », le mot pour changement climatique chez les indiens d’Amazonie. Mais je ne suis pas sûr d’avoir fini tous les épisodes prévus d’ici là, alors il ne faut pas compter que sur moi !

Ah oui, au fait, la BD en question est là :

Et l’épisode précédent, l’introduction, si vous l’avez raté, c’est ici : http://nylnook.art/fr/bd/mokatori-ep0-la-fin/

En tout cas c’est à la fois très élégant et hyper documenté. À mon avis Gee est devenu accro instantanément. Tu as une formation scientifique ?

Merci pour les compliments, j’espère bien que Gee succombera à la tentation, comme pleins d’autres geeks. ;)


Non, je n’ai pas de formation scientifique, sauf si on compte les sciences humaines, car j’ai fait des études de philosophie avant de devenir graphiste. Mais par contre je me suis bien tapé l’intégralité du 5ème rapport du GIEC, et j’ai lu beaucoup de livres sur le sujet depuis fin 2014, quand le projet est né dans ma tête.
Si je ne dois citer que trois livres à lire sur le changement climatique je dirais « Voyage à travers les climats de la terre » de Gilles Ramstein, « L’âge des low tech » de Philippe Bihouix, et « Vandana Shiva pour une désobéissance créatrice » de Lionel Astruc. Bon ok, ils ne sont pas libres, mais ça vaut vraiment le coup. ;)

Qu’est-ce qui t’a amené au dessin ? Comment as-tu appris ?

Je dessine depuis tout petit, ça m’a toujours plu. Et puis j’étais timide, je ne faisais pas beaucoup de bruit, ça me convenait bien. J’ai appris en extra-scolaire dans les MJC, en prenant des cours de modèle vivant le soir aux Beaux-Arts, et je continue à le faire près de chez moi, c’est le meilleur exercice que je connaisse. Et devenir illustrateur (en 2013), ça permet de beaucoup pratiquer, et c’est surtout ça qui compte !


Après je ne me lève pas le matin avec un crayon à la main comme certains dessinateurs, je n’ai pas ce rapport fusionnel au dessin mais c’est quelque chose que j’aime et que je veux continuer à faire.

Des sources d’inspiration ? Des artistes qui t’ont donné envie de les égaler ? (on a noté les hommages à Franquin et au Douanier Rousseau)

Et bien David Revoy bien sûr, parce qu’il partage tellement ses astuces que c’est difficile de ne pas s’en inspirer au moins un peu ! D’ailleurs j’ai trouvé mon style BD quand j’ai arrêté d’utiliser ses brosses et que j’ai fait les miennes. ;)
Mais je crois que c’est surtout tous les auteurs de BD que j’ai lus et les films que j’ai vus. Dans l’Olympe il y a Franquin, Moebius, Miyazaki, Keith Haring, Loisel, Terry Pratchett, Tolkien, Franck Herbert, Terry Gilliam et George R. R. Martin. Dans les auteurs actuels Massimiliano Frezzato, Jean-David Morvan pour ses scénarios et les auteurs de l’OuBaPo. Les techniques de Jason Brubaker m’ont aidé aussi. Mais la liste est trop longue, presque tout est inspirant !

Pourquoi publier sous licence libre ? Est-ce que cela est lié selon toi à ta démarche de sensibilisation à l’écologie ?

C’est sûr que choisir une licence Creative Commons by-sa et publier gratuitement ou à prix libre, c’est aussi pour ne pas mettre de frein à la diffusion et encourager à faire passer le message.
Je crois qu’il y a deux raisons principales :
La première c’est que personne n’est vraiment original quand il fait de l’art : consciemment ou inconsciemment on copie toujours les autres pour refaire à notre main. Ou on détourne le travail d’un autre, ou fait le contraire du travail d’un autre. Donc si je copie, je ne me permets pas d’essayer d’empêcher les autres de me copier. D’ailleurs quand on sait qu’Internet est une machine à copier mondiale, on abandonne tout de suite le combat. ;)
La deuxième c’est que je veux être lu et que je respecte la liberté et le porte-monnaie de mes lecteurs, donc je ne vais surtout pas leur interdire de donner une copie à leur voisin ! Dans ma petite expérience le droit d’auteur ne rapporte quasiment rien, des solutions comme le financement participatif et surtout le mécénat participatif (Patreon, Tipeee, Liberapay) me semblent beaucoup plus adaptée à l’ère numérique. Alors autant mettre les choses au clair avec une bonne licence libre.

 

Est-ce que tu arrives à vivre de ton art ou est-ce que tu as un vrai travail sérieux à côté ? :)

Et bien, puisque vous en parlez, j’ai une page Tipeee et une page Liberapay, à vot’ bon cœur. ;)
Non je n’arrive pas à vivre de la BD, loin de là, mais par contre je vis de mon travail d’illustrateur indépendant, en faisant aussi des travaux de graphisme, de la formation professionnelle, et que je suis parfois modèle vivant. Bref, si je ne roule pas sur l’or je fais ce que j’aime !
La BD, je l’avance sur les temps libres, quand je n’ai pas de contrat sur mon temps de travail, car je suis jeune papa aussi et donc le soir et les week-ends sont pris.
Ça explique aussi pourquoi je voulais publier cet épisode 1 en janvier et que je le publie en août… Merci infiniment à mes patients tipeurs !

 

Parlons technique. Comment dessines-tu ?

J’ai une technique très spéciale qui consiste à utiliser un crayon. ;)
Non, souvent c’est le stylet de la tablette graphique, je fais presque tout en numérique, sauf quand je fais des exercices en technique traditionnels ou que je veux faire des croquis et que je n’ai pas de tablette sous la main.
J’ai donc un ordinateur sous Linux (distribution Antergos, Archlinux pour les humains), Gnome, une tablette graphique Wacom, et le stylet que je préfère c’est le Art Pen, car il supporte la rotation, donc on peut dessiner facilement des pleins et des déliés, que j’utilise abondamment dans mes encrages (les traits noirs). Le logiciel pour dessiner c’est Krita. J’utilise Inkscape pour les bulles, le texte et les quelques graphiques, et un script bash maison pour assembler les pages et en faire des ebooks. J’ai fait un petit tutoriel à ce sujet.
Occasionnellement je fais quelques décors en 3D avec Blender. J’ai un trait large, semi-réaliste, qui est la plupart du temps noir mais que je peux inverser en blanc ou exceptionnellement mettre en couleur. De plus je rajoute des textures à ma couleur pour des effets de matière qui cassent l’aspect trop lisse du dessin numérique.

D12 à Paris, le samedi 12 décembre 2015 : la manifestation des militants pour la justice climatique à la fin de la COP21, d’après des photos de Adriana Karpinska et de Camille Bissuel. Ces anges se font appeler des gardiennes du climat.

On peut te suivre quelque part ? Un blog, les réseaux sociaux ?

Mon site web, qui contient un blog (et des flux RSS), mes BD, un portfolio de mes illustrations.
Pour les réseaux sociaux, et la newsletter, tout est résumé ici : http://nylnook.art/fr/suivre/
J’essaye de poster un peu partout, surtout sur le web libre (Framasphere et Framapiaf depuis peu) mais le plus sûr si vous voulez ne rien rater c’est quand même le site web, les flux RSS et la newsletter. ;)

 

Et comme d’habitude sur le Framablog, on te laisse le mot de la fin.

Alors merci pour cette interview, c’est un honneur d’être sur le Framablog, j’espère que vous aimerez la BD, que vous la diffuserez pour sauver notre monde (rien de moins), et que vous m’inonderez de commentaires. ;)
Si je peux faire mon militant chimère libriste/écolo je dirais « La route est longue, mais la voie est libre, et n’oubliez pas de planter des arbres sur le chemin… »

 

Développement du logiciel libre, d’abord une affaire de sciences humaines - JP Mengual

APRIL - mer, 02/08/2017 - 08:23


Titre : Et si le développement du logiciel libre était d’abord une affaire de sciences humaines ?
Intervenant : Jean-Philippe Mengual
Lieu : Rencontres Mondiales du Logiciel Libre
Date : Juillet 2017
Durée : 34 min 45
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim

Description

Les défenseurs du logiciel libre trouvent souvent leur adversaire dans ceux promouvant les licences privatrices, les formats fermés, les réglementations, etc. Ils admettent une difficulté à communiquer auprès du grand public mais l’effort qui est pratiqué s’essouffle souvent trop vite. La seule distribution qui a commencé à ouvrir le libre au public a été fondée par un entrepreneur.

Mais à bien regarder certains dossiers clés (accessibilité par le logiciel libre, quelques migrations), il est facile de découvrir que la difficulté du libre pour s’étendre est d’abord une affaire de sciences humaines. Incapacité à se définir comme facteur d’inclusion, à rassurer les néophytes, à leur offrir des solutions à leurs attentes consuméristes, comment le libre peut-il mieux prendre en compte ces réalités ? Quel rôle doit avoir le lobbying politique face à la recherche en psychologie, voire psychologie des organisations ? Comment aller chercher de nouvelles forces pour promouvoir et pas seulement montrer un savoir-faire (exemple de Véronique Bonnet) ?

Transcription

Bonjour à tous et merci d’être là. Effectivement le sujet du jour va être de s’interroger si le développement du logiciel libre, d’un point de vue plus large que ce qu’il n’est aujourd’hui, ne serait pas tout simplement une affaire de sciences humaines.

Il n’y a pas de slides effectivement là-dessus, de nouveau, parce que je le fais en mode un peu plus proposition de théories à analyser ensemble. J’ai quand même apporté cet ordi pour vous montrer un ou deux exemples d’interfaces qui, justement, sont vachement bien pour le grand public, vous allez voir pourquoi.

Pour commencer, je dirais que le logiciel libre, au départ, il ne faut pas oublier que c’est un projet d’abord éthique selon notre ami Richard Stallman ; liberté, égalité, fraternité, [Jean-Philippe prononce cette expression en imitant l’accent de Richard Stallman], c’est important quand même ces concepts. Pour autant, il n’a pas empêché d’attirer des techniciens, beaucoup de techniciens, les gens qui font du Unix, les gens qui font du développement, les gens qui font de l’administration système, c’est à eux que Linux parle aujourd’hui, GNU/Linux ou Linux parle aujourd’hui. Et c’est tellement vrai que ce sont les techniciens qui ont pris le relais là-dessus, qu’aujourd’hui on ne parle même plus vraiment de logiciel libre dans le monde professionnel mais d’open source. Vaste débat sur lequel on ne va pas revenir, mais l’open source c’est effectivement une prédominance technique plus, justement, qu’un problème éthique. Prière de ne pas faire la confusion, [Jean-Philippe prononce ces mots en imitant l’accent de Richard Stallman]. Donc ça c’est important pour Richard aussi ce problème-là.

Donc il a été créé par les techniciens, il vit par beaucoup de techniciens quand même aujourd’hui et le résultat c’est qu’on remarque une chose, un phénomène quand même assez extraordinaire, c’est que, maintenant, ce n’est plus tellement un problème du libre qui est en train de se poser, c’est un problème de cloud. C’est-à-dire qu’aujourd’hui tous les clouds sont du logiciel libre, enfin beaucoup en tout cas, de clouds sont du logiciel libre, à part les clouds de nos amis Microsoft et Apple, mais dans l’ensemble beaucoup de clouds sont en logiciel libre. Oui, mais enfin c’est du cloud ! Donc est-ce qu’on maîtrise mieux son informatique dans ces conditions ou pas ? À partir du moment où on n’a pas confiance dans ceux qui font le cloud derrière, c’est tout un sujet. Donc est-ce que le libre a vraiment gagné ? Je n’en sais rien.

