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La route est longue mais la voie est libre…
Mis à jour : il y a 8 min 25 sec

Le Ray’s Day en BD !

mar, 22/08/2017 - 06:46

Aujourd’hui, comme tous les 22 aoûts, c’est le Ray’s Day : un jour où l’on célèbre les livres et la lecture… Un événement auquel Framasoft et les framasoftien⋅nes ont déjà participé à plusieurs reprises.

Cette année, c’est notre ami Gee qui en donne une petite présentation en BD. En vous souhaitant un bon Ray’s Day !

Crédit : Simon Gee Giraudot (Creative Commons By-Sa)

M Carré : le développement durable sur votre bureau

dim, 20/08/2017 - 07:00

Nous les geeks, nous savons bien qu’avec une bonne distribution Gnu/Linux et un coup de pinceau anti-poussière de temps en temps, un ordinateur peut vivre très longtemps.

Les fondateurs de la société M Carré remettent en forme les PC familiaux et vont s’attaquer à ceux des entreprises. Sans se poser en intégristes du Libre, ils rééduquent doucement avec la seule arme qui marche : des résultats.

Remercions-les pour tous ces dimanches qu’on ne passera plus à réinstaller le PC du beau-frère. ^^

Le développement durable, on en parle, mais c’est tellement mieux quand on s’y met !

Salut les gars ! Nous vous avions interviewés au moment où vous lanciez votre start-up.  On aimerait bien savoir où vous en êtes. Alors, dites, vous gagnez des sous ? :-P

Oui, l’entreprise fonctionne bien et continue de grandir, grâce au millier de personnes de tous les horizons qui nous ont fait confiance. Nous avons décidé de nous focaliser pour cette deuxième année plus sur les professionnels, parce que malheureusement les impacts de l’obsolescence dans ces secteurs sont trop souvent liés au remplacement du matériel. Notre porte reste évidemment toujours ouverte à tout le monde.

Plus globalement, c’est quoi votre bilan, après un an et demi ?

Tout d’abord, Mcarré nous apporte une superbe expérience. Vous savez, quand on se lance dans une entreprise, c’est comme tout projet, ce n’est pas évident tous les jours, car nous devons nous réapprendre tout le temps. Et aimer ce que l’on fait, en l’occurrence la passion de l’informatique pour nous, est primordial. C’est ce qui fait aussi notre qualité de service.
Et puis nous apprenons tout le temps ! L’informatique évolue plus vite que ce que l’on a pu anticiper et cela suppose pour nos esprits jeunes, de se remettre en question et de revoir à la fois notre catalogue et notre cahier des charges.
Le deuxième constat, c’est que beaucoup de gens en ont marre de jeter, et c’est une très bonne nouvelle pour l’écologie. Nous avons beaucoup de personnes qui viennent nous voir après s’être senti arnaquées dans d’autres structures. Alors, au delà de l’écologie, c’est aussi la relation client qu’il faut réenchanter, pour que la confiance se recrée à nouveau.

Remise du label LVED sur Lyon (Lyon Ville Équitable et Durable) – photo Mcarré

 

En tout cas vous êtes toujours à fond, vous faites des vidéos de promo rigolotes, vous montez des partenariats… Parlez-nous de tout ça.

Vous avez parfaitement résumé notre état d’esprit. Notre objectif n’a pas changé depuis le début : construire un monde durable et accessible. C’est ambitieux et indispensable, alors nous faisons tout en sorte pour y parvenir. Nous avons augmenté notre gamme de services et de produits, ce qui nous permet d’être opérationnels de l’ordinateur jusqu’au réseau, d’une machine durable à la remise à neuf d’un Mac qui a 15 ans. C’est cette expertise qui nous permet de devenir l’interlocuteur unique de nombre d’entreprises, avec ce souci du détail pour remettre l’informatique à sa place : un outil.

Et toujours libristes, ou vous avez été obligés de faire des concessions ? (on a vu une Google Map sur votre site Wix, attention les geeks, ça pique, NoScript va couiner)

Libristes, oui, dans une relation non exclusive ! Nous n’avons jamais caché que nous travaillons sur tous les systèmes d’exploitation. Et pour nous, c’est extrêmement important, car cela nous permet de toucher tout le monde. Changer les habitudes, c’est bien et possible mais c’est moins notre action quotidienne, qui se fait plus dans la sensibilisation. Notre travail c’est avant tout de rendre la machine de son propriétaire durable, accessible et qu’il puisse l’utiliser mieux quand il part de chez nous que quand il arrive. C’est aussi un point fort.

Nan, mais, je veux dire, vous réparez encore des Windows ?

Oui, et, je vais vous faire frémir, nous faisons pire. Nous remettons à neuf des Mac.

La promesse de Mcarré

 

Vous avez le temps de contribuer à des projets libres ?

Oui, nous contribuons à Odoo. Nous avons choisi ce logiciel et réalisé quelques développements. Nous espérons pouvoir un jour participer activement et régulièrement à cette communauté. Nous sommes encore en phase d’apprentissage. Et nous voulons aller plus loin, nous utilisons beaucoup de logiciels libres pour nous et nos clients ; et participer à hauteur d’un pourcentage sur notre bénéfice est quelque chose que nous voulons faire.

Vous avez plein de témoignages de clients contents, combien sont authentiques ? :-P

Je vais décevoir la concurrence, mais tous. Et nous ne les avons même pas achetés !

Vous embauchez, c’est cool. Il faut être un gros geek, pour devenir « mentor » chez M2 ?

Pas forcément un geek, mais un passionné. Nous avons besoin de profils qui partagent également nos valeurs et qui nettoient la cuisine. Tous ceux qui passent par chez nous sont soumis à notre training et doivent savoir réaliser ce que nous appelons le Fastech (remise à neuf de votre ordinateur), même à la compta. Je vous rassure, dans ce cas, nous repassons derrière. :)

Alors, c’est sûr qu’à midi ça parle souvent geek. Mais nous sommes très attentifs à ce que tout le monde ait d’autres passions. Comme les trois fondateurs. C’est indispensable pour l’équilibre.

L’étape d’après ?

Nous allons être honnêtes, nous ne voulons pas nous arrêter là. Nous voulons que les ordinateurs durent 10 ans en durée d’utilisation. Et nous voulons continuer à avoir un impact positif à travers la France et pourquoi pas à l’étranger. Nous avons déjà reçu des demandes pour quelques pays.

Et le dernier mot ? (vous avez déjà fait le coup des céréales.)

Arrêtez de renverser du quinoa sur vos claviers d’ordinateurs, ils ne s’en porteront que mieux !

Le grand voyage libre d’Odysseus

sam, 19/08/2017 - 07:09

Suite de notre feuilleton de l’été sur les illustrateurices libres. Aujourd’hui, nous avons le plaisir de retrouver Éric Querelle, alias Odysseus.

Bonjour Éric, rassure-toi, on n’est pas encore totalement séniles, on ne va te reposer les mêmes questions que lors de notre dernière entrevue. Peux-tu nous dire ce que tu as fait ces deux dernières années ?

Eh bien, en allant un peu farfouiller sur les blogs, je me rends compte que pas mal de choses ont été faites depuis.

Ainsi, pour résumer, Abel et Bellina ont construit une cabane et sont allés à la piscine, il y a eu un « Grand Voyage », des dessins divers, des dessins d’actualité, quelques « Petits Mots », des poésies pour enfants (tiens, je m’y remettrais bien !), l’Odysseus-generator (Merci Cyrille !), des récits autres que les miens enregistrés en audio, quelques petites collaborations çà et là.

Les petits mots d’Odysseus

 

J’ai aussi continué à collaborer avec les copains d’AbulÉdu.

J’ajoute également que Hervé le Carré connaît désormais une version italienne (+audio) grâce à Nilocram. C’est une des joies que peut procurer le Libre tant pour celui qui donne que pour celui qui reçoit.

Ces dernières semaines, tu publies beaucoup de dessins d’actualité. C’est parce que les enfants ne comprennent rien que tu changes de public ;-) ?

Je les laisse bien en paix pendant les vacances… :-p

Le dessin de presse m’intéresse depuis longtemps et j’apprécie m’y confronter de temps à autres. C’est un exercice qui m’est assez difficile car il faut allier qualité du dessin et/ou de la mise en scène et la pertinence du message. De mon propre aveu, je réunis rarement les trois en même temps. ;-)

Odysseus imagine une sanction bien terrible pour Hanouna !

 

Mais je persiste à le faire et je profite de l’occasion pour tester de nouvelles choses (exemple récent : un mix de dessin et photo) et alterner les outils (feutres, Gimp, Krita que je voudrais essayer ou Inkscape qui garde ma préférence).

Je me mets aussi au défi de dessiner des personnes connues issues de tous horizons (mais souvent de Belgique) tout en essayant de garder mon style graphique.

Peux-tu nous parler un peu plus en détails, du « Grand Voyage » qui nous semble être un album vraiment remarquable ?

Le Grand Voyage

Merci ! Je suis vraiment satisfait et fier de cette histoire car, de mon point de vue je pense justement être parvenu à allier pertinence et qualité du récit avec un soin tout particulier que j’ai essayé d’apporter à la colorisation. Ça a été long… très long et moi qui ai parfois tendance à vouloir terminer au plus vite pour m’en « débarrasser » et « faire de la place » pour autre chose, j’ai dû m’organiser, m’armer de patience et faire parfois de gros efforts pour ne pas me précipiter.

L’idée de départ n’était pas de parler de la pluie et du cycle de l’eau, mais de parler des nuages et du voyage ce n’est qu’après que le cycle de l’eau a… coulé de source.

En tout cas c’est un album pour lequel je me suis réellement amusé à jouer avec les ombres, les reflets.

Pas trop de dur de trouver de la motivation après un tel aboutissement ?

Je ne cache pas qu’il m’a fallu un certain temps pour redémarrer après le « Grand Voyage » car j’avais le sentiment que j’avais atteint mes limites.

Ma motivation est restée bien intacte (ouf ! ;-)) même si elle fluctue parfois, comme tout le monde, sans aucun doute.

En revanche, il m’est quasiment impossible d’attaquer une histoire si elle n’est pas 100 % claire dans mon esprit ou si elle ne me satisfait pas complètement. C’est sans doute la raison pour laquelle il y a parfois un laps de temps très (très) long entre deux histoires et je redoute parfois le manque d’idées. Une seule solution : (se) laisser aller.

Quelles sont tes relations (en tout bien tout honneur) avec les autres auteurs libres ?

Très bonnes et très cordiales. J’ai de relativement fréquents contacts avec Péhä et Cyrille Largillier que j’ai rencontrés plusieurs fois et avec qui j’ai de très bons contacts et avec qui je collabore bien volontiers.

Et alors, quand est-ce que vous nous refaites une partie de Tac au Tux avec Gee et Péhä ?

Hem ! On a un peu perdu cela de vue, il faut bien avouer que l’on s’est probablement laissés rattraper par nos quotidiens respectifs. Tout à fait entre nous, il y en a un en cours entre Péhä et moi – par voie postale – depuis..… fin 2016 et je plaide coupable. Je m’engage publiquement à lui renvoyer ma réponse au plus vite.

Je relance, au passage, Gee et Nylnook. ;-p

Tu as ouvert une boutique de produits dérivés de tes illustrations. Ça y est, tu es riche ? Toi aussi, tu as vendu 10 000 T-shirts le premier jour ?

Absolument. Je me suis acheté deux tasses, on m’a acheté un T-shirt et un sticker. Je suis effectivement sur la bonne voie. Mais la route est encore bien longue… ;-)

Tu as participé à un festival dernièrement, c’est quelque chose de nouveau pour toi. Raconte-nous cette première.

J’ai eu l’honneur d’être convié dans le cadre du Festival d’Art Contemporain Numérique Transmédia MONBYAI à l’initiative d’Antoine Moreau. C’était la première fois que j’étais invité, en tant qu’auteur, à sortir de chez moi. :-) J’y ai passé un week-end vraiment agréable et très enrichissant à la rencontre d’autres auteurs du libre, mais aussi d’enfants et d‘adultes à qui j’ai pu faire découvrir mon petit monde à la bibliothèque (atelier contes) et en ville (expo).

J’en garde un excellent souvenir.

Dévions un peu du dessin, pour évoquer une autre de tes facettes artistiques, la chanson. Les plus libristes apprécieront l’ « Ode à la LAL ». Ton dernier titre « Les hommes qui errent » aborde un sujet sensible avec sensibilité.

J’aime bien écrire des chansons. Et, tout comme pour le dessin, le musicien averti y trouvera sans aucun doute des approximations très approximatives ;-) mais peu importe…

Depuis pas mal de temps, je ressentais l’envie, voire le besoin d’évoquer le sujet des migrants. J’avais commencé avec deux ou trois planches en crayonnés pour en faire un récit qui devait s’appeler « L’Exil d’Amal » avec l’intention de les proposer au fur et à mesure, comme un feuilleton. Cette manière de fonctionner m’avait emballé. Je comptais évoquer l’arrachement à ses racines, le choix de partir, la marche, les obstacles, l’arrivée dans l’Eldorado européen à travers le regard de la petite Amal.

Mais j’ai très vite senti que j’allais m’engluer vers un récit larmoyant et qui ne me convaincrait pas. Alors j’ai abandonné.

Puis, suite à une de ces trop nombreuses nouvelles de rafiots récupérés en Mer Méditerranée couplée à celle des migrants dégagés dans un parc de Bruxelles, cette phrase m’est venue : « Il y a des hommes qui se perdent au fond de la mer pour une chimère » Et c’est comme ça que la chanson est née.

https://framablog.org/wp-content/uploads/2017/08/LesHommesQuiErrent-Odysseus-LAL.mp3

 

 

 

 

 

 

 

 

Alors que ta production dessinée s’adresse principalement aux plus jeunes, les chansons sont plutôt destinées aux plus vieux.

J’ai besoin d’alterner les créations pour enfants et celles destinées pour un public adulte, comme les chansons en l’occurrence, afin de ne pas avoir le sentiment de tourner en rond dans le même domaine. Raison pour laquelle le site est partagé en deux : le Petit Monde est destiné aux enfants et le blog aux adultes.

Bref, j’aime varier les plaisirs. :-)

Pour mélanger ces deux univers, la chanson et le dessin, on ne pourrait pas imaginer un jour un concert dessiné comme le fait actuellement Steve Waring ? Bon d’accord, ils sont deux sur scène, cela sera plus dur pour toi. ;-)

Je ne connaissais pas Steve Waring et, après visionnage, ça me parle. Qui sait ? :-)

Mais, effectivement, pour ce qui est du choix…

Un logiciel médical libre contre l’emprise du privateur prédateur

ven, 18/08/2017 - 02:18

Attention, c’est du lourd.

Ce qu’explique ici Jérôme a de quoi faire douter non de la médecine mais bien de l’intelligence et de la vigilance de nombreux praticiens.

Voilà des professionnels qui après de longues années études ont un haut niveau de compétence dans leur domaine, qu’ils soient spécialistes ou généralistes, mais qui sont d’une incroyable négligence sur la confidentialité des données de leurs patients (pourtant, le serment d’Hippocrate…)

Loin de rester dans la déclaration d’intention, le libriste convaincu auquel nous donnons la parole agit concrètement via son entreprise pour diffuser les bonnes pratiques au sein d’une profession qui selon lui a beaucoup de retard dans le domaine de l’informatique médicale.

Bonjour, pourrais-tu te présenter brièvement ?

Je m’appelle Jérôme Pinguet, j’ai 38 ans, je suis médecin généraliste, développeur de logiciel libre et entrepreneur.

C’est quoi cette histoire de médecine « libre », elle est prisonnière, la médecine ?

Les logiciels utilisés au quotidien par les professionnels de santé, par exemple pour conserver des notes à l’issue d’une consultation de médecine générale, pour visualiser les images d’un examen de radiologie, ou pour transmettre des données à un autre professionnel de santé sont dans leur immense majorité des logiciels privateurs, non libres.

Les médecins sont confrontés à des multiples tentatives d’influence dès le début de leurs études et jusqu’à la fin de leur carrière.

Dès les premiers stages à l’hôpital en tant qu’étudiants hospitaliers, l’industrie pharmaceutique envoie des visiteurs médicaux qui leur distribuent des documents, des livres ou des stylos siglés avec le nom de marque d’un médicament et le nom du laboratoire. Quand ils deviennent médecins en formation (internes) les méthodes d’influence incluent le financement de repas ou de formations, ou encore de l’aide pour leur thèse.

Aujourd’hui, des groupes d’étudiants comme la Troupe du RIRE, essaient de lutter contre cette influence néfaste et contre la présence de ces visiteurs au sein des hôpitaux universitaires.

Les médecins généralistes qui exercent en mode libéral, dans leurs cabinets, reçoivent la visite des représentants de l’industrie pharmaceutique qui font le pied de grue dans la salle d’attente et qui sont aguerris aux techniques de communication. Il est souvent difficile de refuser la visite médicale. Depuis quelques années, la communication de l’industrie pharmaceutique auprès des prescripteurs passe par des publicités au sein des logiciels professionnels.

La loi interdit la publicité au sein du module de prescription, mais un lobbying efficace de l’industrie pharmaceutique lui permet de s’associer aux éditeurs de logiciels pour proposer des bandeaux ou des économiseurs d’écran publicitaires qui apparaissent quelques secondes avant ou après la prescription. Ces méthodes sont efficaces, et en même temps que les plans sociaux diminuent le nombre des représentants qui viennent frapper à la porte des médecins, des partenariats entre l’industrie et les éditeurs font ressurgir l’influence par la fenêtre des logiciels.

Donc, malheureusement, la médecine n’est pas libre de l’influence néfaste des lobbies, et ce n’est pas limité à l’industrie pharmaceutique.

Tu es sans doute témoin quotidiennement des risques pour la confidentialité des données médicales que représentent l’usage du cloud, d’outils propriétaires opaques, voire des transmissions de fichiers ou leur croisement dans un dossier médical unique… peux-tu expliquer la situation et donner quelques exemples ?

Le système censé protéger la transmission des informations médicales le plus répandu s’appelle Apicrypt. L’entreprise qui édite cette solution au nom de l’association APICEM n’a jamais publié aucun audit. Le code n’est pas accessible. Les algorithmes utilisés ne sont pas publiés. Les quelques analyses de reverse engineering publiés par des informaticiens curieux sont très négatives. J’ai écrit de nombreux messages sur les forums et les listes de discussion qui regroupent des professionnels de santé pour tenter d’alerter mes collègues mais rien n’y fait. Cette solution qui véhicule 50 % des données médicales des français a tout de ce que les spécialistes en sécurité informatique et les cryptologues appellent la snake-oil crypto.

La plupart des logiciels médicaux distribués par les éditeurs français membres de la FEIMA (Fédération des Éditeurs d’Informatique Médicale et Paramédicale Ambulatoire) contiennent un module concocté par l’entreprise IMS Health, leader mondial de la vente de données santé à l’industrie pharmaceutique. Ce module ne peut jamais être supprimé par l’utilisateur. Les médecins reçoivent des propositions pour revendre les données médicales de leurs patients à cette entreprise IMS Health (récemment rachetée par Quintiles). Après activation du module, en échange de leur travail de codage et de l’envoi d’informations (notamment leurs prescriptions), ils reçoivent de l’argent ou des réductions sur le coût de l’abonnement au logiciel ou à la base de données sur les médicaments. Ils peuvent aussi recevoir des bons d’achats.

Je ne sais pas si les médecins qui font ça préviennent leurs patients.

Il est inacceptable d’imposer la présence d’un tel module dans le logiciel des médecins, même s’il n’est pas activé. Qu’arriverait-t-il si ce module, programmé pour transmettre des données vers l’extérieur, était détourné de son usage par un tiers malveillant ?

Il est également inacceptable que des médecins se prêtent à ce commerce : même s’ils sont une infime minorité, ils remettent en cause le caractère absolu du secret médical, qui est le fondement de la relation de soin.

La relation de confiance entre patient et médecin est compromise si nos données médicales ne demeurent pas strictement confidentielles. Photo par Vic  (CC BY-2.0)

 

Quelles sont les chances pour les logiciels libres de se faire une place dans le milieu médical, à commencer par notre médecin généraliste ?

Classiquement, dans beaucoup de domaines, la médecine a dix, vingt, trente ans de retard. C’est le cas pour l’informatique médicale. C’est une activité un peu à part. Parfois, il y a de bonnes raisons pour lesquelles les choses n’évoluent pas aussi vite que dans les autres secteurs du numérique. Le côté clunky des logiciels médicaux est parfois une fonctionnalité, pas un défaut : il s’agit d’éviter les erreurs médicales, au risque d’obtenir une expérience utilisateur désagréable par rapport à la dernière application pour smartphone.

La révolution du logiciel libre aura lieu. Je fais tout pour qu’elle arrive vite. La médecine générale libérale, mon domaine de prédilection, est en crise. Une crise de vocation essentiellement. Les jeunes médecins généralistes diplômés n’ont plus envie de faire ce métier. 80 % font autre chose.

Donc, soit cette profession évolue, soit elle disparaît. J’aimerais participer modestement à redorer le blason de cette médecine en proposant des outils innovants mais sans concession sur l’éthique. La plupart des médecins ne le savent pas encore, mais ils ont un besoin vital de logiciels libres !

Tu as manifestement une double casquette, médecin la journée et développeur la nuit ? Quelle a été ta part de contribution (et celle d’autres contributeurs) dans la création de ce logiciel ?

J’ai été médecin remplaçant pendant 4 ans puis j’ai arrêté de pratiquer la médecine pour créer une société de service en logiciel libre en 2012. J’utilisais Ubuntu depuis 2008. En 2011, au cours d’un de mes remplacements où le logiciel de prescription était obsolète et inutilisable, j’ai découvert sur les forums francophones d’Ubuntu l’existence d’un logiciel libre de gestion des dossiers patients appelé Medintux qui fonctionnait avec un module de prescription libre appelé FreeDiams. Ca m’a rendu service et j’ai commencé à contribuer à la documentation, à faire remonter des bugs. FreeDiams pouvait être compilé en tant que logiciel indépendant mais c’était également un plugin au sein d’un projet d’EMR (Electronic Medical Record) appelé FreeMedForms créé par Eric Maeker, médecin aussi, en 2008.

Au début mon entreprise fournissait des services pour Medintux et FreeMedForms mais j’ai été rapidement frustré par le manque d’évolution du code de Medintux et je me suis consacré entièrement à FreeMedForms. J’ai pris des responsabilités croissantes au sein de la communauté en gérant le wiki, les forums, les mailings lists, en créant un VPS pour héberger certains de ces services de manière autonome, jusqu’à mes premiers commits C++/Qt en 2014.

En 2015 j’étais la seule personne à maintenir le projet et le code source, j’ai sorti deux nouvelles versions. J’ai aussi représenté le projet aux RMLL 2014 et 2015.

En 2016 j’ai décidé de forker FreeMedForms pour créer un nouveau projet appelé FreeHealth EHR (Electronic Health Record).

Au niveau des commits je suis le deuxième commiteur du projet, loin derrière Eric Maeker qui a écrit plus de 75 % du code. FreeHealth intègre le code, le design et la structure en plugins de l’IDE Qt (Creator) ainsi que de quelques autres projets libres. Mes derniers programmes, je les avais écrits en GFA Basic sur ATARI 520 STF il y a très longtemps ! J’ai dû réapprendre la programmation en urgence en 2014 avec comme langage C++/Qt et comme premier TP la gestion d’un logiciel de 600 000 lignes de code sans pouvoir bénéficier des conseils du créateur du projet qui s’était mis en retrait pour se consacrer à ses projets professionnels et personnels.

Ce ne fut pas facile mais ce fut une expérience unique. Un peu comme commencer à apprendre à naviguer puis avant même la fin de son premier stage de voile aux Glénans, se retrouver à la barre d’un Imoca de 60 pieds aligné au départ de la Route du rhum.

Des Imocas à l’entraînement, photo par JJ. Abalain (CC-BY-2.0)

 

L’application est-elle compatible avec le workflow de la Sécu, la carte Vitale, la carte bancaire, etc. ?

Pour l’instant, non. La prochaine version 0.11 se servira du code du logiciel libre CardPeek pour lire les Cartes Vitales.

Le but est de sécuriser l’ouverture du dossier pour éviter les erreurs d’identité et de faire gagner du temps au médecin qui pourra ouvrir le dossier en un clic au lieu de chercher un patient dans la liste en tapant son nom. C’est du temps gagné aussi au moment de la création d’un nouveau dossier patient. CardPeek est capable de récupérer les données d’identité, notamment le numéro de sécurité sociale, ce qui évitera de faire des erreurs à cause d’homonymes par exemple.

Gérer la télétransmission des feuilles de soins électroniques à l’Assurance Maladie est une tout autre histoire. Ça demande des ressources, du temps, une homologation par le mille-feuille administratif. Il faut savoir qu’il y a trois agences, en plus de l’assurance maladie, qui s’occupent des labels, certifications et homologation des logiciels médicaux. Pas de guichet unique, au contraire ! Pour les démarches les plus simples, l’Assurance Maladie, la Haute Autorité de Santé, le GIE Sesam Vitale, ASIP Santé se renvoient généralement la balle pendant des semaines. Il y a de quoi décourager les projets qui ne peuvent pas déployer une armée d’employés chargés de dialoguer avec le labyrinthe administratif de la e-santé française. Le résultat ne s’est pas fait attendre : deux acteurs concentrent 80 % du marché du logiciel métier pour les médecins libéraux, les solutions pour la télétransmission ou l’accès aux téléservices (comme faire un arrêt de travail dématérialisé) sont médiocres et coûteuses.

Ces agences gouvernementales mettent de telles barrières administratives et financières (il faut payer pour avoir droit à la documentation administrative, je me demande d’ailleurs si c’est bien légal) que les projets libres ou les startups jettent l’éponge rapidement et finissent par utiliser les logiciels existants.

À ces contraintes il faut en ajouter une qui résonne étrangement dans la communauté du logiciel libre : celle de signer des accords de non divulgation avant de pouvoir manipuler les documents administratifs, les bibliothèques logicielles et les jeux de cartes de test (cartes Vitale du patient et carte CPS du professionnel de santé).

Bref, tout est fait pour anéantir l’innovation en général et compliquer la tâche des libristes en particulier.

Mais nous ne nous avouons pas vaincus ! Je reste déterminé à tenter de regrouper tous les projets libres en santé français ainsi que les startups et tous ceux qui tentent de faire bouger ce système pour élaborer un projet commun de gestion de la CV et de la CPS. Si on réussit à développer un projet et un code open source commun, nous arriverons à créer une brèche dans la citadelle de la e-santé. Nous en discutons sur la liste de diffusion francophone de LibreHealthCare, ce collectif créé il y a deux ans et qui tentent de créer des synergies dans le domaine de l’open source pour la santé.

C’est bien joli tout ça, mais le logiciel est gratuit, comment la société que tu as créée peut-elle y trouver son profit ?

Pour ce qui est de la communauté : le logiciel n’est pas gratuit. Il est libre et il est mis à disposition au téléchargement sur le site à prix libre. La plupart des utilisateurs choisissent un prix libre de 0€ mais celles et ceux qui le souhaitent peuvent faire un don ou devenir contributrices ou contributeurs.

Pour ce qui est de mon entreprise : je facture l’installation et la maintenance. Je vends des serveurs Debian ou Ubuntu pour stocker les bases de données sur un SGBD (MySQL ou MariaDB) dans le cabinet et j’en assure la maintenance. Je réalise également des développements spécifiques de formulaires pour des cabinets ou des centres de santé. Sous licence libre aussi, et j’essaie de convaincre mes clients de me laisser publier le code source, avec 100 % de succès jusqu’à présent. Quand ces formulaires (xml, html, JavaScript et CSS) sont mûrs et traduits en anglais, ils finissent par fusionner avec le code source principal du projet.

Bientôt je proposerai un système de prise de rendez-vous en ligne hébergé, payant pour les cabinets, basé sur un logiciel libre et sur des standards libres (iCal, ics, calDAV) bien sûr !

La documentation a l’air assez complète et l’ergonomie est pensée pour faciliter la vie à l’utilisateur, mais la gestion avancée demande tout de même des manipulations qui peuvent faire peur ou décourager les médecins qui ne veulent pas passer leur temps à tripoter les lignes de commande, que leur conseilles-tu ?

Il est possible pour tout utilisateur d’installer le logiciel en mode monoposte aussi facilement que n’importe quel autre logiciel.

L’installation en mode réseau, pour un cabinet avec plusieurs soignants et plusieurs postes de travail, peut présenter des difficultés pour une personne qui n’est pas à l’aise avec l’informatique.

Par contre, l’utilisation quotidienne classique du logiciel ne nécessite aucune connaissance particulière : rien à tripoter. Juste cliquer et entrer les données médicales avec le clavier.

Tu parles peut-être du système d’alertes programmables ? Il pourrait être simplifié à l’avenir pour ne pas perdre trop de monde en route. Mais c’est un plugin totalement optionnel.

Si des utilisateurs ont envie de faire l’installation eux-mêmes, de s’auto-gérer pour les sauvegardes, d’apprendre à bidouiller et d’y passer du temps, la communauté peut les aider et les aiguiller.

S’ils préfèrent consacrer leur temps et leur énergie au travail purement clinique et médical, je leur conseille de faire appel à une société de service en logiciel libre qui connaît bien le projet. ;-)

Pourquoi avoir fait le choix du libre et de l’open source ? Il existe certainement des tas de logiciels performants fournis par les grands distributeurs de logiciels ?

Je suis hackeur/bidouilleur depuis l’âge de 7 ans et libriste depuis le début de mes études médicales. Participer à des projets libres était une évidence. Je n’ai jamais écrit une ligne de code qui ne soit pas libre. Et j’espère n’avoir jamais à le faire.

