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Mis à jour : il y a 1 heure 16 min

Libertés numériques : un guide Framabook pour nos vies numériques !

jeu, 23/03/2017 - 13:03

Notre Framatophe a préparé un manuel de l’Internet à l’intention des Dupuis-Morizeau, cette sympathique famille de français moyens que nous chahutons chouchoutons à longueur d’année. Ce n’est surtout pas un livre « pour les nuls » (ça va couper, chérie) mais un bouquin pour ne plus surfer idiot.

Tiens, même nous qu’on est des geeks, on a appris des trucs.

Comme tous les Framabook, le livre numérique se télécharge librement et gratuitement, et sa version papier peut s’acheter facilement !

Sauf que ce guide pratique a un avantage de plus : celui d’être disponible ici sous forme de documentation, une documentation que vous pouvez améliorer en allant sur ce git.

Pour mieux comprendre comment tout ceci a été conçu, allons papoter avec son auteur, Christophe Masutti, aussi connu sous le sobriquet de Framatophe !

 

Internet pour les quarks : l’interview

Framatophe, on va se tutoyer, hein… Peux-tu te présenter en expliquant tes diverses activités au sein de Framasoft ?

Je suis arrivé dans l’aventure Framasoft à l’occasion d’un livre, la biographie de Richard Stallman retravaillée avec lui-même. Comme cela m’avait pas mal occupé, et comme j’ai quelques compétences en la matière, j’ai d’abord travaillé sur le projet Framabook. Petit à petit, les membres de Framasoft sont devenus des amis, j’ai intégré le conseil d’administration et je crois bien que c’est de pire en pire, avec toutes ces nouvelles idées révolutionnaires (dégoogliser Internet, il fallait être gonflé, pour laisser passer cela, non ?), j’ai une deuxième vie, quoi… De manière plus pratique, cette année, je suis surtout occupé par la co-présidence de Framasoft, le comité ressources humaines, les partenariats/stratégie, le projet Framabook, le projet Framalibre, et puis partout où je peux être utile, comme les autres Framasoftiens, donc.

Tu nous présentes un manuel pour les Dupuis Morizeau… C’est encore un de ces trucs « pour les nuls » où on va se sentir minables si on fait les choses pas bien ?

Vous aurez remarqué, dans ma présentation ci-dessus, que je ne mets en avant aucune compétence technique en matière d’informatique. J’en ai un petit peu, certes, comme ceux qui comme moi ont depuis plus de trente ans un ordinateur entre les mains (la « vraie » génération Y), mais ce n’est pas du tout pour cela que je m’implique dans le Libre. Dès lors, en ouvrant cet ouvrage, n’ayez surtout pas peur d’un quelconque jugement.

C’est Madame Michu qui faisait office de canard boiteux, la sempiternelle décalée, incapable d’envoyer correctement un courriel, alors que finalement on peut bien vivre sans cela. Pire encore, Madame Michu renvoyait comme en miroir la suffisance des jeunes geeks, eux-mêmes caricaturés à l’extrême, symboles puérils d’une jeunesse qui finalement n’existe même pas.

Nous sommes divers. Nous utilisons nos terminaux, nos ordinateurs, nos téléphones portables comme nous l’avons appris, ou pas. Pourtant, pour bien des gens, ces machines restent des boîtes noires. C’est le cas des Dupuis-Morizeau, une famille imaginaire que nous citons souvent à Framasoft. Elle correspond, je crois, assez bien à une réalité : des personnes qui utilisent les réseaux et les outils numériques, souvent même avec une certaine efficacité, mais qui ne sont pas autonomes, dépendent des services des grands silos numériques du web, et sont démunis face à tout ce contexte anxiogène de la surveillance, des verrous numériques, des usages irrespectueux des données personnelles… C’est à eux que s’adresse cet ouvrage, dans l’intention à la fois de dresser un petit inventaire de pratiques numériques mais aussi d’expliquer les bonnes raisons de les mettre en œuvre, en particulier en utilisant des logiciels libres.

Est-ce que tu as écrit/dirigé ce manuel parce que tu es un Dupuis-Morizeau ? Parce que tu l’as été ? Parce que tu les côtoies ?

Lorsque vous interrogez autour de vous tous ces Dupuis-Morizeau, il ne fait aucun doute que, au moins depuis l’Affaire Snowden, une prise de conscience a eu lieu. Mais comment agir concrètement ? J’ai tenté plusieurs approches. La pire, c’est lorsque j’ai moi-même découvert les logiciels libres. J’avais beau saouler littéralement mon entourage pour l’utilisation de GNU/Linux ou n’importe quel logiciel libre « à la place de… », l’effet produit, était parfois tout à l’inverse de celui souhaité. Pourquoi ? parce que changer les pratiques uniquement en vertu de grandes idées, qu’elles soient libristes ou non, n’est jamais productif.

Changer des pratiques est d’abord un processus créatif : il peut être motivé, certes, mais il ne faut pas perdre de vue qu’il est toujours vécu de manière individuelle. Il ne vaut donc que s’il correspond à un mouvement collectif auquel l’individu adhère parce qu’il a une raison de le faire et de s’inventer des moyens de le rendre acceptable. Si vous voulez que la population laisse tomber le « tout voiture » au profit du vélo, il faut non seulement faire valoir les avantages écologiques et en matière de santé, mais aussi structurer le changement en créant des pistes cyclables en quantité et proposer aux habitants de s’approprier l’espace collectif autour du vélo ; bref, un aménagement urbain rien qu’à eux, ces futurs cyclistes qui se reconnaîtront alors en tant que tels.

En matière de numérique, c’est un peu la même chose. Nous avons les idées, nous avons l’effet structurel : les logiciels libres existent, il y a des annuaires (Framalibre !), nous avons même d’excellentes raisons collectives d’adopter le logiciel libre (cf. l’affaire Snowden et toutes les questions liées). Ce qu’il manque, c’est la chaîne qui permet aux utilisateurs de s’approprier les usages. Pour cela, une des méthodes pourrait consister à ouvrir ces boites noires que représentent les machines informatiques, vulgariser les principes, et faire le lien avec certains logiciels libres emblématiques. De cette manière, on accompagne l’utilisateur à la fois dans la connaissance technique, avec un bagage minimaliste, dans la stratégie qu’il va devoir lui-même mettre en œuvre pour répondre à son besoin (connaître les formats de fichiers, choisir les bons logiciels, sécuriser ses échanges, etc.) et adopter de nouvelles pratiques en fonction de ce besoin.

Bon mais concrètement, qu’est-ce que je vais trouver dans cet ouvrage ? Des grandes théories ? Des conseils pratiques ? De la vulgarisation ?

Un peu de tout cela oui. Et en même temps cet ouvrage est conçu comme un temps de respiration. Installer, configurer, sauvegarder, souscrire, télécharger, surfer, cliquer ici, cliquer là, pourquoi, comment… on s’arrête. On respire. Ce livre, c’est un compagnon, un guide. Ce n’est pas vraiment un manuel dans lequel on va trouver des recettes toutes faites. Il donne des exemples concrets de ce que font certains logiciels mais il explique d’abord pourquoi il est intéressant de les utiliser. Il explique de quoi est composée une URL avant de montrer quelle extension de Firefox il serait bon d’installer.

Il y a donc clairement des partis pris. Les spécialistes de logiciels libres trouveront très certainement beaucoup de choses à redire au sujet du choix des logiciels mentionnés. Ce n’est pas à eux que je m’adresse : quand j’ai lu sur un forum qu’il est « simple de configurer Thunderbird pour qu’il se connecte en IMAP sur un serveur en utilisant une sécurité SSL sur le port 993 », je me suis dit qu’il était peut-être intéressant, avant de formuler cette phrase, d’expliquer ce qu’est un protocole de communication et quelques éléments autour du chiffrement. On ne peut pas libérer les pratiques numériques en laissant les utilisateurs dans l’ignorance des principes généraux de l’environnement technique dans lequel ils évoluent. Cette ignorance est justement l’un des ressorts stratégiques des monopoles de logiciels et de services (elle fait aussi le beurre de certains « experts en décisions SI »).

Ce compagnon est aussi le fruit de mes propres démarches personnelles. Comme beaucoup d’autres, j’ai commencé par bidouiller en Basic sur des machines dotées de 16Ko de RAM pour les plus accessibles à un porte-monnaie modeste, et un peu plus tard, alors que le Minitel ne me suffisait pas, j’ai cherché à établir des connexions avec des modems RTC. Aujourd’hui, si la synchronisation de ses contacts entre un service Google et son smartphone ne fonctionne pas, on trouve cela complètement anormal… Mais qui serait nostalgique de l’époque maudite où il fallait se farcir les spécifications techniques de ses appareils (selon les marques) pour pouvoir envoyer un simple courriel ? Il n’en demeure pas moins que si nous sommes démunis en pareils cas, ce n’est pas parce que nous ne cherchons pas à comprendre comment fonctionne tel programme, mais parce que les mauvaises pratiques induisent des faiblesses. Voici un exemple très courant. Monsieur Dupuis-Morizeau n’arrive plus à accéder au webmail de sa boite Machin, il change pour une boite Truc qui lui offre la possibilité de télécharger ses messages depuis la boite Machin. Ayant perdu le second mot de passe, lorsqu’il revient à la première boite il ne comprend plus où sont ses messages. Perplexité, frustrations, nervosité… ce sont ces états que ce guide souhaite aussi changer en reconstruisant une forme d’autonomie numérique.

Tu as mis des blagues ou ton côté universitaire a repris le dessus ?

Alors, d’abord, très nombreux sont les universitaires dotés d’un sens de l’humour et avec un esprit désopilant. Qu’est-ce que c’est que cette caricature ? Tiens la dernière entendue : « que dit un canard si on l’atomise ? » : « quark, quark ».

Donc là normalement vous êtes morts de rire, non ? (si vous savez qui en est l’auteur, je suis preneur de l’info)

Quant à moi, comme on peut le voir je suis très mauvais en la matière et on me dit souvent que ma blague favorite est trop longue (et elle aussi a été dessinée, d’ailleurs, vous voyez ce qu’il nous faut subir dans cette asso, NDLR).

Alors forcément personne ne pourra se tordre de rire à la lecture de l’ouvrage… Ah si, peut-être en introduction, en note de bas de page, un trait d’humour noir, histoire de faire espérer le lecteur pour qu’il tourne la page suivante.

Il n’ y avait pas déjà des ouvrages sous licence libre qui faisaient le job ? Qui auraient pu être mis à jour sans tout réécrire ?

Il y a un, écrit récemment par Tristan Nitot, intitulé Surveillance://. Il n’est pas sous licence libre, c’est son seul défaut. Dans cet ouvrage, Tristan va même jusqu’à expliquer comment paramétrer un service de Google pour (tenter de) sauvegarder un peu d’intimité numérique. C’est en partie cette section de son livre qui m’a inspiré : il est bon d’expliquer les enjeux du numérique mais il faut bien, à un moment donné, fournir les clés utiles aux lecteurs pour mettre au mieux à profit les sages conseils promulgués prodigués.

Tu avais lancé ce projet d’écriture comme un projet collectif, mais ça n’avait pas vraiment pris… Tu peux expliquer pourquoi, à ton avis ? C’est plus simple d’être dans son coin ? Je croyais que chez Frama on était les champions du travail collectif ? :)

Oui, c’est vrai. Le projet date d’il y a presque trois ans. D’ailleurs à deux reprises je reprends des petites parties de ce que certains avaient déjà écrit. C’est marginal, mais en tout cas ils sont crédités. Le projet collectif n’avait pas pris essentiellement pour deux raisons :

  1. un manque de temps de ma part pour agréger une communauté autour du projet (et on sait combien cela peut être chronophage),
  2. il est difficile de faire émerger collectivement une adhésion totale au fil directeur d’un ouvrage qui se veut « grand public », car il y a autant de conceptions du lectorat et de la vulgarisation qu’il y a de contributeurs.

Le projet a traîné… Puis la réfection de Framalibre m’a pris pas mal de temps, en plus du reste. C’est lorsque j’ai compris ce qu’il manquait à une liste de logiciels libres que je me suis mis à écrire cet ouvrage, et le premier jet a duré 4 semaines. C’était mûr, même si ce n’est pas parfait, loin de là.

Comment se sont passé les relations avec ton éditeur ? Pas trop d’engueulades ;p ? En vrai, on peut dire que tu as eu des scrupules à proposer cet ouvrage au groupe Framabook ?

Oui, c’est juste. Comme je suis très impliqué dans la collection Framabook, je ne voulais pas « imposer » ma prose. Par ailleurs, n’étant pas sûr de l’intérêt réel, je voulais d’abord proposer l’ouvrage en mode restreint, auto-édité. Mais des lecteurs framasoftiens m’ont persuadé du contraire, alors…

Ce livre, c’est un point final ou un début ? Que faire dans un, deux ou cinq ans, si des informations deviennent obsolètes ?

C’est un début. Clairement. D’une part il va falloir surveiller l’obsolescence des logiciels mentionnés (même si la plupart sont des logiciels forts connus depuis longtemps et qui ont fait leurs preuves). Mais les enjeux et le contexte changent aussi : les raisons qui font qu’il est utile (mais pas indispensable) d’utiliser un client de courriel local (voir chapitre 3) ne seront peut-être plus valables d’ici deux ans. Cet ouvrage devra donc bénéficier de versions améliorées. D’autre part, un ou deux chapitres peuvent encore être écris.

L’autre ambition de l’ouvrage est de figurer sous une forme de documentation (ici) de manière à être accessible le plus rapidement possible. C’est aussi pour cela qu’il sera important de veiller aux mises à jour.

Et si je pense être capable de l’améliorer, je fais quoi, je t’envoie un courriel ?

Ce serait super ! L’aide est toujours bienvenue. Pour cela le mieux est encore d’utiliser mon dépôt sur Framagit qui génère automatiquement la version « documentation » citée ci-dessus. Ou bien vous pouvez ouvrir un simple commentaire (dans les « issues » du projet) ou même carrément pousser des propositions de modification avec Git. Oui, je sais que cette méthode est loin d’être tout public, mais là je n’invite pas les Dupuis-Morizeau, hein ? Néanmoins si cela ne convient toujours pas, un courriel fonctionne aussi…

Tu as choisi quoi, comme licence ?

La licence Art Libre. C’est une licence Copyleft qui me semble plus en phase avec la production d’œuvres écrites.

Et comme toujours sur le Framablog, tu as le mot de la fin…

Un mot… Ce sera l’expression « autonomie numérique », que je définirais ainsi : la capacité d’un individu à utiliser des dispositifs informatiques de production et de traitement de l’information sans contrôle extérieur et tout en expérimentant son intimité dont lui seul fixe les limites d’un point de vue technique et relationnel. Respire, respire !

Pour aller plus loin :

Framaslides : reprenez en main votre Power, Point !

mer, 22/03/2017 - 09:05

Pour le meilleur ou pour le pire, les diaporamas, slides et autres présentations font partie de notre quotidien. Quitte à devoir en faire et en voir, seul·e ou en groupe, autant disposer d’un outil en ligne pratique et respectueux de nos vies numériques, non ?

Ceci n’est pas un Powerpoint®

Commençons par un point vocabulaire : demander un diaporama en prononçant les mots « Tu me fais un Powerpoint ? » c’est un peu comme si on disait « Tu me fais un Subway ? » lorsqu’on veut un sandwich. Non seulement on fait de la pub gratos à une marque (si encore Microsoft vous payait…) ; mais en plus on court le risque de se polluer les cerveaux en apprenant à nos subconscients que sandwich = Subway.

Et puis il faut être francs, le format de documents .ppt ou .pptx (utilisé par Microsoft pour enchaîner vos diaporamas à leur logiciel Powerpoint), ben c’est une plaie. Un format fermé, difficilement compatible avec d’autres logiciels, et dépassé. Et cher, en plus, si vous voulez l’utiliser en ligne avec la suite « Office 365″…

10 € par mois pour avoir le droit de vous filer mes données ?
C’est payant et je suis quand même le produit ?
Microsoft, vous êtes des génies.

 

Car aujourd’hui, les langages qui permettent de faire des sites web (le HTML, bien sûr, mais aussi ses copaings CSS et Javascript), permettent de produire et de lire hyper facilement des présentations (même complexes), sans toucher à une seule ligne de code, sans installer de logiciel ni d’application, juste à l’intérieur de nos navigateurs web.

C’est justement, ce que permet le logiciel libre Strut. C’est donc à ce logiciel que nous avons contribué afin qu’il ait toutes les fonctionnalités dont nous rêvions pour mieux vous proposer Framaslides !

Framaslide présenté en une framaslide !

Nous pourrions énumérer les fonctionnalités qu’offre Strut : formatage de texte et choix de couleurs, intégration d’images, vidéos, sites web et formes, transitions, etc. Mais le plus simple, c’est encore de vous les montrer, non ?

Cliquez sur le cadre ci dessous et naviguez grâce aux flèches droite et gauche (ou haut et bas) de votre clavier ;).

Cliquez, puis faites défiler les slides avec ↑ ↓ → ←

Déjà, vous allez nous dire, c’est beau (et on vous remercie de nous le dire). Oui. Le seul souci c’est que Struts a été conçu comme un logiciel « perso ». On l’installe sur son ordinateur ou sur un coin de serveur (une brique inter.net, par exemple), on l’utilise, et il enregistre notre ou nos présentation(s) dans le cache de notre navigateur web. Mais si on change d’ordinateur, de navigateur, ou si on nettoie l’historique et le cache de son navigateur web, pfuiiit ! Tout est perdu !

Tout ceci est normal : Strut a été conçu comme cela, et il faut rendre grâce à Matt Crinklaw-Vogt, son développeur, pour le travail fourni. En revanche, si vous voulons que ce logiciel ait de nouvelles fonctionnalités permettant d’autres utilisations, on fait comme tout·e libriste qui se respecte : on se relève les manches et on contribue au code ;) !

Framaslides, un service collaboratif

Nous avons donc demandé à Thomas (que nous avons embauché suite à son stage où il a mené à bien Framagenda) de relever le défi ! Un peu comme une liste au père Noël, qui s’allonge au fur et à mesure que la date approche…

Thomas, face à ces demandes…

Dis, Thomas, ce serait pas génial si on pouvait…

  • … enregistrer ses diaporamas en ligne ?
  • … du coup envoyer nos images à Framaslides ?
  • … pour ça il me faut un compte, non ? Tu nous fais le gestionnaire de compte ?
  • … ben alors il nous permettra de gérer nos présentations ?
  • … genre de créer un lien public pour celle-ci ?
  • … ou de proposer celle-là comme modèle ?
  • … ah mais j’aime pas ce que j’ai changé, tu peux nous faire un système de révisions, hein, hein ?
  • … obah si on peut revenir en arrière, ce serait bien de pouvoir collaborer ensemble, s’te plééééé ? ? ?

Et le plus beau, c’est que le résultat est là. Autour de l’outil d’édition de présentations qu’offre Strut, Thomas a conçu un outil permettant de créer, présenter et collaborer sur ses présentations, en gérant aisément son compte, ses images, ses groupes, et bien entendu ses Framaslides !

Et un aperçu du résultat de son travail, un !

Pour les plus techos d’entre nous, Thomas a même pris le temps de faire un code propre, facile d’accès, documenté et de le déposer sur un Git aux petits oignons avec les tags et issues kivonbien… bref : un code qui est un appel aux contributions et collaborations ! Du coup, si vous maîtrisez du ImpressJS, du BackboneJS et du Handlebars (qui font tourner Strut) ; ou si vous êtes virtuose du Symphony3 (qui se trouve derrière la surcouche « Framaslides » de Thomas), vos contributions seront grandement appréciées ;) !

Manuel change le monde avec Framaslide

Manuel Dupuis-Morizeau veut changer le monde. Il se dit que la première étape, c’est de convaincre d’autres personne de le rejoindre dans son envie… Et pour cela, rien de tel qu’une présentation de derrière les fagots ! Ne voulant pas que ses idées soient confiées aux mains de Google Slides ou Microsoft Powerpoint 365, Manuel décide de se lancer sur Framaslide.

Pour cela, il lui faut un compte Framaslides. C’est facile : dès la page d’accueil, il clique sur le bouton « Se créer un compte », remplit le formulaire assez classique, puis attend l’email de confirmation (en vérifiant de temps en temps dans son dossier courriers indésirables, sait-on jamais)

On lui dit, à Manuel, que 8 caractères dans un mot de passe c’est bien trop peu ?

Une fois son compte validé, Manuel est impatient de s’y mettre, il clique donc directement sur « Créer une présentation ». Là, il découvre l’interface d’édition des diaporama de Struts.

  • La colonne des diapositives (1) ;
  • Le mode expert (2) (s’il veut trifouiller du code) ;
  • Les boutons d’ajout de contenu (3) ;
  • Les boutons de choix des couleurs (4) ;
  • Les vues panorama et aperçu (5).

Il décide donc de créer ses premières diapositives, ou slides, comme on dit !

Alors c’est bien gentil tout cela, mais il ne voit toujours pas comment faire les transitions… C’est là qu’il active le mode Panorama. Cela demande une petite gymnastique mentale, mais il voit vite comment ça peut marcher !

En fait, il faut s’imaginer qu’on déplace ses slides dans l’espace !

Bon, après avoir regardé un aperçu, ce début semble prometteur à Manuel, alors faut-il il le sauvegarde en utilisant le menu en haut à gauche.

Le menu, un grand classique indémodable.

Puis clique sur « retourner aux présentations », dans ce même menu.

Manuel se retrouve alors devant l’interface de gestion de ses Framaslides. L’outil à l’air assez explicite, en fait…

Au centre, il retrouve ses présentations, ses modèles et ses collaborations, chacun sous leur onglet

Et en haut à droite une barre de recherche et d’outils qui lui permet de :

  • créer une nouvelle présentation ;
  • voir ses présentations (donc retourner à l’écran principal de son compte) ;
  • gérer ses groupes de collaboration ;
  • gérer les images qu’il a téléversées en utilisant Framaslides ;
  • gérer les paramètres de son compte (mot de passe, etc.) ;
  • et se déconnecter.

Tout cela rend Manuel assez curieux, il va donc aller voir son gestionnaire d’images, mais comme il n’en a téléchargé qu’une, cela ne lui sert pas encore beaucoup. Il est quand même rassuré de savoir qu’il peut en effacer à tout moment et garder la maîtrise de ses fichiers.

Par contre, Manuel a une idée brillante… se faire aider pour commencer à changer le monde. Il décide d’aller directement créer un nouveau groupe afin d’y inviter toute la famille Dupuis Morizeau !

Non, sérieusement Manuel : le mot de passe, plus il est long, plus il est bon…

Bon, l’histoire ne dit pas si Manuel réussira à changer le monde, mais on peut croire qu’il réussira facilement à créer sa présentation avec d’autres membres de la famille et à la partager le plus largement possible ;)

Pour aller plus loin :

Framalibre : l’annuaire du libre renaît entre vos mains

mar, 21/03/2017 - 11:54

Notre projet historique, l’annuaire de Framasoft, renaît de ses cendres… pour ouvrir encore plus grandes les portes du Libre.

Au commencement était l’annuaire…

OK : pas besoin de prendre un ton biblique non plus, mais il est vrai que c’est avec une émotion toute particulière qu’on vous présente cette refonte complète du tout premier projet, celui qui a fait naître Framasoft ; et qui, mine de rien, a défini notre identité.

Il y a 16 ans, en 2001, une prof de FRAnçais (Caroline d’Atabekian) et un prof de MAths (Alexis Kauffmann) commencent à s’échanger des listes de logiciels gratuits pour les salles d’ordinateurs de leurs établissements dont le budget informatique était grevé par les licences Windows.

Le projet plaît, et il évolue. On se rend compte que derrière certains logiciels gratuits, il existe des licences libres, des contrats garants de nos libertés et du respect de certaines valeurs. Alors on découvre le monde du Logiciel Libre, fait d’entraide (pour adapter les serveurs au succès croissant du site) et de collaboration (à côté des fiches pour les logiciels fleurissent les tutoriels d’utilisation).

Il faut attendre 2004 pour que ce premier site devienne un annuaire collaboratif de logiciels libres tel qu’on le connaît aujourd’hui. Un outil pratique, fait par et pour des « non-pros » de l’informatique, conçu comme une porte d’entrée vers ce monde numérique où les êtres humains et leurs libertés sont respectés. On y vient pour un besoin logiciel précis, on y retourne pour la chaleur de la communauté, et on se fait délicieusement contaminer par les valeurs du Libre.

« Framalibre – le reboot ? Euh… Hum… Oui-oui ! C’est pour… demain ! »

Cela fait bien cinq ans que nous savons l’annuaire vieillissant, avec des notices trop détaillées qui deviennent vite obsolètes. Cinq ans que d’atermoiements en hésitations (« Faut-il vraiment repartir de zéro ? », se demandait-on avec des yeux de Chat Potté), d’avancées en marches à reculons, nous nous rendons compte qu’il n’est plus adapté ni au Libre (qui désormais déborde largement du champ des seuls logiciels), ni à nos usages (avec des contributions passant par un wiki, un forum, puis un Spip… c’est pas lourd du tout du tout -_-).