Pareil, quand on regarde l’écosystème. Vous allez faire un tour, si ça vous intéresse, aux Rencontres Professionnelles du Logiciel Libre1 ; ce dont on se rend compte, en fait, c’est qu’aujourd’hui le libre, quand on le soutient, quand on le promeut et quand on travaille dans le logiciel libre, essentiellement, la préoccupation qui est au centre, c’est l’infrastructure, le web, l’hébergement, l’infogérance, bref tous les aspects tout à fait… Debian est payé, par exemple, dans une logique de professionnels ; c’est-à-dire que les dons que récupère Debian ce sont des dons de HP, ce sont des dons d’entreprises, de grandes entreprises, notamment parce que ces entreprises sont attachées à des projets comme Debian pour des raisons infra-structurelles. Red Hat c’est presque la même chose.

Alors pourquoi, dans ce cas-là, est-ce que le grand public est exclu ? OK, on dit souvent que le grand public n’est pas attiré par le libre parce que ce n’est pas forcément très stable toujours, parce que ce n’est pas très beau. Bon ! C’est partiellement vrai, et surtout je pense, tout simplement, que ça n’explique pas tout.

Ce qu’on peut dire dans un premier temps, c’est que le libre qui est donc d’inspiration humaniste, aujourd’hui, la situation est techno centrée. On va revenir là-dessus, sur ce côté très techno centré, qu’on va un peu développer et tenter de comprendre un petit peu les rouages de tout ça.

Pour dire ensuite que les initiatives d’inclusion et de médiation numériques, pour le coup, qui là incluent forcément le grand public et, en particulier, le public le premier concerné par l’importance du numérique que sont les personnes en situation de handicap, mais elles n’auront pas de succès et elles n’ont d’ailleurs pas un succès énorme, ça reste marginal, faute d’avoir des sciences humaines.

Ce sont un peu les deux grandes idées qu’on va essayer d’étudier ensemble et sur lesquelles je prendrai ensuite, évidemment avec grand plaisir, vos avis et commentaires, pour savoir un petit peu ce que vous en pensez.

Le libre, donc, est une idée éthique ; je crois que là-dessus il n’y a pas de sujet, c’est une éthique, évidemment d’inspiration américaine, quand même, donc très centrée sur la liberté, la fameuse liberté 0, notamment, que Richard ne veut absolument pas lier à l’accessibilité parce que ça serait dramatique et que l’accessibilité pour lui c’est… Voilà ! Donc il ne veut surtout pas lier ça à la liberté 0, mais la liberté c’est au centre de l’écosystème du libre, de toutes les licences libres produites par la Free Software Foundation et autres documents de ce genre. Avec ses limites, d’ailleurs, pour le coup là c’est l’approche un peu plus FSFE [Free Software Foundation Europe] et un peu plus celle dans laquelle, personnellement je tends à m’inscrire : c’est-à-dire que cette liberté, selon Richard Stallman, doit tout dépasser, même le progrès. Pourquoi pas ? Mais par exemple, on assume du coup sans problème des paradoxes du type « on peut être moins libre, concrètement, à partir du moment où théoriquement on est plus libre ». Parce que c’est ça, en fait, aujourd’hui, le débat sur la liberté 0 qui est mené entre nous et Richard Stallman. C’est-à-dire que lui considère que la liberté 0 est satisfaite dès lors que juridiquement et théoriquement elle est possible. Et nous on lui dit : « Eh bien non ! Si le logiciel est sous une bonne licence mais que derrière, alors qu’on est libéré parce qu’on a un iPhone et qu’on arrive à mieux se déplacer parce qu’il est plus accessible qu’un logiciel libre, est-ce que le logiciel libre est vraiment libérateur ? Ce n’est pas si certain ! » Donc c’est un débat. On voit tout de suite que même cette aspiration éthique est déjà sujette à beaucoup de débats, mais ça, pour le coup, c’est normal, ça fait partie de la vie éthique d’un projet.

Une fois qu’on a dit ça, OK, c’est un projet éthique. Malgré tout, on se rend compte que, et c’est presque bon signe j’ai envie de dire, la démonstration de force du logiciel libre reste d’abord technique. D’abord par les traductions. Il suffit de lire certains termes pour se rendre compte que les traductions sont parfois choisies à des fins complètement techniques. Je prendrai un seul exemple que je pourrais presque vous montrer à l’écran, mais qui n’a pas un intérêt énorme non plus. Ça c’est un outil pour lire l’écran vocalement, pour qu’un aveugle soit capable d’accéder à son écran. Et ici, il y a une boîte de dialogue dans laquelle on retrouve les préférences du logiciel pour personnaliser un peu ce que la synthèse vocale envoie ou n’envoie pas. Et là on lit une option qui s’appelle « Lire la position fille » [Sifflement de Jean-Philippe]. C’est très cohérent en anglais : Speak (???) the child position. Déjà child et « fille », ce n’est pas tout à fait le même concept, mais enfin bon ! Pourquoi pas. Mais alors de toutes façons, dans tous les cas, vous montrez ça à un aveugle normal j’ai envie de dire, qui n’est pas geek, ni power user, ni rien. Le gars, il est là et vous lui dites : « Voilà, tu peux régler la position fille. » Et en plus, quand vous allez comprendre à quoi ça correspond, ça va vous faire bizarre. C’est-à-dire qu’en fait, ça correspond à la capacité qu’a la synthèse vocale, quand on a un bureau par exemple où il y a, je ne sais pas, quatre icônes et que vous êtes sur la deuxième, eh bien la synthèse vocale va vous dire : « Là tu es sur la deuxième icône parmi les quatre existantes. » Eh bien ça, ça s’appelle « Lire la position fille ! » Si ça ce n’est pas purement technique, à un moment donné, je ne sais pas comment on peut dire !

Pareil, un autre concept dans le même outil, du coup j’en profite pour vous montrer un peu les rudiments du lecteur d’écran vocal : à un moment donné, quand on est en terminal - allez on va le faire en démo puisqu’on a un écran, on va en profiter - on est en terminal et là, en terminal, il se trouve que quand vous tapez « ls » par exemple, voilà, on va essayer de taper « ls », le fait qu’il n’y ait pas le son n’a aucun intérêt, de toutes façons c’est du vocal, ça ne va pas vous parler ; vous allez trouver que ça parle trop vite, tout ça.

Là, le fait est que pour un aveugle il y a un problème parce qu’il ne peut pas remonter l’écran avec ses flèches de direction parce que vous savez tous qu’en terminal, si vous utilisez vos flèches de direction, vous remontez le curseur et vous remontez l’historique. Donc il va utiliser un autre curseur qui va lui permettre, en fait, de parcourir l’écran, visuellement on va dire, d’une certaine façon vocalement mais visuellement, pour lui, savoir les informations où ne peut pas aller le curseur du PC. Voilà et là on accède au reste de l’information.

Ce curseur, en anglais, on l’a appelé la flat review. Bon ! Pourquoi pas ? Ce n’est pas si incohérent que ça ; en anglais ça a du sens. Flat review, bon ! Flat on ne sait pas trop pourquoi, mais enfin ! Mais review parce que oui, ça permet de lire une autre partie de l’écran, etc. OK ! On l’a traduit en français par « révision globale » ou « examen global ». J’aime autant vous dire que quand vous faites de la formation et que vous présentez ça à une personne, ça la laisse dubitative.

Donc ça pour vous dire que ces approches-là, et c’est rigolo d’en parler, moi ça m’amuse toujours de les décrire parce que, fondamentalement, elles montrent une chose, c’est que, concrètement, ce sont des trucs qui ont été développés, écrits et pensés d’un point de vue ergo par des techniciens. Et ils ne se sont pas posé la question que par-delà la cohérence technique qui est réelle, quand on dit child position eh oui, c’est cohérent, parce que dans l’arborescence oui, c’est la position fille dans l’arborescence des objets de l’accessibilité, d’un point de vue purement technique. Oui ! Maintenant, d’un point de vue usage, évidemment, ça n’a plus aucune cohérence.

Pareil quand on regarde les interfaces. Les interfaces on peut les commenter, évidemment. On peut dire oui, bon, elles sont ce qu’elles sont, etc., oui, OK. Après, il se trouve qu’elles manquent un peu d’harmonie, mais pourquoi pas. Mais alors il y a quelques interfaces que je trouve quand même particulièrement savoureuses. Si je vais, par exemple, dans l’interface de Gnome, alors c’est un Gnome Color Chooser, c’est un vieux truc, ce n’est plus tout à fait utilisé aujourd’hui. Alors c’est ultra puissant cet outil, parce qu’il permet de personnaliser précisément l’ensemble des couleurs du système. C’est ce qui fait que je l’aime beaucoup. C’est qu'un malvoyant, grâce à ça, qui serait phobique de certaines couleurs ou qui serait dans une situation comme ça, il peut programmer ses couleurs.

Mais alors, je vous garantis que pour l’avoir essayé, c’est quand même très compliqué ! Quand on regarde un peu les différents onglets et les différentes options, il y a des noms assez obscurs. Même pour un ergonome, on est là : ah ouais ! Si vous prenez l’interface de Compiz CCSM, ce n’est pas triste non plus ! Enfin c’est un truc ! Bon ! D’abord ce n’est pas super accessible au clavier, mais ça c’est autre chose, mais même visuellement, l’interface n’est pas énorme quoi !

Et puis on le voit aussi ce techno centrage ou ce techno « centrement », on appelle ça comme on veut, quand on regarde les évolutions, en général, qu’on peut avoir dans le libre. Par exemple une certaine fondation décide que la version 2 est pourrie et qu’on passe à la version 3. Bon ! Eh bien passons à la version 3, on ne maintient pas la 2, ce n’est pas grave ! Eh bien oui, mais je sais que la version 3 ne marche pas, mais mes utilisateurs vont bien supporter les bugs pendant deux/trois ans, ce n’est pas grave ! Et c’est comme ça que Gnome se retrouve, du coup, un peu critiqué de part et d’autre parce que, précisément, il a réussi à éloigner les utilisateurs pendant deux ou trois ans. Et c’est toujours vrai aujourd’hui. Aujourd’hui, on considère qu’on supprime dans le toolkit d’accessibilité graphique, on supprime des objets parce qu’ils sont obsolètes. Ouais ! Enfin ils sont surtout utilisés par d’autres bureaux, en fait ; ce serait peut-être bien de les garder. Mais bon ce n’est pas grave, on continue.

Donc une approche purement gestion de projet, purement technique : jamais usage et jamais centrée sur l’utilisateur final. Et pire. Et pire ! On cherche à s’aligner sur Windows. C’est une erreur majeure ! Regardez les évolutions et les atermoiements des interfaces entre Windows 7, Windows 8 et Windows 10 ; même eux ils ne savent pas où ils vont et ils essaient d’évoluer en fonction de ce qu’on leur propose. Quand on regarde que Gnome 3 et Unity, finalement, ils essaient de se rapprocher le plus possible des qualités de Mac et de Windows, pourquoi pas ? Mais pourquoi on ne réinventerait pas quelque chose qui soit plus conforme à l’utilisateur ?