La qualité des logiciels qui dominent le secteur laisse à désirer. Ils sont devenus gros non pas en attirant de nouveaux médecins grâce à leurs qualités mais en rachetant les petits éditeurs. Ce que les deux grands groupes (Cegedim et CompuGroup Medical) rachètent, ce n’est pas un logiciel souvent obsolète et en perte de vitesse. En réalité, ils achètent les médecins captifs de ces logiciels privateurs. Après avoir passé des années à entrer des données dans leur logiciel, les médecins, à l’annonce du rachat, ne sont souvent pas très chauds pour se rebeller. Ils n’ont pas vraiment le choix. Aucun standard d’échange des dossiers médicaux n’a été développé en France. Changer de logiciel est une opération périlleuse et coûteuse. Certains éditeurs font payer les médecins pour récupérer leurs propres données (et celle des patients) ! Et ensuite, il faudra payer aussi l’éditeur du nouveau logiciel, pour qu’il effectue l’opération d’importation des données. Les SGBD sont divers et variés, souvent propriétaires, parfois protégés par des mots de passe que l’utilisateur ne connaît pas. Écrire des scripts ou du code pour récupérer les données depuis un tel logiciel est une opération longue et complexe et donc coûteuse.

Après le rachat, la multinationale rassure faussement les médecins en disant qu’elle va continuer à maintenir et améliorer le logiciel racheté. Et puis, après quelques mois ou années, les nouvelles fonctionnalités se font attendre, les corrections de bugs sont lentes, jusqu’à rendre l’expérience utilisateur catastrophique. C’est à ce moment que le médecin reçoit l’offre avantageuse (une réduction) pour passer au logiciel vedette du groupe. Encore un non-choix.

Et tout ça, c’est pour les médecins qui ont eu la chance d’avoir un éditeur avec une liste de patients à racheter suffisamment longue. Pour les autres, après la faillite de l’éditeur, ils se retrouvent avec un logiciel orphelin. Et ce cycle se répète tous les dix ans, ponctué d’illusions et de naïveté de la part des médecins et de fausses promesses ou de mensonges commerciaux de la part des éditeurs.

Le logiciel libre peut briser ce cercle vicieux en rendant les rapports entre les utilisateurs et les développeurs plus égalitaires et plus justes. Plus de rachat possible du code source puisqu’il est libre ! En cas de mauvaise direction prise par le projet, de rachat ou de fermeture de l’entreprise qui développe ou assure le support du logiciel libre, les médecins peuvent s’adresser à une autre entreprise ou forker !

En pratique, se regrouper et confier le développement à une entreprise, peut-être via une association. Le risque de logiciel orphelin diminue. Il existe déjà des logiciels édités par des associations de médecins, mais, malheureusement, ils ne sont pas libres.

Caducée par Chlopaya – Bibliothèque OpenClipart (CC0 1.0)

 

Du coup, si on veut aider/participer au code, cela se fait sous quelle licence ? Et comment fait-on pour apporter sa pierre ?

La licence principale est la GPLv3. Pour contribuer au code il suffit de forker le code sur GitHub et d’envoyer un pull request. La communauté FreeHealth est très ouverte aux contributeurs extérieurs. Pour le code par exemple, nous acceptons les commits d’emblée, puis nous voyons ce que ça donne, et si nécessaire nous engageons une discussion avec le contributeur pour modifier certaines choses. Seulement si c’est nécessaire et en dernier recours, nous annulons le commit.

Il y a très peu de contraintes. Utiliser l’anglais est indispensable pour le code mais je peux traduire depuis le français si nécessaire. Tout le monde peut contribuer mais les contributions sont vérifiées par des personnes qui doivent avoir déclaré leurs liens d’intérêts avec les entreprises, les organisations, les agences du monde de la santé.

Nous sommes aussi favorables aux forks et nous sommes en train d’améliorer le code pour le rendre plus facile à forker.

Forker, c’est exercer la liberté 3 du logiciel libre. Vive le fork ! Bien sûr, si les développeurs préfèrent rejoindre la communauté FreeHealth et travailler avec nous, c’est encore mieux. Et comme le code est sous GPLv3, les forks sont tenus de publier leur code s’ils publient la version compilée, donc, avec ou sans leur collaboration, on peut récupérer les bonnes idées !

Le code, les variables les commentaires, la documentation du code, la documentation du logiciel, le site web, la mailing list dev et le forum principal et le compte Twitter et Mastodon sont 100 % en anglais. Il existe aussi bien sûr une traduction du site web (dokuwiki) en français et un forum francophone. Bon, il reste peut-être 0,5 % de mots français ou mal traduits dans les commentaires du code, mais ce pourcentage se réduit à chaque nouvelle version.

Les professionnels de santé qui ne connaissent rien au code peuvent contribuer en proposant des améliorations, des nouvelles fonctionnalités, en faisait remonter des bugs qui peuvent être des bugs au sens médical : mauvaise ergonomie, mauvais workflow.

Récemment par exemple @drmathieu nous a rejoints et il a proposé une liste de choses qui fonctionnent bien dans son logiciel actuel (non libre) pour que nous les intégrions dans FreeHealth. Je n’ai pas le temps d’essayer toutes les nouvelles versions de tous les logiciels concurrents existants. Cette initiative est donc une aide précieuse. Les éditeurs privateurs payent très cher des médecins pour faire ce que fait @DrMatthieu bénévolement. Ainsi, il souhaite participer à la construction d’un outil de qualité et il espère réussir à convaincre ses collègues de passer au libre quand il estimera que le projet lui convient.

Donner l’opportunité aux médecins de participer à la construction de leur outil de travail est un des avantages majeurs du logiciel libre. A contrario, certains des bugs qu’il a signalés à son éditeur actuel il y a des années n’ont toujours pas été corrigés.

Des chiffres ? Quelle est la base utilisateurs courante ?

Difficile à savoir. Par principe, nous ne conservons aucune statistique ni aucun log concernant les téléchargements. Le logiciel peut vérifier, si l’utilisateur le souhaite, l’existence d’une nouvelle version en lisant un fichier texte sur le site web. Nous n’analysons pas les connexions à ce fichier.

Parfois je reçois un tweet d’un médecin d’une région de l’Inde ou d’un pays africain qui me dit qu’il aime utiliser FreeHealth (ou FreeMedForms).

J’ai une vague idée du nombre d’utilisateurs français via les forums, les mailing lists, les retours de bugs.

À vrai dire les chiffres m’importent peu, je continuerai à porter ce projet quoi qu’il arrive jusqu’à ce qu’il devienne un outil performant que chaque médecin aura envie de choisir en priorité face aux solutions non libres.

Des projets de développement ? Prochaines étapes ?

La prochaine étape est d’intégrer une base de données sur les médicaments à jour. Nous avons choisi la base Thériaque, éditée par une association regroupant de nombreux hôpitaux. L’avantage de Thériaque par rapport aux trois autres bases concurrentes est son indépendance. Elle n’a aucune relation avec l’assurance maladie, l’industrie pharmaceutique, l’industrie des données de santé ou les éditeurs privateurs de logiciels médicaux. Les trois autres bases de données ont des liens d’intérêts ou appartiennent en partie à un ou plusieurs de ces acteurs.

Un autre changement fondamental va intervenir dans la structure du logiciel. Je suis partisan du mouvement OpenNotes qui permet aux patients de lire le contenu de leur dossier médical. C’est très important pour améliorer la relation patient/médecine et la qualité des soins. Des études ont montré que les patients qui avaient accès à leur dossier relevaient de nombreuses erreurs et aidaient à les corriger. C’est une manière de diminuer le risque d’événements indésirables liés aux soins.

Par ailleurs, je me suis aperçu que traiter patients et soignants différemment au niveau du code n’avait pas beaucoup de sens. De nombreuses classes sont redondantes. En fait, le patient doit devenir un utilisateur à part entière du logiciel. Cette évolution va entraîner de gros changements structuraux et la nécessité de gérer les accès aux données différemment. Mais au final le code sera plus simple et plus facile à maintenir. Évidemment, comme toutes les fonctionnalités du logiciel, l’utilisateur reste le décideur. Nous respecterons le libre-arbitre des médecins qui ne souhaiteront pas activer cette fonctionnalité.

Pour ce qui concerne mon entreprise, j’aimerais la transformer en SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) pour que les utilisateurs soient encore plus impliqués dans la construction de leurs outils et pour qu’ils financent eux-mêmes les développements futurs, afin de garantir l’indépendance financière du logiciel.

Le mot de la fin ?

Ni la santé, ni la médecine, ne sont un commerce ou une industrie. Les valeurs du logiciel libre et open source nous permettront d’apporter des solutions éthiques, indépendantes, performantes, respectueuses du secret médical, des droits et des libertés de toutes les personnes : personnes en bonne santé et qui souhaitent le rester, patients et professionnels de santé.

La relation de soin est basée sur la confiance, notamment sur la certitude que ce qu’on confie au soignant ne sortira pas du cadre du soin. Seuls des outils libres et open source peuvent garantir de manière vérifiable que cette relation de confiance ne risque pas d’être brisée.

Vive le logiciel libre, vive Framasoft !

 

Liens

Médecine libre a un compte Mastodon

 

Antoine Moreau : « l’infini est en cours »

mer, 16/08/2017 - 07:00

 

Personnage atypique dans notre galerie de portraits des dessinateur-ice-s qui publient sous licence libre, Antoine Moreau partage en copyleft des dessins réalisés par des personnes de rencontre. Entre autres activités.

Une démarche artistique hors normes, qui dure depuis super longtemps !

Nous avons déjà longuement parlé d’Antoine en 2011.

Salut Antoine ! Est-ce que tu peux te présenter ?

Je suis un artiste peut être. J’ai été à l’initiative et co-rédacteur de la Licence Art Libre en 2000. J’ai mis en place l’association Copyleft Attitude.


Je suis maître de conférences au département Multimédia de l’Université Franche-Comté. En mai de cette année j’ai organisé, avec le soutien de l’université, un festival d’art contemporain numérique transmédia et libre copyleft à Montbéliard.

Raconte-nous comment est né ton projet, et depuis combien de temps tu fais ça ? (j’ai vu des dessins de 1982 !)

De 1982 à 1997 j’ai demandé à des personnes de rencontre de me dessiner quelque chose sur une feuille vierge A4. Elles signaient, je contresignais et conservais la feuille.

En février 2008 je reprends cette activité avec quelques changements :

  •  La feuille comporte une mention légale copyleft selon les termes de la Licence Art Libre.
  • Je ne contresigne pas.
  • Le dessin est scanné ou photographié.
  • Il est restitué à son auteur.
  • J’en conserve une copie numérique et mets en ligne.

Je pense que si j’ai été amené à faire ces dessins c’est pour répondre à un problème simple : que dessiner et comment le faire ?
En confiant la réalisation du dessin à qui veut bien le faire à ma demande, je découvre ma part d’auteur excédant visiblement l’auteur que je suis censé être et reconnu comme tel par ce qu’il a en propre.

Aux RMLL en 2009 je présentais ainsi (avec une touche de Lao Tseu) ce que j’allais faire :
Antoine Moreau se promène avec des feuilles vierges copyleft selon les termes de la Licence Art Libre pour les offrir à qui veut dessiner dessus.
Il adopte la tactique du non-agir, et pratique l’enseignement sans parole.
Toutes choses du monde surgissent sans qu’il en soit l’auteur.
Il produit sans s’approprier, il agit sans rien attendre, son œuvre accomplie, il ne s’y attache pas.

Tu es vraiment à l’origine du copyleft ?

Non, c’est Don Hopkins, artiste et programmeur, ami de Richard Stallman qui, un jour de 1984, lui a envoyé une lettre avec noté sur l’enveloppe cette phrase : « Copyleft — all rights reversed ». « Copyleft » est alors devenu le mot qui allait désigner l’idée du logiciel libre tel qu’il a été formalisé par la General Public License.

Est-ce que tu es toi-même dessinateur ? J’ai vu des sculptures, aussi.

Je confie des sculptures à des personnes de rencontre en leur demandant de la confier également à quelqu’un d’autre et ainsi de suite, sans qu’il n’y ait de propriétaire définitif ni de point de chute final. Je demande simplement à ce qu’on m’informe de l’histoire de la sculpture :
à qui elle a été confiée, où elle se trouve et quand s’est passée la transmission, de façon à avoir un historique de l’œuvre itinérante.

Peinture : une peinture de peintres. Je propose à des peintres de se peindre les uns par dessus les autres sur une toile. Cette peinture n’aura pas de fin, pas d’image arrêtée. C’est la peinture sans fin par la fin de la peinture. Chaque couche de peinture d’un peintre différent fait disparaître, entièrement ou en partie la couche précédente.Des traces photo demeurent.

Tu as fait des expositions physiques, aussi. Beaucoup ?

Fatalement, un artiste est amené à montrer son travail. Je me suis appliqué à cette convenance.

Tu as besoin de contributeurices ? D’aide financière ? D’admiration ? De câlins ?

Après avoir soutenu ma thèse en 2011  « Le copyleft appliqué à la création hors logiciel. Une reformulation des données culturelles ? » il y a eu le projet d’en faire un framabook. Il y a eu enthousiasme et débat et tentative de passage à l’acte. Plutôt que de réviser moi-même le texte pour l’adapter au format livre j’avais proposé l’idée de laisser la communauté Framasoft le faire : couper dans le texte, choisir les passages à conserver, etc. en ayant, bien sûr, un droit de regard. Un wiki a été mis en place mais sans suite.

Eh bien je n’étais pas là à ce moment-là…

Ce Framabook serait semblable, dans son process, aux dessins dont je propose la réalisation. J’offre la matière, vous réalisez la forme que ça va prendre.

Comme d’habitude dans le Framablog, nous te laissons le mot de la fin.

Il n’y a pas de mot de la fin. L’infini est en cours. Tout se poursuit. D’une façon ou d’une autre.

 

Tous les dessins sont extraits de la collection d’Antoine.

Fête de l’Huma 2017 : les nouveautés de l’Espace numérique

lun, 14/08/2017 - 03:03

Comme chaque année maintenant, la Fête de l’Humanité hébergera un espace numérique largement dédié aux associations du libre.

Et c’est devenu une sorte de tradition aussi, le Framablog fait le point avec Yann Le Pollotec sur la programmation et les nouveautés.

Nous avons déjà évacué les questions des grincheux qui nous reprochaient une collusion politique avec le PCF.

Quand on fait de l’éducation populaire, il ne faut pas perdre une occasion d’aller parler à un public qui reçoit le discours avec plaisir.

La campagne Dégooglisons avait été extrêmement bien accueillie l’an dernier, notamment. Nous n’avions pas le moindre tract à ranger le dimanche soir.

 

Alors, Yann, verrons-nous de nouvelles têtes cette année ?

Nous aurons en particulier le projet Coopcyle de plateforme alternative et coopérative : pour un Pari(s) anti-uberisation !

Il s’agit d’une plateforme numérique développée en logiciel libre avec une condition d’utilisation : créer une coopérative. Le code ne peut être utilisé que dans le cadre d’une entreprise collective appartenant à ses travailleurs. Il a suffit qu’un développeur s’y mette pour qu’on ait la plateforme Coopcycle. Encore perfectible, elle est tout de même d’ores et déjà utilisée par une association à Toulouse. Les bases sont jetées, il reste alors à diffuser ce projet pour que coursiers et clients se les approprient.

Derrière cette plateforme l’idée est d’ouvrir une alternative concrète et viable aux coursiers en leur permettant de sortir de l’auto-entrepreneuriat sans passer par la case « salariat formel », en constituant leur propre coopérative. Au-delà du seul cas des coursiers, il s’agit de créer un nouveau bien commun, utilisable par tou.te.s, monopolisable par personne, et de participer à la construction d’un numérique au service de l’intérêt général.

Et nous présenterons aussi en démonstration permanente l’anti-Monopoly en version française : le Commonspoly. Il s’agit d’un nouveau jeu de plateau qui est une transgression du Monopoly car pour gagner il faut coopérer.

Pour en savoir plus :

Le projet WikiDébats sera aussi à l’honneur. Il s’agit d’une encyclopédie en ligne de débats libre et collaborative. Chaque page rassemble et résume les arguments « pour » et « contre » d’un débat, ainsi que leurs objections, pour permettre à chacun de se forger une opinion « éclairée », en connaissance de cause.

Wikidébats sera présenté, à partir de divers supports de communication, de textes présentant les motivations et les enjeux du projet, et d’ordinateurs connectés à internet permettant de voir directement à quoi ressemble le site.

Côté lieux de fabrication numérique, le Fablab des Fabriqueurs sera présent pour la première fois au côté du Petit Fablab de Paris.

Stand du Petit Fablab de Paris : réalisation d’une machine infernale – Espace Logiciel Libre / Hackers / Fablabs de la fête de l’Huma 2016

 

Enfin la webradio Libre à Toi qui maintenant émet aussi sur la bande FM, s’installera sur place et suivra en directe les trois d’activité de l’Espace.

 

Et de nouvelles initiatives ?

Trois grands débats :

  • Vendredi 15 septembre à 17h30 : « Une société des Communs est elle possible face au capitalisme digital ? »
    Avec Benjamin Coriat, économiste atterré auteur du « Retour des Communs », Alain Obadia président de la Fondation Gabriel Péri, Laurence Allard chercheuse et activiste du numérique, Arthur De Grave co-fondateur de OuiShare avec la présentation Coopcycle ;
  • Samedi 16 septembre à 10h30 : « Les civic-tech : Révolution citoyenne ou populisme numérique ? »
    Avec Ciryl Lage président de « Parlement & Citoyens », Manu Reilhac créateur de la plateforme « Wikidébats », un.e- représentant.e de Framavox-Loomio [note du Framblog : sans doute un.e membre de Framasoft, on ne sait pas encore qui sera disponible, c’est dans longtemps ^^] ;
  • Samedi 16 septembre à 18h : « L’intelligence artificielle va-t-elle nous piquer notre job et nous asservir ? Mythes et réalités »
    Avec Jean Gabriel Ganascia, professeur à l’Université Pierre et Marie Curie, chercheur en Intelligence artificielle, président du comité d’éthique du CNRS, Jean-Luc Molins, secrétaire national de UGICT-CGT, Yann Le Pollotec, responsable de l’Espace numérique de la Fête de l’Huma.

 

Stand Apedec/Ecodesign Fablab en 2016

 

Comme toujours, l’espace est auto-géré et nécessite un petit coup de pouce financier au-delà de ce qui est fourni par l’organisation de la Fête. C’est finalement un tout petit budget pour un si grand village du Libre, comment est-ce possible ?

La fête de l’Huma a un petit côté Robin des Bois puisqu’il y a une péréquation des coûts entre ceux qui peuvent le plus et ceux qui peuvent le moins. Cependant ce système de solidarité a des limites d’autant qu’en raison des événements tragiques des années 2015 et 2016 les coûts globaux de la fête liés à la sécurité ont augmenté de 400.000 €. C’est pourquoi nous devons financer de manière participative l’électricité, la liaison internet haut débit, la location du mobilier, les places de parkings exposants, les passes d’entrée pour les associations qui ne peuvent se les payer, et divers autres frais.

Et comme l’an dernier, les militant-e-s libristes sont cordialement invité-e-s à venir donner un coup de main, pour une journée ou pour une heure entre deux concerts, deux débats…

En effet, l’espace mobilise une bonne cinquantaine de bénévoles dans la joie et la bonne humeur… avec la présence déjà confirmée de l’April, du CECIL, de Creative Commons France, de Coopcycle, du Collectif Emmabuntüs, de la FDN/Franciliens.net, de Framasoft, de L’autre Net, de La Mouette, de Libre à toi, de Mageia, d’Open Edge, des Ordis libres, de Parinux, du Petit Fablab de Paris, des Fabriqueurs, d’Ubuntu, de Wiki Débat… [note du Framablog : on ne vous met pas tous les liens, hein, Tonton Roger est votre ami]

Donc rendez dès le vendredi 15 septembre sur l’Espace du numérique libre, des communs et des fablabs. Bonne fête de l’Huma 2017 à toutes et tous.

Affiche de l’Espace de la Révolution Numérique réalisée par Péhä (interviewé dans le Framablog ce mois-ci) l’année dernière

 

En savoir plus

Fête de l’Humanité : 15-16-17 septembre 2017 – Parc départemental Georges Valbon à La Courneuve (93) – Pass 3 jours 35€ – http://fete.humanite.fr/

Espace numérique de la Fête : http://fete.humanite.fr/La-planete-numerique

Gwenn Seemel, artiste lumineuse

sam, 12/08/2017 - 07:10

Gwenn est une artiste franco-américaine qui vit à aux États-Unis.

Elle milite activement dans différents domaines en plus de dessiner super bien et d’avoir toujours un grand sourire lumineux.

Portrait d’une belle personne.

 

Bonjour Gwenn. Est-ce que tu peux te présenter ?

J’ai 36 ans, mais j’ai toujours l’impression d’avoir 12 ans, surtout quand je parle en français. J’ai vécu en Bretagne avec mes grands-parents de temps en temps quand j’étais plus jeune, mais sinon j’étais plutôt aux États-Unis. Le français reste un peu la langue de mon enfance.

Tu veux bien nous en parler de tes militantismes ?

On se connaît à cause du travail que je fais autour du droit d’auteur, mais ce travail existe dans un contexte plus large. Je veux vivre dans un monde où l’artiste — et, en particulier, l’artiste indépendant — est pris au sérieux. Dénoncer le droit d’auteur comme le mensonge qu’il est fait partie de ce travail. L’idée de la propriété intellectuelle déboussole beaucoup d’artistes, en leur faisant croire qu’ils ne font que produire des objets et les vendre. En fait, les artistes créent des liens avec les autres à travers leur art et c’est à cause de ces liens que les artistes se font payer. Si tout le monde comprenait mieux le fait que l’art est beaucoup plus qu’un objet ou une œuvre, l’artiste sera vu autrement.

Bien sûr, l’art n’est pas tout. :) Le féminisme, l’anti-racisme, les droits LGBTQ, et l’environnement me passionnent aussi et j’en parle beaucoup dans mon art et sur mon blog.

 

Tu donnes l’impression de vivre dans une grande sérénité joyeuse. Tes portraits sont pleins de lumière et de couleurs. Est-ce qu’il y a des choses qui te blessent ? Qui te rendent triste ?

C’est un effort de me présenter comme quelqu’un qui vit dans une grande sérénité, donc d’abord je te remercie de l’avoir remarqué ! :) Après, la vérité c’est qu’il y a trop de choses qui me blessent. C’est pour ça que je travaille autant pour être une source de joie.

Les choses qui me rendent triste commencent avec tous les domaines dans lesquels je suis militante, mais n’en finissent pas là. En ce moment, l’aversion que je ressens envers le gouvernement aux États-Unis submerge le reste. C’est au point où je n’ai même plus honte du Président et de son régime parce que le problème est beaucoup trop grave pour un sentiment comme l’embarras.

Ceci dit, les difficultés quotidiennes de la vie de l’artiste pèsent aussi. Cela fait deux ans que j’ai quitté la côte ouest des USA pour la côte est, et j’ai toujours du mal à situer mon art et mon business dans ce nouvel endroit. Petit à petit je reconstruis une communauté autour de mon art, et tous les jours je suis reconnaissante envers la communauté en ligne qui n’a pas cessé de me soutenir. You’re the best !

Qu’est-ce qui t’a amenée au dessin ? Comment as-tu appris ?

J’ai un frère aîné, et comme tous frères aînés il me taquinait beaucoup quand on était plus jeune. Un jour — il avait 9 ans, moi 6 — on jouait ensemble. On s’était construit un vaisseau spatial avec les coussins du canapé. Il pilotait, et je faisais semblant de participer à l’aventure mais en réalité je dessinais quelque chose. Quand mon frère a vu ce que je faisais, il s’est arrêté pour me faire un compliment. Depuis, je fais de mon mieux pour que les autres soient obligés d’arrêter de piloter leur vaisseau spatial pendant deux minutes pour voir le monde différemment.

J’ai appris à dessiner en copiant. Oui, j’ai fait des études à la fac et j’ai eu plein de profs extraordinaires, mais ce n’est qu’en imitant les autres que je suis arrivée là où je suis.

 

Des sources d’inspiration ? Des artistes qui t’ont donné envie de les égaler ?

En ce moment, je regarde beaucoup l’œuvre de Joi Murugavell, Ashley Ja’nae, et Jan Heaton sur Instagram. L’artiste franco-américaine Louise Bourgeois m’inspire énormément, tout comme les écrivains Octavia Butler et Cory Doctorow.

 

Pourquoi publier sous licence libre ?

Pourquoi publier avec copyright ?

Je rigole. :) Mais c’est comme ça que je préfère répondre à cette question quand je parle avec quelqu’un qui affirme le copyright. C’est une manière de leur montrer tout de suite qu’on peut aussi questionner leur position. Même si leur choix représente la norme, ça reste un choix.

Ma vraie réponse remonte toujours à la source —c’est à dire, à toutes les sources pour mon art. Puisque je ne peux pas créer sans toute la culture qui m’entoure, il me semble malhonnête d’essayer d’enlever mon art de cette même culture qui inspire les autres.

 

Quelles sont les licences que tu utilises ?

Je mets mon art dans le domaine public et j’essaie d’être aussi claire que possible sur ce sujet. Je n’utilise pas la licence CC0 parce que, même si je crois que Creative Commons est une super idée qui mérite d’être répandue dans le monde entier, il ne va pas assez loin pour moi. Ceci dit, cela ne me dérange pas qu’on parle de mon art comme étant sous licence CC0. :)

 

Est-ce que tu arrives à vivre de ton art ou est-ce que tu as un vrai travail sérieux à côté ? :)

Cela fait 14 ans que je vis de mon art exclusivement. Mon mari est freelance aussi et parfois c’est lui tout seul qui paie le loyer, mais souvent c’est moi toute seule qui le paie. Travailler pour soi-même n’est jamais facile, mais c’est un défi fascinant et une aventure qui est sûrement plus agréable à deux.

 

Comment dessines-tu ? Est-ce que tu travailles avec un ordinateur ou à la main ?

À la main. Cela m’arrive d’utiliser l’ordinateur pour manipuler les images, puis travailler à la main à partir de ses images. Et parfois je dessine quelque chose sur papier puis je la scanne pour pouvoir la manipuler sur l’ordinateur. Je n’ai fait qu’un dessin numérique directement sur une tablette et le processus me paraît toujours assez mystérieux.

C’est un peu comme la différence entre écrire à la main et taper à la machine. Quand on fait quelque chose à la main, on a un peu l’idée de l’ensemble avant même de commencer. Il faut imaginer la place que le dessin ou le texte va prendre, et il faut être conscient qu’on ne va jamais pouvoir effacer les traits complètement. Dans le numérique il y a une liberté que j’apprécie, mais qui ne me convient pas toujours…

 

On peut te suivre quelque part ? Un blog, les réseaux sociaux ?

Je publie des articles et des vidéos au moins une fois par semaine sur mon blog :
http://www.gwennseemel.com/index.php/blog/

J’ai un profil sur Patreon (le Tipeee des États-Unis) :
https://www.patreon.com/gwenn

Je suis « Gwenn Seemel » sur Facebook et « gwennpaints » sur Twitter, Instagram, et YouTube.

 

Qu’est-ce qui te motive à publier autant sur ta démarche, ton travail ?

La plupart des gens travaillent pour une entreprise ou une institution. Autrement dit, ils remplissent un siège qui existe déjà et qui pourrait être rempli par n’importe qui du moment où la personne a les qualifications. L’artiste doit inventer lui-même son siège. Il doit persuader tout le monde que non seulement l’art en général compte pour quelque chose, mais son art en particulier a un sens. Autrement dit, l’artiste doit devenir une sorte d’institution en lui-même.

Souvent les artistes arrivent à cela en travaillant avec des institutions—en exposant dans des galeries, en faisant des conférences à des universités, et en vendant de l’art à des entreprises. Et parfois j’ai suivi ce chemin, mais je préfère devenir une institution en m’engageant directement avec le public. D’une part, c’est ça le but en publiant autant sur le Web.

 

Tu as écrit un livre sur le droit d’auteur que notre Pouhiou a sur sa table de chevet. Quelles ont été les réactions à la suite de sa parution ?

Idiote ou prophète. Voilà comment on me décrit après ce livre. Je crois que la réalité se trouve entre les deux extrêmes. :)

 

Quand aurons-nous la chance de te croiser en France ? La dernière fois, c’était aux RMLL 2015, je crois.

Quand je serai invitée à nouveau pour parler du copyright et de la créativité ! :) La France, la Suisse, la Belgique, le Québec —tous ces voyages magnifiques ne se sont faits qu’avec le soutien d’une super communauté qui croit en moi et en ce que je crée.

Et comme d’habitude sur le Framablog, on te laisse le mot de la fin.

On ne peut pas convaincre un autre de son point de vue. Plutôt le but —de la discussion, de l’art, de la vie !— est de donner à l’autre envie de questionner ses idées et à voir le monde à nouveau.

 

Pour en savoir plus

Les livres de Gwenn Seemel

Ses explications sur sa démarche, en vidéo et en français

Péhä : il lisait des Picsou, il dessine des gnous !

mar, 08/08/2017 - 07:00

 

Des développeurs de logiciels libres, on en trouve presque à la pelle. Des artistes libres… ça se complique, mais on en trouve ! Bien évidemment, il y a Gee et vous avez déjà lu l’interview de David Revoy ici même à l’occasion de la sortie papier de Pepper & Carrot, mais d’autres se cachent encore dans les tréfonds des Internetz !

Nous passons l’été à les chercher pour vous les présenter. Samedi dernier, vous avez pu découvrir Nylnook et nous avons encore quelques surprises en prévision.