Sauf que voilà : on a toujours une urgence qui vient de tomber (entraînée par un de nos serveurs), un nouveau Framabook ou une nouvelle Framakey sur le feu, un Internet à Dégoogliser… Et puis il est difficile d’admettre que le SPIP qui a vaillamment permis notre annuaire (et donc notre page d’accueil) depuis tant d’années n’était plus l’outil le mieux adapté et le plus accessible pour cet usage précis…

Il nous a donc fallu cinq ans (et de multiples abandons/blocages/coup de fouet/reprises du projet) pour vous proposer cette refonte, cette remise à zéro de l’annuaire. Ne vous inquiétez pas, si vous aimez l’ancien, nous en avons gardé une archive juste à cette adresse archive.framalibre.org ;) ! Cinq ans, et le travail conjoint de nombreux membres, salariés, mais surtout partenaires : Smile, dans un premier temps, pour leurs templates de visualisation… Mais surtout Makina Corpus, entreprise toulousaine bien connue des visiteurs du Capitole du Libre, qui nous a fait un design et une intégration Drupal aux petits oignons et nous a accompagnés (avec Framatophe tenant vaillamment le cap) sur les derniers efforts que nous ne savions pas fournir nous-mêmes.

Grâce à ce mécénat de compétences, voici un projet mené à terme !

Voici Framalibre, 2e du nom…

Bon, c’est pas tout ça, mais est-ce que ça valait le coup d’attendre ? Que va-t-on trouver en guise d’annuaire Framasoft ?

Déjà on revient à quelque chose de simple. Les notices sont claires, concises, et vous mènent au plus vite vers le lien officiel de la ressource que vous consultez. Finies les notices hyper-détaillées et trop longues qui deviennent désuètes à la moindre mise à jour ;) ! L’idée principale, c’est de trouver aisément et comme on le souhaite : on peut rechercher une notice selon sa catégorie, utiliser le système de tags, ou même se laisser porter par les suggestions, recommandations, les notices mises en avant, etc.

C’est aussi un annuaire qui facilite la collaboration. Avec un simple compte, vous pouvez voter pour les ressources que vous préférez (et donc les mettre en valeur), corriger ou mettre à jour une notice, en créer une nouvelle dans l’annuaire, ou plus simplement écrire une chronique (un tutoriel, un témoignage, ou bien votre avis sur telle ressource…). Cet annuaire, c’est vous qui le ferez, nous avons donc fait en sorte qu’il vous soit le plus ouvert possible. Et, avec Drupal, gageons que nous pourrons, ensuite, ouvrir les données engrangées via un système d’API (ceci est un souhait, pas une promesse — mais ce serait cool, hein ?)…

Enfin et surtout, Framalibre se veut un annuaire du Libre, en général, et non pas seulement du Logiciel Libre. Car nos vies numériques ne sont plus uniquement « virtuelles », et les libertés que nous défendons et nourrissons vont au-delà du logiciel.

Et voilà le visage du nouvel annuaire !

Désormais, vous pouvez rentrer dans l’annuaire et y trouver :

  • des outils informatifs, catégorie S’informer,
  • des logiciels, du matériel et des jeux de données libres, dans S’équiper,
  • des livres, albums, films et autres œuvres culturelles dans Se cultiver,
  • et même les entreprises, collectifs, associations et autres initiatives du monde du Libre dans pour bien S’entourer.

Depuis 2004, le monde du Libre a bien grandi… Il était temps d’en agrandir une des portes d’entrée ;).

Ouvrons la portes et nos communautés !

Un annuaire, c’est un bouquet de fleurs capiteuses… Attiré·e par la douce odeur de THE information pratique que l’on vient y chercher, on s’enivre du nectar des autres notices à disposition, on se perd dans la navigation et finit par découvrir un nouveau champ de possibilités et de libertés.

Nous ne comptons plus le nombre de fois, sur le stand d’une convention libriste, où nous rencontrons un·e convaincu·e, arborant fièrement le logo de sa « distro GNUnux » favorite sur son T-Shirt, et qui s’écrie plein·e de nostalgie :

« Oooh ! Framasoft ! Je me souviens, c’est sur votre site, là, que j’ai découvert mes premiers logiciels libres ! »

Nous, à l’écoute de telles exclamations (allégorie.)

C’est à nous, désormais, de préparer le terrain pour que les futures générations de libristes tombent dans la marmite de potion magique ! D’ailleurs, un énorme merci aux personnes qui ont saisi les 400 premières notices avant la mise en production <3 ! Oh et au fait : vos comptes beta.framalibre.org fonctionnent désormais sur framalibre.org ;)

C’est à nous, donc, de contribuer à cet annuaire et de le nourrir de ce qui nous intéresse et que l’on souhaite partager. Que ce soit des notices, des chroniques, des corrections ou de simples votes : ce sont toutes vos contributions qui pourront faire le succès de cette renaissance…

Une équipe de modération est déjà en place (mais aura vite besoin de nouveaux bras) et des ateliers de contribution commencent à s’organiser (dont un sur Toulouse, le 22 mars, avec le GULL Toulibre). En cette période où le Libre est en fête, faites-vous une joie de mettre en valeur des œuvres (logicielles, culturelles, matérielles, etc.) libres, parce que vous y contribuez ou en bénéficiez, ou simplement parce que vous les aimez et souhaitez les partager avec le plus grand nombre.

Nous, on va écraser une petite larmichette d’émotion sur cette page qui se tourne, et se remettre au boulot !

Allez, une nouvelle marmite pour tonton Richard !

Pour aller plus loin :

Les Gitlab Pages débarquent dans Framagit !

lun, 20/03/2017 - 06:13

La création d’un site web depuis votre compte Framagit est beaucoup plus souple, et c’est une belle victoire pour le libre !

Attention : ce billet comporte des éléments techniques… Si vous avez un compte Framagit et/ou si vous vous intéressez à la création d’un site web statique depuis un dépôt Git, il est fait pour vous ! Si vous n’avez pas tout compris à cette phrase, la suite va vous paraître délicieusement absurde :p ! NB : l’édition communautaire de Gitlab est la version libre de la forge logicielle Gitlab, qui existe aussi en version non-libre, appelée version entreprise. Bien évidemment, nous utilisons la version libre pour fournir le service Framagit

28 ans d’existence du World Wide Web : vous reprendrez bien un peu d’exploitation ?

mar, 14/03/2017 - 15:22

À l’occasion du 28e anniversaire du World Wide Web, son inventeur Tim Berners-Lee a publié une lettre ouverte dans laquelle il expose ses inquiétudes concernant l’évolution du Web, notamment la perte de contrôle sur les données personnelles, la désinformation en ligne et les enjeux de la propagande politique.

Aral Balkan, qui n’est plus à présenter sur ce blog, lui répond par cet article en reprenant son concept de Capitalisme de surveillance. Comment pouvons-nous arrêter de nous faire exploiter en coopérant avec des multinationales surpuissantes, alors que cela va à l’encontre de leurs intérêts ? Réponse : c’est impossible. À moins de changer de paradigme…

Article original d’Aral Balkan sur son blog :  We did not lose control, it was stolen

Traduction Framalang : Dark Knight, audionuma, bricabrac, dominix, mo, Jerochat, Luc, goofy, lyn, dodosan et des anonymes

Aral Balkan est un militant, concepteur et développeur. Il détient 1/3 de Ind.ie, une petite entreprise sociale qui travaille pour la justice sociale à l’ère du numérique.

Nous n’avons pas perdu le contrôle du Web — on nous l’a volé

12 mars 2017. Le Web que nous avons fonctionne bien pour Google et Facebook. Celles et ceux qui nous exploitent ne respectent pas nos vies privées et en sont récompensé·e·s chaque année par des chiffres d’affaires atteignant des dizaines de milliards de dollars. Comment pourraient-ils être nos alliés ?

Le Web que nous connaissons fait parfaitement l’affaire pour Google. Crédit photo : Jeff Roberts 

 

 

Pour marquer le vingt-huitième anniversaire du World Wide Web, son inventeur Tim Berners-Lee a écrit une lettre ouverte distinguant trois « tendances » principales qui l’inquiètent de plus en plus depuis douze mois :

1.    Nous avons perdu le contrôle de nos données personnelles

2.    Les fausses informations se répandent trop facilement sur le Web

3.    La propagande politique en ligne nécessite de la transparence et de la compréhension

Il est important de noter que ce ne sont pas que des tendances et qu’elles sont entrées en œuvre il y a bien plus de douze mois. Ce sont des symptômes inextricablement liés à l’essence même du Web tel qu’il existe dans le contexte socio-technologique dans lequel nous vivons aujourd’hui, que nous appelons le Capitalisme de surveillance.

Ils sont le résultat du cercle vicieux entre l’accumulation d’informations et de capital, qui nous a laissé une oligarchie de plateformes en situation de monopole qui filtrent, manipulent et exploitent nos vies quotidiennes.

Nous n’avons pas perdu le contrôle du Web — on nous l’a volé

Google et Facebook ne sont pas des alliés dans notre combat pour un futur juste : ils sont l’ennemi.

Tim dit que nous avons « perdu le contrôle de nos données personnelles. »

C’est inexact.

Nous n’avons pas perdu le contrôle : la Silicon Valley nous l’a volé.

Ceux qui nous exploitent, les Google et les Facebook du monde, nous le volent tous les jours.

Vous vous le faites voler par une industrie de courtier·e·s de données, l’industrie de la publicité comportementale (« adtech ») et une longue liste de startups de la Silicon Valley qui cherchent une issue vers un des acteurs les plus établis ou qui essayent de rivaliser avec eux pour posséder une partie de vous.

Tim touche au cœur du problème dans son billet : « Le modèle commercial actuel appliqué par beaucoup de sites Web est de vous offrir du contenu en échange de vos données personnelles. »1

En revanche, aucun exemple ne nous est donné. Aucun nom. Aucune responsabilité n’est attribuée.

Ceux qu’il ne veut pas nommer – Google et Facebook – sont là, silencieux et en retrait, sans être jamais mentionnés, si ce n’est en étant décrits un peu plus loin dans la lettre comme des alliés qui tentent de « combattre le problème » de la désinformation. Est-ce stupide de s’attendre à plus quand on sait que Google est un des plus importants contributeurs aux standards récents du Web du W3C et que ce dernier et Facebook participent tous les deux au financement de la Web Foundation ?

Ceux qui nous exploitent ne sont pas nos alliés

Permettez-moi d’énoncer cela clairement : Google et Facebook ne sont pas des alliés dans notre combat pour un futur juste, ils sont l’ennemi.

Ces plateformes monopolistiques font de l’élevage industriel d’êtres humains et nous exploitent pour la moindre prospection qu’ils pourront tirer.

Si, comme le déclare Tim, le principal défi pour le Web aujourd’hui est de combattre l’exploitation des personnes, et si nous savons qui sont ces exploiteurs, ne devrions-nous pas légiférer pour réfréner leurs abus ?

Le Web, à l’instar du Capitalisme de surveillance, a remarquablement réussi.

La Web Fondation va-t-elle enfin encourager une régulation forte de la collecte, de la conservation et de l’utilisation des données personnelles par les Google, Facebook et consorts ? Va-t-elle promouvoir une forme de réglementation visant à interdire la privatisation des données du monde entier par ces derniers de façon à encourager les biens communs ? Aura-t-elle le cran, dont nous avons plus que jamais besoin, de rejeter la responsabilité à qui de droit et de demander à contrer les violations quotidiennes de nos droits humains perpétrées par les partenaires du W3C et de la Web Foundation elle-même ? Ou est-il insensé de s’attendre à de telles choses de la part d’une organisation qui est si étroitement liée à ces mêmes sociétés qu’elle ne peut paraître indépendante de quelque manière que ce soit ?

Le Web n’est pas cassé, il est perdu.

Le Web est perdu mais il n’est pas cassé. La distinction est essentielle.

Le Web, tout comme le Capitalisme de surveillance lui-même, a réussi de façon spectaculaire et fonctionne parfaitement pour les entreprises. En revanche, la partie est perdue pour nous en tant qu’individus.

Google, Facebook, et les autres « licornes » multimilliardaires sont toutes des success stories du Capitalisme de surveillance. Le Capitalisme de surveillance est un système dont, comme le cancer, la réussite se mesure à sa capacité d’évolution rapide et infinie dans un contexte de ressources finies. Et, tout comme le cancer à son paroxysme, le succès du Capitalisme de surveillance aujourd’hui est sur le point de détruire son hôte. Et d’ailleurs, là encore comme le cancer, non sans nous avoir volé notre bien-être, notre pouvoir et notre liberté d’abord. Le problème est que nos critères de réussite pour le Capitalisme de surveillance ne se préoccupent pas de notre équité, de notre bien-être, de notre capacité d’action et de notre liberté individuelle. Nous ne sommes que du bétail à exploiter, une source infinie de matières premières.

Le Web que nous avons n’est pas cassé pour Google et Facebook. Ceux qui nous exploitent sont récompensés à hauteur de dizaines de milliards de chiffre d’affaires pour s’être introduits dans nos vies. Comment pourraient-ils être nos alliés ?

Tim suggère que « nous devons travailler avec les entreprises du Web pour trouver un équilibre qui redonne aux personnes un juste niveau de contrôle de leurs données. »

Quoi de plus naïf que de nous suggérer de travailler avec les plus gros exploiteurs du Web pour leur rendre cette tâche plus difficile et donc réduire leurs bénéfices ? 2  Quelle raison Google ou Facebook pourraient avoir de réparer le Web que nous avons alors qu’il n’est pas cassé pour eux ? Aucune. Absolument aucune.

Tim dit « Il a fallu chacun de nous pour construire le Web que nous avons, et désormais il est de notre ressort à toutes et tous de construire le Web que nous voulons. »

Je ne suis pas d’accord.

Il a fallu la Silicon Valley (subventionnée par le capital-risque et suivant le modèle commercial de l’exploitation des personnes) pour construire le Web que nous avons.

Et maintenant c’est à nous, qui n’avons aucun lien avec ces entreprises, nous qui ne sommes pas de mèche ou qui ne sommes pas sponsorisé·e·s par ces entreprises, nous qui comprenons que le Big Data est le nouveau nerf de la guerre, de faire pression pour une réglementation forte, de contrer les abus des exploiteurs et de jeter un pont entre le Web que nous avons et celui que nous voulons : du Capitalisme de surveillance vers un monde de souveraineté individuelle et de biens communs.

Pour aller plus loin

, la série du Framablog sous la plume de Christophe Masutti.

Notes de bas de page

1 La réserve étant que même quand vous payez effectivement pour des produits ou des services, il est très probable qu’ils violeront quand même votre identité numérique, à moins qu’ils ne soient conçus par éthique pour être décentralisés et/ou amnésiques.

2 Avant de vous laisser penser que je m’en prends à Tim, ce n’est pas le cas. Par deux fois je l’ai rencontré et nous avons discuté, je l’ai trouvé sincèrement honnête, passionné, humble, attentionné, quelqu’un de gentil. Je pense réellement que Tim se soucie des problèmes qu’il soulève et veut les résoudre. Je pense vraiment qu’il veut un Web qui soit un moyen d’encourager la souveraineté individuelle et des communs. Je ne crois pas, néanmoins, qu’il soit humainement possible pour lui, en tant qu’inventeur du Web, de se détacher assez du Web que nous avons afin de devenir le défenseur du Web que nous voulons. Les entreprises qui ont fait du Web ce qu’il est aujourd’hui (un poste de surveillance) sont sensiblement les mêmes qui composent le W3C et soutiennent la Web Foundation. En tant que leader des deux, les conflits d’intérêts sont trop nombreux pour être démêlés. Je ne suis pas jaloux de la position peu enviable de Tim, dans laquelle il ne peut pas délégitimer Google et Facebook sans délégitimer les organisations qu’il conduit et dans lesquelles leur présence est si importante.

En outre, je pense sincèrement que Tim pensait avoir conçu le Web en lien avec sa philosophie sans réaliser qu’une architecture client/serveur, une fois installée dans un savant mélange de Capitalisme, aurait pour résultat des pôles (les serveurs) se structurant verticalement et s’unifiant — pour finalement devenir des monopoles — comme les Google et Facebook que nous connaissons aujourd’hui. A posteriori, tout est clair et il est facile de faire la critique de décisions d’architecture qui ont été prises 28 ans plus tôt en soulignant les défauts d’un système que personne n’aurait cru capable de grandir autant ni de prendre un rôle central dans nos vies. Si j’avais conçu le Web à l’époque, non seulement j’aurais été un prodige, mais j’aurais probablement pris exactement les mêmes décisions, sans doute en moins bien. Je ne possède rien qui ressemble au cerveau de Tim. Tim a suivi son intuition, et il l’a fait de façon très élégante en construisant les choses les plus simples qui pourraient fonctionner. Cela, ainsi que le fait de l’avoir partagé avec le monde entier, et sa compatibilité avec l’architecture du capitalisme, ont été les raisons du succès du Web. S’il y a une leçon à retenir de cela, c’est que les protocoles sociaux et économiques sont au moins aussi importants que les protocoles réseau et que nous devons leur offrir autant de réflexion et de notoriété dans nos alternatives.

Demain, les développeurs… ?

lun, 06/03/2017 - 00:55

En quelques années à peine s’est élevée dans une grande partie de la population la conscience diffuse des menaces que font peser la surveillance et le pistage sur la vie privée.

Mais une fois identifiée avec toujours plus de précision la nature de ces menaces, nous sommes bien en peine le plus souvent pour y échapper. Nous avons tendance surtout à chercher qui accuser… Certes les coupables sont clairement identifiables : les GAFAM et leur hégémonie bien sûr, mais aussi les gouvernements qui abdiquent leur pouvoir politique et se gardent bien de réguler ce qui satisfait leur pulsion sécuritaire. Trop souvent aussi, nous avons tendance à culpabiliser les Dupuis-Morizeau en les accusant d’imprudence et de manque d’hygiène numérique. C’est sur les utilisateurs finaux que l’on fait porter la responsabilité : « problème entre la chaise et le clavier », « si au moins ils utilisaient de mots de passe compliqués ! », « ils ont qu’à chiffrer leur mails », etc. et d’enchaîner sur les 12 mesures qu’ils doivent prendre pour assurer leur sécurité, etc.

L’originalité du billet qui suit consiste à impliquer une autre cible : les développeurs. Par leurs compétences et leur position privilégiée dans le grand bain numérique, ils sont à même selon l’auteur de changer le cours de choses et doivent y œuvrer.
Les pistes qu’expose Mo Bitar, lui-même développeur (il travaille sur StandardNotes, une application open source de notes qui met l’accent sur la longévité et la vie privée) paraîtront peut-être un peu vagues et idéalistes. Il n’en pointe pas moins une question intéressante : la communauté des codeurs est-elle consciente de ses responsabilités ?

Qu’en pensent les spécialistes de la cybersécurité, les adminsys, la communauté du développement ? — les commentaires sont ouverts, comme d’habitude.

Article original : The Privacy Revolution that never came
Traduction Framalang : tripou, david, goofy, audionuma, MO, lyn., Luc et un anonyme.

La révolution de la vie privée n’a jamais eu lieu Voici pourquoi les développeurs de logiciels détiennent la clef d’un nouveau monde

par Mo Bitar


Actuellement, c’est la guerre sur les réseaux, et ça tire de tous les côtés. Vous remportez une bataille, ils en gagnent d’autres. Qui l’emporte ? Ceux qui se donnent le plus de mal, forcément. Dans cette campagne guerrière qui oppose des méga-structures surdimensionnées et des technophiles, nous sommes nettement moins armés.

Des informations. C’est ce que tout le monde a toujours voulu. Pour un gouvernement, c’est un fluide vital. Autrefois, les informations étaient relativement faciles à contrôler et à vérifier. Aujourd’hui, les informations sont totalement incontrôlables.

Les informations circulent à la vitesse de la lumière, la vitesse la plus rapide de l’univers. Comment pourrait-on arrêter une chose pareille ? Impossible. Nos problèmes commencent quand une structure trop avide pense qu’elle peut le faire.

Telle est la partie d’échecs pour la confidentialité que nous jouons tous aujourd’hui. Depuis le contrôle de l’accès à nos profils jusqu’au chiffrement de nos données en passant par un VPN (réseau privé virtuel) pour les rediriger, nous ne sommes que des joueurs de deuxième zone sur le grand échiquier des informations. Quel est l’enjeu ? Notre avenir. Le contrôle de la vie privée c’est le pouvoir, et les actions que nous menons aujourd’hui déterminent l’équilibre des pouvoirs pour les générations et sociétés à venir. Quand ce pouvoir est entre les mains de ceux qui ont le monopole de la police et des forces armées, les massacres de masse en sont le résultat inévitable.

Alors, où se trouve la révolution sur la confidentialité de nos informations que nous attendons tous ? Ce jour d’apothéose où nous déciderons tous de vraiment prendre au sérieux la question de la confidentialité ? Nous disons : « Je garde un œil dessus, mais pour le moment je ne vais pas non plus me déranger outre mesure pour la confidentialité. Quand il le faudra vraiment, je m’y mettrai ». Ce jour, soit n’arrivera  jamais, soit sous une forme qui emportera notre pays avec lui. Je parle des États-Unis, mais ceci est valable pour tout pays qui a été construit sur des principes solides et de bonnes intentions. Bâtir un nouveau pays n’est pas facile : des vies sont perdues et du sang est inutilement versé dans le processus. Gardons plutôt notre pays et agissons pour l’améliorer.

Les gouvernements peuvent être envahissants, mais ni eux ni les gens ne sont mauvais par nature : c’est l’échelle qui est problématique. Plus une chose grandit, moins on distingue les actions et les individus qui la composent, jusqu’à ce qu’elle devienne d’elle-même une entité autonome, capable de définir sa propre direction par la seule force de son envergure.

Alors, où est notre révolution ?
Du côté des développeurs de logiciels.

Les développeurs de logiciels et ceux qui sont profondément immergés dans la technologie numérique sont les seuls actuellement aptes à déjouer les manœuvres des sur-puissants, des sans-limites. Il est devenu trop difficile, ou n’a jamais vraiment été assez facile pour le consommateur moyen de suivre l’évolution des meilleurs moyens de garder le contrôle sur ses informations et sa vie privée. La partie a été facile pour le Joueur 1 à tel point que le recueil des données s’est effectué à l’échelle de milliards d’enregistrements par jour. Ensuite sont arrivés les technophiles, des adversaires à la hauteur, qui sont entrés dans la danse et sont devenus de véritables entraves pour le Joueur 1. Des technologies telles que Tor, les VPN, le protocole Torrent et les crypto-monnaies rendent la tâche extrêmement difficile pour les sur-puissants, les sans-limites. Mais comme dans tous les bons jeux, chaque joueur riposte plus violemment à chaque tour. Et notre équipe perd douloureusement.

Même moi qui suis développeur de logiciels, je dois admettre qu’il n’est pas facile de suivre la cadence des dernières technologies sur la confidentialité. Et si ce n’est pas facile pour nous, ce ne sera jamais facile pour l’utilisateur lambda des technologies informatiques. Alors, quand la révolution des données aura-t-elle lieu ? Jamais, à ce rythme.

Tandis que nous jouissons du luxe procuré par la société moderne, sans cesse lubrifiée par des technologies qui nous libèrent de toutes les corvées et satisfont tous les besoins, nous ne devons pas oublier d’où nous venons. Les révolutions de l’histoire n’ont pas eu lieu en 140 caractères ; elles se sont passées dans le sang, de la sueur et des larmes, et un désir cannibale pour un nouveau monde. Notre guerre est moins tangible, n’existant que dans les impulsions électriques qui voyagent par câble. « Où se trouve l’urgence si je ne peux pas la voir ? » s’exclame aujourd’hui l’être humain imprudent, qui fonctionne avec un système d’exploitation biologique dépassé, incapable de pleinement comprendre le monde numérique.

Mais pour beaucoup d’entre nous, nos vies  numériques sont plus réelles que nos vies biologiques. Dans ce cas, quel est l’enjeu ? La manière dont nous parcourons le monde dans nos vies numériques. Imaginez que vous viviez dans un monde où, dès que vous sortez de chez vous pour aller faire des courses, des hommes en costume noir, avec des lunettes de soleil et une oreillette, surveillent votre comportement, notent chacun de vos mouvements et autres détails, la couleur de vos chaussures ce jour-là, votre humeur, le temps que vous passez dans le magasin, ce que vous avez acheté, à quelle vitesse vous êtes rentré·e chez vous, avec qui vous vous déplaciez ou parliez au téléphone – toutes ces métadonnées. Comment vous sentiriez-vous si ces informations étaient recueillies sur votre vie, dans la vraie vie ? Menacé·e, certainement. Biologiquement menacé·e.