Donc c’est une approche totalement techno centrée. Et le libre aujourd’hui, il faut quand même le reconnaître, c’est souvent ça : l’humain a peu de place et il est fait et il vit, parce que c’est comme ça : sociologiquement, la population est principalement constituée de gens qui sont techniciens et qui ont une approche dont la logique correspond à la technique et à la logique et à la cohérence, voire à l’esthétique technique d’un arbre de dépendance, d’un arbre d’objets et d’un arbre. Et après tout pourquoi pas ? C’est juste que ce n’est pas suffisant et la preuve en est que dans le grand public, on n’arrive toujours pas à s’imposer.

Et c’est la raison pour laquelle, quand on se lance dans des initiatives d’inclusion, dans les initiatives de médiation, où le libre aurait toute sa place, là, on pourrait faire beaucoup mieux avec le libre pourvu qu’on y mettre des sciences humaines.

Parce qu’il y a eu quand même dans le libre et heureusement il y en a, des initiatives qui ont permis de faire un peu atterrir le libre et même le numérique en général. Si je prends l’exemple de Framasoft2, ils font un travail considérable de vulgarisation, de mise à disposition, typiquement la campagne Dégooglisons Internet3 de Framasoft est remarquable. Moi je n’aurais jamais installé un moteur de recherche alternatif tout seul à la main. Maintenant j’ai trouvons.org4, j’ai accès à un moteur de recherche alternatif qui me permet de me protéger de Google. Pareil pour Framadrop5, pareil pour tous les outils qu’ils ont pu développer par ailleurs. Donc ça, c’est une initiative qui permet justement de faire atterrir, de mettre à la portée de tous la philosophie technique qu’il y a derrière tout ça. Je prends cet exemple parce que c’est le plus symbolique en France, mais il y en a plein d’autres ; la FSFE, déjà, est un peu dans cette philosophie : de faire atterrir un peu le libre en fonction des problématiques sociétales concrètes.

Au sein des établissements publics numériques, on a vu aussi émerger, alors ce n’est plus trop le libre pour le coup, mais une tentative aussi de sortir le logiciel, le numérique, de son enfermement technique. Bon ! L’ennui c’est qu’il est généralement assuré par des gens qui ont fait BTS en technique, donc finalement, à l’arrivée, c’est la même chose. Mais en tout cas, il y a un effort, quand même, qui tente un peu de faire sortir le numérique d’une vision purement technique.

Mais évidemment, comme il n’y a pas de sciences humaines, à chaque fois ça reste balbutiant, ça reste compliqué et ça crée beaucoup de choses, parce que les gens sont en difficulté. On sait très bien aujourd’hui que les développeurs, ce n’est pas un mystère, c’est un mystère pour personne, le grand public, souvent les développeurs ça les gonfle. Sur les forum, les « RTFM » [Read the fucking manual], c’est ça que ça veut dire, en fait, les questions basiques « ça ne marche pas ». Mais je comprends les développeurs parce que c’est irritant le grand public !

Vous êtes devant une application et le gars vous dit :
« Ça ne marche pas.
– Ça veut dire quoi ça ne marche pas ? Tu ne peux pas m’expliquer le processus ?
– Mais non, ça ne marche pas !
– Je te demande le processus.
– Mais ça ne marche pas parce que ça, regarde je fais ça, ça ne marche pas ! »

Et ça se termine généralement. À l’oral ça se termine par un « montre-moi », et à l’écrit ça se termine par un « RTFM », en général, parce qu’il n’y a pas le temps et parce que voilà !

Donc à un moment donné, l’idée c’est quoi ? Ce serait de dire et si, pour que tout ça se résolve, on ajoutait un peu, on incluait un peu dans cet écosystème du libre, parce que pour moi il n’y a que dans le libre que les sciences humaines ont leur place, parce que, ailleurs, on ne peut pas avoir sa place. À partir du moment où vous avez une logique rationaliste, économique pure, et une logique où vous essayez de faire un produit et de le mettre sur le marché, de le vendre, de vous faire de l’argent et de surtout intervenir humainement le moins possible parce que l’humain coûte toujours trop cher. Et du coup vous faites des centres d’appel au Maroc ou en Chine ou à Taïwan ou au hasard l’endroit le moins cher avec des gens qui parlent à peine français — mais ils lisent des scripts donc ce n’est pas trop problématique — donc à partir de là, vous ne pouvez pas faire du support et de l’humain de qualité.

Le libre a ce pouvoir infini qui consiste à pouvoir donner toute sa place aux sciences humaines et pouvoir donner toute sa place à ce qui est à côté.

Mais alors, évidemment, la science humaine elle se joue à quel niveau ? Elle se joue au niveau où, aujourd’hui, on ne la pratique peut-être pas toujours assez. Par exemple au moment de la conception. Au moment de la conception c’est difficile, notamment s’il n’y a pas de réseau structuré autour d’un projet, ce n’est pas facile de faire de la co conception et d’associer l’utilisateur et l’usager à la construction d’un logiciel libre. Ce n’est pas toujours facile. LibreOffice essaye. Mais c’est vrai que ce n’est pas simple parce qu’il n’y a pas toujours les retours nécessaires. Mozilla essaye, mais ce n’est pas facile non plus et eux, en plus, ils ont fait le choix, de toutes façons, de développer, de prioriser Firefox avec Windows ; donc à partir de là, ça pose aussi d’autres problèmes d’ergonomie.

Pareil pour les tests d’utilisabilité. Alors ça c’est un truc, pour le coup, c’est beaucoup plus rigolo. Les tests d’utilisabilité, c’est ce qu’on a pratiqué à la dernière Debian Bug Squashing, c’est quoi déjà ? BSP, Bug Squashing Party. C’est un concept où on essaye de pratiquer — j’aurais dû sortir ça, c’est ça que j’ai oublié de sortir — un diagramme qui permet, pour un logiciel donné et un certain nombre de tâches données, d’observer la facilité avec laquelle l’utilisateur le fait. C’est Jim Hall qui a pratiqué ça, j, i, m, c’est le prénom et Hall, h, a, deux l, c’est là où j’aurais dû l’écrire, je peux l’écrire quelque part d’ailleurs.

Jim Hall6 a mis en place, effectivement, une méthode qui est une méthode tout à fait classique où on a en fait, de gauche à droite, un niveau ; et plus c’est vers l’orange et le vert plus c’est que ça a été facile à accomplir pour un utilisateur donné ; et plus ça va vers le rouge, plus c’est compliqué. Et ça c’est très puissant, parce qu’il l’a appliqué à des méthodes sur Gnome par exemple, Gnome pour chercher des fichiers, pour aller dans Firefox et pour utiliser Gedit par exemple, et on s’est rendu compte, effectivement, avec un utilisateur qui effectuait ces actions et un observateur qui regardait comment ça se passait, comment on pouvait réussir à, sur une interface donnée, plus ou moins être facile d’accès pour tous et être facile d’accès pour les personnes qui essayaient de l’utiliser. Donc ça c’était plutôt intéressant.

Et puis la dernière chose qui devrait être mise en place, pour le coup, et c’est là où le bât blesse aujourd'hui le plus peut-être, c’est accompagner tout ça. Parce que ce qu’on remarque aujourd’hui, c’est que qu’est-ce qui manque fondamentalement, quand on parle de grand public toujours, c’est la personne qui va essayer de comprendre les besoins de l’utilisateur, les usages de l’utilisateur, le contexte de l’utilisateur, sans forcément être dans la démarche, et ça c’est souvent ce qui se passe malgré tout dans les associations. On a tendance souvent à dire : « Ouais, mais essaie de comprendre ». Oui, il y a une phase, effectivement, où l’utilisateur doit essayer de comprendre. Mais il y a une phase aussi où on a envie de lui dire. Mais peut-être qu’il pourra comprendre, mais pas tout de suite ! Essayons de lui faire comprendre autrement. Et pour lui faire comprendre autrement, où il en est d’un point de vue cognitif aujourd’hui ? Et donc ça mobilise évidemment beaucoup de sciences humaines.

Et pour vous dire les déboires où ça peut conduire quand on n’a pas ce genre de prestation, il y a une entreprise qui a décidé de passer intégralement à GNU/Linux, ce qui est plutôt une bonne idée ; alors elle a embauché une comptable qui, malheureusement, avait une expertise sur Excel et elle lui fait utiliser Calc. Bon ! Et Calc, c’est un bon logiciel, mais chacun sait qu’il y a des bugs. Enfin c’est comme ça ; les macros ne sont pas toujours compatibles, enfin bon, il y a des bugs. Et les techniciens, au lieu de se préoccuper de ça — ils sont débordés, ils sont dans plein de choses, plein de développements du SI, enfin plein de problématiques — eh bien jamais ils ne se sont préoccupés de leur salariée. Après deux arrêts maladie et trois mois d’absence, elle a fini par partir. Eh bien ça, c’est parce que s’ils avaient pris la peine, peut-être, de se mettre avec elle, de comprendre les bugs, de les remonter et de faire remonter aux développeurs les différentes thématiques pour, à la limite pourquoi pas, mettre en place des solutions de contournement, ou des solutions de compensation, ou des solutions de compromis, eh bien non ! On a juste ignoré la situation. Et quand on ignore la situation, eh bien en général, on n’avance juste pas.

Autre exemple, l’Assemblée nationale c’est pareil. En 2010, pourquoi ça n’a pas marché à l’Assemblée nationale ? Tout simplement parce qu’il n’y a jamais eu de support efficace pour accompagner les gens et les parlementaires. Alors évidemment, les parlementaires avaient beau jeu de râler : « Ah ben oui ça ne marche pas ! Ce n’est pas compatible, ce n’est pas interopérable, ce n’est pas ci, ce n’est pas là ! » Mais, avec un meilleur accompagnement, on aurait pu au moins écouter leurs problèmes, écouter leurs besoins métier, écouter leurs usages et peut-être, ensuite, faire remonter aux développeurs, pour le coup dans leur langage, en leur faisant comprendre tel scénario de reproduction, telle situation, tel contexte, telle version. Peut-être qu’on aurait réussi à beaucoup mieux réussir et à créer la dynamique. Mais ce n’est pas ce qu’on fait.

Donc effectivement, le libre aujourd’hui, pour prendre toute sa place dans le grand public, a besoin que soient prises en compte les dimensions à la fois psychologiques, à la fois sociologiques et à la fois de sociologie des organisations, qui traversent le grand public. Et quand on dit que le grand public n’est pas intéressé par ça, ce n’est pas vrai ! C’est juste que le grand public a appris à faire sans. Aujourd’hui le grand public, quand vous lui dites : « Tu en penses quoi de Windows 10 ? », il y a des gens qui vont vous dire : « C’est génial ! » et d’autres qui vont vous dire : « Bof, on s’y fait ! » Et puis d’autres qui vont dire : « C’est nul à chier, mais ce n’est pas grave, on s’en sort quand même, on se débrouille. » On se débrouille ! Et personne n’est là pour dire à un moment donné, au grand public, mais si on faisait autre chose que se débrouiller ; si on essayait de vous faire juste plaisir quand on utilise l’ordinateur.

Conclusion, je dirai que le développement est né de considérations très humaines. Malheureusement il s’est très vite auto-limité, parce que c’est resté encadré dans une sphère technique et qu’il s’est retrouvé dépassé précisément par ses propres défenseurs qui l’ont maintenu, malheureusement, dans une sphère technique et n’ont pas réussi à s’ouvrir assez pour que les sciences humaines prennent leur place. Et c’est une des raisons pour lesquelles on n’a jamais réussi à se démarquer de l’environnement propriétaire.

Le problème c’est on a souvent dit, pour séduire le grand public face à Windows, il faut faire l’ergonomie de Windows. Non. Non ! Il ne faut pas faire l’ergonomie de Windows ; il faut se détacher de Windows et proposer sa propre valeur, son propre modèle de valeur et qui est basé, justement, sur les sciences humaines.