Voici Péhä ! Vous avez peut-être aperçu ses dessins ces derniers temps sur les réseaux sociaux via nos comptes. En effet, il a illustré les articles écrit par Emmabuntus et Arpinux dans L’Âge de faire à propos de certains de nos services.

Comme il a un joli coup de patte, nous avons décidé de lui poser quelques questions pour en savoir plus sur lui.

Bonjour Péhä. Est-ce que tu peux déjà te présenter ? (et d’où vient ton pseudo avec les accents extra-terrestres ?)

Hello Framasoft, je suis donc Péhä, j’ai 32 ans, je vis près d’Angers (c’est dans l’ouest de la France pour Pouhiou :-) ). Le pseudo avec les accents c’est un petit jeu de mot avec les initiales de mon prénom. Ça date d’il y a quelques années quand je faisais du volley, c’était pour rigoler mais comme tout mon entourage irl m’appelle comme ça depuis, j’ai gardé ce pseudo sur le net.

Qu’est-ce qui t’a amené au dessin ? Comment as-tu appris ?

Comme tous les gosses, j’ai pas mal dessiné étant gamin. J’ai fais arts plastiques comme tout le monde au collège/lycée (surtout parce qu’à l’époque le pc de la salle d’art était pas surveillé et que c’était une bonne bécane pour télécharger des roms de Mégadrive ni vu ni connu…), mais je n’ai jamais suivi de cours ou fait les beaux-arts. Je le regrette aujourd’hui un peu, car je fais pas mal d’erreurs (anatomie, proportions, perspectives) et je suis lent dans l’exécution d’un dessin.

Des sources d’inspiration ? Des dessinateurs qui t’ont donné envie de les égaler ?

Comme j’ai pas assez de bases, je m’inspire beaucoup de certains dessinateurs dont Moebius (Jean Giraud), Georges Herriman, Bill Watterson, Serre et bien sûr Franquin. Dans un genre tout autre, je voue un culte aux estampes d’Hiroshige, notamment les séries sur le tokaido ou les scènes de la vie quotidienne d’Edo.

 

Uderzo, aussi, manifestement…

Les tac au tac de Jean Frapat que j’ai découvert sur le site de l’INA m’inspirent également beaucoup.

 

Tu lisais quoi comme BD quand tu étais plus jeune ?

Ça va faire sourire mais j’ai commencé par Donald, les histoires de Carl Barks son créateur. Et puis La jeunesse de Picsou de Don Rosa qui a été une première claque pour moi. (j’avais dans les 8-9 ans.). Un soir une voisine m’a passé deux BD de sa collection. c’était des Gaston Lagaffe. J’avais 10 ans. J’ai lu la série d’une traite. Quelques jours plus tard ma mère m’abonnait à Spirou. J’ai essayé les mangas (Gunnm) mais sans trop accrocher. Je ne lis pas beaucoup de BD en fait, ou bien juste pour observer le dessin et les trucs et astuces des dessinateurs.

Pourquoi publier sous licence libre ?

Pour la liberté d’utilisation et de modification. Je veux que mes personnages puissent être repris par d’autres sans restriction. C’est ce que moi en tant que lecteur j’aurais aimé pouvoir faire avec Donald et Picsou (sans rire j’avais un scénario du tonnerre !). J’ai du mal avec l’idée même de propriété intellectuelle ou bien de création artistique. On ne crée rien, on adapte, on remixe, on ajoute son originalité rien de plus. Voilà pourquoi je publie sous licence libre car je ne possède rien, j’emprunte à tous donc je redonne.

Quelles sont les licences que tu utilises ?

J’ai commencé par la CC-BY-SA et la LAL et puis je suis passé en CC-BY lors de la publication de certains de mes dessins sur gnu.org. Mais rien n’est définitif ça peut changer.

Est-ce que tu arrives à vivre de ton art ou est-ce que tu as un vrai boulot honnête à côté ?

Je suis amateur. J’ai un travail culinaire, qui me sert à faire vivre ma petite tribu à côté gentiment. J’ai une page liberapay. (je remercie au passage mes 3 donateurs anonymes) avec le secret espoir de pouvoir couvrir mes dépenses pour le dessin avec les dons. Même si ce n’est pas beaucoup c’est toujours ça de moins sur le budget familial.

Comment t’es-tu retrouvé à faire les dessins des articles dont on parlait dans l’intro ? (et d’ailleurs, merci)

Ça c’est grâce à Patrick d’Emmabuntus qui est depuis un an notre manager/attaché de presse/impresario à Arpinux et moi. ;)

L’année dernière Patrick m’avait demandé une affiche pour la fête de l’Huma et en septembre avec Arpinux ils ont commencé à travailler sur les articles de l’âge de faire. Par charité ils m’ont proposé de faire des dessins en bas de leurs articles :) J’ai accepté et voilà. J’en profite pour les saluer eux et toute l’équipe, car bosser sur ces articles était vraiment très plaisant, un vrai travail d’équipe.

Parlons technique : comment dessines-tu ? Krita comme David ? Inkscape comme Gee ? Avec du charbon sur les murs d’une grotte comme les hommes de Cro-Magnon ? (eh oui, les dessins des hommes de Cro-Magnon sont dans le domaine public, donc sont libres

Nylnook, le gentil lutin écolo-dessinateur

sam, 05/08/2017 - 07:03

Cet été, nous vous proposons une série d’articles sur les dessinateur-ice-s libristes.

Nous vous avons déjà parlé de David Revoy. D’autres artistes talentueux partagent leur travail graphique sur Internet. Et certains en vivent !

C’est Camille Bissuel qui inaugure cette respiration estivale, à l’occasion de la sortie du premier épisode de sa BD Mokatori.

Nous avons craqué pour son style graphique, mais aussi pour son bagout.

Bonjour Camille. Est-ce que tu peux te présenter ?

Photo par Elisa de Castro Guerra

Alors, je suis un Camille (♂), 33 ans, illustrateur et graphiste, je travaille de chez moi, dans les Hautes-Alpes, près de Gap. Mon pseudo est Nylnook, le nom d’un petit lutin du pôle nord que j’ai imaginé.

Dans mes activités libristes, j’ai participé à l’écriture de quelques livres avec Flossmanuals Francophone. J’utilise des logiciels libres exclusivement pour mon travail depuis que je suis devenu indépendant en 2008 : par exemple Krita, Inkscape, Scribus, Blender, et beaucoup d’autres… Il m’arrive de former des gens à ces logiciels, et je publie mes travaux personnels sous licence libre également (souvent la Creative Commons by-sa).

 

Tu sors le premier épisode d’une belle BD sur le réchauffement climatique.  Tu es militant écolo ?

Je n’ai pas l’impression d’être très pénible sur ce sujet avec mes proches ou avec les gens que je rencontre, mais oui je suis convaincu qu’il y a vraiment du boulot sur l’écologie, comme sur celui du libre ! Et c’est devenu le sujet de beaucoup de mes travaux artistiques. Donc je dois être une sorte de militant pervers qui ne va pas vous baratiner ou vous reprocher de ne pas avoir éteint la lumière, mais qui avance un peu caché pour vous montrer des images choquantes de notre futur ! Ça m’est venu en auto-construisant ma maison, j’ai été forcé de comprendre l’ampleur des dégâts.

La différence avec le militantisme pour (grand sac) le logiciel libre, la culture libre et la vie privée numérique, c’est l’urgence. Si dans 100 ans, tous le monde n’est pas passé sur Linux, ce sera dommage, mais on devrait survivre. Si on est plus capable de s’auto-héberger ou de rester anonyme sur Internet, ça sera déjà plus embêtant. Mais pour le changement climatique, si on ne fait rien de radicalement différent avant 2020, dans moins de 3 ans, on est sûr que le réchauffement dépassera 2°C. Et la plupart des gens n’ont aucune idée de ce que cela signifie. Désolé chers libristes, oui c’est plus grave que d’utiliser Gmail. D’où la BD, que j’ai titrée « Mokatori », le mot pour changement climatique chez les indiens d’Amazonie. Mais je ne suis pas sûr d’avoir fini tous les épisodes prévus d’ici là, alors il ne faut pas compter que sur moi !

Ah oui, au fait, la BD en question est là :

Et l’épisode précédent, l’introduction, si vous l’avez raté, c’est ici : http://nylnook.art/fr/bd/mokatori-ep0-la-fin/

En tout cas c’est à la fois très élégant et hyper documenté. À mon avis Gee est devenu accro instantanément. Tu as une formation scientifique ?

Merci pour les compliments, j’espère bien que Gee succombera à la tentation, comme pleins d’autres geeks. ;)


Non, je n’ai pas de formation scientifique, sauf si on compte les sciences humaines, car j’ai fait des études de philosophie avant de devenir graphiste. Mais par contre je me suis bien tapé l’intégralité du 5ème rapport du GIEC, et j’ai lu beaucoup de livres sur le sujet depuis fin 2014, quand le projet est né dans ma tête.
Si je ne dois citer que trois livres à lire sur le changement climatique je dirais « Voyage à travers les climats de la terre » de Gilles Ramstein, « L’âge des low tech » de Philippe Bihouix, et « Vandana Shiva pour une désobéissance créatrice » de Lionel Astruc. Bon ok, ils ne sont pas libres, mais ça vaut vraiment le coup. ;)

Qu’est-ce qui t’a amené au dessin ? Comment as-tu appris ?

Je dessine depuis tout petit, ça m’a toujours plu. Et puis j’étais timide, je ne faisais pas beaucoup de bruit, ça me convenait bien. J’ai appris en extra-scolaire dans les MJC, en prenant des cours de modèle vivant le soir aux Beaux-Arts, et je continue à le faire près de chez moi, c’est le meilleur exercice que je connaisse. Et devenir illustrateur (en 2013), ça permet de beaucoup pratiquer, et c’est surtout ça qui compte !


Après je ne me lève pas le matin avec un crayon à la main comme certains dessinateurs, je n’ai pas ce rapport fusionnel au dessin mais c’est quelque chose que j’aime et que je veux continuer à faire.

Des sources d’inspiration ? Des artistes qui t’ont donné envie de les égaler ? (on a noté les hommages à Franquin et au Douanier Rousseau)

Et bien David Revoy bien sûr, parce qu’il partage tellement ses astuces que c’est difficile de ne pas s’en inspirer au moins un peu ! D’ailleurs j’ai trouvé mon style BD quand j’ai arrêté d’utiliser ses brosses et que j’ai fait les miennes. ;)
Mais je crois que c’est surtout tous les auteurs de BD que j’ai lus et les films que j’ai vus. Dans l’Olympe il y a Franquin, Moebius, Miyazaki, Keith Haring, Loisel, Terry Pratchett, Tolkien, Franck Herbert, Terry Gilliam et George R. R. Martin. Dans les auteurs actuels Massimiliano Frezzato, Jean-David Morvan pour ses scénarios et les auteurs de l’OuBaPo. Les techniques de Jason Brubaker m’ont aidé aussi. Mais la liste est trop longue, presque tout est inspirant !

Pourquoi publier sous licence libre ? Est-ce que cela est lié selon toi à ta démarche de sensibilisation à l’écologie ?

C’est sûr que choisir une licence Creative Commons by-sa et publier gratuitement ou à prix libre, c’est aussi pour ne pas mettre de frein à la diffusion et encourager à faire passer le message.
Je crois qu’il y a deux raisons principales :
La première c’est que personne n’est vraiment original quand il fait de l’art : consciemment ou inconsciemment on copie toujours les autres pour refaire à notre main. Ou on détourne le travail d’un autre, ou fait le contraire du travail d’un autre. Donc si je copie, je ne me permets pas d’essayer d’empêcher les autres de me copier. D’ailleurs quand on sait qu’Internet est une machine à copier mondiale, on abandonne tout de suite le combat. ;)
La deuxième c’est que je veux être lu et que je respecte la liberté et le porte-monnaie de mes lecteurs, donc je ne vais surtout pas leur interdire de donner une copie à leur voisin ! Dans ma petite expérience le droit d’auteur ne rapporte quasiment rien, des solutions comme le financement participatif et surtout le mécénat participatif (Patreon, Tipeee, Liberapay) me semblent beaucoup plus adaptée à l’ère numérique. Alors autant mettre les choses au clair avec une bonne licence libre.

 

Est-ce que tu arrives à vivre de ton art ou est-ce que tu as un vrai travail sérieux à côté ? :)

Et bien, puisque vous en parlez, j’ai une page Tipeee et une page Liberapay, à vot’ bon cœur. ;)
Non je n’arrive pas à vivre de la BD, loin de là, mais par contre je vis de mon travail d’illustrateur indépendant, en faisant aussi des travaux de graphisme, de la formation professionnelle, et que je suis parfois modèle vivant. Bref, si je ne roule pas sur l’or je fais ce que j’aime !
La BD, je l’avance sur les temps libres, quand je n’ai pas de contrat sur mon temps de travail, car je suis jeune papa aussi et donc le soir et les week-ends sont pris.
Ça explique aussi pourquoi je voulais publier cet épisode 1 en janvier et que je le publie en août… Merci infiniment à mes patients tipeurs !

 

Parlons technique. Comment dessines-tu ?

J’ai une technique très spéciale qui consiste à utiliser un crayon. ;)
Non, souvent c’est le stylet de la tablette graphique, je fais presque tout en numérique, sauf quand je fais des exercices en technique traditionnels ou que je veux faire des croquis et que je n’ai pas de tablette sous la main.
J’ai donc un ordinateur sous Linux (distribution Antergos, Archlinux pour les humains), Gnome, une tablette graphique Wacom, et le stylet que je préfère c’est le Art Pen, car il supporte la rotation, donc on peut dessiner facilement des pleins et des déliés, que j’utilise abondamment dans mes encrages (les traits noirs). Le logiciel pour dessiner c’est Krita. J’utilise Inkscape pour les bulles, le texte et les quelques graphiques, et un script bash maison pour assembler les pages et en faire des ebooks. J’ai fait un petit tutoriel à ce sujet.
Occasionnellement je fais quelques décors en 3D avec Blender. J’ai un trait large, semi-réaliste, qui est la plupart du temps noir mais que je peux inverser en blanc ou exceptionnellement mettre en couleur. De plus je rajoute des textures à ma couleur pour des effets de matière qui cassent l’aspect trop lisse du dessin numérique.

D12 à Paris, le samedi 12 décembre 2015 : la manifestation des militants pour la justice climatique à la fin de la COP21, d’après des photos de Adriana Karpinska et de Camille Bissuel. Ces anges se font appeler des gardiennes du climat.

On peut te suivre quelque part ? Un blog, les réseaux sociaux ?

Mon site web, qui contient un blog (et des flux RSS), mes BD, un portfolio de mes illustrations.
Pour les réseaux sociaux, et la newsletter, tout est résumé ici : http://nylnook.art/fr/suivre/
J’essaye de poster un peu partout, surtout sur le web libre (Framasphere et Framapiaf depuis peu) mais le plus sûr si vous voulez ne rien rater c’est quand même le site web, les flux RSS et la newsletter. ;)

 

Et comme d’habitude sur le Framablog, on te laisse le mot de la fin.

Alors merci pour cette interview, c’est un honneur d’être sur le Framablog, j’espère que vous aimerez la BD, que vous la diffuserez pour sauver notre monde (rien de moins), et que vous m’inonderez de commentaires. ;)
Si je peux faire mon militant chimère libriste/écolo je dirais « La route est longue, mais la voie est libre, et n’oubliez pas de planter des arbres sur le chemin… »

 

Goat In The Shell débunke le « Deep Web »

lun, 24/07/2017 - 11:17
Goat In The Shell présente « Le grand méchant deep web »

« Ici LSN, en direct du clearweb, pour dépoussiérer les mythes qui entourent nos outils quotidiens », voici comment est introduit le sujet, après une entrée en matière mettant en scène un « ânon-y-mousse » racontant d’une voix robotique ses mésaventures sur le darknet.

Dans l’épisode pilote de Goat In The Shell, une nouvelle émission lancée sur la chaîne « Le Goat Gang » par Komodo Super Varan et votre serviteur (LSN), je présente le deepweb et le(s) darknet(s) sous un jour réaliste. Ce faisant, j’en profite pour revenir sur ce que sont les VPNs et Tor, et poser les bases du fonctionnement d’un réseau.

cliquez sur l’image pour voir la vidéo (youtube)

Si la chaîne du Goat Gang ne se spécialise pas uniquement sur cette émission et proposera de nombreux contenus en tout genre, il s’agit bien d’un projet qui s’étendra sur plusieurs épisodes, avec pour objectif la vulgarisation de l’Internet, des réseaux, et de l’informatique en général.

L’objectif ? Faire comprendre au maximum de novices qui ne s’y sont pas intéressé⋅e⋅s comment fonctionne Internet, mettre au sol quelques légendes urbaines à coups de débunkage, et enfin lever le voile – Internet, ce n’est pas mystique, et ce n’est pas magique.

PS : Oui, c’est de l’auto-promo, mais c’est Pouhiou qui m’a demandé de le faire :þ

Ressources / Aller plus loin : Bonus : la conférence de Lunar aperçue dans la vidéo !

Les mégadonnées vont-elles geler notre vie sociale ?

lun, 24/07/2017 - 02:08

Le big data, célébré comme le nouveau pétrole de l’économie des start-ups, nous prépare peut-être un monde tellement cool qu’il pourrait être… glaçant.

Mais d’abord rêvons un peu.

Imaginez qu’on puisse propulser des idées qui nous sont chères avec une mise en page particulièrement attrayante… Euh, c’est pas gagné.

On le sait bien et on le regrette, le Libre n’a pas des armées de graphistes à son service. Pour essayer de toucher et convaincre – l’un n’est pas exclusif de l’autre, nous regrettons souvent de n’avoir pas un support graphique moins rébarbatif et surtout la compétence de professionnels du webdesign. Combien de fois avons-nous déploré que des projets libristes très intéressants ne soient pas visuellement sympathiques ni très attirants (et ne parlons même pas d’ergonomie et d’accessibilité, cela mériterait de longs développements) ?

Mais l’heure n’est pas aux plaintes ! En effet, au hasard de l’infinie richesse des pages web nous avons rencontré un site qui nous a littéralement « tapé dans l’œil » : non seulement son propos nous semble fort pertinent, mais sa mise en page illustrée est assez forte pour retenir l’attention.

De quoi est-il question ? Du risque insidieux que la captation des mégadonnées ne modifie en profondeur nos interactions sociales : comment ne pas s’autocensurer lorsqu’on se sait potentiellement ou réellement surveillé ? Comment éviter de conformer notre comportement sur ce que dit de nous notre profil en ligne, évalué par des algorithmes ? Comment bénéficier d’une mobilité sociale si celle-ci est liée, comme c’est déjà le cas en Chine, à une « note de confiance » attribuée par le gouvernement ?

L’argumentation ici n’est pas longuement développée, des liens sont là pour aller plus loin. C’est la force de l’image, des chiffres, des exemples est des mots-clés qui est utilisée, n’hésitez pas à vous en servir en diffusant à volonté !

Cette page a été conçue et réalisée par Tijmen Schep qui l’a mise sous licence CC-BY 4.0. C’est pourquoi le groupe Framalang a eu le plaisir de le traduire mais en le conservant dans sa présentation d’origine. Merci aux contributeurs et contributrices : Opsylac, Goofy, Jérochat, PasDePanique, suite-et-fin, Lumi, Moutmout, Destructor, egilli.

Ensuite, grâce à Joe Mobbs (thanks a lot !) et Framasky (merci pour le coup de main), nous avons installé la page française sur un serveur de Framasoft et hop, la voici à la disposition des francophones !

Voici quelques captures d’écran destinées à vous donner envie d’aller sur la page https://socialcooling.fr/

Politique : pour les arcanes c’est Arcadie

mar, 18/07/2017 - 02:08

Nous avons tendance à voir et juger d’un peu loin le monde politique, ou plutôt par le miroir déformant des affaires et des scandales : la corruption du milieu parlementaire, hélas bien présente, fait presque écran au fonctionnement réel des institutions et de ceux qui sont censés nous représenter. S’informer davantage, mieux connaître, comprendre, identifier qui fait quoi et dans quelles conditions demande du temps et des recherches dans de multiples directions. C’est pourquoi le projet Arcadie, initiée par Tris Acatrinei, revêt toute son importance. On peut même considérer qu’il est d’utilité publique et citoyenne. En rendant disponibles et compréhensibles sur un portail unique des informations peu accessibles et dispersées, il donne un bon exemple d’utilisation des données publiques pour le bien commun.

 

Bonjour Tris, peux-tu te présenter brièvement ?
Brièvement, je ne sais pas faire, je ne suis pas comme François Hollande, une experte de la synthèse. Plaisanterie mise à part, je suis juriste de formation mais j’ai commencé à bricoler en informatique, ce qui m’a amenée à rencontrer  notamment Eric Walter et à rejoindre l’Hadopi. Après un passage dans un cabinet de droit de propriété intellectuelle et industrielle, période pendant laquelle, je me suis beaucoup occupée de mon premier « bébé » Hackers Republic, j’ai été embauchée comme assistante parlementaire. J’en suis partie pour monter le Projet Arcadie.

Sérieux, t’as bossé pour la Hadopi ? Mais alors, ça existe ?
Et même que si tu dis le nom de l’institution trois fois, MFM apparaît dans ta douche.

C’est bien comme nom Arcadie, mais pourquoi ce choix ? À cause de l’utopie ?
Officiellement, oui. En réalité, le nom m’a été inspiré par XFiles et Resident Evil.

L’accroche du projet c’est « Pour enfin tout savoir sur les parlementaires français ». C’est alléchant, mais est-ce que ça veut dire qu’on ne sait pas tout sur les parlementaires ? Pourtant il y a des pages Wikipédia, des fiches de l’Assemblée Nationale, les sites web des parlementaires eux-mêmes, des journalistes qui parfois font leur métier et tout… il y a des choses qu’on ignore, donc ?
Il y a toujours des choses qu’on ignore mais en fait, quand j’étais AP (assistante parlementaire), je passais beaucoup de temps à chercher qui étaient les députés, leurs résultats d’élections, leur présence sur le Web, etc. Je ne trouvais rien qui centralise toutes les infos essentielles, notamment les fonctions dans les partis. Or, ce que peu de gens savent, c’est que les élus qui ont des responsabilités au sein de leur parti ne sont pas forcément les plus productifs dans leurs assemblées. Par ailleurs, les fiches sur le site de l’AN et du Sénat sont déclaratives.
Ma valeur ajoutée est la vérification des infos, le croisement : je farfouille partout et je veux que les gens puissent trouver en trois clics les infos qui les intéressent. Par exemple, connaître à l’instant T le nombre de parlementaires LREM, également avocats, toujours en activité.

La page d’accueil du projet Arcadie

Qu’est-ce qui a motivé ce projet au départ ? Tu dis sur ton site que c’était un projet professionnel, et que ça n’a pas abouti. Pas trop aigrie ?
Je me disais que si j’avais un besoin d’infos centralisées, à jour et vérifiées, je ne devais pas être la seule. Au début, je voulais en faire un projet entrepreneurial mais comme je ne suis pas une commerciale, ça ne l’a pas fait. En fait, je suis plus heureuse de ne dépendre que des dons car les gens savent pourquoi ils en font. Le risque de dépendre du mécénat ou de subvention est que tu te muselles pour ne pas déplaire. Et si un jour, ça doit s’arrêter, eh bien, ça s’arrêtera.

Tu pouvais gagner ta vie honorablement en faisant du développement, du droit, du community management, de la sécu, etc. Bref tu as pas mal de cordes à ton arc. Pourquoi avoir choisi un projet comme celui-là et de t’y consacrer à plein temps ?
Pendant un moment, je jonglais entre Arcadie et d’autres activités mais avec l’affaire Fillon, puis l’affaire Le Roux, j’ai été plus exposée médiatiquement et mécaniquement, j’ai eu plus de travail à faire. Pour le moment, je consacre 75 % de mon temps à Arcadie mais on verra dans quelques mois. De ce que j’en vois, ce n’est pas uniquement la plateforme de données qui intéresse les gens mais aussi les livetweets de séance à l’AN, la pédagogie autour de la politique, de la chose parlementaire, les explications, etc. Je pars du principe que si tu veux faire les choses sérieusement, tu dois y consacrer un certain temps donc j’y passe le temps nécessaire.

La question qui pique : est-ce que ce site serait libre d’accès et public si tu avais réussi à le faire financer par une boite ?
Arcadie a été entièrement financé par mes économies :) Aujourd’hui, la plateforme ne vit que de dons et ne reçoit ni mécénat d’entreprises ni subventions publiques. Pour être honnête, 3 jours avant l’affaire Fillon, je disais à ma meilleure amie que si une boîte me mettait une certaine somme d’argent sur la table, j’étais prête à en céder la propriété. Ce n’est plus le cas aujourd’hui ou alors pour un montant colossal.

Toutes ces informations que tu centralises et rends disponibles avec un moteur de recherche et des filtres que l’on peut croiser, tu les trouves où ?
Sur les sites institutionnels, mais aussi les sites des partis politiques, la presse quotidienne régionale, la presse quotidienne, les blogs mais aussi, parfois, certaines informations me sont remontées en off.

Tu t’appuies donc aussi sur ton réseau de connaissances ?
Ça m’arrive mais je veille à avoir une source sérieuse, officielle ou explicite.

Tu récoltes tout à la main ?
Non, quelle drôle d’idée. J’ai des trackers qui font le boulot à ma place. Je me contente de vérifier que les contenus signalés comme ayant subi une modification correspondent à une réelle modification et pas à un faux-positif. Pour les nouvelles infos, je scrape carrément les sites et je fais le tri.

Les contenus textuels ainsi que les images font l’objet d’une licence Creative Commons CC-BY-NC-SA. mais ce qui fait fonctionner la plateforme, c’est sous quelle licence ?
Aujourd’hui, comme il s’agissait d’un concept entrepreneurial, il a été protégé auprès de l’INPI. Si certaines personnes veulent réutiliser les données, elles peuvent déjà s’appuyer sur les mêmes sources que moi. Le reste est aussi CC-BY-NC-SA.

Est-ce que tu utilises des outils libres pour la plateforme et le blog ou bien est-ce que tu as dû faire des concessions pour diverses raisons ?
La plateforme fonctionne avec Drupal et il y a deux outils qui ne sont pas très « propres » mais pour lesquels, j’ai dû faire des concessions. Le premier est Google Analytics mais je compte m’en débarrasser très bientôt et le second est PayPal mais lui va rester car cela permet à mon expert-comptable, qui maîtrise bien l’interface, de suivre les dons pour procéder aux déclarations.

Pour nos lecteurs les plus techies, comment tout ça tourne en arrière-plan ?
Mes trackers ne sont pas reliés à la plateforme. Au départ, c’était mon idée mais je me suis dit que si les sites sur lesquels je posais mes trackers changeaient, j’allais avoir un souci. Donc, les données sont ajoutées par des CSV que je génère moi-même, grâce à mes outils de collecte. De la même manière, si pour une raison ou pour une autre, la plateforme rencontre un gros problème technique qui nécessiterait de tout supprimer pour reconstruire, j’irais clairement plus vite.

Pour le design, j’ai tout refait avec Bootstrap et je suis aidée par un très bon développeur de chez Makina Corpus, que je sollicite parfois quand je « bugue ». Pour l’administration-système, j’ai tout casé chez Gandi, en Simple Hosting – car je n’ai pas assez de connaissances pour prendre un dédié et y installer Apache Solr, pour améliorer la recherche. Cela demanderait aussi d’autres dépenses.

Et maintenant, la grosse question : que penses-tu du rapport des libristes avec la vie politique ?
La question est compliquée car j’ai peur de paraître condescendante dans ma réponse mais j’aurais tendance à dire que le monde libriste fait parfois preuve de naïveté ou de candeur. On s’y figure que la politique est la recherche du Bien pour le plus grand monde, l’intérêt général, etc. C’est le cas mais parfois, pour y arriver, il faut être capable de biaiser, de louvoyer et cela s’accorde mal avec notre tendance jusqu’au-boutiste. Il ne faut pas voir les choses comme étant toutes noires ou toutes blanches. On a beaucoup de nuances de gris.

Beaucoup de connaissances trop approximatives sur les institutions et les rouages de la politique politicienne peut-être ?
Peut-être et surtout, il faut se blinder. Mon apprentissage politique, je l’ai commencé à l’Hadopi, je suis un peu tombée de mon arbre à ce moment-là et quand j’ai fait mes premiers pas à l’Assemblée Nationale, pour un UMP, on était à peine sorti de la guerre Copé-Fillon. Mine de rien, ça forge et j’avais une place d’autant plus privilégiée que je ne prenais pas les coups. Mais je voyais les autres en prendre et en donner. Alors, j’ai observé, j’ai regardé et j’ai appris.

Dans le film d’Henri Verneuil le Président (1961), le vieux président du Conseil, interprété par Jean Gabin, dénonce la corruption des parlementaires.

Parallèlement, tu as sans doute constaté la grande lassitude et même le dégoût de beaucoup pour le fonctionnement du système politique actuel et la recherche d’alternatives plus « citoyennes », qu’en penses-tu ?
Il y aurait tellement à dire sur certaines initiatives qui se disent vertueuses et sur certains qui veulent nous tromper, en nous faisant croire qu’ils œuvrent pour le bien commun, alors que la seule chose qui compte est leur gloriole personnelle. Je n’ai pas cette prétention, je me suis toujours présentée comme une mercenaire, ne représentant que moi-même et c’est déjà assez de boulot.

On voit que tu maîtrises bien ton affaire, mais comment tu fais pour gérer ça toute seule, ça fait beaucoup pour une seule personne, non ?
Je m’organise, je cale ma vie sur l’activité politique et parlementaire. Par exemple, cette année, je partirai en vacances après la session extraordinaire mais avant les sénatoriales. Comme je n’ai pas de contraintes particulières, je m’en sors bien. J’ai parfois des coups de fatigue comme tout le monde, mais dans l’ensemble, je ne me plains pas.