Nos vies sont numériques. Bienvenue à l’évolution. Parcourons un peu notre nouveau monde. Il n’est pas encore familier, et ne le sera probablement jamais. Comment devrions-nous entamer nos nouvelles vies dans notre nouveau pays, notre nouveau monde ? Dans un monde où règnent contrôle secret et surveillance de nos mouvements comme de nos métadonnées ? Ou comme dans une nouvelle vieille Amérique, un lieu où être libre, un lieu  où  on peut voyager sur des milliers de kilomètres : la terre promise.

Construisons notre nouveau monde sur de bonnes bases. Il existe actuellement des applications iPad qui apprennent aux enfants à coder – pensez-vous que cela restera sans conséquences ? Ce qui est aujourd’hui à la pointe de la technologie, compréhensible seulement par quelques rares initiés, sera connu et assimilé demain par des enfants avant leurs dix ans. Nous prétendons que la confidentialité ne sera jamais généralisée parce qu’elle est trop difficile à cerner. C’est vrai. Mais où commence-t-elle ?

Elle commence lorsque ceux qui ont le pouvoir de changer les choses se lèvent et remplissent leur rôle. Heureusement pour nous, cela n’implique pas de se lancer dans une bataille sanglante. Mais cela implique de sortir de notre zone de confort pour faire ce qui est juste, afin de protéger le monde pour nous-mêmes et les générations futures. Nous devons accomplir aujourd’hui ce qui est difficile pour le rendre facile aux autres demain.

Jeune nerd à qui on vient de demander de sauver le monde, dessin de Simon « Dr Gee » Giraudot, Licence Creative Commons BY SA

Développeur ou développeuse, technophile… vous êtes le personnage principal de ce jeu et tout dépend de vos décisions et actions présentes. Il est trop fastidieux de gérer un petit serveur personnel ? Les générations futures ne seront jamais propriétaires de leurs données. Il est trop gênant d’utiliser une application de messagerie instantanée chiffrée, parce qu’elle est légèrement moins belle ? Les générations futures ne connaîtront jamais la confidentialité de leurs données. Vous trouvez qu’il est trop pénible d’installer une application open source sur votre propre serveur ? Alors les générations à venir ne profiteront jamais de la maîtrise libre de leurs données.

C’est à nous de nous lever et de faire ce qui est difficile pour le bien commun. Ce ne sera pas toujours aussi dur. C’est dur parce que c’est nouveau. Mais lorsque vous et vos ami⋅e⋅s, vos collègues et des dizaines de millions de développeurs et développeuses auront tous ensemble fait ce qui est difficile, cela restera difficile pendant combien de temps, à votre avis ? Pas bien longtemps. Car comme c’est le cas avec les économies de marché, ces dizaines de millions de développeurs et développeuses deviendront un marché, aux besoins desquels il faudra répondre et à qui on vendra des produits. Ainsi pourra s’étendre et s’intensifier dans les consciences le combat pour la confidentialité.

Pas besoin d’attendre 10 ans pour que ça se produise. Pas besoin d’avoir dix millions de développeurs. C’est de vous qu’on a besoin.

 

Sur la piste du pistage

mer, 22/02/2017 - 06:53
La revue de presse de Jonas@framasoft, qui paraît quand il a le temps. Épisode No 3/n

Facebook juge de ce qui est fiable ou non

Le nouvel algorithme de Facebook, qui permet de mettre en avant (ou reléguer aux oubliettes) les informations sur votre mur, cherche à faire du fact-checking. C’est logique : plutôt que de donner la maîtrise à l’utilisateur de ses fils de données, pourquoi ne pas rafistoler les bulles de filtre que le réseau social a lui-même créées ?

Un article à lire chez Numérama.

Le pistage par ultrasons contribue à nous profiler et permet de repérer les utilisateurs de Tor

Les annonceurs et les spécialistes du marketing ont la possibilité d’identifier et de pister des individus en insérant des fréquences audio inaudibles dans une publicité diffusée à la télévision, sur une radio ou en ligne. Ces ultrasons pouvant être captés à proximité par les micros des ordinateurs ou des smartphones, vont alors interpréter les instructions (…) Les annonceurs s’en servent pour lier différents dispositifs au même individu et ainsi créer de meilleurs profils marketing afin de mieux diffuser des publicités ciblées dans le futur.

L’année dernière, des chercheurs ont expliqué que des attaquants pourraient pirater ces ultrasons pour pirater un dispositif (ordinateur ou smartphone). Cette fois-ci, ce sont 6 chercheurs qui ont expliqué que cette technique peut également servir à désanonymiser les utilisateurs de Tor.

Un article à lire chez Developpez.com

Les parents allemands ne veulent pas de la poupée qui espionne leurs enfants

D’après cet article signalé par l’indispensable compte Twitter de Internet of Shit

Les chercheurs expliquent que les pirates peuvent utiliser un dispositif Bluetooth inclus dans la poupée My Friend Cayla pour écouter les enfants et leur parler pendant qu’ils jouent.

La commissaire européenne à la Justice, à la Consommation et à l’Égalité des sexes, Vera Jourova, a déclaré à la BBC :  » je suis inquiète de l’impact des poupées connectées sur la vie privée et la sécurité des enfants ».

Selon les termes de la loi allemande, il est illégal de vendre ou détenir un appareil de surveillance non-autorisé. Enfreindre la loi peut coûter jusqu’à 2 ans de prison.

L’Allemagne a des lois très strictes pour s’apposer à la surveillance. Sans doute parce qu’au siècle dernier le peuple allemand a subi une surveillance abusive, sous le nazisme puis sous le régime communiste de l’Allemagne de l’est.

Euh, et en France, tout va bien ?

image par Cathie Passion (CC BY-SA 2.0)

 

Des métadonnées Twitter…

lun, 20/02/2017 - 07:37

S’il est de notoriété publique que nos données personnelles sont enregistrées et utilisées par les G.A.F.A.M., il est en revanche moins connu que certaines de ces données sont utilisables par tout le monde. Et c’est bien là le point faible de toute campagne de prévention : on a beau dire que nos données sont utilisées, il est peu fréquent que nos paroles soient illustrées.

x0rz publie sur son blog un billet qui illustre parfaitement ce problème. En effet, il a écrit un petit script Python (moins de 400 lignes de code) qui récupère et synthétise les métadonnées Twitter, accessible par n’importe qui.

Ce billet ouvre deux perspectives :

  • Concernant le harcèlement numérique : certes ces données sont publiques, mais il faut tout de même quelques capacités en programmation pour les exploiter, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde. Imaginons qu’apparaissent de plus en plus de programmes grand public permettant d’accumuler et synthétiser ces données. Il deviendra alors plus facile pour un particulier d’identifier et de traquer une autre personne.
  • Concernant les métadonnées en général : dans cet exemple, les données analysées restent très basiques (heure et localisation). Nous arrivons toutefois, par l’accumulation et le recoupement, à déduire des informations intéressantes de ces « méta-métadonnées », et à identifier nettement une personne. Imaginons que les métadonnées enregistrées soient plus précises et plus nombreuses, les informations obtenues seraient alors d’une importance et d’une précision inimaginables. Est-ce alors nécessaire de mentionner qu’à la fois les entreprises (ici Twitter) et les agences gouvernementales ont accès à ce genre de métadonnées ?

Article original écrit par x0rz, consultant en sécurité informatique, sur son blog.

Traduction Framalang : mo, mathis, goofy, valvin, Diane, Moriarty, Bromind et des anonymes

Vous serez surpris par tout ce que vos tweets peuvent révéler de vous et de vos habitudes Une analyse de l’activité des comptes Twitter

J’utilise Twitter tous les jours. Pour moi qui suis consultant en cybersécurité, c’est de loin un des meilleurs outils pour rester informé des dernières actualités et pour partager des informations qu’on estime pertinentes pour d’autres. Avec la récente investiture de Donald Trump, les dingos de Twitter de la nouvelle administration et l’émergence de groupes de résistance sur Twitter, j’ai décidé de démontrer à quel point il est facile d’exposer des informations révélatrices à partir du compte de quelqu’un d’autre, sans même le pirater.

Métadonnées

Comme tous les réseaux sociaux, Twitter sait beaucoup de choses sur vous, grâce aux métadonnées. En effet, pour un message de 140 caractères, vous aurez un paquet de métadonnées, plus de 20 fois la taille du contenu initial que vous avez saisi ! Et vous savez quoi ? Presque toutes les métadonnées sont accessibles par l’API ouverte de Twitter.
Voici quelques exemples qui peuvent être exploités par n’importe qui (pas seulement les gouvernements) pour pister quelqu’un et en déduire son empreinte numérique :

  • Fuseau horaire et langue choisie pour l’interface de twitter
  • Langues détectées dans les tweets
  • Sources utilisées (application pour mobile, navigateur web…)
  • Géolocalisation
  • Hashtags les plus utilisés, utilisateurs les plus retweetés, etc.
  • Activité quotidienne/hebdomadaire

Un exemple d’analyse de tweet (2010, l’API a beaucoup changé depuis).

Tout le monde connaît les dangers des fuites de géolocalisation et à quel point elles nuisent à la confidentialité. Mais peu de gens se rendent compte que tweeter de façon régulière suffit à en dire beaucoup sur vos habitudes.
Prendre séparément un tweet unique peut révéler des métadonnées intéressantes. Prenez-en quelques milliers et vous allez commencer à voir se dessiner des lignes directrices. C’est là que ça devient amusant.

Méta-métadonnées

Une fois qu’on a collecté suffisamment de tweets d’un compte on peut par exemple identifier ceux qui relèvent d’une entreprise (émettant uniquement pendant les horaires de bureau) et même essayer de deviner combien d’utilisateurs interagissent avec ce compte.
Pour prouver ce que j’avance, j’ai développé un script en python qui récupère tous les derniers tweets de quelqu’un, extrait les métadonnées, et mesure l’activité en fonction de l’heure et du jour de la semaine.

Analyse du compte de @Snowden

Snowden a posté 1682 tweets depuis septembre 2015. Comme on peut le voir ci-dessous, il est facile de déterminer son rythme de sommeil (fuseau horaire de Moscou).

Activité du compte Twitter de Snowden

Analyse du compte de @realdonaldtrump

Est-ce que le compte de Donald Trump est géré par plusieurs personnes ? Cette fois en observant le nombre de sources détectées, je vous laisse deviner…

Sources des tweets du compte de Donald Trump

Recommandations générales

Je vous recommande fortement de lire les conseils de sécurité Twitter du Grugq. En plus de ce guide, je vous conseille d’être prudents avec les fuseaux horaires et les langues que vous utilisez, et d’être également conscients que vos tweets peuvent être analysés comme un tout : ne tweetez pas toujours à la même heure si vous ne voulez pas que les gens devinent votre fuseau horaire. Bien sûr, ces principes sont valables seulement si vous souhaitez rester anonyme, ne les appliquez pas à votre compte principal (ce serait une perte de temps) !

Code source

J’ai publié mon script sur GitHub. C’est open source donc n’hésitez pas à contribuer

Facebook n’est pas un réseau social, c’est un scanner qui nous numérise

lun, 20/02/2017 - 01:07

Aral Balkan est dans le monde de l’informatique une voix singulière, peut-être signe d’un changement de mentalités au sein de cette nébuleuse généralement plus préoccupée de technologie que de la marche du monde.

C’est en effet sur le terrain politique et même idéologique (ça y est, en deux mots on a déjà perdu les startupers !) qu’il place son travail, dans une perspective militante.

Contempteur sans concession du « capitalisme de surveillance » ( voir ce que nous avons publié sur cette question), il se place ici en rupture totale avec le discours à visée hégémonique que vient de tenir Mark Zuckerberg.

Pour Aral Balkan, tous les objets numériques qui nous prolongent sont autant d’émanations fragmentaires de notre personnalité, nous devrions donc en reconquérir la souveraineté et en défendre les droits battus en brèche par les Léviathans qui les captent et les monétisent.

il nous faut selon lui travailler à créer un autre monde (eh oui, carrément) où nous aurions retrouvé la maîtrise de toutes les facettes de nos personnalités numériques, il indique même quelques pistes dont certaines sont « déjà là » : les biens communs, les licences libres, le pair à pair…

Certains ne manqueront pas de traiter sa vision d’utopie avec un haussement d’épaules, avant de se résigner à un statu quo qui mutile notre humanité.

Découvrez plutôt sans préjugés un discours disruptif qui peut-être porte en germe une flexion décisive dans notre rapport au numérique.

Article original d’Aral Balkan sur son blog : Encouraging individual sovereignty and a healthy commons

Traduction Framalang : mo, panique, jaaf, valvin, goofy, jeromecc

Encourager la maîtrise de chacun et la bonne santé des biens communs

Dans son manifeste récent Mark Zuckerberg mettait en valeur sa vision d’une colonie mondiale centralisée dont les règles seraient dictées par l’oligarchie de la Silicon Valley.

J’affirme que nous devons faire exactement l’inverse et œuvrer à un monde fondé sur la souveraineté individuelle et un patrimoine commun sain.

Nous sommes des êtres fragmentés. Construisons un monde où nous détenons et contrôlons toutes les facettes de notre personnalité.

 

Mark Zuckerberg a publié un manifeste intitulé « Construisons une communauté mondiale » dans lequel il détaille comment lui, un des 8 plus riches milliardaires au monde) et son empire entrepreneurial américain/multinational, Facebook Inc., vont résoudre tous les maux du monde.

Dans sa vision grandiose pour l’humanité, Mark revient sur la façon dont fondamentalement, Facebook « nous rapproche » en « connectant nos amis et nos familles ». Ce que Mark oublie de dire c’est que Facebook ne connecte pas les gens entre eux ; Facebook connecte les gens à Facebook Inc.

Facebook : Le mythe. Mark souhaite que vous pensiez que Facebook vous connecte les uns aux autres.

Facebook : la réalité. Facebook vous connecte à Facebook Inc.

Le modèle économique de Facebook c’est d’être « l’homme du milieu » : il consiste à pister tous vos comportements, votre famille, vos amis, à stocker indéfiniment des informations et les analyser en permanence pour vous connaître, vous exploiter en vous manipulant afin d’en tirer un bénéfice financier ou politique.

Facebook n’est pas un réseau social, c’est un scanner qui numérise les être humains. C’est, pour ainsi dire, une caméra qui capte votre âme.
Le business de Facebook consiste à créer un double de vous-même, à s’emparer de ce double et à le contrôler, pour vous posséder et vous contrôler.

Quand Mark vous demande de lui faire confiance pour être un roi bienveillant, je réponds que nous bâtirons un monde sans roi.

Le modèle économique de Facebook, Google et de la cohorte des startups financées par le capital-risque de la Silicon Valley, j’appelle ça de l’élevage d’être humains. Facebook est une ferme industrielle pour les êtres humains. Et le manifeste de Mark n’est rien d’autre que la dernière tentative d’un milliardaire paniqué pour enjoliver un modèle d’affaires répugnant fondé sur la violation des droits humains avec l’objectif faussement moral de se débarrasser de la réglementation et de justifier un désir décomplexé de créer une seigneurie à l’échelle planétaire, en connectant chacun d’entre nous à Facebook, Inc.

Refusons une colonie globale

Le manifeste de Mark ne vise pas à construire une communauté globale, il vise à construire une colonie globale – dont il serait le roi et dont son entreprise et l’oligarchie de la Silicon Valley seraient la cour.

Facebook veut nous faire croire qu’il s’agit d’un parc de loisirs alors qu’il s’agit d’un centre commercial.

Ce n’est pas le rôle d’une entreprise de « développer l’infrastructure sociale d’une communauté » comme Mark veut le faire. L’infrastructure sociale doit faire partie des biens communs, et non pas appartenir aux entreprises monopolistiques géantes comme Facebook. La raison pour laquelle nous nous retrouvons dans un tel bazar avec une surveillance omniprésente, des bulles de filtres et des informations mensongères (de la propagande) c’est que, précisément, la sphère publique a été totalement détruite par un oligopole d’infrastructures privées qui se présente comme un espace public.

Facebook veut nous faire croire qu’il s’agit d’un parc alors qu’il s’agit d’un centre commercial. La dernière chose dont nous ayons besoin c’est d’une infrastructure numérique encore plus centralisée et détenue par des intérêts privés pour résoudre les problèmes créés par une concentration sans précédent de puissance, de richesse et de contrôle entre les mains de quelques-uns. Il est grand temps que nous commencions à financer et à construire l’équivalent numérique de parcs à l’ère du numérique au lieu de construire des centres commerciaux de plus en plus grands.

D’autres ont critiqué en détail le manifeste de Mark. . Je ne vais pas répéter ici ce qu’ils ont dit. Je voudrais plutôt me concentrer sur la manière dont nous pouvons construire un univers radicalement différent de celui de la vision de Mark. Un monde dans lequel, nous, individus, au lieu des entreprises, aurons la maîtrise et le contrôle de notre être. En d’autres termes, un monde dans lequel nous aurons la souveraineté individuelle.

Là où Mark vous demande de lui faire confiance en tant que roi bienveillant, je réponds : construisons un monde sans roi. Là où la vision de Mark s’enracine dans le colonialisme et la perpétuation d’un pouvoir et d’un contrôle centralisés, la mienne est fondée sur la souveraineté individuelle et avec des biens communs en bonne santé et distribués.

La souveraineté individuelle et le moi cybernétique.

Nous ne pouvons plus nous offrir le luxe de ne pas comprendre la nature du « moi » à l’âge numérique. L’existence même de nos libertés et de la démocratie en dépend.
Nous sommes (et nous le sommes depuis un moment maintenant) des organismes cybernétiques.
Nous devons résister de toutes nos forces à toute tentative de réduire les personnes à des propriétés.

En cela, je ne veux pas faire référence à la représentation stéréotypée des cyborgs qui prévaut en science-fiction et dans laquelle la technologie se mélange aux tissus humains. Je propose plutôt une définition plus générale dans laquelle le terme s’applique à toute extension de notre esprit et de notre moi biologique par la technologie. Bien que les implants technologiques soient certainement réalisables, possibles et avérés, le principal moyen par lequel nous amplifions aujourd’hui notre moi avec la technologie, ce n’est pas par des implants mais par des explants.

Nous sommes des êtres fragmentés ; la somme de nos différents aspects tels que contenus dans nos êtres biologiques aussi bien que dans la myriade de technologies que nous utilisons pour étendre nos capacités biologiques.

Nous devons protéger par voie constitutionnelle la dignité et le caractère sacro-saint du moi étendu.

 

Une fois que nous avons compris cela, il s’ensuit que nous devons étendre les protections du moi au-delà de nos limites biologiques pour y inclure toutes ces technologies qui servent à nous prolonger. Par conséquent, toute tentative par des tierces parties de posséder, contrôler et utiliser ces technologies comme une marchandise est une tentative de posséder, contrôler et monétiser les éléments constitutionnels des individus comme des marchandises. Pour faire court, c’est une tentative de posséder, contrôler et utiliser les êtres humains comme des marchandises.

Inutile de dire que nous devons résister avec la plus grande vigueur à toute tentative de réduire les êtres humains à de la marchandise. Car ne pas le faire, c’est donner notre consentement tacite à une nouvelle servitude : une servitude qui ne fait pas commerce des aspects biologiques des êtres humains mais de leurs paramètres numériques. Les deux, bien sûr, n’existent pas séparément et ne sont pas réellement séparables lorsque la manipulation de l’un affecte nécessairement l’autre.

Au-delà du capitalisme de surveillance

À partir du moment où nous comprenons que notre relation à la technologie n’est pas une relation maître/esclave mais une relation organisme cybernétique/organe ; à partir du moment où nous comprenons que nous étendons notre moi par la technologie et que notre technologie et nos données font partie des limites de notre moi, alors nous devons nous battre pour que légalement les protections constitutionnelles du moi que nous avons gravées dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et mises en application dans la myriade des législations nationales soient étendues à la protection du moi en tant qu’être cybernétique.

Il s’ensuit également que toute tentative de violation des limites de ce moi doit être considérée comme une attaque du moi cybernétique. C’est précisément cette violation qui constitue aujourd’hui le modèle économique quotidien de Facebook, Google et des majors de la technologie de la Sillicon Valley. Dans ce modèle, que Shoshana Zuboff appelle le capitalisme de surveillance, ce que nous avons perdu, c’est notre souveraineté individuelle. Les personnes sont à nouveau redevenues des possessions, bien que sous forme numérique et non biologique.

Pour contrer cela, nous devons construire une nouvelle infrastructure pour permettre au personnes de regagner cette souveraineté individuelle. Ces aspects de l’infrastructure qui concernent le monde qui nous entoure doivent appartenir aux biens communs et les aspects qui concernent les gens – qui constituent les organes de notre être cybernétique – doivent être détenus et contrôlés par les individus eux-mêmes.

Ainsi, par exemple, l’architecture d’une ville intelligente et les données sur le monde qui nous entoure (les données sur notre environnement) doivent appartenir aux biens communs, tandis que votre voiture intelligente, votre smartphone, votre montre connectée, votre peluche intelligente, etc. et les données qu’ils collectent (les données sur les individus) doivent rester votre possession.

Pour un Internet des individus

Imaginez un monde où chacun possède son propre espace sur Internet, fondé sur les biens communs. Cela représente un espace privé (un organe de notre être cybernétique) auquel nos appareils dits intelligents (qui sont aussi des organes), peuvent se connecter.

Au lieu d’envisager cet espace comme un nuage personnel, nous devons le considérer comme un nœud particulier, permanent, dans une infrastructure de pair à pair dans laquelle nos appareils divers (nos organes) se connectent les uns aux autres. En pratique, ce nœud permanent est utilisé pour garantir la possibilité de trouver localisation (à l’origine en utilisant des noms de domaine) et la disponibilité (car il est hébergé/toujours en service) tandis que nous passerons de l’architecture client/serveur du Web actuel à l’architecture de pair à pair de la prochaine génération d’Internet.

Chacun a son propre espace sur Internet, auquel tous ses objets se connectent.

Un Internet des individus

L’infrastructure que nous construirons doit être fondée sur les biens communs, appartenir aux biens communs et être interopérable. Les services eux-mêmes doivent être construits et hébergés par une pléthore d’organisations individuelles, non par des gouvernements ou par des entreprises gigantesques, travaillant avec des protocoles interopérables et en concurrence pour apporter à ceux qu’elles servent le meilleur service possible. Ce n’est pas un hasard : ce champ sévèrement limité du pouvoir des entreprises résume l’intégralité de leur rôle dans une démocratie telle que je la conçois.

L’unique but d’une entreprise devrait être de rivaliser avec d’autres organisations pour fournir aux personnes qu’elles servent le meilleur service possible. Cela contraste radicalement avec les énormes dispositifs que les entreprises utilisent aujourd’hui pour attirer les individus (qu’ils appellent des « utilisateurs ») sous de faux prétextes (des services gratuits à l’intérieur desquels se trouvent les produits destinés à la vente) dans le seul but de les rendre dépendants, de les piéger et de les enfermer dans des technologies propriétaires, en faire l’élevage, manipuler leur comportement et les exploiter pour en tirer un bénéfice financier et politique.

Dans l’entreprenocratie d’aujourd’hui, nous – les individus – sommes au service des entreprises. Dans la démocratie de demain, les entreprises devront être à notre service.

Les fournisseurs de services doivent, naturellement, être libres d’étendre les fonctionnalités du système tant qu’ils partagent les améliorations en les remettant dans les biens communs (« partage à l’identique »), évitant ainsi le verrouillage. Afin de fournir des services au-dessus et au-delà des services de base fondés sur les biens communs, les organisations individuelles doivent leur attribuer un prix et faire payer les services selon leur valeur ajoutée. De cette manière, nous pouvons construire une économie saine basée sur la compétition reposant sur un socle éthiquement sain à la place du système de monopoles que nous rencontrons aujourd’hui reposant sur une base éthiquement pourrie. Nous devons le faire sans compliquer le système tout entier dans une bureaucratie gouvernementale compliquée qui étoufferait l’expérimentation, la compétition et l’évolution décentralisée et organique du système.

Une économie saine fondée sur un base éthique

 

Interopérabilité, technologies libres avec des licences « partage à l’identique », architecture de pair à pair (par opposition à une architecture client/serveur), et un cœur fondé sur les biens communs : tels sont les garde-fous fondamentaux pour empêcher le nouveau système de se dégrader en une nouvelle version du Web de surveillance monopolistique, tel que nous connaissons aujourd’hui. C’est notre manière d’éviter les économies d’échelle et de rompre la boucle de rétroaction entre l’accumulation d’informations et la richesse qui est le moteur principal du capitalisme de la surveillance.

Pour être tout à fait clair, nous ne parlons pas d’un système qui peut s’épanouir sous le diktat du dernier round d’un capitalisme de surveillance. C’est un système néanmoins, qui peut être construit dans les conditions actuelles pour agir comme un pont entre le statu quo et un monde post-capitaliste durable.

Construire le monde dans lequel vous voulez vivre

Dans un discours que j’ai tenu récemment lors d’un événement de la Commission européenne à Rome, je disais aux auditeurs que nous devions « construire le monde dans lequel nous voulons vivre ». Pour moi, ce n’est pas un monde détenu et contrôlé par une poignée d’oligarques de la Silicon Valley. C’est un monde avec des biens communs sains, dans lequel – en tant que communauté – nous possédons et contrôlons collectivement ces aspects de notre existence qui nous appartiennent à tous, et dans lequel aussi — en tant qu’individus — nous sommes maîtres et avons le contrôle des aspects de notre existence qui n’appartiennent qu’à nous.