Mais évidemment du coup, le déploiement par la gratuité ne suffit plus. Parce que dans le numérique, à un moment donné, si on est gratuit on ne peut pas développer quoi que ce soit autour. Alors évidemment, on va aider certains ; après il y a des réseaux qui permettent d’aider des associations, des GULLs, etc., qui font un travail certes remarquable, mais qui, à un moment donné, les fatigue, parce que c’est forcément fatigant. Il faut le professionnaliser ce travail à un moment donné.

Donc le libre est une vraie solution, j’en ai absolument la conviction, mais il faut pour ça y mettre des sciences humaines et c’est parce que ces sciences humaines n’ont pas encore été faites qu’on en est là. Et j’en suis convaincu. Si un jour on arrive, on arrive, à faire en sorte qu’on vende un produit qui soit accompagné de sciences humaines incluses dans le produit même, je pense que ça peut changer l’écosystème du libre et que le propriétaire aura bien du mal, pour le coup, à rattraper ça, parce que même les AppleCare, les Apple Store et les machins, sont incapables d’atteindre un niveau de qualité d’accompagnement comparable. Et je suis sûr que le libre peut tirer son épingle du jeu s’il se met un minimum à penser cette question, à réfléchir cette question et je pense qu’il y aura des surprises. Je suis à votre écoute.

[Applaudissements]

Vos avis, vos commentaires, vos questions m’intéresseraient beaucoup.

Public : C’est juste pour l’enregistrement [le micro]. La question que je me posais c’est que j’ai déjà installé des logiciels libres dans des associations qui avaient pour but, justement, de s’occuper de publics précarisés et qui donc auraient dû, normalement, faire ce travail de sciences humaines. Mais ce qu’on constate dans ce contexte-là, donc une association du Linux parce que c’est trop bien le logiciel libre, etc., on constate une résistance du personnel qui aurait dû, justement, créer la science humaine. Du coup, là qu’est-ce qu’on peut faire ? Parce que là le personnel se retrouve face à des techniciens qui disent : « Moi je sais vous installer ça, mais je n’ai pas trop de temps, s’il vous plaît. » Mais le personnel dit : « Eh bien non, je ne connais pas le Linux et donc si vous voulez, repassez à Windows », et ce sont eux qui ont gagné quoi !

Jean-Philippe : Il a raison. Il a raison ! Je veux dire vous arrivez dans un établissement, vous dites à des gens : « Demain tu vas utiliser Linux et tu vas supporter des gens et montrer à des gens Linux. » Le gars il vous dit : « Mais d’abord c’est pour les geeks », parce que c’est quand même la réputation de Linux aujourd’hui. « Et comment je fais pour faire ça ? Et comment je fais pour faire ça ? Et comment je fais pour ça ? » « Ah écoute, apprends, cherche ! » Non, non ! Le personnel, si on veut que ce genre de processus fonctionne il faut enclencher des dispositifs qui sont existants aujourd’hui et largement sous-utilisés, qui s’appellent la formation continue, qui permettent de former ce personnel et de le former pas simplement à l’usage — parce qu’il y a plusieurs types de démonstration, c’est toujours la même chose, lapsus révélateur, il y a plusieurs types de formations. Il y a la formation démonstration, il y a la formation initiation et il y a la formation apprentissage. Et souvent on fait des formations démonstration, c’est-à-dire qu’on prend le personnel et on lui dit globalement en groupe comme ça : « Voilà ! Donc Linux, par exemple, on peut faire tout ça ; alors ça, ça, ça. » Et allez, les mecs, pendant deux jours, ils se tapent toutes les fonctions de Linux. Et les gars, à l’arrivée, ils ne savent toujours rien faire, et ils savent qu’ils peuvent, mais eux ils vont se sentir psychologiquement déclassés et du coup ils vont dire : « Il est hors de question que je continue comme ça !»

Alors que si on mettait en place une vraie formation, on leur dit : « Si ton utilisateur te demande ça, tu peux lui apporter cette réponse. Si ton utilisateur te demande tel besoin, tu peux lui apporter telle réponse. Si toi tu estimes qu’il est dans telle situation, tu peux lui apporter telle réponse. » Si on se place dans sa situation à lui, dans son usage métier, tout de suite ça va changer la donne.

Et puis il y a aussi une dimension qu’il faut sans doute apporter un peu de cette science humaine au professionnel, qu’il n’a pas nécessairement. Et c’est vrai parce que ça, souvent — c’est triste mais c’est comme ça — quand on embauche des gens dans les EPN [Espace public numérique], ça dépend des EPN, mais souvent il y a du service civique, il y a tout un ensemble de gens qui ne sont pas formés à affronter ces réalités-là. Du coup, comme ils ne sont pas formés à affronter ça, ils vont vers ce qu’ils connaissent. Normal ! Donc si on veut que ces personnels-là acceptent, il faut que la personne qui promeut le libre dans ce genre d’endroit lui fasse montrer tous les avantages qu’elle a par rapport…

Aujourd’hui, quand je vais dans un centre de réadaptation pour aveugles et que je leur présente notre système, Linux, ils me disent : « Mais attendez, mais moi j’ai Windows. J’ai déjà un logiciel gratuit sous Windows qui, en plus au passage, est libre, qu’est-ce que vous me faites chier avec votre truc ! » Je fais chier parce que premièrement, notre Linux évolue ergonomiquement beaucoup moins. Deuxièmement parce que notre Linux, malgré tout, on arrive si vous regardez bien la situation, à le configurer pour l’adapter au niveau des personnes sans acheter des logiciels supplémentaires. Troisièmement le Linux il peut inclure des technologies qui font que… Et on montre au professionnel qu’il va pouvoir couvrir plus de situations, mieux des situations, et s’exprimer dans son métier. Pas simplement se retrouver déclassé en disant : « Écoute ! Soit tu t’y fais soit tu es déclassé ! » Non, non ! Au contraire. C’est que demain tu ne feras plus de tec, tu feras de l’humain, et ça c’est ton cœur de métier.

Et tout d’un coup, on apporte un autre discours au professionnel. Évidemment il y aura toujours de la résistance au changement, parce que le changement fait toujours peur, c’est pour ça qu’il faut faire et de la formation et du support aussi au professionnel pour que lui aussi puisse s’appuyer sur quelqu’un si jamais il a des questions. Et ça, ça peut permettre effectivement, pour le coup, de rassurer le professionnel. Mais la conduite du changement c’est un vrai processus humain. Et si on l’oublie, évidemment, on passe toujours à côté. Forcément !

Public : Oui. Bonjour. C’est bien beau, mais cette dimension humaine n’est pas prise en compte dans le monde économique. Moi je connais les GULLs [Groupes d'utilisateurs Linux], je m’occupe d’ailleurs d’un groupe d’utilisateurs de Linux, on fait un petit peu ça de façon bénévole, à toute petite échelle. Il faudrait un système qui prenne ça. Voilà. Je fais un peu l’apologie des GULLs qui me semble, enfin ça dépend de l’ambiance, mais il y a moyen, dans un groupe d’utilisateurs de Linux, de penser à l’accompagnement technologique humain.

Jean-Philippe : Absolument, tout à fait. Le seul problème c’est que la culture des GULLs a souvent un peu cette culture du « apprends à te débrouiller », ce qui est souhaitable évidemment, mais déjà ça filtre : c’est-à-dire, déjà, vous n’allez pas pouvoir toucher tous les publics et du coup, c’est un peu le problème que ça pose. Après, moi je trouve que les GULLs ont un vrai rôle, pour le coup, de proximité. C’est-à-dire qu’une fois que la personne est sur les rails et qu’elle est rassurée, parce que c’est ça aussi qui se joue, c’est beaucoup ça qui se joue dans la culture numérique, rassurer, donner confiance, donner plaisir à la personne. Moi typiquement, une personne qui ne connaît pas le clavier, je ne la mettrai jamais sur un système en lui disant « première leçon, ton clavier ». Jamais ! Parce que là, ça va être une contrainte. Alors que si vous commencez à donner du plaisir à la personne dans un premier temps, elle va tout de suite aller plus facilement et, finalement, se mettre au clavier.

Une fois que la personne est un peu sur les rails, comme ça, qu’elle a récupéré un petit peu ses premières bases, l’envie et la confiance, là je pense que pour le coup les GULLs reprennent, à mon avis, tout leur rôle, parce qu’ils ont ce rôle de support de proximité.

Mais malheureusement, pour en avoir aussi fait quelques-uns de GULLs, souvent le côté SAV, les GULLs ça les gonfle un peu, en fait. Très vite les gens sont là, enfin je ne suis pas là pour faire du SAV ! Pourquoi pas ! Mais alors tu es là pour quoi ? Si tu es là pour faire du prosélytisme pourquoi pas ! Mais dans ce cas-là, il faut présenter d’autres avantages du libre ; mais il faut bien avoir conscience de ce pour quoi tu es là. Parce que si tu n’es pas là pour aider les gens et te mettre à leur place, c’est un peu compliqué quoi ! C’est difficile. Donc ça dépend beaucoup des GULLs. Mais d’expérience, les GULLs c’est souvent : l’objectif c’est débrouille-toi par toi-même, chose que tout le monde n’est pas capable de faire, et c’est souvent sur une base « moi je ne suis pas là pour faire du SAV », ce qui est légitime parce que ce sont des bénévoles, on ne peut pas non plus demander à des bénévoles de se… Voilà ! Mais cette culture-là, malheureusement, ce n’est pas elle qui permet d’inclure le plus grand nombre dans le numérique aujourd’hui.

Et ce n’est pas parce que ce n’est pas cher qu’on va inclure. C’est parce que c’est porté humainement. Le cher ça ne suffira pas, le gratuit ça ne suffira pas pour inclure !

Public : Moi je veux faire une remarque plus que poser une question. Puisque tout à l’heure vous avez parlé des EPN et j’ai apprécié parce que je suis moi-même responsable d’EPN en médiathèque à Roanne, pour le coup. Juste sur le temps de midi, je discutais justement de l’importance de créer une GULL dans certaines communes et pourquoi pas via ces EPN et via les médiathèques. Je trouve que c’est justement, au niveau du service public, une initiative qui serait hyper importante parce que nous, pour le coup, de la science humaine on en fait de plus en plus. On a la notion de service public qui est dans notre ADN, normalement — on est payés pour ça d’ailleurs — donc il me semble que ça serait plus facile. Après, effectivement, reste à voir comment cette association GULL peut se greffer sur notre travail, ça serait en dehors, mais de quelle manière elle peut être apportée ? Parce que de fait, on en parle du libre, tout le temps ! En EPN, en médiathèque, en tout cas pour celui que je connais. Donc je pense que c’est une piste à développer au niveau des municipalités en tout cas.