Tu es très proche du milieu politique dans ce qu’il a de plus institutionnel mais aussi dans ce qu’il a de moins ragoûtant : petits arrangements et grosses corruptions, trafic d’influence et abus de pouvoir, est-ce que ta situation n’est pas un peu dangereuse, du moins parfois pénible ?
Au contraire. Il n’y a rien de plus délicieux que de découvrir un « cadavre » sur quelqu’un qui se montre comme étant vertueux.

On imagine que tu subis des pressions régulièrement, non ?
À l’exception d’une personne qui m’emmerde, pour parler vulgairement, assez régulièrement, les autres me fichent la paix. Avant, je n’étais pas assez importante pour leur faire du tort – pensaient-ils – maintenant, tout le monde sait de quoi il retourne. Il ne faut jamais oublier que la personne la plus dangereuse est celle qui n’a rien à perdre. Aux débuts du projet, j’ai été aimable, j’ai souhaité instaurer un dialogue et je me suis fait piétiner. Maintenant que je montre les dents, bizarrement, certaines personnes ont envie de dialoguer.

Hum on devine que certains partis ou certaines personnalités te donnent envie de leur voler dans les plumes si l’on en croit ta récente intervention à Passage En Scène  où tu dénonces la corruption toujours bel et bien présente à quantité de degrés…
Non, je n’ai pas eu de récriminations. Non pas que ça aurait changé quoique ce soit d’ailleurs.

… mais le projet Arcadie se doit d’être factuel et politiquement neutre, non ?
Les données de la plateforme sont neutres. Moi, non. L’expérience m’a aussi montré qu’en étant totalement neutre, les gens ne montraient qu’un intérêt poli sur Twitter. Mais quand tu commences à l’ouvrir, les choses deviennent intéressantes. Il y aura toujours des gens qui seront gênés par ma démarche. C’est leur problème, pas le mien.

Comment tu tiens ce grand écart ? On t’a probablement déjà accusée de partialité, non ?
Régulièrement. On m’a collé tellement d’étiquettes différentes ces derniers mois que je suis la représentation politique des deux assemblées à moi toute seule. La neutralité n’est pas ne pas taper ou ne se moquer de personne mais bien d’emmerder tout le monde, sans parti pris.

Au moment où tu as lancé le projet Arcadie, il a fallu batailler pour faire reconnaître la légitimité/légalité de ta collecte d’informations, il y avait pas mal de réticences dans le milieu parlementaire. Est-ce que maintenant ça va mieux de ce côté ?
Honnêtement, ça va mieux, aussi parce que les nouveaux députés ont une autre mentalité, donc ils discutent avec moi, ils échangent. Côté institutions, j’estime avoir de bons rapports avec la CNCCFP (la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques).
Avec le recul, je me rends compte que j’ai eu une sorte de procès en légitimité de la part de certaines personnes, parce que je n’avais pas un passif militant pur et dur et que je n’avais pas le cursus classique des politiques. Les gens ne savaient pas dans quelle case me ranger.

« Faire parler les élus malgré eux, grâce à l’open data » Tris Acatrinei, conférence sur la petite corruption au quotidien, Passage en Seine, 2017 (cliquer pour voir la conférence)

Est-ce qu’il arrive que des parlementaires ou ceux qui les entourent fassent appel à toi/à Arcadie comme une ressource fiable et informée ?
Dans le cadre du projet de loi moralisation, la députée LREM Aurore Bergé m’a contactée pour qu’on échange sur le sujet. On s’est donc vues et je lui ai parlé de ce que j’avais constaté comme manquements, ce qui pourrait être amélioré, etc. J’ai aussi discuté avec un autre député LREM concernant sa situation professionnelle. De façon générale, je me tiens à disposition de tous les parlementaires qui souhaitent échanger.

Allez je mets les pieds dans le plat : ton projet a une récente concurrence avec une équipe de journalistes qui prétendent faire à peu près la même chose ?
Ce n’est pas le tout de faire une base de données d’informations : encore faut-il la maintenir à jour et ne pas faire d’erreurs. C’est déjà plus compliqué qu’il n’y paraît. Sur la BDD dont tu me parles, j’ai vu des erreurs mais ça montre qu’il y a des points sur lesquels l’information n’a pas été correctement distribuée. Sur le moment, je l’ai mal pris mais le lendemain, ça m’a fait sourire.

Tu as un statut d’auto-entrepreneuse, mais comment tu peux couvrir les frais du site et rémunérer ton travail ? Seulement par des dons ?
J’évite les dépenses inutiles liés au projet donc les dons arrivent à couvrir les frais de fonctionnement, une gestion de bon père de famille comme on dit. Par ailleurs, et je ne m’en suis pas cachée, il m’arrive de collaborer sur des sujets avec des rédactions. Ainsi, la carte de France du népotisme avec Le Lanceur était un travail rémunéré car il fallait vérifier tous les liens familiaux éventuels entre les parlementaires et leurs collaborateurs. J’aimerais faire d’autres travaux du même genre mais Rome ne s’est pas faite en un jour.

Imaginons que subitement tu aies beaucoup plus de moyens à ta disposition, quel serait le développement dont tu rêves pour le projet Arcadie ?
J’en ai une douzaine en tête ! Je dois n’en choisir qu’un ?

On a envie de souhaiter longue vie au projet Arcadie – et pour ça chacun peut y contribuer financièrement et le faire connaître – mais on te laisse (c’est la tradition ici) le dernier mot :
Je me suis fixé un nouvel objectif : les partis politiques. Si l’objectif mensuel se pérennise, je fais une « petite sœur » à Arcadie car il y a un vrai manque sur le sujet. Je commence à avoir le squelette général en tête mais je vais attendre un peu.

 

Pour aller plus loin

Comment j’ai quitté Google et plaqué Microsoft

mar, 11/07/2017 - 11:07

En 2015, après une longue période d’hésitation, j’ai sauté le pas. J’ai décidé que Google, Facebook ou encore Microsoft seraient pour moi des connaissances lointaines, et non des compagnons de route.

On a du mal à croire qu’il soit possible d’envisager sérieusement une telle transformation sans se couper du monde et du confort que nous offre le Web. Pourtant, ça l’est.

Nous sommes en juillet 2017. Ça fait deux ans. J’ai mes repères, mes marques et aucune sensation de manque. Lorsque je choisis de faire une entorse à mes principes et d’utiliser Google, ou de démarrer mon PC sous Windows, c’est une option ; j’ai toujours le choix. Je crois que c’est ça, l’idée : avoir le choix. La décentralisation, ce n’est pas juste quitter le navire : c’est choisir sur lequel on embarque en connaissance de cause.

Depuis 2015, alors que la moitié du marché des smartphones est contrôlé par Google et son système d’exploitation Android, que tout le monde connaît GMail, utilise Google Docs, se localise avec Google Maps et partage des choses sur Google+ (lol nope), je n’utilise pas tout cela. Ou plutôt, je n’utilise plus.

Bon, OK, j’ai une chaîne YouTube, donc je mets des vidéos en ligne. Promis, c’est tout. Vous verrez plus bas que même pour gérer mes abonnements YouTube, je me passe de compte Google !

Ni pour mes recherches. Ni pour mes mails. Ni pour partager des photos avec mes ami⋅e⋅s ou pour héberger une page web. Ni pour me géolocaliser. Ni pour faire fonctionner mon smartphone.

Depuis 2015, et quand Skype est le moyen le plus commun de discuter en audio/vidéo, quand on choisir un ordinateur se résume à choisir entre Microsoft ou Apple, qu’on utilise le pack Office, voire qu’on est aventureux et qu’on a investi dans un Windows Phone (désolé), je n’utilise pas Microsoft. Ou plutôt, je n’utilise plus. Et même si les hipsters et les web-designers (sont-ce les mêmes personnes ?) investissent dans du matériel Apple, moi, je n’ai jamais touché à ça.

Alors je me suis dit que peut-être, ça vous intéresserait de savoir COMMENT j’ai pu réussir sans faire une syncope. Et comment j’ai découvert des alternatives qui me respectent et ne me traitent pas comme une donnée à vendre.

Allez, ferme Hangout, Messenger, Skype, Whatsapp, viens t’asseoir près du feu, et prends le temps de me lire, un peu. Ouais, je te tutoie, on n’est pas bien, là, entre internautes ?

Chapitre 1 : Pourquoi ?

Normalement, je dialogue avec un mec lambda qui a la critique facile dans mes articles, mais ici, c’est le Framablog ; il faut un peu de prestance. Ce sera donc Jean-Michel Pouetpouet qui prendra la parole. Donc, introducing Jean-Michel Pouetpouet :

« Haha, cocasse, cet individu se prend pour plus grand qu’il n’est et ose chapitrer son contenu tel un véritable auteur »

Oui, c’est plus cool que de mettre juste un « 1. ». Il y a beaucoup à dire, et faire juste un énorme pavé, c’est pas terrible. Puis j’ai l’âme littéraire.

Ce que je pense important de signaler dans ce retour d’expérience, c’est que j’ai longtemps été très Googlophile. Très content d’utiliser leurs outils. C’est joli, c’est simple, c’est très chouette, et tout le monde utilise les mêmes. Et quand on me disait, au détour d’une conversation sur le logiciel libre : « mais Google te surveille, Google est méchant, Google est tout vilain pas beau ! »

Je répondais : « Et il va en faire quoi, de mes données, Google ? Je m’en fous. »

J’étais un membre de la team #RienÀCacher et fier de l’être. Quand je m’étais demandé ce qui se faisait d’autre, j’étais allé sur le site de Framasoft (c’était il y a fort longtemps) et j’avais soupiré « pfeuh, c’est pas terrible comme même ». J’écris « comme même » afin de me ridiculiser efficacement, merci de ne pas commenter à ce sujet.

Puis un jour, au détour d’une Assemblée Nationale, j’ai entendu parler de surveillance généralisée par des boîtes noires. On en a tou⋅te⋅s, je pense, entendu parler.

« Nom d’une pipe, mais ceci n’a aucun lien avec la dégooglisation ! »

Tut-tut. C’est moi qui raconte. Et tu vas voir que si, ça a à voir ; du moins, dans mon esprit de jeune chèvre numérique.

Parce que quand j’ai entendu parler de ça, je me suis dit « mince, j’ai pas envie qu’on voie tout ce que je fais sous prétexte que trois clampins ont un pet au casque ». D’un seul coup, mon « rien à cacher » venait de s’effriter. Et il s’est ensuite effondré tel un tunnel mal foutu sous une montagne coréenne dans un film de Kim Seong-hun.

Mes certitudes sur la vie privée en ligne, allégorie

Dans ma tête, une alarme pleine de poussière s’est mise à hurler, une ampoule à moitié grillée a viré au rouge, et je me suis soudain inquiété de ma vie privée en ligne.

J’ai commencé à voir, la sueur au front, circuler des alertes de La Quadrature du Net concernant le danger potentiel que représenterait un tel dispositif d’espionnage massif. Et j’ai fini par tomber sur plusieurs conférences. Plein de conférences. Dont la fameuse « sexe, alcool et vie privée » : une merveille.

Après cela, deux conclusions :

  • La vie privée, c’est important et on la laisse facilement nous échapper ;
  • Les grandes entreprises qui ont mainmise sur ta vie privée, c’est pas tip top caviar.

Mais d’abord, avant de parler Google ou Facebook, il me fallait fuir le flicage étatique automatisé. Alors j’ai acheté une Brique Internet (powered by le génial système d’auto-hébergement YunoHost) et j’ai adhéré à l’association Aquilenet.

Une Brique Internet dans son milieu naturel

Aquilenet, c’est un FAI (Fournisseur d’Accès à Internet) géré par des copains qui n’ont rien de mieux à faire que d’aider les gens à avoir accès à un Internet neutre, propre. J’ai donc souscrit à un VPN chez eux (chez nous, devrais-je maintenant dire). Pour avoir une protection contre les boîtes noires qui squatteront un jour (peut-être, vu comme ça avance vite) chez SFR, Free, Bouygues, Orange, et voudront savoir ce que je fais.

« Mais bon », me suis-je dit, « c’est très cool, mais ça n’empêche pas Google et Facebook de me renifler le derrière tout ça ».

Et j’ai entrepris la terrible, l’effroyable, l’inimaginable, la mythique, l’inaccessible… DéGooglisation.

Chapitre 2 : Poser les bases – Linux, Firefox, Searx 2.1/ Microsoft, l’OS privateur

Étrangement, le plus simple, c’était de dire au revoir à Microsoft.

Se dire que son système entier est couvert de trous (aka backdoors) pour laisser rentrer quiconque Microsoft veut bien laisser entrer, ce n’est pas agréable. Savoir que la nouvelle version gratuite qu’il te propose est bourrée de trackers, c’est pas mieux.

Pour bien comprendre, imagine que ton ordinateur soit comme un appartement.

Donc, on te vend un appartement sans serrure. On te dit « eh, vous pouvez en faire installer une si vous le voulez, mais alors, il faudra faire appel à une entreprise ».

Option n°1 : je n’ai pas besoin de serrure

« Je m’en fiche. J’ai confiance, et je sais quand je pars et comment je pars. Personne ne voudra entrer chez moi. »

Vraiment, est-ce qu’on peut croire une seconde à cette phrase ? Tu y vas au feeling ? Y a pas de raison que quelqu’un ne veuille entrer ? Tu partiras au travail ou en vacances le cœur léger ?

Option n°2 : je fais poser une serrure par un serrurier qui met un point d’honneur à ne pas me laisser voir son intervention

« Hop, me voilà protégé ! »

Et s’il garde un double de la clé ?
S’il décide de faire une copie de la clé et de l’envoyer à quelqu’un qui veut entrer chez vous sur simple demande ?

Elle fait quoi exactement cette serrure ?

Elle ferme vraiment ma porte ?

Option n°3 : je connais un gars très cool, il fabrique la serrure, me montre comment il la fait, et me prouve qu’il n’a pas de double de ma clé

« Je connais ma serrure, je connais ma clé, et je sais combien il en existe »

Ok, c’est super ça ! Dommage : je l’ai fait dans un appartement dont les murs sont en papier mâché. En plus, j’ai une fenêtre pétée, tout le monde peut rentrer. J’avais pas vu quand j’ai pris l’appart’. Bon, je rappelle mon pote, faut inspecter tout l’appartement et faire les travaux qui s’imposent.

Option n°4 : et si je prenais un appartement où tout est clean et sous contrôle ?

Ah, bah de suite, on se sent mieux. Et c’est ça l’intérêt d’un système d’exploitation (OS) libre. Parce que c’est bien sympa, Microsoft, mais concrètement, c’est eux qui ont tout mis en place. Et quand on veut voir comment c’est fait, s’il y a un vice caché, c’est non. C’est leur business, ça les regarde.

Alors pourquoi leur faire confiance ? La solution, c’est le logiciel libre : tout le monde peut trifouiller dedans et voir si c’est correct.

Comme point d’entrée Ubuntu (et surtout ses variantes) est un OS très simple d’accès, et qui ne demande pas de connaissances formidables d’un point de vue technique.

« Huées depuis mon manoir ! Ubuntu n’est pas libre, il utilise des drivers propriétaires, et de surcroît, l’ensemble est produit par Canonical ! Moi, Jean-Michel Pouetpouet, j’utilise uniquement FreeBSD, ce qui me permet d’avoir une pilosité soyeuse ! »

C’est super cool, mais FreeBSD, c’est pas vraiment l’accessibilité garantie et la compatibilité parfaite avec le monde extérieur (mais ça a plein d’avantages, ne me tuez pas, s’il vous plaît). Ubuntu, c’est grand public, et tout public. C’est fait pour, excusez-les du peu !

Dans la majorité des cas, il suffit d’une installation bien faite et tout ronronne. Le plus compliqué, c’est finalement de se dire : « allez, hop, j’y vais ».

En 2016, je jouais à League of Legends et à Hearthstone sur mon PC sous Linux. Je n’y joue plus parce que je ne joue plus. Mais j’y regarde les même lives que les autres, visite les mêmes sites web.

Et j’utilise mutt pour avoir moi aussi une pilosité soyeuse.

« Comme quoi, vous n’êtes finalement qu’un traître à vos valeurs ! Vous faites l’apologie du terrorisme du logiciel propriétaire, vous faites des trous dans votre coffre fort, quelle honte, quel scandale, démission ! »

J’entendais moins ce type de commentaires concernant Pokémon Go qui envoie des données à Nintendo. Comme quoi, les compromis, ça n’est pas que mon apanage.

Soit, je passerai sur ces menus détails ! Mais pourriez-vous cesser de tergiverser en toute véhémence avec un individu dont l’existence est factice ?

Non.

Une fois sous Ubuntu, le nom de mes logiciels change. Leur interface aussi. Et oui, il faut le temps de s’habituer. Mais qui ne s’est pas senti désemparé devant Windows 8.1 et son absence de bureau ? Un peu de temps d’adaptation. Et c’est tout.

On est pas bien, là ? (Xubuntu 17.04) [Fond d’écran par Lewisdowsett]

Certes, parfois, la compatibilité n’est pas au rendez-vous. Soit on se bat, soit on se résout à faire un dual-boot (deux systèmes d’exploitation installés) sur son ordinateur, soit on virtualise (l’OS dans l’OS). C’est ce que j’ai fait : j’ai un Windows qui prend un tiers de mon disque dur, tout formaté et tout vide ou presque.

Ce filet de sécurité en place, la majorité du travail doit être fait sous Linux. Une fois qu’on en a l’habitude, un retour sous Windows n’est même plus tentant.

2.2/ La recherche : fondamental

Google, en premier lieu, c’est quoi ?

Un moteur de recherche. Un moteur de recherche qui sait absolument tout sur ce que je cherche. Parce que j’utilise un compte. Avec un historique. Parce qu’il utilise des trackers. Parce qu’il retient mon IP.

On parle donc d’une entreprise qui sait qui je suis, ce que je cherche, sur quoi je clique. Une entreprise qui détermine ma personnalité pour vendre le résultat à des régies publicitaires.

Non, désolé, ça ne me convient pas. Je n’ai pas envie qu’une entreprise puisse me profiler à tel point qu’elle sache si j’ai le VIH avant que j’en sois informé. Qu’elle sache que je déménage. Que je cherche un emploi. Où. Si je suis célibataire ou non. Depuis quand. Quel animal de compagnie j’ai chez moi. Qui est ma famille. Quels sont mes goûts.

Ah non, vraiment, une seule entité, privée, capitaliste, qui vit de la vente de pub, et qui me connaît aussi bien, ça ne me plaît pas.

« Et quelle fut ta réponse à cette situation ? »

J’utilise Bing.

«  ? ! *fait tomber son monocle dans sa tasse de thé* »

Non, pas du tout.

J’utilisais au départ Startpage. Le principe est simple : ce moteur de recherches ne garde aucune donnée, et envoie la recherche à Google avant d’afficher le résultat.

La différence est énorme. Google sait que Startpage a fait une recherche. Mais il ne sait pas QUI a utilisé Startpage. Il ne sait pas QUI je suis, juste ce que je cherche. Google ne peut plus me profiler, et moi, j’ai mes résultats.

Et voilà, je n’utilise plus Google Search. Juste comme ça. Pouf.

Maintenant, j’utilise Searx, hébergé sur les serveurs d’Aquilenet. Parce que c’est encore mieux.

On searx et on trouve !

Il existe aussi Framabee qui utilise également Searx, ou encore Qwant (mais c’est pas du libre, et c’est une entreprise, alors j’aime moins).

À noter que cette étape n’est pas du tout dure à franchir : nombreux sont celleux qui utilisent Ecosia au lieu de Google, ou Duck Duck Go, et ne se sentent pas gênés dans leur recherche quotidienne de recettes de crêpes.

2.3/ Navigateur web et add-ons

Je naviguais avec Google Chrome. Comme beaucoup de monde (en dehors des admirateurs d’Internet Explorer, dont je ne comprendrai jamais les tendances auto-mutilatoires).

Je suis donc passé sous Firefox, et avec lui, j’ai ajouté pléthore d’extensions orientées vers la protection de la vie privée.

La liste (ou une bonne partie de celle-ci) est disponible sur le blog d’Aeris, que je vais donc citer en coupant allègrement dans le tas (l’article : https://blog.imirhil.fr/2015/12/08/extensions-vie-privee.html) :

Au-revoir-UTM est une extension très simple qui va virer automatiquement les balises « utm » laissées par les régies publicitaires ou trackers pour savoir d’où vous venez lors de l’accès au contenu.

 

Decentraleyes remplace à la volée les contenus que vous auriez normalement dû aller chercher sur des CDN centralisés et généralement très enclins à violer votre vie privée, tels Google, CloudFlare, Akamai et j’en passe.

 

Disconnect supprime tout le contenu traçant comme le contenu publicitaire, les outils d’analyse de trafic et les boutons sociaux.

 

HTTPS Everywhere force votre navigateur à utiliser les versions HTTPS (donc chiffrés) des sites web que vous consultez, même si vous cliquez sur un lien HTTP (en clair).

 

Pure URL, nettoie vos URL du contenu traçant.

 

uBlock Origin, qu’on ne présente plus, un super bloqueur de publicité et de traqueurs, juste un must-have.

 

Blender est une extension qui va tricher sur l’identité de votre navigateur, pour tenter de le faire passer pour celui le plus utilisé à l’heure actuelle, et ainsi se noyer dans la masse.

 

Smart Referer permet de masquer son référent. En effet, par défaut, votre navigateur envoie au serveur l’URL du site duquel vous venez. L’extension permet de remplacer cette valeur par l’URL du site sur lequel on va, voire carrément de supprimer l’information.

 

uMatrix est THE extension ultime pour la protection de sa vie privée sur Internet. Elle va en effet bloquer tout appel externe au site visité, vous protégeant de tout le pistage ambiant du net.

uMatrix : filtre par type de contenu et par domaine !

Une fois qu’on est à l’aise avec ça, on a déjà un meilleur contrôle de sa présence en ligne et des traces qu’on laisse.

Chapitre 3 : OK Google, déGooglise-toi 3.1 : Google Docs, Google Sheets, Google machins, le pack, quoi.

Il n’y a rien de plus simple que de se débarrasser de Google Docs. Des outils d’aussi bonne qualité sont disponibles chez Framasoft. Rien à installer (sauf si vous souhaitez héberger vous-même le contenu), accessible à tout le monde. Et en plus, depuis quelques temps, il y a Framaestro, le Google Drive de Framasoft. Tout comme Google. Sauf que…

… Bah c’est Framasoft, quoi. Si c’est la première fois que vous entendez ce nom, déjà : bienvenue. Ensuite, Framasoft ne va pas faire attention à vos données. Ou plutôt si, mais au sens de « les protéger ». Il s’agit de bénévoles qui souhaitent proposer des outils de qualité ; Framasoft s’en fiche de ce que vous saisissez dans vos documents. Et ne s’en approprie pas les droits ; Google, oui.

Pour trouver l’outil qu’il vous faut, rendez-vous simplement sur https://degooglisons-internet.org/alternatives et choisissez la ligne correspondant à l’outil Google dont vous souhaitez vous débarrasser.

3.2 : Google Maps / Google Street View

Google Maps peut être aisément remplacé par Open Street Map. Sur votre smartphone, l’application OSMAnd~ fait très bien son travail.

Pour Google Street View, Open Street Maps a lancé Open Street Cam. L’idée est tout bonnement GÉ-NIALE : on a pas les moyens de faire se promener une « OSM Car » ? Alors les utilisateurs seront l’OSM Car !

Lorsque vous prenez votre voiture, vous activez l’application (https://github.com/openstreetcam/android/ ou https://play.google.com/store/apps/details?id=com.telenav.streetview) et celle-ci prend des photos à intervalles réguliers en les géolocalisant ! Et voici comment on fait du Street View libre, communautaire et participatif !

3.3 : Picasa, Dropbox, Wetransfer

Moins utilisés que mes précédents amis mais tout de même existants, ces outils de stockage en ligne d’images ou de fichiers sont tenus par des entreprises en lesquels on ne peut pas avoir confiance.

Les services d’hébergement de fichiers ne manquent pas. Et ceux que je vais proposer ici n’ont pas mainmise sur vos fichiers.

Ça n’a l’air de rien comme ça, mais une entreprise qui peut regarder vos fichiers, est-ce que ce n’est pas problématique ? Lui avez-vous donné l’autorisation de s’introduire ainsi dans vos échanges de données ?

Pour les albums, au revoir Picasa, préférez Piwigo.

Pour un simple partage d’image(s), pourquoi pas Framapic ou Lutim ?

Pour stocker vos fichiers et les envoyer, dégagez WeTransfer de là et choisissez plutôt Framadrop. Abandonnez votre Dropbox, et rendez-vous sur un Nextcloud installé chez un pote ou une asso (ou directement chez vous ?) !

Les alternatives sont là, et sont bien plus diverses. La seule nuance, c’est que vous ne les connaissez pas, et n’avez pas le réflexe de les chercher.

Dans mon cas, ayant une Brique (je vous ai dit que j’avais une Brique ?), j’utilise Jirafeau pour héberger mes images, Nextcloud pour le reste. Ça me va très bien, et au moins, ça reste chez moi.

3.4 : Discuter en instantané

Rendez-vous sur Jabber (XMPP). Skype ne vous respecte pas, Hangout non plus. Messenger ? Pfeuh-cebook ! La messagerie directe de Twitter ? Ne comptez pas trop protéger vos données là-dessus non plus. Whatsapp ? C’est encore Facebook derrière !

Au lieu d’installer Google Hangouts et d’utiliser votre compte Google, installez Xabber ou Conversation sur votre téléphone et créez un compte Jabber. Vous voici à utiliser XMPP, le même protocole que derrière Hangout ou Messenger, mais sans la méchante boîte qui vit de publicité ciblée et de vente de données personnelles.

Au lieu d’utiliser Skype, pourquoi pas Tox ? Ou en ligne, vous pouvez utiliser Vroom, et même Framatalk !

J’ai un peu de mal à conseiller Telegram car récemment, la sécurité qu’il promet a été remise en question, et qu’il s’agit toujours d’une entreprise qui peut vouloir jouer avec vos données.

3.5 : GMail

On attaque le côté le plus effrayant : les e-mails. Je ne sais pas pour vous, mais moi, je n’imaginais pas pouvoir dire au revoir à mon GMail.

Cela faisait 5 ans que TOUS mes échanges se faisaient par son biais. Que tous mes comptes, sur tous les sites où j’étais inscrit, connaissaient cet e-mail comme étant le mien.

En réalité… je me suis rendu compte que mes mails déjà envoyés étaient sacrifiables, et que ceux déjà lus l’étaient également. Je me suis rendu compte que je recevais plus de spam et de newsletters (auxquelles je n’étais pas forcément inscrit) que de nouvelles de mes proches.

Et puis surtout, bon sang : Google lisait mes mails. Une entreprise lisait ma correspondance privée pour mieux me connaître. Pour mieux me profiler. Pour me vendre à des régies publicitaires. Non, ce n’est pas acceptable.

Étant alors devenu membre d’un FAI associatif, je lui ai confié mes mails. Mais avant cela, j’avais prévu de me tourner vers Protonmail. C’est certes une entreprise, mais vos messages sont chiffrés, et il n’est pas possible (dans le cas où c’est bien fait ;)) pour l’entreprise de lire vos mails. Contrairement à Google qui lit bien tout ce qu’il veut.

J’y reviens, mais… De la publicité ciblée à partir de vos échanges privés. Comment peut-on accepter ça ?

Protonmail est un service qui m’a l’air fiable. Ça reste néanmoins une entreprise, dont le code est partiellement consultable. Si vous souhaitez abandonner Google, c’est une alternative viable.

Envoyez un mail à tous vos contacts, mettez (ou non) en place une réponse automatique Google indiquant « voici ma nouvelle adresse e-mail », et changez votre adresse e-mail sur tous les sites la connaissant. Après tout, vous l’aviez peut-être fait avec votre adresse @aol.fr ou @wanadoo.fr sans vous interroger plus longtemps sur ce changement.

En consultant ses mails GMail de temps en temps, on peut en voir un qui s’est perdu et indiquer la bonne adresse e-mail à laquelle écrire.

Vous verrez, contrairement à ce qu’on croit, c’est simple, rapide, et on ne rencontre quasiment aucun obstacle.

Je ne sais pas si je vous ai dit que j’avais une brique Internet chez moi, d’ailleurs ; mais du coup, maintenant, elle héberge aussi une partie de mes e-mails (je jongle entre les adresses). Vous imaginez ? Ces mails sont stockés directement dans un petit boîtier posé par terre chez moi. Nulle part ailleurs !

3.6 : YouTube

Je poste des vidéos sur YouTube, étant vidéaste. Bon, OK. Mais je n’ai pas pour autant envie d’utiliser un compte Google le reste du temps. Et je ne voulais évidemment pas perdre mes abonnements.

La solution à cela ? L’oublié flux RSS. Comme quand on suivait les blogs, tu te rappelles ?

Google propose de récupérer tous ses abonnements YouTube au format .opml. Avec cette solution, on peut être notifié des sorties par un simple lecteur de flux RSS.

Pour celleux qui n’auraient pas connu ou utilisé RSS à l’époque où c’était la star d’Internet, il s’agit, en gros, d’abonnement à des sites/blogs. Dès qu’un nouvel article paraît, vous le recevez sur votre lecteur de flux RSS, où se rassemblent vos abonnements.

J’ai donc installé FreshRSS sur ma Brique (vous saviez que j’avais une brique ?), et y ai importé ce fameux fichier .opml. J’en ai profité pour ajouter Chroma, qui sort sur Dailymotion (eh ouais : on peut croiser les flux !). Et j’ai une sorte de boîte mail de mes abonnements vidéo ! C’est beau, non ?