Imaginez un monde où vous et ceux que vous aimez disposeraient d’une agence démocratique ; un monde où nous bénéficierions tous d’un bien-être de base, de droits et de libertés favorables à notre dignité d’êtres cybernétiques. Imaginez un monde durable libéré de l’avidité destructrice et à court terme du capitalisme et dans lequel nous ne récompenserions plus les sociopathes lorsqu’ils trouvent des moyens encore plus impitoyables et destructeurs d’accumuler les richesses et la puissance aux dépens des autres. Imaginez un monde libre, soustrait (non plus soumis) à la boucle de rétroaction de la peur fabriquée et de la surveillance omniprésente qui nous entraîne de plus en plus profondément dans un nouveau vortex du fascisme. Imaginez un monde dans lequel nous nous octroierions la grâce d’une existence intellectuellement riche où nous serions libres d’explorer le potentiel de notre espèce parmi les étoiles.
Tel est le monde pour lequel je me lève chaque jour afin d’y travailler. Non par charité. Non pas parce que je suis un philanthrope. En fait sans aucune autre raison que celle-ci : c’est le monde dans lequel je veux vivre.

 – – –

Aral Balkan est un militant, concepteur et développeur. Il détient 1/3 de Ind.ie, une petite entreprise sociale qui travaille pour la justice sociale à l’ère du numérique.

Être un géant du mail, c’est faire la loi…

ven, 17/02/2017 - 07:37

Google, Yahoo, Microsoft (Outlook.com & Hotmail) voient forcément vos emails. Que vous soyez chez eux ou pas, nombre de vos correspondant·e·s y sont (c’est mathématique !), ce qui fait que vos échanges finissent forcément par passer sur leurs serveurs. Mais ce n’est pas là le seul problème.

Quand les facteurs deviennent shérifs…

« Bonjour, c’est moi qui fais la loi ! »
Par Mennonite Church USA ArchivesAlta Hershey, Incoming Mail, 1957, No restrictions, Link

Ça, c’est côté public : « Tout le monde est chez eux, alors au final, que j’y sois ou pas, qu’est-ce que ça change ? ». En coulisses, côté serveurs justement, ça change tout. La concentration des utilisateurs est telle qu’ils peuvent de fait imposer des pratiques aux « petits » fournisseurs d’emails, de listes de diffusion, etc. Ben oui : si vous ne respectez pas les exigences de Gmail, les emails que vous enverrez vers tou·te·s leurs utilisateurs et utilisatrices peuvent passer en spam, voire être tout bonnement bloqués.

Comme pour Facebook, on se trouve face à un serpent qui se mord la queue : « Tous mes amis sont dessus, alors je peux pas aller sur un autre réseau… » (phrase entendue lors des début de Twitter, Instagram, Snapchat, et Framasphère*…). Sauf qu’en perdurant chez eux, on devient aussi une part de la masse qui leur confère un pouvoir sur la gouvernance – de fait – d’Internet !

Il n’y a pas de solutions idéale (et, s’il vous plaît, ne jugeons pas les personnes qui participent à ces silos… elles sont souvent pas très loin dans le miroir

Chez soi comme au bureau, les applications vampirisent nos données

jeu, 16/02/2017 - 03:55

On n’en peut plus des applis ! Depuis longtemps déjà leur omniprésence est envahissante et nous en avons parlé ici et . Comme le profit potentiel qu’elles représentent n’a pas diminué, leur harcèlement n’a fait qu’augmenter

Aujourd’hui un bref article attire notre attention sur les applications comme vecteurs d’attaques, dangereuses tant pour la vie privée que pour la vie professionnelle.

Avertissement : l’auteur est vice-président d’une entreprise qui vend de la sécurité pour mobile…aux entreprises, d’où la deuxième partie de son article qui cible l’emploi des applications dans le monde du travail, et où manifestement il « prêche pour sa paroisse ».

Il nous a semblé que sa visée intéressée n’enlève rien à la pertinence de ses mises en garde.

Article original paru dans TechCrunch : Attack of the apps

Traduction Framalang : dodosan, goofy, savage, xi,  Asta

Quand les applis attaquent

par Robbie Forkish

Ça paraît une bonne affaire : vos applis favorites pour mobile sont gratuites et en contrepartie vous regardez des pubs agaçantes.

Mais ce que vous donnez en échange va plus loin. En réalité, vous êtes obligé⋅e de céder un grand nombre d’informations privées. Les applications mobiles collectent une quantité énorme de données personnelles : votre emplacement, votre historique de navigation sur Internet, vos contacts, votre emploi du temps, votre identité et bien davantage. Et toutes ces données sont partagées instantanément avec des réseaux de publicité sur mobile, qui les utilisent pour déterminer la meilleure pub pour n’importe quel utilisateur, en tout lieu et à tout moment.

Donc le contrat n’est pas vraiment d’échanger des pubs contre des applis, c’est plutôt de la surveillance sur mobile contre des applis. En acceptant des applis gratuites et payées par la pub sur nos mobiles, nous avons consenti à un  modèle économique qui implique une surveillance complète et permanente des individus. C’est ce qu’Al Gore appelait très justement une économie du harcèlement.

Pourquoi nos données personnelles, notre géolocalisation et nos déplacements sont-ils tellement convoités par les entreprises commerciales ? Parce que nous, les consommateurs, avons toujours et partout notre smartphone avec nous, et qu’il transmet sans cesse des données personnelles en tout genre. Si les annonceurs publicitaires savent qui nous sommes, où nous sommes et ce que nous faisons, ils peuvent nous envoyer des publicités plus efficacement ciblées. Cela s’appelle du marketing de proximité. C’est par exemple la pub du Rite Aid (NdT chaîne de pharmacies) qui vous envoie un message téléphonique quand vous circulez dans les rayons : « Vente flash : -10 % sur les bains de bouche ! »

Ça paraît inoffensif, juste agaçant. Mais cela va bien plus loin. Nous avons maintenant accepté un système dans lequel un site majeur de commerce en ligne peut savoir par exemple, qu’une adolescente est enceinte avant que ses parents ne le sachent, simplement en croisant les données de ses achats, son activité et ses recherches. Ce site de vente en ligne peut alors la contacter par courrier traditionnel ou électronique, ou encore la cibler via son téléphone lorsqu’elle est à proximité d’un point de vente. Nous n’avons aucune chance de voir disparaître un jour cette intrusion dans notre vie privée tant que le profit économique sera juteux pour les développeurs d’applications et les agences de publicité.

Un smartphone compromis représente une menace pas seulement pour l’employé visé mais pour l’entreprise tout entière.

D’accord, cette forme de surveillance du consommateur est intrusive et terrifiante. Mais en quoi cela menace-t-il la sécurité de l’entreprise ? C’est simple. À mesure que les appareils mobiles envahissent le monde du business, les fuites de ces appareils ouvrent la porte de l’entreprise aux piratages, aux vols de données et à des attaques paralysantes.

Si par exemple une entreprise laisse ses employés synchroniser leurs agendas et comptes mail professionnels avec leurs appareils mobiles personnels, cela ouvre la porte à toutes sortes de risques. D’un coup, les téléphones des employés contiennent les informations de contact de tout le monde dans l’organisation ou ont la possibilité d’y accéder. À fortiori, n’importe quelle autre application mobile qui demandera l’accès aux contacts et agendas des employés aura accès aux noms et titres des employés de la compagnie, aussi bien qu’aux numéros de toutes les conférences téléphoniques privées. Cette information peut facilement être utilisée pour une attaque par hameçonnage par une application malveillante ou un pirate.

Elles sont jolies les applis, non ? – Image créée par Tanja Cappell (CC BY-SA 2.0)

Pire, de nombreuses applications monétisent leurs bases d’utilisateurs en partageant les données avec des réseaux publicitaires qui repartagent et mutualisent les données avec d’autres réseaux, aussi est-il impossible de savoir exactement où vont les données et si elles sont manipulées de manière sécurisée par n’importe laquelle des nombreux utilisateurs y ayant accès. Tous ces partages signifient qu’un pirate malveillant n’a même pas besoin d’avoir accès au téléphone d’un employé pour attaquer une entreprise. Il lui suffit de pirater un réseau publicitaire qui possède les informations de millions d’utilisateurs et de partir de là.

Les informations volées peuvent aussi être utilisées pour pirater une entreprise au moyen d’une attaque de point d’eau. Supposons par exemple que des membres du comité de direction déjeunent régulièrement dans le même restaurant. Un attaquant qui a accès à leurs données de localisation pourrait facilement l’apprendre. L’attaquant suppose, à raison, que certains membres vont sur le site du restaurant pour réserver une table et regarder le menu avant le repas. En introduisant du code malveillant sur ce site mal défendu, l’attaquant peut compromettre l’ordinateur de bureau ou le téléphone d’un ou plusieurs membres du comité de direction, et de là, s’introduire dans le réseau de l’entreprise.

Un smartphone compromis représente une menace non seulement pour l’employé ciblé mais pour l’entreprise dans son entier. Des informations sur les activités des employés, à la fois pendant leur temps de travail et en dehors, combinées à des courriels, des informations sensibles ou des documents liés à l’entreprise, peuvent avoir des effets dévastateurs sur une organisation si elles tombent entre de mauvaises mains.
Que doivent donc faire les entreprises pour lutter contre cette menace ?

La première étape est d’en apprendre plus sur votre environnement mobile. Votre organisation doit savoir quelles applications les employés utilisent, ce que font ces applications et si elles sont conformes à la politique de sécurité de l’entreprise. Par exemple, existe-t-il une application de partage de documents particulièrement risquée que vous ne voulez pas que vos employés utilisent ? Est-elle déjà utilisée ? Si vous ne savez pas quelles applications vos employés utilisent pour travailler, vous naviguez à l’aveugle et vous prenez de gros risques.

Il est essentiel que votre entreprise inclue la protection contre les menaces sur mobile dans sa stratégie de sécurité générale.

Deuxièmement, vous allez avoir besoin d’une politique sur l’utilisation des appareils mobiles. La plupart des organisations ont déjà mis en place une politique pour les autres plateformes, y compris pour la gestion des pare-feux et le partage de données avec des partenaires de l’entreprise. Par exemple, si vos employés utilisent la version gratuite d’applications approuvées par l’entreprise mais avec publicité, imposez aux employés d’utiliser la version payante afin de minimiser, sinon éliminer, l’envoi aux employés de données non approuvées sous forme de publicités, même si cela n’éliminera pas la collecte incessante de données personnelles et privées.

Ensuite, votre organisation doit informer les employés sur les risques liés aux applications utilisées. Il est dans votre intérêt de donner du pouvoir aux utilisateurs en les équipant d’outils et en les entraînant afin qu’ils puissent prendre de meilleures décisions quant aux applications téléchargées. Par exemple, incitez vos employés à se poser des questions sur les applications qui demandent des permissions. Il existe beaucoup d’applications qui veulent accéder aux données de localisation, aux contacts ou à la caméra. Les employés ne doivent pas dire automatiquement oui. La plupart des applications fonctionneront très bien si la requête est rejetée, et demanderont à nouveau aux utilisateurs si la permission est vraiment nécessaire. Si une application ne dit pas pourquoi elle a besoin de cet accès, c’est mauvais signe.

Enfin, toutes ces questions peuvent être traitées avec une bonne solution de sécurité pour appareils mobiles. Toute entreprise sans solution de protection des appareils mobiles est par définition inconsciente des informations qui lui échappent et ignore d’où viennent les fuites. Elle est donc incapable de répondre aux risques présents dans son environnement. Il est donc essentiel que votre entreprise inclue la protection des appareils mobiles dans sa stratégie de sécurité afin de protéger la vie privée des employés et les données de l’entreprise de la menace toujours plus grande que représentent la surveillance des téléphones et la collecte de données.

Donnons des preuves d’amour au Logiciel Libre ! #ilovefs

mer, 15/02/2017 - 10:54

Hier, c’était le « I love Free Software Day » (ou #ilovefs pour les intimes). Une occasion de (re-)donner du sens à la Saint-Valentin en déclarant votre amour à tou·te·s les contributeurs, développeuses, traducteurs, intégratrices, designers, autrices… bref, à toutes les personnes qui donnent de leur temps, leur énergie et leur savoir-faire pour faire vivre le Libre.

À nous de vous dire qu’on vous aime !

Souvent on aime, et on râle (sur telle fonctionnalité manquante, telle traduction malencontreuse, tel menu pas intuitif…). Pour cet article, on ne va pas râler, mais envoyer toute la reconnaissance, les encouragements et l’amour que nous portons à ces personnes qui changent nos vies (numériques, mais pas que) une touche de clavier après l’autre.

C’est bien connu : chez Framasoft, on ne développe (quasiment) pas de logiciels. On contribue, bien entendu, de plus en plus et en faisant de notre mieux… Mais il faut bien comprendre que tous les services que nous hébergeons et montrons n’existeraient pas sans les formidables communautés qui les développent, entretiennent et améliorent.

Alors nous saisissons cette occasion (avec un jour de retard -_-‘), car nous avons envie que vous vous joignez à nous pour envoyer vos messages bienveillants, vos contributions et vos dons (pour qui le peut et le veut) envers ces formidables initiatives.

Merci à la FSFe pour cette initiative, cliquez sur l’image pour aller voir leur site ;)

Tout notre amour et nos remerciements à…

NOTES :

  • Cette liste est, et sera toujours, non-exhaustive ^^
  • Nous avons fait de notre mieux pour trouver les liens de donations, parfois il n’y en a pas (tout dépend de chaque initiative), mais si vous en trouvez merci d’amender dans les commentaires, nous corrigerons.
  • De même si vous représentez les initiatives ci dessous et que vous préférez mettre en valeur d’autres liens : dites-le nous dans les com’ ;)
  • Beaucoup de liens mènent vers des sites en anglais, certains vous mèneront vers les comptes twitter des initiatives.
La communauté Etherpad pour Framapad La communauté Ethercalc pour Framacalc La communauté Wisemapping pour Framindmap Les « Logiciels du chapeau » (Lutim, Lufi, LSTU) pour Framapic, Framadrop et Frama.link

Bon, Luc, il est un peu-beaucoup de chez nous, mais il a initialement développé ces projets sur son temps libre, et non en tant qu’administrateur système de Framasoft ;).

La communauté Shaarli (et SebSauvage) pour MyFrama L’entreprise Nextcloud pour Framadrive et Framagenda L’entreprise Gitlab pour Framagit La fondation Diaspora* pour Framasphère* Le projet Drupal-Webform pour Framaforms Renater et la communauté Sympa pour Framalistes La communauté OpenStreetMap & Umap (Yohan) pour Framacarte La communauté TinyTinyRSS pour Framanews La communauté Searx pour Framabee/Tonton Roger La communauté Minetest pour Framinetest Ali Asaria créateur de Scrumblr pour Framémo La communauté Privatebin et SebSauvage (again), pour Framabin La communauté wallabag et Nicosomb pour Framabag

Pour rappel, on a récemment parlé avec Nicolas, membre de Framasoft et créateur de wallabag, dans cet article ;)

La communauté Loomio pour Framavox L’enterprise Jitsi et la communauté Jitsi Meet pour Framatalk L’entreprise Mattermost pour Framateam Frédéric Guillot et la communauté Kanboard pour Framaboard La communauté SVG-Edit pour Framavectoriel

 

Nous tenons aussi à saluer et à couvrir d’amour Olivier et Antonin qui maintiennent, au sein de Framasoft, le développement de Framadate, ainsi que toutes les personnes dont le travail, la passion, et la ténacité font qu’on peut tous les jours continuer à mettre en valeur une belle trentaine de services et ainsi un peu plus Dégoogliser Internet.

Et on écarte les pattounes ! Allez, encore, encoooore…

 

Surveillons la surve://ance

mar, 14/02/2017 - 04:48
La revue de presse de Jonas@framasoft, qui paraît quand il a le temps. Épisode No 2/n

Effacer n’est pas supprimer : votre historique de Safari demeure longtemps dans iCloud

(Source : Forbes)

Si vous pensez que la suppression de votre historique de navigation sur votre iPhone ou Mac va faire disparaître définitivement vos habitudes en ligne, vous vous trompez. Lourdement. Selon le PDG d’Elcomsoft qui commercialise un outil d’extraction des données du iPhone, Apple stocke l’historique de navigation de Safari dans le iCloud, en remontant à plus d’un an, peut-être bien davantage, même lorsque l’utilisateur a demandé qu’il soit effacé de la mémoire.

Jay Stanley, spécialiste de l’analyse des politiques de confidentialité à l’ACLU (Union américaine pour les libertés civiles), dit que les entreprises doivent être vigilantes et suivre les bonnes pratiques en détruisant vraiment les données des utilisateurs qui le demandent.

Il rappelle : « l’historique de navigation est un ensemble de données extrêmement sensibles. Elles révèlent les centres d’intérêt des personnes, ce qui les préoccupe, un grand nombre des pensées qui les traversent, ainsi que des informations sur leur santé et leur sexualité ».

L’article se termine par une mise à jour rassurante : Apple semble avoir corrigé le problème dans la dernière version de son OS. Cependant il est conseillé aux utilisateurs soucieux de leurs données sensibles de désactiver la synchronisation de Safari avec  iCloud.

Vos comptes Gmail espionnés légalement

(source : Papergeek)

La justice vient de statuer sur les données stockées sur les serveurs de Google, dont celles du très populaire service de messagerie Gmail. Elle a donc décidé de forcer la firme à divulguer les données de n’importe lequel de ses utilisateurs quelle que soit la nationalité, que vous résidiez ou non aux États-Unis. Même si les données en question se trouvent sur des serveurs en dehors du territoire des États-Unis.

« Nersac, un poste optique ». Détail d’une carte postale française de 1910. Domaine public, image procurée par Signal mirror.

Cyber-harcèlement d’état ?

(source : The New York Times)

Au Mexique, les partisans d’une taxe sur les sodas, comme des nutritionnistes ou responsables de la santé publique, sont victimes de messages électroniques inquiétants ou menaçants. La taxe est destinée à réduire la consommation de boissons sucrées et donc l’obésité, mais elle se heurte évidemment aux pressions des géants voisins des boissons gazeuses, pressions relayées semble-t-il par le gouvernement mexicain lui-même.

Les liens envoyés étaient accompagnés d’une forme invasive de logiciels espions développée par NSO Group, un cyber-distributeur israélien qui vend ses outils d’espionnage exclusivement aux gouvernements et qui a des contrats avec plusieurs agences à l’intérieur du Mexique, comme le révèlent des fuites publiées l’an dernier par le New York Times.

NSO Group et les dizaines d’autres « espiogiciels » commerciaux qui sont apparus autour du globe au cours de la dernière décennie opèrent dans un marché largement non réglementé. Les fabricants de ces logiciels espions comme NSO Group, Hacking Team en Italie et Gamma Group en Grande-Bretagne assurent qu’ils vendent des outils uniquement aux gouvernements pour les enquêtes criminelles et terroristes.

Mais les services gouvernementaux ont toute latitude pour décider qui ils veulent on non pirater avec des outils d’espionnage qui peuvent tout pister de leur cible : tous les appels téléphoniques, les textos, les courriels, les frappes au clavier, la localisation, chaque son et chaque image.

Jonas rejeté par la baleine. Enluminure de la Bible de Jean XXII. École française du XIVe siècle – Domaine public (via Wikimédia Commons)

Chroniques du Léviathan

dim, 12/02/2017 - 11:33

La revue de presse de Jonas@framasoft, qui paraît quand il a le temps

 

« Un cerveau de substitution »

Dans une interview sur les chances qu’a Qwant de rivaliser avec le moteur de recherche de Google, Éric Léandri, co-fondateur de Qwant, déclare :

Vous devez penser à l’Internet non seulement comme un moyen de communication, mais de plus en plus comme à un cerveau de substitution. Les choses qui auraient été gardées dans les limites impénétrables de votre propre esprit, ou dans le sanctuaire de votre maison, sont maintenant envoyées sur des serveurs pour que le monde ou quelques entreprises les voient. Tout ce que nous faisons est de plus en plus stocké et peut être récupéré sur demande.

« Votre historique de navigation suffit à dévoiler votre identité »

D’après un article de The Atlantic, une équipe de chercheurs de Stanford et Princeton a développé un système qui peut connecter votre profil Twitter avec votre nom et votre identité, en examinant seulement votre historique de recherche.

Cela signifie que conserver la confidentialité tout en utilisant Twitter est impossible sans renoncer à ce qui constitue le marqueur du réseau social : sa nature publique et gratuite pour tous.

L’article explique comment l’expérience a été menée et mentionne au passage quelles parades on peut éventuellement utiliser : Privacy Badger et Ghostery
Mais voici la fin de l’article :

Le conseil de sagesse qu’on nous donne généralement est qu’il faut être prudent avec ce que l’on partage. Mais ici, nous montrons que vous pouvez être dés-anonymisé simplement en naviguant et en suivant des comptes, même si vous ne partagez rien.

 « Une fois vos informations stockées, on peut les modifier et en faire ce qu’on veut »

Dans l’hebdomadaire italien La Repubblica, la journaliste Stefania Maurizi interviewe le lanceur d’alerte William Binney. Celui-ci évoque entre autres un programme pour la NSA nommé ThinThread, qu’il avait développé avec son équipe et qui permettait de cibler avec précision la surveillance en visant les activités délictueuses, tout en laissant de côté les données privées.

Quelques extraits de la conversation :

Stefania Maurizi — Après le 11 septembre, la NSA a détourné votre système, supprimé les dispositifs protégeant la vie privée et a utilisé ThinThread pour espionner la population tout entière ?
William Binney — La première chose qu’ils ont faite a été le programme « Stellar Wind » qui visait l’espionnage domestique (…) ils ont supprimé trois fonctionnalités de ThinThread dont l’une était la protection de la vie privée. Au lieu de prendre seulement les données pertinentes ou celles qui étaient très probablement pertinentes, ils ont absolument tout pris et ils ont étendu la surveillance à l’échelle de la planète.
SM — Nous avons constaté dans les seize dernière années que la surveillance de la NSA avait échoué à prévenir des attaques terroristes. Pensez-vous que ce n’est qu’une question de temps avant que la NSA ne soit capable de le faire effectivement, ou bien qu’ils n’en auront jamais les capacités ?
WB — Je pense qu’ils sont condamnés à l’échec, parce qu’ils sont enfermés dans la conviction qu’ils doivent tout collecter (…) Ils sont très bons pour collecter des données, mais ils n’ont fait aucun progrès pour essayer de savoir ce qu’ils peuvent avoir dans les données qu’ils ont collectées.[…]
Ce genre de pouvoir ne devrait pas exister pour aucun gouvernement, parce qu’il crée vraiment un état totalitaire. C’est comme la Stasi dopée aux amphétamines ; au lieu de détenir des dossiers avec des documents sur tout le monde, ils archivent tout ce que vous faites de façon électronique, si bien que le jeu d’informations est beaucoup plus complet, à jour et exploitable, et ils peuvent le manipuler, et faire de vous tout ce qu’ils veulent […]
SM — Donc le problème n’est pas seulement la collecte, mais aussi la manipulation des données ?
WB — Oui. une fois qu’on a stocké les informations, on peut les modifier et en faire ce que l’on veut.

Léviathan dans la fresque « Le Jugement dernier » de Giacomo Rossignolo – CC-BY-SA

Next INpact : bilan après un an de respect pour nos données

jeu, 09/02/2017 - 04:25

Il y a un an, le site d’informations sur le numérique NextINpact publiait une annonce à contre-courant : davantage de respect pour les données des internautes qui le visitent, en dé-tricotant les mailles du profilage publicitaire sur son site.

À l’heure où les éditeurs de contenus cherchent à « optimiser » leurs revenus par une publicité de plus en plus intrusive, et où les publicitaires cherchent à maximiser le profilage et l’invisibilisation de la publicité, c’est une démarche pour le moins originale que de se dégoogliser de l’analytics en passant au logiciel libre Piwik… (si vous ne comprenez pas cette phrase, promis, juré, on l’explique plus loin !)

Quel modèle économique pour un site qui veut à la fois payer les salaires de ses journalistes, collaborateurs, administratifs tout en affirmant ses valeurs et respectant les données et les vies numériques de son lectorat ?

Un an plus tard, nous sautons sur l’occasion d’interroger l’équipe de Next INpact sur le bilan tiré de cette démarche, et les perspectives qui l’accompagnent.

Cliquez pour aller lire Next INpact

Bonjour NextINpact ! Pouvez-vous rapidement nous présenter votre équipe et votre site ?

Bonjour Framasoft ! Next INpact est un site dédié à l’informatique et au numérique qui existe depuis plus de 15 ans. Il a été créé par Christophe Neau sous le nom d’INpact Hardware en 2000. Il s’agissait alors pour une bande de passionnés de nouvelles technologies et de matériel informatique de partager les informations qu’ils glanaient au quotidien. Et même des vidéos rigolotes à travers nos fameux LIDD diffusés chaque dimanche, et depuis référencés sur un site.