Jean-Philippe : Je suis tout à fait d’accord. Mais vous savez c’est exactement comme le suivi des assistants de vie scolaire. Aujourd’hui, quand on est en assistant de vie scolaire, c’est un peu la même logique que quand on est médiateur numérique. On n’a pas vraiment de carrière prévue parce qu’il n’y a pas de cadre, on va dire, qui prévoit ce métier-là, proprement dit. Enfin ce n’est pas vraiment cadré aujourd’hui et, du coup, on recrute à peu près n’importe qui et n’importe quoi et on lui demande de se former sur le tas. Et la clef, et cette clef est encore plus vraie dans les EPN — mais je sais bien qu’il y a des enjeux budgétaires, enfin tout ça c’est très compliqué, j’en ai conscience — mais, à un moment donné, les EPN, leur rôle là-dedans, c’est de mettre à disposition dans le cadre du service public, précisément des personnes qui elles ont ce rôle d’être formées à ça. Et je pense qu’effectivement, médiateur ça doit être un métier de carrière. On doit être formé pour le faire ; ça peut être absolument passionnant comme métier. C’est un métier absolument passionnant, mais il faut sans doute un peu de bagage, un peu de formation, un peu d’encadrement aussi, pour être capable, à la fin de, précisément, transmettre au GULL, diffuser aussi cette culture. C’est une culture, au bout d’un moment. C’est une émulation, c’est une culture. Et je suis bien d’accord avec vous, elle partira du service public. En tout cas c’est souhaitable parce que c’est le premier rôle du service public.

Public : Je suis d’accord avec plein d’aspects de ce que tu as dit sauf, peut être, sur la fin, le côté essayer d’imposer cette culture aux GULLs ; je pense que ce n’est pas la bonne approche parce que les gens vont se fermer. Mais c’est vrai que les EPN, les médiathèques, tout ça, peuvent aider, justement, à développer le côté, enfin la compassion et le fait de consacrer du temps, en fait, à faire monter des gens en compétence.

Sur Bordeaux moi je le vois, en fait, avec des médiathèques qui organisent tout simplement des événements via une communauté particulière et ça tourne. Parce que tu ne peux pas, effectivement, toutes les semaines, demander à une communauté de consacrer du temps pour faire monter des gens en compétence. Par contre, tu peux organiser des séries d’événements qui tournent sur différentes communautés et donc répartir, en fait, la charge, comme ça, je pense. En fait, la réflexion c’est effectivement comment développer cette culture de « il faut prendre du temps, parce que si on ne prend pas le temps, eh bien on fait juste de la technique. »

Jean-Philippe : Je suis d’accord. Je mesure vraiment la difficulté. C’est sûr que pour des bénévoles on ne peut pas leur demander ce genre de truc. Pour eux, ma proposition théorique est plus un appel à se poser la question ; après, j’ai parfaitement conscience que quand on est bénévole on ne peut pas se lancer dans cette démarche, on n’est pas pro, par définition.

Et l’articulation EPN/GULL c’est sans doute, effectivement, celle-là qui permettrait que les uns assurent cette mission de service public parce que formés pour ça et les autres, du coup, interviendraient dans la mesure de leurs moyens aussi au contact des professionnels des EPN. Et je pense qu’effectivement, aujourd’hui la médiation numérique passe sans doute par l’articulation entre ces deux sphères. Je suis tout à fait d’accord.

Organisateur : Il nous reste du temps.

Jean-Philippe : Bien, s’il n’y a rien d’autre, merci et puis n’hésitez pas.

[Applaudissements]

Logiciel libre, chiffrement et vie privée - Laurent Sanselme

APRIL - mar, 01/08/2017 - 09:30


Titre : Le logiciel libre, chiffrement et vie privée
Intervenant : Laurent Sanselme
Lieu : Libre en Fête 2016 - SUPINFO Clermont-Ferrand
Date : Mars 2016
Durée : 40 min
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Licence de la transcription : Verbatim

Transcription

Pour cette conférence j’ai pris trois thèmes qui sont extrêmement vastes et qui mériteraient chacun une conférence à part entière sur eux ; que ce soit les logiciels libres, le chiffrement ou la vie privée, c’est très vaste, il y a beaucoup de sujets de débat. Là on va essayer de condenser au maximum pour essayer de s’intéresser aux liens qu’il peut y avoir entre eux.

Donc on va s’intéresser tout d’abord au logiciel libre. On va essayer d’expliquer un peu. Le but de cette conférence c’est principalement de donner les bases pour l’atelier qui va suivre, qui sera justement la mise en place de méthodes de chiffrement et de protection de la vie privée.

Le logiciel libre, qu’est-ce que c’est ?

Un logiciel libre, c’est un logiciel qui respecte quatre libertés fondamentales. Ces quatre libertés fondamentales, la première ça va être la liberté d’exécuter le programme ; d’exécuter le programme et ce pour toute utilisation ; ça, ça aura son importance par la suite. Si on est un boulanger et que l’on veut utiliser un logiciel de comptabilité qui est prévu pour un boucher, on peut le faire, il n’y a rien qui nous en empêche, on peut très bien l’adapter.

On a la liberté d’étudier le programme. Le fait, justement, de pouvoir l’étudier, va permettre cette adaptation par la suite. On peut le lire, vérifier comment il fonctionne, et s’assurer qu’il répond bien à nos attentes.

Il y a aussi la liberté de redistribuer des copies du programme. Si on a notre logiciel de comptabilité pour boulangerie et qu’on a un ami boucher qui veut l’utiliser, on peut très bien lui donner, il n’y a rien qui nous en empêche.

Et surtout, on a la liberté d’améliorer le programme et de partager ces modifications, c’est-à-dire qu'on va permettre de faire les modifications dans le programme pour, par exemple, au lieu de compter des croissants, pouvoir compter des steaks.

Alors qu’est-ce que tout ça implique ?

La première chose que tout ça implique, ça implique l’accès au code source. Pour pouvoir étudier le programme et le lire, il faut qu’on puisse avoir ce qui a permis la conception du programme. Même sur un programme déjà compilé, on peut toujours revenir à une version « lisible » entre guillemets par un humain, mais quand on a des programmes qui font des centaines de mégas voire des gigas de données, ça devient compliqué de déchiffrer un logiciel complet en assembleur.

La deuxième chose que ça implique, c’est que tout le monde peut être acteur : n’importe qui va pouvoir agir ou contribuer à ce programme. Et en plus, personne ne peut être limité, c’est-à-dire qu’il n’y aura pas de restrictions quant aux modifications qu’on va pouvoir effectuer. Si on se retrouve par exemple dans une entreprise qui veut absolument qu’une fonctionnalité reste de telle manière parce que ça fait partie de la culture de l’entreprise, elle pourrait bloquer un développeur en disant tu ne fais pas de modifications sur cette partie. Avec un logiciel libre, on peut : n’importe qui peut faire cette modification.

Qu’est-ce que ces trois éléments impliquent encore ?

Le premier, avec l’accès au code source, il est impossible de cacher quelque chose. Tout ce qui est programmé est lisible, visible. N’importe qui va pouvoir le retrouver. Donc on ne pas cacher quelque chose au sein d’un logiciel libre. Ça aussi ça aura son importance pour tout l’aspect sécurité qui va avec.

Le deuxième c’est qu’on peut adapter le programme à ses besoins, comme je vous le disais, et partager ces améliorations. Donc on va pouvoir faire évoluer le programme et permettre des améliorations constantes.

J’ouvre une petite parenthèse, même si pour les deux choses que je vais voir dans cette parenthèse je vous invite à regarder l’Expolibre1 qui est affichée sur les vitres dans le couloir ; n’hésitez pas à aller y jeter un coup d’œil.

La première chose dont je vais parler c’est des formats libres. Les formats libres ça va être le même principe que les logiciels libres, mais appliqué aux formats, les différents formats d’enregistrement. Ce sont des formats dont on connaît la structure. Et ça, ça va permettre plusieurs choses. La première c’est de garantir la pérennité des données : même un logiciel qui a été codé il y a 20 ans, s’il a arrêté d’être utilisé, les fichiers qui ont été créés à partir de ce logiciel sont toujours lisibles puisqu’il suffit de reprendre la même structure et de les lire de la même manière. Pareil pour de l’édition.

La deuxième chose, c’est l’interopérabilité : on va permettre, à partir de ces mêmes fichiers, de les lire dans plusieurs logiciels. Plusieurs logiciels vont pouvoir les interpréter, voire les éditer.

Et enfin l’évolutivité. À force d’utiliser un format on peut se rendre compte qu’il a des limites. L’avantage du format libre, c’est qu’on va pouvoir effectuer des modifications quand elles sont demandées par la plupart, une grosse partie de la communauté, et intégrer ces évolutions dans de nouvelles versions du format.

Donc voila quelques exemples de formats libres.

Le premier c’est le Format Open Document, celui que vous connaissez très certainement grâce à LibreOffice2, Open Office, etc. Il est lisible sous Office Windows depuis assez longtemps et sous Office Mac depuis pas très longtemps. Voila. C’est un bon exemple d’interopérabilité

Le format PDF, aussi très connu et très utilisé. Sur le PDF, pour vous donner une idée d’évolutivité, il y a la WWF, donc la société de protection de la vie sauvage, qui a fait un format qu’ils ont appelé Save as WWF et qui est en réalité un dérivé du format PDF. dans lequel l’autorisation d’impression est toujours mise à false. Donc on ne peut pas imprimer les documents qui sont sous ce format-là. En réalité, vu que c’est un dérivé du format PDF, il est très facilement possible d’inverser ceci pour les réimprimer, mais du moment qu’on reste dans leur format à eux qui est un dérivé, on ne peut pas imprimer les documents.

Après le format HTML, utilisé partout. Le format TXT qui est le format texte brut, pareil il n’y a pas d’ordinateur qui ne sait pas le lire, ou encore les formats d’image PNG.

Maintenant les licences libres

Les licences libres, ce sont les licences qui vont encadrer l’utilisation d’un logiciel. La première chose qu’il faut savoir, c’est qu’elles sont très nombreuses. Il y a beaucoup de licences différentes qui existent et sur lesquelles il va y avoir soit des incompatibilités entre elles, soit des limitations supplémentaires d’une licence à une autre.

Donc elles n’autorisent pas toutes les mêmes utilisations, mais par contre, elles garantissent toutes les mêmes libertés à savoir les quatre libertés principales qu’on a vues tout à l’heure.

Les quatre licences les plus connues sont la GNU/GPL v3, alors je précise v3, mais il y avait aussi la v2 dans les plus utilisées. La version Apache 2.0 ; la licence BSD modifiée, ou la licence Expat qui est une des licences MIT, le MIT ayant beaucoup de licences différences. C’est donc une des licences qu’on appelle MIT.

Je vais vous donner deux exemples particuliers, par exemple d'une d’incompatibilité : la version Apache version 1.1. Elle a quelques exigences qui la rendent incompatible avec la GNU/GPL v3, mais v2 aussi d’ailleurs, comme par exemple l’interdiction d’utiliser des noms en rapport avec Apache dans le nom du logiciel. Ça, c’est une limite que ne permet pas la GNU/GPL, puisque la GNU/GPL elle permet d’utiliser n’importe quel nom, que ce soit Apache ou un autre. Donc du coup, ces deux licences-là ne sont pas compatibles entre elles, mais elles sont toutes les deux libres, puisqu’elles garantissent que le programme a bien les quatre libertés principales.

La deuxième licence dont je veux vous parler qui est une petite anecdote, c’est la licence JSON. La licence JSON a une petite mention qui dit que le logiciel sera utilisé pour le bien et non pour le mal. On pourrait penser que donc, du coup, elle respecte bien toutes les libertés, mais en réalité, ça c’est une impossibilité d’utilisation, une limite d’utilisation du programme. Donc du coup, ça ne respecte pas la première liberté des quatre libertés fondamentales, donc elle n’est pas considérée comme une licence libre.

Vous pouvez trouver des comparatifs de tout ça sur le site de gnu.org3. Il y a un comparatif de toutes les licences libres et non libres. Vous pourrez voir une bonne partie des différences qui existent entre elles.

Donc voila pour refermer la parenthèse.