Des abonnements YouTube sans compte YouTube <3

J’y ai ajouté un plugin nommé « FreshRSS-Youtube » qui me permet d’ouvrir les vidéos YouTube directement dans mon lecteur RSS. Donc j’ai un YouTube sans compte, avec juste mes abonnements, le tout chez moi.

Histoire de simplifier tout ça, j’ai développé une extension Firefox qui permet de s’abonner plus facilement à une chaîne en RSS. Il est disponible ici

Récupérer un flux RSS avec RSS-Tube !

3.7 : Android

Ton smartphone est sous Android ? Chouette. Mais Android utilise en permanence des services Google. Pour te géolocaliser, pour faire fonctionner tes applications, pour t’entendre quand tu chuchotes sous la couette un « OK, Google ».

Au début, j’ai été dérouté par cette prise de conscience. Alors j’ai simplement abandonné l’idée d’avoir un smartphone. J’ai acheté un téléphone tout pourri-pourrave pour quelques 30€ qui envoyait des SMS, recevait des MMS quand il était de bonne humeur, et téléphonait. C’était tout. Il y avait aussi le pire appareil photo qu’on ait vu depuis 2005.

Puis, un jour, au hasard d’une rencontre, on m’a parlé de Replicant. J’ai regardé, et j’ai constaté que ce n’était malheureusement pas compatible avec le Samsung Galaxy S3 Mini que j’avais abandonné précédemment.

Le hasard a fait le reste.

Un jour, j’ai commandé un t-shirt chez la Free Software Foundation Europe et reçu un papier « Free your Android ! » dans le colis.

En allant sur leur site, j’ai pu découvrir CyanogenMod (devenu maintenant LineageOS). Un Android, mais sans Google, créé par la communauté pour la communauté. Comme d’habitude, tout n’est pas tout blanc, mais c’est toujours mieux que rien.

Je l’ai installé (en suivant simplement des tutos, rien d’incroyable), installé F-Droid (qui remplace Google Play) pour télécharger les applications dont j’avais besoin, et j’installe directement les fichiers .apk comme on installe un .exe sur son Windows ou un .deb sur son Ubuntu.

Mon téléphone sous CyanogenMod 13

Conclusion

Bravo. Si vous êtes arrivé jusque là sans tricher, vous avez le droit de vous féliciter. J’espère que vous n’avez pas trouvé le temps trop long !

Courage, plus que quelques lignes. Les dernières pensées.

Au final, ce qui ressort de mon expérience, c’est que me préparer psychologiquement à quitter Google et Microsoft m’a pris plus de temps que pour m’en passer réellement, trouver des alternatives, et m’y faire.

On n’a pas besoin d’eux. Les alternatives existent, sont nombreuses, variées, et nous respectent pour ce que nous sommes : des êtres humains, avec des droits, qui souhaitons simplement utiliser Internet pour notre plaisir personnel quotidien.

Je pense que j’ai oublié plein de choses. Je pense que de nouveaux outils grandissent chaque jour et attendent qu’on les découvre.

En parallèle de tout ça, j’ai appris beaucoup sur l’auto-hébergement. J’ai aussi beaucoup appris sur l’anonymat, sur le chiffrement, sur le fonctionnement d’Internet. J’ai rejoint une association formidable, et en m’intéressant à la technique et au numérique, j’ai fait des rencontres nombreuses et toutes plus géniales les unes que les autres.

Je vous ai dit que quand j’ai commencé tout ça, je ne savais pas faire autre chose qu’un « apt-get install » sous GNU/Linux ? Que j’avais une peur bleue du code (malgré ma formation dans ce domaine) ?

Maintenant, j’en fais, j’en lis, et j’en redemande.

Mon Internet est propre. Ma vie privée, si elle n’est pas à l’abri, reçoit le maximum que je peux lui donner. Je vis d’outils décentralisés et d’auto-hébergement.

DÉGOOGLISONS L’INTERNET.

With Datalove,
Korbak <3

Les nouveaux Leviathans III. Du capitalisme de surveillance à la fin de la démocratie ?

ven, 07/07/2017 - 02:07

Une chronique de Xavier De La Porte1 sur le site de la radio France Culture pointe une sortie du tout nouveau président Emmanuel Macron parue sur le compte Twitter officiel : « Une start-up nation est une nation où chacun peut se dire qu’il pourra créer une startup. Je veux que la France en soit une ». Xavier De La Porte montre à quel point cette conception de la France en « start-up nation » est en réalité une vieille idée, qui reprend les archaïsmes des penseurs libéraux du XVIIe siècle, tout en provoquant un « désenchantement politique ». La série des Nouveaux Léviathans, dont voici le troisième numéro, part justement de cette idée et cherche à en décortiquer les arguments.

Dans cet article nous allons voir comment ce que Shoshana Zuboff nomme Big Other trouve dans ces archaïques conceptions de l’État un lieu privilégié pour déployer une nouvelle forme d’organisation sociale et politique. L’idéologie-Silicon ne peut plus être aujourd’hui analysée comme un élan ultra-libéral auquel on opposerait des valeurs d’égalité ou de solidarité. Cette dialectique est dépassée car c’est le Contrat Social qui change de nature : la légitimité de l’État repose désormais sur des mécanismes d’expertise2 par lesquels le capitalisme de surveillance impose une logique de marché à tous les niveaux de l’organisation socio-économique, de la décision publique à l’engagement politique. Pour comprendre comment le terrain démocratique a changé à ce point et ce que cela implique dans l’organisation d’une nation, il faut analyser tour à tour le rôle des monopoles numériques, les choix de gouvernance qu’ils impliquent, et comprendre comment cette idéologie est non pas théorisée, mais en quelque sorte auto-légitimée, rendue presque nécessaire, parce qu’aucun choix politique ne s’y oppose. Le capitalisme de surveillance impliquerait-il la fin de la démocratie ?

“Big Brother”, par Stephan Mosel, sous licence CC BY 2.0

Libéralisme et Big Other

Dans Les Nouveaux Leviathans II, j’abordais la question du capitalisme de surveillance sous l’angle de la fin du modèle économique du marché libéral. L’utopie dont se réclame ce dernier, que ce soit de manière rhétorique ou réellement convaincue, suppose une auto-régulation du marché, théorie maintenue en particulier par Friedrich Hayek3. À l’opposé de cette théorie qui fait du marché la seule forme (auto-)équilibrée de l’économie, on trouve des auteurs comme Karl Polanyi4 qui, à partir de l’analyse historique et anthropologique, démontre non seulement que l’économie n’a pas toujours été organisée autour d’un marché libéral, mais aussi que le capitalisme « désencastre » l’économie des relations sociales, et provoque un déni du contrat social.

Or, avec le capitalisme de surveillance, cette opposition (qui date tout de même de la première moitié du XXe siècle) a vécu. Lorsque Shoshana Zuboff aborde la genèse du capitalisme de surveillance, elle montre comment, à partir de la logique de rationalisation du travail, on est passé à une société de marché dont les comportements individuels et collectifs sont quantifiés, analysés, surveillés, grâce aux big data, tout comme le (un certain) management d’entreprise quantifie et rationalise les procédures. Pour S. Zuboff, tout ceci concourt à l’avènement de Big Other, c’est-à-dire un régime socio-économique régulé par des mécanismes d’extraction des données, de marchandisation et de contrôle. Cependant, ce régime ne se confronte pas à l’État comme on pourrait le dire du libertarisme sous-jacent au néolibéralisme qui considère l’État au pire comme contraire aux libertés individuelles, au mieux comme une instance limitative des libertés. Encore pourrait-on dire qu’une dialectique entre l’État et le marché pourrait être bénéfique et aboutirait à une forme d’équilibre acceptable. Or, avec le capitalisme de surveillance, le politique lui-même devient un point d’appui pour Big Other, et il le devient parce que nous avons basculé d’un régime politique à un régime a-politique qui organise les équilibres sociaux sur les principes de l’offre marchande. Les instruments de cette organisation sont les big datas et la capacité de modeler la société sur l’offre.

C’est que je précisais en 2016 dans un ouvrage coordonné par Tristan Nitot, Nina Cercy, Numérique : reprendre le contrôle5, en ces termes :

(L)es firmes mettent en œuvre des pratiques d’extraction de données qui annihilent toute réciprocité du contrat avec les utilisateurs, jusqu’à créer un marché de la quotidienneté (nos données les plus intimes et à la fois les plus sociales). Ce sont nos comportements, notre expérience quotidienne, qui deviennent l’objet du marché et qui conditionne même la production des biens industriels (dont la vente dépend de nos comportements de consommateurs). Mieux : ce marché n’est plus soumis aux contraintes du hasard, du risque ou de l’imprédictibilité, comme le pensaient les chantres du libéralisme du XXe siècle : il est devenu malléable parce que ce sont nos comportements qui font l’objet d’une prédictibilité d’autant plus exacte que les big data peuvent être analysées avec des méthodes de plus en plus fiables et à grande échelle.

Si j’écris que nous sommes passés d’un régime politique à un régime a-politique, cela ne signifie pas que cette transformation soit radicale, bien entendu. Il existe et il existera toujours des tensions idéologiques à l’intérieur des institutions de l’État. C’est plutôt une question de proportions : aujourd’hui, la plus grande partie des décisions et des organes opérationnels sont motivés et guidés par des considérations relevant de situations déclarées impératives et non par des perspectives politiques. On peut citer par exemple le grand mouvement de « rigueur » incitant à la « maîtrise » des dépenses publiques imposée par les organismes financiers européens ; des décisions motivées uniquement par le remboursement des dettes et l’expertise financière et non par une stratégie du bien-être social. On peut citer aussi, d’un point de vue plus local et français, les contrats des institutions publiques avec Microsoft, à l’instar de l’Éducation Nationale, à l’encontre de l’avis d’une grande partie de la société civile, au détriment d’une offre différente (comme le libre et l’open source) et dont la justification est uniquement donnée par l’incapacité de la fonction publique à envisager d’autres solutions techniques, non par ignorance, mais à cause du détricotage massif des compétences internes. Ainsi « rationaliser » les dépenses publiques revient en fait à se priver justement de rationalité au profit d’une simple adaptation de l’organisation publique à un état de fait, un déterminisme qui n’est pas remis en question et condamne toute idéologie à être non pertinente.

Ce n’est pas pour autant qu’il faut ressortir les vieilles théories de la fin de l’histoire. Qui plus est, les derniers essais du genre, comme la thèse de Francis Fukuyama6, se sont concentrés justement sur l’avènement de la démocratie libérale conçue comme le consensus ultime mettant fin aux confrontations idéologiques (comme la fin de la Guerre Froide). Or, le capitalisme de surveillance a minima repousse toute velléité de consensus, au-delà du libéralisme, car il finit par définir l’État tout entier comme un instrument d’organisation, quelle que soit l’idéologie : si le nouveau régime de Big Other parvient à organiser le social, c’est aussi parce que ce dernier a désengagé le politique et relègue la décision publique au rang de validation des faits, c’est-à-dire l’acceptation des contrats entre les individus et les outils du capitalisme de surveillance.

Les mécanismes ne sont pas si nombreux et tiennent en quatre points :

  • le fait que les firmes soient des multinationales et surfent sur l’offre de la moins-disance juridique pour s’établir dans les pays (c’est la pratique du law shopping),
  • le fait que l’utilisation des données personnelles soit déloyale envers les individus-utilisateurs des services des firmes qui s’approprient les données,
  • le fait que les firmes entre elles adoptent des processus loyaux (pactes de non-agression, partage de marchés, acceptation de monopoles, rachats convenus, etc.) et passent des contrats iniques avec les institutions, avec l’appui de l’expertise, faisant perdre aux États leur souveraineté numérique,
  • le fait que les monopoles « du numérique » diversifient tellement leurs activités vers les secteurs industriels qu’ils finissent par organiser une grande partie des dynamiques d’innovation et de concurrence à l’échelle mondiale.

Pour résumer les trois conceptions de l’économie dont il vient d’être question, on peut dresser ce tableau :

Économie Forme Individus État Économie spontanée Diversité et créativité des formes d’échanges, du don à la financiarisation Régulent l’économie par la démocratie ; les échanges sont d’abord des relations sociales Garant de la redistribution équitable des richesses ; régulateur des échanges et des comportements Marché libéral Auto-régulation, défense des libertés économiques contre la décision publique (conception libérale de la démocratie : liberté des échanges et de la propriété) Agents consommateurs décisionnaires dans un milieu concurrentiel Réguler le marché contre ses dérives inégalitaires ; maintient une démocratie plus ou moins forte Capitalisme de surveillance Les monopoles façonnent les échanges, créent (tous) les besoins en fonction de leurs capacités de production et des big data Sont exclusivement utilisateurs des biens et services Automatisation du droit adapté aux besoins de l’organisation économique ; sécurisation des conditions du marché

Il est important de comprendre deux aspects de ce tableau :

  • il ne cherche pas à induire une progression historique et linéaire entre les différentes formes de l’économie et des rapports de forces : ces rapports sont le plus souvent diffus, selon les époques, les cultures. Il y a une économie spontanée à l’Antiquité comme on pourrait par exemple, comprendre les monnaies alternatives d’aujourd’hui comme des formes spontanées d’organisation des échanges.
  • aucune de ces cases ne correspond réellement à des conceptions théorisées. Il s’agit essentiellement de voir comment le capitalisme de surveillance induit une distorsion dans l’organisation économique : alors que dans des formes classiques de l’organisation économique, ce sont les acteurs qui produisent l’organisation, le capitalisme de surveillance induit non seulement la fin du marché libéral (vu comme place d’échange équilibrée de biens et services concurrentiels) mais exclut toute possibilité de régulation par les individus / citoyens : ceux-ci sont vus uniquement comme des utilisateurs de services, et l’État comme un pourvoyeur de services publics. La décision publique, elle, est une affaire d’accord entre les monopoles et l’État.

“FREE SPEECH” par Newtown grafitti, licence CC BY 2.0

Les monopoles et l’État

Pour sa première visite en Europe, Sundar Pichai qui était alors en février 2016 le nouveau CEO de Google Inc. , choisit les locaux de Sciences Po. Paris pour tenir une conférence de presse7, en particulier devant les élèves de l’école de journalisme. Le choix n’était pas anodin, puisqu’à ce moment-là Google s’est présenté en grand défenseur de la liberté d’expression (par un ensemble d’outils, de type reverse-proxy que la firme est prête à proposer aux journalistes pour mener leurs investigations), en pourvoyeur de moyens efficaces pour lutter contre le terrorisme, en proposant à qui veut l’entendre des partenariats avec les éditeurs, et de manière générale en s’investissant dans l’innovation numérique en France (voir le partenariat Numa / Google). Tout cela démontre, s’il en était encore besoin, à quel point la firme Google (et Alphabet en général) est capable de proposer une offre si globale qu’elle couvre les fonctions de l’État : en réalité, à Paris lors de cette conférence, alors que paradoxalement elle se tenait dans les locaux où étudient ceux qui demain sont censés remplir des fonctions régaliennes, Sundar Pichai ne s’adressait pas aux autorités de l’État mais aux entreprises (éditeurs) pour leur proposer des instruments qui garantissent leurs libertés. Avec comme sous-entendu : vous évoluez dans un pays dont la liberté d’expression est l’un des fleurons, mais votre gouvernement n’est pas capable de vous le garantir mieux que nous, donc adhérez à Google. Les domaines de la santé, des systèmes d’informations et l’éducation en sont pas exempts de cette offre « numérique ».

Du côté du secteur public, le meilleur moyen de ne pas perdre la face est de monter dans le train suivant l’adage « Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur ». Par exemple, si Google et Facebook ont une telle puissance capable de mener efficacement une lutte, au moins médiatique, contre le terrorisme, à l’instar de leurs campagnes de propagande8, il faut créer des accords de collaboration entre l’État et ces firmes9, quitte à les faire passer comme une exigence gouvernementale (mais quel État ne perdrait pas la face devant le poids financier des GAFAM ?).

… Et tout cela crée un marché de la gouvernance dans lequel on ne compte plus les millions d’investissement des GAFAM. Ainsi, la gouvernance est un marché pour Microsoft, qui lance un Office 2015 spécial « secteur public », ou, mieux, qui sait admirablement se situer dans les appels d’offre en promouvant des solutions pour tous les besoins d’organisation de l’État. Par exemple, la présentation des activités de Microsoft dans le secteur public sur son site comporte ces items :

  • Stimulez la transformation numérique du secteur public
  • Optimisez l’administration publique
  • Transformez des services du secteur public
  • Améliorez l’efficacité des employés du secteur public
  • Mobilisez les citoyens

Microsoft dans le secteur public

Microsoft Office pour le secteur public

D’aucuns diraient que ce que font les GAFAM, c’est proposer un nouveau modèle social. Par exemple dans une enquête percutante sur les entreprises de la Silicon Valley, Philippe Vion-Dury définit ce nouveau modèle comme « politiquement technocratique, économiquement libéral, culturellement libertaire, le tout nimbé de messianisme typiquement américain »10. Et il a entièrement raison, sauf qu’il ne s’agit pas d’un modèle social, c’est justement le contraire, c’est un modèle de gouvernance sans politique, qui considère le social comme la juxtaposition d’utilisateurs et de groupes d’utilisateurs. Comme le montre l’offre de Microsoft, si cette firme est capable de fournir un service propre à « mobiliser les citoyens  » et si en même temps, grâce à ce même fournisseur, vous avez les outils pour transformer des services du secteur public, quel besoin y aurait-il de voter, de persuader, de discuter ? si tous les avis des citoyens sont analysés et surtout anticipés par les big datas, et si les seuls outils efficaces de l’organisation publique résident dans l’offre des GAFAM, quel besoin y aurait-il de parler de démocratie  ?

En réalité, comme on va le voir, tout cette nouvelle configuration du capitalisme de surveillance n’est pas seulement rendue possible par la puissance novatrice des monopoles du numérique. C’est peut-être un biais : penser que leur puissance d’innovation est telle qu’aucune offre concurrente ne peut exister. En fait, même si l’offre était moindre, elle n’en serait pas moins adoptée car tout réside dans la capacité de la décision publique à déterminer la nécessité d’adopter ou non les services des GAFAM. C’est l’aménagement d’un terrain favorable qui permet à l’offre de la gouvernance numérique d’être proposée. Ce terrain, c’est la décision par l’expertise.


“Work-buy-consume-die”, par Mika Raento, sous licence CC BY 2.0
(trad. : « Participez à l’hilarante aventure d’une vie : travaillez, achetez, consommez, mourez. »)

L’accueil favorable au capitalisme de surveillance

Dans son livre The united states of Google11, Götz Haman fait un compte-rendu d’une conférence durant laquelle interviennent Eric Schmidt, alors président du conseil d’administration de Google, et son collègue Jared Cohen. Ces derniers ont écrit un ouvrage (The New Digital Age) qu’ils présentent dans les grandes lignes. Götz Haman le résume en ces termes : « Aux yeux de Google, les États sont dépassés. Ils n’ont rien qui permette de résoudre les problèmes du XXIe siècle, tels le changement climatique, la pauvreté, l’accès à la santé. Seules les inventions techniques peuvent mener vers le Salut, affirment Schmidt et son camarade Cohen. »

Une fois cette idéologie — celle du capitalisme de surveillance12 — évoquée, il faut s’interroger sur la raison pour laquelle les États renvoient cette image d’impuissance. En fait, les sociétés occidentales modernes ont tellement accru leur consommation de services que l’offre est devenue surpuissante, à tel point, comme le montre Shoshanna Zuboff, que les utilisateurs eux-mêmes sont devenus à la fois les pourvoyeurs de matière première (les données) et les consommateurs. Or, si nous nous plaçons dans une conception de la société comme un unique marché où les relations sociales peuvent être modelées par l’offre de services (ce qui se cristallise aujourd’hui par ce qu’on nomme dans l’expression-valise « Uberisation de la société »), ce qui relève de la décision publique ne peut être motivé que par l’analyse de ce qu’il y a de mieux pour ce marché, c’est-à-dire le calcul de rentabilité, de rendement, d’efficacité… d’utilité. Or cette analyse ne peut être à son tour fournie par une idéologie visionnaire, une utopie ou simplement l’imaginaire politique : seule l’expertise de l’état du monde pour ce qu’il est à un instant T permet de justifier l’action publique. Il faut donc passer du concept de gouvernement politique au concept de gouvernance par les instruments. Et ces instruments doivent reposer sur les GAFAM.

Pour comprendre au mieux ce que c’est que gouverner par les instruments, il faut faire un petit détour conceptuel.

L’expertise et les instruments

Prenons un exemple. La situation politique qu’a connue l’Italie après novembre 2011 pourrait à bien des égards se comparer avec la récente élection en France d’Emmanuel Macron et les élections législatives qui ont suivi. En effet, après le gouvernement de Silvio Berlusconi, la présidence italienne a nommé Mario Monti pour former un gouvernement dont les membres sont essentiellement reconnus pour leurs compétences techniques appliquées en situation de crise économique. La raison du soutien populaire à cette nomination pour le moins discutable (M. Monti a été nommé sénateur à vie, reconnaissance habituellement réservée aux anciens présidents de République Italienne) réside surtout dans le désaveu de la casta, c’est-à-dire le système des partis qui a dominé la vie politique italienne depuis maintes années et qui n’a pas réussi à endiguer les effets de la crise financière de 2008. Si bien que le gouvernement de Mario Monti peut être qualifié de « gouvernement des experts », non pas un gouvernement technocratique noyé dans le fatras administratif des normes et des procédures, mais un gouvernement à l’image de Mario Monti lui-même, ex-commissaire européen au long cours, motivé par la nécessité technique de résoudre la crise en coopération avec l’Union Européenne. Pour reprendre les termes de l’historien Peppino Ortoleva, à propos de ce gouvernement dans l’étude de cas qu’il consacre à l’Italie13 en 2012 :

Le « gouvernement des experts » se présente d’un côté comme le gouvernement de l’objectivité et des chiffres, celui qui peut rendre compte à l’Union européenne et au système financier international, et d’un autre côté comme le premier gouvernement indépendant des partis.

Peppino Ortoleva conclut alors que cet exemple italien ne représente que les prémices pour d’autres gouvernements du même acabit dans d’autres pays, avec tous les questionnements que cela suppose en termes de débat politique et démocratique : si en effet la décision publique n’est mue que par la nécessité (ici la crise financière et la réponse aux injonctions de la Commission européenne) quelle place peut encore tenir le débat démocratique et l’autonomie décisionnaire des peuples ?

En son temps déjà le « There is no alternative » de Margaret Thatcher imposait par la force des séries de réformes au nom de la nécessité et de l’expertise économiques. On ne compte plus, en Europe, les gouvernements qui nomment des groupes d’expertise, conseils et autres comités censés répondre aux questions techniques que pose l’environnement économique changeant, en particulier en situation de crise.

Cette expertise a souvent été confondue avec la technocratie, à l’instar de l’ouvrage de Vincent Dubois et Delphine Dulong publié en 2000, La question technocratique14. Lorsqu’en effet la décision publique se justifie exclusivement par la nécessité, cela signifie que cette dernière est définie en fonction d’une certaine compréhension de l’environnement socio-économique. Par exemple, si l’on part du principe que la seule réponse à la crise financière est la réduction des dépenses publiques, les technocrates inventeront les instruments pour rendre opérationnelle la décision publique, les experts identifieront les méthodes et l’expertise justifiera les décisions (on remet en cause un avis issu d’une estimation de ce que devrait être le monde, mais pas celui issu d’un calcul d’expert).

La technocratie comme l’expertise se situent hors des partis, mais la technocratie concerne surtout l’organisation du gouvernement. Elle répond souvent aux contraintes de centralisation de la décision publique. Elle crée des instruments de surveillance, de contrôle, de gestion, etc. capables de permettre à un gouvernement d’imposer, par exemple, une transformation économique du service public. L’illustration convaincante est le gouvernement Thatcher, qui dès 1979 a mis en place plusieurs instruments de contrôle visant à libéraliser le secteur public en cassant les pratiques locales et en imposant un système concurrentiel. Ce faisant, il démontrait aussi que le choix des instruments suppose aussi des choix d’exercice du pouvoir, tels ceux guidés par la croyance en la supériorité des mécanismes de marché pour organiser l’économie15.

Gouverner par l’expertise ne signifie donc pas que le gouvernement manque de compétences en son sein pour prendre les (bonnes ou mauvaises) décisions publiques. Les technocrates existent et sont eux aussi des experts. En revanche, l’expertise permet surtout de justifier les choix, les stratégies publiques, en interprétant le monde comme un environnement qui contraint ces choix, sans alternative.

En parlant d’alternative, justement, on peut s’interroger sur celles qui relèvent de la société civile et portées tant bien que mal à la connaissance du gouvernement. La question du logiciel libre est, là encore, un bon exemple.

En novembre 2016, Framasoft publiait un billet retentissant intitulé « Pourquoi Framasoft n’ira plus prendre le thé au ministère de l’Éducation Nationale ». La raison de ce billet est la prise de conscience qu’après plus de treize ans d’efforts de sensibilisation au logiciel libre envers les autorités publiques, et en particulier l’Éducation Nationale, Framasoft ne pouvait plus dépenser de l’énergie à coopérer avec une telle institution si celle-ci finissait fatalement par signer contrats sur contrats avec Microsoft ou Google. En fait, le raisonnement va plus loin et j’y reviendrai plus tard dans ce texte. Mais il faut comprendre que ce à quoi Framasoft s’est confronté est exactement ce gouvernement par l’expertise. En effet, les communautés du logiciel libre n’apportent une expertise que dans la mesure où elles proposent de changer de modèle : récupérer une autonomie numérique en développant des compétences et des initiatives qui visent à atteindre un fonctionnement idéal (des données protégées, des solutions informatiques modulables, une contribution collective au code, etc.). Or, ce que le gouvernement attend de l’expertise, ce n’est pas un but à atteindre, c’est savoir comment adapter l’organisation au modèle existant, c’est-à-dire celui du marché.

Dans le cadre des élections législatives, l’infatigable association APRIL (« promouvoir et défendre le logiciel libre ») lance sa campagne de promotion de la priorité au logiciel libre dans l’administration publique. À chaque fois, la campagne connaît un certain succès et des députés s’engagent réellement dans cette cause qu’ils plaident même à l’intérieur de l’Assemblée Nationale. Sous le gouvernement de F. Hollande, on a entendu des députés comme Christian Paul ou Isabelle Attard avancer les arguments les plus pertinents et sans ménager leurs efforts, convaincus de l’intérêt du Libre. À leur image, il serait faux de dire que la sphère politique est toute entière hermétique au logiciel libre et aux équilibres numériques et économiques qu’il porte en lui. Peine perdue ? À voir les contrats passés entre le gouvernement et les GAFAM, c’est un constat qu’on ne peut pas écarter et sans doute au profit d’une autre forme de mobilisation, celle du peuple lui-même, car lui seul est capable de porter une alternative là où justement la politique a cédé la place : dans la décision publique.

La rencontre entre la conception du marché comme seule organisation gouvernementale des rapports sociaux et de l’expertise qui détermine les contextes et les nécessités de la prise de décision a permis l’émergence d’un terrain favorable à l’État-GAFAM. Pour s’en convaincre il suffit de faire un tour du côté de ce qu’on a appelé la « modernisation de l’État ».

Les firmes à la gouvernance numérique

Anciennement la Direction des Systèmes d’Information (DSI), la DINSIC (Direction Interministérielle du Numérique et du Système d’Information et de Communication) définit les stratégies et pilote les structures informationnelles de l’État français. Elle prend notamment part au mouvement de « modernisation » de l’État. Ce mouvement est en réalité une cristallisation de l’activité de réforme autour de l’informatisation commencée dans les années 1980. Cette activité de réforme a généré des compétences et assez d’expertise pour être institutionnalisée (DRB, DGME, aujourd’hui DIATP — Direction interministérielle pour l’accompagnement des transformations publiques). On se perd facilement à travers les acronymes, les ministères de rattachement, les changements de noms au rythme des fusions des services entre eux. Néanmoins, le concept même de réforme n’a pas évolué depuis les grandes réformes des années 1950 : il faut toujours adapter le fonctionnement des administrations publiques au monde qui change, en particulier le numérique.

La différence, aujourd’hui, c’est que cette adaptation ne se fait pas en fonction de stratégies politiques, mais en fonction d’un cadre de productivité, dont on dit qu’il est un « contrat de performance » ; cette performance étant évaluée par des outils de contrôle : augmenter le rendement de l’administration en « rationalisant » les effectifs, automatiser les services publics (par exemple déclarer ses impôts en ligne, payer ses amendes en lignes, etc.), expertiser (accompagner) les besoins des systèmes d’informations selon les offres du marché, limiter les instances en adaptant des méthodes agiles de prise de décision basées sur des outils numériques de l’analyse de data, maîtrise des coûts….

C’est que nous dit en substance la Synthèse présentant le Cadre stratégique commun du système d’information de l’Etat, c’est-à-dire la feuille de route de la DINSIC. Dans une section intitulée « Pourquoi se transformer est une nécessite ? », on trouve :

Continuer à faire évoluer les systèmes d’information est nécessaire pour répondre aux enjeux publics de demain : il s’agit d’un outil de production de l’administration, qui doit délivrer des services plus performants aux usagers, faciliter et accompagner les réformes de l’État, rendre possible les politiques publiques transverses à plusieurs administrations, s’intégrer dans une dimension européenne.