Devant le succès du projet une société a été créée en 2003, le site est alors devenu PC INpact, puis Next INpact en 2014. Une manière pour nous de prendre en compte l’évolution majeure du secteur qui infuse notre quotidien bien au-delà du simple ordinateur qui trône dans le salon familial, le bureau ou la chambre des enfants. Christophe est toujours le gérant majoritaire de la société. Il détient 76 % des parts. Next INpact est donc l’un des rares sites de presse indépendants qui traite du numérique en France. Nous proposons aussi une offre d’abonnement Premium depuis 2009.

Notre vision du numérique est assez large, et ce depuis des années. Si nous nous sommes rapidement ouverts aux questions logicielles et aux problématiques d’hégémonies, c’est notre analyse de l’environnement juridique qui a fait notre différence lors de cette décennie. DADVSI, LCEN, HADOPI sont autant d’acronymes qui ont rythmé les débats parlementaires tout en secouant le secteur. Tout comme l’ont fait des lois plus récentes sur le renseignement par exemple. Nous avons toujours eu à cœur de suivre ces débats de près, de les analyser sur le fond, et de donner à chacun les clés lui permettant de se faire sa propre idée.

Next INpact illustrant un article sur la loi renseignement.
CC-BY-SA Digitale Gesellschaft

Nous avons toujours eu une démarche journalistique. La société a été créée comme SARL de presse dès 2003, nous avons toujours appliqué la convention collective du secteur et notre rédaction compte une dizaine de journalistes, dont une bonne partie est là depuis le début du projet. C’est notamment le cas de Marc Rees, Vincent Hermann ou David Legrand qui sont là depuis plus de 10 ans. Mais l’équipe se compose au total d’une quinzaine de personnes (développeurs, graphistes, direction, etc.) Nous sommes reconnus comme site de presse en ligne depuis quelques années maintenant, et comme titre consacré pour partie à l’Information Politique et Générale depuis l’année dernière. Nous sommes aussi membres du SPIIL (Syndicat de la Presse Indépendante d’Information en Ligne).

L’autre aspect important du projet est sa communauté. Nous sommes nés sur un slogan : « Si tu ne sais pas, demande. Si tu sais, partage ». Notre communauté a toujours été importante pour nous et nous avons toujours placé le respect de nos lecteurs assez haut dans l’échelle de nos valeurs. Ce qui explique nombre de nos choix à travers le temps.

C’est aussi grâce à notre communauté que nous continuons d’exister car, plus que notre audience, elle constitue aussi notre base d’abonnés et de soutien qui permettent d’assurer notre financement et notre rentabilité. Car oui, nous sommes rentables (à deux exercices près depuis 2003).

Commençons par la technique : il y a un an, vous avez choisi de passer de Google Analytics (outil d’analyse du comportement des internautes sur votre site, fourni par Google) à Piwik (logiciel libre permettant des analyses similaires, que nous utilisons aussi chez Framasoft)… Quel travail cela vous a-t-il demandé et quelles conséquences voyez-vous un an après ?

Historiquement nous utilisions Google Analytics pour une raison simple : l’outil est complet, gratuit et plutôt efficace. Mais il nous faut assurer une certaine cohérence. Nous ne pouvons pas avoir un regard critique sur le tracking de masse opéré par le secteur publicitaire et les GAFA sans regarder ce qu’il se passe à notre propre échelle. Analytics, comme d’autres scripts du genre, est ainsi une solution permettant à des sociétés de suivre les internautes de manière presque constante avec l’aide des sites. C’est d’ailleurs le manque de remise en question des éditeurs sur ces problématiques qui incite les lecteurs à utiliser des bloqueurs en tous genres, et les navigateurs à renforcer la mise en place de leurs solutions « anti-tracking » (comme le fait Mozilla depuis quelque temps maintenant).

Nous avons donc procédé en plusieurs étapes ces dernières années afin d’en arriver à la situation actuelle. Nous avons tout d’abord permis à nos abonnés de se passer de l’ensemble de ce qui pouvait être assimilé à des trackers sur nos pages. Outre la publicité, cela comprenait les scripts Analytics et de calcul des partages sur les réseaux sociaux. Une partie de ces options était ouverte à tous nos membres. Nous avons ensuite pris en compte le signal Do Not Track pour cette désactivation afin que même ceux qui ne disposent pas d’un compte puisse en profiter.

Mais soyons honnêtes. Pour un éditeur, disposer de statistiques fiables est important. Cela nous permet de comprendre comment les lecteurs utilisent le site, quels sont les contenus les plus lus, depuis quelles sources, etc. Ici, l’analyse ne se fait pas au niveau de chaque lecteur mais bien sur une tendance globale et sur des données anonymes. Pendant longtemps, nous avons été sans vraiment de solution alternative à Analytics. Lors de nos échanges avec la CNIL sur la question des cookies, nous avons eu l’occasion de découvrir le projet, et de le tester. Une fois qu’il nous a paru suffisamment mature, nous l’avons mis en place.

Les conseils de la CNIL qui donnent faim.

Nous l’avons d’ailleurs fait en suivant les recommandations de la CNIL qui impose notamment de ne pas récupérer les IP entières. Cela n’empêche pourtant pas des listes comme Easy Privacy de bloquer le script, ce qui ne nous permet pas de connaître le niveau de notre audience totale. Preuve que les engagements en matière de respect de la vie privée ne sont pas toujours reconnus.

Il n’y avait pas de défi technique particulier, mais il ne faut pas s’attendre à voir une majorité d’éditeurs l’utiliser demain. Ne serait-ce que pour les interactions qui existent entre Analytics et des solutions comme Adwords/Adsense ou des fonctionnalités très avancées qui ne sont pas encore en place dans un outil comme Piwik.

Au final, le problème nous semble plutôt se situer du côté du fait que Google peut utiliser les données d’Analytics pour les recouper. La CNIL devrait imposer que ce ne soit pas le cas à tout dispositif d’analyse des statistiques. Car si l’on focalise sur Analytics, nombreux sont les autres outils du genre qui font la même chose à moindre échelle.

Question technique (parce qu’il y en a un chez nous qui n’est content que quand ça parle de technique) : j’imagine que pour encaisser un trafic de la taille du vôtre, il a fallu configurer Piwik aux petits oignons. Nous c’est le plugin QueuedTracking qui nous a sauvé la mise. Et vous ? Vous auriez une petite recette magique à partager ?

Pierre-Alain (notre CTO) a un mantra : REDIS POWA !

Vous êtes allés plus loin en activant le HTTPS (connexion sécurisé sur votre site) et la prise en compte de DoNotTrack (option du navigateur pour demander aux sites de ne pas traquer nos données). Est-ce un choix évident pour un éditeur de contenus ? Un an après, quelles conclusions pouvez-vous en tirer ?

Là encore, il s’agissait d’une réflexion sur le long terme et d’une volonté de faire mieux pour le lecteur, tout en étant cohérents avec nos propres analyses. Pour HTTPS, notre premier souci était de sécuriser la phase de connexion à nos sites. En effet, encore maintenant lorsque vous entrez un mot de passe dans un formulaire de connexion, celui-ci est souvent transmis en clair dans une requête HTTP. Si vous êtes chez vous sur un réseau filaire, ce n’est pas tellement un souci. Mais dans un environnement Wi-Fi, potentiellement public (et donc non chiffré, en entreprise, etc.), cela peut être un danger, que les navigateurs commencent seulement à mettre en avant de manière assez discrète.

Lors de la préparation de la mise en place de la v6 du site début 2014, nous avons donc séparé notre gestionnaire de compte et d’abonnement qui est passé intégralement en HTTPS. Ce choix là ne devrait pas avoir à être évident ou non, tous les sites qui proposent une connexion devraient le faire avec HTTPS d’activé, et tous les navigateurs devraient afficher une alerte importante lorsque ce n’est pas le cas.

D’ailleurs, pour ça, il y a l’extension HTTPS Everywhere ;)

Ensuite nous avons migré nos abonnés Premium. Pourquoi eux seulement ? En raison de la publicité. Comme nombre d’éditeurs, notre régie ne supportait pas HTTPS, et l’activer pour tous les utilisateurs revenait à se couper de ces revenus, et donc à mettre la clef sous la porte. Cela nous permettait aussi de tester l’impact sur notre site (performances, mixed content, etc.) sur une partie de l’audience seulement. Nous avons donc fait au mieux, et même développé notre propre solution de distribution de la publicité que nous testons depuis quelques mois. Entre temps, notre prestataire a activé un support d’HTTPS que nous avons pu généraliser à la fin de l’année dernière.

Concernant Do Not Track, cela découle aussi de nos échanges avec la CNIL qui est active sur ce terrain même si ce n’est pas toujours très visible. Cela nous permet de respecter une volonté exprimée de l’utilisateur. On ne peut d’ailleurs que regretter que le standard ne soit pas plus complet et finalisé, afin qu’il puisse être réellement exploitable. Avec la mise en place du règlement européen sur les données, ce serait pourtant un formidable outil. De notre côté, nous avons la volonté de l’étendre ne serait-ce que pour bloquer certains modules intégrés parfois à nos contenus sans action de l’utilisateur (tweets, vidéos, etc.). Mais cela nous demande une modification technique un peu lourde, il faudra donc attendre encore un peu.

Enfin, vous n’avez pas aboli la publicité sur votre site, mais l’avez radicalement modifiée afin d’avoir des pratiques responsables. C’est quoi, selon vous, une publicité numérique responsable, et est-ce que les annonceurs publicitaires jouent le jeu ou le boudent ?

C’est une bonne question. Il y a sans doute autant de définitions de la publicité responsable qu’il y a d’acteurs qui proposent des solutions publicitaires. On a d’ailleurs déjà vu certains acteurs vanter leur nouvelle trouvaille vidéo comme un meilleur respect de l’internaute malgré une lecture automatique. Un comble, non ?

De notre côté nous avons constamment renforcé notre attention sur ce sujet, quitte à parfois nous mettre des bâtons dans les roues économiquement.

La responsabilité au niveau publicitaire se situe selon nous à deux niveaux : au niveau des formats mais aussi de l’image du site et de sa rédaction.

Ainsi, avec le temps nous avons banni de nombreuses solutions : Flash, interstitiels, vidéos, campagnes avec du son, etc. Plus récemment, notre engagement a été simple : des images fixes, pas de trackers. Si sur ce dernier point nous sommes en train de mettre la dernière touche, vous pouvez aller sur Next INpact et regarder le compteur, même sans DNT vous serez entre 0 et 5 trackers avec presque aucun cookie inutile. Tentez de faire la même chose avec le site d’un grand média national. Vous aurez de quoi vous faire peur tant ils ne maîtrisent plus ce qu’ils diffusent sur leurs sites.

Le second point est celui de l’éthique. Il y a quelques années, des marques sont venues nous voir pour nous demander de diffuser des publicités dans des formats qui ressemblent à des articles, vantant leur produit. Nous avons toujours refusé. L’histoire nous a montré depuis que cela n’a pas été le choix de tous, et que la frontière entre l’information et la publicité est de plus en plus poreuse, sans toujours une très grande clarté. Mais quand bien même cela serait indiqué, l’internaute peut être trompé par ce genre de dispositif. Nous nous y refusons donc malgré leur côté diablement lucratif.

Lorsque nous avons compris que ce choix aurait un impact sur nos finances en 2013, nous avons fait un pari : celui de renforcer la qualité de notre offre éditoriale et de limiter l’accès à certains de nos contenus à nos seuls abonnés Premium pendant une durée d’un mois. Aujourd’hui, nous comptons plus de 6500 abonnés (contre moins de 1000 au début de l’aventure).

Il ne faut pas oublier que la course à la publicité est aussi la course à l’audience.

On parle depuis quelque temps des « fakes news » et autre « clickbait ». Ils ne sont que le résultat de ça. La plupart des articles diffusés aujourd’hui sur des sites ne sont pas le résultat d’un choix éditorial animé par la volonté de faire connaître une information. Seulement la réponse à une question simple : « avec quels titres vais-je pouvoir faire venir des millions d’internautes sur mon site aujourd’hui, ne serait-ce que quelques secondes ? »

C’est aussi pour cela que l’on assiste à une baisse de qualité globale dans le contenu des sites qui misent uniquement sur l’accès gratuit, alors que des sites comme Arrêt sur images, Les Jours ou même Mediapart rencontrent un franc succès.

La démarche de l’abonnement est différente. Vous devez convaincre votre lecteur de votre intérêt, de l’utilité de votre démarche. Pour cela, il faut produire du contenu de fond (fut-il en accès libre, ce qui est le cas de nos analyses sur les élections ou la question du chiffrement par exemple).

« À chaque partage d’un article de Fake News, naît un chaton plus intelligent que vous. »

Quelle a été la réaction de votre lectorat à une telle annonce ? Cela a-t-il évolué en un an ?

Notre lectorat accueille forcément bien ce genre de nouvelles. Pour nous, le défi c’est de réussir à satisfaire notre communauté et à suivre notre voie, tout en gardant un modèle économique viable. Ce n’est pas toujours simple. Car aller rencontrer des annonceurs en leur proposant de simples images alors que d’autres proposent des habillages vidéo vendus aux enchères avec un ciblage parfois très avancé, ce n’est forcément pas à notre avantage.

Mais certains annonceurs sont aussi sensibles à ces questions. L’IAB est d’ailleurs l’un des acteurs qui avance le plus dans le même sens que nous. Malheureusement, ils sont largement en avance sur les mentalités de leurs membres et du secteur.

Il faut dire que la publicité n’est pas la seule source de revenu et de soutien pour votre site… Vous pouvez nous décrire votre modèle économique ?

Comme évoqué précédemment, nous proposons un abonnement Premium depuis 2009. Celui-ci représente désormais un quart de notre chiffre d’affaires. Le reste est partagé entre la publicité et nos autres services (bons plans et comparateurs que nous proposons en y infusant nos valeurs).

Nous ne demandons, ni ne touchons aucune aide directe de l’état ou de fonds privés (comme ceux de Google, de la fondation Gates, etc.)

La-question-qui-pique : si certains de vos articles sont financés par la communauté, via des abonnements, est-ce qu’il ne vous parait pas logique de les reverser à la communauté, par le biais de licences libres ?

La question est tout à fait légitime, au contraire. Pour autant, il ne faut pas oublier que les articles financés par les abonnés ne le sont pas par la communauté au sens large, la question d’une licence libre ou non n’est donc pas lié à notre modèle. Nous avons d’ailleurs fait le choix d’opter pour un paywall qui n’est pas permanent puisqu’au bout d’un mois maximum, tous nos articles sont en accès libre. Nous faisons aussi le choix de laisser dès le départ certains articles en accès libre lorsqu’ils nous paraissent d’intérêt public.

Concernant le choix d’une licence libre, c’est une question qui s’est posée un temps en interne, mais qui n’a jamais été vraiment tranchée. Notamment parce que notre matière est principalement de l’actualité chaude, qui ne fait que rarement l’objet de reprises globales. Nous avons néanmoins une pratique assez ouverte sur ce point. Outre le droit de courte citation propre à la presse, nous ne refusons jamais une reprise non commerciale, ou dans des manuels scolaires, etc.

Mais avec la montée en puissance des dossiers au long court, comme celui qui est actuellement en diffusion sur la question du chiffrement, la question s’est à nouveau posée à nous. Nous tenterons d’y apporter une réponse, notamment à travers certains de nos projets.

Voyez, Next INpact, les yeux de ces libristes remplis d’espoir à l’idée que certains de vos articles passent sous licence libre ;)

Ces choix que vous avez appliqués se veulent respectueux de la vie numérique des internautes… Mais vous allez plus loin en souhaitant que d’autres sites web / éditeurs de contenus vous rejoignent et en proposant de les accompagner dans cette démarche. Cela s’est fait ? Si je fais partie de (au hasard) Madmoizelle ou de ArrêtsSurImages, comment je peux faire pour suivre votre exemple ?

Nous avons une approche assez ouverte de nos différentes démarches. C’est notamment le sens de notre implication au SPIIL ou à des conférences dans le secteur de la presse. À notre niveau, nous travaillons essentiellement sur des propositions techniques, comme notre solution de distribution de la publicité, ou notre projet d’abonnement unifié La Presse Libre. C’est aussi la mise en place de ces solutions que nos abonnés soutiennent puisque nous finançons tout en propre. Ainsi, les éditeurs qui veulent nous rejoindre dans notre démarche peuvent simplement venir nous rencontrer au SPIIL ou nous contacter.

Entre les bloqueurs de pubs (de type Ublock Origin), les anti-bloqueurs de pub qui fleurissent sur les sites web, et les anti-anti-bloqueurs de pubs… On a l’impression d’une course à l’armement dans un dialogue de sourds… Quelles évolutions voyez-vous dans ce domaine pour sortir de ce cercle vicieux ?

Nous avons du mal à être optimiste sur ce terrain. Déjà parce que les éditeurs sont encore relativement sourds sur ces questions et ont du mal à comprendre qu’ils sont les principaux artisans de leur malheur. Certes des acteurs comme l’IAB évoluent dans leur position, mais pas leurs membres et les acteurs du marché publicitaire. Preuve en est, les éditeurs en sont encore à miser sur le blocage de l’accès à leur site, proposant le plus souvent comme alternative des pages avec des centaines de trackers et de cookies tiers.

De l’autre, ceux qui gèrent les listes de blocage ne font pas toujours preuve d’un grand discernement. Ainsi, un site comme Next INpact, malgré ses engagements en termes de vie privée et de gestion raisonnable de la publicité sera bloqué comme n’importe quel autre via EasyList FR ou Easy Privacy. Si chacun dit être à l’écoute de l’internaute, nous avons du mal à voir la possibilité d’une conciliation, qui ne se décidera de toutes façons pas à notre niveau.

Nous traitons de ces questions d’un point de vue éditorial, nous cherchons à évangéliser les différents acteurs, nous multiplions les initiatives qui permettent de faire émerger des modèles hors de la simple publicité. Nous tentons de jouer notre rôle à notre niveau, en espérant que chacun finira par faire de même.

Un an après, est-ce que vous avez envie de rétro-pédaler, de simplement continuer comme ça parce que ma foi c’est déjà bien, ou d’aller encore plus loin dans votre démarche (et si oui comment) ?

Rétro-pédaler, sûrement pas. Mais nous réfléchissons constamment à trouver des manières d’améliorer les choses. ;)

Le collectif pour soutenir et s’abonner à une presse indépendante.
(attention : « libre » fait ici référence à la liberté éditoriale, non aux licences libres)

En parallèle de cette évolution, vous avez voulu booster les sites web qui proposent de l’information sous abonnement avec le projet collectif La Presse Libre… C’est quoi, exactement ?

La Presse Libre est un projet sur lequel nous travaillons depuis plus de quatre ans maintenant. Il part d’un constat simple : le modèle de l’abonnement se généralise, mais il est souvent compliqué de sauter le pas, de trouver des sites qui proposent un tel modèle avec de l’information de qualité et aucun kiosque numérique n’existe pour les sites en ligne. Comme personne ne semblait décidé à le faire, et que nous ne voulions pas que cette absence d’initiative profite une fois de plus aux GAFA, nous avons décidé de créer notre propre plateforme.

Ainsi, vous pouvez vous abonner assez facilement à plusieurs sites de presse avec un seul paiement mensuel et une réduction. Avec un même budget vous pouvez donc soutenir plus de titres de presse. C’est sans engagement, vous pouvez ajouter ou retirer un site à tout moment et la grande majorité des revenus finance les éditeurs plutôt que la plateforme elle-même. Actuellement nous comptons six sites membres, mais nous espérons bien voir ce chiffre grossir cette année. Nous portons ce projet avec Arrêt sur images et Alternatives économiques avec qui nous avons créé un GIE afin de disposer d’une gestion collégiale.

Concrètement, si jamais on veut soutenir votre démarche, qu’est-ce qu’on peut faire ?

Abonnez-vous, surtout que l’on propose de superbes goodies ! Autrement, vous avez la possibilité de nous soutenir à travers le don via la plateforme J’aime l’info, qui est en partie défiscalisable en raison de notre statut de presse d’Information Politique et Générale.

La coutume sur le Framablog, c’est de vous laisser le mot de la fin…

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Pour aller plus loin

OpenSuse, une distribution méconnue

ven, 27/01/2017 - 03:09

À force de les rencontrer sur des événements libristes comme les RMLL et POSS, nous avons demandé aux ambassadeurs français d’OpenSuse de nous parler de leur distribution GNU/Linux.

Salut ! Présentez-vous. Comment justifiez-vous votre existence ?

Nicolas : Je viens d’un monde pur Windows. Un jour j’ai dû monter un petit serveur web où je devais installer une version Linux de mon choix sans rien y connaître. J’ai trouvé un tuto openSUSE 10.3 expliquant comment installer un serveur Apache + PhP en deux clics avec Yast-HTTP et je suis tombé dedans. Ensuite j’ai voulu tester sur mon PC pour virer mon Windows XP LSD (si, si…). J’ai commencé en 2005 avec un dual boot pour terminer exclusivement sous openSUSE depuis 2008. J’ai pris part à la communauté, puis à la création de l’association loi 1901 en 2012 en tant que secrétaire. L’an dernier j’ai repris le flambeau en devenant président.

Formaliser une association pour la promotion d’openSUSE en France était une nécessité pour faciliter la présence des membres et ambassadeurs openSUSE aux salons. Ils étaient reconnus par le programme openSUSE international mais pas forcément légitimes vis-à-vis des organisateurs locaux. On a un système d’adhésion qui couvre le budget hébergement. Quant aux goodies en version française et les clés USB, on vend à prix coûtant pour autofinancer les rééditions. Une année on était en galère mais on a eu la chance d’avoir du sponsoring de SUSE France qui nous soutient quand ils le peuvent, que ce soit financièrement ou matériellement au travers de goodies, etc. C’est appréciable de reproduire dans l’hexagone la synergie entre la communauté opensource et l’entreprise.

Antoine : openSUSE est la première distribution que j’ai utilisée. Je l’ai découverte en 2008, dans un magazine Linux. Des amis à moi utilisaient Ubuntu et m’avait convaincu d’essayer mais je n’avais trouvé que ce magazine, avec un DVD d’openSUSE (10.3) à l’intérieur. J’ai accroché : le changement, le vert, le caméléon comme logo. Bref, je l’ai installée (dual-boot), cassée, réinstallée, recassée, etc. J’ai appris plein de trucs, notamment grâce au forum Alionet. J’ai depuis essayé d’autres distributions, « en dur » mais aussi dans des machines virtuelles. Au final, je reviens toujours vers openSUSE, parce que c’est là où je me sens le mieux.

J’ai commencé à écrire des news sur Alionet en 2014, après la mort de jluce, un des admins du site qui en écrivait plein. Je trouvais dommage de ne pas essayer de continuer ce qu’il avait commencé. J’écris des articles sur openSUSE, pour informer de l’actualité du projet ; parfois des tutos, notamment quand je vois plusieurs personnes ayant une même difficulté sur le forum ; et enfin, sur tout ce qui touche au libre en général.

Qu’est-ce qui différencie openSUSE des autres distros ?

À mon sens, c’est une distribution qui s’adresse aussi bien aux débutants qu’aux utilisateurs avancés (powerusers) avec un certain nombre de qualités :

  • La distribution répond aussi bien à des besoins de poste de travail, d’ordinateur portable ou encore de serveur (elle partage le même core SUSE Linux Entreprise Server). Je l’utilise sur mes propres serveurs qu’ils soient physiques ou virtualisés, mes stations de travail fixes ou portables. Quelle que soit l’utilisation, ce qu’appréciera l’utilisateur, c’est sa stabilité. D’ailleurs, il existe également des images ARM pour les Raspberry Pi, Pi2 et Pi3.
  • L’ensemble des environnements graphiques proposés ont le même degré de finition et d’intégration dans la distribution que ce soit sur l’ISO de base : KDE (défaut), GNOME (mon bureau par défaut), LXQt, XFCE mais aussi via les dépôts en ligne pour MATE ou Cinnamon ou encore Enlightenment.
  • L’outil d’administration Yast est un atout indéniable pour administrer la machine que ce soit les dépôts en ligne, l’ajout/suppression de logiciel, la gestion des services, des utilisateurs, etc. De nombreux modules sont disponibles et de nouveaux arrivent régulièrement pour suivre les évolutions technologiques comme Snapper pour gérer les instantanés (snapshots) du système de fichiers Btrfs ou encore celui pour gérer des conteneurs Dockers.
  • Pour les utilisateurs débutants il est possible d’installer via Yast un serveur web, FTP ou email en quelques clics. Idéal pour avoir une base fonctionnelle et ensuite « mettre les mains dedans ». D’ailleurs l’édition manuelle, n’invalide pas l’utilisation de YaST dans la majorité des cas.
  • Si l’utilisateur avancé ne veut pas utiliser Yast, il est tout à fait en droit d’éditer les fichiers de configurations manuellement et d’utiliser Zypper pour la gestion des paquets (un équivalent robuste de apt-get des familles DEB). Les administrateurs systèmes apprécieront également le dernier projet né : Machinery, un outil pour GNU/Linux afin d’inspecter les configurations des machines.
  • Ce que j’apprécie justement dans la communauté openSUSE c’est que les outils ne sont pas élitistes et profitent également aux autres distributions. Prenons par exemple l’outil OpenBuildService (OBS) qui est une forge utilisée pour construire des packages. L’instance publique utilisée pour les différentes versions d’openSUSE (et de SLES) est ouverte aux contributions, actuellement l’openSUSE Build Service héberge 47 593 projets, pour un total de 402 280 paquets dans 77 223 dépôts et est utilisée par 45 616 personnes. Il est simple et ouvert à tous de se créer un compte et packager sur cette plate-forme sans pour autant se limiter à *SUSE seulement, ni aux plates-formes Intel. Votre paquet peut-être construit pour toutes les distributions majeures (RHEL, CentOS, Fedora, SLES, openSUSE, Debian, Ubuntu, Mageia, AchLinux, etc) avec le support matériel allant des processeurs ARM jusqu’au mainframe. D’ailleurs le projet VLC utilise sa propre instance de l’OBS pour packager l’ensemble des versions du célèbre logiciel. L’instance privée permettant également la construction de logiciels pour les plateformes Windows.