Maintenant je vais parler rapidement des logiciels libres, à savoir un certain nombre d’entre eux. Ces logiciels libres sont assez souvent connus puisqu’il y a des gens qui préfèrent utiliser un logiciel libre qu’un logiciel privateur et il y en a même qui sont plus connus que des solutions privatives. Par exemple si je vous demande un lecteur de vidéo, les trois quarts des gens vont répondre VLC4 puisque c’est, à l’heure actuelle, celui qui est le plus utilisé avant même des solutions propriétaires comme des Windows Media Player, Quick Time, etc.

Un autre qui est extrêmement connu c’est MediaWiki. Alors peut-être que vous ne le connaissez pas en tant que MediaWiki5, mais c’est le moteur qui permet de faire tourner Wikipédia. Donc moteur testé par des millions d’utilisateurs par jour.

Il y a aussi les langages de programmation. Les langages de programmation comme PHP, par exemple, sont des langages libres et ouverts. Il n’y a pas beaucoup de langages qui sont privateurs réellement ou entièrement, donc la plupart du temps on va quand même tomber sur des langages qui sont libres.

À propos de PHP, je vous rappelle qu’il y a le PHP Tour 20166 qui passe à Clermont-Ferrand cette année, c’est en mai. Vous pouvez vous renseigner, vous verrez qu’il y a de très belles conférences qui s’organisent. C’est chez nous ; c’est à Clermont-Ferrand.

Il y a d’autres logiciels libres qui sont aussi connus que les solutions privatives. La plupart du temps ils tournent en parallèle, par exemple Mozilla Firefox. Vous connaissez tous Chrome, Internet Explorer, Safari. Mozilla Firefox7 a réussi à faire son trou et est au même niveau que les concurrents.

Il y a en a d’autres comme Mozilla Thunderbird8 qui remplace par exemple Mail sous Apple, ou Outlook sous Microsoft.

Et enfin il y en a deux autres, ça c’est parmi des millions et des millions de logiciels libres, mais il y en a deux autres que je passe aussi dedans, par exemple Gimp9 et LibreOffice que si vous n’utilisez pas vous-même, vous en avez forcément entendu parler en tapant Photoshop gratuit ou Office gratuit. Habituellement c’est souvent comme ça qu’on les trouve.

Donc voilà pour toute la partie logiciel libre.

Chiffrement

Maintenant, là c’est la partie où il va falloir s’accrocher un petit peu. On va parler de chiffrement.

Alors je vais toujours parler et utiliser le mot chiffrement ; vous entendez peut-être sous le nom de cryptage. Cryptage, le mot n’existe pas ! Donc on va utiliser le vrai mot qui est chiffrement, mais vous avez la correspondance.

On va voir un certain nombre de points avec le chiffrement. Déjà qu’est-ce que c’est ? Comment est-ce que ça marche ? Dans quels cas est-ce qu’on s’en sert, aujourd’hui comme plus tard, on va voir. Et combien ça coûte ?

D’abord qu’est-ce que c’est ?

Le chiffrement, c’est le fait de prendre un document clair, mais intelligible soit pour l’homme soit pour la machine, et de le rendre illisible ou en tout cas in-interprétable par toute personne qui ne possède pas la clef de déchiffrement.

Au niveau du chiffrement, il faut distinguer deux types de chiffrement : le premier c’est le chiffrement symétrique et le deuxième ce sera le chiffrement asymétrique.

En ce qui concerne le chiffrement symétrique, comment ça marche ?

On a Alice et Bob, A et B — c’est toujours les noms qu’on utilise dans ce genre d’explication — donc Alice et Bob veulent s’échanger des messages chiffrés. Pour s’échanger des messages chiffrés, ils se mettent d’accord sur une clef. Cette clef va permettre de chiffrer et de déchiffrer les messages, mais elle doit être conservée secrète, toujours secrète. Quand il y a le carré rouge, ça veut dire si cette clef venait à être découverte, alors le chiffrement serait compromis : quelqu’un d’autre pourrait interagir. Donc A et B se mettent d’accord sur une clef.

Alice va écrire un message. Elle écrit son message puis décide de le chiffrer. Elle le chiffre avec la clef X sur laquelle A et B se sont mis d’accord. Le message est donc devenu illisible par toute personne qui ne posséderait pas la clef. B va récupérer ce message et va déchiffrer le message à l’aide de la même clef X sur laquelle il s’était mis d’accord auparavant avec Alice, puis va pouvoir consulter le message. Ça c’est le chiffrement symétrique. Symétrique parce que la clef qui sert au chiffrement est aussi celle qui sert au déchiffrement.

Maintenant le chiffrement asymétrique.

Cette fois-ci, on part sur beaucoup plus de clefs, parce que A va avoir une clef qui n’est pas secrète, qu’on va appeler publique, et qui ne sert que à chiffrer des messages. Elle va aussi avoir une clef qu’on appelle privée, qui elle, par contre, est bien secrète, et qui elle ne va servir qu’à déchiffrer des messages. Pareil pour B, avec ses propres clefs.

Cette fois-ci comment ça se passe ? A va écrire son message, comme au début, puis va chiffrer son message à l’aide de la clef publique de B. Donc c’est grâce à la clef qui permet de chiffrer les messages du destinataire que le message est chiffré. Le message est donc chiffré et inintelligible. On envoie le message. B récupère ce message et va déchiffrer le message à l’aide sa clef privée à lui. Donc on lui a écrit avec sa clef publique, qui peut être transmise à n’importe qui, et lui déchiffre avec sa clef privée qui elle est conservée secrète, par lui uniquement. Il va ensuite pouvoir consulter son message.

Maintenant si B veut répondre à A, il va écrire son message puis il va chiffrer la réponse avec la clef publique de A ; donc encore une fois le destinataire. Le message est chiffré, j’ai volontairement mis d’autres caractères pour montrer que le chiffrement n’est pas le même, et A, après avoir récupéré le message, va pouvoir déchiffrer le message à l’aide de sa clef privée, sa clef qui sert uniquement à déchiffrer, et va ensuite pouvoir lire son message.

Donc voilà les deux types de chiffrement qui sont utilisés.

Maintenant ces chiffrements, vu qu’ils sont différents, ils ont aussi des avantages et des inconvénients différents. Du coup quel est l’avantage – c’est vrai que j’ai mis un s mais pour le coup je n’en présente qu’un ; il y en aura très certainement d’autres, c’est amené à évolution – c’est la rapidité. Le chiffrement symétrique peut être jusqu’à 1000 fois plus rapide qu’un chiffrement asymétrique. Donc on est sur des différences qui sont quand même non négligeables.

Par contre, en inconvénients, le principal déjà, ça va être l’échange de la clef. Pour se mettre d’accord sur la clef qui va servir à chiffrer et à déchiffrer, il est important que les deux personnes se soient rencontrées auparavant ou en tout cas aient communiqué de manière sécurisée pour s’échanger cette clef. Parce que, encore une fois, si elle est interceptée, le chiffrement est compromis. Donc cet échange de clef c’est le problème principal du chiffrement symétrique.

Le deuxième problème ça va être la gestion des clefs. Si on veut faire un chiffrement symétrique sur une centaine de services, eh bien il va falloir générer une centaine de clefs différentes pour s’assurer de la sécurité de chacune des transactions. Donc on se retrouve avec un nombre de clefs très important, très rapidement.

Maintenant le chiffrement asymétrique. Attention ce slide ne m’a pas pris très longtemps.

Les avantages : l’échange de clefs et la gestion des clefs, et les inconvénients, la lenteur puisqu’il est beaucoup moins rapide que le chiffrement symétrique. Et pour la gestion des clefs, le principal point qu’il faut voir, c’est qu'avec une seule paire de clefs par utilisateur, ils vont pouvoir se connecter de manière sécurisée et différenciée sur chacun des services. Donc pas besoin de générer une clef différente à chaque fois.

Le chiffrement en pratique.

Maintenant quand est-ce qu’on va utiliser une solution ou une autre ? Le chiffrement symétrique, on va l’utiliser la plupart du temps pour du chiffrement de masse. Dès qu’on va avoir beaucoup d’informations à transmettre, on va utiliser le chiffrement symétrique parce que beaucoup plus rapide et donc, du coup, moins de pertes de temps au niveau de la transmission.

Alors que le chiffrement asymétrique, on va s’en servir pour deux principaux cas qui sont l’authentification, puisque chaque personne a deux clefs, c’est la seule personne qui possède cette clef-là. Donc si un message est chiffré par lui, on va pouvoir s’en rendre compte. Et le partage des clefs, puisque pour transmettre de manière sécurisée sa clef, dans le chiffrement asymétrique ça ne pose pas de problème puisqu’elle est publique.

Donc la plupart du temps on va utiliser du chiffrement asymétrique pour partager une clef symétrique et continuer le reste de la transaction dans un chiffrement symétrique.

Les certificats

Un autre élément dont je veux vous parler ce sont les certificats. Qu’est-ce que c’est qu’un certificat ? Un certificat c’est un document numérique qui va contenir un certain nombre d’informations, par exemple l’adresse du site web concerné, le propriétaire, une date d’expiration, etc., un certain nombre d’informations, ainsi qu’une clef publique. Donc on a un document qui lie une clef à un nom. Je passe les détails, mais il peut y avoir encore un certain nombre d’autres informations qui sont comprises dans les certificats en fonction de l’emploi qu’on fait de ce certificat, mais là, le genre de certificats dont je vous parle, c’est principalement, par exemple, pour les sites web. Quand vous vous connectez en HTTPS sur un site, c’est ce genre de certificat qui est utilisé.

Donc un certain nombre d’autres informations et, pour s’assurer que le nom correspond bien à la clef, il faut qu’il y ait quelqu’un qui le certifie, qui édite ce certificat et ça, c’est ce qu’on appelle une autorité de certification. Donc l’autorité de certification certifie, auprès de toute personne qui va lui demander, que l’adresse, par exemple site.lef2016.org, fait bien ses communications à l’aide de cette clef publique. Le fait de passer par une autorité de certification, ça force à passer par ce qu’on appelle un tiers de confiance : l’autorité de certification est un tiers de confiance, c’est-à-dire que tout ce qu’elle va nous dire on va le prendre pour argent comptant ; et donc si elle nous dit que c’est bon, on considère que c’est bon. C’est la notion de tiers de confiance.

Maintenant est-ce qu’on se sert du certificat ? Et du chiffrement même de manière générale ? La réponse est oui, vous vous en servez tous les jours, en vous en rendant compte ou sans vous en rendre compte, vous vous en servez tous les jours. En vous en rendant compte, par exemple quand vous faites une connexion SSH [Secure SHell] sur un serveur distant. Ou sans vous en rendre compte dès que vous vous connectez sur un site en HTTPS. Derrière il y a du chiffrement qui se met en place sans que vous vous ayez à faire quoi que ce soit.

Par ailleurs, on s’en sert de plus en plus. Facebook, par exemple, a passé toutes les communications en HTTPS il y a, je ne peux plus dire les nombre d’années mais ça fait quelque temps, où toutes les communications qui sont faites avec Facebook sont maintenant en HTTPS. Et on ne s’en sert pas encore suffisamment parce qu’il y a encore beaucoup trop d’informations qui sont en clair, il y a beaucoup de sites qui ne chiffrent pas par exemple les formulaires d’authentification et de login, donc du coup, dès qu’on tape son identifiant et son mot de passe, ceux-là circulent en clair sur le réseau jusqu’au serveur. Et ça, déjà, c’est un énorme problème de sécurité et même au niveau de la vie privée puisque les informations qu'ils vont nous retourner aussi ne sont pas chiffrées.