Cette feuille de route concerne en fait deux grandes orientations : l’amélioration de l’organisation interne aux institutions gouvernementales et les interfaces avec les citoyens. Il est flagrant de constater que, pour ce qui concerne la dimension interne, certains projets que l’on trouve mentionnés dans le Panorama des grands projets SI de l’Etat font appel à des solutions open source et les opérateurs sont publics, notamment par souci d’efficacité, comme c’est le cas, par exemple pour le projet VITAM, relatif à l’archivage. En revanche, lorsqu’il s’agit des relations avec les citoyens-utilisateurs, c’est-à-dires les « usagers », ce sont des entreprises comme Microsoft qui entrent en jeu et se substituent à l’État, comme c’est le cas par exemple du grand projet France Connect, dont Microsoft France est partenaire.

En effet, France Connect est une plateforme centralisée visant à permettre aux citoyens d’effectuer des démarches en ligne (pour les particuliers, pour les entreprises, etc.). Pour permettre aux collectivités et aux institutions qui mettent en place une « offre » de démarche en ligne, Microsoft propose en open source des « kit de démarrage », c’est à dire des modèles, qui vont permettre à ces administrations d’offrir ces services aux usagers. En d’autres termes, c’est chaque collectivité ou administration qui va devenir fournisseur de service, dans un contexte de développement technique mutualisé (d’où l’intérêt ici de l’open source). Ce faisant, l’État n’agit plus comme maître d’œuvre, ni même comme arbitre : c’est Microsoft qui se charge d’orchestrer (par les outils techniques choisis, et ce n’est jamais neutre) un marché de l’offre de services dont les acteurs sont les collectivités et administrations. De là, il est tout à fait possible d’imaginer une concurrence, par exemple entre des collectivités comme les mairies, entre celles qui auront une telle offre de services permettant d’attirer des contribuables et des entreprises sur son territoire, et celles qui resteront coincées dans les procédures administratives réputées archaïques.

Microsoft : contribuer à FranceConnect

En se plaçant ainsi non plus en prestataire de produits mais en tuteur, Microsoft organise le marché de l’offre de service public numérique. Mais la firme va beaucoup plus loin, car elle bénéficie désormais d’une grande expérience, reconnue, en matière de service public. Ainsi, lorsqu’il s’agit d’anticiper les besoins et les changements, elle est non seulement à la pointe de l’expertise mais aussi fortement enracinée dans les processus de la décision publique. Sur le site Econocom en 2015, l’interview de Raphaël Mastier16, directeur du pôle Santé de Microsoft France, est éloquent sur ce point. Partant du principe que « historiquement le numérique n’a pas été considéré comme stratégique dans le monde hospitalier », Microsoft propose des outils « d’analyse et de pilotage », et même l’utilisation de l’analyse prédictive des big data pour anticiper les temps d’attentes aux urgences : « grâce au machine learning, il sera possible de s’organiser beaucoup plus efficacement ». Avec de tels arguments, en effet, qui irait à l’encontre de l’expérience microsoftienne dans les services publics si c’est un gage d’efficacité ? on comprend mieux alors, dans le monde hospitalier, l’accord-cadre CAIH-Microsoft qui consolide durablement le marché Microsoft avec les hôpitaux.

Au-delà de ces exemples, on voit bien que cette nouvelle forme de gouvernance à la Big Other rend ces instruments légitimes car ils produisent le marché et donc l’organisation sociale. Cette transformation de l’État est parfaitement assumée par les autorités, arguant par exemple dans un billet sur gouvernement.fr intitulé « Le numérique : instrument de la transformation de l’État », en faveur de l’allégement des procédures, de la dématérialisation, de la mise à disposition des bases de données (qui va les valoriser ?), etc. En somme autant d’arguments dont il est impossible de nier l’intérêt collectif et qui font, en règle générale, l’objet d’un consensus.

Le groupe canadien CGI, l’un des leaders mondiaux en technologies et gestion de l’information, œuvre aussi en France, notamment en partenariat avec l’UGAP (Union des Groupements d’Achats Publics). Sur son blog, dans un Billet du 2 mai 201717, CGI résume très bien le discours dominant de l’action publique dans ce domaine (et donc l’intérêt de son offre de services), en trois points :

  1. Réduire les coûts. Le sous-entendu consiste à affirmer que si l’État organise seul sa transformation numérique, le budget sera trop conséquent. Ce qui reste encore à prouver au vu des montants en jeu dans les accords de partenariat entre l’État et les firmes, et la nature des contrats (on peut souligner les clauses concernant les mises à jour chez Microsoft) ;
  2. Le secteur public accuse un retard numérique. C’est l’argument qui justifie la délégation du numérique sur le marché, ainsi que l’urgence des décisions, et qui, par effet de bord, contrevient à la souveraineté numérique de l’État.
  3. Il faut améliorer « l’expérience citoyen ». C’est-à-dire que l’objectif est de transformer tous les citoyens en utilisateurs de services publics numériques et, comme on l’a vu plus haut, organiser une offre concurrentielle de services entre les institutions et les collectivités.

Du côté des décideurs publics, les choix et les décisions se justifient sur un mode Thatchérien (il n’y a pas d’alternative). Lorsqu’une alternative est proposée, tel le logiciel libre, tout le jeu consiste à donner une image politique positive pour ensuite orienter la stratégie différemment.

Sur ce point, l’exemple de Framasoft est éloquent et c’est quelque chose qui n’a pas forcément été perçu lors de la publication de la déclaration « Pourquoi Framasoft n’ira plus prendre le thé… » (citée précédemment). Il s’agit de l’utilisation de l’alternative libriste pour légitimer l’appel à une offre concurrentielle sur le marché des firmes. En effet, les personnels de l’Éducation Nationale utilisent massivement les services que Framasoft propose dans le cadre de sa campagne « Degooglisons Internet ». Or, l’institution pourrait très bien, sur le modèle promu par Framasoft, installer ces mêmes services, et ainsi offrir ces solutions pour un usage généralisé dans les écoles, collèges et lycées. C’est justement le but de la campagne de Framasoft que de proposer une vaste démonstration pour que des organisations retrouvent leur autonomie numérique. Les contacts que Framasoft a noué à ce propos avec différentes instances de l’Éducation Nationale se résumaient finalement soit à ce que Framasoft et ses bénévoles proposent un service à la carte dont l’ambition est bien loin d’une offre de service à l’échelle institutionnelle, soit participe à quelques comités d’expertise sur le numérique à l’école. L’idée sous-jacente est que l’Éducation Nationale ne peut faire autrement que de demander à des prestataires de mettre en place une offre numérique clé en main et onéreuse, alors même que Framasoft propose tous ses services au grand public avec des moyens financiers et humains ridiculement petits.

Dès lors, après la signature du partenariat entre le MEN et Microsoft, le message a été clairement formulé à Framasoft (et aux communautés du Libre en général), par un Tweet de la Ministre Najat Vallaud-Belkacem exprimant en substance la « neutralité technologique » du ministère (ce qui justifie donc le choix de Microsoft comme objectivement la meilleure offre du marché) et l’idée que les « éditeurs de logiciels libres » devraient proposer eux aussi leurs solutions, c’est-à-dire entrer sur le marché concurrentiel. Cette distorsion dans la compréhension de ce que sont les alternatives libres (non pas un produit mais un engagement) a été confirmée à plusieurs reprises par la suite : les solutions libres et leurs usages à l’Éducation Nationale peuvent être utilisées pour « mettre en tension » le marché et négocier des tarifs avec les firmes comme Microsoft, ou du moins servir d’épouvantail (dont on peut s’interroger sur l’efficacité réelle devant la puissance promotionnelle et lobbyiste des firmes en question).

On peut conclure de cette histoire que si la décision publique tient à ce point à discréditer les solutions alternatives qui échappent au marché des monopoles, c’est qu’une idéologie est à l’œuvre qui empêche toute forme d’initiative qui embarquerait le gouvernement dans une dynamique différente. Elle peut par exemple placer les décideurs devant une incapacité structurelle18 de choisir des alternatives proposant des logiciels libres, invoquant par exemple le droit des marchés publics voire la Constitution, alors que l’exclusion du logiciel libre n’est pas réglementaire19.

Ministre de l’Éducation Nationale et Microsoft

L’idéologie de Silicon

En février 2017, quelques jours à peine après l’élection de Donald Trump à présidence des États-Unis, le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, publie sur son blog un manifeste20 remarquable à l’encontre de la politique isolationniste et réactionnaire du nouveau président. Il cite notamment tous les outils que Facebook déploie au service des utilisateurs et montre combien ils sont les vecteurs d’une grande communauté mondiale unie et solidaire. Tous les concepts de la cohésion sociale y passent, de la solidarité à la liberté de l’information, c’est-à-dire ce que le gouvernement est, aux yeux de Zuckerberg, incapable de garantir correctement à ses citoyens, et ce que les partisans de Trump en particulier menacent ouvertement.

Au moins, si les idées de Mark Zuckerberg semblent pertinentes aux yeux des détracteurs de Donald Trump, on peut néanmoins s’interroger sur l’idéologie à laquelle se rattache, de son côté, le PDG de Facebook. En réalité, pour lui, Donald Trump est la démonstration évidente que l’État ne devrait occuper ni l’espace social ni l’espace économique et que seul le marché et l’offre numérique sont en mesure d’intégrer les relations sociales.

Cette idéologie a déjà été illustrée par Fred Tuner, dans son ouvrage Aux sources de l’utopie numérique21. À propos de ce livre, j’écrivais en 201622 :

(…) Fred Turner montre comment les mouvements communautaires de contre-culture ont soit échoué par désillusion, soit se sont recentrés (surtout dans les années 1980) autour de techno-valeurs, en particulier portées par des leaders charismatiques géniaux à la manière de Steve Jobs un peu plus tard. L’idée dominante est que la revendication politique a échoué à bâtir un monde meilleur ; c’est en apportant des solutions techniques que nous serons capables de résoudre nos problèmes.

Cette analyse un peu rapide passe sous silence la principale clé de lecture de Fred Tuner : l’émergence de nouveaux modes d’organisation économique du travail, en particulier le freelance et la collaboration en réseau. Comme je l’ai montré, le mouvement de la contre-culture californienne des années 1970 a permis la création de nouvelles pratiques d’échanges numériques utilisant les réseaux existants, comme le projet Community Memory, c’est-à-dire des utopies de solidarité, d’égalité et de liberté d’information dans une Amérique en proie au doute et à l’autoritarisme, notamment au sortir de la Guerre du Vietnam. Mais ce faisant, les années 1980, elles, ont développé à partir de ces idéaux la vision d’un monde où, en réaction à un État conservateur et disciplinaire, ce dernier se trouverait dépossédé de ses prérogatives de régulation, au profit de l’autonomie des citoyens dans leurs choix économiques et leurs coopérations. C’est l’avènement des principes du libertarisme grâce aux outils numériques. Et ce que montre Fred Turner, c’est que ce mouvement contre-culturel a ainsi paradoxalement préparé le terrain aux politiques libérales de dérégulation économique des années 1980-1990. C’est la volonté de réduire au strict minimum le rôle de l’État, garant des libertés individuelles, afin de permettre aux individus d’exercer leurs droits de propriété (sur leurs biens et sur eux-mêmes) dans un ordre social qui se définit uniquement comme un marché. À ce titre, pour ce qu’il est devenu, ce libertarisme est une résurgence radicale du libéralisme à la Hayek (la société démocratique libérale est un marché concurrentiel) doublé d’une conception utilitaire des individus et de leurs actions.

Néanmoins, tels ne sont pas exactement les principes du libertarisme, mais ceux-ci ayant cours dans une économie libérale, ils ne peuvent qu’aboutir à des modèles économiques basés sur une forme de collaboration dérégulée, anti-étatique, puisque la forme du marché, ici, consiste à dresser la liberté des échanges et de la propriété contre un État dont les principes du droit sont vécus comme arbitrairement interventionnistes. Les concepts tels la solidarité, l’égalité, la justice sont remplacés par l’utilité, le choix, le droit.

Un exemple intéressant de ce renversement concernant le droit, est celui du droit de la concurrence appliqué à la question de la neutralité des plateformes, des réseaux, etc. Regardons les plateformes de service. Pourquoi assistons-nous à une forme de schizophrénie entre une Commission européenne pour qui la neutralité d’internet et des plateformes est une condition d’ouverture de l’économie numérique et la bataille contre cette même neutralité appliquée aux individus censés être libres de disposer de leurs données et les protéger, notamment grâce au chiffrement ? Certes, les mesures de lutte contre le terrorisme justifient de s’interroger sur la pertinence d’une neutralité absolue (s’interroger seulement, car le chiffrement ne devrait jamais être remis en cause), mais la question est surtout de savoir quel est le rôle de l’État dans une économie numérique ouverte reposant sur la neutralité d’Internet et des plateformes. Dès lors, nous avons d’un côté la nécessité que l’État puisse intervenir sur la circulation de l’information dans un contexte de saisie juridique et de l’autre celle d’une volontaire absence du Droit dans le marché numérique.

Pour preuve, on peut citer le président de l’Autorité de la concurrence en France, Bruno Lassere, auditionné à l’Assemblée Nationale le 7 juillet 201523. Ce dernier cite le Droit de la Concurrence et ses applications comme un instrument de lutte contre les distorsions du marché, comme les monopoles à l’image de Google/Alphabet. Mais d’un autre côté, le Droit de la Concurrence est surtout vu comme une solution d’auto-régulation dans le contexte de la neutralité des plates-formes :

(…) Les entreprises peuvent prendre des engagements par lesquels elles remédient elles-mêmes à certains dysfonctionnements. Il me semble important que certains abus soient corrigés à l’intérieur du marché et non pas forcément sur intervention législative ou régulatrice. C’est ainsi que Booking, Expedia et HRS se sont engagées à lever la plupart des clauses de parité tarifaire qui interdisent une véritable mise en compétition de ces plateformes de réservation hôtelières. Comment fonctionnent ces clauses ? Si un hôtel propose à Booking douze nuitées au prix de 100 euros la chambre, il ne peut offrir de meilleures conditions – en disponibilité ou en tarif – aux autres plateformes. Il ne peut pas non plus pratiquer un prix différent à ses clients directs. Les engagements signés pour lever ces contraintes sont gagnants-gagnants : ils respectent le modèle économique des plateformes, et donc l’incitation à investir et à innover, tout en rétablissant plus de liberté de négociation. Les hôtels pourront désormais mettre les plateformes en concurrence.

Sur ce point, il ne faut pas s’interroger sur le mécanisme de concurrence qu’il s’agit de promouvoir mais sur l’implication d’une régulation systématique de l’économie numérique par le Droit de la Concurrence. Ainsi le rapport Numérique et libertés présenté Christian Paul et Christiane Féral-Schuhl, propose un long développement sur la question des données personnelles mais cite cette partie de l’audition de Bruno Lasserre à propos du Droit de la Concurrence sans revenir sur la conception selon laquelle l’alpha et l’omega du Droit consiste à aménager un environnement concurrentiel « sain » à l’intérieur duquel les mécanismes de concurrence suffisent à eux-seuls à appliquer des principes de loyauté, d’équité ou d’égalité.

Cette absence de questionnement politique sur le rôle du Droit dans un marché où la concentration des services abouti à des monopoles finit par produire immanquablement une forme d’autonomie absolue de ces monopoles dans les mécanismes concurrentiels, entre une concurrence acceptable et une concurrence non-souhaitable. Tel est par exemple l’objet de multiples pactes passés entre les grandes multinationales du numérique, ainsi entre Microsoft et AOL, entre AOL / Yahoo et Microsoft, entre Intertrust et Microsoft, entre Apple et Google (pacte géant), entre Microsoft et Android, l’accord entre IBM et Apple en 1991 qui a lancé une autre vague d’accords du côté de Microsoft tout en définissant finalement l’informatique des années 1990, etc.

La liste de tels accords peut donner le tournis à n’importe quel juriste au vu de leurs implications en termes de Droit, surtout lorsqu’ils sont déclinés à de multiples niveaux nationaux. L’essentiel est de retenir que ce sont ces accords entre monopoles qui définissent non seulement le marché mais aussi toutes nos relations avec le numérique, à tel point que c’est sur le même modèle qu’agit le politique aujourd’hui.

Ainsi, face à la puissance des GAFAM et consorts, les gouvernements se placent en situation de demandeurs. Pour prendre un exemple récent, à propos de la lutte anti-terroriste en France, le gouvernement ne fait pas que déléguer une partie de ses prérogatives (qui pourraient consister à mettre en place lui-même un système anti-propagande efficace), mais se repose sur la bonne volonté des Géants, comme c’est le cas de l’accord avec Google, Facebook, Microsoft et Twitter, conclu par le Ministre Bernard Cazeneuve, se rendant lui-même en Californie en février 2015. On peut citer, dans un autre registre, celui de la maîtrise des coûts, l’accord-cadre CAIH-Microsoft cité plus haut, qui finalement ne fait qu’entériner la mainmise de Microsoft sur l’organisation hospitalière, et par extension à de multiples secteurs de la santé.

Certes, on peut arguer que ce type d’accord entre un gouvernement et des firmes est nécessaire dans la mesure où ce sont les opérateurs les mieux placés pour contribuer à une surveillance efficace des réseaux ou modéliser les échanges d’information. Cependant, on note aussi que de tels accords relèvent du principe de transfert du pouvoir du politique aux acteurs numériques. Tel est la thèse que synthétise Mark Zuckerberg dans son plaidoyer de février 2017. Elle est acceptée à de multiples niveaux de la décision et de l’action publique.

C’est par une analyse du rôle et de l’emploi du Droit aujourd’hui, en particulier dans ce contexte où ce sont les firmes qui définissent le droit (par exemple à travers leurs accords de loyauté) que Alain Supiot démontre comment le gouvernement par les nombres, c’est-à-dire ce mode de gouvernement par le marché (celui des instruments, de l’expertise, de la mesure et du contrôle) et non plus par le Droit, est en fait l’avènement du Big Other de Shoshanna Zuboff, c’est-à-dire un monde où ce n’est plus le Droit qui règle l’organisation sociale, mais c’est le contrat entre les individus et les différentes offres du marché. Alain Supiot l’exprime en deux phrases24 :

Référée à un nouvel objet fétiche – non plus l’horloge, mais l’ordinateur –, la gouvernance par les nombres vise à établir un ordre qui serait capable de s’autoréguler, rendant superflue toute référence à des lois qui le surplomberaient. Un ordre peuplé de particules contractantes et régi par le calcul d’utilité, tel est l’avenir radieux promis par l’ultralibéralisme, tout entier fondé sur ce que Karl Polanyi a appelé le solipsisme économique.

Le rêve de Mark Zuckerberg et, avec lui, les grands monopoles du numérique, c’est de pouvoir considérer l’État lui-même comme un opérateur économique. C’est aussi ce que les tenants new public management défendent : appliquer à la gestion de l’État les mêmes règles que l’économie privée. De cette manière, ce sont les acteurs privés qui peuvent alors prendre en charge ce qui était du domaine de l’incalculable, c’est-à-dire ce que le débat politique est normalement censé orienter mais qui finit par être approprié par des mécanismes privés : la protection de l’environnement, la gestion de l’état-civil, l’organisation de la santé, la lutte contre le terrorisme, la régulation du travail, etc.

GAFAM : We <3 your Data

Conclusion : l’État est-il soluble dans les GAFAM ?

Nous ne perdons pas seulement notre souveraineté numérique mais nous changeons de souveraineté. Pour appréhender ce changement, on ne peut pas se limiter à pointer les monopoles, les effets de la concentration des services numériques et l’exploitation des big data. Il faut aussi se questionner sur la réception de l’idéologie issue à la fois de l’ultra-libéralisme et du renversement social qu’impliquent les techniques numériques à l’épreuve du politique. Le terrain favorable à ce renversement est depuis longtemps prêt, c’est l’avènement de la gouvernance par les instruments (par les nombres, pour reprendre Alain Supiot). Dès lors que la décision publique est remplacée par la technique, cette dernière est soumise à une certaine idéologie du progrès, celle construite par les firmes et structurée par leur marché.

Qu’on ne s’y méprenne pas : la transformation progressive de la gouvernance et cette idéologie-silicone sont l’objet d’une convergence plus que d’un enchaînement logique et intentionnel. La convergence a des causes multiples, de la crise financière en passant par la formation des décideurs, les conjonctures politiques… autant de potentielles opportunités par lesquelles des besoins nouveaux structurels et sociaux sont nés sans pour autant trouver dans la décision publique de quoi les combler, si bien que l’ingéniosité des GAFAM a su configurer un marché où les solutions s’imposent d’elles-mêmes, par nécessité.

Le constat est particulièrement sombre. Reste-t-il malgré tout une possibilité à la fois politique et technologique capable de contrer ce renversement ? Elle réside évidemment dans le modèle du logiciel libre. Premièrement parce qu’il renoue technique et Droit (par le droit des licences, avant tout), établit des chaînes de confiance là où seules des procédures régulent les contrats, ne construit pas une communauté mondiale uniforme mais des groupes sociaux en interaction impliqués dans des processus de décision, induit une diversité numérique et de nouveaux équilibres juridiques. Deuxièmement parce qu’il suppose des apprentissages à la fois techniques et politiques et qu’il est possible par l’éducation populaire de diffuser les pratiques et les connaissances pour qu’elles s’imposent à leur tour non pas sur le marché mais sur l’économie, non pas sur la gouvernance mais dans le débat public.

 

Pour aller plus loin :

 

  1. Xavier De La Porte, « Start-up ou Etat-plateforme : Macron a des idées du 17e siècle », Chroniques La Vie Numérique, France Culture, 19/06/2017.
  2. C’est ce que montre, d’un point de vue sociologique Corinne Delmas, dans Sociologie politique de l’expertise, Paris : La Découverte, 2011. Alain Supiot, dans La gouvernance par les nombres (cité plus loin), choisit quant à lui une approche avec les clés de lecture du Droit.
  3. Voir Friedrich Hayek, La route de la servitude, Paris : PUF, (réed.) 2013.
  4. Voir Karl Polanyi, La Grande Transformation, Paris : Gallimard, 2009.
  5. Christophe Masutti, « du software au soft power », dans : Tristan Nitot, Nina Cercy (dir.), Numérique : reprendre le contrôle, Lyon : Framasoft, 2016, pp. 99-107.
  6. Francis Fukuyama, La Fin de l’Histoire et le dernier homme, Paris : Flammarion, 1992.
  7. Corentin Durand, « ‘L’ADN de la France, c’est la liberté de la presse’, clame le patron de Google », Numerama, 26/02/2016.
  8. Les Échos, « Google intensifie sa lutte contre la propagande terroriste », 19/06/2017.
  9. Sandrine Cassini, « Terrorisme : accord entre la France et les géants du Net », Les Echos, 23/04/2015.
  10. Philippe Vion-Dury, La nouvelle servitude volontaire, Enquête sur le projet politique de la Silicon Valley, Editions FYP, 2016.
  11. Götz Hamman, The United States of Google, Paris : Premier Parallèle, 2015.
  12. On pourrait ici affirmer que ce qui est en jeu ici est le solutionnisme technologique, tel que le critique Evgeny Morozov. Certes, c’est aussi ce que Götz Haman démontre : à vouloir adopter des solutions web-centrées et du data mining pour mécaniser les interactions sociales, cela revient à les privatiser par les GAFAM. Mais ce que je souhaite montrer ici, c’est que la racine du capitalisme de surveillance est une idéologie dont le solutionnisme technologique n’est qu’une résurgence (un rhizome, pour filer la métaphore végétale). Le phénomène qu’il nous faut comprendre, c’est que l’avènement du capitalisme de surveillance n’est pas dû uniquement à cette tendance solutionniste, mais il est le résultat d’une convergence entre des renversements idéologiques (fin du libéralisme classique et dénaturation du néo-libéralisme), des nouvelles organisations (du travail, de la société, du droit), des innovations technologiques (le web, l’extraction et l’exploitation des données), de l’abandon du politique. On peut néanmoins lire avec ces clés le remarquable ouvrage de Evgeny Morozov, Pour tout résoudre cliquez ici : L’aberration du solutionnisme technologique, Paris : FYP éditions, 2014.
  13. Peppino Ortoleva, « Qu’est-ce qu’un gouvernement d’experts ? Le cas italien », dans : Hermès, 64/3, 2012, pp. 137-144.
  14. Vincent Dubois et Delphine Dulong, La question technocratique. De l’invention d’une figure aux transformations de l’action publique, Strasbourg : Presses Universitaires de Strasbourg, 2000.
  15. Pierre Lascoumes et Patrick Le Galès (dir.), Gouverner par les instruments, Paris : Les Presses de Sciences Po., 2004, chap. 6, pp. 237 sq.
  16. « Raphaël Mastier, Microsoft France : le secteur hospitalier doit industrialiser sa modernisation numérique », Econocom, 29/05/2015.
  17. « Services aux citoyens, simplification, innovation : les trois axes stratégiques du secteur public », CGI : Blog De la Suite dans les Idées, 02/05/2017.
  18. Ariane Beky, « Loi numérique : les amendements sur le logiciel libre divisent », Silicon.fr, 14/01/2016.
  19. Marc Rees, « La justice annule un marché public excluant le logiciel libre », Next Inpact, 10/01/2011.
  20. Mark Zuckerberg, « Building Global Community », Facebook.com, 16/02/2017.
  21. Fred Tuner, Aux sources de l’utopie numérique. De la contre-culture à la cyberculture. Stewart Brand, un homme d’influence, Caen : C&F Éditions, 2013.
  22. Christophe Masutti, « Les nouveaux Léviathans I — Histoire d’une conversion capitaliste », Framablog, 04/07/2016.
  23. Compte-rendu de l’audition deBruno Lasserre, président de l’Autorité de la concurrence, sur la régulation et la loyauté des plateformes numériques, devant la Commission de réflexion et de propositions sur le droit et les libertés à l’âge du numérique, Mardi 7 juillet 2015 (lien).
  24. Alain Supiot, La gouvernance par les nombres. Cours au Collège de France (2012-2014), Paris : Fayard, 2015, p. 206.

Firefox Night-club, entrée libre !

mar, 04/07/2017 - 03:02

Aujourd’hui c’est un peu spécial copinage, mais pourquoi pas ? Ils ne sont pas si nombreux les navigateurs web à la fois open source, grand public et à la pointe des technologies, respectueux des personnes qui les utilisent et de leurs données, distribués en langue locale à peu près partout dans le monde, pour toutes les plateformes, etc.

Il est temps de considérer que c’est une ressource précieuse pour tous (et pas seulement pour la communauté du libre).

– D’accord, mais comment y contribuer lorsqu’on est seulement utilisateur ou utilisatrice ?

Pascal Chevrel qui répond aujourd’hui à nos questions nous présente une version de Firefox trop peu connue mais qui mérite toute notre attention et même notre implication : Firefox Nightly

Bonjour Pascal ! Commençons par le début : peux-tu te présenter ?
Bonjour, Parisien, 45 ans, je suis impliqué dans le projet Mozilla depuis pratiquement sa création et je travaille à plein temps pour Mozilla depuis 11 ans. De formation plutôt économique et linguistique, j’ai longtemps travaillé sur l’internationalisation des sites web de Mozilla, l’animation de communautés de traducteurs et le développement d’outils de suivi et d’assurance qualité de nos traductions. Depuis un an, j’ai quitté mes précédentes fonctions pour rejoindre l’équipe Release Management qui est chargée d’organiser et de planifier les livraisons de Firefox. Dans ce nouveau contexte, au sein du département Product Integrity, je suis maintenant responsable du canal Nightly de Firefox.

L’équipe de Release Management chez Mozilla. Tiens, il n’y a pas que des mecs ;-)

 

Alors, je doute que beaucoup des personnes qui nous lisent sachent ce qu’est exactement Nightly, tu peux nous en dire plus ?
Nightly est la version alpha de Firefox, chaque jour nous compilons Firefox avec les modifications apportées par les développeurs la veille à notre code source et nous proposons cette version de Firefox au téléchargement afin de recevoir des retours sur l’état de qualité du logiciel.

Quel est l’intérêt pour moi, péquin moyen, d’utiliser Nightly ?
Pour un internaute lambda, pas forcément à l’aise avec l’informatique, il n’y a effectivement aucun intérêt à utiliser Nightly. Les utilisateurs « ordinaires » sont encouragés à utiliser le canal Release qui est la version finale grand public et pas une version alpha ou bêta de Firefox.

Pour un utilisateur averti, utiliser Nightly signifie avoir accès à une version de Firefox qui plusieurs mois de développement d’avance sur la version finale et donc de pouvoir utiliser des fonctionnalités auxquelles n’ont pas encore accès les utilisateurs de Firefox. Depuis plusieurs mois, nous faisons un gros travail de modernisation et de nettoyage du code source de Firefox afin d’améliorer ses performances, les utilisateurs de Nightly ont donc accès à un navigateur beaucoup plus performant que la version grand public.

Pour un utilisateur averti et sensible aux valeurs véhiculées par Mozilla et par le logiciel libre, c’est aussi le meilleur moyen de participer à un projet de logiciel libre lorsque l’on a pas de temps à investir dans des activités de bénévolat. Le simple fait d’utiliser Nightly est une aide plus que précieuse au développement de Firefox car Nightly envoie par défaut des données de télémétrie et les rapports de plantage à nos développeurs qui peuvent ainsi repérer immédiatement toute nouvelle régression.

Attends ! Ça veut dire que vous préparez toutes les nuits une nouvelle version de Firefox ? ! Elle doit être pleine de bogues ! Ça marche vraiment ton machin ?
Toutes les nuits en effet (d’où son nom de Nightly), nous compilons Firefox avec le code de la veille, dans toutes les langues, pour tous les systèmes d’exploitations que nous supportons, en 32 comme en 64 bits. Toutes ces versions (builds) doivent passer notre batterie de tests automatisés qui valident un niveau de qualité minimal. Évidemment, c’est une version alpha, donc moins stable, elle peut planter plus facilement qu’une version destinée au grand public…

Ceci dit c’est très utilisable, j’utilise des nightlies depuis 2002 et les véritables problèmes sont rares. Lorsqu’un vrai problème passe entre nos filets, en général la télémétrie nous en informe en quelques heures et nous livrons une deuxième nightly dans la journée pour le régler ou fournir une solution d’atténuation de l’impact causé par le bug (retour arrière sur le patch fautif, désactivation temporaire d’une nouvelle fonctionnalité si le retour arrière n’est pas possible).