Pourquoi est-elle moins connue en France qu’en Allemagne ?

Elle n’est pas populaire qu’en Allemagne, de nombreux pays l’utilisent et ce n’est pas pour rien qu’elle est souvent entre la troisième et cinquième place sur DistroWatch.

En revanche, c’est indéniable, elle reste méconnue en France. Je pense qu’il y a plusieurs raisons à cela.

D’une part, c’était une distribution payante à la base, elle n’est devenue gratuite sous l’appellation openSUSE qu’à partir la version 10.

Quand j’ai démarré Linux en 2004, j’ai commencé avec Ubuntu car j’avais des problèmes de reconnaissance de matériel, ce qui s’est clairement amélioré par la suite. À présent, je ne rencontre plus de difficulté de support matériel que ce soit sur de l’assemblé ou du constructeur même si bien évidemment, je me documente avant d’acheter. Un autre manque était le nombre de logiciels disponibles mais là encore la communauté a largement rattrapé son retard.

Ensuite, il y a eu le « scandale » des accords Novell Microsoft alors que Novell possédait SUSE. Paradoxalement, même si tout le monde a crucifié la distribution, c’est cette collaboration qui a permis à l’ensemble des distributions Linux de s’insérer sur un réseau géré en active directory 100 % Windows. Comme je me fais souvent troller sur les stands avec cela, je tiens d’ailleurs à préciser que suite au rachat de Novell par Microfocus, SUSE et Novell sont deux entités distinctes et les accords liaient spécifiquement Novell et Microsoft, SUSE n’est donc plus concerné.

Pour toutes ces raisons, je pense que la communauté francophone est en retrait par rapport aux autres mais dès que l’on franchit les frontières de l’Hexagone, ce n’est plus la même répartition. C’est d’autant plus frustrant que lors d’événements du type RMLL, Solutions Linux, Paris OpenSource Summit, Capitole du Libre, des personnes viennent nous revoir d’une année à l’autre en nous disant qu’elles ne regrettent pas d’avoir essayé notre caméléon. Elles n’ont pas eu besoin de venir sur le forum chercher de l’aide. Comme toujours, les personnes qui s’inscrivent ont généralement des problèmes à résoudre, il manque les autres pour qui tout s’est bien passé.

En tout cas c’est moins facile d’avoir de l’aide… Moi aussi, je me suis battu avec une carte réseau récalcitrante et j’ai laissé tomber. Dommage, j’aimais bien. Comment on fait quand on galère ?

La communauté openSUSE francophone est clairement moins importante que celles d’autres distributions. C’est l’histoire de l’œuf ou la poule : est-ce que la communauté est petite à cause de sa popularité dans l’Hexagone ou est-ce l’inverse ?

Il existe néanmoins des moyens de trouver de l’aide sur openSUSE :

  • La mailing liste francophone
  • IRC #openSUSE-fr sur Freenode
  • le forum Alionet.org

Bref, un éventail de plate-formes pour essayer de correspondre à chacun.

Vous avez tout le temps plein de goodies. Il y a des sous dans openSUSE ? Quel est le modèle économique ?

openSUSE est financée en majeure partie par SUSE, qui a lancé la distribution. L’entreprise encourage ses ingénieurs à participer à openSUSE. Du coup ils peuvent bosser sur la distribution sur une partie de leur temps de travail. Il y a aussi d’autres entreprises qui font des dons de matériel (notamment les machines pour l’openSUSE Build Service).

Concernant les goodies, lorsqu’on est ambassadeur openSUSE, il est possible via le wiki + email de prétendre à un kit stand. Il faut indiquer l’événement, le volume de personnes attendues, etc. openSUSE envoie alors un kit stand que nous devons redistribuer gratuitement. (nappe, 2 t-shirts, flyers en anglais).

En parallèle l’association Alionet a pris plusieurs initiatives :

  • Prendre contact avec SUSE France avec qui nous avons d’excellents contacts pour quelques goodies supplémentaires.
  • Éditer sur le budget de l’association propre des t-shirts et clés USB car nous n’en avions pas de la part de nos partenaires.
  • Nous prenons en charge l’impression de documents en français puisque openSUSE ne fournit que des informations en anglais.

Pourquoi est-elle passée en rolling release ?

En fait, elle n’est pas passée en rolling release. ;-)

Le projet propose maintenant deux distributions : une « classique », openSUSE Leap, la distribution principale, l’héritière de l’openSUSE que l’on connaissait jusqu’à l’an dernier. La dénomination Leap souligne le fait qu’il y a eu un changement dans la façon de construire la distribution, en faisant une base commune avec SUSE Linux Enterprise (SLE) la distribution commerciale de SUSE. Un « saut » qui s’est traduit également dans le numéro de version : 13.2 -> 42.1.

Une en rolling release effectivement : openSUSE Tumbleweed (« virevoltant » en anglais). Elle, c’est l’héritière de « Factory », une base de code instable qui servait aux contributeurs du projet à mettre au point openSUSE ancienne formule (avant Leap). Cette base de code a évolué, s’est dotée de nouveaux outils pour finalement être considérée comme « stable » – dans le sens où ça ne casse pas, mais bien sûr ça bouge vite – et être appelée Tumbleweed.

Pourquoi faire ça ? Pour mieux répondre aux besoins de chacun : ceux qui ont besoin d’une grande stabilité ou ne veulent pas beaucoup de changements sur leur système peuvent utiliser Leap, ceux qui veulent des logiciels toujours plus récents (mais stables ; pas des préversions ou très peu) peuvent utiliser Tumbleweed.

Quoi de neuf dans la nouvelle version, justement ?

Une des nouvelles les plus intéressantes est l’arrivée de Plasma 5.8.1, la toute dernière version du bureau KDE. C’est une version estampillée LTS, c’est-à-dire que KDE va se focaliser sur la stabilité et la durée pour cette version, ce qui colle avec les objectifs de Leap. Pour la petite histoire, openSUSE et KDE se sont mis d’accord pour que leurs calendriers respectifs collent et que Leap 42.2 puisse intégrer dans de bonnes conditions cette nouvelle version de Plasma. Et pour la deuxième petite histoire : KDE chez openSUSE, c’est entièrement géré par la communauté (ça ne vient pas de SLE).

Pour les amateurs de cartes et d’embarqué, de nouveaux portages pour ARM sont disponibles.

Pour les amateurs de nouveaux systèmes de fichiers : Snapper peut utiliser les quotas Btrfs pour gérer le nettoyage des snapshots.

Vous trouverez plus d’infos dans l’annonce de version.

La communauté Fedora se rend compte d’un déclin de l’intérêt des gens pour les principales distributions. Est-ce aussi un constat sur openSUSE ?

Pas à ma connaissance. Il y a peut être eu des signes en amont qui expliqueraient pourquoi openSUSE a revu son mode de fonctionnement en proposant deux versions : Leap et son rapprochement avec la version SUSE Linux Entreprise et la rolling release Tumbleweed face à la popularité d’Archlinux par exemple.

Ce que je constate en revanche, c’est le déclin de communauté d’entraide en général. La montée des réseaux sociaux a tué les bons vieux forums d’entraide et les mentalités ont changé. On peine à recruter des bonnes volontés mais ce n’est pas un problème exclusif à Alionet.

Comment peut-on aider au développement d’openSUSE ?

Une petite liste non-exhaustive de choses que l’on peut faire pour participer :

Le mot de la fin est pour vous

openSUSE est un projet global vraiment passionnant avec une communauté internationale très ouverte. Sa communauté francophone bien que peu nombreuse n’en est pas moins réactive et les personnes ont toujours trouvé des réponses à leurs questions.

N’hésitez pas à tester cette distribution et à venir à notre rencontre. :)

 

 

Pour aller plus loin :

Hé, en vrai, tu sais comment ça marche, toi, Wikipédia ?

jeu, 26/01/2017 - 11:17

Tout le monde connaît Wikipédia, chacun et chacune a son petit avis dessus, mais sait-on réellement comment cette encyclopédie collaborative fonctionne ?

Il y a 20 ans, lorsque, lors d’une soirée entre ami-e-s, on se posait une question du genre « Mais attends, comment on fait l’aspirine ? » le dialogue était souvent le même :

– Je sais pas, c’est pas avec de l’écorce de saule ?

– Oui mais ça doit être chimique, maintenant, non ?

– Je sais pas, t’as pas une encyclopédie ?

– Si, dans la bibliothèque, mais la raclette est prête.

– Bon, tant pis.

…et on en restait là. Aujourd’hui, on sort un ordiphone, on cherche la réponse sur Wikipédia, et on passe la raclette à se chamailler sur la fiabilité d’une encyclopédie où « tout le monde peut écrire n’importe quoi ».

(au fait, pour l’aspirine, on fait comme ça.)
Par NEUROtiker — Travail personnel, Domaine public, Lien

En vrai, avez-vous déjà essayé d’écrire n’importe quoi sur Wikipédia… ? Savons-nous seulement comment ça marche ? Comment les articles sont-ils écrits, modifiés, corrigés, vérifiés, amendés… ?

Ça peut être impressionnant, la première fois qu’on se dit « tiens, et si moi aussi je participais à l’élaboration d’une encyclopédie ? » On peut se sentir un peu perdu·e, pas vraiment légitime, ou tout simplement ne pas savoir par quel bout commencer…

Heureusement, les membres de la communauté Wikipédia et Wikmédia France (l’association des contributeurs et contributrices à la Wikipédia francophone), ont créé un MOOC, un cours ouvert gratuit et en ligne, pour nous faire découvrir les rouages du cinquième site le plus visité au monde, et nous apprendre à nous en emparer.

L’an dernier plus de 6 000 personnes se sont inscrites à ce cours. Fort-e-s de cette expérience, l’équipe rempile pour une deuxième édition, l’occasion pour nous de les interroger et de découvrir ce que proposera ce cours.

By MarcBrouillon, DePlusJean. – Dérivé de File:Logo WikiMooc.jpg., CC BY-SA 4.0, Link

 

Bonjour, avant toute chose, est-ce que vous pourriez nous présenter Wikimédia France et vos personnes ?

Jules : Bonjour ! Wikimédia France est une association française à but non-lucratif dont l’objet est « de soutenir en France la diffusion libre de la connaissance, notamment l’encyclopédie Wikipédia. » Il y a souvent des confusions à ce sujet, alors clarifions : Wikipédia est totalement rédigée par des internautes bénévoles, qui s’organisent de manière autonome et déterminent les règles du site. L’association Wikimédia France soutient les contributeurs et l’encyclopédie, mais ne participe pas à la rédaction et n’a aucun pouvoir sur la communauté ; ce n’est d’ailleurs pas la seule association à soutenir l’encyclopédie. Natacha, Alexandre, Valentin et moi-même sommes des contributrices et contributeurs bénévoles de Wikipédia ; nous faisons partie de la douzaine de bénévoles qui conçoivent le WikiMOOC. Je suis par ailleurs salarié de Wikimédia France, qui soutient l’initiative.

Une des missions de Wikimédia France, c’est justement d’inciter qui le veut à contribuer à la Wikipédia francophone… C’est pour cela que vous proposez ce MOOC ? Les cours massivement ouverts et en ligne sont un bon moyen d’inciter aux apports ?

Jules : Oui, les MOOC cumulent plusieurs avantages : bien souvent gratuits, ils sont en ligne et permettent donc de toucher un public plus nombreux qu’avec des formations en présentiel, mais aussi plus diversifié. Le MOOC s’adresse d’ailleurs à toute la francophonie, et près de la moitié des inscrits ne sont pas français.

Alexandre : Le WikiMOOC est effectivement réalisé de manière à donner envie de contribuer. Petit à petit, l’apprenant est guidé vers la rédaction d’un article. Mais il y a des façons très diverses de contribuer : ajouter des sources, des photos, corriger la mise en page, linkifier, améliorer des ébauches d’articles… Une des nouveautés de la deuxième session du WikiMOOC est de présenter des témoignages de contributeurs pour qu’ils racontent ce qu’ils font. Il est aussi plus aisé de contribuer si on ne se sent pas un étranger dans le monde de Wikipédia. Le but du WikiMOOC est aussi de faire mieux connaître ce monde aux apprenant-e-s.

Si je crains que « n’importe qui puisse écrire n’importe quoi dans Wikipédia », ce MOOC me rassurera-t-il ?

Jules : Nous l’espérons, car les choses ne sont pas aussi simples ! L’affirmation initiale, néanmoins, est exacte : n’importe qui peut écrire n’importe quoi sur Wikipédia. Mais le n’importe quoi a de fortes probabilités de ne rester sur Wikipédia qu’une vingtaine de secondes tout au plus. Car il faut étayer toute affirmation par des sources, et des sources de qualité, dont on sait qu’elles sont fiables (pas un obscur blog anonyme, donc). Pour vérifier que cette règle est bien respectée, il y a notamment un groupe de contributrices et contributeurs qui surveillent en temps réel les modifications effectuées sur les 1,8 million d’articles de Wikipédia : on les appelle avec un brin d’humour « les patrouilleurs ». C’est à ce stade que sont annulés la plupart des canulars, « vandalismes » (les dégradations volontaires d’articles) et ajouts d’opinions personnelles (totalement proscrits : on ne donne jamais son avis personnel dans un article). Certaines modifications passent évidemment entre les mailles du filet et ne seront annulées que plusieurs heures ou plusieurs jours après, par d’autres contributeurs – on manque de bras pour tout vérifier !

Finalement, à qui s’adresse ce MOOC ? Aux personnes qui veulent juste en savoir plus ? À celles qui veulent contribuer activement mais ne savent pas comment ?

Valentin : À tout le monde ! On peut effectivement s’inscrire juste pour comprendre comment Wikipédia fonctionne. Mais ce MOOC est surtout un outil permettant en quelques semaines d’assimiler l’essentiel de ce qu’il faut pour contribuer correctement. Nous voulons que de nombreuses personnes s’emparent de cet outil pour désacraliser la contribution à Wikipédia. Tout le monde utilise Wikipédia en tant que consommateur, mais trop peu de personnes viennent contribuer.

Jules : On peut se sentir un peu perdu quand on commence sur Wikipédia, seul⋅e. Le WikiMOOC est justement parfait pour être guidé dans sa découverte de l’encyclopédie, de son fonctionnement et de sa communauté.

Alexandre : Pour moi qui suis aussi universitaire, le WikiMOOC est un fabuleux point d’entrée pour un cours de Wikipédia. J’essaye donc de synchroniser mes cours avec le WikiMOOC ce semestre pour y inscrire mes étudiant-e-s, et j’encourage les collègues à faire de même !

Comme Framasoft, Wikimédia France est une association qui vit du don… Or créer un MOOC coûte cher… Comment avez-vous pu réussir ce tour de force ?

Jules : La création d’un MOOC, pour une université, se compte toujours en dizaines de milliers d’euros. Nous n’en avons dépensé « que » (ça nous paraît énorme, à vrai dire) 7 500 pour la première édition : 2 500 pour la plateforme, FUN, et 5 000 pour la réalisation des vidéos, via une association de vidéastes amateurs, beaucoup moins cher qu’avec un professionnel ! Et moitié moins pour cette seconde édition. Notre force, c’est qu’il y a une douzaine de bénévoles, contributeurs et contributrices francophones, qui bossent sur le projet ; c’est cet investissement bénévole, en temps, qui nous permet de ne pas dépenser trop. Nous réalisons nous-mêmes beaucoup de tâches (créer des visuels, tourner certaines vidéos, concevoir des tutoriels interactifs…) qui dans une université seraient sous-traitées. Nous bénéficions tout de même d’une partie importante de mon temps salarié chez Wikimédia France, même si je m’investis aussi sur du temps bénévole.

Quand il y a une personne face caméra, il y en a souvent plein en coulisses ;)
By English : Credits to Habib M’henni / Wikimedia Commons – Own work, CC BY-SA 4.0, Link

En passant, on lit de l’équipe pédagogique que « Ces trois présentateurs et présentatrices font partie d’une équipe pédagogique plus large, riche de treize wikipédiens et wikipédiennes expérimenté·e·s ». Le langage épicène, qui permet d’éviter la discrimination d’un genre, vous tient à cœur pour la wikipédia francophone ?

Natacha : Le langage épicène (ou langage non sexiste) est un langage inclusif qui tente de ne pas favoriser un genre par rapport à l’autre. Il est utilisé notamment en Suisse et au Québec, surtout dans la fonction publique. Par ailleurs, nous avons un fossé des genres sur Wikipédia – 75 000 articles sur des femmes contre 450 000 biographies d’hommes et moins de 20 % de personnes contribuant sont des femmes – ce qui introduit parfois des biais dans la façon dont les sujets sont traités. La fondation Wikimedia (qui participe au financement de Wikimédia France) en a fait un sujet de priorité depuis qu’un article du New York Times a relevé ce problème en 2011.

Par ailleurs le WikiMOOC cible toute la communauté francophone, et nommer explicitement le genre féminin peut avoir un impact sur la participation des femmes à ce dernier, alors même qu’on cherche à augmenter le nombre de contributrices ce détail peut avoir son importance !

Jules : Natacha a su nous convaincre d’utiliser le langage épicène dans le WikiMOOC ;-). Mais celui-ci n’est pas en usage systématique sur Wikipédia en français, notamment en raison de sa lourdeur visuelle, et car il n’est pas (encore ?) répandu dans les usages. Or Wikipédia a tendance (rien de systématique) à suivre les usages de la langue.

D’ailleurs, on peut parfois ne pas être d’accord avec les choix faits dans les règles que s’impose la communauté Wikipédia (éligibilité des articles, traitement des genres et des personnes trans, application du point de vue…). Quelle est la meilleure manière de faire évoluer ces positions ?

Jules : Le meilleur moyen de faire évoluer les règles de Wikipédia, ou bien les consensus qui ont émergé au coup par coup pour chaque article, c’est de s’investir dans la communauté. On voit souvent des internautes débarquer, parfois très bien intentionnés, mais très maladroits : ils arrivent et veulent tout changer. Or les contributeurs et contributrices sont souvent sur leurs gardes, notamment parce qu’il y a régulièrement des tentatives d’entrisme et de manipulation de Wikipédia à des fins idéologiques et politiques (en faveur d’une personnalité politique par exemple). Ce sont des internautes qui veulent utiliser la notoriété de Wikipédia pour faire et défaire les notoriétés, pour passer leurs idées… alors que ce n’est pas le lieu. Bref, quand on est bien intentionné, il est primordial dans un premier temps de se familiariser avec les règles ainsi que les us et usages relatifs qui guident le déroulement les discussions et les décisions. Cela évite les maladresses, et ça permet de parler le même langage que les autres contributeurs et contributrices bénévoles. Ça instaure une confiance mutuelle.

Wikipédia, c’est une encyclopédie, mais aussi nombre d’autres projets visant à partager le savoir collaborativement… vous en parlerez dans ce MOOC ?

Alexandre : Le mouvement Wikimedia contient de nombreux projets en plus de Wikipédia, comme Wikimedia Commons qui est l’endroit où les fichiers multimédia Wikipédia-compatibles sont déposés. Comment ajouter une photo est une question qui revient souvent donc le sujet est abordé. Au delà, Wikipédia et les projets « sœurs » sont une excellente école pour comprendre les enjeux du copyright et de ses abus, ce que sont les licences Creative Commons et ce qu’elles représentent politiquement. La famille des projets Wikimedia correspond au seul projet libre (libre comme dans libre discours, pas comme dans libre bière :) ) accessible au et connu du grand public. À ce titre, il est une sorte de porte étendard et pour moi, le WikiMOOC a aussi pour vocation de le promouvoir.

Bon c’est bien gentil tout ça, mais ça va me demander quoi de participer à ce MOOC ? Des milliers d’heures de travail ? Un ordi surpuissant dernier cri ? Une connaissance infaillible de la calcification des hydrogénocarbonates ?

Alexandre : le point commun de tous les MOOC, c’est qu’on peut se sentir libre de les aborder à sa manière : regarder seulement les vidéos, faire les exercices ou pas, s’intéresser à une semaine mais pas à l’autre. Dans le WikiMOOC, des mécanismes pédagogiques sont prévus pour inciter les apprenant-e-s à aller le plus en profondeur possible mais tout le monde doit se sentir libre (sauf mes étudiant-e-s qui seront noté-e-s, évidemment !).

Jules : Pour rebondir sur votre question, pas besoin d’ordi surpuissant, un navigateur web à jour suffit amplement. Pour suivre la totalité du cours, il faut compter au moins trois heures de travail par semaine, mais c’est très variable d’une personne à une autre !

Du coup, si je suis convaincu, qu’est-ce que je dois faire pour m’inscrire ?

Valentin : Les inscriptions (gratuites évidemment) ont lieu sur fun-mooc.fr !

Et, comme d’habitude sur le Framablog, on vous laisse le mot de la fin !

Jules : Soyez nombreux et nombreuses à vous inscrire pour aider à donner accès à la connaissance au plus grand nombre !

Wallabag it, une belle occasion d’y aller de votre poche !

mar, 24/01/2017 - 07:37

Pour ne plus avoir 50 onglets ouverts « à lire plus tard » et garder tous les articles qu’on veut lire dans la poche, il existe une solution simple et libre : wallabag.

Wallabag, c’est le logiciel qui se trouve derrière notre service Framabag. Le principe est simple : vous vous inscrivez au service, et vous ajoutez l’extension à votre navigateur (Firefox ou Chrome/Chromium) afin d’avoir le bouton magique qui vous permet de sauvegarder vos articles à lire plus tard.

Ensuite, il ne vous reste plus qu’à aller les lire sur le site web du service ou depuis l’application de votre ordiphone…

Côté serveur, de notre côté donc, ce n’est pas la même paire de manchots. Voilà plusieurs mois que wallabag a sorti une version majeure (2.X), avec de mirifiques nouvelles fonctionnalités. Mais Framabag reste obstinément dans une version antérieure (1.9.X).

La raison est simple, nous sommes victimes de notre succès : migrer plus de 11 000 comptes vers une nouvelle version majeure est un très gros travail, un travail concernant des données sensibles (qu’on ne peut donc pas déléguer à n’importe qui). Or, comme toujours, nos bénévoles et salariés ont déjà une toudou liste qui déborde… Ce qui ne veut pas dire qu’on ne fera jamais la mise à jour, juste qu’elle est trop importante pour qu’on la fasse dans l’urgence, et que nous allons prendre notre temps.

Bien entendu, le top serait que chacun-e d’entre vous auto-héberge son wallabag, par exemple en utilisant Yunohost ou le tutoriel dédié. Malheureusement, ce n’est pas (encore) une solution accessible à toutes et tous.

Qu’à cela ne tienne, Nicolas Lœuillet, créateur et développeur principal de wallabag, et par ailleurs membre de Framasoft, propose une alternative intéressante (parce que payante) : wallabag.it !

Alors non : nous ne nous sommes pas concertés, mais oui : cela nous arrange. 11 000 comptes Framabag, c’est beaucoup trop, et il y a grandement besoin de solutions d’hébergement alternatives. C’est surtout l’occasion de démontrer une fois encore que libre ne signifie pas gratuit, et qu’il est important de ne pas mettre toutes ses données dans le même panier, fût-ce dans celui de Framasoft… Mais parlons-en donc avec le principal intéressé.

Une illustration de Wallabag V2 piquée au blog de Dadall

Bonjour Nicolas ! Peux-tu te présenter au lectorat du Framablog ?

Salut le lectorat du Framablog.

Je suis Nicolas, développeur web de métier et développeur de wallabag (vous avez vu ? Pas de w majuscule !) à mes heures perdues. Depuis maintenant trois ans, je suis également membre (à mes minutes perdues) de Framasoft.