Quelques exemples connus : les transactions bancaires. Dès que vous faites une transaction bancaire en ligne vous vérifiez bien qu’il y a votre petit cadenas vert ; s’il n’y est pas, c’est qu’il y a un problème de sécurité. Les formulaires de connexion comme je vous le disais, la navigation classique, par exemple des sites comme Facebook. Et les mails, pareil, de plus en plus de serveurs mails à l’heure actuelle font du SMTP ou de l’IMAP au travers de SSL, et SSL [ Secure Sockets Layer] c’est du chiffrement.

Maintenant est-ce que le chiffrement coûte cher ?

La réponse c’est oui. C’est oui et non. Attention ! Donc on va voir déjà pourquoi ça coûte cher. Pourquoi ça coûte cher ? Parce que déjà toutes les autorités de certification, par exemple, eh bien il y a une infrastructure derrière qui est énorme. Il va falloir sécuriser les accès physiques à toutes ces machines qui permettent de savoir si un certificat est bon ou n’est pas bon. Pour vous donner un parfait exemple d’infrastructure sécurisée qui ne va pas, il y avait un serrurier qui avait réussi à faire une porte avec une serrure électronique et ils avaient vérifié que la serrure était parfaitement sécurisée, elle était vraiment inviolable électroniquement ; mais il suffisait de mettre un coup de marteau à un endroit précis sur la serrure et elle sautait. Donc l’aspect physique compte autant que l’aspect électronique.

Donc les autorités de certification se doivent d’avoir une infrastructure sécurisée.

Par ailleurs, elles doivent traiter des millions et des milliards de vérifications par jour et ça, ça demande de pouvoir traiter l’ensemble de ces demandes et ça, pareil, ça coûte de l’argent. Il faut des machines qui soient capables d’encaisser tout ça derrière. Donc il y a des investissements qui sont faits à ce niveau-là.

Par contre le chiffrement ça coûte cher et non. Par exemple il y a des boîtes comme StartSSL qui donnent des certificats d’une validité de un an, gratuitement, et des initiatives comme Let's Encrypt10 qui est portée par la Mozilla Fondation, qui a édité son millionième certificat d’ailleurs récemment, qui donne des certificats pour les utilisateurs.

Par ailleurs, il y a un autre moyen qui ne coûte pas cher du tout c’est de s’assurer qu’on a chiffré le message ou chiffré ce qu’on a envoyé sur sa machine jusqu’au destinataire. Donc le chiffrement est fait à l’expédition et le déchiffrement est fait à la réception. Quelles que soient les infrastructures par lesquelles on passe entre les deux, on n’a pas à s’occuper de savoir si ça coûte de l’argent ou pas de l’argent puisque le chiffrement est fait d’un côté, le déchiffrement est fait de l’autre.

Donc en résumé sur tout ça:

  • le chiffrement est à la portée de tous. N’importe qui peut mettre en place du chiffrement, et maintenant ça ne coûte plus cher de faire du chiffrement ;
  • il se démocratise. De plus en plus de sociétés, de plus en plus de particuliers, se mettent au chiffrement pour s’assurer de la sécurité et de la confidentialité des données ;
  • Et par ailleurs, c’est le seul garant de la confidentialité. C’est-à-dire que si vous envoyez un message non chiffré, quel que soit le réseau par lequel il passe, il y a un risque et une chance qu’il soit intercepté par quelqu’un. Alors ce quelqu’un, ça peut être une autorité gouvernementale, une société privée ou même un pirate qui se serait intégré dans le réseau, mais le seul garant de la confidentialité, c’est le chiffrement.
La vie privée

Maintenant, la vie privée.

Alors ça va être assez rapidement passé parce qu’encore une fois c’est un sujet à débat. Il y a de très nombreux débats qui se font là-dessus. Je vais juste déjà rappeler une première chose qui est l’article 9 du Code civil qui dit que chacun a droit au respect de sa vie privée. C’est écrit dans la loi, c’est prévu. La vie privée c’est quelque chose qui compte.

Donc un certain nombre de news de ces dernières années, eh bien c’est particulièrement mis à l’épreuve. On a vu ce que ça avait donné, notamment avec les documents Snowden, tout l’espionnage de masse qui était pratiqué par la NSA pendant de nombreuses années et je n’ai jamais dit que c’était arrêté.

C’est aussi menacé sous couvert de sécurité. Nous, en France, on est bien placés pour ça puisqu’on a M. Cazeneuve qui a fait une loi permettant de mettre des boîtes noires. Alors ces boîtes, on ne sait pas trop ce qui s’y passe, mais qui interceptent l’ensemble du trafic. Toujours pour contrer les terroristes, bien sûr ! Toujours menacés sous couvert de sécurité !

Ce n’est pas moins important qu’avant. Ce n’est pas parce qu’on est à la génération Les Anges de la télé-réalité et autres dictionnaires intellectuels, que la vie privée n’a pas un sens. C’est important, ça reste quelque chose qu’il faut protéger. Et on a tous quelque chose à cacher. ÇA C’est justement la partie que je traite assez rapidement ; C’est qu’on connaît tous un quelqu’un qui dit qu’il n’a rien à cacher et que ça ne change rien de mettre l’ensemble de ses données, etc. On a tous quelque chose à cacher, c’est sûr et certain, et si ce n’est pas nous c’est quelqu’un qu’on connaît et c’est, en tout cas, cette personne-là qu’il faut protéger, quel que soit l’aspect d’ouverture qu’on peut avoir sur ses propres données.

À ce titre-là, je vous invite à aller regarder donc si vous l’avez sur votre machine vous pouvez cliquer directement sur les liens, sinon les sites 11, le Wikipédia Rien à cacher (argument)12 qui montre un certain nombre justement d’arguments pro et contre le fait de rien avoir à cacher, et une excellente conférence qui s’appelle « Si, vous avez quelque chose à cacher »13 [Transcription de cette conférence14] dont vous avez le lien ici. C’était une conférence qui avait été faite à Pas Sage En Seine, en 2013. Je vous laisse les regarder.

Donc à partir de maintenant, on va partir du postulat que la vie privée est importante. Pas de notion de débat, la vie privée c’est important !

Rapport entre le logiciel libre et le chiffrement

On va voir le rapport entre le logiciel libre et le chiffrement. On a vu tous les avantages qu’avait le logiciel libre et ce que pouvait apporter le chiffrement. Maintenant pourquoi faire du chiffrement avec un logiciel libre est important ?

La première chose c’est qu’on a un algorithme vérifié. Si un logiciel dit qu’il utilise le chiffrement AES, eh bien ça veut dire qu’il utilise du chiffrement AES [Advanced Encryption Standard]. Derrière on va pouvoir regarder le code source et vérifier que c’est bien celui-là qui est employé.

De plus, il n’y a pas de backdoors [et il s’affiche mal, tant pis]. Il n’y a pas de backdoors, c’est-à-dire que du fait qu’on a le code source et qu’on sait qu’il n’y a rien qu’il est possible de cacher à l’intérieur, eh bien il n’est pas non plus possible de cacher des entrées dissimulées qui vont permettre de chercher ou de s’infiltrer dans le réseau par la suite.

Par ailleurs, on est sûrs de la fiabilité du chiffrement. Le fait d’avoir un code ouvert, ça veut dire qu’on va pouvoir le vérifier et que des personnes même plus expérimentées que nous vont pouvoir le vérifier et s’assurer qu’il n’y a pas d’erreur, tout bêtement d’implémentation. Ce n’est pas parce qu’on a mis un chiffrement AES ; il y a un endroit où on devait faire quelque chose et où on s’est trompé, on n’a pas tout à fait fait ce que, mathématiquement, il est important de faire, eh bien des personnes vont pouvoir se rendre compte de ça, faire la correction et retransmettre pour que le chiffrement soit fiable.

Un exemple qui s’en rapproche c’était Apple, je crois que c’était sur une de leurs librairies, justement, de vérification de certificat où il y avait deux lignes qui étaient recopiées et ces deux lignes recopiées avaient pour effet que si un certificat respectait juste les deux premières conditions mais pas celles d’après, il était quand même considéré comme valide. Donc ça, c’est un problème d’implémentation ; c’est au moment du développement qu’il y a un problème qui a été fait et donc, du coup, le fait que cette partie-là était open source a permis de voir le problème et de le corriger.

Donc justement, toute cette partie analyse et correction des erreurs, des personnes avec des compétences bien plus élevées que la plupart des utilisateurs, vont pouvoir se rendre compte de ces problèmes et les corriger.

Par ailleurs, personne ne peut empêcher quelqu’un de corriger un problème. Ça, c’est quelque chose qui a son sens au vu, par exemple, des documents de la NSA ressortis par Edward Snowden. Il y avait des sociétés, comme RSA Security, qui avaient des backdoors, qui savaient qu’ils avaient des backdoors dans leurs différents systèmes et qui n’avaient pas le droit de les enlever parce qu’il y avait une pression du gouvernement américain qui leur demandait de les laisser. Là, avec un logiciel libre, personne ne peut obliger ce genre de blocage.

Le chiffrement et la vie privée

Maintenant le chiffrement et la vie privée. Quel est le lien qu’on va pouvoir trouver entre eux ?

Tout d’abord, le chiffrement est le seul garant de la confidentialité, on l’a vu tout à l’heure, sinon il y a toujours une possibilité pour que des informations s’évaporent dans la nature, mais c’est à condition qu’il soit maîtrisé. Comme je vous disais, vous faites une connexion en HTTPS avec un site, prenons un exemple au hasard, Google, votre connexion est sécurisée, ça vous le savez, vous passez avec un certificat HTTPS, il n’y a pas de problème, les informations que vous envoyez personne ne peut les intercepter au milieu. Quand Google vous répond, il vous répond de manière sécurisée, personne ne peut les intercepter non plus. Mais il y a un endroit où on ne sait pas ce qui se passe, c’est dans les serveurs Google. Est-ce que vos informations sont toujours chiffrées et ne peuvent pas être interceptées ? Ou, est-ce qu’à l’inverse, tout est stocké en clair et si une personne a accès à ces services, à ces serveurs en tout cas, elle peut accéder à vos informations ? La vraie réponse c’est celle-là, mais il y en a d’autres, on ne sait pas.

Idem si vous envoyez des mails. Par exemple vous envoyez un mail de manière sécurisée au serveur mail qui renvoie le mail au serveur sécurisé, etc., chez votre correspondant. Lui quand il vous écrit boom ! Pareil, sécurisé. Au milieu, vous ne savez pas ce qu’il en est. Potentiellement, une personne qui a accès à ces services peut récupérer vos données.

La solution c’est le chiffrement de bout en bout. Le chiffrement de bout en bout, c’est ce que je vous disais quand je vous disais que le chiffrement ne coûte pas cher. C’est le fait qu’ici vous chiffrez vos données ; ça peut passer par tous les intermédiaires que vous voudrez, de toutes façons le chiffrement est fait, on ne peut pas interpréter le message ou, en tout cas, personne ne peut déchiffrer le message à part le destinataire. Ça peut passer par toutes les infrastructures que vous voulez, ça ne vous change rien. Le destinataire, lui, est capable de le déchiffrer. Et à l’inverse, quand il vous répond, il chiffre, ça peut passer par ce que vous voulez, et vous déchiffrez. Donc le chiffrement de bout en bout.

Donc ça, ça fait partie des recommandations que je vous fais : c’est de, par exemple, toujours déjà se connecter en HTTPS si c’est disponible. Ce n’est pas du bout en bout, mais au moins vous empêchez toutes les possibilités d’interception de vos messages dans un même réseau.