Et si j’installe Nightly, ça veut dire que ça me remplace mon Firefox habituel ? Et mes favoris et mots de passe enregistrés ?

Déjà, on dit marque-page, « favori » c’est de la terminologie Microsoft, je peux avoir dans mes marque-pages le site des impôts, ça ne veut pas dire que ce soit un des mes sites favoris ;)

On peut tout à fait installer Nightly à côté d’un Firefox classique, la chose importante est de ne pas leur faire partager le même profil de données. Le plus simple est d’installer Nightly dans un nouveau profil et de synchroniser les données (marque-pages, historiques, mots de passe…) entre les deux versions via Firefox Sync, notre service de synchronisation de données.

Histoire de bien comprendre : je dois télécharger Nightly tous les matins pour profiter des dernières mises à jour ?

Non, Nightly se met à jour en arrière-plan tout seul, lorsque la nouvelle version est disponible et peut être installée, une petite flèche verte apparaît sur l’icône de menu et il suffit de cliquer dans ce menu sur un bouton qui appliquera la mise à jour, ce qui se traduit concrètement par la fenêtre qui se ferme et se rouvre en quelques secondes.

Allez, fais-nous rêver : c’est quoi les nouvelles fonctionnalités attendues ?
En novembre, nous allons sortir une mise à jour majeure de Firefox, la plus grosse mise à jour du logiciel depuis 2011. Nous travaillons à une modernisation importante du moteur de rendu des pages (Gecko) en intégrant des parties mûres de notre autre moteur de rendu en R&D, Servo. Ce moteur est écrit dans un nouveau langage informatique très performant, Rust, les gains attendus en termes de performances sont importants. Ce projet de modernisation des fondations s’appelle Quantum. Il s’agit d’un projet proprement titanesque sur lequel plusieurs équipes de développeurs travaillent à plein temps depuis plusieurs mois, la version de novembre intégrera les premiers fruits de ce travail.

Nous travaillons aussi à une modernisation de l’interface actuelle de Firefox avec notre équipe d’ergonomes et de designers afin d’améliorer aussi l’interaction avec l’utilisateur, ce projet s’appelle Photon. Tu peux voir à quoi ressemblera Firefox d’ici quelques mois en parcourant ce diaporama illustré d’aperçus de la future interface.

La mascotte du projet Photon/Quantum

Tous les travaux en cours sur Quantum et Photon ne sont disponibles que sur Nightly, les amateurs de performances et de design peuvent donc avoir accès en avant première à ces avancées.

En termes de fonctionnalités spécifiques à Nightly, la gestion d’identité multiples dans une même session (qui permet d’avoir des onglets « boulot » et des onglets « perso » par exemple) semble être la nouveauté la plus appréciée de nos utilisateurs sur ce canal.

Bon si c’est pour avoir une version toute en anglais, merci bien !
Nous proposons Nightly dans toutes nos langues, il est donc disponible au téléchargement en français. Évidemment, pour les nouvelles fonctionnalités, il faut parfois attendre quelques jours pour voir celles-ci en français dans l’interface, il arrive donc parfois que certaines phrases ou items de menu soient en anglais. Mais c’est rare, les traducteurs veillent au grain.

Cliquez sur l’image pour avoir le grand poster (attention gros fichier de 4,2 Mo)

 

Excellent ! Nightly, j’en veux © Je fais comment ?
Mozilla fournit des binaires pour Windows, Mac et Linux à cette adresse : https://nightly.mozilla.org. La seule difficulté à l’installation par rapport à un Firefox pour le grand public est qu’il faut créer un profil de données séparé si l’on veut installer Nightly à côté d’un Firefox déjà installé et pas le remplacer. Nous travaillons sur notre installeur pour qu’à l’avenir, ce profil séparé soit créé automatiquement sans intervention de l’utilisateur mais ce ne sera probablement pas effectif avant 2018.

Notre wiki contient des informations détaillées (mais en anglais) sur l’installation de Nightly selon son système d’exploitation, dont un screencast pour Windows.

Mais au fait, ça fait quand même beaucoup, beaucoup d’énergie dépensée par Mozilla pour une version de Firefox plutôt méconnue. C’est quoi votre intérêt ?

Pour développer Firefox qui est un projet de grande envergure (des centaines de développeurs, une base de code très importante, près de 100 langues et 4 systèmes d’exploitation pris en charge…), il faut le compiler tous les jours et avoir une infrastructure d’intégration continue en place, il était donc logique de proposer ces versions (que nous utilisons déjà en interne) à nos utilisateurs afin de pouvoir bénéficier d’un bêta test externe qio réponde à des questions comme : est-ce que le site de ma banque en Belgique fonctionne avec ? Est-ce que la traduction est bonne ? Est-ce qu’il est stable sur ma configuration ?…

Cela représente donc un investissement mais avoir une version dédiée au bêta-test communautaire est fait partie (ou devrait faire partie) de tout projet de logiciel libre communautaire.

Au fait, beaucoup de gens l’utilisent ?
Trop peu de gens utilisent Nightly, essentiellement les employés Mozilla et notre communauté de bénévoles les plus impliqués dans le projet Mozilla, quelques dizaines de milliers de personnes dans le monde. Cela peut sembler beaucoup dans l’absolu mais c’est en réalité assez faible car le Web est immense, les configurations matérielles sur lesquelles tournent Firefox sont des plus diverses dans le monde et nous n’avons pas aujourd’hui assez de retours d’utilisation (que ce soit la télémétrie ou des rapports de bugs plus formels) afin de prendre les meilleures décisions de développement.

Nous recherchons donc des utilisateurs mais bien sûr nous sommes très clairs sur le fait que Nightly est destiné à un public plus à l’aise avec l’informatique que la moyenne et prêt à accepter des changements de comportement ou d’interface du logiciel au jour le jour avec en contrepartie l’accès en avant-première à des fonctionnalités innovantes.

Si vous voulez aider Mozilla, que vous êtes à l’aise avec l’informatique, utiliser Nightly à la place ou à côté de votre navigateur actuel (qui n’a pas à être Firefox) est probablement le moyen le plus simple de participer au projet.

Donc, même si je n’y connais rien de rien en logiciel libre, en code, et tous les autres trucs techniques, rien qu’en utilisant Nightly, je fais avancer le schmilblick ?
Si vous êtes à l’aise avec l’informatique (en gros, si vous savez installer et désinstaller un logiciel sans faire appel à la cousine en école d’ingénieur), simplement utiliser Nightly aide énormément Mozilla et les développeurs de Firefox.
Nous avons aujourd’hui une qualité de Nightly qui est suffisante pour de très nombreux utilisateurs sans connaissances techniques particulières.

Si je vois des trucs qui clochent, je le signale où et comment ? Parce que moi le bugzilla, comment dire
Pour les francophones, le plus simple est d’expliquer ce qui cloche dans nos forums de mozfr à cette adresse : https://forums.mozfr.org/viewforum.php?f=24
S’il s’avère que c’est effectivement un problème dont nous n’avons pas connaissance, nos modérateurs les plus anglophiles se chargeront d’ouvrir un ticket sur Bugzilla et d’agir comme intermédiaires avec les développeurs. Je passe sur le forum moi-même deux fois par semaine.

Et si je suis un développeur, et que les mots « code source », « mercurial », « bugzilla » ou « RTFM » me parlent, je peux aider quand même ?

Si vous êtes développeur non seulement vous pourrez rapporter des bugs directement dans Bugzilla mais on peut aussi vous aider à écrire le patch pour résoudre ce bug ! Il y a d’ailleurs une vingtaine de développeurs Firefox qui sont francophones si l’anglais vous fait un peu peur.

Les développeurs mais aussi les utilisateurs les plus techniques peuvent ouvrir des bugs et faire une recherche du patch qui a causé une régression grâce à l’outil mozregression

Tiens une question qu’on nous pose souvent, qui peut paraître hors sujet, mais en fait pas du tout : qu’est-ce que je peux dire à mon cousin qui utilise Google Chrome, afin qu’il envisage de passer à Firefox ?

Il n’y a pas de réponse unique à cette question car pour cela il faudrait savoir pourquoi il utilise Chrome. Si ton cousin est sensible au respect de sa vie privée, utiliser Firefox va probablement de soi. Si ce qui importe pour lui ce sont les performances, alors Nightly est certainement dans la course avec Chrome, voire plus performant sur certaines activités, ce n’a pas toujours été le cas donc c’est important à souligner. S’il est un utilisateur compulsif d’onglets, la gestion des onglets de Nightly est certainement plus riche et performante que celle de Chrome ; avoir une session avec plusieurs centaines d’onglets ouverts sur une machine récente ne pose aucun problème sous Nightly.

Je pense que de nombreux utilisateurs qui sont passés de Firefox à Chrome il y a quelques années seraient très surpris des avancées (performances, ergonomies, fonctionnalités) que nous avons intégrées dans Firefox. C’est encore plus vrai pour Nightly et je reçois quasiment quotidiennement du feedback d’utilisateurs Chrome passés avec bonheur à Nightly, C’est très encourageant pour notre grosse livraison 57 en novembre évidemment. Le magazine en ligne américain CNET a publié en juin un article intitulé « New speed boost means maybe it’s time to try Firefox again » plus qu’élogieux et ils n’ont testé que la version grand public 54. Nightly qui est en 56 est déjà bien plus performant.

Merci Pascal ! Un dernier mot ? Ou une question que tu aurais aimé qu’on te pose ?

Un grand merci à toi pour l’intérêt que tu portes à Firefox, Mozilla et mon travail sur Firefox Nightly ! Merci aussi pour le travail de vulgarisation que fait Framasoft en ce qui concerne le logiciel et la culture libre. Firefox est l’outil qui permet à Mozilla d’avoir un impact sur le Web. Étant donné le travail que fait Framasoft sur la décentralisation et de dégooglisation du web, les lecteurs de cet article seront peut être intéressés par cette récente annonce de Mozilla dans laquelle nous annonçons un budget de 2 millions de dollars dédié à financer les projets de décentralisation du Web.

… et le slogan du blog de Nightly pour le mot de la fin :
Améliorons ensemble la qualité, version après version (Let’s improve quality, build after build !)

 

Pour un covoiturage libre sans blabla car c’est un bien commun !

jeu, 29/06/2017 - 01:47

Le partage de véhicule pour faire ensemble un trajet est une pratique déjà ancienne : les moins jeunes se souviennent des globe-trotters le pouce levé,des trajets entre copains serrés à l’arrière de la 4L et… bref vous voyez le tableau, inutile de raviver le cliché des hippies dans le Combi VW.

Crise écologique et crise économique ont contribué à remettre au goût du jour ces pratiques conviviales : le pouce levé de rezopouce, parti du Sud-Ouest, gagne du terrain un peu partout en France, certaines municipalités comme dans les Yvelines prennent des initiatives pour stimuler et organiser le covoiturage. Il en va de même avec des associations comme Voisine Covoiturage en Lozère, qui dans un monde rural menacé d’isolement reçoit le soutien des collectivités locales.

Oui mais voilà : l’engouement pour le covoiturage est aussi un marché économique dominé par un acteur majeur qui s’est taillé un nom et un presque-monopole au point que pour beaucoup c’est le mot blablacar qui remplace le mot covoiturage dans les recherches sur Internet. On peut saluer le succès de l’entreprise comme le font depuis plusieurs années la plupart des médias. On peut aussi s’interroger sur cette confiscation et monétisation d’une pratique solidaire gratuite : le modèle économique de Blablacar repose sur la captation d’un bien commun.

Les solutions alternatives existent pourtant, comme La Roue verte, qui peut proposer des services gratuits et éthiques aux particuliers en se rémunérant par des prestations aux entreprises.

Aujourd’hui c’est une association indépendante et sans but lucratif que nous souhaitons mettre en valeur : Covoiturage-libre a des engagements et des valeurs qui résonnent agréablement aux oreilles libristes. Nous espérons qu’après avoir lu cette interview nombre d’entre vous deviendront avec ce beau projet des covoitureurs et covoitureuses libres !

Cliquez sur l’image pour découvrir leur site.

 

Bonjour François, peux-tu te présenter et nous décrire l’association dont tu fais partie ?

Bonjour ! Je m’appelle François Vincent et je m’occupe pour ma part plus spécifiquement du développement de Covoiturage-libre.fr, qui est un site de covoiturage libre et gratuit.

Nous avons un certain nombre de personnes qui travaillent bénévolement pour le site, notamment son développement (le code source est accessible par tous sous licence GNU GPL v3), sa communication sur les réseaux sociaux ou la participation à des rencontres des logiciels libres ou de manifestations spécifiques, et les réponses aux demandes effectuées via la hotline par les utilisateurs. Chacun est libre de nous rejoindre, il sera bien accueilli, notamment par moi-même !

Comment sont nés votre site et votre association ?

Notre site a une histoire déjà assez longue. Une première version a été mise en ligne quelques jours seulement après le passage au payant de la part de Blablacar (ce devait être en 2011). Le site et l’association sont nés du rejet de l’appropriation du covoiturage par Blablacar, et d’une volonté ferme de promouvoir un covoiturage social, c’est à dire non contrôlé par une entreprise, mais profitant et appartenant à tous.

Un coup d’œil sous le capot ?

La première version a été développée en solo par Nicolas Raynaud. Le site à cette époque avait été écrit en PHP. C’est peu après qu’a été créée l’association pour soutenir la plateforme. Une nouvelle version du site a plus tard été écrite en Ruby on Rails, car la première version était difficile à maintenir et ne permettait pas vraiment un travail collaboratif. Cette nouvelle mouture du site est assez récente, date de moins d’un an, c’est maintenant sur celle-ci que nous travaillons, les améliorations étant poussées… lorsqu’elles sont prêtes à l’être.

Qu’est-ce qui vous différencie de sites mieux connus comme Blablacar ?

Notre philosophie du covoiturage est qu’il s’agit d’un bien commun et qu’il doit le rester !

L’un de nos engagements est de rester indépendants, de rester sous le contrôle de la communauté. Toute personne voulant participer est la bienvenue pour s’exprimer, et son avis sera pris en compte. Nous ne serons jamais rachetés par quelque entité, visant le profit, que ce soit. Nous prônons un covoiturage sans frais, qui n’ira pas enrichir une société levant des millions d’euros. Nous nous construisons en partie CONTRE cette vision du covoiturage.

Pour résumer, notre différence principale avec des sites comme Blablacar est notre conception même du covoiturage, et c’est sur cette dernière que nous nous appuyons pour avancer.

Votre plateforme est un « bien commun », qu’entendez-vous par là ?

Nous entendons par là quelque chose de simple et qui nous parait à la fois fondamental et naturel pour le covoiturage : la plateforme nous appartient à tous, elle appartient à la communauté que nous formons, nous les conducteurs et les passagers qui utilisons le covoiturage, tous ensemble nous la faisons vivre. Elle appartient à ceux qui l’ont développée et qui en font la promotion, à nous qui travaillons sur le projet, mais aussi, ET SURTOUT, à celles et ceux qui l’utilisent, c’est-à-dire monsieur Dupuis-Morizeau par exemple qui utilise notre plateforme en tant que passager pour aller de Paris à Rouen et retrouver sa famille. D’ailleurs, il peut nous rejoindre pour participer à la réflexion sur la plateforme, proposer des améliorations, signaler des bugs…

Comment ça marche alors ? il faut que les personnes qui se sont contactées aient une relation de confiance ? Parce qu’on communique un mail ou un téléphone…

En effet, les personnes covoiturant ensemble doivent établir un lien social, un lien de confiance entre elles, c’est l’une de nos raisons d’exister qui fait partie de nos 5 engagements.

Copie d’écran du site Covoiturage-libre

Tous ceux qui ont déjà fait du covoiturage savent que c’est un moyen de rencontrer des personnes que nous n’aurions jamais rencontrées autrement, ayant une autre vie, d’autres passions, où qui au contraire travaillent, par exemple, dans le même domaine, ce qui peut alors déboucher sur des conversations très poussées ! La parole est un moyen de se faire confiance, et nous pensons que les gens voulant se déplacer ensemble sont de bonne volonté. Elles échangent donc par mail ou SMS sur les modalités du trajet.

Il y a des possibilités de dérives que nous combattrons de toutes nos forces, mais celles-ci existent sur toutes les plateformes de covoiturage, et même dans d’autres situations de la vie de tous les jours. Elles sont quasi inexistantes par rapport à la masse de covoiturages effectués chaque jour.

Donc Covoiturage-libre ne ponctionne aucune commission, c’est chouette, mais je dois me mettre d’accord sur un tarif avec un conducteur ou un passager (suivant les cas) ?

Eh bien oui, la prise de contact entre conducteur et passager pour fixer les modalités du covoiturage en amont de sa réalisation est une étape indispensable pour avoir un covoiturage qui se déroule bien. Ce premier contact permet de fixer les modalités du voyage, comme l’endroit où l’on se retrouve, le lieu de dépose, et en effet, la somme d’argent que le passager donnera au conducteur. Mais on espère bien que vous discuterez d’autres choses bien plus intéressantes pendant et même après le trajet !

Comment je peux savoir par exemple combien demander (dans quelle fourchette raisonnable) pour partager les frais pour un trajet entre Tours et Lyon ?

Pour l’instant, la plateforme ne propose pas de suggestion de tarif. Les prix que le conducteur propose pour le trajet global ainsi que pour les étapes sont à sa discrétion. On peut cependant utiliser plusieurs ressources pour s’aider dans le choix des frais que l’on demande, comme regarder sur d’autres sites les tarifs pratiqués ; ou bien appliquer un calcul simple qui consiste à prendre le prix global du trajet et le diviser par le nombre de personnes dans la voiture, conducteur compris. à noter que l’une des nombreuses fonctionnalités que nous prévoyons de mettre en place est justement la mise en place d’un prix conseillé, dépendant de la distance et également des péages. Nous rappelons également sur le site que le covoiturage ne doit pas être rentable, et qu’il s’agit d’abord et avant tout d’entraide.

Qu’est-ce qui me garantit la confidentialité de mes données si je m’inscris pour passer une annonce ?

Comme tout projet sous licence libre et open-source, vous avez accès vous même au code source du site sur le dépôt github, n’hésitez pas à le parcourir.

Nous sommes des gens comme vous, qui aimons garder nos données personnelles… personnelles. Le développement du site se fait avec cette idée de respecter au maximum les données des utilisateurs.

Et qu’est-ce qui me garantit qu’on ne va pas me demander une somme excessive ?

Soyons franc, rien ne vous le garantit. Vous discutez du prix avec le conducteur avant le voyage, et vous payez de la main à la main pendant le trajet. Encore une fois, nous rappelons sur le site que le covoiturage ne doit pas être rentable, ce qui limite normalement les sommes si les usagers sont honnêtes. Un passager peut également tout simplement refuser un covoiturage si le prix est trop élevé. Nous sommes persuadés que les gens peuvent discuter entre eux et se mettre d’accord sans problème.

Nous ne prévoyons par ailleurs pas de déployer une solution de paiement en ligne avant le trajet comme d’autres sites (qui serait toujours sans frais soit dit au passage) pour plusieurs raisons : la première, c’est que cela ne fait pas partie de notre représentation du covoiturage, où les gens se mettent d’accord entre eux et discutent en amont du voyage, et n’ont donc pas besoin de ce système. La deuxième raison est que cette solution nous demanderait la mise en place d’un système très sécurisé (qui amènerait de plus à une ambiance que nous trouvons anxiogène, phénomène que l’on peut déjà observer sur un autre site bien connu qui prône une « sécurité » omniprésente justifiant tout et n’importe quoi…), et que nous devrions alors collecter des données bancaires que nous ne voulons surtout pas posséder. Ce sont vos données personnelles, nous ne voulons surtout pas y avoir accès !

Déjà plus de 730 000 covoiturages, beau succès ! Ça vous fait autant d’adhérents à l’association ? Pour profiter des services proposés sur le site, il faut être adhérent à l’association ?

Eh bien non, le nombre de bénévoles donnant du temps pour la plateforme est assez faible. Pour déposer une annonce sur le site, contacter une personne proposant un covoiturage, aucune adhésion à l’association n’est nécessaire, les gens restent libres au maximum de faire ce qu’ils veulent, et cela ne nous a même pas traversé l’esprit de forcer les gens à adhérer (même gratuitement) ! Ils sont cependant tous les bienvenus s’ils veulent participer à la plateforme et/ou l’association !

Pas besoin d’être adhérent donc, mais nous pensons dans le futur mettre en place des comptes sur notre site. Leur seul objectif sera de gérer plus facilement les annonces que l’on propose en tant que conducteurs ou celles qui nous intéressent en tant que passagers. La gestion des annonces pour les conducteurs se fait actuellement par mail, ce qui n’est pas optimal pour gérer une annonce appelée à potentiellement évoluer dans le temps, nous souhaitons améliorer ceci !

Que se passe-t-il si un requin aux intentions lucratives clone votre site et prend une commission de 5 % ?

Il sera liquidé par un mercenaire GNU dans les 12 heures suivant la mise en ligne de son site.

Non plus sérieusement, il peut essayer… Puisqu’il n’aura pas accès à notre base de données, son site sera vide d’annonces. Notre plateforme est la deuxième de France, nous avons une petite-(pas-si-petite)-mais-grandissante communauté d’utilisateurs qui postent leurs annonces et consultent notre site, ils ne migreront pas vers ce faux site. Nous en voulons pour preuve le nombre d’annonces postées jusqu’ici que vous citez plus haut !

Avez-vous fait l’objet de démarchage pour faire de votre service une opération commerciale ? Des startups sur le même créneau ?

La loi du marché étant ce qu’elle est, et notre position de deuxième plateforme française de covoiturage étant établie, certains organismes/entreprises/start-up/que sais-je encore ont voulu nous racheter « nos utilisateurs » (oui je cite les gens qui viennent vers nous). Ce à quoi nous leurs répondons gentiment et poliment que ce n’est pas notre conception de la chose, que l’argent ne nous intéresse pas, que pour récupérer nos utilisateurs il faudra d’abord marcher sur nos cadavres et accessoirement celui du site, ce genre de choses…

Il y a bien sûr d’autres entreprises qui souhaitent concurrencer Blablacar, nous leur tendons la main si elles veulent intégrer notre association et adhérer à nos valeurs qui prônent le non-profit. Notre plateforme a cet avantage par rapport à toutes les autres d’être une association avec des gens motivés par des convictions, et travaillant sur ce projet sur leur temps libre. Sans vouloir nous vanter, avec le soutien de quelques donateurs, nous sommes virtuellement immortels et indestructibles ;) le temps joue pour nous…

Quelle continuité souhaitez-vous donner à votre service communautaire ? L’élargir à d’autres pays ? Qu’est-ce qui serait le plus efficace pour vous faire mieux connaître et pour que chacun adopte votre démarche ?

Nous sommes totalement ouverts à la propagation de notre modèle et de notre plateforme à d’autres pays. Nous aurons cependant besoin de partager une base de données commune à tous, cette dernière étant interrogée par une instance nationale pour chaque pays. Nous avons d’ailleurs déjà des contacts de gens intéressés dans d’autres pays. Notre rêve ultime serait une grande organisation mondiale, libre, avec une équipe par pays. L’impact écologique et économique pour tous pourrait être considérable !

Si je veux participer à vote site, à ce commun, à votre projet, à votre asso… je fais comment ? Vous avez besoin de quelles compétences ?

Vous pouvez consultez les propositions de la page https://covoiturage-libre.fr/missions-benevoles

Certaines façons de participer sont tout à fait simples :

  • Évidemment, la première chose à faire, publier vos trajets sur notre plateforme, en parler autour de vous, et chercher les trajets que vous souhaitez réaliser sur le site.
  • Ensuite, dans un premier temps si vous voulez prendre contact avec nous, vous pouvez rejoindre les groupes facebook (oui je sais c’est mal, chacun ses faiblesses, et puis on va là où les gens sont) « Covoiturage-libre – groupe de test » et également « Covoiturage-libre.fr – Communication »
  • Certains d’entre vous s’y connaissent en programmation (c’est un euphémisme), nous avons besoin de gens capable de programmer en Ruby on Rails. À notre ère connectée nous souhaitons également développer une appli Android qui sera elle aussi diffusée sous licence libre, probablement GNU GPL, et sera ajoutée à F-Droid assez rapidement (nous avons déjà une appli, qui n’est que du web encapsulé, le code est disponible sur github, et l’appli en elle même est disponible sur Google Play). Et éventuellement une appli iOS, si certains d’entre vous sont motivés pour ça !
  • Chose anodine, installer le moteur de recherche Lilo. Chaque recherche effectuée vous donne une goutte, donnez ensuite ces gouttes à notre projet sur la page dédiée et vous nous ferez des micro-dons à chaque fois que vous nous les donnerez, on vous remercie déjà !
  • Nous recherchons également des graphistes, des gens qui voudraient faire de la com pour nous, des gens pour nous représenter à des forums…

Le mot de la fin ?

Les bases de la plateforme pour un retour à un vrai covoiturage qui ne profite pas à une entreprise sont déjà là. Mesdemoiselles, Mesdames, Messieurs, il ne tient plus qu’à vous de nous rejoindre et d’y participer !

Dé BlaBlaCarisez le covoiturage avec Covoiturage-Libre ! Liens utiles

Workshop CHATONS aux RMLL le 7 juillet

jeu, 22/06/2017 - 09:37

Nous vous avons déjà parlé des Rencontres Mondiales du Logiciel Libre, qui auront lieu cette année à St-Étienne, du 1er au 7 juillet (très bientôt, donc !). Si vous n’avez pas encore lu l’interview d’une partie de l’organisation, foncez-y, ça donne envie de venir :)

Framasoft sera évidemment présente lors des RMLL (sans doute en petit comité, car en ce début d’été, nos membres seront un peu dispersés sur différents événements ou … en congés !). N’hésitez donc pas à venir à notre rencontre, ou à assister à l’une de nos conférences :)

Mais l’objet de ce billet, est surtout de vous annoncer que l’organisation des RMLL a proposé de réserver la journée du vendredi 7 à … une réunion de chatons !

Le collectif en action

 

 

Vous le savez peut-être, le Collectif des Hébergeurs Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires (C.H.A.T.O.N.S.) est un collectif de particuliers et de structures qui proposent à leurs communautés des services en ligne Libres, Éthiques, Décentralisés et Solidaires.

Framasoft a impulsé en octobre dernier ce collectif, et est l’un de ses 30 membres actuels.

Le collectif est toujours en phase de structuration et, tel un logiciel libre, est en développement permanent : on y ajoute des fonctionnalités, on explore des possibles, on corrige des bugs, on essaie de faire communauté, etc.

Les moments de rencontre, que ça soit entre membres du collectif, ou pour échanger avec des personnes connaissant peu ou pas le projet CHATONS, sont donc primordiaux.

L’opportunité offerte par les RMLL de nous proposer un temps long (1 journée complète) est donc à saisir !

Cette journée permettra, le matin, de rappeler (très rapidement) les objectifs, de présenter le fonctionnement actuel, et de travailler ensemble la « roadmap ». L’après-midi sera, lui, consacré à des ateliers thématiques (probablement : « juridique », « technique », « communication » et « organisation/économie ») en mode barcamp (= les personnes présentes choisiront elles-mêmes les thèmes de travail).

Bref, vous pourrez poser toutes les questions que vous avez toujours voulu savoir sur CHATONS, mais surtout nous proposer des patches sur la façon dont nous pourrions améliorer le fonctionnement du collectif.

Merci encore aux organisateur⋅ice⋅s des Rencontres de nous offrir ce temps de partages, d’échanges, de réflexion et de production !

Un panier de CHATONS, parce qu’on sait que vous aimez ça !

 

Et, en cadeau, deux petites vidéos (qui s’ouvriront au clic dans un nouvel onglet sur Vimeo) qui, nous l’espérons, vous donneront envie de venir aux RMLL :

Interview PY GOSSET – RMLL2017

Interview Simon CHANSON – RMLL2017

La face cachée du web, de la vie, de l’univers, du reste

mar, 20/06/2017 - 07:02

Nous sommes bombardés presque chaque semaine d’alertes à la catastrophe numérique ou de pseudo-enquêtes au cœur du Dark Web, censé receler des dangers et des malfaisants, quand il ne s’agit pas d’une conspiration pour diriger le monde.

Une fois retombé le coup de trouille, on se remet à regarder des photos de chatons sur le ouèbe. Mais un éclair de lucidité, parfois, troue le brouillard : comment je sais ce qu’il y a de vrai là-dedans ? Entre la fantasque théorie du complot et les authentiques agissements de personnages obscurs, comment trier ?
Il n’est pas facile d’accéder à une information fiable : les spécialistes sont peu nombreux, plutôt discrets (nous avons par exemple vainement essayé pendant deux ans d’obtenir une interview d’une « pointure »), voire peu enclins à communiquer au-delà des anathèmes volcaniques qu’ils déversent de loin en loin sur les mauvaises pratiques, ce qui n’aide pas trop le commun des mortels.

C’est pourquoi la parution récente du livre de Rayna Stamboliyska « La face cachée d’Internet » nous apparaît comme une excellente nouvelle : son livre est celui d’une spécialiste qui s’efforce de mettre à notre portée des éléments parfois épineux à comprendre. Quand on a comme elle fait une thèse en génétique et bio-informatique et un master spécialisé en « défense, sécurité et gestion de crise », on n’a pas forcément l’envie et le talent de s’adresser à tous comme elle fait fort bien.