Du coup c’est quoi, wallabag it ? Un Framabag survitaminé ? Quels sont les avantages et nouvelles fonctionnalités de ce service ?

wallabag.it, c’est un service en ligne qui te permet d’utiliser wallabag sans se soucier de l’installation, de la maintenance, des mises à jour de l’application.

Tu viens, tu crées ton compte et tu utilises. C’est tout.

C’est pas un Framabag survitaminé : c’est pareil que Framabag dans l’idée. La différence, c’est la version de wallabag : comme c’est si bien expliqué dans l’introduction du billet, nous avons publié une nouvelle version majeure l’an dernier (la deuxième du nom) et la mise à jour de Framabag est quelque peu complexe.

Les avantages de ce service, c’est la simplicité de création de compte. Pas besoin d’avoir les compétences pour installer une application web.

Il n’y a aucune différence de fonctionnalité entre le service et l’application que tu pourrais installer chez toi, sur ton serveur personnel. Et il n’y en aura jamais. Au mieux, certaines fonctionnalités seront proposées avant sur wallabag.it, mais à terme, tout sera rendu à la communauté.

D’accord, mais si je m’inscris, ça va me coûter combien cette affaire ? Un café ? Un menu Falafel-Frites-Ice tea ? Une Porsche Carrera 911 ?

Si tu t’inscris, ça ne te coûte rien pendant 14 jours. Pas besoin de carte de crédit pour te créer un compte, juste une adresse mail valide.

Ensuite, ça te coûtera 12 euros par an. Douze euros. Un seul euro par mois. Soit pas grand chose. Moins d’un café par mois, du coup. Et un peu moins qu’une Porsche.

Et puisqu’on est sympas, l’abonnement annuel est actuellement à 9 euro par an (et puis il parait que ça fait bien niveau marketing).

Juste pour comparer, voici l’interface d’un wallabag en V1…

Imaginons que je sois sur Framabag (ou sur Pocket, tiens !) et que je veuille migrer vers wallabag it… Comment je fais pour migrer mes données ? Y’a besoin d’un bac + 42 en administration système ?

Si tu es sur Framabag et que tu souhaites migrer vers wallabag.it, tu dois exporter tes données (dans la page Configuration, il y a un lien pour ça). Ensuite, tu importes le fichier généré dans wallabag.it, rubrique Import. Tu choisis « wallabag v1 », tu sélectionnes ton fichier et roule ma poule.

Ça, c’est en théorie. Parce qu’en réalité, l’export depuis Framabag connaît parfois quelques ratés (certains diront que l’export depuis Framabag fonctionne de temps en temps, la nuance est minime). Si c’est le cas pour toi, contacte le support de Framasoft ou contacte le support de wallabag.it et on s’occupe d’exporter tes données (et au passage, on les revendra pour s’enrichir encore plus).

Si tu es sur Pocket et que tu souhaites migrer vers wallabag.it, c’est plus simple. Rubrique Import, tu choisis Pocket et tu te laisses aller (pas trop non plus). Ça devrait marcher tout seul, certains sont arrivés de Pocket avec 20.000 articles en poche

Si on laissait tomber Facebook ?

lun, 23/01/2017 - 00:47

Le travail de Salim Virani que nous vous invitons à parcourir est remarquable parce qu’il a pris la peine de réunir et classer le très grand nombre de « petites » atteintes de Facebook à notre vie privée. Ce n’est donc pas ici une révélation fracassante mais une patiente mise en série qui constitue une sorte de dossier accablant sur Facebook et ses pratiques avouées ou inavouables. Vous trouverez donc de nombreux liens dans l’article et au bas de l’article, qui sont autant de sources.

Si comme nous le souhaitons, vous avez déjà renoncé à Facebook, il est temps d’en libérer vos proches : les références et les faits évoqués ici par Salim Virani seront pour vous un bon réservoir d’arguments.

Par quoi remplacer Facebook lorsqu’on va supprimer son compte ? Telle est la question qui reste le point bloquant pour un certain nombre de personnes.  Bien sûr il existe entre autres Diaspora et ses divers pods (dont Framasphère bien sûr), mais Salim Virani répond plutôt : par de vrais contacts sociaux ! Avons-nous vraiment besoin de Facebook pour savoir qui sont nos véritables amis et pouvoir échanger avec eux ?

N’hésitez pas à nous faire part de votre expérience de Facebook et de ses dangers, dont le moindre n’est pas l’addiction. Saurons-nous nous dé-facebook-iser ?

Source de l’article : Get your loved ones off Facebook

Traduction Framalang : Penguin, mo, egilli, audionuma, goofy, lamessen, roptat, xXx, serici, Mika, jums, ratator, dodosan, mathis, mika, Lumibd, jums, ratator, Diane

Dites à ceux que vous aimez de laisser tomber Facebook

par Salim Virani

J’ai écrit ce qui suit pour ma famille et mes proches, afin de leur expliquer pourquoi les dernières clauses de la politique de confidentialité de Facebook sont vraiment dangereuses. Cela pourra peut-être vous aider aussi. Une série de références externes, et des suggestions pour en sortir correctement, se trouvent au bas de cet article.

Mise à jour 2017 : beaucoup des inquiétudes que j’avais se sont avérées fondées. Facebook a persévéré dans sa logique de mépris envers ses utilisateurs. J’ai actualisé cet article en y ajoutant quelques liens et arguments supplémentaires.

« Ah au fait, j’avais envie de te demander pourquoi tu quittes Facebook », telle est la question embarrassée qu’on me pose du bout des lèvres très fréquemment ces temps-ci. Genre vous savez plus ou moins que Facebook c’est mal, mais vous n’avez pas trop envie de savoir jusqu’à quel point.

J’ai été un grand supporter de Facebook – un des premiers utilisateurs de mon entourage à défendre ce moyen génial de rester en contact, c’était en 2006. J’ai fait s’inscrire ma mère et mes frères, ainsi qu’environ vingt autres personnes. J’ai même enseigné le marketing de Facebook à l’un des plus prestigieux programmes technologiques du Royaume-Uni, la Digital Business Academy. Je suis un technico-commercial – donc je peux voir les implications – et jusqu’à maintenant elles ne m’avaient pas inquiété plus que ça. Je ne prenais pas au sérieux les personnes qui hésitaient en invoquant des questions de vie privée.

Juste pour vérifier…

Pendant les vacances 2014/2015, j’ai voulu passer quelques minutes à vérifier les prochains changements dans la politique de confidentialité, avec une attitude prudente en me demandant « et si… ? ». Certaines éventualités étaient inquiétantes, en particulier concernant nos informations financières et de localisation, sans oublier tout le reste. En fait, ce que je soupçonnais a déjà eu lieu il y a deux ans, depuis 2011 ! Ces quelques minutes se sont changées en quelques jours de lecture. J’ai ignoré beaucoup d’affirmations qui, selon moi, peuvent être expliquées comme des accidents (« techniquement plausibles » ou « techniquement fainéantes »).
Après tout, je suis moi-même le fondateur d’une start-up, et je sais à quel point les questions techniques peuvent être complexes. Par exemple, les droits d’accès excessifs demandés par l’application Facebook pour Android proviennent d’un problème technique étroitement lié à Android. Mais il restait encore beaucoup de préoccupations concernant la protection de la vie privée, et j’ai croisé ces faits avec des techniques que je sais être standards dans le marketing basé sur les données.
Avec ces derniers changements de confidentialité le 30 janvier 2015, j’ai peur.

Facebook a toujours été légèrement pire que toutes les autres entreprises technologiques avec une gestion louche de la confidentialité ; mais maintenant, on est passé à un autre niveau. Quitter Facebook n’est plus simplement nécessaire pour vous protéger vous-même, c’est devenu aussi nécessaire pour protéger vos amis et votre famille. Cela pourrait être le point de non-retour – mais il n’est pas encore trop tard pour reprendre le contrôle.

Une petite liste de pratiques de Facebook

Il ne s’agit plus simplement des informations que Facebook dit qu’il va prendre et ce qu’il va en faire ; il s’agit de tout ce qu’il ne dit pas, et qu’il fait tout de même grâce aux failles qu’ils se sont créées dans les Conditions de Service, et la facilité avec laquelle ils reviennent sur leurs promesses. Nous n’avons même plus besoin de cliquer sur « J’accepte ». Ils modifient simplement la politique de confidentialité, et en restant sur Facebook, vous acceptez. Et hop !

Aucune de vos données sur Facebook n’est sécurisée ni anonyme, quels que soient vos paramètres de confidentialité. Ces réglages sont juste des diversions. Il y a des violations de confidentialité très sérieuses, comme la vente de listes des produits que vous recommandez à des annonceurs et des politiciens, le pistage de tout ce que vous lisez sur Internet, ou l’utilisation des données de vos amis pour apprendre des informations privées sur vous – aucune de ces pratiques n’a pas de bouton « off ». Pire encore, Facebook agit ainsi sans vous le dire, et sans vous révéler les dommages que vous subissez, même si vous le demandez.

Facebook donne vos données à des « tiers » via les applications que vous utilisez, puis il affirme que c’est vous qui le faites, pas eux. À chaque fois que vous utilisez une application connectée à Facebook, vous autorisez Facebook à échapper à sa propre politique de confidentialité avec vous et vos amis. C’est comme quand mon frère me forçait à me frapper moi-même, puis me demandait « Pourquoi tu te frappes tout seul ? ». Et il allait dire à ma mère que ce n’était pas de sa faute.

En creusant un peu, j’ai découvert tout le pistage que fait Facebook – et je l’ai vérifié avec des articles de sources connues et réputées, ainsi qu’avec des études qui ont été examinées minutieusement. (Les liens sont dans la section Source à la fin de ce post).

Ça semble fou quand on met le tout bout à bout !

  • Facebook créé de fausses recommandations de produits venant de vous pour vos amis – et ils ne vous le disent jamais.
  • Quand vous voyez un bouton « J’aime » sur le web, Facebook est en train de repérer que vous êtes en train de lire cette page. Il parcourt les mots-clés de cette page et les associe avec vous. Il sait combien de temps vous passez sur les différents sites et les différents sujets.
  • Ils lisent vos messages privés et le contenu des liens que vous envoyez en privé.
  • Ils ont mis en place des fonctionnalités qui allument le micro de votre téléphone – vu leurs antécédents de changement de paramètres de confidentialité, une surveillance audio peut très probablement commencer sans que vous le sachiez.
    Ils peuvent utiliser la reconnaissance faciale pour pister vos déplacements avec des photos, même celles qui ne sont pas sur Facebook (les photos prises depuis les téléphones contiennent des informations sur la date, l’heure et la localisation GPS).
  • Ils repèrent votre localisation et l’utilisent pour trouver des informations sur vous, si par exemple vous êtes malade (si vous êtes chez un médecin ou un spécialiste), avec qui vous couchez (qui est à vos côtés pendant la nuit), où vous travaillez, si vous êtes en recherche d’emploi (un rendez-vous d’une heure dans les bureaux de la concurrence), etc.
  • Ils ont organisé des campagnes de quasi-dénonciation pour inciter par la ruse les amis des gens à révéler des informations sur eux, alors qu’ils avaient décidé de les garder secrètes.
  • Ils utilisent l’énorme quantité de données qu’ils ont sur vous (avec vos « J’aime », ce que vous lisez, ce que vous écrivez mais que vous ne publiez pas) pour créer des profils très précis de qui vous êtes – même si vous faites tout pour garder ces choses secrètes. Il y a des techniques statistiques, qui existent depuis des décennies en marketing, pour trouver des modèles comportementaux en corrélant les actions et les caractéristiques d’une personne. Même si vous n’avez jamais publié quoi que ce soit, ils peuvent facilement déduire vos âge, sexe, orientation sexuelle et opinions politiques. Quand vous publiez, ils en déduisent beaucoup plus. Puis ils le révèlent aux banques, aux compagnies d’assurances, aux gouvernements et, évidemment, aux annonceurs.
« Je n’ai rien à cacher »

Pourtant, beaucoup de gens ne s’en inquiètent pas, estimant qu’ils n’ont rien à cacher. Pourquoi s’intéresseraient-ils à ma petite personne ? Pourquoi devrais-je m’inquiéter de cela alors que je ne fais rien de mal ?

L’histoire est désormais célèbre : une adolescente enceinte a vu sa grossesse révélée au grand jour par le magasin Target, après que ce dernier a analysé ses données d’achat (sacs à main plus grands, pilules contre le mal de tête, mouchoirs…) et a envoyé par erreur un message de félicitations à son père, qui n’était pas au courant. Oups !

Il arrive la même chose à vos données, qui sont révélées à n’importe quelle entreprise sans contrôle de votre part. Et cela se traduit par les différentes manières dont vos données peuvent révéler des choses vous concernant à des entités que vous ne souhaitez pas mettre au courant.

L’un des problèmes les plus évidents ici concerne les compagnies d’assurance. Les données qu’elles récoltent sur vous sont exploitées pour prédire votre futur. Aimeriez-vous qu’on vous refuse une assurance santé sous prétexte qu’un algorithme a prédit à tort que vous aviez commencé à consulter un cardiologue ?

Et si votre employeur ou futur employeur savait que vous êtes peut-être enceinte ?

Aimeriez-vous que votre patron soit au courant quand vous n’êtes pas réellement cloué au lit, ou quand vous cherchez un autre job ?

Aimeriez-vous que n’importe qui soit au courant si vous avez des difficultés à payer votre prêt ? Si vous vendez votre maison, les acheteurs sauront qu’ils sont en position de force.

Ne confondez pas vie privée et secret. Je sais ce que vous faites dans la salle de bain, mais vous fermez quand même la porte. C’est parce que vous voulez de l’intimité, pas pour cacher un secret. (Extrait de Je n’ai rien à cacher, pourquoi devrais-je me faire attention à ma vie privée en ligne ?)

Même si nous avons pour la plupart d’entre nous le sentiment que nous n’avons rien à cacher, nous nous retrouvons tous parfois dans des situations où nous avons besoin que certaines choses restent secrètes, au moins pendant un temps. Mais nous renonçons à cela – et pour quelle raison ?

Extraits des « Conditions d’utilisation » (et non « Politique de confidentialité », vous voyez vous voyez l’astuce ?)

Vous nous donnez permission d’utiliser votre nom, image de votre profil, le contenu et les informations en lien avec des activités commerciales, soutiens sponsorisés et autres contenus (comme les marques que vous aimez), proposés ou mis en avant par nos soins.

Plus bas :

Par « information » nous voulons dire les données et autres informations qui vous concernent, ce qui inclut les faits et gestes des utilisateurs et des non-utilisateurs qui interagissent avec Facebook.

Donc cela inclut tout ce qu’ils collectent sur vous mais sans vous le dire. Tout ce que vous lisez sur Internet, tout ce qu’on a jamais publié à votre propos, toutes vos transactions financières privées.

De plus, vos données commencent à être combinées avec les données de vos amis pour faire un modèle encore plus précis. Il ne s’agit pas que de vos données, mais ce que l’on obtient quand on combine tout ensemble.

Le problème n’est pas ce que nous avons à cacher, il s’agit de garantir le droit fondamental à notre liberté – lequel est notre droit à la vie privée

L’article 12 de la Déclaration des Droits de l’homme de l’ONU indique :

Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation.

Nous avons le droit de dire un mot sur la façon dont ces informations seront utilisées. Mais en utilisant Facebook, nous les abandonnons volontairement, pas seulement les nôtres mais aussi celle de nos amis, de notre famille !

Si vous admettez avoir commis quelque chose d’illégal dans les messages privés de Facebook, ou si vous avez simplement mentionné un soutien à une action politique, cela pourra être utilisé contre vous à l’avenir, tout particulièrement par un gouvernement étranger. Vous pouvez être arrêté simplement parce que vous étiez au mauvais endroit au mauvais moment, ou être mis à l’écart à l’aéroport un jour, pour risquer de la prison car vous avez révélé que vous avez fait quelque chose d’illégal il y a 5 ans. Un comédien New Yorkais a vu une équipe SWAT (un groupe d’intervention policière américaine musclé) entrer dans son appartement pour une blague sur Facebook. Les forces de l’ordre commettent souvent des erreurs, et vous leur donnez plus de pouvoir et plus de chance d’être dans l’erreur. Vous rechargez le fusil, le pointez sur votre tempe, et le donnez à n’importe quel « applicateur de la loi » à la gâchette facile capable d’acheter vos données personnelles.

Image par Joelle L  (CC-BY-2.0)

Pas besoin de parler d’une hypothétique surveillance gouvernementale ici. L’un des premiers investisseurs de Facebook, Greylock, a un conseil d’administration en lien avec la CIA via une entreprise appelée In-Q-Tel. Selon leur site web, ils « identifient les technologies de pointe pour aider la CIA et plus largement l’intelligence américaine à poursuivre leur mission ». Et si vous n’êtes toujours pas au courant, il a été révélé que les données de Facebook ont été livrées directement au programme PRISM.

Les courtiers en données commerciales

Et comme je l’explique plus loin, ces informations se retrouvent de toute façon en grande partie publiquement accessible. Pas besoin des programmes de la NSA, les entreprises de données marketing s’en occupent, en dés-anonymisant toutes vos données pour les vendre encore et encore. C’est fait systématiquement et automatiquement. Il y a toute une industrie autour de ça. Il y a des places de marché pour acheter et vendre les données des consommateurs, qui étaient bâties originellement autour des agences de crédit et des entreprises de publipostage, puis qui ont évolué avec l’industrie de la barre d’outil de navigateur, quand Internet Explorer était répandu – maintenant il y a encore plus d’informations qu’avant. Un exemple récent est RapLeaf qui a collecté et publié des informations identifiables personnellement, y compris des identifiants Facebook et MySpace.
Ils ont arrêté suite à une sérieuse controverse, mais non seulement le mal avait été fait, mais il y a eu d’autres entreprises qui ont échappé à cette mauvaise publicité et ont continué ces pratiques. Il ne s’agit pas de la façon dont les commerciaux vous adressent des publicités ciblées : le problème, c’est que vos données sont achetées et vendues pour cela.

Dans quel pays envisagez-vous de partir en voyage ? Êtes-vous d’accord pour confier toutes ces informations sur vous aux forces de l’ordre de ce pays ? Parce que, sachez-le : elles les achètent.

Mise à Jour 2017 : Facebook a annoncé sa collaboration avec quatre des plus grands courtiers en données.

Intercepter vos communications

Le truc, c’est qu’il n’y a pas besoin d’approuver une théorie du complot pour être concerné. Mark Zuckerburg lui-même a été très clair publiquement avec ses investisseurs à propos de ses intentions :

1) Être l’intermédiaire de toutes les communications personnelles.

C’est pour cela qu’ils ont conçu Messenger et acheté WhatsApp, mais n’oubliez pas qu’ils ont essayé pire. Quand ils ont lancé les emails Facebook, ils ont profité des utilisateurs qui avaient synchronisé leurs contacts Facebook. Ils ont fait en sorte que l’adresse @facebook.com soit l’adresse par défaut pour tout le monde. Pourquoi ? Pour que vos amis vous envoient des e-mails sur votre adresse @facebook.com au lieu de votre adresse normale, ce qui leur permettra de lire vos correspondances.

2) Rendre publiques toutes les communications privées au fil du temps.

C’est pour cela qu’ils ont lentement changé les paramètres de vie privée par défaut vers public, rendu les configurations de la vie privée de plus en plus difficiles à utiliser, et prétendent maintenant que leur outil d’aide à la vie privée va changer cela.

En réalité, il y a une foule de violations de la vie privée qui ne peuvent être désactivées, comme permettre aux publicitaires d’utiliser votre liste de contacts, couper la façon dont Facebook suit ce que vous lisez sur Internet, ou empêcher Facebook de collecter d’autres informations sur vous. Vous ne pouvez pas les désactiver !

Facebook ne vous laisse pas partager ce que vous voulez

Même si vous n’avez rien à cacher, inquiétez-vous du contraire, ce que Facebook choisit de cacher quand vous souhaitez le partager. Ils vous filtrent.

« Je voulais te demander pourquoi tu quittes Facebook » arrive généralement après quelque chose comme « Tu n’as pas vu mon post la semaine dernière ? ».

Si vous avez déjà eu cette conversation, vous aurez noté qu’il y a une grande différence entre vos attentes lorsque vous communiquez sur Facebook et ce qui arrive réellement. En gros, Facebook filtre vos posts suivant que les utilisateurs utiliseront plus Facebook ou non s’ils ne le voient pas.

On a l’impression que Facebook est la seule manière de rester en contact. Avec les photos et les commentaires. On a l’impression que tout le monde y est et qu’on y voit une bonne partie de leur vie.

En fait, un grand nombre de vos messages ne sont jamais vus par personne !
Et vous en manquez plein aussi. Même si ceux de vos amis vous arrivent, cela ne veut pas dire que les vôtres leur parviennent.

Les messages privés puent aussi. Combien de messages Facebook envoyés sans réponse ? À combien de messages Facebook pensez-vous avoir oublié de revenir plus tard, combien en manquez-vous simplement ? Est-ce comme ça que vous voulez traiter vos amis ?

Facebook est un moyen vraiment peu fiable pour rester en contact.

Le mois dernier (NdT : en 2015), j’ai simplement cessé d’utiliser Facebook. Quelque chose d’incroyable est arrivé. Les gens m’ont téléphoné, et on s’est vraiment donné de nos nouvelles. Ma famille était plus en contact. Mon frère m’a envoyé des courriels avec des nouvelles. Des amis sont venus chez moi me dire bonjour.
C’était, disons, social.

Censure politique

Facebook bloque des publications s’il y a du contenu politique qu’il n’aime pas. Ils ont bloqué des publications concernant Ferguson et d’autres manifestations politiques. Quand Zuckerberg a prétendument pété un câble et a banni les mots « vie privée » des réunions à Facebook, cela a aussi été censuré dans toutes les publications Facebook. Vous aviez juste un message d’erreur à propos de « contenu inapproprié ». Ouais, c’est ça ! Inapproprié pour qui ?

Pourtant, nous ne devrions pas être surpris. Facebook n’est pas une plate-forme neutre – nous devons être conscients des objectifs des gens qui sont derrière. Zuckerberg a révélé ses intentions publiquement. Le premier membre du conseil de Facebook aussi, Peter Thiel, un conservateur. Quand il était plus jeune, il a écrit un livre remettant en question le multiculturalisme à Stanford, et il soutient maintenant une théorie appelée le « Désir Mimétique » qui, parmi d’autres choses positives, peut utiliser les groupes sociaux des gens pour manipuler leurs désirs et leurs intentions (je suis un fan de Thiel quand il parle des startups – mais on oublie souvent que beaucoup de gens ne connaissent pas tout ceci).

Facebook va jusqu’à laisser des organisations politiques bloquer vos communications. Il suffit de quelques personnes pour classer comme offensant un article d’actualité, et il est supprimé du flux de tout le monde. Cette fonctionnalité est souvent détournée. Je peux bloquer n’importe quel article sur Facebook en convainquant quelques amis de le classer comme offensant. C’est de la censure facile et pas chère.

Mise à jour de 2017 : on a vu combien cela a affecté les élections des États-Unis. Les points de vue politiques opposant du fil d’actualité des gens étaient souvent filtrés, et maintenant des fausses actualités se répandent facilement, parce que ces faux gros-titres renforcent nos convictions et nous sommes contents de les partager.

Tout cela confirme que c’est une mauvaise idée de compter sur Facebook pour communiquer avec des gens qui sont importants pour vous. Votre habitude d’utiliser Facebook implique que d’autres personnes doivent utiliser Facebook.

C’est un cercle vicieux.

En fait, cela nuit à vos relations avec beaucoup de gens, parce que vous pensez que vous êtes en contact avec eux, mais vous ne l’êtes pas. Au mieux, vous êtes en contact avec une version filtrée de vos amis. Ces relations s’affaiblissent, alors que vos relations avec des personnes qui publient du contenu qui plaît à Facebook prennent leur place.

Non seulement Facebook veut lire toutes vos communications, mais il veut aussi les contrôler.

Vous balancez vos amis

Même si vous pensez que tout ça ne vous pose pas trop de problèmes, en utilisant Facebook, vous forcez vos amis et votre famille à accepter la même chose. Même ceux qui ne sont pas sur Facebook, ou qui vont jusqu’à utiliser des faux noms.

Si vous avez déjà utilisé la synchronisation des contacts Facebook, ou si vous avez déjà utilisé Facebook sur votre téléphone, alors Facebook a récupéré la totalité de votre liste de contacts. Les noms, les numéros de téléphone, les adresses, les adresses électroniques, tout. Puis ils utilisent tout ça pour créer des « profils fantômes » des gens que vous connaissez et qui ne sont pas sur Facebook. Les internautes qui n’utilisent pas Facebook s’en aperçoivent souvent en recevant des e-mails qui contiennent leurs informations personnelles de la part de Facebook. Les internautes qui utilisent Facebook s’en aperçoivent aussi quand ils publient une photo d’un ami qui n’est pas sur Facebook, et qu’elle se retrouve automatiquement taguée. Mon ami n’est pas sur Facebook, mais comme d’autres amis et moi avons utilisé Facebook sur nos téléphones, Facebook connaît son nom et ses informations de contact, et sait aussi qui sont ses amis, puisqu’il peut le voir dans leur liste de contacts et leur journal d’appel. Il suffit de publier quelques photos avec son visage (ils peuvent l’identifier sur des photos), et voilà, ils peuvent ajouter les données de géolocalisation tirées des photos à son profil fantôme. Beaucoup d’autres techniques de Facebook fonctionnent aussi avec les profils fantômes. Et par-dessus le marché, ils peuvent déduire beaucoup de choses sur lui très précisément en s’appuyant sur des similitudes statistiques avec ses amis.