Utiliser un VPN personnel lorsque vous le pouvez. Pourquoi personnel et pas celui d’une entreprise ? C’est que rien ne vous dit que l’entreprise, elle, ne récupère pas vos données en sortie. Avec un VPN [Réseau privé virtuel] personnel au moins vous maîtrisez le point de sortie.

Et surtout, du coup, chiffrer de bout en bout. Ça, c’est ce qu’on va essayer de mettre en pratique tout à l’heure pendant l’atelier, ça va être l’utilisation par exemple de protocoles comme OTR ou PGP, donc pour Off-the-Record ou Pretty Good Privacy, qui eux sont des protocoles de chiffrement entre une personne et une autre. Donc du coup pareil, quels que soient les intermédiaires ça ne vous change rien puisque le message est chiffré, ne peut être déchiffré que par la personne qui va réceptionner votre message.

Les inconvénients. Je ne savais pas trop où le mettre, le l’ai quand même mis ici : chiffrer vos données ça a au moins un coût à l’utilisation. C’est-à-dire que vous mettez en place une sécurité supplémentaire et que celle-là va forcément jouer sur votre confort d’utilisation. Quand vous allez envoyer un mail, eh bien vous allez retaper votre mot de passe pour chiffrer, ça fait déjà une étape en plus. Quand vous allez recevoir un mail, eh bien pareil, vous allez taper votre mot de passe pour déchiffrer votre mail. Quand on va vous envoyer un mail chiffré et que vous n’êtes pas sur votre ordinateur où il y a votre clef, etc., eh bien soit vous avez une machine qui est configurée ou un téléphone qui est configuré avec votre clef pour le déchiffrer, soit vous allez devoir attendre d’avoir accès à votre machine pour le lire, etc. Le confort d’utilisation se retrouve diminué. C’est la grosse problématique en sécurité de manière générale, c’est de trouver la bonne balance entre confort d’utilisation et sécurité. Donc le fait de mettre du chiffrement, on est un peu plus sécurisé, mais du coup, on perd en confort.

La deuxième chose c’est la mise en place. Au début, il va falloir mettre en place toutes ces possibilités de chiffrement, ne serait-ce que d’apprendre à se créer des clefs publique et privée, d’installer les logiciels qu’il faut, etc. Ça c’est une problématique, au début, qu’il va falloir réaliser.

Donc voilà. Il y a quelques inconvénients au chiffrement, mais qui sont largement compensés par la sauvegarde de votre vie privée qui, encore une fois, a un intérêt.

Je suis allé plus vite que ce que je pensais, donc si vous avez des questions, n’hésitez pas. Je vous rappelle, c’est une conférence sur logiciel libre, chiffrement et vie privée. N’hésitez pas si vous avez des questions sur le chiffrement. Il y a certaines parties que j’ai traitées assez rapidement parce qu’encore une fois ces trois sujets de conférences à part entière, on peut en parler des heures et des heures et le but c’était surtout de voir le lien entre les deux et que tout le monde ait les bases pour faire l’atelier ensuite en comprenant ce qui se passe.

Questions du public

Public : Quand tu dis que, par exemple, on doit installer nous-même un VPN, pour l’utiliser pourquoi exactement ? Il va juste chiffrer avant que ça sorte sur Internet ?

Laurent Sanselme : L’avantage du VPN c’est qu’il va chiffrer entre ta machine et le point de sortie, donc la sortie du VPN. Habituellement ton serveur VPN en a une. Ce qui fait que toutes les communications entre toi et ton VPN sont chiffrées. Tu es sur un Wi-fi public, par exemple SUPINFO, open Wi-fi que vous avez désormais, toute personne sur ce réseau peut intercepter les données. Donc le fait de chiffrer toutes tes communications entre toi et ton VPN qui sert lui, de point de sortie sur Internet, toutes les personnes qui sont dans ton réseau ne peuvent pas intercepter tes données à toi. En tout cas, si elles le font, elles ne seront pas lisibles. Donc le but du VPN, c’est d’enlever cette première couche où les gens peuvent récupérer des données, c’est-à-dire en étant juste à côté.

Public : Ça veut dire que d’ici tu te connectes à ton VPN qui est chez toi ? Et du coup ça passe par chez toi ?

Laurent Sanselme : C’est ça, et ensuite je ressors par chez moi sur Internet. Tout est retransmis à mon VPN, chiffré entre mon VPN et moi et j’ai le résultat de mes recherches sur ma machine. Voilà. Il y a d’autres questions ? Oui !

Public : Avec le HTTPS, il y a chiffrement et certification. Peut-être aussi dire aux gens que quand, du coup, on fait des certificats auto-signés, ce n’est pas la fin du monde. À la page attention cette certification…

Laurent Sanselme : C'est vrai qu'il y a ça. Et c’est là que Let’s Encrypt aussi joue, c’est que maintenant on peut faire un certificat qui est certifié et qui est gratuit. Ça c’est l’énorme avantage de Let’s Encrypt. Alors effectivement le certificat auto-signé, je reviens dessus.

Public : Quoi qu’il arrive, de toutes façons, c’est chiffré.

Laurent Sanselme : Voilà. Hop. On a parlé effectivement des certificats avec les tiers de confiance. Quand on crée un certificat, on peut nous-même être une autorité de certification. C’est-à-dire qu’on va être une personne qui est capable de générer ce document dans lequel il y a le nom du site, par exemple, sur lequel on veut se connecter ainsi que la clef publique. Sauf que dans un navigateur, quand on a le petit cadenas vert, c’est que le certificat est valide dans la liste des autorités de certification dans lesquelles le navigateur a déjà confiance. Donc c’est pour ça que lui est capable de faire la correspondance et de dire oui je le connais bien. Je peux le marquer.

Quand on devient nous-même autorité de certification, notre certificat à nous ne figure pas dans la liste, par exemple dans les navigateurs. On peut le rajouter pour nous, mais après c’est vrai que c’est compliqué de le retransmettre de manière plus générale pour que tout le monde le rajoute dans son navigateur. Donc du coup, on a bien un vrai certificat qui est valide, avec une clef publique qui a un nom, mais le navigateur n’est toujours pas content parce qu’il ne connaît pas l’origine de l’autorité de certification. Donc du coup, il va mettre un message comme quoi « attention vous êtes peut-être sur un site contrefait », etc. En l’occurrence ce n’est pas vrai. C’est bien votre site, vous êtes bien au bon endroit avec la bonne clef, c’est juste qu’il n’est pas capable de vérifier jusqu’à la racine de qui a émis ce certificat. Donc si vous acceptez quand même d’accéder au site, votre communication se fera bien de manière chiffrée, elle utilisera quand même bien la clef publique, mais il vous avertira qu’effectivement il ne connaît pas l’autorité de certification et qu’il faut que vous fassiez attention. Voilà.

Pas d’autres questions ? Bon ! Eh bien pas d’autres questions. Dans ce cas je vous laisse on va dire un bon quart de pause et puis on enchaîne après avec l’atelier où on va mettre en place, je vous donne déjà le programme, on va mettre en place Enigmail15 sur Thunderbird, Mozilla Thunderbird. Cet Enigmail va permettre de se créer un couple de clefs, publique et privée, avec lesquelles on va pouvoir ensuite envoyer des messages chiffrés et on va pouvoir nous envoyer des messages chiffrés. On va voir un peu toute cette mise en place.

En plus de ça on va regarder HTTPS Everywhere qui est un plugin qui essaye de passer automatiquement en HTTPS les sites sur lesquels vous vous connectez, quand ils proposent une version chiffrée ou non chiffrée.

Un autre plugin qui s’appelle Decentraleyes. On verra le concept de ce plugin-là.

Et après sur smartphone, des messageries chiffrées qui sont suffisamment, on va dire, reconnues. Je suis en train de penser que dans ma tête tout le monde avait des Android, mais je viens de voir un monsieur Apple qui me dit : « Non, bien sûr que non ». Donc on essaiera de trouver des solutions fiables sur iPhone aussi. Donc voilà, tout ça se fera dans l’atelier. Bonne pause et à tout à l’heure.

[Applaudissements]

Lettre d'information publique de l'April d'août 2017

APRIL - jeu, 27/07/2017 - 02:43

Bonjour,

Nous recrutons un⋅e assistant⋅e administratif⋅ve à temps partiel pour une durée déterminée. N'hésitez pas à consulter et diffuser l'annonce pour ce poste.

Début juillet les Rencontres mondiales du logiciel libre se sont tenues à Saint-Étienne. Nous adressons nos sincères félicitations et un immense merci à l'équipe d'organisation. Et bien sûr tous nos remerciements aux personnes qui ont participé à l'animation du stand de l'April. Des photos sont en ligne ainsi que les vidéos des conférences April.

Le groupe Transcriptions vous offre trois nouvelles transcriptions.

À celles et ceux qui seront vacances, je souhaite de bien profiter de ce temps de repos, de loisirs et de ressourcement.

L'équipe des permanents prend des congés, en conséquence le bureau de l'April sera fermé du 28 juillet au 15 août 2017.

À la rentrée, nous participerons à plusieurs événements, plus de détails bientôt.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose quelques articles.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

Offre d'emploi poste Assistant administratif / Assistante administrative (juillet 2017)

L'April recrute, dans le cadre d'une ouverture de poste, un⋅e assistant⋅e administratif⋅ve à temps partiel pour une durée déterminée. Le⋅la candidat⋅e doit être éligible au CUI/CAE.

Pour plus d'informations, consultez l'offre en ligne et n'hésitez pas à diffuser !

L'April participe à la Fête des Possibles, du 18 au 30 septembre 2017

Du 18 au 30 septembre 2017, nous participerons avec 60 autres organisations et réseaux de la transition à la Fête des Possibles (nouveau nom de la Journée de la Transition). Plus de 2000 rendez-vous sont attendus aux quatre coins de la France et de la Belgique pour rendre visibles les milliers d’initiatives locales qui embellissent la société et construisent un avenir plus durable et solidaire.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Offre d'emploi poste Assistant administratif / Assistante administrative (juillet 2017)
  2. L'April participe à la Fête des Possibles, du 18 au 30 septembre 2017
  3. Dossiers, campagnes et projets
    1. Trois nouvelles transcriptions
  4. Médias
    1. Revue de presse
  5. Conférences, événements
    1. Événements passés
  6. Vie associative
    1. Revue hebdomadaire
    2. Adhésions
  7. Soutenir l'association
  8. Rejoindre l'association à titre individuel
  9. Rejoindre l'association en tant que personne morale
  10. Archives
Dossiers, campagnes et projets Trois nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre de la lecture avec trois nouvelles transcriptions :

Médias Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte ici) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers les articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais diffusée également chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Cette revue de presse est commentée dans un podcast disponible sur http://audio.april.org.

Il est diffusé sur les radios : Radio Escapades, Radio Larzac et Ici&Maintenant et Libre@Toi.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Conférences, événements Événements passés Vie associative Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, les permanents et les adhérents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problèmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 7 juillet 2017, la synthèse de la revue du 13 juillet 2017, la synthèse de la revue du 21 juillet 2017.

Adhésions

Au 1er août 2017, l'association compte 4 130 adhérents (3 722 personnes physiques, 408 personnes morales).

Soutenir l'association

L'April a besoin de votre aide. Vous pouvez faire un don à l'association et participer ainsi au financement de nos actions.

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Rejoindre l'association à titre individuel

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Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

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