Merci donc à Rayna pour cet effort d’éducation populaire et pour avoir accepté de répondre à quelques questions pour le Framablog, parce qu’elle ne mâche pas ses mots et franchement ça fait plaisir.

 

Salut Rayna, peux-tu te présenter ?

— Je trolle, donc je suis ?

Ce qui m’intéresse, c’est la gestion de l’incertitude et comment les organisations y font face. Du coup, j’ai tendance à saouler tout le monde quand je parle de sextoys connectés par exemple, parce que ça tourne notamment autour des modèles de menaces et des façons de les pwn (i.e., les compromettre techniquement).

Au cours de mes études, ma thématique a toujours été l’impact de la technique et des données (qu’elles soient ouvertes ou non) sur nous, avec un focus qui a graduellement évolué pour passer de la recherche vers les situations de conflits/post-conflits (armés, j’entends), vers l’évaluation de risques et la gouvernance de projets techniques en lien avec les données.

Avoir un nom d’espionne russe, c’est cool pour parler de surveillance de masse ?

Mmmm, je suis plus parapluie bulgare que tchaï au polonium russe, mais admettons. Quant à la surveillance de masse… faut-il une nationalité particulière pour s’en émouvoir et vouloir s’y opposer ?

Ce que mes origines apportent en réalité, c’est une compréhension intime d’enjeux plus globaux et de mécanismes de gouvernance et d’influence très différents auxquels les pays occidentaux dont la France n’ont pas été franchement confrontés. Ainsi, les oppositions que je peux formuler ne sont pas motivées par une position partisane en faveur de telle asso ou telle autre, mais par des observations de comment ça marche (#oupas) une fois implémenté.

C’est sûr, la Stasi et les régimes communistes totalitaires de l’Est n’appelaient pas ça big data  ; mais l’idée était la même et l’implémentation tout aussi bancale, inutile et inefficace. La grosse différence est probablement que ces régimes disposaient de cerveaux humains pour analyser les informations recueillies, chose qui manque cruellement à l’approche actuelle uniquement centrée sur la collecte de données (oui, je sais, il y a des algorithmes, on a de la puissance de calcul, toussa. Certes, mais les algos, c’est la décision de quelqu’un d’autre).

Au risque de vous spoiler la fin de mon bouquin, il faut bien comprendre ce qui se joue et y agir avec finesse et pédagogie. La recherche du sentiment de sécurité nous est inhérente et, rappelons-le, est très souvent indépendante de la réalité. Autrement dit, on peut très bien se sentir protégé⋅e alors que les conditions matérielles ne sont pas réunies pour qu’on le soit. Mais parfois, le sentiment de sécurité, même s’il n’est pas fondé, suffit pour prévenir de vrais problèmes. Il y a donc un équilibre vraiment difficile à trouver : c’est le moment de sortir le cliché des 50 nuances de sécu et d’en rajouter une couche sur la finesse et la pédagogie des approches. Si nous sommes les sachant⋅e⋅s d’un domaine, alors comportons-nous en adultes responsables et faisons les choses correctement.

Dans le cas de la surveillance généralisée, ces efforts sont d’autant plus indispensables qu’on est face à une situation très complexe où des questions techniques, politiques et de sécurité des populations se mélangent. Il ne faut pas oublier qu’on n’est pas outillés pour comprendre comment fonctionne le renseignement uniquement parce qu’on est un⋅e adminsys qui tue des bébés phoques à coup de Konsole (oui, je suis une fière fan de KDE).

Et Malicia Rogue, elle va bien ? Pourquoi cette double identité en ligne ?

Nous allons bien, merci :-) La double identité date d’il y a très longtemps (2005, par là) et elle était à l’origine motivée par le fait que la science et la politique ne font pas bon ménage. En effet, dans une précédente vie, je faisais de la recherche (génétique évolutive, maladies infectieuses, bio-informatique) ; dans ce monde-là, la prise de position politique est souvent perçue comme une tare. Du coup, il était important de tenir les deux identités séparées, de la façon la plus étanche possible de préférence.

Est-ce que tu es une Anonymousse (au chocolat) ?

Oui, mais chocolat noir seulement, et merci de me passer la cuillère aussi.

Nous, on sait que tu es légitime pour parler de sécurité informatique, mais on a vu que dans un milieu souvent très masculin tu t’es heurtée à des personnes qui doutaient à priori de tes compétences. Et ne parlons pas des premiers à réagir qui n’ont rien lu mais tout compris  ! Pas de problème de ce côté avec ton éditeur ?

Alors, plusieurs choses ici. Je sais que ça va susciter l’ire de plein de gens, mais il faut dire les choses clairement : il y a un sexisme quotidien dans les milieux tech et science. Je suis sûre que ça existe ailleurs aussi, hein, mais disons que ce qui nous préoccupe ici, c’est le milieu tech.

C’est un grand mystère, d’ailleurs. Je viens de l’Est, où malgré toutes les mauvaises choses, les organes génitaux de naissance n’ont pas vraiment été un critère de compétence. On m’a éduquée à faire des choses réfléchies et à savoir argumenter et structurer mes opinions : ce sont les actions qui parlent. La pire discrimination à laquelle j’ai eue à faire face, a été de faire de la bio (une « sous-science » pour mes profs de maths à la fac et ma mère, prof de maths sup’ aussi).

Du coup, débarquer en Europe de l’Ouest et dans le pays des droits humains pour me heurter à la perception qu’avoir des ovaires fait de quelqu’un un sous-humain a été un choc. Et c’est encore pire quand on y pense : les stéréotypes sexistes, c’est bidirectionnel, ils font pareillement mal à toutes les personnes qui les subissent. J’ai décidé de continuer à faire comme d’habitude : construire des trucs. Si je commets des erreurs, je corrige, et si on m’embête inutilement, je mords poliment. :-)

C’est harassant à la longue, hein. Je pense qu’il faut réguler ce genre de réactions, ensemble. C’est très simple : si l’on vous fait vous sentir que vous êtes malvenu⋅e, la plupart du temps la réaction est la fuite. Si on me fait me sentir malvenue, je pars, je serai bien accueillie ailleurs et les projets passionnants avec des gens adorables ne manquent pas. Alors, c’est dommage pour les projets, certes intéressants, mais portés par ceux et celles qui s’imaginent qu’être rustre à longueur de journée, c’est avoir un caractère fort et assumé.

Quant à mon éditeur… On a passé plus de 4 heures à discuter lors de notre première rencontre, il fallait cadrer le sujet et le calendrier. La question de genre ne s’est jamais posée. J’avais face à moi des gens intéressés et passionnés, j’ai fait de mon mieux pour répondre à la demande et … c’est tout. :-)

Tu es proche des assos du libre ou farouchement indépendante ?

Les deux, mon capitaine. Même si j’apprécie mon statut d’électron libre.

Ton bouquin parle du darkweb. Mais alors ça existe vraiment ?

Beh oui. C’est l’ensemble des pages web dont la CSS contient :

background : #000 !important ;

Ton ouvrage est particulièrement bienvenu parce qu’il vise à démystifier, justement, ce fameux darkweb qui est surtout une sorte de réservoir à fantasmes divers.

Une petite critique tout de même : la couverture fait un peu appel au sensationnalisme, non ?

C’est ton choix ou celui de l’éditeur ?

Alors… il y a eu plusieurs versions de couverture sur lesquelles j’ai eu un pouvoir limité. La v.1 était la pire : il y avait un masque Anonymous dessus et du code Visual Basic en arrière-plan. J’ai proposé de fournir des bouts de vrai code de vrais malwares en expliquant que ça nuirait sensiblement à la crédibilité du livre si le sujet était associé pour la postérité à une disquette. Par la suite, le masque Anonymous a été abandonné, j’aime à penser suite à mes suggestions de faire quelque chose de plus sobre. On est donc resté sur des bouts du botnet Mirai et du noir et rouge.

Outre le fait que ce sont mes couleurs préférées et qu’elles correspondent bien aux idées anarchistes qui se manifestent en filigrane ci et là, je l’aime bien, la couv’. Elle correspond bien à l’idée que j’ai tenté de développer brièvement dans l’intro : beaucoup de choses liées au numérique sont cachées et il est infiniment prétentieux de se croire expert ès tout, juste parce qu’on tape plus vite sur son bépo que le collègue sur son qwerty. Plus largement, il y a une vraie viralité de la peur à l’heure du numérique : c’est lorsque le moyen infecte le message que les histoires menaçantes opèrent le mieux, qu’elles aient ou non un fondement matériel. Dans notre cas, on est en plein dans la configuration où, si on pousse un peu, « Internet parle de lui-même ».

Enfin, les goûts et les couleurs… Ce qui me fait le plus halluciner, c’est de voir le conditionnement chez de nombreuses personnes qui se veulent éduquées et critiques et qui m’interpellent de façon désobligeante et misogyne sur les réseaux sociaux en m’expliquant qu’ils sont sûrs que ce que je raconte est totalement débile et naze parce que la couverture ne leur plaît pas. Je continue à maintenir que ce qui compte, c’est le contenu, et si d’aucuns s’arrêtent aux détails tels que le choix de couleurs, c’est dommage pour eux.

Élection de Trump, révélations de Snowden, DieselGate, Anonymous, wannaCry, tous ces mots à la mode, c’est pour vendre du papier ou il faut vraiment avoir peur ?

Da.

Plus sérieusement, ça ne sert à rien d’avoir peur. La peur tétanise. Or, nous, ce qu’on est et ce qu’on veut être, c’est des citoyens libres ET connectés. C’est comprendre et agir sur le monde qu’il faut, pas se recroqueviller et attendre que ça se passe. J’en profite d’ailleurs pour rappeler qu’on va nous hacher menu si on ne se bouge pas : revoyons nos priorités, les modèles de menaces législatifs (au hasard, le projet de loi anti-terrorisme), soutenons La Quadrature, des Exégètes, etc. et mobilisons-nous à leurs côtés.

Est-ce que tu regrettes qu’il n’y ait pas davantage d’implication militante-politique chez la plupart des gens qui bossent dans le numérique ?

Oui. Du coup, c’est digital partout, numérique nulle part. J’ai vraiment l’impression d’être projetée dans les années où je devais prévoir deux identités distinctes pour parler science et pour parler politique. Aujourd’hui, ce non-engagement des scientifiques leur vaut des politiques publiques de recherche totalement désastreuses, des gens qui nient le changement climatique à la tête du ministère de la recherche aux USA, etc. Le souci est là, désolée si je radote, mais : si on n’est pas acteur, on est spectateur et faut pas venir couiner après.

Quel est le lectorat que vise ton livre : le grand public, les journalistes, la communauté de la sécurité informatique… ? Est-ce que je vais tout comprendre ?

Il y a un bout pour chacun. Bon, le grand public est une illusion, au même titre que la sempiternelle Mme Michu ou que sais-je. Cette catégorie a autant d’existence que « la ménagère de moins de 50 ans » dans le ciblage publicitaire de TF1. J’ai aussi gardé mon style : je parle comme j’écris et j’écris comme je parle, je crois que ça rend la lecture moins pénible, enfin j’espère.

Les non-sachants de la technique ne sont pas des sous-humains. Si on veut travailler pour le bien de tous, il faut arrêter de vouloir que tout le monde voie et vive le monde comme on veut. Vous préférez que votre voisin utilise Ubuntu/Debian/Fedora en ayant la moitié de sa domotique braillant sur Internet et en risquant un choc anaphylactique face au premier script kiddie qui pwn son frigo connecté pour déconner, ou bien que les personnes utilisent des outils de façon plus sensible et en connaissance des risques ? Perso, à choisir, je préfère la 2e option, elle m’a l’air plus durable et contribue – je crois – à réduire la quantité globale d’âneries techniques qui nous guettent. Parce que la sécurité du réseau est celle de son maillon le plus faible. Et on est un réseau, en fait.

Je pense que chacun y trouvera des choses à se mettre sous la dent : une lecture moins anxiogène et plus détaillée de certains événements, une vision plus analytique, des contextualisations et une piqûre de rappel que les clicodromes et les certifs ne sont pas l’alpha et l’oméga de la sécurité, etc. Les retours que je commence à avoir, de la part de gens très techniques aussi, me confortent dans cette idée.

Tu rejoins la position d’Aeris qui a fait un peu de bruit en disant : « On brandit en permanence le logiciel libre à bout de bras comme étant THE solution(…). Alors que cette propriété n’apporte en réalité plus aucune protection.  » ?

Je l’ai même référencé, c’est dire :-)

Plus largement, j’ai été très vite très frustrée par le fait que les libertés fournies par le logiciel libre ignorent totalement … ben tout le reste. Il a fallu attendre des années pour que le discours autour du logiciel englobe aussi les données, les contenus éducatifs, les publications scientifiques, etc. Il n’y a pas de synthèse et les voix qui appellent à une vision plus systémique, donc à des approches moins techno-solutionnistes, sont très rares. La réflexion d’Aeris est une tentative appréciable et nécessaire de coup de pied dans la fourmilière, ne la laissons pas péricliter.

Qu’est-ce qui est le plus énervant pour toi : les journalistes qui débitent des approximations, voire des bêtises, ou bien les responsables de la sécu en entreprise qui sont parfois peu compétents ?

Les deux. Mais je pense que de nombreux journalistes prennent conscience d’ignorer des choses et viennent demander de l’aide. C’est encourageant :-) Quant aux RSSI… il y a de très gros problèmes dans les politiques de recrutement pour ces postes, mais gardons ce troll cette discussion pour une prochaine fois.

L’un de tes titres est un poil pessimiste : « on n’est pas sorti de l’auberge ». C’est foutu, « ils » ont gagné ?

« Ils » gagneront tant qu’on continue à s’acharner à perdre.

Je suis un utilisateur ordinaire d’Internet (chez Framasoft, on dit : un DuMo pour faire référence à la famille Dupuis-Morizeau), est-ce que j’ai un intérêt quelconque à aller sur le darkweb ? Et si j’y vais, qu’est-ce que je risque ?

Je ne sais pas. Je suis une utilisatrice ordinaire des transports en commun, est-ce que j’ai un intérêt quelconque à aller en banlieue ? L’analogie m’est soufflée par cet excellent article.

Mais bon, j’ai assez spoilé, alors je ne dirai qu’une chose : GOTO chapitre 3 de mon livre, il ne parle que de ça. ;-)

On a noté un clin d’œil à Framasoft dans ton livre, merci. Tu nous kiffes ?

Grave. :-)

Mais alors pourquoi tu n’as pas publié ton bouquin chez Framabook ?

Parce que ce n’est pas à « nous » que je m’adresse . La famille Michu, la famille DuMo, bref, « les gens » quoi, ont des canaux d’information parallèles, voire orthogonaux à ceux que nous avons. Je ne veux pas prêcher des convaincus, même si je sais très bien que les sachants de la technique apprendront beaucoup de choses en me lisant. Ce n’est pas de la vantardise, ce sont des retours de personnes qui m’ont lue avant la publication, qui ont fait la relecture ou qui ont déjà fini le bouquin. Pour parler à autrui, il faut le rencontrer. Donc, sortir de chez nous !

D’ailleurs, j’en profite pour râler sur ces appellations ignares auxquelles je cède parfois aussi : Mme/la famille Michu, la famille DuMo ou, pire, le déshumanisant et préféré de nombreux libristes qu’est « les gens ». Ce sont d’autres humains et on ne peut pas se plaindre qu’ils ne veulent pas s’intéresser à nos sujets super-méga-trop-bien en les traitant d’imbéciles. On est toujours les gens de quelqu’un (dixit Goofy que je cite en l’état parce qu’il a raison).

Tu déclares dans un Pouet(*) récent : « …à chaque fois que le sujet revient sur le tapis, je me pose la même question : devrait-on continuer à décentraliser (== multiplier de très nombreuses structures petites, agiles *et* potentiellement fragiles) ou clusteriser davantage pour faire contrepoids ? Je n’ai pas de réponse pour l’instant… » Est-ce que tu es sceptique sur une initiative comme celle des CHATONS, qui vise justement à décentraliser ?

Ce n’est pas une question de scepticisme à l’égard de [insérer nom de techno/asso/initiative chérie ici].

Prenons un exemple annexe : l’anarchisme comme mode d’organisation politique. Fondamentalement, c’est le système le plus sain, le plus participatif, le moins infantilisant et le plus porteur de libertés qui soit (attention, je parle en ayant en tête les écrits des théoriciens de l’anarchisme, pas les interprétations de pacotille de pseudo-philosophes de comptoir qu’on nous sert à longueur de journée et qui font qu’on a envie de se pendre tellement ça pue l’ignorance crasse).

Il y a cependant différents problèmes qui ont cristallisé depuis que ce type d’organisation a été théorisé. Et celui qui m’apparaît comme le plus significatif et le moins abordé est la démographie. Faire une organisation collégiale, avec des délégués tournants, ça va quand on est 100, 10 000 ou même 1 million. Quand on est 7 milliards, ça commence à être très délicat. Les inégalités n’ont pas disparu, bien au contraire, et continuent à se transmettre aux générations. Les faibles et vulnérables le demeurent, au mieux.

Résultat des courses : il y a une vision élitiste – et que je trouve extrêmement méprisante – qui consiste à dire qu’il faut d’abord éduquer « les gens » avant de les laisser s’impliquer. Le problème avec la morale, c’est que c’est toujours celle des autres. Alors, le coup de « je décide ce qui constitue une personne civiquement acceptable d’après mon propre système de valeurs qui est le plus mieux bien de l’univers du monde » est constitutif du problème, pas une solution. Passer outre ou, pire, occulter les questions de gouvernance collective est dangereux : c’est, sous prétexte que machin n’est pas assez bien pour nous, créer d’autres fossés.

Pour revenir à la question de départ donc, je suis une grande fan de la décentralisation en ce qu’elle permet des fonctionnements plus sains et responsabilisants. Ce qui me manque est une organisation rigoureuse, une stratégie. Ou probablement il y en a une, mais elle n’est pas clairement définie. Ou probablement, notre détestation du « management » et de la « communication » font qu’on s’imagine faire du bazaar durable ? Le souci est que, de ce que j’ai vu par ex. au CCC, pour que le bazaar marche, y a une p*tain de cathédrale derrière (rappel : « L’anarchie est la plus haute expression de l’ordre. »). La rigueur d’une organisation n’est pas un gros mot. Est-on prêt-es à s’y astreindre ? Je ne sais pas.

Après, j’ai une propension non-négligeable à me faire des nœuds au cerveau et à aimer ça. Ptet que je m’en fais inutilement ici… mais sans débat régulier et des échanges plus ouverts, comment savoir ?

Le dernier mot est pour toi, comme d’hab sur le Framablog…

Le tact dans l’audace, c’est savoir jusqu’où on peut aller trop loin. Beaucoup sont passionné⋅e⋅s par les questions et les enjeux du numérique, tellement passionné⋅e⋅s que leurs comportements peuvent devenir pénibles. Je pense aux micro-agressions quotidiennes, aux vacheries envoyées à la tronche de certain⋅e⋅s et au sexisme ordinaire. Beaucoup sont épuisés de ces attitudes-là. Il ne s’agit pas de se vivre en Bisounours, mais de faire preuve de tact et de respect. Celles et ceux qui s’échinent à porter une bonne et raisonnable parole publiquement ont déjà assez à faire avec toutes les incivilités et l’hostilité ambiantes, ils n’ont pas besoin de votre mauvaise humeur et manque de tact.

Pensez-y au prochain pouet/tweet/mail/commentaire IRC.

 

Pour en savoir plus : http://www.face-cachee-internet.fr/
Pour rencontrer Rayna à la librairie de Bookynette

(*)Pour retrouver les Pouets de Malicia Rogue sur le réseau social libre et fédéré Mastodon

 

 

 

 

Framapic : un nouvel outil pour créer une galerie photo !

ven, 16/06/2017 - 07:57

Framapic, notre outil d’hébergement d’images, est basé sur Lutim, un logiciel développé par Luc, notre administrateur-système, souvent sur son temps libre.

Inutile de vous dire que nous aussi, on se demande quand il prend le temps de dormir, quand on voit les évolutions qu’il apporte à son code !

Une galerie photo à portée de clic !

La dernière nouveauté en date est de taille : on peut désormais créer une galerie d’images depuis la liste des fichiers envoyés. Un lien vers une galerie était déjà créé lors de l’envoi de plusieurs images, mais on devait envoyer toutes les images de sa galerie en une seule fois.

Or Framapic (à l’aide du localstorage) peut se souvenir des images que vous avez versées sur nos serveurs. Il ne manquait plus qu’un outil permettant de piocher dans vos images pour choisir ce que vous désirez mettre dans votre galerie… Vous en avez rêvé ? (nous aussi ^^ !)

Eh bien Luc l’a fait ! Vous pouvez maintenant en créer une n’importe quand à partir de votre bibliothèque et partager cette galerie photo en un seul lien !

La preuve en images

Pouhiou veut rassembler les images des deux derniers Framabooks (La Nef des Loups, et Grise Bouille Tome 2) et de leurs auteurs dans une galerie. Il sait qu’il a déjà envoyé la couverture de Grise Bouille et la photo de son auteur, Gee, sur Framapic. Il commence donc par ajouter les fichiers de La Nef des loups : la couverture du livre et la photo de Yann Kervran, son auteur.

Roh ! Tout plein de liens pour faire tout plein de les choses !

Alors certes, Pouhiou voit qu’il a un lien vers la galerie de ces deux images (cf. l’encadré rouge), mais les autres photos se trouvent déjà dans Framapic… Et puis Pouhiou est une tête de linotte, il oublie de copier ce lien et ferme cet onglet pour aller voir une vidéo de tricot.

Quelques heures plus tard (oui : le tricot, c’est long), Pouhiou revient sur Framapic et décide de construire sa galerie. Pour cela, il clique sur « Mes images ».

C’est relativement facile à trouver, se dit-il.

Là, il se trouve devant un tableau récapitulant les images qu’il a déjà ajoutée à Framapic. Il lui suffit de cocher les quatre qui l’intéressent et de copier le lien de la galerie, en haut (d’ailleurs, le petit bouton à droite du lien de la galerie copie automatiquement ce long lien dans son presse-papier… pratique !)

Image élue gif de l’année.

Une fois le lien copié, il lui suffit de le coller dans la barre d’adresse de son navigateur pour le voir, ou dans un email, par exemple, s’il veut le partager. Et le résultat est là !

D’ailleurs, ce sont des supers livres pour cet été. À découvrir sur Framabook.

Voilà, désormais, créer une galerie d’images qui respecte les données de chacun·e, c’est simple comme quelques clics ! Merci, Luc !

Pour aller plus loin :

Framavox : faites encore mieux entendre votre voix !

ven, 16/06/2017 - 07:13

Il y a quelques mois, nous vous présentions Framavox, un outil de prise de décisions en groupe, de manière horizontale. Aujourd’hui, découvrons ensemble les nouvelles fonctionnalités de ce service.

Loomio, l’outil que les GAFAM n’ont même pas :p !

Le principe est simple : vous vous créez un compte, une équipe, vous y invitez vos collaborateurs et collaboratrices (et/ou vous les rejoignez dans une équipe déjà créée : on peut appartenir à plusieurs équipes !) et vous discutez de vos projets. À n’importe quel moment, chacun·e peut proposer un vote (avec une date de fin de vote) pour savoir où l’équipe en est. Notons que le logiciel Loomio, qui propulse Framavox, est aussi beau que pratique : on dirait un mur Facebook, mais en plus clair, aéré, dépouillé.

Loomio est développé par une entreprise sociale (sobrement nommée « Loomio »), des personnes qui ne cessent de nous émerveiller par leur réactivité, leur inventivité, et l’intelligence qu’ils/elles mettent dans leur logiciel libre (d’ailleurs, si vous voulez les soutenir, quittez vite Framavox pour prendre un hébergement chez eux !)

« Loomio permet de gagner du temps » : on confirme !

Récemment, cette joyeuse équipe a apporté une mise à jour majeure du logiciel Loomio. Non seulement cette mise à jour apporte encore plus d’ergonomie, mais surtout elle vous donne désormais le choix entre 5 différents types de votes (contre un auparavant).

Nous nous sommes empressé·e·s de mettre à jour le Loomio de Framavox pour que vous puissiez profiter au plus vite de cet outil qui sert déjà de nombreuses communautés militantes, associatives, etc. Notez cependant que des traductions en français (dans le logiciel et la documentation) ne sont pas encore finalisées… mais on y travaille !

En attendant, laissez-nous vous présenter les nouveautés de Framavox en ressuscitant le G.A.G., le « Groupe d’Action pour le Gras », qui nous avait déjà servi d’exemple factice lors de la présentation de Framavox.

Le G.A.G. organise son festival « Le Gras, c’est la vie ! »

Sandrine est ravie : depuis que le G.A.G. s’est mis à Framavox, on peut recentrer les discussions, ne plus perdre de temps dans d’interminables réunions et prendre des décisions horizontales et équitables en tenant compte des voix de chacun·e.

Lors de leur dernière rencontre, le G.A.G. a décidé d’organiser un festival à haute teneur en lipides et délices grassieux. Sandrine se dit que c’est l’occasion rêvée de tester les nouvelles fonctionnalités de Framavox. Elle se rend donc sur Framavox.org et se connecte avec son email et son mot de passe, puis elle clique dans la colonne de gauche pour se rendre sur la page des discussions du G.A.G.

La page du G.A.G. sur le Framavox de Sandrine

 

Déjà, l’interface est plus claire, épurée et ça, ça plaît à Sandrine qui n’aime pas être perdue dans un déluge d’informations. Par exemple, elle note que…

  1. …il y a un bouton « hamburger », ou « menu » et si elle le clique ça…
  2. …affiche ou ça masque la colonne de gauche, qui est claire et éloquente. Elle la masque, puis voit que…
  3. …elle a trois notifications, sur des discussions précédentes.

Pressée de commencer l’organisation de ce nouveau festival, Sandrine va cliquer sur le bouton « New decision » (tiens, la traduction n’a pas encore été faite, se dit-elle, c’est donc que ça a dû changer…). Et là, au lieu de voir l’unique type de vote auquel elle avait droit, elle se retrouve face à 5 possibilités.

Les 5 types de décisions disponibles

 

 

La proposition

Sandrine commence par faire une proposition pour vérifier que le G.A.G. est d’accord pour organiser ce festival. La proposition, elle connaît, c’était le vote qui existait déjà dans Framavox, qui permet d’exprimer un « Oui – Je m’abstiens – Non – Je Bloque le vote ». Ça tombe bien, c’est justement de cela dont elle avait besoin pour débuter ! Elle remplit donc le formulaire :

Elle utilise même les astuces de mise en page !

Puis elle va voir le résultat de son formulaire, afin d’aller donner son opinion.

Voilà ce que verront les participant·e·s à cette proposition.

La vérification

Le projet a été accepté et Sandrine a besoin de savoir qui dans le groupe peut donner du temps sur l’organisation de ce festival, afin de préparer le comité qui travaillera dessus. Elle décide d’utiliser l’outil de vérification de Framavox.

C’est tout simple à remplir !

Le résultat l’étonne : c’est simple, mais efficace ! Elle se dit qu’elle pourra l’utiliser dans de nombreux cas…

Le sondage

Quelques jours plus tard, il y a une décision importante à prendre. La mairie leur laisse le choix dans le lieu que le G.A.G. peut investir sur leur festival. La MJC, la salle des fêtes, la place du marché… Chaque choix a ses avantages et ses inconvénients et le G.A.G. les a déjà pesés dans une discussion Framavox. Sandrine se dit qu’il est l’heure de trancher (dans l’gras !), et décide de lancer un sondage.

Elle rajoute même une blague, pour faire bisquer Gégé.

Là encore, elle apprécie de pouvoir simplement proposer un choix multiple, avec autant de cases qu’elle le voudrait. Il n’y a plus qu’à aller faire entendre sa voix :

Le vote à points

Ça y est, le festival commence à se concrétiser, les sponsors et subventions sont là, le G.A.G. a donc un budget. C’est bien joli, mais suivant les priorités, on peut choisir de le répartir de multiples manières… Sandrine se dit que c’est l’occasion rêvée de tester le vote à points de Framavox : elle attribue 10 points à chaque membres, en leur expliquant que chacun de ces points représenterait 10 % du budget… Ainsi, en faisant la moyenne, elle saura où vont les priorités du G.A.G.

Il suffit d’expliquer à quoi peuvent correspondre les points.

Bien ! Elle a hâte de voir ce que vont donner les résultats, mais avant cela, il lui faut aller attribuer ses 10 points à elle !

Le sondage réunions

Le festival approche à grand pas ! Le comité d’organisation doit donc vite se réunir pour faire le point et mettre en place les derniers préparatifs… Lourde tâche que de trouver une date de réunion qui convienne -_-… D’habitude, pour cela, Sandrine utilisait Framadate, mais dans un groupe déjà établi sur Framavox, ce n’est pas ce qu’il y a de plus pratique. Elle est donc heureuse d’avoir accès à l’outil de sondage réunions :

Easy, quand on connaît déjà Framadate !

C’est sommaire et ça fera parfaitement l’affaire. Sandrine n’oublie pas d’aller voir le résultat pour donner ses disponibilités.

La morale de cette histoire : pour un groupe déjà établi, Framavox (grâce à la puissance du logiciel Loomio) est devenu un outil complet : il est parfait pour cadrer chacune des discussions dans leur propre fil et proposer des votes adaptés en fonction de chaque type de décision que le groupe a à prendre. Et surtout, c’est là un outil qui permet à tou·te·s de faire entendre leur voix, donc d’éviter les jeux de hiérarchie et d’ego qui minent souvent un joyeux groupe comme le G.A.G.

Et si un groupe (factice ^^) dont la devise est « Le Gras, c’est la vie » n’a pas réussi à vous convaincre, ben il ne vous reste plus qu’à… tester par vous-même !

Pour aller plus loin :

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