Donc en gros, on a tous balancé accidentellement nos amis qui voulaient préserver leur vie privée. Facebook nous a piégés.

Mais les pièges de Facebook vont encore plus loin.

La « vie privée » ne s’applique pas à ce que Facebook déterre

Tout comme les profils fantômes des gens, Facebook peut « deviner un like » en fonction d’autres informations qu’il possède sur vous, comme ce que vous lisez sur Internet ou ce que vous faites dans les applications quand vous vous y authentifiez avec Facebook ou ce qu’il y a sur votre facture de carte bleue (j’en parlerai davantage plus loin). Appelez cela un « like fantôme ». Cela leur permet de vous vendre à plus d’annonceurs.

Il y a déjà une vaste documentation sur la collecte de ces informations par Facebook. La technique du « like fantôme » est simplement une utilisation standard des techniques statistiques en marketing de base de données. Si vous lisez beaucoup sur ce sujet, vous l’aimez probablement. Ce genre de chose. Ces techniques sont utilisées en marketing depuis les années 80 et vous pouvez embaucher des étudiants en statistiques pour le faire, même si bien sûr, Facebook embauche les meilleurs du domaine et cherchent à faire avancer l’état de l’art en intelligence artificielle pour cela. En Europe, Facebook est légalement obligé de partager toutes les informations qu’il a sur vous, mais il refuse. Donc il y a encore une autre action en justice contre eux.

Les permissions

Au travers de son labyrinthe de redéfinitions des mots comme « information », « contenu » et « données », vous permettez à Facebook de collecter toutes sortes d’informations sur vous et de les donner à des annonceurs. Avec votre permission seulement, disent-ils, mais la définition de « permission » contient l’utilisation d’une application ou qui sait quoi d’autre.

Et vous pensiez que ces requêtes Farmville étaient embêtantes. À chaque fois que vous en voyez une, cet ami révèle vos informations à des « tiers ».

Vous voyez comment ça marche ? Vous dites à Facebook que c’est « uniquement pour vos amis », mais vos amis peuvent le révéler à un « tiers ». Et la plupart des applications qu’ils utilisent sont des « tiers ».
Donc en fait, tout ce que vous marquiez en « amis seulement » n’a pas grande importance. En étant sur Facebook, il y a bien plus d’informations à votre propos qui sont collectées, combinées, partagées et utilisées.

Ils disent qu’ils « anonymisent » ça, mais en réalité il n’y a qu’une étape pour le dés-anonymiser. Beaucoup de données anonymes, comme ce que vous postez et quand, vos photos, votre localisation à tel moment est suffisant pour un grand nombre d’entreprises qui relient ces données anonymes à vous – et les revendent (c’est pour cela que ça n’a pas d’importance que vous utilisiez un faux nom sur Facebook, vos données sont comme une empreinte digitale et permettront de vous associer à votre vrai nom).

En plus, ils permettent à toutes les applications Facebook d’avoir un accès complet à vos informations – avec votre nom et tout. Et même si vous n’utilisez jamais d’application sur Facebook, vos amis le font. Lorsqu’ils utilisent ces applications, ces amis partagent toutes vos informations pour vous. Il y a toute une industrie derrière.

Certaines choses ont bien un bouton « off », mais rappelez-vous que c’est temporaire, et comme Facebook l’a fait dans le passé, ils les réactiveront sans vous en avertir. Lorsque Facebook a démarré (et sans doute quand vous vous êtes inscrit) c’était clairement un endroit sûr pour partager avec vos amis. C’était leur grande promesse. Avec le temps, ils ont passé les paramètres de confidentialité à « public par défaut ». De cette façon, si vous vouliez toujours garder Facebook mais seulement pour vos amis, vous deviez trouver manuellement plus d’une centaine de paramètres sur d’innombrables pages cachées. Ensuite, ils ont abandonné ces paramètres pour forcer les informations à être publiques de toute façon.

Pourquoi est-ce que vous vous frappez tout seul ? :)

Vente de vos recommandations sans votre accord

Vous avez sûrement déjà remarqué des publicités Facebook avec une recommandation de vos amis en dessous. En gros, Facebook donne aux annonceurs le droit d’utiliser vos recommandations, mais vous n’avez aucun contrôle dessus. Cela ne concerne pas simplement quand vous cliquez sur un bouton « J’aime ». Il y a des cas connus de végétariens qui recommandent McDonald’s, d’une femme mariée heureuse qui recommande des sites de rencontres, et même un jeune garçon qui recommande un sex club à sa propre mère !

Ces cas étaient si embarrassants que les personnes concernées s’en sont rendu compte. Les gens les ont appelées. Mais dans la plupart des cas, ces « recommandations » ne sont pas découvertes – les gens pensent qu’elles sont vraies. C’est encore plus effrayant, car Facebook est largement utilisé pour la promotion politique, et la recommandation de produits. Les gens savent que j’ai déjà collecté des fonds pour le soutien d’enfants malades du cancer, donc cela ne les étonnera peut-être pas de voir une publicité où je recommande un programme chrétien d’aide aux enfants pauvres en Afrique. Mais je ne soutiens absolument pas les programmes qui ont une tendance religieuse, car ils sont connus pour favoriser les gens qui se convertissent. Pire, des gens pourraient s’imaginer des choses fausses sur mes convictions religieuses à partir de ces fausses recommandations. Et je passe sur tous les trucs à la mode sur les startups que je ne cautionne pas !

Ils profitent de la confiance que vos proches ont en vous

Nous n’avons aucun moyen de savoir si notre cautionnement a été utilisé pour vendre des conneries ineptes en notre nom. Je n’ai pas envie d’imaginer ma mère gâcher son argent en achetant quelque chose qu’elle pensait que je cautionnais, ou les investisseurs financiers de ma startup voir des publicités pour des produits inutiles avec mon visage en dessous.

Utiliser Facebook signifie que ce genre de chose se produit à tout moment. Les publicitaires peuvent acheter votre cautionnement sur Facebook et vos informations à des revendeurs de données extérieurs. Vous n’êtes jamais mis au courant de ça et vous ne pouvez pas le désactiver.

Les derniers changements en matière de vie privée

Finalement, je veux expliquer comment ce dernier changement dans nos vies privées engendre des choses encore pires, et la manière dont vous continuerez à en perdre le contrôle si vous restez sur Facebook.

L’usage de Facebook exige de vous suivre à la trace, de connaître ce que vous achetez, vos informations financières comme les comptes bancaires et les numéros de carte de crédit. Vous avez donné votre accord dans les nouvelles « conditions de service ». Ils ont déjà commencé à partager des données avec Mastercard. Ils utiliseront le fait que vous êtes restés sur Facebook comme « la permission » d’échanger avec toutes sortes de banques et institutions financières afin d’obtenir vos données d’eux. Ils diront que c’est anonyme, mais comme ils dupent vos amis pour qu’ils dévoilent vos données aux tiers avec des applications, ils créeront des échappatoires ici aussi.

Facebook insiste aussi pour suivre à la trace votre emplacement via le GPS de votre téléphone, partout et tout le temps. Il saura exactement avec qui vous passez votre temps. Il connaîtra vos habitudes, il saura quand vous appelez au travail pour vous déclarer malade, alors que vous êtes au bowling. « Machin a aimé : « bowling à Secret Lanes a 14h. » ». Ils sauront si vous faites partie d’un groupe d’entraide de toxicomanes, ou allez chez un psychiatre, ou un médium, ou votre maîtresse. Ils sauront combien de fois vous êtes allé chez le médecin ou à l’hôpital et peuvent le partager avec d’éventuels assureurs ou employeurs. Ils sauront quand vous serez secrètement à la recherche d’un travail, et vendront votre intérêt pour des sites de recherche de travail à vos amis et collègues – vous serez dévoilé.

Ils sauront tout ce qui peut être révélé par votre emplacement et ils l’utiliseront pour faire de l’argent.

Et – tout sera fait rétrospectivement. Si vous restez sur Facebook après le 30 janvier, il n’y a rien qui empêchera tout vos emplacements et vos données financières passés d’être utilisées. Ils obtiendront vos localisations passées avec vos amis vérifiés – donc avec vous, et les données GPS stockées dans les photos ou vous êtes identifiés ensemble. Ils extrairont vos vieux relevés financiers – ce médicament embarrassant que vous avez acheté avec votre carte de crédit il y a 5 ans sera ajouté à votre profil pour être utilisé selon les choix de Facebook. Il sera vendu à maintes reprises et probablement utilisé contre vous. Il sera partagé avec des gouvernements et sera librement disponible pour des tas d’entreprises « tierces » qui ne vendent rien que de données personnelles et éliminent irréversiblement votre vie privée.

Désormais c’est irréversible.

Les données relatives à votre géolocalisation et vos moyens financiers ne sont pas seulement sensibles, elles permettent à des entreprises tierces (extérieures à Facebook) de dés-anonymiser des informations vous concernant. Cela permet de récolter toutes sortes d’informations disponibles sur vous, y compris des informations recoupées que vous n’avez pas spécifiées. C’est un fait que même Facebook lui-même ne parvient pas à maintenir totalement le caractère privé des données – on ne peut pas dire que ça les préoccupe, d’ailleurs.

C’est sans précédent, et de même que vous n’avez jamais pensé que Facebook puisse revendre vos libertés lorsque vous vous êtes inscrits en 2009, il est trop difficile de prédire quels revenus Facebook et les vendeurs de données tiers vont tirer de cette nouvelle énergie dormante.

C’est simplement une conséquence de leurs nouveaux modèles économiques. Facebook vous vend au plus offrant, parce que c’est comme cela qu’ils font leur beurre. Et ils subissent des pressions monstrueuses de leurs investisseurs pour en faire plus.

Qu’est-ce que vous pouvez faire de plus à ce sujet ? Facebook vous offre deux possibilités : accepter tout cela ou sauter du bus Facebook.

Pour être honnête, ce bus est de plus en plus fou et pue un peu, n’est-ce pas ? Il y a de plus en plus de problèmes qui prennent des proportions sidérantes. Entre vous et moi, je doute que les choses s’orientent vers quelque chose de rationnel un jour…

Comment se tirer de ce pétrin

Image par Kvarki1 (CC BY-SA 3.0 ), via Wikimedia Commons

 

D’après la décision de justice rendue il y a quelques années par le FTC (Federal Trade Commission, NdT), après que Facebook a été poursuivi par le gouvernement des États-Unis pour ses pratiques en matière de vie privée, Facebook est « tenu d’empêcher que quiconque puisse accéder aux informations d’un utilisateur plus de 30 jours après que cet utilisateur a supprimé son compte ».

On peut l’interpréter de différentes façons. Certains disent qu’il faut supprimer chacune de vos publications, une par une ; d’autres disent qu’il faut supprimer votre compte, et d’autres disent qu’ils garderont vos données quand même – tout ce que vous pouvez faire, c’est arrêter de leur donner plus d’informations. Et puis, il y a les courtiers en données qui travaillent avec Facebook, qui ont déjà récupéré vos informations.

Donc supprimer votre compte Facebook (pas simplement le désactiver) est nécessaire pour arrêter tout ça, puis il y a quelques autres étapes à suivre pour tenter de réparer les dégâts :

Préparation (facultative)

  1. Utilisez l’outil « Créer mon archive » de Facebook
  2. Récupérez vos photos. J’ai utilisé cette application Android puisque l’outil Facebook ne vous permet pas de récupérer toutes vos photos, ni dans leur résolution maximale (j’ai aussi téléchargé la page avec ma liste d’amis, simplement en faisant défiler la page jusqu’en bas pour charger tout le monde, puis en cliquant sur Fichier -> Enregistrer. Honnêtement, je n’ai pas eu besoin du fichier jusqu’à présent. Il s’avère que je n’ai pas besoin d’un ordinateur pour savoir qui sont mes amis).
  3. Si vous voulez vraiment être minutieux, supprimez vos publications Facebook une par une, grâce à ce script. Cela peut être nécessaire, selon comment on interprète ce que Facebook peut conserver.
  4. Ensuite, il y a toutes les applications que vous avez utilisées. C’est l’une des plus grosses failles de Facebook, car cela leur permet de dire qu’ils ne peuvent pas contrôler ce que les applications font avec vos données une fois que vous les leur avez données. Du coup, j’ai sauvegardé sur mon disque dur la page de paramètres qui montre quelles applications j’ai utilisées, et j’ai désactivé l’accès de chacune d’elles manuellement. Chacune de ces applications a sa propre politique de confidentialité – la plupart sont une cause perdue et prétendent avoir des droits illimités sur mes informations, donc je les coupe simplement et je passe à autre chose.
Supprimer votre compte

Supprimez carrément votre compte Facebook, ne laissez aucune chance à Facebook de réapparaître en utilisant seulement la fonction « Désactiver ».

Précautions supplémentaires

Facebook pourra toujours vous pister avec un « compte fantôme », mais cela peut-être bloqué.

Pour empêcher Facebook (et consort) de surveiller ce que je lis sur internet (ils le font même si vous n’avez pas de compte), j’utilise Firefox avec l’option « Ne pas me pister » activée.

Si vous n’utilisez pas Firefox, EFF a un plugin pour votre navigateur appelé Privacy Badger (et pendant que l’on y est, l’EEF a fait en sorte que ce plugin génial choisisse automatiquement le serveur qui dispose de la connexion la plus sécurisée, cela rend plus difficile d’intercepter votre activité numérique pour l’industrie de l’information).

Il y a aussi les données qui ont été transmises illégalement aux « data brokers ». Vous pouvez demander que ces données soient retirées.

Comment remplacer Facebook ?

Mise à jour 2017 : au début, je pensais essayer des alternatives à Facebook. Je ressentais un besoin de remplacer Facebook par quelque chose de similaire comme Diaspora, mais l’e-mail et le téléphone se sont révélés bien meilleurs ! Après un mois sans Facebook, je n’ai plus ressenti le besoin de le remplacer. Les coups de téléphone ont suffi, figurez-vous. Tout le monde en a déjà un, et on oublie combien ils sont super faciles et pratiques à utiliser. Je vois moins de photos, mais je parle à des gens pour de vrai. Plus récemment, nous sommes tous allés sur un grand salon de messagerie instantanée. Je recommande actuellement Signal pour faire ça. Vous pouvez faire des appels, chatter et partager des photos de façon chiffrée, et très peu de choses sont stockées sur leurs serveurs. En fait, c’est bien mieux que Facebook, puisque c’est plus instantané et personnel.

Si vous avez d’autres idées ou conseils, merci de me joindre. Je considère ceci comme une étape responsable pour éviter qu’on me prive de ma liberté, et celle de ma famille et mes amis, et que nos relations personnelles en pâtissent.

Gardez bien à l’esprit que ce n’est pas juste une question technique. En restant sur Facebook, vous leur donnez l’autorisation de collecter et d’utiliser des informations sur vous, même si vous n’utilisez pas Internet. Et en y restant, les données qu’ils collectent sur vous sont utilisées pour créer des modèles sur vos amis proches et votre famille, même ceux qui ont quitté Facebook.

Internet est libre et ouvert, mais ça ne veut pas dire que nous acceptons d’être espionnés

Pour finir, le monde est rempli de gens qui disent « ça n’arrivera jamais », et quand cela finit par arriver, cela se change en « on ne peut rien y faire ». Si, on peut. Internet a été décentralisé pendant 50 ans, et contient un tas de fonctionnalités faites pour nous aider à protéger nos vies privées. Nous avons notre mot à dire sur le monde dans lequel nous voulons vivre – si nous commençons par agir à notre niveau. Et en plus, nous pouvons aider tout le monde à comprendre, et faire en sorte que chacun puisse faire son propre choix éclairé.

Cet article a maintenant été lu par 1 000 000 personnes. C’est un signe fort que nous pouvons nous informer et nous éduquer nous-mêmes !

Merci de partager ceci avec les gens qui vous sont importants. Mais honnêtement, même si cet article est vraiment populaire, il est clair que beaucoup de gens pensent savoir ce qu’il contient. Partager un lien n’est jamais aussi efficace que de parler aux gens.

Si vous avez lu jusqu’ici et que vous voulez partager avec un proche, je vous suggère de faire ce que j’ai fait – décrochez votre téléphone.

Une question pour vous

Cet article a été écrit en réaction à la politique de confidentialité de janvier 2015, il y a 2 ans. Ça a toujours été un article populaire, mais en janvier 2017, il a connu un pic de popularité. Je me demande bien pourquoi, et ça serait sympa si vous pouviez me dire ce que vous en pensez, par Twitter ou par e-mail.

Je me demande pourquoi mon article sur la vie privée sur Facebook (qui date de plusieurs années) subit une vague de popularité depuis la semaine dernière. Des idées ?
– Salim Virani (@SaintSal) 8 janvier 2017

Sources

Une petite note sur la qualité de ces sources : j’ai essayé de trouver des références dans des médias majeurs, avec tout un échantillon de biais politiques. Ces articles sont moins précis techniquement, mais on peut s’attendre à ce qu’ils soient plus rigoureux que les blogs pour vérifier leurs sources. Pour les aspects plus techniques, d’autres sources comme The Register sont certainement plus crédibles, et Techcrunch est notoirement peu fiable en matière de fact-checking. J’ai toutefois inclus certains de leurs articles, parce qu’ils sont doués pour expliquer les choses.

Articles en anglais

 

Articles en français (n’hésitez pas à allonger cette trop courte liste dans vos commentaires)

Framaestro : menez vos réunions et collaborations à la baguette !

mer, 11/01/2017 - 10:57

Vous souhaiteriez afficher et partager, dans un seul et même onglet, une page d’écriture collaborative, un site web, une visio-conférence et un tableur… ?

Pas de problème : avec Framaestro, c’est vous qui orchestrez un bureau collaboratif !

Plusieurs outils dans une seule page web

C’est, en quelque sorte, le défi que nous avons lancé à JosephK. Comment orchestrer, sur une seule page web, de multiples services Framasoft afin d’avoir tous les outils nécessaires à sa réunion, aux discussions, à la collaboration sur des documents, etc. ? Imaginez que sur une seule et même page web, à l’intérieur de cadres, vous puissiez afficher :

  • un Framapad (pour écrire collaborativement) qui peut durer un jour, une semaine, un, deux ou six mois, ou même un an ;
  • un Framacalc, afin d’avoir un tableur sous la main ;
  • un Framémo, pour organiser ses petites notes dans des colonnes ;
  • un Framavectoriel, pour dessiner ce que vous voulez ;
  • une visio-conférence via Framatalk ;
  • un petit tchat pour discuter en IRC ;
  • et surtout la (ou les) page(s) web de votre choix (pour travailler sur un site web, par exemple)…

Lorsqu’une image vaut mieux que nombre d’explications…

Avec Framaestro, c’est à vous d’orchestrer un bureau collaboratif comme vous l’entendez ! Il vous suffit de créer votre projet (comme pour un pad : vous choisissez simplement son nom), d’ajouter les cadres que vous voulez y voir (par exemple un pad, une visio-conf, et des pages web), de les arranger comme bon vous semble, puis de partager l’URL (l’adresse web) de votre Framaestro avec vos collaborateurs et collaboratrices.

Dès lors, vous pouvez utiliser ensemble et en même temps, tous les outils choisis.

Une création originale pour des usages multiples

Cela fait quelques semaines, maintenant, que Pierre-Yves a lancé l’idée d’un tel (méta-)outil. C’est JosephK qui a saisi la balle au bond, afin de nous coder cela aux petits oignons. En se basant sur de multiples briques existantes (le principe des iframes, JSPanel, Bootstrap, TogetherJS, de l’IRC pour le tchat…), il a créé un service, qui utilise d’autres services, et dont les possibilités d’applications sont nombreuses !

Bien entendu, il s’agit là d’une toute première version, avec ses limites et ses lacunes. L’internationalisation n’est pas encore intégrée (donc, pour l’instant, la seule langue disponible est le Français), il y a des efforts à fournir pour rendre ce service accessible aux personnes en situation de handicap (l’accessibilité nous tient à cœur), et il existe des restrictions sur les sites web que l’on peut afficher (liées à la sécurité de ces sites, tout est expliqué lorsque vous utilisez cette fonctionnalité). Pour nous aider à améliorer ce code, vous pouvez y contribuer sur notre forge logicielle, ou bien encore suggérer des améliorations par ici.

Néanmoins, Framaestro vous permet d’ores et déjà de nombreuses choses :

En réunion, sur l’écran de votre rétro-projecteur, vous voulez afficher de multiples outils avec lesquels tous les participants peuvent collaborer sans en modifier l’agencement ni en rajouter ? Pas de souci, Framaestro le fait.

À distance, vous souhaitez créer un espace de collaboration libre, où chacun-e peut voir les curseurs et clics des autres, tout en ajoutant les cadres qu’iels veulent ? No problemo, Framaestro le fait aussi.

Vous en avez marre des Frama-services, mais voulez simplement afficher plusieurs pages web bien agencées sur une seule et même page ? OK : Framaestro fait ça tranquillou.

Vous voulez juste reprendre le principe, l’installer sur votre serveur pour y mettre vos propres outils ? Avec le tuto d’installation disponible sur le Framacloud, ça le fera.

En fait, il y a une chose que Framaestro ne fait pas…

…c’est le café.
Framaestro ne fait pas le café.
(Désolé.)

Les Framaoliques anonymes se réunissent sur Framaestro.

Afin de vous présenter un exemple concret, nous avons décidé d’imaginer la réunion d’un groupe de parole de personnes atteintes d’une addiction, d’une maladie terrible : celle des gens qui mettent « Frama- » partout dans leurs phrases. Pour préserver leur anonymat, nous avions décidé de les appeler « Hioupou », « Yves-Pierre », et « LàPeuple ». Merci de votre compréhension.

Hioupou est chargé de préparer la prochaine réunion des Framaoliques Anonymes. Comme chaque semaine, ce petit groupe se réunit en ligne pour se soutenir, libérer la parole, et arriver à vivre une vie sereine, comme tout le monde, une vie où on ne dit pas « Tu peux me passer la Framagrafeuse ? »

Cette semaine, au lieu d’utiliser un (scrogneugneu-)Pad pour écrire ensemble le contenu de la réunion, et un (non-je-le-dirai-pas-)Talk pour la visio-conférence, il décide d’utiliser Framaestro (snif, je l’ai dit) où tout peut se trouver au même endroit.

Il se rend donc sur le site, et choisi le nom de son projet « 20160112ReunionFA ».

il a tenté « 2016 01 12 Réunion FA » avant de lire que les espaces et les lettres accentuées ne sont pas admises…

Il tombe sur une page blanche, avec une barre d’outils en haut. Certainement la page qui sera partagée avec ses collègues. Il clique donc sur le bouton « Ajouter » en haut à droite et décide de commencer par ajouter un Pad à durée hebdomadaire.

Le menu « Ajouter » est assez explicite, et ne contient que peu de « Frama- » ;)

En quelques clics, il décide d’afficher aussi sur ce bureau partagé la page « Addiction » de Wikipédia, une visio-conférence (avec le bouton ), ainsi qu’un salon de tchat par IRC (bouton ) pour les anonymes qui ne veulent pas utiliser la visio conf. Cela ne lui demande pas trop d’efforts…

Après avoir un peu joué à déplacer les cadres et à les redimensionner (seul le cadre Framatalk lui a donné du fil à retordre, et en même temps c’est un cadre vidéo ^^), il arrive à un joli résultat !

Et voilà le résultat !

Il ne lui reste plus qu’à partager son travail avec les autres membres des Framaoliques Anonymes ! Il repère assez vite le bouton de partage , et voit qu’il a deux possibilités : un partage simple avec le permalien (il suffit de copier/coller le lien du dessus dans un email à Yves-Pierre et LàPeuple), ou un partage activant certaines options collaboratives. Aventureux, Hioupou choisit de partager selon les options cochées, et demande à Framaestro de lui raccourcir le lien : ce sera plus pratique à faire passer !

Le menu de partage se personnalise en quelques clics.

Une joyeuse réunion en ligne plus tard, grâce à Framaestro, les Framaoliques Anonymes décident de franchir une nouvelle étape dans leur guérison, en arrêtant collectivement de dire qu’ils trempent leurs Frama-chips dans du Fraguacamole. Voilà une réunion rondement menée !

Bien entendu, ce n’est là qu’une des utilisations possibles de Framaestro… à vous d’inventer la vôtre !

Autre utilisation possible : n’afficher que des sites web !

Pour aller plus loin :

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